19/05/16

Tant qu'on rêve encore, de Chris Killen

TANT QU’ON RÊVE ENCORE

Automne 2004. Lauren plaque son copain Paul et file sur un coup de tête au Canada. De cette rupture, le garçon en a conservé une profonde amertume et a publié un roman au succès d'estime. Dix ans plus tard, Paul enseigne un atelier d'écriture à l'université, vit avec Carole et flirte en ligne avec une étudiante. Il n'a pas rebondi après avoir cueilli les lauriers en librairie et souffre vulgairement du syndrome de la page blanche. Rien ne va plus dans sa vie. Il sent une grosseur dans sa bouche et s'imagine être à l'article de la mort. Il ment à sa compagne et hésite à la quitter mais accepte de lui faire un enfant. Le goujat dans toute sa splendeur. De son côté, Lauren est rentrée au pays et tente de faire carrière sans grande motivation. Elle n'a jamais revu Paul mais songe souvent à son ami Ian dont elle avait reçu quelques nouvelles lors de son escapade canadienne, avant qu'il ne s'évapore dans la nature sans la moindre explication. En fait, Ian est également au creux de la vague, obligé de partager l'appartement de sa sœur, sans un sou en poche. Il n'a aucune ambition, après avoir longtemps espéré percer dans la musique, et vivote dans un centre d'appel où il doit arnaquer, non sans scrupule, des petits vieux. Au vu de cette délicieuse couverture - clin d'œil à une scène particulièrement cocasse - j'avais naïvement l'espoir que l'histoire s'élève au rang de comédie sarcastique (façon David Nicholls ou Danny Wallace) et se charge de secouer ses protagonistes neurasthéniques pour les emmener dans une aventure plus transcendante. Au lieu de ça, elle se contente de nous servir trois portraits de trentenaires désabusés sans susciter la moindre émotion ou éveiller une étincelle de désir. Bouh. Quelle désillusion. Si le début a réussi à me convaincre et m'encourager à poursuivre, j'ai trouvé la deuxième partie décadente, pour ne pas dire triste et déprimante, malgré une fin pleine de charme et de douceur, survenant hélas trop tardivement pour raviver la flamme. Ce roman a contrarié mes attentes et m'a raconté une histoire qui démontre que la vraie vie est plus forte que les rêves, ignorant ainsi que c'était une vision en totale inadéquation avec mes aspirations. Soupir.  

Fleuve éditions, avril 2016 - Traduit par Amélie de Maupeou (In Real Life)

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09/05/16

Ainsi vont les filles, de Mary Westmacott

Ainsi vont les filles

Après un long veuvage de seize ans, période durant laquelle Ann Prentice s'est entièrement dévouée à sa fille Sarah, elle décide, à 41 ans, de se remarier avec Richard Caulfied, qu'elle vient de rencontrer lors d'un dîner chez des amis. Il lui tarde de le présenter à Sarah, partie trois semaines en Suisse. À son retour, pourtant, la nouvelle ébranle la jeune femme de dix-neuf ans, très attachée à ses habitudes et aux liens exclusifs qu'elle entretient avec sa mère. Aussi, fait-elle vivre un enfer au couple, forcé de repousser leurs noces. Cette tyrannie imposée par sa propre progéniture finit par oppresser Ann qui doute de l'avenir. Deux ans plus tard, on retrouve notre duo mère - fille dans une nouvelle posture. Sarah est courtisée par un homme fortuné, mais de mauvaise réputation. Même si elle est attirée par le luxe, elle n'est pas sûre de ses sentiments et quémande de l'aide auprès de sa mère, laquelle est trop accaparée par sa nouvelle vie mondaine pour lui prêter une oreille attentive et compatissante. Dans ce roman à l'atmosphère insupportable, où mère et fille se livrent une guerre d'usure, confondant l'amour, la dévotion à l'exigence et le despotisme, amertume et désespoir composent l'essentiel de cette histoire impitoyable. C'est à la fois hallucinant et agaçant de suivre Ann et Sarah se chamailler puis se réconcilier, et enfin donner le change en faisant semblant d'une paix retrouvée après tant de sacrifices ! Leur vie frivole ne masque hélas pas leur grande détresse (elles se pomponnent, sortent tous les soirs, boivent des cocktails, flirtent en toute insouciance). Les failles sont invisibles, même si les premiers signes sont sans appel (migraines, râleries incessantes). Le roman est, de ce fait, surprenant, poignant et rondement mené, avec un sens de la dramaturgie plus pointue et une sentimentalité plus affûtée. J'avais souvent l'impression de lire une pièce de théâtre - et n'ai donc pas été surprise d'apprendre que l'auteur avait initialement écrit son histoire sous cette forme. Agatha Christie dresse un portrait acerbe des rapports mère-fille teintés d'amour et de haine. C'est déconcertant, mais on se laisse vite prendre au jeu et emporter par cette relation vorace qui dépasse l'entendement. 

Le Livre de Poche, avril 2016 pour la présente édition

Traduit par Dominique Chevallier (A Daughter's a Daughter, 1952)

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06/05/16

Nous, de David Nicholls

NOUS

Pauvre Doug Petersen ! Lorsque son épouse Connie lui annonce qu'elle envisage de le quitter dès que leur fils Albie rentrera à l'université, il embarque aussitôt toute sa petite famille pour un tour de l'Europe concocté à sa sauce et espère ainsi raviver la flamme de sa chère et tendre, et se rabibocher avec son fiston qu'il ne comprend plus. Las, leur périple tourne à la débandade et renvoie notre homme désabusé dans une vilaine posture. Seul, abandonné, désemparé. S'engage alors une comédie cynique et grinçante, mais malgré tout désopilante. Certes, on sourit face aux déboires de Doug, déjà abattu par les critiques de ses proches, constamment ligués contre lui, à lui reprocher son esprit scientifique, cartésien, sans imagination, sans grain de folie. C'est d'autant plus un comble qu'on découvre les débuts de son histoire avec Connie, jeune artiste bohème, alors attirée par son contraire, pour finalement s'en lasser. En avant les montagnes russes ! On passe par tout un panel d'émotions en lisant ce roman, qui s'ouvre dans la joie et l'allégresse, avec un voyage cumulant les maladresses (dans les rues d'Amsterdam, Doug cherche à visiter le musée d'Anne Frank mais provoque un séisme chez les bikers et se décompose sous leurs yeux), avant de basculer dans le sordide, le touchant, le poignant. L'image du couple et de la famille prend un coup dans l'aile et laisse une saveur amère, sans toutefois rendre la lecture aux accents mélancoliques trop démoralisante. C'est frais, cocasse, subtil et riche en nuances, pour un récit à la fois sensible, pathétique et émouvant. J'ai passé un très bon moment !

10/18 Littérature Etrangère - Avril 2016 (Traduit par Valérie Bourgeois)

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01/03/16

Opération Sweet Tooth, par Ian McEwan

Opération sweet tooth

Au début des années 1970, Serena Frome, une jeune anglaise, fille de pasteur, étudiante en mathématiques à Cambridge, fait la rencontre d'un éminent professeur, qui va la modeler intellectuellement, avant de la recommander aux services secrets du MI5. Son idylle se termine douloureusement et, pour oublier son chagrin, Serena travaille d'arrache-pied pour décrocher sa première mission : l'opération Sweet Tooth, qui consiste à encourager de jeunes écrivains, en subvenant à leurs besoins financiers, pour qu'ils publient des écrits dont les idéologies concordent avec celles du gouvernement britannique. Tout ceci dans la plus grande discrétion, naturellement. La cible de Serena s'appelle Tom Haley, une plume prometteuse et pleine de talent, mais à l'univers assez sombre et torturé. La jeune femme tombe néanmoins amoureuse de ses nouvelles, avant de connaître le personnage... et de succomber de nouveau au charme de l'intellectuel. C'est une récurrence chez cette héroïne, belle et vaniteuse, qui reconnaît son attirance pour la même figure masculine dominatrice. Et fatalement, en tombant amoureuse de son client, la jeune femme compromet sa mission et s'attire le courroux de son superviseur fou de jalousie...

Serena n'étant toutefois pas une figure très attachante, son histoire ne nous touche pas davantage, aussi admirablement écrite et fascinante soit-elle. Dans ce roman d'amour, sur fond d'espionnage, l'auteur tente d'exploiter une nouvelle palette de sensations, où les relations semblent plus douces, plus délicates et à la sensualité plus nuancée, mais l'ensemble sonne faux, froid, imperméable aux émotions. L'auteur se sert aussi de la littérature comme un outil de manipulation - l'univers sulfureux de Haley rappelle celui de McEwan - la cruauté et la perversité s'étalant dans toute leur splendeur. Les femmes, aussi, sont traitées comme de simples objets jetables, dans une société qu'on devine désœuvrée, en quête de nouveaux ennemis (la guerre froide s'étiole, mais les premières frictions en Irlande du Nord apparaissent). C'est donc un roman pour le moins troublant et poignant... mais tellement déconcertant. J'en sors quelque peu perplexe. 

Folio / Octobre 2015 ♦ Traduit par France Camus-Pichon pour les éditions Gallimard

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Expo 58, de Jonathan Coe

Expo 58

Thomas Foley, du Bureau de l’Information, se voit confier la mission de superviser la construction du Pavillon britannique, lors de la prochaine Exposition universelle qui aura lieu à Bruxelles. Nous sommes en 1958. Il doit ainsi partir six mois en Belgique pour administrer le fameux pub anglais, le Britannia, un fac-similé qui deviendra rapidement le bastion d'individus pittoresques. On y retrouve notamment son camarade de chambrée, Tony Buttress, un scientifique anglais responsable d’une machine susceptible de bouleverser la technologie nucléaire, Anneke, la jolie hôtesse belge, son amie Clara, Jamie la barmaid et Emily l'américaine volubile, sans oublier Andrey Chersky, un journaliste russe, peu gêné aux entournures de brandir sa fierté patriotique, même s'il craque copieusement pour les nouvelles chips anglaises. Cette joyeuse bande passe donc de longues soirées animées, à boire de la bière, flirter, danser et refaire le monde. Thomas, tout absorbé par cette ambiance de fête, en oublie même son épouse Sylvia, restée à Tooting, en banlieue londonienne, avec leur bébé sur les bras ! Totalement sous le charme de la blonde Anneke, il vient également de basculer dans une dimension surréaliste - impliquant un kidnapping dans les règles de l'art et une mission d'espionnage à la James Bond - et est clairement dépassé par la situation.

N'en doutez pas, c'est un roman tout simplement exquis. L'histoire au départ ne laisse absolument pas présager la tournure qu'elle va prendre, alors accrochez-vous ! Thomas est un type affreusement guindé, pas taillé pour le rôle de l'agent secret, mais son entourage et leurs péripéties valent franchement le détour. Résultat, on ricane beaucoup à la lecture des aventures folkloriques et truculentes de cet anti-héros qui marche sur les plates-bandes de l'agent 007 comme un automate dégingandé. On redécouvre aussi l'époque de la guerre froide dans une représentation complètement dingue et aberrante, très caricaturale aussi, mais tout ça est fait exprès. L'ensemble peut sembler inattendu, mais c'est absolument désopilant à lire. Frais et enlevé. Un vrai roman anglais qui se moque des codes et du genre.

Folio / Juin 2015 ♦ Traduit par Josée Kamoun pour les éditions Gallimard

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30/09/15

Boomerang, de Tatiana de Rosnay (lu par Julien Chatelet)

Boomerang

Relecture à l'occasion de sa sortie au cinéma.

De retour sur Noirmoutier, l'île de leurs vacances, Antoine et sa sœur Mélanie se rappellent leur enfance et l'époque heureuse où leur mère était encore avec eux. Celle-ci, foudroyée par une rupture d'anévrisme, a laissé un trou béant dans leur famille où chacun s'est appliqué à ne plus l'évoquer. Sur la route du retour, alors que Mélanie s'apprête à lui révéler un secret, l'accident survient et le laisse dans l'ignorance. Antoine comprend, néanmoins, que le temps est venu de fouiller dans son passé pour être en paix avec sa vie d'homme, aujourd'hui, brisé. Abattu par son divorce, par ses enfants qui grandissent trop vite et qu'il ne comprend plus, Antoine est un homme défait. Sa rencontre avec la mystérieuse Angèle Rouvatier, qui s'offre à lui sans retenue, sera un autre élément déclencheur vers cette quête absolue de vérité et la traque des vieux démons.

Honte sur moi, j'avais complètement oublié cette histoire, lue en 2009, et ne me souvenais plus de son atmosphère pesante et macabre (cf. la scène dans le TGV). Par contre, j'avais en mémoire la personnalité peu amène du héros, dont le caractère morose et geignard a souvent été source d'agacement. Sans quoi, j'ai trouvé l'histoire toujours aussi agréable et captivante. Le style de l'auteur, tout en simplicité et élégance, n'a de cesse de nous séduire, jusqu'à nous repêcher dans notre grotte où l'on se terre pour échapper aux atermoiements de son personnage. (J'avais développé une allergie contre Antoine. Assez rédhibitoire. Donc, rien que pour ça, quelle prouesse !) La lecture s'écoule ainsi, sans agitation ni déconvenue.

J'ai aimé me balader entre Paris et la Vendée, dans le présent et le passé, dans les pas d'un homme en manque de souffle ou dans les rares miettes d'une silhouette floue et enfuie (l'énigme Clarisse). C'est un bon roman sur les secrets de famille qui vous empoisonnent l'existence sans même s'en apercevoir. Cela se lit, ou s'écoute, sans effort. Un bonheur simple. Du plaisir partagé. Un vrai puzzle bidouillé avec flegme et émotion.

Audiolib / septembre 2015 ♦ Texte lu par Julien Chatelet (durée : 9h 49) - Suivi d'un entretien avec l'auteur ♦ Traduit de l'anglais par Agnès Michaux

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Un film de François Favrat (2015) - Bande Annonce

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21/09/15

La Resquilleuse, de Mary Wesley

La Resquilleuse HO

Matilda Poliport, âgée d'une cinquantaine d'années, a décidé de tirer sa révérence. Après avoir astiqué sa maison de fond en comble, brûlé toutes ses lettres et donné son jars de compagnie à un fermier, elle glisse son panier de pique-nique dans la voiture, petits pains au beurre, fromage et bouteille de vin rouge, et met le cap vers la plage. Elle entend se saouler et avaler des cachets, puis nager jusqu'à n'avoir plus de force.

Mais ses projets sont mis à mal et elle est contrainte de quitter les lieux en bougonnant. C'est comme ça qu'elle croise en chemin un type recherché par la police pour matricide. Sur un coup de tête, elle l'emmène dans son cottage isolé, lui donne les vêtements de son mari décédé. Ne demande aucune explication. Et se met à lui parler de sa vie. S'ensuit un étonnant tête à tête, avec dialogues corrosifs et révélations stupéfiantes.

Cette comédie aux allures cocasses et à l'humour noir explosif (il en faut) prend vite un tour cynique, qui déstabilisera volontiers le lecteur attaché à de vieux principes (comme quoi, toutes les vieilles dames écrivains sont délicieuses et ne peuvent qu'écrire des livres ronronnants). Il n'en est rien. Le dénouement m'aura certes beaucoup attristée mais la lecture en général a été salvatrice et décapante ! J'en garderai un souvenir... déroutant. ☺

Éditions Héloïse d'Ormesson / Juin 2011 ♦ Traduit par Michèle Albaret (Jumping the Queue) pour les éditions Flammarion en 1994 sous le titre Souffler n'est pas jouer.

 

La resquilleuse

Disponible en poche chez J'ai Lu / Juin 2013

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19/09/15

Le Prix de l'innocence, de Willa Marsh

Le prix de l'innocence Autrement

Ah, les années 60, époque enjouée et fabuleuse, illustrée par les virées en décapotable, les pique-niques et le flonflon des robes, des danses et d'une chanson entonnée entre amis... Fiona est alors jeune vendeuse, naïve et mal embouchée, employée dans un grand magasin. Elle y rencontre Vanessa, tombe amoureuse d'un beau parleur et rêve éveillée. Trente ans plus tard, Fiona recolle petit bout par petit bout les souvenirs de cette jeunesse insouciante. Elle vient de recevoir une lettre de son amie qui lui annonce la visite de son fils Alex. Cette rencontre va bouleverser l'inertie de son quotidien, englué dans une tristesse sans nom. Fiona a perdu tragiquement un enfant et s'est recroquevillée dans la douleur. Depuis, un silence palpable s'est creusé au sein de son couple, qui tend à les éloigner.

Il y a un certain charme à partager cette évocation douce-amère de l'amitié et des premières amours. L'atmosphère est nostalgique, le rythme lent, mais le tout manque de verve pour nous embarquer franchement dans cette histoire qui reste très mélancolique. Aurait pu mieux faire. 

Autrement / Février 2013 ♦ Traduit de l'anglais par Eric McComber (Facing The Music)

 

Le prix de l'innocence

Disponible en poche chez J'ai Lu / Avril 2015

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31/07/15

La Ville orpheline, de Victoria Hislop

LA VILLE ORPHELINE CD

Été 1972. La ville de Famagouste, à Chypre, héberge la station balnéaire la plus enviée de la Méditerranée. Le couple Papacosta fête l'inauguration de son complexe hôtelier, le Sunrise, avec faste. L'avenir leur apparaît radieux et ambitieux. Pourtant, deux ans plus tard, le pays sombre dans le chaos, avec un putsch militaire qui va diviser l'île peuplée de communautés grecques et turques. On suit alors deux familles voisines, les Georgiou et les Özkan, tentant de survivre dans la ville enclavée où ils ont choisi de se cacher. 

Tristesse et mélancolie composent l'essentiel de cette histoire, mais sa puissance romanesque demeure remarquable. J'ai été enveloppée par les descriptions de ce décor de rêve (le soleil, les plages dorées, les complexes hôteliers et les boîtes de nuit). C'était magique, franchement dépaysant ! Quand la situation tourne au vinaigre, j'ai été autant tenue en haleine par la tension dramatique et le destin des familles croisées. Ce titre ne possède peut-être pas les mêmes atouts que L'île des oubliés, mais cette escapade sur l'île chypriote n'en demeure pas moins captivante.

L'enregistrement audio est également un succès et un choix judicieux pour les vacances. Maia Baran, la lectrice pour Audiolib, parvient à nous charmer par son intonation calme et envoûtante. Elle s'accompagne aussi d'une réalisation sonore de grande qualité, qui prolonge à merveille la sensation de dépaysement.

Audiolib / Juillet 2015 ♦ Texte lu par Maia Baran (durée : 12h 26) ♦ Traduit par Alice Delarbre pour les éditions Les Escales (The Sunrise)

21/05/15

Nous, de David Nicholls

Nous

Pauvre Doug Petersen ! Lorsque son épouse Connie lui annonce qu'elle envisage de le quitter dès que leur fils Albie rentrera à l'université, il embarque aussitôt toute sa petite famille pour un tour de l'Europe concocté à sa sauce et espère ainsi, 1) raviver la flamme de sa chère et tendre, 2) se rabibocher avec son fiston qu'il ne comprend plus. Las, leur périple tourne à la débandade et renvoie notre homme désabusé dans une vilaine posture. Seul, abandonné, désemparé.

S'engage alors une comédie cynique et grinçante, mais malgré tout désopilante. Certes, on sourit face aux déboires de Doug, déjà abattu par les critiques de ses proches, constamment ligués contre lui, à lui reprocher son esprit scientifique, cartésien, sans imagination, sans grain de folie. C'est d'autant plus un comble qu'on découvre les débuts de son histoire avec Connie, jeune artiste bohème, alors attirée par son contraire, avant de s'en lasser.

En avant les montagnes russes ! On passe par tout un panel d'émotions en lisant ce roman, qui s'ouvre dans la joie et l'allégresse, avec un voyage cumulant les maladresses (dans les rues d'Amsterdam, Doug cherche à visiter le musée d'Anne Frank mais provoque un séisme chez les bikers et se décompose sous leurs yeux), avant de basculer dans le sordide, le touchant, le poignant.

L'image du couple et de la famille prend un coup dans l'aile et laisse une saveur amère, sans toutefois rendre la lecture aux accents mélancoliques trop démoralisante (contrairement à Un jour). Excellente interprétation faite par Patrick Donnay -  c'est frais, cocasse, subtil et riche en nuances, pour un récit à la fois sensible, pathétique et émouvant. J'ai passé un très bon moment !

Audiolib ♦ avril 2015 ♦ texte lu par Patrick Donnay (durée : 14h 12) ♦ traduit par Valérie Bourgeois [Us] pour les éditions Belfond

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