16/09/07

Loin de soi ~ Anita Brookner

Londres, fin des années 70. Emma quitte sa mère avec laquelle elle vivait seule depuis la mort de son père. Elle part étudier à Paris l'art des jardins. En France, elle croit rencontrer son alter-ego en la personne de Françoise, jeune femme volubile qui travaille à la bibliothèque, et qui vit également seule avec sa mère veuve. Françoise est, cependant, plus extravertie et délurée, elle noue des contacts et des liaisons amoureuses. Emma a fait la connaissance de Michael, jeune écrivain qui réside dans la capitale française, et une relation amicale prend naissance.
Le temps passant, Emma est rappelée à la cruelle loi des séries noires en apprenant le décès de sa mère. Son existence oisive trouve son terme, et les rapports avec son amie Françoise vont lentement atteindre leur croisement de direction. La mère de Françoise a le projet de marier sa fille à un riche fiston d'une aimable fréquentation, un peu contre le principe de Françoise qui cherchera longtemps à louvoyer. Mais l'amour filial et la dévotion d'une fille pour sa mère pèseront finalement plus lourds dans la balance.

Il faut suivre son instinct : ce nouveau roman d'Anita Brookner, auteur prolixe parmi les romancières anglaises contemporaines, m'a incroyablement semblé caduc et fané. Comble de tout : le charme a été inopérant ! C'est difficile de cerner pourquoi la petite musique n'a pas été entraînante, pourquoi le charme anglais n'a pas opéré. J'y ai certainement détecté trop de sentimentalisme, trop de langueur dans les personnages comme celui d'Emma, beaucoup trop de convention à respecter, dans le style et dans le fond. Il me manque le piquant, l'audace franche et l'humour, ah ! cette pointe pince-sans-rire qui caractère l'écriture anglaise !.. Ah non honnêtement, Mrs Brookner a été bien trop guindée. Pas touchée, moi.

septembre 2006

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06/09/07

Arlington Park - Rachel Cusk

arlington_parkArlington Park est une petite banlieue anglaise, ni trop chic ni trop ringarde, c'est un quartier tout ce qu'il y a de plus ordinaire, avec ses habitants tout aussi quelconques.

C'est la nuit, les rares passants rentrent chez eux, affrontant sans ciller la pluie torrentielle, lorsque Juliet Randall se réveille d'un cauchemar. Ce cafard qui faisait son nid dans ses cheveux lui semble l'image fantasmée de sa vie devenue impossible. Ancienne étudiante brillante, désormais mariée et mère de deux enfants, Juliet a le sentiment d'être assassinée à petits feux par son semblant d'existence. L'inertie de sa petite vie grotesque, entre son boulot de prof dans une école privée et la routine domestique, lui saute au visage, lui criant sauve-qui-peut de s'échapper d'une telle atonie.

Mais le roman de Rachel Cusk nous ouvre la porte des autres foyers d'Arlington Park, découvrant combien les femmes se sentent tout aussi passives et horrifiées de leur train-train. Ces femmes et mères au foyer, pas loin d'être désespérées, mesurent l'étendue de leur agonie en se rendant au centre commercial, ou autour d'une tasse de café, dans une cabine d'essayage ou chez le coiffeur. La vérité devient flagrante lors d'une discussion du club littéraire à propos des Hauts de Hurlevent ou au cours d'un repas organisé pour huit personnes.

Pas "Desperate Housewives" dans l'âme, de loin en loin, le roman est surtout le cliché d'un jour sur les propos de mères et d'épouses qui révisent leurs sacerdoces, en sachant combien les jours passent et se ressemblent, qu'elles n'y changeront rien car elles acceptent ce sort ! Si certains discours peuvent apparaître amers, ils ne sont pas non plus révolutionnaires. On voudrait donner au lecteur un nouveau phénomène à découvrir en passant à la loupe les femmes au foyer. Mais l'anglaise Rachel Cusk réussit là une étude espiègle, déviant sans heurts la lassitude, et copiant la Mrs Dalloway de Virginia Woolf pour décrypter la journée du lever au coucher de ces habitantes d'Arlington Park.

Il y a dans ce livre des portraits plutôt frappants de la psychologie de cinq femmes de cette banlieue. On y trouve d'emblée de l'amitié mielleuse, et fielleuse, de l'acrimonie, de la jalousie rongée, de la frustration sans honte, de la vengeance muette et de l'incompréhension la plus pure ! Et pour finir, de l'acceptation dans toute sa splendeur hypocrite, de cette vie passablement rangée, mollement menée mais pas si mauvaise que ça dans le fond ! Pas drôle et un peu acerbe, "Arlington Park" ne s'embarque cependant jamais dans la désespérance facile, ne rappelle pas du tout le feuilleton US à succès mais photographie avec justesse les consciences, visite les pensées de femmes qui approchent de la quarantaine et se permettent d'analyser leurs petites vies. Parce que le lisse aussi, ça existe ! Et Rachel Cusk nous montre les dessous d'un trompe-l'oeil presque familier.

Editions de l'Olivier - 290 pages - Août 2007. Traduit de l'anglais par Justine de Mazères.

** Rentrée Littéraire 2007 **

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30/08/07

Un bonheur de rencontre ~ Ian McEwan

Un couple d'amants, Mary et Colin, passent un mois de vacances dans une ville étrangère, cerclée de canaux et bordée de palais et d'églises. Cela fait sept ans qu'ils se connaissent, leur amour a lentement pris le cap de la routine, de la passion doucement éteinte. Un soir, ils font la rencontre de Robert, puis de son épouse Caroline. Ce couple est étrange, mystérieux. La femme semble soumise, réduite à subir des réprimandes violentes de son époux, lequel paraît un vil macho aux gros biscotos, fasciné par la figure emblématique de son père, un Homme, un Vrai...
L'ambiance est languide, comme Colin et Mary qui paressent dans leur chambre d'hôtel, sur leur balcon ou sur une terrasse de café. Ils prennent le soleil, s'abrutissent de ne rien faire, à part faire l'amour et se préparer pour sortir. En faisant cette rencontre capitale avec Robert et son épouse, Colin et Mary vont d'abord connaître la sulfureuse spirale de la sensualité retrouvée et de la volupté. Dans l'ombre, Robert et Caroline sont présents, prêts à saisir ce jeu troublant de la séduction et de l'imagination sexuelle : "le rêve ancestral des hommes et des femmes, les uns de faire souffir, les autres de souffrir". C'est une étrange coïncidence à laquelle se résume ce "bonheur de rencontre", faite d'ambivalence, de crainte, de doute et de poussée d'adrénaline. Il y a un jeu de plaisir et de jouissance, contre lequel vient vite s'abattre une carte plus implacable. La fin est violente, elle perturbe le jeu et pousse d'admiration le lecteur face à ce livre écrit avec un sang-froid remarquable par Ian McEwan. Chapeau !

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07/07/07

La pelouse de camomille - Mary Wesley

pelouse_de_camomilleComme chaque été, les cinq neveux de Richard et d'Helena se retrouvent en Cornouailles. C'est le temps des jeux, de l'insouciance, le goût de toutes les audaces, au bord de la falaise ou sur la pelouse de camomille, sans autre souci que les tourments de l'amour qui vous rongent une jeunesse.
La petite Sophy donnerait sa vie pour Oliver qui, lui, est fou de Calypso, si belle et si lointaine. Elle a toujours juré d'épouser un homme riche sans amour, elle jettera son dévolu sur Hector, politicien ayant le double de son âge. Car pour mieux pimenter cette belle saga familiale, il faut d'office préciser que l'action se passe durant l'été 1939. La guerre va être déclarée et amène un couple de réfugiés juifs, Max et Monika, chez le pasteur du coin. C'est un éminent pianiste, un brin cavaleur et beau parleur. Il va faire chavirer le coeur d'Helena, pourtant mariée mais ennuyée par sa vie recluse auprès de Richard, son second mari unijambiste. Elle partira à Londres, sans crainte des bombardements, vivre une passion tumultueuse auprès de son musicien juif.

C'est bien ce qui est également très surprenant dans ce roman où la trame ne chôme pas, sans cesse rebondissante et étonnante. Ce n'est pas parce que c'est la guerre que nos personnages vont s'endormir sur leurs lauriers, bien au contraire ! "Nous avons tous vécu intensément. Nous avons fait des choses que nous n'aurions jamais faites autrement. Ce fut une période très heureuse. (...) Tout était exacerbé, surtout l'amour."
Effectivement les passions sont ravageuses !

Ce roman n'est pas une bluette sentimentale. Il fourmille plutôt de vivacité, d'esprit, de dialogues mordants, de personnages flamboyants et uniques en leur genre. Mais ils sont à contre-courant de l'image idyllique des êtres parfaits, car ils sont tous fragiles, odieux, égoïstes et héroïques à leurs heures. Et ce, en dépit des circonstances ! Qu'importe les liens du mariage, l'âge, l'enfant à naître, les bombardements ou la guerre, tout simplement !

L'anglaise Mary Wesley nous offre ainsi une lecture passionnante, qui s'inscrit idéalement pour vos vacances (et pas forcément !). En presque 400 pages, jamais la cadence ne s'essouffle. On ne stagne pas durant l'été 1939, le scénario évolue, voyage dans le temps et nous conduit même sans nous y attendre cinquante ans plus tard ! Je crois aussi que le succès de ce livre repose sur le style fringant et truffé de badinage que nous propose l'auteur. J'ai passé des heures de lecture absolument délicieuses ! Je vous conseille vivement de vous y plonger également !
Ce livre a été publié en français chez Flammarion en 1991, puis en format poche "J'ai Lu". Il est disponible en occasion !

375 pages - Flammarion / J'ai Lu .

Gachucha avait lu et aimé un autre roman de Mary Wesley "Sucré, salé, poivré" - Aria m'avait gentiment envoyé ce roman, je compte donc le lire prochainement !

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02/07/07

Comment j'ai raté mes vacances - Geoff Nicholson

comment_j_ai_rate_mes_vacancesEric vient de fêter ses 45 ans mais éprouve un profond désarroi devant le bilan de son existence. Il est marié à Kathleen, ils ont deux enfants, Max et Sally, cependant jamais il n'a éprouvé autant le sentiment de ne pas comprendre ses proches, d'être étranger à sa propre vie... bref il a besoin de vacances !
Il décide de retourner au camping caravaning Centre de loisirs de Tralee, un lieu de vacances où toute la famille avait gardé de bons souvenirs des années auparavant. Or, d'entrée de jeu, le séjour ne s'annonce pas du tout à la hauteur de leurs espérances. Du moins, en ce qui concerne Eric, narrateur de cette histoire, qui se présente comme un journal quotidien.

Effectivement les vacances au Tralee vont s'avérer catastrophiques, allant de mal en pis. Cela commence par un accident de la route, un type louche qui décide de réparer la voiture et disparaît avec, des voisins de camping bruyants, des vacanciers atypiques, un vieux fasciste ou un jeune bègue frustré et acariâtre. Mais la famille d'Eric aussi se disloque : sa femme est prise d'une frénésie sexuelle sans bornes, sa fille voue une foi religieuse débordante et file avec une troupe des Hell's Angels sans moufter, son fils impénétrable décide de retourner à l'état de nature... bref notre protagoniste est dépassé mais conserve un esprit d'optismisme à vous gravir toutes les montagnes !
Pourtant, la série d'humiliations et de cataclysmes se poursuit. Eric est harcelé par des types qui lui piquent son argent, un commissaire cinglé le menace d'un sabre et s'envoie en l'air avec l'épousée, il se fait berner par un vendeur de billets de loto et abuser par deux jeannettes...
Inutile d'en rajouter, la coupe est pleine !

Au début, avouous-le, l'histoire est profondément désopilante, très drôle et exaltante. C'est son avantage : une cadence soutenue, une avalanche de mésaventures qui déclenchent le sourire et un effet tout à fait divertissant ! Bref, c'est de bon augure. Or, très vite j'ai commencé à me lasser, à réprimer de l'ennui face à ce débordement. A trop grossir le trait, l'histoire devient plutôt ridicule et lourde. Un peu dommage. Mais ce livre se lit d'une traite, pressant l'envie de connaître le fin mot de l'histoire, de lever le rideau sur cette farce qui fait sourire jaune.
Pour le New York Times, il s'agit de la plus drôle des comédies noires !

275 pages - Pavillons poche, coll. Robert Laffont.  Traduit de l'anglais par Bernard Tule.

Publié aussi chez 10-18 en 2000. Porté à l'écran en 2006 par Scott Peak, avec David Carradine et Gina Bellman dans les rôles principaux.

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22/06/07

L'amour comme par hasard - Eva Rice

amour_comme_par_hasardAngleterre, 1954. Un après-midi à Londres, Penelope Wallace rencontre Charlotte Ferris à l'arrêt de bus. C'est une vraie tornade, affublée d'un manteau vert. Ni une ni deux, Charlotte convie Penelope à prendre un taxi avec elle pour se rendre chez sa tante Clare avaler thé et scones moelleux, nappés de confiture. Penelope la suit, sans réfléchir. Elle va rencontrer Harry, le fils de la fameuse tante Clare. Le jeune homme est mélancolique, il se morfond d'avoir perdu son amoureuse, une riche américaine du nom de Marina Hamilton, qui vient d'annoncer ses fiançailles avec un prétendant beaucoup plus aisé que le pauvre Harry (qui aspire à devenir magicien). Il n'a pas dit son dernier mot et élabore un plan de prestidigitation pour duper son ancienne petite amie en affichant la candide Penelope à son bras, lors de la réception des fiançailles de la Miss Hamilton ! 

Penelope Wallace, 18 ans, est une rêveuse et une romantique, elle est mordue du chanteur Johnnie Ray, et aime feuilletter les magazines féminins. Elle vit avec sa mère veuve depuis la fin de la guerre et Inigo, son frère passionné de musique pop américaine, dans la grande demeure familiale, Milton Magna, une somptueuse maison qui tombe en ruines car les Wallace sont endettés.   

Grand best-seller dans son pays, le roman de l'anglaise Eva Rice est un monument de lecture romanesque, mais écrit avec beaucoup d'esprit et d'humour. C'est plus enlevé que de la chick-lit, mais je pense que l'histoire de "L'amour comme par hasard" puise dans le même registre : des personnages attachants, une ambiance délicieusement kitsch et des histoires d'amour qui s'amorcent, se brisent avant de se redonner une chance. L'impression de lecture reste revigorante et confondante de félicité. On lit ce livre avec grand plaisir, tel un petit bonheur de lecture sans prétention ! 

Flammarion - 380 pages - Traduit de l'anglais par Martine Leroy-Battistelli. Mars 2007.

  • Si le coeur vous dit de cliquer sur ce lien, vous découvrirez les premières pages du roman en anglais ! ... :)

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19/06/07

Hester Lilly - Elizabeth Taylor

hester_lillyOrpheline depuis peu, Hester Lilly arrive chez son cousin Robert, après avoir échangé une longue correspondance fusionnelle, mettant de côté Muriel, l'épouse de Robert.

Bien entendu, cette dernière accueille la jeune cousine d'un sourire pincé mais ressent un soulagement railleur en voyant Hester à l'allure désinvolte, provocante et absurde. De son côté, Robert est également rassuré du soulagement évident de sa femme, quant à Hester Lilly commence un pénible désenchantement, de plus en plus marqué par la douloureuse relation qui va naître entre elle et la maîtresse de maison.

L'arrivée d'Hester sert avant tout de catapulteur dans ce foyer étriqué d'une bourgade provinciale. La jeune cousine devient la secrétaire de Robert, directeur d'une école, mais s'enfonce dans l'apathie et la maladresse. Elle fera la rencontre de Hugh Baseden, professeur de biologie, personnage hautement nonchalant et engourdi, et d'une vieille femme un peu folle, Miss Despenser.

En fait, tous les personnages se révèlent tous drapés d'une couche pour l'apparence et d'un fond plus trouble et nébuleux. Muriel tente de garder la dragée haute, se pare de ses plus beaux bijoux, cherche à briller en recevant, mais ne parvient pas à endiguer ses sentiments de panique et sa frustration du temps qui passe. Elle se sent supérieure à Hester, plus élégante et sûre de son goût, mais reconnaît une fraîcheur à cette jeune personne qu'elle n'a plus et soupçonne donc Hester d'être amoureuse de Robert !

Celui-ci est un type mou, condescendant et assez rigide dans ses principes. Concevoir qu'il puisse être porté par des élans du coeur est assez surprenant, mais "L'amour est-il l'apanage des esprits brillants ? Il est très terne lui-même et il vaut mieux que deux personnes inintéressantes se marient et tiennent leur insignifiance à l'écart".

L'esprit est cruel chez Elizabeth Taylor, mais sous cette apparence se trouvent également une blessure et un désoeuvrement, car tous les acteurs de cette comédie amère sont finalement en face d'une cruelle réalité : leur solitude, leur impuissance à vaincre les faux-semblants et l'incapacité d'affronter leurs sentiments. Il y a ceux qui sont en couple mais ne s'aiment plus et refusent de l'admettre, et ceux qui tentent d'être un couple, avec incompétence ou étourderie, et balbutient leur affection. Chez tous, la solitude est présente et force à se demander s'il est pire de la vivre seul ou à plusieurs ?

Un roman très bref, sur l'amour qui s'éteint, la confiance qui s'effrite et la perte du couple. Divin !

Traduit de l'anglais par Jacqueline Odin - Payot-Rivages / Mai 2007 - 114 pages - 12 euros

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04/05/07

Bienvenue à Blandings - PG Wodehouse

bienvenue_a_blandingsDans "Bienvenue à Blandings", on y trouve une succession d'hommes et de femmes qui se croisent sans se connaître, avant de se retrouver tous dans la même propriété et d'y partager quelques connivences dont, bien évidemment, seul le lecteur est au courant !
L'intrigue principale concerne la disparition d'un scarabée égyptien de la collection de Mr Peters, riche américain de passage à Londres, venu donner la main de sa jeune fille, Aline, au fils cadet du Lord Emsworth, Freddie. Or, Mr Peters a découvert avec horreur la disparition de sa pièce inestimable et soupçonne avec raison Lord Emsworth. Ce dernier, qui perd un peu la boule, pense au contraire qu'il s'agit d'un cadeau de son ami américain.
Pour éviter tout scandale qui compromettrait le mariage de son enfant, Peters décide donc d'engager un certain Ashe Marston, écrivaillon d'une série policière à quatre sous, le faisant passer pour son valet lors du séjour de la famille à Blandings, la propriété de Lord Emsworth.
On n'en reste pas là, car on y fera également la connaissance d'une jeune demoiselle sans le sou qu'une promesse de récompense de mille livres donne des ailes, d'un soupirant éploré et paré des atours d'un Superman, ce qui agace grandement la dulcinée de son coeur, et un certain majordome un peu trop zélé, vigilant mais doué de malchance.
Tout un joli monde policé, dépeint avec humour !
PG Wodehouse ne manque pas du tout de mordant et propose une cascade d'enchaînements réjouissants et de quiproquos en tout genre. Les dialogues sont piquants, la galerie des personnages est jubilatoire, bref on ne s'ennuie pas du tout !
La réputation de cet auteur démontre ici son large talent et confirme toutes les espérances. A lire absolument.

10-18 / 250 pages. Traduit de l'anglais par Anne-Marie Bouloch.

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05/04/07

Snobs - Julian Fellowes

snobsEdith Lavery, standardiste dans une agence immobilière de Chelsea, fait connaissance du fils Charles Broughton, lors d'une visite au château Broughton Hall. Le jeune homme est séduit et entreprend de la revoir. Une idylle va naître, qui n'est pas aux goûts de l'entourage de cette "gentry" britannique.
Très vite, Edith la roturière fait son entrée fracassante dans ce milieu huppé du Grand Monde. Elle n'appartient pas aux us et coutumes de cette classe sociale. Lady Uckfield, sa belle-mère qu'on surnomme Googie, a le sourire pincé de celles à qui on met sous le nez un plat peu ragoûtant mais que la bienséance vous oblige à décréter "onctueux".
Edith est une jolie fille, blonde aux grands yeux et aux bonnes manières, pourtant son arrivisme ne trompe personne, mis à part Charles. Le mariage est conclu, mais très vite Edith s'ennuie sous ce faste artificiel. Il devient vite apparent qu'elle n'a pas épousé Charles Broughton par amour, qu'elle commence à le déprécier et afficher son mépris en public !
Comble de tout, Edith provoque un scandale en s'exhibant aux côtés d'un acteur, Simon Russel.

Hauts et bas d'une roturière sans vergogne, dont le vrai crime n'était pas d'avoir épousé Charles sans l'aimer, mais de l'avoir quitté par amour pour un autre. "Sa folie : avoir renoncé aux fausses valeurs qu'elle avait adoptées en épousant Charles pour retourner aux valeurs éternelles. Ce n'était pas une attitude mondaine, conforme aux règles de l'aristocratie britannique."
Ce 1er roman de Julian Fellowes, scénariste de "Gosford Park" (à voir absolument !), est la peinture actuelle d'une pièce montée décrite avec humour, tendresse et acrimonie. L'histoire ressemble à celle d'hier, mais elle est plantée de nos jours. Elle suit les pas d'une Edith Lavery nourrie par sa mère de rêves à la Barbara Cartland et qui s'écroule sous la réalité de la condition de Milady. On l'aime et on la déteste. Mais à travers elle, c'est une façon de rappeler des codes rigides où l'on se défend d'être snobs dans cette bonne vieille aristocratie anglaise, qui dénigre sans retenue la bourgeoisie londonienne, parvenue et sans cachet. Il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes, en gros.
On partage les petites combines pour corrompre les retrouvailles, pour évincer définitivement cette petite dinde qui jette l'opprobre sur leur milieu très fermé. On assiste à l'opportunisme, aux élans d'amour, aux actes inconsidérés, aux tentatives de réconciliations, et cela se passe sous le couvert délicieux des parties de thé, des rendez-vous à Ascot, dans des salons où l'on reçoit une invitation au nom de Madame. Tous ces codes sont rapportés avec élégance, sans honte de dénoncer les couches d'hypocrisie, telle une délicieuse satire digne de Jane Austen, acidulée d'un soupçon d'Evelyn Waugh.
A déguster, avec thé et scones au raisin. Quelques scènes valent leur pesant d'or, cf. la nuit de noces !

JC Lattès - 375 pages

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15/02/07

The curious incident of the dog in the night time ~ Mark Haddon

J'ai été très touchée par le jeune Christopher Boone, héros du roman de Mark Haddon. J'avais très envie de lui prendre la main, de l'aider dans sa quête, surtout lorsqu'il décide de partir pour Londres - une épopée qui lui semble digne d'un film de science-fiction, assez drôle parfois !
Christopher a quinze ans, c'est un garçon qu'on dit "spécial", différent des autres, doué d'une intelligence hors norme, mais déconnecté des réalités dites terre-à-terre. Sur ce plan, chapeau à l'auteur d'avoir su si bien se mettre dans la peau d'un jeune autiste, de démontrer toute la complexité de son raisonnement, de sa logique, de ses craintes et ses enseignements. C'est terriblement subtil, ça ne tient souvent qu'à un fil de le considérer comme un enfant ordinaire, sauf qu'il ne faut pas le toucher ou il se met à crier, qu'il ne répond qu'aux questions, jamais aux affirmations, qu'il ne plonge jamais son regard dans les yeux de son interlocuteur, etc...
Chez lui, son cerveau fonctionne comme un ordinateur, comme une mémoire photographique. Il imprime ce qu'on lui dit, ce qu'on lui montre, toutefois il n'est pas dénué de bon sens, comme lorsqu'il s'aperçoit que le vendeur indien le roule dans la farine en lui vendant le guide de la ville.
Christopher est donc très attachant. Son histoire commence banalement, lorsqu'il découvre le corps du caniche mort. C'est Wellington, le chien de la voisine. Et lui décide de mener son enquête comme Sherlock Holmes, son héros. Hélas, c'est le début d'une série de catastrophes pour lui. 

C'est vrai qu'on peut distinguer deux parties dans le roman, et la première est excellente. On suit pas à pas les réflexions du garçon, c'est très important. Car cela montre avec quelle façon mathématique il cherche à raisonner, que ce soit dans son quotidien, son enquête ou à l'école. C'est très grisant et attachant. Lorsque la machine s'emballe, dans ce qu'on peut appeler la seconde partie, Christopher révèle ses failles, la difficulté d'élever un enfant autiste et la fine psychologie à adopter pour gagner sa confiance.
C'est donc un roman éblouissant, à la fois drôle, touchant, grave et sensible. Le petit monde de Christopher est très attachant, et à la longue on n'a qu'une envie, vouloir sans cesse le protéger, quitte à commettre des bêtises... C'est juste un peu dommage pour la fin expéditive, ceci ne nuisant pas à l'enthousiasme qu'inspire cette lecture ! 

lu en février 2005

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