28/09/16

Highland Fling, de Nancy Mitford

highland flingQue d'ironie dans cette comédie anglaise, qui  nous fait croiser un tas de personnalités sottes et caricaturales à un point ! ... C'est délectable, j'avoue.
Albert Gates est un jeune artiste incompris, après deux années d'exil à Paris, il rentre à Londres auprès de ses amis Walter et Sally Monteath. Ces deux-là vivent d'amour et d'eau fraîche. Lui est poète, elle est pimpante, mais leur rente commune ne suffit pas à subvenir aux besoins de leur train de vie dispendieux. Aussi, lorsque sa tante Madge l'informe être dans l'incapacité de recevoir ses hôtes pour leur traditionnelle partie de chasse à la campagne, dans leur château écossais, Sally se fait une joie de la remplacer au pied levé. Leur amie Jane Dacre, une jeune célibataire un peu fleur bleue, fille d’aristocrates, se joint à la compagnie. Et la farce peut commencer. Albert et Jane vont rapidement scandaliser ces vieux Lords et leurs épouses aux manières compassées par leurs propos indécents ou leur absence de convenances (cf. le pique-nique gloutonné dans le dos des convives avant de prétendre l'avoir égaré en conduisant, les critiques sur les militaires et leurs excentricités à conter fleurette). Tant de désordre offusque notre assemblée conformiste et c'est tout l'art de Nancy Mitford de tailler des dialogues piquants et savoureux qui rendent les échanges fabuleusement cocasses !
Paru en Angleterre en 1931, Highland Fling est en fait le premier roman de l'auteur. Et celui-ci révèle déjà son penchant pour épingler ses contemporains en usant d'un humour mordant qui pique sournoisement cette bonne soirée bourgeoise de l'entre-deux-guerres, à la fois celle soucieuse des traditions, mais aussi celle frivole et inconséquente. On découvre là une représentation tendre, drôle et cruelle du faste et des frasques de ses pairs oisifs et capricieux dans un roman certes perfectible, et néanmoins délicieux. 

Traduit de l’anglais par Charlotte Motley pour Christian Bourgois Editeur

Repris chez 10/18 - Août 2016

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28/07/16

Oh my dear ! de T.J Middleton

Oh my dear

Marié depuis vingt ans, le couple Greenwood peine à se supporter et se lance des vacheries à longueur de journée. Al décide alors d'éliminer sa femme. Au terme d'une dispute houleuse, Audrey claque donc la porte de la maison pour évacuer ses idées noires le long de la falaise. Dehors, le temps est exécrable. Pluie, vent, tempête.

Avec son imper jaune, Audrey brave les intempéries sans lever le bout de son nez. Sans se douter que son mari Al vient de se faufiler dans les fourrés pour bondir sur elle et la pousser dans le vide. En rentrant chez lui, notre homme, ragaillardi, manque tomber à la renverse en découvrant sa chère épouse devant la cheminée, un grog à la main.

Sur cette excellente accroche, on se prête à rêver d'une comédie british savoureusement caustique - humour noir en pagaille - et on s'en frotte les mains. Al Greenwood se débat sur plus de 300 pages avec ses interrogations et sa culpabilité. Son épouse ne cesse de le surprendre par son attitude étrangement mielleuse et ses pulsions nymphomanes. Une complicité naît entre eux, ce qui ne rend pas notre homme plus à l'aise dans ses mocassins. 

Entre quiproquos, révélations loufoques et une galerie de personnages insolites (la voisine ex-fan de Led Zeppelin devenue un témoin embarrassant, l'inspecteur de police passionné par les carpes de concours et accablé d'un chagrin d'amour), l'intrigue n'hésite pas à sortir la grosse artillerie pour nous embarquer à bord. Les dialogues sont grinçants à souhait, les coups de théâtre saugrenus et les anti-héros à la fête !  

Et pourtant, ça coince. L'histoire est trop longue (copie à lester d'une bonne centaine de pages), le rythme est inégal et laisse poindre une sensation de blablas inutiles, d'où ma déception. J'attendais de cette lecture un rendez-vous plus piquant et déjanté... au final, cela manque de punch et ça tourne vite en rond. :(

Traduit par Héloïse Esquié (Cliffhanger) pour les éditions du Cherche-Midi (2013)

Repris chez Pocket, en Sept. 2015

 

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23/07/16

L'Échappée belle du bibliobus, de David Whitehouse

L'ÉCHAPPÉE BELLE DU BIBLIOBUS

Val est femme de ménage dans le bibliobus municipal, un camion de vingt tonnes en sursis devenu trop cher à entretenir pour la ville. Elle élève seule sa petite fille Rosa, atteinte d'une forme d'autisme, lorsqu'elle rencontre le jeune Bobby Nusku, un gamin fragile, obsédé par le souvenir de sa mère et maltraité par son père. Val se prend d'affection pour lui et est révoltée par les brimades qu'il subit, mais à vouloir lui apporter son soutien, le voisinage se retourne contre elle et l'accuse d'agissements douteux sur mineur. Sans réfléchir, tous trois plient bagage et s'enfuient à bord du bibliobus. Première escale en pleine forêt pour y camper une nuit et réfléchir à la poursuite de leur aventure. Là, ils rencontrent Joe, un marginal grand et efflanqué, qui se joint à la bande en leur indiquant de regagner un vieux manoir en Ecosse. Toute la police sera à leurs trousses, leur escapade faisant également la une des journaux, aucune solution de repli ne s'offre à eux, si ce n'est un ultime face-à-face au bord de la falaise. 

La lecture est premièrement déroutante, car elle ne renferme pas ce qu'on aurait pu supposer être une comédie enlevée sur l'amour des livres et l'épopée extravagante d'une équipe de bras cassés. Il y a de ça, mais pas seulement car les premiers pas dans l'histoire sont assez douloureux et déprimants. Toute l'histoire finit par dévoiler des sentiments meurtris, des êtres blessés, des cœurs broyés et un profond sentiment d'injustice. J'avoue avoir été longtemps perplexe, même si je me surprenais à tourner les pages à toute vitesse (livre dévoré en quelques heures). Et c'est au moment de refermer la dernière page que j'ai ressenti un semblant de félicité. Toute la magie enfouie dans le livre venait de dégouliner et m'éclaboussait copieusement. Une sensation étrange, mais réjouissante. Et de réaliser alors ô combien ce roman est fondamentalement attachant. 

Malgré leurs fêlures et les non-dits, les personnages déploient des trésors d'ingéniosité pour travestir la vérité. Leur expédition revêt alors les plus belles parures d'un roman d'aventures (Moby Dick, Le Petit Prince, Nils Holgersson, Chitty Chitty Bang Bang, etc.) avec une note d'excentricité et une généreuse couche de mélo - miraculeusement peu rebutante ! Puis prend des allures de conte fantastique, avec une Reine, une Princesse, un Homme des cavernes, un Enfant, un chien, un ara et même un Robot. Un bouquin franchement surprenant, à apprivoiser en douceur... l'effet boomerang est assez renversant ! 

Traduit de l'anglais par Karine Reignier-Guerre (Mobile Library) pour les éditions Presses de la Cité, Juin 2016

« Les histoires ne sont pas des histoires, si nul ne les raconte. Les personnages peuvent être bons ou mauvais mais, si les lecteurs ne font pas leur connaissance, ils ne sont ni l'un ni l'autre. Ce qui est bien pire. »

« Une famille, ce n'est pas forcément un père, une mère, un fils et une fille. Ce qui compte, c'est d'avoir assez d'amour. Or, de l'amour, l'Enfant, la Reine, la Princesse et l'Homme des cavernes en avaient beaucoup. À eux quatre, si improbable que cela paraisse, ils formaient une vraie famille. »

 

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30/06/16

Les Piliers de la Terre : Ellen, de Ken Follett

Les piliers de la terre Tome 1 Ellen

En 2015, j'avais pour objectif personnel de lire ou relire plusieurs sagas mythiques, dont Game of Thrones, Angélique Marquise des Anges, Le Chardon et le Tartan & La Bicyclette Bleue. Je grossis mon effectif, pile pour conclure le Mois Anglais, en incluant la célèbre série de Ken Follett, Les Piliers de la Terre, publiée en VF en 1990, et adaptée en feuilleton télévisé en 2010. Tempus fugit. ^-^ 

Cette saga nous transporte donc dans le Sud de l'Angleterre du XIIe siècle où vont se croiser des destinées toutes étroitement liées, et parfois même inconsciemment, autour d'un projet de cathédrale. Il y a d'abord Tom le Bâtisseur, son épouse, Agnès, enceinte jusqu'aux yeux, et leurs enfants, Alfred et Martha. Suite à l'arrêt brutal du chantier sur lequel Tom était embauché, notre homme est contraint de repartir sur les routes pour nourrir les siens. Les ennuis s'enchaînent lorsque sa femme décède en couches, lui laissant un fils qu'il choisit d'abandonner près du bûcher. À peine le temps de se retourner qu'il rencontre la magnifique Ellen, laquelle vit en hors-la-loi dans la forêt avec son fils Jack. Tom et Ellen cèdent à une pulsion charnelle et décident de faire un bout de chemin ensemble. Leur aventure les conduira sous la protection du prieur Philip, un homme foncièrement bon et généreux, dont la seule ambition est de développer Kingsbridge et d'y construire une cathédrale. D'une rigueur morale exemplaire, notre homme d'église trace sa route sans roublardise et atteint habilement ses objectifs. Il ira même jusqu'à déjouer la duplicité de son supérieur, l'évêque Waleran Bigod, de mèche avec la perfide Regan Hamleigh, dont le physique repoussant est compensé par un machiavélisme démesuré. Cette femme est redoutable. Elle va par exemple venger son fils William, rejeté par lady Aliena, fille du comte de Shiring, en infligeant à leur famille une déchéance cuisante. La vie d'Aliena n'est plus qu'un chaos sans fin, mais la demoiselle, aussi farouche que déterminée, refuse de courber l'échine face à ses tortionnaires et jure de rendre coup pour coup.

Bref. Vous l'avez compris, cette lecture parle de pouvoir, de gloire, de sainteté, d'amour, de passion, de vie, et même de survie. L'intrigue est dense et palpitante, avec des rebondissements nombreux et inattendus. Elle est également conduite de façon magistrale, entrelaçant plusieurs combinaisons et autant de personnages, sans jamais nous égarer (c'est souvent le cas avec les grosses sagas, dopées par un enthousiasme débordant). Ici, c'est fascinant comme c'est simple et d'une fluidité appréciable, tout en maintenant du rythme, du suspense, de l'émotion. Cette épopée romanesque ne démérite pas la réputation qui la précède. J'avoue avoir eu une certaine défiance au moment de m'y lancer... alors que j'avais tort, car c'est tout simplement captivant. Présentée comme une flamboyante fresque historique, la lecture ne nous trompe pas. Elle nous plonge dans une Angleterre moyenâgeuse avec un grand réalisme et enflamme notre imaginaire sans ciller... Une vraie prouesse. 

Stock / Mai 2005 pour la présente édition de 478 pages ♦ Traduction de Jean Rosenthal (The Pillars of Earth)

♦ La deuxième partie, en 596 pages (en cours de lecture)

Les piliers de la terre Tome 2 Aliéna

Pour compenser avec l'édition du Livre de Poche, de 1056 pages, écrites en caractères minuscules

 

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15/06/16

Quand j'étais Jane Eyre, de Sheila Kohler

QUAND J’ÉTAIS JANE EYRE

Au chevet de son vieux père, qui se remet doucement d'une opération risquée des yeux, Charlotte trouve le temps long et sent son esprit divaguer vers des bouts d'idées qui amorcent le début d'un nouveau roman. En s'inspirant de son expérience, pauvrette et maigrichonne, et de son entourage, restreint et condamné aux psychoses innombrables, Charlotte élabore un roman ambitieux, promu à devenir un grand classique, mais il lui faudra encore patienter deux ans pour savourer pleinement le produit de son labeur. En attendant, on suit notre héroïne dans son existence terne et monotone, d'abord à Manchester, puis dans le petit presbytère de Haworth, où elle passe tout son temps à écrire avec ses sœurs, Emily et Anne, tandis que leur frère Branwell succombe à ses délires obsessionnels et son penchant pour l'alcool. Le quotidien chez les Brontë est terriblement austère, empesé par les échecs, les doutes, les refoulements. Sans doute cette accumulation de frustrations donna lieu à cette verve romanesque et flamboyante présente dans les livres des sœurs Brontë. Toujours est-il que Charlotte, Emily et Anne contenaient en elles une passion et une violence qui ne demandaient qu'à s'exprimer, d'où leur prose déchaînée dans leurs romans, et pourtant si longtemps incomprise aux yeux de leurs contemporains. Il n'y a qu'à relire Les Hauts de Hurlevent pour sentir cette sauvagerie et l'impudeur des sentiments, déchirés entre la haine et la vengeance, et saisir ce qui a offusqué les critiques et les lecteurs de l'époque. Ou plonger dans Jane Eyre pour y aspirer l'étroitesse d'un avenir sans horizon, l'angoisse de l'amour naissant et le désespoir d'une passion bafouée après la découverte de la tromperie. Ce court roman de Sheila Kohler retrace le portrait remarquable d'une famille composée de trois talentueuses jeunes femmes, condamnées à une existence sans éclat (filles de pasteur, vivant à la campagne, vouées au célibat), et qui vont se consacrer religieusement à l'écriture, avec la conscience aigüe de maintenir leurs projets dans le secret (d'où leurs pseudonymes, Currer, Ellis et Acton Bell, pour brouiller les pistes de leur sexe). Sheila Kohler a su s'imprégner de cette ambiance pour nous livrer un roman original et authentique, qui nous convie dans une ronde des souvenirs sincères et émouvants, où l'on prend conscience des ambitions et des espoirs déçus de ces jeunes femmes, de leur ténacité et de leur prodigiosité à avoir su sublimer le tragique de leurs vies en œuvres d'un romantisme fougueux. Un vrai coup de maître ! 

Traduit de l’anglais par Michèle Hechter pour Quai Voltaire / La Table Ronde (2012)

Repris chez 10/18 Littérature Étrangère, Août 2013

 

Mois Anglais 1 Mois Anglais 1 Mois Anglais 1

#Mois Anglais 2016 : Victoriens anglais

 

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11/06/16

Pique-Nique à Hanging Rock, de Joan Lindsay

Pique-nique à Hanging Rock

« Pour les habitants d'Appleyard College, le dimanche 15 février fut un jour de cauchemar où l'on balançait entre le rêve et la réalité et où alternaient selon les tempéraments des bouffées d'espoir violent et d'angoisse éperdue. » La veille encore, une cohorte de collégiennes innocentes s'aventure pour un pique-nique champêtre en compagnie de leurs chaperons. Le temps est ensoleillé, la chaleur douce et apaisante. Quatre jeunes filles vont se détacher du groupe pour se hasarder dans les brousses et explorer le site de Hanging Rock. Au bout d'une heure, pourtant, seule l'une d'entre elles revient en pleurant. Elle ne sait plus, elle ne comprend pas. Toujours est-il que ses camarades ont disparu, sans laisser la moindre trace. Une enseignante va se lancer à leur recherche, avant d'être à son tour aspirée par l'énigme et s'évaporer dans les airs. Ce drame va aussitôt marquer les habitants de la région et bouleverser le pensionnat de Mrs Appleyard, qui s'enorgueillissait d'instruire la crème de la crème en matière de jeunes héritières écervelées. La police va mener son enquête, fouiller les lieux, alerter la presse et ne pas ménager ses efforts. Elle va rassembler les témoignages des enseignants, des élèves, des rares témoins sur place, dont deux jeunes hommes en goguette...  « Oh, Miranda, Marion, où êtes-vous parties... ? » Outre le suspense présent dans cette histoire curieuse et inquiétante, on trouve aussi un style étonnamment alerte et primesautier, un lyrisme délirant et parfois déconcertant, où au détour d'un détail poignant, l'auteur coupe court avec des interventions hallucinantes. « Bien que nous soyons nécessairement concernés, dans un récit d'événements, par l'action physique qui se déroule au grand jour, l'histoire donne à penser que l'esprit humain s'aventure bien plus loin dans les heures silencieuses qui s'écoulent entre minuit et l'aube, ces fructueuses heures sombres rarement relatées, dont les secrètes floraisons engendrent la paix et la guerre, l'amour et la haine, le couronnement et la chute des rois. Ainsi, par exemple, que prépare la petite impératrice grassouillette de l'Inde, en chemise de nuit de pilou, dans son lit à Balmoral, qui la fait sourire en cette nuit de mars et froncer sa petite bouche obstinée ? Qui sait ? » Publié en 1967, adapté au cinéma par Peter Weir, Pique-nique à Hanging Rock est une lecture hors du commun et hors du temps. Récit dramatique, il est surtout empreint d'un charme envoûtant, qui laisse une trace marquante d'un mystère qui continuera de vous hanter un long moment.

Traduit par Marianne Véron pour Flammarion (1977)

Repris par Le Livre de Poche, mai 2016 pour la présente édition

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# Mois Anglais 2016 : Auteurs anglais d'origine étrangère 

Drink tea and read english

Joan Lindsay, née Weigall, est une écrivaine connu pour son roman Picnic at Hanging Rock publié en 1967. Dramaturge, critique littéraire et critique d'art, elle a collaboré à diverses revues et journaux. Elle fait partie des membres fondateurs de National Trust of Victoria, une organisation non gouvernementale australienne, créée pour la promotion et la conservation du patrimoine aborigène, naturel et historique du pays.

 

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09/06/16

La Couleur du lait, de Nell Leyshon

La Couleur du lait

Dorset, 1831. Mary, une fille de ferme de quinze ans, est envoyée chez le pasteur pour tenir compagnie à son épouse malade. Avec ses manières frustes et son langage grossier, elle impose son style avec une naïveté touchante. Mary dit haut et fort ce qu'elle pense, au risque de chambouler ce petit monde replié sur lui-même, mais sa patiente est aussi une femme attentive, sensible et délicate. Elle est touchée par la jeune paysanne, lui raconte sa vie, ses blessures et ses chagrins, sa solitude aussi, alors qu'elle vit cloîtrée dans sa maison, sans recevoir la moindre visite. Son fils Ralph va bientôt partir à l'université et le cœur de cette maman affaiblie ne peut supporter cette déchirure. De son côté, Mary vaque à ses besognes, elle cure les sols, vernit les buffets, prépare le thé, cueille les fruits pour la confiture ou les légumes pour la soupe. D'abord peu à l'aise dans ce confort étranger, où elle découvre l'existence du boudoir, mais aussi des oreillers et des draps, elle s'empêche de penser à sa famille, au grand-père vieillissant et alité, aux vaches à traire, aux champs à semer... La vie était rude à la ferme, ses parents pas causants, ses sœurs utilisées comme des bêtes de somme. Mary peut s'estimer chanceuse de s'être extraite de sa condition. Vivre au presbytère est confortable et routinier. Et puis, on lui offre aussi la possibilité d'apprendre à lire et écrire. Mary. m.a.r.y. Une plume unique, une lecture coup de poing, une histoire qui nous fait vaciller, de l'espoir à l'enfer. Le portrait est sans artifice, la voix lucide et le destin poignant. Un roman marquant, mais qui suscite aussi un sentiment d'injustice et de tristesse. 

Traduit par Karine Lalechère (The Color of Milk) pour Phébus

Repris chez 10/18 Littérature étrangère, septembre 2015

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# Mois Anglais 2016 : Campagne anglaise

Mois Anglais 3

 

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03/06/16

Le Temps des métamorphoses, de Poppy Adams

Le temps des métamorphoses

Après des années de silence, Vivien rentre à la maison, dans le domaine familial de Bulburrow Court, un manoir victorien délabré, basé dans le Dorset. Sa sœur Virginia l'attend avec une certaine fébrilité. Que diable cherche-t-elle ? pourquoi ce retour ? Mais il ne sert à rien de tergiverser que les retrouvailles ont déjà lieu, des retrouvailles empruntées et maladroites, couvertes de faux-semblants et de bavardages inutiles. Dès son arrivée, Vivien ne cache pas son choc en explorant les lieux dépouillés et s'étonne de l'hygiène de vie de sa sœur, qui vit recluse dans cette grande demeure glaciale. Contrairement à elle, Virginia n'a en effet jamais quitté les murs de Bulburrow Court, emprisonnée dans les vestiges d'une enfance idyllique, auprès d'une mère élégante et fantasque et d'un père passionné d'entomologie, que Ginny suivra aveuglément en reprenant le flambeau. Les sœurs sont censées avoir tant de choses à se raconter, et pourtant le malaise entre elles est palpable. Pour le comprendre, il faut accepter le va-et-vient des souvenirs, entre présent et passé, à nous livrer une histoire de famille lourde de secrets, de drames et de mensonges. Le roman ainsi surprend, par son charme éthéré et ses manières dépassées, mais en impose aussi, par son atmosphère pesante et énigmatique d'une vieille demeure poussiéreuse. Et puis la relation entre Vivien et Virginia laisse également planer le doute sur des faits trop longtemps enfouis et que leurs retrouvailles vont déterrer involontairement. Par contre le rythme est nonchalant, il faut s'adapter à la lenteur, enclencher le rétroprojecteur de la mémoire et ne pas prendre toute confession prodiguée pour argent comptant... Pour qui aime les lectures d'ambiance, et pourquoi pas les longues théories sur les insectes, ce livre n'attend plus que vous ! Je garderai le souvenir du raffinement, de son refus de lâcher prise, ainsi que la belle galerie de personnages, qui continuent de hanter les couloirs de Bulburrow Court.

Traduit par Isabelle Chapman (The Sister) pour les éditions Belfond, repris chez 10-18, déc. 2011

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# Mois Anglais 2016 :  (Vieilles) dames indignes ou indignées

Mois Anglais 2

 

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02/06/16

Comme si c'était toi, de Mhairi McFarlane

COMME SI C'ÉTAIT TOI

Anna est belle, intelligente et romantique. Célibataire, elle ne désespère pas de trouver l'âme sœur en tentant les rencontres sur internet. Elle bouscule sa petite routine en se rendant par hasard à la réunion des lycéens, seize ans après leurs seize ans, où elle recroise James Fraser, son ancien béguin qui ne la reconnaît pas. Il faut dire que Anna a particulièrement changé depuis le temps où elle était martyrisée à cause de son poids, avec en apothéose la soirée pitoyable du Mock Rock, où elle avait été humiliée publiquement, par la faute de James. Aujourd'hui Anna est une jeune femme épanouie, au physique de déesse (des années de régime et de prise en main sont passées par là) mais a la rancune tenace. Au lieu de se présenter face à ses anciens tortionnaires, Anna rebrousse chemin en soupirant d'aise. Or, le destin s'acharne quand elle découvre qu'à l'occasion d'une exposition mise en place par son université, elle doit travailler en collaboration avec un conseiller en marketing numérique qui n'est autre que James Fraser. Son pire cauchemar. Anna fait profil bas et simule la sympathie, accepte de lui rendre service en prétendant être sa nouvelle petite amie et s'affiche à son bras auprès de ses collègues. Cette supercherie ne fait que les rapprocher et accentuer le malaise, car le souvenir de leur jeunesse plane au-dessus d'eux comme un spectre menaçant. Ni l'un ni l'autre n'aborde le sujet - James n'ayant toujours pas fait le parallèle, Anna se sentant encore trop sensible pour l'évoquer. James traverse en même temps une crise existentielle, son épouse vient de le quitter pour un jeune mannequin, son orgueil en a pris un coup et il se sent bafoué. Sa rencontre avec la pétillante Anna lui fait comprendre qu'il mène une vie superficielle, avec un boulot m'as-tu-vu qu'il déteste et une sublime femme qui flatte son ego. Lui aussi se trouve désormais à la croisée des chemins, mais James est particulièrement long à la détente. Quelle plaie. J'avoue avoir été déçue par son personnage et sa personnalité peu attachante, en comparaison de l'adorable Anna. Ce n'est pas facile non plus d'adhérer à leur relation, basée sur les non-dits, la rancune et l'hypocrisie, mais passons. J'ai quand même passé un agréable moment à écouter cette histoire simple et ordinaire, à l'instar des anecdotes qu'on se raconte entre copines. Cela m'a fait le même effet ici. On se sent proche des personnages, on a une intrigue qui prend son temps, qui distille aussi un petit grain de folie appréciable, avec des personnages secondaires exubérants, une cérémonie de mariage savoureuse, des échanges de mails désopilants, de la tendresse, de l'amitié, de la cohésion et de la pertinence. C'est le deuxième livre que je lis de cet auteur, après Parce que c'était nous, et qui me touche une nouvelle fois. 

Texte lu par Véra Pastrélie pour Hardigan, avril 2016 (durée : 11h 59)

Traduction d'Odile Carton (Here's Looking at You) pour Bragelonne, 2014

Comme si c'était toi | Livre audio

 

>> Ce livre audio est en exclusivité sur Audible uniquement disponible en téléchargement.

©2015 Milady (P)2016 e-Dantès

 

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01/06/16

Après toi, de Jojo Moyes

après toi

Dix-huit mois après sa bouleversante rencontre avec Will Traynor, Louisa Clark tente de reconstruire sa vie dans son appartement londonien, après une longue fuite à travers l'Europe et le besoin d'accomplir quelque chose sans déterminer exactement quoi. Louisa travaille aujourd'hui dans un bar minable près d'un aéroport, n'a pas revu sa famille et s'enfonce dans une solitude déprimante. Un soir, après plusieurs verres d'alcool, Louisa traîne sur sa terrasse, plus mélancolique que jamais, avant de basculer dans le vide. Elle reprend connaissance dans une ambulance et découvre son secouriste (^Sam^) d'un air hébété. Louisa est en vie, un vrai miracle. Ses parents accourent aussitôt à son chevet et se font du souci pour elle. Suspectant une grande fragilité et des envies suicidaires, ils lui conseillent de s'inscrire à un groupe de soutien psychologique pour personnes endeuillées. Louisa, par crainte d'être jugée, masque premièrement la vérité mais ne cache rien de sa profonde détresse. Pourtant, cette équipe de bras cassés viendra à bout de ses réticences et lui donnera les bons tuyaux pour ne plus couler. En attendant, la vie de Louisa est également chamboulée par l'arrivée de Lily, une adolescente en souffrance, en pleine quête identitaire, qui s'incruste chez elle et fait de son quotidien un enfer. Et là, ne cherchez pas à comprendre, Louisa Clark renfile sa panoplie de sauveuse des âmes perdues et part en campagne pour soigner ce chaton égaré. Ouhlala. Cette nouvelle orientation m'a clairement laissée perplexe. J'ai trouvé l'introduction du personnage de Lily parfaitement incongrue, l'implication de Lou dans son parcours franchement exagérée. Et ce ne sont pas les seuls détails qui me posent problème, ça et là, l'histoire prend des tours et des détours déconcertants, souvent des longueurs inutiles, qui ne servent qu'à couvrir une intrigue assez faible et qui renvoient une image moyennement positive de Louisa - son ambition est toujours aussi inexistante, sa vie en mode off. Retour à la case départ. Et on imagine Will de là-haut en train de pester après les anges... Soupirs. La lecture n'en est pas moins agréable à parcourir, puisqu'il est toujours appréciable de retrouver l'univers ouaté et confortable de Jojo Moyes, tout en gardant à l'esprit que cette suite est un pêché mignon. J'ai eu la grande faiblesse de la découvrir par pure curiosité, anticipant des retrouvailles réjouissantes avec des personnages qui avaient su me toucher. Certes, la famille de Lou manque également au décor, trop peu présente à mon goût, elle nous prive de son festival de dingueries à sa juste valeur. C'est dommage. ^-^ Le roman reste principalement ancré sur Lou et ses éternelles incertitudes, son obsession pour Will et son chagrin incommensurable. Reste plus qu'à enduire tout ça d'artifices et de subterfuges plus ou moins convaincants pour avaler cette bonne soupe réchauffée. Slurp.

Texte lu par Emilie Ramet (durée : 11h 58)

Traduit par Alix Paupy pour Milady (After You), juin 2016

Après toi | Livre audio

En exclusivité sur Audible FR - uniquement disponible en téléchargement.

 

 

# Mois Anglais 2016 :  Un roman qui se passe à Londres

Drink tea and read english

 

 

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