26/09/17

La jeune fille sur la falaise, de Lucinda Riley

la jeune fille sur la falaise audible

Complètement paumée par ses déboires amoureux, Grania ne trouve plus aucun réconfort auprès de son fiancé et décide de planter sa vie à New York pour rentrer en Irlande, dans la ferme familiale. Au cours de ses innombrables errances le long de la falaise, elle croise une fillette somnambule, qui va raviver ses démons et sa détresse. Aurora Lisle a récemment perdu sa maman et est hantée par son souvenir. Son père se sent impuissant et sollicite l'aide de Grania... qui accepte spontanément. La jeune femme et l'enfant ont en effet tissé une relation fusionnelle, ce contre quoi la mère de Grania s'oppose. Ses réserves s'expliquent par les destins entremêlés des deux familles dans le passé, hélas jalonnés de déceptions et de tragédies. Pour mieux comprendre, Mrs Ryan confie à sa fille les lettres de son ancêtre qui viendront éclairer une partie de ce mystère... J'avoue, le début m'a pleinement conquise ! C'était excitant d'ouvrir les nombreux tiroirs de cette histoire, romanesque à souhait, qui nous transporte entre New York, Londres ou le comté de Cork. On se projette dans des vies, on voyage à travers les époques, on s'attache à certains personnages, on vibre au rythme de leurs passions. C'est foncièrement enivrant. Il n'y a que dans le parcours de Grania que l'intérêt s'émousse, ainsi que dans le déploiement général, où l'on constate une forte propension au mélodrame. J'ai regretté ce penchant à sortir les violons et à brandir le spectre du happy-end mielleux. Vraiment dommage. Outre une conduite assez inégale, avec une deuxième partie moins enthousiasmante, le roman s'avère tout de même drôlement addictif. 

Pascale Chemin propose une lecture claire et limpide, révélant malgré elle le ridicule des prénoms choisis (Aurora, Grania...). J'ai trouvé ça risible à entendre, mais ce n'est qu'un détail. Moi qui affectionne les histoires de famille, j'ai particulièrement apprécié cette version exaltante et bouleversante, pleine de charme et de chichis. À absorber de façon homéopathique.

>> Le livre audio est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

©2015 Leduc.s Traduit par Jocelyne Barsse (P)2017 Audible Studios 

Texte lu par Pascale Chemin - Durée : 15 h 15 

 

La jeune fille sur la falaise

En format poche CHARLESTON EDITIONS

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31/08/17

Mentir n'est pas trahir, d'Angela Huth

Mentir n'est pas trahirEntre banalité et pudeur des sentiments, la vie sentimentale de Gladwyn Purser n'offre aucune surprise. Marié depuis seize ans à Blithe, il mène une existence ordinaire, dans leur coquette maison de banlieue.
Un jour, tout bascule lorsqu'il rencontre Lara sur une route de campagne, alors qu'il rendait visite à sa mère. La jeune femme vient de se fouler la cheville en tombant de bicyclette. Gladwyn choisit alors de la conduire à l'hôpital et lui tient compagnie dans la salle d'attente. De fil en aiguille, une discussion se noue... mais Gladwyn omet de préciser qu'il est marié.
Ce premier acte manqué signera le début d'une longue succession de non-dits qu'il ne s'explique pas. En vrai, Gladwyn aime profondément sa femme et ne conçoit pas de la tromper, seulement l'attirance pour la délicate Lara est non négligeable. Notre homme va s'arracher les cheveux devant ce cas de conscience, puis céder à ses pulsions.
Il se lance maladroitement dans les affres d'une liaison clandestine, avec son lot de mensonges et de duperies. Ses rendez-vous en douce et autres combines sont involontairement cocasses, car ma foi, j'ai profondément détesté la couardise de notre bonhomme ! Est-on goujat lorsqu’on aime sincèrement deux femmes à la fois ? s'interroge l'éditeur. Je réponds, oui.
De son côté, Blithe inspire aussi de la  pitié et un certain agacement - personnage trop lisse, trop accommodant. Comment ne pas souhaiter la secouer et attendre une réaction de sa part ? Et patatras, le dénouement survient sans crier gare... facile, trop facile. Malgré la boule au ventre, l'empathie, etc. j'ai ressenti une pointe d'amertume à la lecture de cette solution trop arrangeante. 
Angela Huth est un écrivain que j'affectionne particulièrement, pour son style compassé, sa description d'un quotidien sous cloche, ses personnages mielleux - sauf exception pour un trublion dérangé, pouah ! Elle explore avec beaucoup de tact les frustrations et les déceptions de la vie conjugale, les vicissitudes de l'amour et des sentiments. Bref. Ses romans sont souvent de la même trempe, mais renferment beaucoup de charme et ce supplément d'âme à l'anglaise qui vaut ma totale adhérence.
Celui-ci n'est sans doute pas mon préféré, mais je lui concède une tendresse spécifique pour son aspect immuable à servir la même histoire sans déroger aux modes et autres influences éditoriales. Voilà.

Folio (n° 6190) / 2016 - Trad. par Anouk Neuhoff

[Deception Is So Easy]

 

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Le parfum des fraises sauvages, d'Angela Thirkell

LE PARFUM DES FRAISES SAUVAGESIl semblerait que le fil rouge de mon été se soit jalonné de petites préciosités anglaises, promptes à me propulser dans de délicates ambiances désuètes, qui n'ont pas été pour me déplaire. Dernière trouvaille : Angela Thirkell, petite-fille du peintre Edward Burne-Jones, cousine de Rudyard Kipling et filleule de J. M. Barrie. Excusez du peu.
Elle a su concocter, avec Wild Strawberries, un savoureux cocktail d'humour, d'insouciance et de joyeux badinage. L'histoire se passe dans les années 30, dans le domaine cossu de Rushwater, où la famille Leslie déploie une vive excentricité dans leur manière de vivre. Ici, tout paraît plus lisse, plus simple, plus facile. Les repas sont signalés d'un gong discret, servis avec célérité par le majordome, les enfants rechignent à avaler leur porridge, lady Emily disserte de longues minutes avant de prendre place dans l'église, mettant la patience du révérend au supplice, son époux ne s'embarrasse d'aucun détail domestique et veille à choisir scrupuleusement le nom de son bétail qui s'exporte en Argentine...
Dans ce fabuleux tohu-bohu, la jeune Mary Preston débarque pour passer l'été auprès de la famille de sa tante et tombe sous le charme de David, dont les prétentions artistiques n'éveillent plus chez ses proches qu'un vague intérêt feint. Mais la jeune femme est émoustillée par ses attentions (un paquet de fraises sauvages), ses balades au clair de lune ou ses virées à Londres. C'est assez pour étourdir notre oie blanche à l'âme si douce et romantique ! 
Ce tableau de famille est également rehaussé par une brochette de personnages secondaires, dont un certain flagorneur ou une famille française, lesquels sont épinglés avec cocasserie, pas loin d'une certaine férocité, tant leur bêtise est étalée dans toute sa splendeur, mais sans volonté de nuire.
Car l'ambiance générale est heureusement délectable et bienveillante. L'auteur s'applique à dépeindre une saison à la campagne, chez des jeunes gens aisés et oisifs, sans distiller un soupçon de manichéisme, juste dans le souci de partager une tranche de vie frivole et guillerette.
Le rendu fait mouche. Et on goûte avec délice aux nombreux ingrédients qui constituent cette comédie rafraîchissante et légère. C'est dégoulinant de charme vintage, et c'est tout bon !

10-18 Littérature étrangère / 2017 - Trad. par Florence Bertrand

 

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Le jardin blanc, de Stephanie Barron

LE JARDIN BLANCJo Bellamy, une jeune paysagiste américaine, est envoyée à Sissinghurst pour s'inspirer du célèbre Jardin Blanc, aménagé par Vita Sackville-West et son mari Harold Nicolson dans les années 30, afin d'en reproduire une copie pour une riche cliente new-yorkaise.
Sur place, Jo fait rapidement l'étonnante découverte d'un vieux journal intime, ayant probablement appartenu à son aïeul - la jeune femme n'ayant jamais caché ses motivations personnelles à se rendre dans le Kent, où son grand-père Jack a vécu et œuvré en tant que jardinier au château.
D'après les notes du journal, celui-ci aurait également croisé le chemin de Virginia Woolf, au cours du printemps 1941. Fait marquant, cette dernière se serait suicidée le 28 mars, du moins son corps n'a été retrouvé que trois semaines après sa disparition, d'où de folles spéculations quant au déroulement des événements durant ce laps de temps.
Et là, point de grand discours, mais un emballement total pour cette lecture excitante, pleine de pep's et de rebondissements, avec une galerie de personnages pittoresques et des aventures rocambolesques. J'ai franchement adoré. 
Entre clins d'œil romanesques, chausse-trappes et délires audacieux, j'ai pris un plaisir fou à me balader dans la verte campagne anglaise, foulant de magnifiques jardins, traquant aussi le spectre de la femme de lettres, auréolée de mystères. C'est prodigieux. Et puis, qu'importe les libertés prises, les raccourcis, les concomitances trop belles pour être crédibles... on plonge sans rechigner dans cette comédie érudite et enlevée, qui ébouriffe les sens et procure un vrai bonheur de lecture.
Un vif succès, pour les amoureux de littérature, de nature, d’amour et de suspense. ☺

10x18 Littérature étrangère / 2015 - Trad. par Isabelle D. Philippe

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22/05/17

Quelques jours de nos vies, de Clare Swatman

quelques jours de nos vies

Par sa promesse d'une lecture riche en émotion, ce roman est une invitation à retenir le temps présent pour en savourer chaque instant. Prenons en exemple l'histoire de Zoe et Ed, en couple depuis vingt ans, ils s'aiment mais ont laissé les vicissitudes du quotidien ronger leur insouciance. Pourtant, en apprenant la mort de son compagnon dans un accident, Zoe s'effondre et se reproche d'être partie le matin sans avoir pris le temps d'embrasser Ed une dernière fois. Bouleversée, elle ressasse avec amertume tous les petits riens qui ont empoisonné leur existence. Si elle avait su... Et bim, elle se réveille le lendemain dans son lit de jeune fille, en 1993. Elle est étudiante, s'installe en colocation sur le campus et rencontre Ed. Ô stupéfiante seconde chance, dont on ne cherche pas à nous vendre le pourquoi et le comment, si ce n'est d'offrir à Zoe la possibilité de revivre les moments les plus marquants de son couple. C'est donc toute leur vie à deux que l'on découvre, avec ses hauts et ses bas, ses élans et ses espoirs, mais c'est surtout pour Zoe l'occasion de corriger le passé pour glisser vers un lendemain meilleur. Peut-elle déjouer le sort et sauver Ed ? Comme Zoe, on s'accroche à ce désir insensé et on l'accompagne dans sa rétrospective des vingt années écoulées. S'expose alors l'étendue d'une histoire banale et ordinaire, entre tendresse, joie, peine, doute et bonheur, le tout raconté avec beaucoup d'authenticité. Au final, notre cœur bat à l'unisson avec celui des personnages. Tout semble vrai, sincère et sensible, même si l'histoire inspire aussi une certaine retenue à l'évocation de cette vie de couple fastidieuse et triviale. Un soupçon de fantaisie aurait sans doute été appréciable, à mon goût. La fin aussi m'inspire quelque scepticisme, mais passons. Horace a dit : “Carpe diem, cueillez le jour” - ce sur quoi le roman s'appuie, en toute humilité. Le résultat est tout à fait honorable, très touchant. Et la couverture est ravissante. 

Presses de la Cité, 2017 - Trad. Claire-Marie Clévy (Before You Go)
ill. de couverure : Jo Thompson / Adaptation : Mélanie Wintersdorff

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15/05/17

L’intérêt de l’enfant, de Ian McEwan

 

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Fiona Maye est juge aux affaires familiales, totalement dévouée à sa carrière, prompte à ressasser régulièrement les affaires les plus conflictuelles de sa carrière. Décrite comme étant “divinement hautaine, diaboliquement intelligente”, Fiona s'affiche comme étant une femme inaccessible et sûre d'elle. Sa vie de couple en a pourtant souffert, car aujourd'hui son mari Ralph exprime sa lassitude et son désir d'une aventure extraconjugale. Fiona tombe des nues et manifeste sa colère avec froideur.

Un dossier urgent va alors accaparer son attention. Un jeune garçon de dix-sept ans révolus, Adam Henry, est atteint d'une leucémie. Ses parents, témoins de Jéhovah, refusent tout traitement sanguin, au nom de leurs croyances. Les médecins s'alarment et ont saisi la justice pour trancher. Lorsqu'elle rencontre le jeune malade, Fiona est à la fois surprise et séduite par ce garçon sensé et sensible, amoureux des mots et de musique. Une longue discussion s'engage, avant de rendre le verdict...

Indéniablement, le roman questionne, le roman interroge, le roman interpose et interpelle. Il évoque ainsi l'intérêt de l'enfant, la valeur des libertés individuelles, la responsabilité humaine, celle du juge ou des parents, la volonté personnelle ou celle de la communauté... C'est extrêmement pointilleux, au risque de paraître lourd et assommant. En vrai, l'histoire n'a pas une grande portée émotionnelle, les personnages sont apathiques, l'affaire Adam Henry n'est qu'un diablotin surgissant de sa boîte. L'auteur tire son épingle du jeu en tissant une ambiance particulièrement oppressante et néanmoins fascinante, qui inspire autant de sentiments contradictoires. C'est un roman assez court, donc qui se lit rapidement, mais qui suscite une certaine perplexité. 

Collection Folio (n° 6299), Gallimard / 2017

Trad. de l'anglais par France Camus-Pichon [The Children Act]

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10/03/17

Jamais deux sans toi, de Jojo Moyes

Jamais deux sans toiSi ce roman n'avait pas été de Jojo Moyes, j'aurais probablement passé mon chemin. Une nana qui se débat seule pour subvenir à ses besoins, femme de ménage, deux enfants à charge... Très peu pour moi les histoires de misère sociale où les revers s'enfilent comme des perles sur un collier. Et heureusement que le hasard a bien fait les choses, car j'ai énormément apprécié cette lecture qui a su détourner les pièges pour se lancer dans une belle aventure humaine !

Jess ne connaît Ed Nichols qu'à travers son boulot. Elle fait le ménage chez lui mais ne l'a jamais rencontré, sauf un soir au bar où elle le ramasse complètement bourré et le dépose en taxi. Elle ignore tout de ses déboires (Ed est accusé de délit d'initié et risque de perdre son entreprise) car elle a déjà beaucoup à se préoccuper de son côté. Maman d'une fillette surdouée, Tanzie, dix ans, Jess doit trouver une somme considérable pour l'inscrire dans une école privée adaptée à son niveau. Elle décide alors de se rendre jusqu'en Écosse pour que l'enfant participe à une olympiade de mathématiques. Seulement, elle ne dispose que d'une vieille Rolls, non assurée, qui appartient à Marty (son mari dépressif, qui est retourné se soigner chez sa mère). Elle n'a pas un sou en poche, mais embarque sa fille, son beau-fils Nicky et le gros chien Norman dans cette épopée saugrenue. Pour ne pas manquer, la voiture est arrêtée par la police... et c'est là qu'intervient Ed Nichols. Sans raison, sans réfléchir, il invite l'équipe de bras cassés dans sa berline rutilante pour un road-trip cocasse et fabuleux. Si, si... Cette coalition improbable va finalement s'avérer pittoresque, comique et burlesque. Parce que la fillette est malade en voiture, le chauffeur doit amorcer une vitesse indécente et emprunter les routes de campagne. Le voyage prend donc plus de temps que prévu, mais cela a du bon car ils ont tous des problèmes à découdre. Ce n'est pas dit que le miracle va s'accomplir, seulement l'optimisme est de mise et est parfaitement communicatif ! 

J'ai finalement pris un plaisir fou à participer à cette virée de la dernière chance, au cours de laquelle toutes les frustrations, les angoisses et les interrogations vont être mises à plat. Jess, capitaine d'un navire en déroute, est une héroïne assez extraordinaire... même si trop naïve et passive, à bien y regarder. À côté, Ed aussi se trouve à la croisée des chemins, contraint de revoir sa façon de penser et de vivre. En se rendant jusqu'en Écosse, il envisage ainsi de rendre visite à sa famille qu'il a perdue de vue à force de se consacrer à sa carrière. Tant de non-dits, de silences et de regrets.... Mais n'imaginez pas une histoire amère ou désabusée ! C'est au contraire un hymne à l'espoir, à la solidarité, à la chance et au droit au bonheur. Et ça fait un bien fou de lire tout ça, sans chichis, sans morale et sans guimauve trop sucrée. Le roman est juste ce qu'il faut de frais, de romantique et de spontané. Une bonne surprise, lue par Emilie Ramet de sa voix douce, claire et agréable à l'écoute. 

>> Ce livre audio en version intégrale est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

©2015 Milady (P)2017 Hardigan

Jamais deux sans toi | Livre audio

 

Traduit par Alix Paupy [The One Plus One]

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28/09/16

Highland Fling, de Nancy Mitford

highland flingQue d'ironie dans cette comédie anglaise, qui  nous fait croiser un tas de personnalités sottes et caricaturales à un point ! ... C'est délectable, j'avoue.
Albert Gates est un jeune artiste incompris, après deux années d'exil à Paris, il rentre à Londres auprès de ses amis Walter et Sally Monteath. Ces deux-là vivent d'amour et d'eau fraîche. Lui est poète, elle est pimpante, mais leur rente commune ne suffit pas à subvenir aux besoins de leur train de vie dispendieux. Aussi, lorsque sa tante Madge l'informe être dans l'incapacité de recevoir ses hôtes pour leur traditionnelle partie de chasse à la campagne, dans leur château écossais, Sally se fait une joie de la remplacer au pied levé. Leur amie Jane Dacre, une jeune célibataire un peu fleur bleue, fille d’aristocrates, se joint à la compagnie. Et la farce peut commencer. Albert et Jane vont rapidement scandaliser ces vieux Lords et leurs épouses aux manières compassées par leurs propos indécents ou leur absence de convenances (cf. le pique-nique gloutonné dans le dos des convives avant de prétendre l'avoir égaré en conduisant, les critiques sur les militaires et leurs excentricités à conter fleurette). Tant de désordre offusque notre assemblée conformiste et c'est tout l'art de Nancy Mitford de tailler des dialogues piquants et savoureux qui rendent les échanges fabuleusement cocasses !
Paru en Angleterre en 1931, Highland Fling est en fait le premier roman de l'auteur. Et celui-ci révèle déjà son penchant pour épingler ses contemporains en usant d'un humour mordant qui pique sournoisement cette bonne soirée bourgeoise de l'entre-deux-guerres, à la fois celle soucieuse des traditions, mais aussi celle frivole et inconséquente. On découvre là une représentation tendre, drôle et cruelle du faste et des frasques de ses pairs oisifs et capricieux dans un roman certes perfectible, et néanmoins délicieux. 

Traduit de l’anglais par Charlotte Motley pour Christian Bourgois Editeur

Repris chez 10/18 - Août 2016

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28/07/16

Oh my dear ! de T.J Middleton

Oh my dear

Marié depuis vingt ans, le couple Greenwood peine à se supporter et se lance des vacheries à longueur de journée. Al décide alors d'éliminer sa femme. Au terme d'une dispute houleuse, Audrey claque donc la porte de la maison pour évacuer ses idées noires le long de la falaise. Dehors, le temps est exécrable. Pluie, vent, tempête.

Avec son imper jaune, Audrey brave les intempéries sans lever le bout de son nez. Sans se douter que son mari Al vient de se faufiler dans les fourrés pour bondir sur elle et la pousser dans le vide. En rentrant chez lui, notre homme, ragaillardi, manque tomber à la renverse en découvrant sa chère épouse devant la cheminée, un grog à la main.

Sur cette excellente accroche, on se prête à rêver d'une comédie british savoureusement caustique - humour noir en pagaille - et on s'en frotte les mains. Al Greenwood se débat sur plus de 300 pages avec ses interrogations et sa culpabilité. Son épouse ne cesse de le surprendre par son attitude étrangement mielleuse et ses pulsions nymphomanes. Une complicité naît entre eux, ce qui ne rend pas notre homme plus à l'aise dans ses mocassins. 

Entre quiproquos, révélations loufoques et une galerie de personnages insolites (la voisine ex-fan de Led Zeppelin devenue un témoin embarrassant, l'inspecteur de police passionné par les carpes de concours et accablé d'un chagrin d'amour), l'intrigue n'hésite pas à sortir la grosse artillerie pour nous embarquer à bord. Les dialogues sont grinçants à souhait, les coups de théâtre saugrenus et les anti-héros à la fête !  

Et pourtant, ça coince. L'histoire est trop longue (copie à lester d'une bonne centaine de pages), le rythme est inégal et laisse poindre une sensation de blablas inutiles, d'où ma déception. J'attendais de cette lecture un rendez-vous plus piquant et déjanté... au final, cela manque de punch et ça tourne vite en rond. :(

Traduit par Héloïse Esquié (Cliffhanger) pour les éditions du Cherche-Midi (2013)

Repris chez Pocket, en Sept. 2015

 

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23/07/16

L'Échappée belle du bibliobus, de David Whitehouse

L'ÉCHAPPÉE BELLE DU BIBLIOBUS

Val est femme de ménage dans le bibliobus municipal, un camion de vingt tonnes en sursis devenu trop cher à entretenir pour la ville. Elle élève seule sa petite fille Rosa, atteinte d'une forme d'autisme, lorsqu'elle rencontre le jeune Bobby Nusku, un gamin fragile, obsédé par le souvenir de sa mère et maltraité par son père. Val se prend d'affection pour lui et est révoltée par les brimades qu'il subit, mais à vouloir lui apporter son soutien, le voisinage se retourne contre elle et l'accuse d'agissements douteux sur mineur. Sans réfléchir, tous trois plient bagage et s'enfuient à bord du bibliobus. Première escale en pleine forêt pour y camper une nuit et réfléchir à la poursuite de leur aventure. Là, ils rencontrent Joe, un marginal grand et efflanqué, qui se joint à la bande en leur indiquant de regagner un vieux manoir en Ecosse. Toute la police sera à leurs trousses, leur escapade faisant également la une des journaux, aucune solution de repli ne s'offre à eux, si ce n'est un ultime face-à-face au bord de la falaise. 

La lecture est premièrement déroutante, car elle ne renferme pas ce qu'on aurait pu supposer être une comédie enlevée sur l'amour des livres et l'épopée extravagante d'une équipe de bras cassés. Il y a de ça, mais pas seulement car les premiers pas dans l'histoire sont assez douloureux et déprimants. Toute l'histoire finit par dévoiler des sentiments meurtris, des êtres blessés, des cœurs broyés et un profond sentiment d'injustice. J'avoue avoir été longtemps perplexe, même si je me surprenais à tourner les pages à toute vitesse (livre dévoré en quelques heures). Et c'est au moment de refermer la dernière page que j'ai ressenti un semblant de félicité. Toute la magie enfouie dans le livre venait de dégouliner et m'éclaboussait copieusement. Une sensation étrange, mais réjouissante. Et de réaliser alors ô combien ce roman est fondamentalement attachant. 

Malgré leurs fêlures et les non-dits, les personnages déploient des trésors d'ingéniosité pour travestir la vérité. Leur expédition revêt alors les plus belles parures d'un roman d'aventures (Moby Dick, Le Petit Prince, Nils Holgersson, Chitty Chitty Bang Bang, etc.) avec une note d'excentricité et une généreuse couche de mélo - miraculeusement peu rebutante ! Puis prend des allures de conte fantastique, avec une Reine, une Princesse, un Homme des cavernes, un Enfant, un chien, un ara et même un Robot. Un bouquin franchement surprenant, à apprivoiser en douceur... l'effet boomerang est assez renversant ! 

Traduit de l'anglais par Karine Reignier-Guerre (Mobile Library) pour les éditions Presses de la Cité, Juin 2016

« Les histoires ne sont pas des histoires, si nul ne les raconte. Les personnages peuvent être bons ou mauvais mais, si les lecteurs ne font pas leur connaissance, ils ne sont ni l'un ni l'autre. Ce qui est bien pire. »

« Une famille, ce n'est pas forcément un père, une mère, un fils et une fille. Ce qui compte, c'est d'avoir assez d'amour. Or, de l'amour, l'Enfant, la Reine, la Princesse et l'Homme des cavernes en avaient beaucoup. À eux quatre, si improbable que cela paraisse, ils formaient une vraie famille. »

 

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