21/05/15

Nous, de David Nicholls

Nous

Pauvre Doug Petersen ! Lorsque son épouse Connie lui annonce qu'elle envisage de le quitter dès que leur fils Albie rentrera à l'université, il embarque aussitôt toute sa petite famille pour un tour de l'Europe concocté à sa sauce et espère ainsi, 1) raviver la flamme de sa chère et tendre, 2) se rabibocher avec son fiston qu'il ne comprend plus. Las, leur périple tourne à la débandade et renvoie notre homme désabusé dans une vilaine posture. Seul, abandonné, désemparé.

S'engage alors une comédie cynique et grinçante, mais malgré tout désopilante. Certes, on sourit face aux déboires de Doug, déjà abattu par les critiques de ses proches, constamment ligués contre lui, à lui reprocher son esprit scientifique, cartésien, sans imagination, sans grain de folie. C'est d'autant plus un comble qu'on découvre les débuts de son histoire avec Connie, jeune artiste bohème, alors attirée par son contraire, avant de s'en lasser.

En avant les montagnes russes ! On passe par tout un panel d'émotions en lisant ce roman, qui s'ouvre dans la joie et l'allégresse, avec un voyage cumulant les maladresses (dans les rues d'Amsterdam, Doug cherche à visiter le musée d'Anne Frank mais provoque un séisme chez les bikers et se décompose sous leurs yeux), avant de basculer dans le sordide, le touchant, le poignant.

L'image du couple et de la famille prend un coup dans l'aile et laisse une saveur amère, sans toutefois rendre la lecture aux accents mélancoliques trop démoralisante (contrairement à Un jour). Excellente interprétation faite par Patrick Donnay -  c'est frais, cocasse, subtil et riche en nuances, pour un récit à la fois sensible, pathétique et émouvant. J'ai passé un très bon moment !

Audiolib ♦ avril 2015 ♦ texte lu par Patrick Donnay (durée : 14h 12) ♦ traduit par Valérie Bourgeois [Us] pour les éditions Belfond

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19/02/15

Nos Mensonges, de Louise Douglas

« Parfois, il était bon de garder un secret. »

Nos mensonges

Vingt ans ont passé depuis la mort de son amie Ellen Brecht. Hannah n'a jamais accusé le coup, cumulant les dépressions, et songe à une nouvelle crise lorsqu'elle pense apercevoir la défunte dans le musée où elle travaille. Elle rentre aussitôt chez ses parents, dans une petite ville de Cornouailles, et tente de trouver un semblant de paix sur les lieux de son enfance.

On comprend à moitié que la jeune femme se sent responsable du drame qui a coûté la vie d'Ellen et fait fuir son frère adoptif Jago. Tous trois étaient inséparables, ont grandi ensemble. Mais les secrets et les mensonges ont foudroyé cette belle harmonie. Ellen vivait dans un palais doré avec son père, inconsolable depuis la mort de son épouse. Hannah a longtemps été fascinée par cette existence de conte de fées, quitte à perdre son sens commun. Jago, son voisin, enfant battu et martyrisé, a su trouver un refuge chez la famille Brown. Beau garçon, au tempérament fougueux, il était amoureux fou d'Ellen.

Ce voyage vers le passé nous fait découvrir une histoire teintée d'amertume et de regrets, baignant dans une atmosphère pesante et mélancolique, mais non dénuée de charme. L'intensité dramatique est efficace et a su me tenir en haleine (malgré le dénouement sans surprise), j'avais envie de connaître  les raisons de l'engrenage tragique. Et cela m'a captivée d'en saisir l'essence, de cerner la complexité de l'intrigue, ses mystères et ses non-dits. Sans oublier le cadre parfait de la Cornouaille et son air marin étourdissant, j'étais littéralement ailleurs.

L'ensemble est séduisant, la lecture jolie et distrayante, à recommander pour les vacances.

Presses de la Cité, novembre 2014 ♦ traduit par Catherine Berthet (In Her Shadow)

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14/11/14

Et Ellie vécut heureuse, de Harriet Evans

Et Ellie vécut heureuse de Harriet EVANS

Eleanor Bee a toujours rêvé de décrocher un métier dans l'édition, ou en rapport avec les livres (la lecture est sa plus grande passion !). La chance lui sourit lorsqu'elle débarque dans une petite maison indépendante, au sein d'une équipe familiale, où règne une ambiance bon enfant. Très vite, Ellie craque pour Rory, le fils de sa chef, mais doit cacher leur liaison pour ne pas semer la zizanie au travail.

Aussi, quand les soucis économiques frappent à la porte, c'est le branle-bas de combat. Ellie se sent trahie et déchirée. Hélas, dans la vie, ce sont les erreurs qui font avancer. Et Ellie n'est plus l'héroïne candide et juvénile du début, elle est devenue terriblement froide et peu attachante. Je ne l'ai jamais aimée, de toute façon. Elle s'est révélée hyper décevante, assez snob et hypocrite sur toute la ligne. Même sa vie amoureuse est une calamité, pas follement excitante.

Tout ça fait que ce livre aura été une belle déception ! Moi qui m'attendais à de la chick lit enjouée et délirante, j'ai réalisé à regret que j'avais tout faux. C'est juste une histoire banale, pas distrayante pour deux sous (mais qui laisse entrevoir le petit monde de l'édition sous ses aspects les plus nobles... et les plus crasses). Sans quoi, totale désillusion.

Presses de la Cité, février 2013 ♦ traduit par Sophie Pertus (Happily ever after)

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Saison de lumière, de Francesca Kay

Saison de lumière de Francesca Kay

Francesca Kay dresse un portrait de femme artiste, Jennet Mallow (personnage fictif, j'ai vérifié !), qui se débat entre sa passion pour l'art et son rôle de femme. Son histoire est racontée par son plus jeune fils, qui livre une interprétation parfois personnelle des émotions de sa mère. À bien considérer, c'est sans doute troublant (le narrateur s'en rend compte et tente de se justifier). Mais Francesca Kay réussit en un tour de passe-passe à nous faire oublier ce détail.

On découvre alors une femme entière, qui tombe amoureuse d'un artiste peintre, avec qui elle va vivre une relation passionnelle. Confrontée à la pauvreté, la dépression de son époux, son alcoolisme, l'éducation de jeunes enfants, l'exil en Espagne, la tromperie, la maladie, Jennet devra batailler longuement pour s'affirmer, trouver sa place, s'épanouir dans son art, sans négliger sa vie de famille. C'est une constante chez elle, de vouloir préserver cet équilibre et protéger ses enfants. Aussi, lorsqu'elle tentera de s'en échapper, de vivre pleinement sa sexualité et laisser éclater ses idées sur la toile, elle sera rattrapée par un coup vache du destin.

C'est, sans conteste, un roman magnifique, rayonnant de vie et de passion, servi par un style lyrique et une écriture lumineuse qui rendent les sensations et les émotions plus intenses. C'est aussi un roman visuel, aux descriptions minutieuses, tellement poétique dans l'ensemble qu'on « sent » l'ouvrage, on perçoit les peintures, les jeux des ombres et des couleurs... C'est saisissant. Vraiment, quelle belle découverte.

J'ai Lu, décembre 2012 ♦ traduit par Laurence Viallet pour Plon (An equal stillness)

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12/09/14

Un jour, de David Nicholls

Un jour de David NICHOLLS

15 juillet 1988. Dexter et Emma viennent de passer une nuit ensemble. Fraîchement diplômés, des rêves plein la tête, ils envisagent leur avenir avec espoir et fringale. Dexter part en Europe et en Asie à la découverte de lui-même (sa famille est aisée, il n'a pas ce souci alimentaire). Emma a envie de Londres, d'écriture, de cercle intellectuel... On les retrouvera tous les ans, à la même date, le 15 juillet, à des moments de leur existence pas toujours au top de leurs espérances. Même leur amour naissant, qui a laissé place à une amitié forte et équivoque, va endurer les affres du temps qui passe, des caractères changeants, des désillusions, des rencontres hasardeuses... David Nicholls ne nous vend pas du rêve et dessine un portrait désabusé d'un couple qui n'a jamais cessé de se croiser et d'être attiré comme un aimant, sans réussir à l'exprimer clairement, car il n'a jamais su être en phase avec les désirs de l'autre au bon moment. Argh, c'est terriblement complexe, frustrant, désabusé et énervant. L'histoire s'éternise sur vingt ans, de quoi bien enfoncer le clou de l'amertume. On quitte le livre au bord de la déprime ! Cela ne m'a pas beaucoup plu. 

10/18, février 2012 ♦ traduit par Karine Reignier pour les éditions Belfond (One day)

A été adapté au cinéma !

- Vu et davantage apprécié. - ☺

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11/09/14

La Merveilleuse boutique de crèmes glacées de Viviane, d'Abby Clements

La merveilleuse boutique de crèmes glacées de viviane de Abby Clements

En voyant ce roman, je pensais détenir la lecture idéale pour l'été. Une boutique de crèmes glacées, la tradition familiale, un héritage, et hop... feu d'artifices dans le ciel ! Et puis non, lorsque les deux sœurs Anna et Imogène apprennent que leur grand-mère Viviane leur a légué son affaire, elles plaquent tout pour débarquer à Brighton et relever le défi. À première vue, la mission s'annonce périlleuse. Ni l'une ni l'autre ne possède l'expérience requise. Pourtant, aucune des deux n'envisage de faire faux bond et elles acceptent de se lancer dans l'aventure.

Commence alors un ménage de fond (le lieu était livré à l'abandon, leur grand-mère vieillissante avait confié la boutique à une bonne amie qui n'en fichait pas une). Elles récurent tout et lancent une nouvelle décoration, au charme vintage. Anna part ensuite en Italie pour suivre un stage de cuisine et apprendre la technique des glaces goûteuses et authentiques. Mais toutes ces belles initiatives n'empêchent pas les imprévus et autres épreuves qui ne cessent de pleuvoir (intoxication alimentaire, météo catastrophique, commentaires sur le net désobligeants, vie sentimentale mouvementée...).

Anna et Imogène vont jouer de malchance et de maladresse, mais jamais ne baisseront les bras pour retourner à leur tranquillité d'avant. Car elles sont toutes deux tombées amoureuses de cette boutique et tiennent à faire honneur à leur grand-mère. Même leur famille, en pleine tourmente, va s'appuyer sur leur exemple pour tirer au clair des conflits en souffrance. Résultat, on a un roman lisse et gentillet, pas franchement surprenant... et selon moi, trop classique et sans humour. Une petite touche de fantaisie aurait été appréciable pour casser cette monotonie ! Et puis c'est tout sucre, tout miel...  beaucoup trop. Cela ne m'a pas du tout séduite, alors que la couverture était riche de mille promesses.

éditions Prisma, juin 2014 ♦ (traduit par ?) ...  Vivien's Heavenly Ice Cream Shop

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10/07/14

Une dernière danse, par Victoria Hislop

Une dernière danse

Sonia accepte d'accompagner une amie à Grenade en Espagne pour y parfaire leurs techniques de danse. Sur place, elle fait la rencontre d'un vieil homme, qui vit seul dans un bistro. De fil en aiguille, l'inconnu va lui confier l'histoire, belle et émouvante, des anciens propriétaires du café El Barril. Ou comment une famille ordinaire, le couple et leurs quatre enfants, a été foudroyée par la folie d'une guerre qui a déchiré un pays pendant trois ans. Sonia est anglaise, mariée, malheureuse. Elle découvre à travers la famille Ramirez l'histoire d'un pays qui va la bouleverser. De cette rencontre suivra un grand chamboulement dans sa vie... (Mais pour qui a déjà lu L'Île des oubliés, le déroulement de l'histoire risque peu de surprendre ! C'est juste le petit reproche que je ferai sur ce livre, qu'il soit construit de façon trop identique au titre précédent.) Sans quoi, c'est une plongée fabuleuse et dépaysante, vers un ailleurs ensoleillé et radieux, sauf lorsqu'on dépoussière les vieilles photos de famille, à l'ombre d'une terrasse, et qu'on écoute les souvenirs remonter à la surface... l'émotion vous saisit à la gorge. Une fois encore, le livre audio est magique et envoûtant ! Il participe grandement au charme et à l'émotion que l'histoire est susceptible de faire naître. J'ai été complètement séduite et j'ai vécu à fond l'histoire de la famille Ramirez. C'est une destinée poignante, “un récit de feu et de sang”, que Laëtitia Lefebvre met magnifiquement en scène. Sa voix enveloppe le lecteur dans un cocon de douceur, même si la portée du récit est souvent plus lourde et tumultueuse qu'en apparence. Bref, c'est une fantastique invitation au voyage, chargée d'émotions. Une lecture idéale pour les vacances.

Audiolib, juin 2014 ♦ texte intégral lu par Laëtitia Lefebvre (durée d'écoute : 14h 50) ♦ traduit par Séverine Quelet pour les éditions Les Escales

19/06/14

Les Sœurs de l'océan, par Lucy Clarke

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Les Soeurs de l'océan

* Mauvais choix de couverture, grr ! *

Katie et Mia sont deux sœurs totalement opposées. Elles vivent ensemble à Londres depuis le décès de leur mère et leur départ de Cornouailles. Si Katie a tracé sa vie selon une ligne droite, celle de Mia n'est qu'une succession de soubresauts. Aussi, du jour au lendemain, annonce-t-elle à son aînée qu'elle plaque tout pour faire le tour du monde. Son meilleur ami Finn l'accompagne. Et les mois filent, égrenant des nouvelles sporadiques. Katie est excédée par la légèreté de sa jeune sœur et entend se protéger. Mais l'incompréhension est réciproque. Jusqu'à l'annonce du drame - Mia s'est jetée du haut d'une falaise, à Bali. Elle était seule. Katie est effondrée, refuse la vérité et cherche des réponses dans le journal de sa sœur, avant de partir sur ses traces. Nous plongeons alors dans deux parcours, racontés en parallèle par Mia et Katie, à six mois d'intervalle. Et c'est l'évasion assurée ! Ce sont autant de paysages somptueux, de contrées lointaines, paradisiaques et dépaysantes qui s'offrent à nous... Mais ce sont surtout deux épopées incroyables, magiques et bouleversantes, qui vont puiser aux sources de la famille et révéler tant de mystères autour. C'est poignant, mais captivant ! J'ai lu ce roman d'une traite, tant j'étais emportée par le récit des deux sœurs, dont la relation chaotique m'a émue aux larmes et très sincèrement touchée. Ne vous fiez pas à cette couverture nunuche, le contenu est de toute beauté. C'est aussi le compagnon idéal de vos vacances, n'hésitez pas !

Presses de la Cité, mai 2014 ♦ traduit par Sylvie Schneiter

14/05/14

La terre fredonne en si bémol, par Mari Strachan

« Le ciel est parfait, ce soir. Une fois, en cours de dessin, j'ai mélangé toutes mes gouaches pour obtenir un ciel identique : d'un bleu profond et dense dans le creux de la voûte, qui s'éclaircit et tire sur le blanc en rencontrant la terre, au niveau des collines de Llyn - qui semblent avoir été découpées dans du papier et collées là. M. Parry m'a dit que c'était trop beau pour être vrai, mais c'était pourtant bien ce que je voyais. Je veux m'envoler pour regarder les étoiles scintiller à travers ce bleu. La nuit dernière je n'ai pas voulu regarder en bas. Ni vers la ville ni vers la mer. J'ai plané sur le dos pour écouter le chant de la terre, les yeux perdus dans le ciel. Je me demande où il s'arrête. Et où se trouve le paradis ? Je n'ai jamais rencontré d'esprits là-haut. Je me demande s'il y a d'autres gens qui vivent aussi loin que les étoiles. Des extraterrestres. Les extraterrestres sont toujours des monstres dans les films. Mais s'ils étaient comme nous ? Est-ce qu'ils seraient quand même des monstres ? »

la terre fredonne

Gwenni, douze ans, est une enfant rêveuse et curieuse. La nuit, dans son lit, elle rêve qu'elle vole au-dessus de la campagne galloise. Le retour à la réalité est plus amer, sa mère ne lui fait pas de cadeau, sa sœur Bethan se moque d'elle. Bref, elle trouve un certain réconfort auprès de Mrs Evans, ses deux fillettes et les nombreux livres qui encombrent leur maison. Mais le jour où elle se rend chez elle et la découvre en larmes, Gwenni comprend que son époux, Ifan, a mis les voiles, avec son gros chien noir.

Aussitôt la nouvelle court en ville, les adultes savent mais se taisent, ce qui rend perplexe Gwenni. Elle décide alors de placarder des avis de recherche, mais cette entreprise audacieuse va mettre sa mère en colère, elle ne veut pas, n'entend pas donner libre court à son esprit feu-follet. Les gens jasent, surtout pas de cinglée dans la famille ! Quand l'étrange disparition d'Ifan Evans finit par s'éclaircir, Gwenni est aux premières loges de l'enquête et fait cavaler son imagination débridée.

J'ai beaucoup aimé cette histoire singulière, portée par une jeune héroïne très attachante, une écriture poétique et une atmosphère à part, magique, envoûtante... On y avance à petit pas, en suivant les observations de Gwenni, dont l'esprit vif et romanesque nous livre une version extravagante d'une histoire hélas beaucoup plus sombre, cruelle et poignante. Et c'est ce mélange qui rend la lecture tellement plus attrayante !

On a une jeune fille dans toute sa candeur, qui ne réalise pas toutes les subtilités d'un monde adulte qui l'entoure, avec ses secrets et ses mensonges, dont on devine avant elle toute la noirceur. C'est bouleversant, mais tellement bien raconté que jamais on n'a le sentiment d'avoir le moral plombé. Au contraire, c'est drôle et grave, tendre et émouvant. On trempe dans un univers complètement décalé, et le résultat est prodigieux. Je suis littéralement tombée sous le charme de cette très belle révélation !

10-18 ♦ traduit par Aline Azoulay-Pacvon pour les éditions NiL ♦ décembre 2013 pour la présente édition

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21/01/14

La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry, par Rachel Joyce

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Ce matin-là, Harold Fry quitte son appartement pour aller poster une lettre, en réponse à Queenie Hennessy, une vieille amie, ancienne collègue de boulot. Elle se trouve actuellement au Nord du pays, malade d'un cancer incurable, et lui a adressé ses adieux en souvenir du bon vieux temps. Harold, sans réfléchir, décide finalement de pousser plus loin son expédition. Sa rencontre avec une jeune fille travaillant dans un garage lui a en effet donné une idée : rejoindre à pied son amie. Traverser l'Angleterre pour apporter espoir, paix et bonheur à Queenie. Un geste symbolique, pour l'aider à résister en attendant sa venue. Harold y croit dur comme fer.

Alors il part sur les routes et il marche des heures durant. Il n'a pas eu le temps de prévenir son épouse Maureen, qui va être en pétard, ni le temps de se préparer physiquement. Il est parti avec ses petites chaussures, sans entraînement. Tant pis. C'est animé d'une foi véritable qu'il se lance dans ce pèlerinage. Certes, son aventure sera reprise, décortiquée, analysée, diffusée sur les antennes, exploitée à des fins commerciales... Du moins, pas dans l'immédiat. Au commencement, Harold est seul. Il marche, il fait des rencontres, il profite de la vie et il réfléchit sur son propre parcours.

En fait, l'existence d'Harold peut sembler minable : son épouse et lui ne se parlent plus, ils partagent un toit, point. Leur fils David a quitté le foyer, les accusant de ne pas s'intéresser à lui. Sa rencontre avec Queenie a été comme une bulle d'oxygène dans un quotidien englué dans l'ennui et l'amertume. Et pourtant, ces deux-là ont toujours été unis par l'amitié et la solidarité. Des secrets aussi ont pesé et scellé leur sort, et qui expliqueraient bien des choses aujourd'hui.

En attendant, c'est tout ça qui rumine dans sa caboche, Harold Fry face à son destin, une lecture particulièrement réjouissante et débordante d'enthousiasme ! On peut certes déplorer des longueurs, des maladresses, un rythme inégal, des rencontres plus ou moins passionnantes, des anecdotes anodines, mais dans l'ensemble c'est tout de même bien agréable à lire, avec une surprise finale qui laisse coi et fait revoir la copie entière. Une jolie rencontre littéraire, dépaysante et généreuse.

Pocket, octobre 2013 - traduit par Marie-France Girod pour XO éditions.

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