11/05/09

Cruelle ~ Celia Walden

Anna, 19 ans, quitte Londres pour aller travailler à Paris. Sûre de son charme, elle savoure sa liberté et se lie d'amitié avec Beth, son aînée de vingt ans. Quand Beth tombe amoureuse de Christian, Anna tente de mettre à l'épreuve leur attachement mais se retrouve confrontée aux pouvoirs destructeurs de la séduction.

cruelle

Anna a le charme, l'insolence et la fraîcheur d'une Cécile vue dans Bonjour tristesse. Le roman de Celia Walden n'est pas l'égal de celui de Françoise Sagan, toutefois on y retrouve une narratrice jeune, prête à tout, sûre d'elle et fine calculatrice pour atteindre ses objectifs. Dans Cruelle, Anna est jalouse de la liaison naissante entre Beth et Christian. Pour la première fois de sa vie, et depuis son arrivée à Paris, l'anglaise Anna est tombée sous le charme de la belle irlandaise de vingt ans son aînée, elle est fascinée par son aisance, sa grâce et son intelligence, Anna meurt d'envie de lui ressembler. Aussi, son amourette dérange. En son for intérieur, Anna veut comprendre, se faufiler et s'immiscer dans cette relation. « J’ai toujours pensé que si l’on croit pouvoir obtenir tout ce qu’on veut, en général, on l’obtient. »  Anna est effectivement une jolie fille, qui plaît aux hommes. Pourtant son allure juvénile cache un fond froid et déterminé, une absence totale de conscience... La suite de son plan lui apportera, un peu trop tard, ce qu'on nomme sagesse, maturité et regrets éternels.
Ce roman empreint de sensualité et de rouerie a pour cadre Paris la ville lumière, admirablement décrite, avec ses restaurants, ses boîtes branchées, ses soirées et ses musées, mais aussi ses petits jardins, ses coins et recoins perdus, invisibles à l'oeil nu. C'est magnifique. L'histoire se passe durant l'été, pendant la canicule. La sensualité y est exacerbée, à part égale avec l'innocence. C'est ce mélange d'émotions controversées qui me fait penser à Bonjour tristesse, avec la même issue fatale, cette affirmation lapidaire que, « Tu n'as pas le droit de t'emparer de ce qui peut être la raison de vivre d'une autre. »
Oui, ce premier roman est tout à fait charmant.
Et venimeux. Un peu à l'image de son auteur (journaliste au Daily Telegraph, chroniqueuse à Glamour, Vogue et GQ, elle apparaît régulièrement à la télévision et dans les pages people des magazines). Cf le cliché ci-dessous de la miss et son boyfriend, le sulfureux Piers Morgan... 

JC Lattès, 2009 - 314 pages - 20,90€
traduit de l'anglais par Denyse Beaulieu

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21/04/09

Surdouée ~ Nikita Lalwani

« un paysage d'amours et de désirs qui luttaient pour respirer »

surdouee

A voir cette couverture, on est en droit de s'attendre à un livre qui décolle, avec une héroïne prête à s'éclater. En fait, ce n'est pas tout à fait le cas. Surtout au début. A dix ans, Rumi est reconnue surdouée en maths. Ses parents tombent des nues mais n'en perdent pas une miette. Aussitôt un programme d'entraînement intensif est fixé, l'enfant va bosser dur, s'enfermer dans sa chambre ou réviser à la bibliothèque, pas de temps à perdre pour jouer, se lier avec d'autres camarades de son âge, il faut saisir cette chance unique, cultiver ce don. L'objectif : entrer à Oxford avant les quinze ans de la jeune fille.

Cela paraît dingue à lire comme ça, mais ça l'est véritablement ! On compatit avec Rumi, coincée dans ce carcan d'éducation, en ballotage entre ses désirs et son souhait de complaisance. Soumise et obéissante, Rumi ne veut pas décevoir ses parents. Ses derniers ont quitté l'Inde pour s'installer en Angleterre, mais Shreene, la mère, ne s'y plaît pas du tout. Tout va à l'encontre des principes de leur éducation, la femme va de dépit en dépit en constatant que son enfant lui échappe, qu'elle n'a pas les bases essentielles pour rentrer dans le moule, tel qu'on lui a appris dans son pays natal. Et Manesh, le père, ne plaisante pas avec la discipline. Il est intransigeant, n'autorise pas que sa fille perde son temps à lire des oeuvres romanesques (en cachette, dans sa chambre ou à la bibliothèque, Rumi double de ruses).

A quatorze ans, c'est une adolescente en pleine crise hormonale qui brûle d'aimer et d'être aimée. Elle en a soupé des attentes de ses parents, lesquels fondent sur elle des espoirs insensés. Malgré eux, ils rendent leur fille malheureuse et sont trop aveugles pour l'apercevoir. Ils appartiennent à une autre génération et comptent élever leur enfant selon leurs propres valeurs fondamentales, hélas elles ne correspondent pas à l'Angleterre dans laquelle ils vivent et où Rumi grandit chaque jour, s'inspirant de sa culture, de ses modes et ses codes. La jeune fille se détache et ce n'est pas du goût des parents. Toute discussion semble impossible, que faire ?

L'épilogue du roman est poignant, car il vient expliquer les leitmotivs des parents dépassés par le tapage médiatique créé par le phénomène de Rumi, surdouée de quatorze ans qui entre à Oxford. C'est à travers leur façon de vivre qu'ils seront jugés, d'où la dénonciation d'un certain fondamentalisme de part et d'autre. A ce moment-là, oui j'avoue, j'ai ressenti une immense sympathie pour eux, tant ils étaient désarmés (cela survient très tard, hélas). Je soutiens malgré tout le goût de liberté de Rumi, cette jeune fille sympathique, intelligente et cruche à la fois (elle n'y connaît rien à la vraie vie !), elle a bu des litres de sagas à l'eau de rose ou visionné des tonnes de films bollywoodiens, qui évoquent l'amour tel un cliché énorme, mais pas du tout vraisemblable. Toutefois Rumi l'ignore et vit sa vie comme dans ses rêves, c'est totalement incompatible et cela la plonge dans des situations comiques, où elle pense pouvoir tout résoudre grâce à sa logique mathématique (ou en ingurgitant des graines de cumin !).

J'ai pris grand plaisir à lire ce roman, après un début assez lent (toute la première partie, en fait). La suite est un régal d'humour, le portrait d'une adolescente empêchée de vivre une vie ordinaire, parce qu'elle est surdouée et fille d'immigrés indiens, etc. etc. C'est aussi écrit avec beaucoup de sensibilité et une grande justesse, enfin bref j'ai beaucoup aimé !
A conseiller, encore une fois. :)

Flammarion, 2009 - 334 pages - 19€
traduit de l'anglais par Alexandre Boldrini

Lu (un soir, très tard) pour le prix de la révélation littéraire auFeminin.com   logo

 

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03/04/09

Boomerang ~ Tatiana de Rosnay

 

Mélanie voulait dire quelque chose à son frère, Antoine, lorsqu'elle a eu cet accident de la route. Ils rentraient de Noirmoutier, une escapade surprise pour célébrer les quarante ans de la jeune femme, ils étaient bien, sereins. C'était la première fois qu'ils y retournaient, depuis l'été 73.
A l'époque, Antoine et Mélanie avait dix et six ans. Un an après, ils perdaient leur maman. La très belle Clarisse, brune, une sourire éclatant, une silhouette fluette. Foudroyée par une rupture d'anévrisme. Cette perte a brisé toute une famille qui s'est enfermée dans le secret.

Antoine comprend qu'il n'a jamais soigné les blessures du passé et que son chagrin est resté une plaie béante. Il est aujourd'hui un homme défait, il s'en rend compte. Marié puis divorcé, architecte à Paris, dégoûté par son associé. Toujours amoureux de son ex, jaloux de l'homme qui a pris sa place, et père dépassé par des enfants devenus adolescents. Il subit sa vie plutôt qu'il ne l'entreprend. Il a d'ailleurs le corps lourd et engraissé par quelques kilos en trop.
Et pourtant, à Nantes, vient une rencontre impromptue avec une superbe gazelle brune, élancée, avec des yeux dorés, et qui roule en Harley. Il s'agit de la très crâneuse Angèle Rouvatier.

boomerang

De la passion dévorante, il y aura !
Des secrets de famille, des larmes et des révélations, il y aura encore !
Et un homme, qui tenait debout par miracle, va apprendre à se redresser pour de bon, à camper sur ses deux jambes, à bomber le torse et à ranger sa panoplie de Droopy au placard ! (ouf)
Dans ce roman où on comprend que l'amour donne des ailes, et qu'un simple baiser peut offrir un vrai souffle de vie, Tatiana de Rosnay déjoue les lignes du destin pour permettre à son héros masculin de s'échapper d'une prison et de se libérer de la douleur.

C'est très long, près de 400 pages à parcourir dans un souffle, avec beaucoup de langueur et de mystère pour commencer, puis une vraie tornade émotionnelle vient abattre vos remparts de défense. Comme Antoine, on se prend le boomerang du passé (et de la vie !) en pleine figure, ça fait un mal de chien, surtout quand on comprend que la mort est partout, elle surgit sans prévenir, et pas seulement sous les traits d'une Morticia très sexy. Quel électrochoc aussi ! On saisit vite qu'il faut souffrir pour mieux avancer. Car dès le début, on n'en peut plus de savoir, on ne souhaite plus se contenter des miettes laissées par une image floue et fuyante, celle de Clarisse, tellement fascinante par ses énigmes !

Et plus, encore...

Pendant la lecture du roman, j'ai fredonné deux mélodies, d'abord Angie... puis Comme un boomerang. Parce que, Je sens des boums et des bangs Agiter mon cœur blessé L'amour comme un boomerang Me revient des jours passés C'est une histoire de dingue Une histoire bête à pleurer !

Editons Héloïse d'Ormesson, 2009 - 377 pages - 22€
traduit de l'anglais par Agnès Michaux

c'était sans savoir, mais Laure en parle en même temps que moi !!! ^_^

l'avis de cuné

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A signaler, la sortie en format poche de MOKA : moka

Une émouvante histoire du combat d'une mère pour sauver son fils, plongé dans le coma, après avoir été renversé par une voiture qui a pris la fuite, et cette maman fera tout pour retrouver le coupable (on la comprend !).

J'ai lu ce roman en décembre 2005 (huuuu !) et je me souviens d'un goût de café, le moka... on s'en doute, mais aussi de Depeche Mode. Lisez, vous comprendrez.

Livre de Poche, 2009 - 6,50€

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24/02/09

La locataire - Hilary Mantel

9782070787340Au début on découvre le portrait d'une famille en perte de vitesse. Colin Sidney, le père, se sent juste bon à éponger les dépenses excessives des siens, sa femme Sylvia se préoccupe de son apparence en suivant une hygiène de vie drastique, et les enfants sont des adolescents bruyants, brouillons et passables. Sans savoir pourquoi, Colin se surprend à penser à Isabel Fields, son ancienne maîtresse. Il avait pensé tout quitter pour elle, et puis Sylvia est tombée enceinte, elle n'en a jamais rien su, et la vie a suivi son cours. Tout a l'air un peu banal dans le fond, c'est alors que les choses vont davantage s'éclaircir.
Car nous sommes au 2 Buckingham Avenue, et dix ans auparavant, Colin et Isabel ont été les témoins, malgré eux, d'un drame dans cette maison occupée par les femmes Axton. La mère est décédée, la fille a été internée. Les raisons sont longtemps restées floues, et le chapitre semble avoir été enterré. Erreur.
Muriel est de retour. Personne ne s'en doute. Elle a choisi de se camoufler, de prendre de fausses identités et de se déguiser. Elle agit en douce, mais assez efficacement pour titiller la curiosité du lecteur. Très vite on comprend qu'elle veut se venger - de qui ? pourquoi ? On sait aussi qu'elle a pris en grippe les Sidney et Isabel Fields, son ancienne assistante sociale. Aujourd'hui elle veut récupérer son dû. Seul l'avenir nous dira l'ampleur de sa vengeance, et avec quel machiavélisme son esprit fou et sadique va se mettre en branle.
J'ai particulièrement trouvé ce roman effrayant, froid et implacable. Le personnage de Muriel Axton, décidément brillant, me faisait penser à une Katie Bates prête à tout, qui inspire la crainte de façon sournoise. C'est effectivement un être vicieux, vraiment inquiétant, décrit sans état d'âme. Franchement c'est flippant !
J'ai aussi découvert que ce roman était la suite de C'est tous les jours la fête des mères, qui racontait l'histoire tordue de Muriel Saxton et de sa tyrannique de mère. Toutefois il n'est pas utile de l'avoir lu - pour preuve, moi je ne le connaissais pas et cela ne m'a posé aucun souci - car tout un chapitre dans La locataire revient en détails sur le passé des Axton.
Je trouvais déjà la couverture du roman étrange, la lecture m'a confirmé cette impression. Humour noir, glacial et ambiance austère sont au programme. Tout ceci sonne dérangeant et inconfortable, je ne vous cache pas que c'est vrai, mais atmosphère, atmosphère... quand tu nous tiens, tu nous lies !

« Il sentit les cheveux se dresser sur son cuir chevelu, la chair de poule lui glacer l'échine. Curieux, il s'était toujours figuré que c'était une façon de parler. La communication restait engagée : bourdonnement informe, grésillement de friture. "Mr Sidney ?"
Ce n'était pas une voix connue de lui. Elle semblait venir de très loin. Son timbre lui chatouillait la mémoire avec une familiarité maléfique, comme une vieille manie, un vieux forfait. A nouveau, il perçut le souffle de la respiration, plus lourd, presque pénible, rauque. Il eut d'abord l'impression que son interlocuteur réprimait un rire, un rire triomphant retenu ; puis le ton changea, comme si cette hilarité tournait court, qu'une main étreignait cette gorge. Que pouvait-il bien faire, seul dans cette maison froide et vide ?
»

Editions Joelle Losfeld, 2009 - 295 pages - 25€
traduit de l'anglais par Catherine Richard
   

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03/02/09

Le proscrit - Sadie Jones

51_VDhcpUSL__SS500_Elizabeth Aldridge est une jeune femme moderne. Nous sommes à la fin des années 40. Elle aime les blagues d'un goût douteux, elle boit beaucoup, elle déteste se rendre à l'église et fréquenter les autres épouses de cette bonne société du Surrey. A la place, Elizabeth passe son temps libre avec son fils de 7 ans, Lewis, elle préfère flâner, lire ou discuter avec sa cuisinière, Jane. Avec la fin de la guerre, son mari Gilbert rentre au bercail. L'ambiance change. L'homme entend rétablir la hiérarchie dans son foyer, montrer qu'il est le centre d'intérêt et que son fils doit quitter les jupes de sa mère pour le pensionnat. Trois ans passent, Lewis a dix ans. Sa mère et lui sont toujours inséparables, mais un drame va déchirer cet amour. Lors d'un pique-nique au bord de l'eau, Elizabeth se noie sous les yeux de son fils.

C'est un monde qui s'écroule. Gilbert, qui déjà ne s'accordait pas avec Lewis, le tient pour responsable. Un climat lourd de ressentiment règne à la maison. Et puis Alice fait son entrée, lorsqu'elle se marie avec Gilbert Aldridge, moins d'un an après la mort d'Elizabeth. Lewis, proscrit, s'est déjà isolé dans son chagrin. Il ne laisse pas la moindre chance à la jeune femme de le comprendre, et elle-même se sent incapable de faire le moindre effort. Elle est jeune, totalement naïve aussi. Elle renonce donc très vite à être du moindre secours. « Lewis était pour elle pareil à un oiseau blessé. Et les oiseaux blessés finissaient toujours par mourir. »

Lewis va également s'exclure du groupe des enfants avec lequel il avait coutume de passer toutes ses vacances, il est banni pour un acte de violence que tous condamnent, seule la petite Kit Carmichael cherche à le défendre. Elle sait pourquoi il a agi aussi spontanément, pourquoi il a cassé le nez de cet autre garçon, mais ses cris de protestation sonnent dans le vide. Lewis lui-même préfère le silence, il a trouvé « enfin quelque chose qui le soulagerait » en se mettant à boire. Le garçon a quinze ans, la spirale infernale est lancée. Le début du roman a montré Lewis, âgé de dix-neuf ans, en train de sortir de prison après avoir purgé une peine de deux ans pour l'incendie de l'église de Waterford. Son père lui a mandaté une forte somme d'argent, appelant ainsi à ne pas rentrer à la maison, mais Lewis choisit de revenir.

Ce retour met le feu aux poudres. Dans cette petite communauté régie par les apparences et le conformisme, Lewis, par sa simple présence, met le doigt où ça dérange, débusque les secrets honteux, dénonce les drames où la violence familiale a fait son nid. C'est un personnage remarquable, attachant malgré son caractère taciturne, violent et effrayant. Car il reste le petit garçon blessé, témoin du drame qui a coûté la vie de sa maman. Ok, il s'est renfermé, il ne laisse personne l'approcher ni l'aider, il commet d'énormes erreurs. La vie aussi ne lui a fait aucun cadeau. Heureusement, il y a l'émouvante Kit Carmichael, une jeune fille également au coeur de la tourmente. Depuis son enfance, elle s'est accrochée à Lewis, parce qu'il représentait, à ses yeux, l'héroïsme, la résistance, la bravoure, la plaie à vif. Ce n'est pas un secret pour le lecteur que le père de Kit est un homme violent qui bat sa femme, et plus tard sa fille cadette. Mais à Waterford, on se tait. C'est l'après-guerre, il faut reconstruire et recoller les morceaux fragmentés. C'est difficile, car dans les années 50 la bonne société du Surrey s'accroche à l'illusion de valeurs sûres et irréprochables. Et Lewis est contre l'hypocrisie, on le comprend, il en a été la victime malheureuse.

C'est un premier roman étonnant, émotionnellement fort, mais qui ne cherche pas à vous mettre à plat. On sent le climat lourd, le drame, le manque de la maman, la douleur jamais cicatrisée, l'injustice. Il y a une pointe de nostalgie, derrière le récit, qui est poignante. L'histoire est d'ailleurs racontée en flashback, elle se déploie lentement, elle fait grimper la tension, elle répand la tragédie... or, jamais je n'ai ressenti d'oppression ni d'abattement. Le spleen est efficace, les personnages sont complexes, ce n'est pas une histoire gaie, c'est bel et bien un drame humain, mais bon sang c'est limpide, sensible et juste. J'ai beaucoup aimé. 

Buchet Chastel, 2009 - 377 pages - 23€
traduit de l'anglais par Vincent Hugon
 

« Pourquoi ne peux-tu pas t'entendre avec les autres ? Tu te rends compte à quel point tu es impossible ? »   

 

 

 

 

 

Une bande-annonce a été créée spécialement pour la promo du livre.
C'est intéressant, mais attention aux *spoilers* !

http://www.libella.fr/buchet-chastel/auteurs/jones/video/


Booktrailer - "Le Proscrit", premier roman de Sadie Jones
envoyé par editionslibella

Les droits cinématographiques viennent d'être vendus dans la perspective d'un film par John Madden, le réalisateur de Shakespeare in love.

l'avis de Laurence

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14/01/09

La Reine des lectrices - Alan Bennett

De l'humour, de l'humour ! Ouf, ça fait un bien fou.
Imaginez la reine d'Angleterre en grande lectrice compulsive, du genre à nous ressembler (pour faire simple), et donc victime aussi de cette passion dévorante, car lire lui prend un temps fou, l'enferme dans un univers insoupçonné, lire toujours et encore plus, noter, gribouiller, et trouver à la vie courante un goût de plus en plus amer, voire agaçant...
Vous obtenez un roman d'une absolue et irrésistible causticité, taillé dans le roc de la flegme britannique, comprenez ainsi que c'est fin, très fin et d'une grande subtilité. Mais qu'est-ce qu'on s'amuse !

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L'aventure littéraire de la reine a commencé dans un bibliobus, c'était sans se douter le vertige que la lecture allait lui apporter. La reine va être prise d'une frénésie, aidée par son tabellion personnel, Norman, un ancien employé aux cuisines promu du jour au lendemain bras droit de la monarque. Tout ceci est bien beau, mais trop nouveau dans cette aristocratie guindée et enfermée dans son sacro-saint protocole. En clair, la passion dévorante de la reine n'est pas du tout appréciée, car son altesse néglige de plus en plus ses devoirs royaux. Alors, en douce et bien grossièrement, on tente de faire perdre le goût des livres à la reine. Tous les moyens sont bons (dynamiter le coussin sous lequel un livre avait été glissé, lors d'une procession en carrosse, ou détourner une caisse de livres en partance pour le Canada, cacher les réserves, éloigner Norman et le bibliobus, etc.). Rien n'y fait, la reine est accro !

N'attendez plus, découvrez ce livre car la suite des aventures de la royale passion littéraire sème une joyeuse pagaille à Buckingham et se conclue dans un sourire, en forme de croissant de lune. La reine y est décrite de façon sympathique, assez naïve mais perspicace. La lecture lui ouvre un champ de possibilités, elle qui pensait avoir tout vu, en voyageant à travers le monde, découvre un autre globe grâce à la lecture. Cette reine nous ressemble, quoi. Du moins, Alan Bennett nous la rend étonnante, plus humaine et proche de nous. C'est dire le pouvoir des livres !!!

Denoël, coll. & d'ailleurs, 2009 - 174 pages - 12€
traduit de l'anglais par Pierre Ménard

Les avis de Ys , Cathulu

 

Parmi les nombreux passages écrits sur mesure pour tout lecteur passionné, il y a celui-ci :

« Au début, il est vrai, elle lisait avec émotion mais non sans un certain malaise. La perspective infinie des livres la déconcertait et elle ne savait pas comment la surmonter. Il n'y avait aucun système dans sa manière de lire, un ouvrage en amenait un autre et elle en lisait souvent deux ou trois en même temps. Elle avait franchi l'étape suivante en se mettant à prendre des notes : depuis, elle lisait toujours un crayon à la main, moins pour résumer l'ouvrage que pour recopier certains passages qui l'avaient particulièrement frappée. »

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16/12/08

Êtes-vous passés à côté de...

La pelouse de camomille, de Mary Wesley ?

51qQohQdBqL__SS400_Comme chaque été, les cinq neveux de Richard et d'Helena se retrouvent en Cornouailles. C'est le temps des jeux, de l'insouciance, le goût de toutes les audaces, au bord de la falaise ou sur la pelouse de camomille, sans autre souci que les tourments de l'amour qui vous rongent une jeunesse.
La petite Sophy donnerait sa vie pour Oliver qui, lui, est fou de Calypso, si belle et si lointaine. Elle a toujours juré d'épouser un homme riche sans amour, elle jettera son dévolu sur Hector, politicien ayant le double de son âge. Car pour mieux pimenter cette belle saga familiale, il faut d'office préciser que l'action se passe durant l'été 1939. La guerre va être déclarée et amène un couple de réfugiés juifs, Max et Monika, chez le pasteur du coin. C'est un éminent pianiste, un brin cavaleur et beau parleur. Il va faire chavirer le coeur d'Helena, pourtant mariée mais ennuyée par sa vie recluse auprès de Richard, son second mari unijambiste. Elle partira à Londres, sans crainte des bombardements, vivre une passion tumultueuse auprès de son musicien juif.

C'est bien ce qui est également très surprenant dans ce roman où la trame ne chôme pas, sans cesse rebondissante et étonnante. Ce n'est pas parce que c'est la guerre que nos personnages vont s'endormir sur leurs lauriers, bien au contraire ! "Nous avons tous vécu intensément. Nous avons fait des choses que nous n'aurions jamais faites autrement. Ce fut une période très heureuse. (...) Tout était exacerbé, surtout l'amour."
Effectivement les passions sont ravageuses !

Ce roman n'est pas une bluette sentimentale. Il fourmille plutôt de vivacité, d'esprit, de dialogues mordants, de personnages flamboyants et uniques en leur genre. Mais ils sont à contre-courant de l'image idyllique des êtres parfaits, car ils sont tous fragiles, odieux, égoïstes et héroïques à leurs heures. Et ce, en dépit des circonstances ! Qu'importe les liens du mariage, l'âge, l'enfant à naître, les bombardements ou la guerre, tout simplement...

L'anglaise Mary Wesley nous offre ainsi une lecture passionnante. En plus de 400 pages, jamais la cadence ne s'essouffle. On ne stagne pas durant l'été 1939, le scénario évolue, voyage dans le temps et nous conduit même sans nous y attendre cinquante ans plus tard ! Je pense aussi que le succès de ce livre repose sur le style fringant et truffé de badinage que nous propose l'auteur. J'ai passé des heures de lecture absolument délicieuses ! Je vous conseille vivement de vous y plonger également !

Ce livre a été publié en français chez Flammarion en 1991, puis en format poche "J'ai Lu". Bravo aux éditions Héloïse d'Ormesson de remettre Mary Wesley au goût du jour ! (D'autres publications sont à prévoir.)

Editions H. d'Ormesson, juin 2008 - 430 pages - 22€
traduit de l'anglais par Samuel Sfez

25/11/08

A bonne école ~ Muriel Spark

Dans son roman, Muriel Spark se moque avec allégresse des écoles privées, généralement des établissements étudiés pour accueillir la crème des étudiants fortunés, un brin oisifs, pour passer le temps à apprendre des leçons sur le "comment faire" en société ou les ateliers d'écriture ! Dans "A bonne école", le professeur de creative writing, Rowland Mahler se voit en peine d'appliquer le b.a-ba de son enseignement puisqu'il vit un véritable blocage littéraire ! Incapable d'aligner une phrase, une idée ! Son roman est au point mort. Chose encore plus cruelle : son étudiant Chris Wiley, jeune rouquin de dix-sept ans, plein d'assurance et d'insolence, le nargue avec son opulent roman historique !...

Muriel Spark est très féroce. Dans sa vision des établissements privés (celui de Sunrise, pour la présente), elle tourne en ridicule ses dirigeants, le couple Mahler, Rowland et Nina, les étudiants, fils à papa, bouffis d'orgueil et de loisirs insignifiants, les quelques employés, pour tenir le budget au plus serré, bref une petite communauté très libérée, tous solidaires et désoeuvrés. Quand le conflit éclate entre l'enseignant et l'étudiant, un conflit vicieux et sournois, chacun prend son parti : car entre Rowland et Chris l'abnégation est totale ! Effarante, même. C'est une obsession réciproque, hallucinante et imbuvable. L'épouse prend un amant, l'élève appelle au crime et l'écrivain maudit songe au massacre !...

Car également dans ce dernier roman, Muriel Spark se moque des écrivains et de leur travail de concentration (isolement dans un monastère, manuscrit sous verrous), du cauchemar de la page blanche, du plagiat, de la fantaisie romanesque etc.. Muriel Spark se régale, en tant que lecteur on le ressent ! Pourtant, son épilogue a quelque goût amer, un sentiment de fin hâtive et bâclée. 

lu en 2005 - Gallimard, traduit par Claude Demanuelli

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07/10/08

Egypt Farm - Rachel Cusk

Michael, narrateur de l'histoire, fit la connaissance des Hanbury quand la soeur de son camarade de chambrée, Adam Hanbury, l'invita à son dix-huitième anniversaire. Le carton indiquait ni adresse ni numéro de téléphone, juste Egypt. Ce n'est pas un pays, mais un lieu-dit perdu au milieu de nulle part, un cadre original, à l'ambiance fourre-tout, et qui procure ce sentiment diffus : celui d'avoir volontairement quitté la bonne route et d'être maintenant perdu, loin de chez soi.

Le jeune homme pénètre un univers nouveau, où évolue la famille délicieusement excentrique d'Adam. On y croise le père, Paul, marié à Vivian, qui n'est pas la mère des enfants Hanbury, c'est Audrey, qui ne vit pas très loin de là, mais qui passe tout son temps à Egypt Farm. Cet endroit n'a pas d'égal et c'est ce qui le rend si bougrement fascinant.

Les années vont passer et Michael va perdre de vue Adam. Un comble ! Le charme d'Egypt avait eu un effet si troublant, comment a-t-il pu tout oublier ? Aujourd'hui, il est marié à Rebecca et père d'un garçon de trois ans, Hamish. Leur vie est molle, neurasthénique et martelée de consternations quant à l'évidente vacuité des sentiments qu'ils nourrissent l'un pour l'autre. Le jour où le balcon de sa maison s'écroule et manque de le tuer signe aussitôt son départ vers cet Eldorado aux allures de Paradis Perdu...

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Je ne suis pas du tout d'accord avec cet extrait de critique lue dans Lire : "avec Egypt Farm, elle se glisse cette fois dans la peau d'un homme, Michael, que l'on découvre sous la douce lumière d'une scène à la Jane Austen", parce que l'entrée en matière du roman ne baigne pas du tout dans l'ambiance austenienne, mais plutôt fitzgeraldienne. Avis personnel !

J'ai tout de suite aimé cette atmosphère à Egypt Farm, sorte de bulle prête à éclater, où la langueur et l'excentricité font bon ménage. Les Hanbury font figure de tribu bobo, assez prétentieuse et arrogante, totalement persuadée d'être un modèle qui suscite l'envie (peut-être n'ont-ils pas totalement tort ?). Or, les années passant, rien n'est plus pareil, si ce n'est la fierté - inébranlable sentiment qui anime la flamme des Hanbury ! Mais qu'est-ce que tout cela cache ? 

La vie à Egypt Farm n'est que poudre aux yeux, laquelle a la qualité magique de donner l'impression que ce qu'on avait à faire ne correspondait pas du tout à l'idée qu'on en avait. L'éclat lumineux s'est éteint, à la place les ombres et les recoins ternes envahissent la place. C'est méconnaissable. Et l'influence est terrible, puisqu'elle prend le pas sur le climat soudain devenu taciturne et amer.

Rachel Cusk continue d'étoffer sa palette de vies maritales complètement désenchantées, ici l'échec du couple est flagrant. Les rapports entre Michael et Rebecca sont vénéneux, tournent sans cesse à l'aigre et à l'orage. Mais le fiasco s'étend aussi chez les habitants d'Egypt, guère épargnés par les mensonges, les vicissitudes et autres fourberies qu'ils entretiennent avec un aplomb déroutant. Les Hanbury ont un secret, qui n'aura pas l'effet d'une bombe, mais qui brisera sans doute les dernières illusions du narrateur !

Au final, voici un roman à l'humour féroce qui ne m'inspire qu'une impression mitigée. J'ai déploré certains passages trop longs (l'agnelage, par exemple) et les relations entre hommes et femmes souvent placées sous un effet de loupe grossier. Le rendu est laid et assez navrant. Et puis, Michael, le personnage principal, est décevant, passif, mou et porte une barbe ! Malgré tout, je n'enverrai pas ce livre aux orties car il porte une signature singulière : celle de Rachel Cusk, lucide et cruelle, réaliste et franche (cf. son précédent roman Arlington Park). Elle manie le cynisme avec une facilité qui force mon admiration... hélas bien mal placée ! Je sais, c'est incompréhensible. Cette lecture me laisse un profond sentiment de contradiction. 

Editions de l'Olivier, octobre 2008 - 300 pages - 21€
traduit de l'anglais par Justine de Mazères

Le premier roman traduit : Arlington Park 

--) critique de lire http://www.lire.fr/critique.asp/idC=52863/idR=217/idG=4

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05/07/08

Ce que je sais - Andrew Cowan

En septembre dernier, les avis sur ce livre n'ont pas tardé à poindre sur la blogosphère, mais le jugement général était assez tristounet. Les lecteurs ont été frustrés et déçus par ce roman ! Du coup, j'y suis allée à reculons, repoussant mois après mois sa lecture. Et me voici donc, presque un an après, avec "le devoir accompli" ! :o) Mon verdict est moins lourd, mais je pense qu'avoir été prévenue d'une déception fort probable a su me blinder (et me préparer au pire ?). Car finalement, j'ai lu, j'ai vu et j'en suis bien rendue !

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La petite histoire : Mike Hannah est un détective privé qui vient juste d'avoir quarante ans. Le même jour, il se blesse au dos et est en partie immobilisé. Assez grisé de coller à la peau du personnage joué par James Stewart dans Fenêtre sur cour d'A. Hitchcock, son film fétiche, notre homme en profite pour rêvasser et faire le bilan de sa vie... morose et routinière. Ce n'est pas le démon de midi qui frappe à la porte, mais la claque retentissante du temps passé à s'ennuyer, à ne pas connaître ceux qui l'entourent et à dormir tous les soirs dans le lit d'une femme qui préfère se confier à son journal intime. Un soir, Mike rêve de son ancienne petite amie qui l'a quitté vingt ans auparavant, cela a pour effet de réveiller ses fantasmes ronronnants... Et encore ? Sa récente rencontre avec Will, l'écrivain, va aussi le pousser dans ses retranchements. L'un et l'autre jouent un jeu de dupes. Le premier l'espionne pour le compte d'une société d'assurances et le deuxième, prudemment mais sûrement, discute et interroge Mike, sur son métier, sa vie, son épouse... Gare au gorille, mes amis !

Voilà grosso-modo ce qu'on peut en retenir. N'attendez pas de ce livre une version romanesque du film d'Hitchcock, peut-être ici retrouve-t-on cette ambiance de quartier confiné et cossu, un microcosme tout à fait indiqué pour l'étude des moeurs de ses voisins (on juge cette pratique douteuse ou malsaine, Mike Hannah se défend de faire son job...). "De toute façon, cette histoire peut, c'est évident, induire les gens en erreur, à cause de ce qu'elle implique par rapport à moi, et à cause de ce qu'elle laisse entrevoir de mon travail. La plupart du temps, je ne vois que des fragments - des instants, des petits bouts, une partie d'un tableau plus vaste, d'histoires plus complexes. Ce que je vois du monde ce sont les ombres, les recoins et les marges."

Je n'ai pas follement aimé ce livre, je n'ai pas détesté non plus. Il figure parmi ces lectures vite ingurgitées, passablement appréciées et dont seul l'avenir déterminera la valeur... J'ai relevé un passage, dans le roman, qui évoque les critiques publiées sur les livres de William Brown, ce nouvel ami qui habite dans le quartier de Mike :

"Il en ressort qu'on l'admire beaucoup pour la qualité de son écriture et la justesse de la peinture qu'il fait de la vie ordinaire, sans éclats. Avec le regard acéré qu'il porte sur la vie ordinaire et l'attention méticuleuse qu'il accorde à chaque détail, il parvient, semble-t-il, à nous révéler sur l'amour, les vérités les plus insaisissables et les plus surprenantes et rend ainsi palpable la qualité particulièrement poignante des instants les plus sereins de notre vie avec les sentiments de triomphe et de regret qui s'y rattachent. Il parvient à le faire, mais cela a un prix : ses livres ne sont pas très exaltants. Ses récits sont généralements lents, parfois à la limite du supportable. Ses sujets sont peu enthousiasmants, voire déprimants. Et alors que sa façon d'accumuler les détails les plus insignifiants donne à ses textes leur authencitié, elle peut aussi conduire à tout un déballage qui encombre la page et pèse sur l'intrigue."

Je trouve, évidemment, que cet extrait pourrait totalement coller au roman d'Andrew Cowan... une auto-critique constructive et un jugement sans appel : "Il risque de devenir prisonnier de son génie de l'ordinaire". (Comme nous tous !)

Editions Joelle Losfeld, 2007 pour la traduction française - 280 pages - 22,50€

traduit de l'anglais par Lazare Bitoun.

D'autres avis : FlorinetteLaurence ...

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