05/02/08

Partie de pêche au Yémen - Paul Torday

partie_de_pecheQue se passe-t-il dans la tête d'un scientifique britannique tout à fait comblé - sa femme vient de lui offrir une brosse à dents électrique pour leurs vingt ans de mariage - quand un cheik yéménite lui demande de construire une rivière climatisée afin qu'il s'adonne à son sport favori : la pêche au saumon ?

Ce Projet Saumon, auquel Dr Alfred Jones ne croit pas un instant, devient très vite un élément majeur que visent les hautes sphères politiques, lesquelles forcent ainsi notre scientifique débonnaire de plancher derechef sur le sujet. Il en va de la sécurité nationale, de l'image du Premier Ministre Anglais, de la science moderne et d'une campagne de communication valorisante, après le fiasco en Irak. Alfred Jones travaille donc en collaboration avec Harriet Chetwode-Talbot, qui sert d'agent de transition avec le Cheik Muhammad du Yémen.
Ce dernier est un saint homme, sincèrement passionné par la pêche au saumon. Ses intentions sont louables, car il veut permettre à son peuple de partager ce bonheur de pêcher et il est persuadé d'une bienveillance divine pour conduire ce projet jusqu'au bout.
Les mois sont longs, les questions nombreuses, les petites entourloupes dans les coulisses encore plus grouillantes, notamment celles orchestrées par Peter Maxwell, directeur de communication du bureau du PM, Mr. Jay Vent. La position officielle est d'être solidaire, sans trop paraître soutenir ni s'impliquer. Tout dépendra du résultat et des lauriers récoltés !

Cela force à sourire, les petites magouilles étant incroyablement associées à la nature humaine ! Le roman en démontre les rouages, les tracasseries bêtes et inutiles, les ambitions dévorantes et le déni d'informations pour éviter le scandale. A l'écart des ergotages pompeux, il y a notre scientifique, Fred Jones, qui vient d'être quitté par son épouse - exilée en Suisse pour remplacer un collège malade, puis mort. Mary est une économiste rompue et pleine de détermination, qui sacrifie sa vie personnelle pour sa réussite professionnelle. La séparation du couple vient miner notre scientifique, qui se consolera un temps auprès de la jeune Harriet, elle-même profondément déprimée par l'absence de son fiancé, en mission secrète dans le Moyen-Orient.

Construit à l'aide du journal intime d'Alfred, de courriels, de rapports d'enquêtes, d'entretiens, des lettres d'Harriet, et même d'un script pour le pilote d'une émission, le roman permet ainsi d'accélérer l'allure pour ne pas laisser le lecteur évanoui d'ennui à force de (trop) longues descriptions sur la pêche et le saumon.
L'histoire, elle, est cocasse, assez sarcastique. Elle dénonce plusieurs aspects de la folie des administrations, des possibilités surréalistes de l'argent et du pouvoir. Ce projet fou va toutefois permettre à un homme presque banal de connaître la notion du rêve et de l'amour, ce qui n'est pas rien !
Un roman qui a tout de la farce, de la comédie british assez pince-sans-rire, avec ses personnages flegmatiques, et au final ce bon divertissement cache aussi quelques notes aigres-douces. Pas mal, un roman à découvrir !

JC Lattès - 383 pages -  19.50 €

Traduit de l'anglais par Katia Holmes.  Titre vo : Salmon Fishing in the Yemen.

Lu par Molinia de Lectures-Club  & par Millepages (libraire)

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06/01/08

La déclaration - Gemma Malley

la_declarationDans le cadre d'une Angleterre de l'an 2140, l'histoire d'Anna raconte un avenir sombre où l'économie peu florissante a misé sur un programme de Longévité pour permettre à la société une vie éternelle et figée (ceci permettant aussi à la Nature de ne plus puiser dans ses ressources affaiblies). Mais trop de population menace la survie de l'espèce humaine, alors la Déclaration est promulguée et interdit quiconque de procréer (on accorde toutefois un héritier par foyer). S'Affranchir de cette loi est une condamnation à l'emprisonnement, le fruit de cette rebellion aussitôt envoyé dans une pension de Surplus. (Entendez par Surplus, "indésirable" et "impropre" à respirer le même air que tout Légal ! Le seul but dans leur vie est d'être le domestique de la caste supérieure.)

Grange Hall est un bâtiment austère et gris, où il fait vraiment misère de vivre. Il fait partie de ces lieux lugubres où on recueille les enfants des hors-la-loi, et Anna, jeune fille de 15 ans, en est du nombre. Elle ne sait quasiment rien de son passé, mise à part que des Rabatteurs sont venue l'enlever de sa cachette pour vivre son existence de Surplus à Grange Hall. Elle n'avait pas trois ans, alors. Appliquée et consciencieuse, Anna a acquis la certitude que ses parents étaient des égoïstes, que sa place n'est qu'un concours de soumission et de brimades répétées. La directrice, Mrs Pincent, a réussi là un lessivage du cerveau absolument prodigieux.

Puis, débarque un jour Peter, un adolescent récalcitrant, trop âgé pour atterrir à Grange Hall, trop vif et intelligent pour être tombé entre les griffes des troupes des Rabatteurs. Alors, pourquoi est-il dans ce pensionnat ? Il s'approche d'Anna et lui murmure qu'elle est l'enfant désiré de parents aimants, qu'elle porte un nom de famille et qu'elle n'a pas sa place chez les Surplus. Autant de propos qui ne peuvent qu'ébranler une jeune fille résolue de sa pitoyable condition...

Savamment, le roman déroule le fil de son histoire et parvient sans conteste à nous toucher et nous émouvoir. Ceci est une fiction futuriste, et pourtant le récit est truffé d'éléments auxquels on ne peut résister et s'empêcher d'y croire ! C'est bluffant. Cela fait froid dans le dos. Imaginez un monde où l'on peut vivre sans fin, mais au prix de sacrifier la jeunesse. Renier l'importance du renouvellement souligne la profondeur de l'égoïsme et de la bêtise du programme de la Déclaration. Et c'est avec un soupçon de profondeur que s'écrit l'histoire d'Anna, personnage très attachant, qui s'entête avant de comprendre ce que signifient l'endoctrinement et l'amour ! Et puis il y a aussi beaucoup d'émotion, du suspense (un peu de précipitation vers la fin, mais les violons peuvent entreprendre leur mélopée avec passion !). C'est captivant du début à la fin, sensible, inquiétant et intelligent. Une lecture brillante !

Naïve, collection naïveland - 366 pages. Traduit de l'anglais par Nathalie Peronny.  16 €

A été lu par Mélanie aussi !

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11/12/07

La perte en héritage - Kiran Desai

la_perte_en_heritage_2C'est une fin de journée paisible à Cho Oyu, la demeure du juge à la retraite, une journée qui s'écoule mollement, dans cette région de Kalimpong envahie par les brouillards et le début d'insurrection des népalais contre les indiens. Sai a 17 ans, elle attend la venue de son précepteur de mathématiques, Gyan. Mais à la place, ce sont des garçons en blouson noir qui arrivent à l'improviste pour voler les fusils de chasse du juge.
L'homme qui s'était bâti une solide réputation d'inflexible, après ses études en Angleterre, se voit profondément humilié et bafoué dans son honneur. La police, incapable, lui rit au nez et profite de la situation.

De son côté, Sai, qui n'a plus que son grand-père Jemubhai pour unique parent, se soucie davantage de l'absence prolongée de Gyan, qu'elle aime passionnément. Son silence la mine, et quand enfin elle parvient à le revoir, le jeune homme est glaçant et lui reproche son éducation typiquement non-indienne !
Pendant ce temps, Biju, exilé en Amérique, rame de petits boulots en situations minables. Il brûle de recevoir la carte verte pour enfin rentrer au pays, et ne pas subir la honte des siens. Son père, cuisinier à Cho Oyu, l'abreuve de lettres de sollicitation pour venir en aide à chaque nouvel émigré indien, ami d'untel ou de tel autre, sans se douter un instant de la précarité du jeune homme à New York ...

C'est un roman tout en paradoxes, raconté par la fille d'Anita Desai (auteur indien que j'apprécie beaucoup) - et qui a reçu le prestigieux Booker prize en 2006. Cette opulente histoire de 600 pages propose un monde à l'envers, où l'on rêve d'un ailleurs qui déçoit fatalement, mais pour mieux masquer les loupés on opte pour la rage et le défoulement d'avoir été rejeté par une société occidentale, forte de ses acquis.
« La Perte en Héritage » se manifeste dans les conflits, ceux d'une minorité (les Népalais) qui se rebiffe contre le traité de paix de 1950, et ceux des personnages principaux, déçus et désoeuvrés, en amour ou en reconnaissance. La souffrance est partout, elle remonte de longues années auparavant pour le juge Jemu ou elle est la cristallisation d'un amour brisé pour Sai. Dans son Amérique, Biju montre la difficulté de s'adapter, la réalité de sa clandestinité et l'arrogance perdue devant l'échec constaté.

Tout en cercle vicieux, le roman de Kiran Desai provoque rires et crises de colère, bouffées d'incompréhension et instants de doute. Les 600 pages sont un peu audacieuses, mais elles attachent le lecteur, bon gré, mal gré. Pour ma part, j'ai particulièrement été séduite par l'exotisme de Darjeeling (où se passe l'essentiel de l'histoire) et par ce cynisme affiché, qui mélange l'humour à la sinistre réalité de cette comédie où il ne fait pas toujours bon rire (ni vivre).

Editions des Deux Terres - 615 pages - Traduit de l'anglais (Inde) par Claude et Jean Demanuelli - 22 €

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28/09/07

Fantômes ~ Toby Litt

Paddy et Agatha ont quitté Londres pour s'installer dans cette maison qui a su les séduire sur le champ. Agatha était pleine de l'attente d'accoucher de son deuxième enfant. Le couple était heureux, confiant. Puis, survient L'événement. C'est là que le couple doit n'être qu'un seul bloc pour affronter la douleur et l'horreur, mais non. Agatha et Paddy deviennent deux étrangers qui partagent le même toit. Agatha a soudain des hallucinations, comprend que la maison lui parle, qu'elle respire et lui souffle des messages, rien que pour elle. Mais c'est compliqué à expliquer, même son époux reste sourd et le fossé entre eux se creuse. L'aversion muette de Paddy prend naissance. Il assiste, impuissant, à la folie croissante de sa femme. "Les choses avaient beaucoup changé depuis leur installation dans la maison", tout commence par cette phrase.

La maison est devenue le cadre du cocon, le lieu de sécurité où Agatha se sent aimée et apaisée, capable de continuer et de surmonter l'épreuve. C'est en gros le symbole du foetus dans le ventre de sa mère. Cela se rejoint : Agatha vient de perdre son bébé, sa maison la couve. Mais d'un autre côté, la maison projette des ombres inquiétantes : illusion de fantômes, périodes d'absence pendant lesquelles Agatha ne se sent plus exister. C'est finalement le fond du roman : chimère, rêve et mirage entre le réel et le fantasme constituent la pâte à tarte de ce roman visionnaire.

En fait, Toby Litt s'est inspiré de sa propre histoire et du désespoir de sa femme Leigh qui a fait trois fausses couches. En 60 pages, l'auteur raconte cette douloureuse expérience, sous la métaphore d'un lièvre, un "animal-idée-littéraire", pour une bien étrange introduction, fantaisiste mais incroyablement émouvante. Le roman qui suit, "fantômes", se base donc sur ce point de départ et l'auteur réussit un exercice difficile : se placer dans le corps d'une femme, comprendre sa détresse, raconter sa dépression. Il part ensuite en divagation, n'hésite pas à piquer quelques idées dans les romans victoriens, chez Henry James ou même chez Virginia Woolf (le passage sur les vagues y faisant immanquablement penser). Enfin bref, c'est un roman déroutant, c'est vrai, mais c'est un texte sensible, onirique et élaboré dans la psyché féminine. Pas mal, quoi.

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16/09/07

Loin de soi ~ Anita Brookner

Londres, fin des années 70. Emma quitte sa mère avec laquelle elle vivait seule depuis la mort de son père. Elle part étudier à Paris l'art des jardins. En France, elle croit rencontrer son alter-ego en la personne de Françoise, jeune femme volubile qui travaille à la bibliothèque, et qui vit également seule avec sa mère veuve. Françoise est, cependant, plus extravertie et délurée, elle noue des contacts et des liaisons amoureuses. Emma a fait la connaissance de Michael, jeune écrivain qui réside dans la capitale française, et une relation amicale prend naissance.
Le temps passant, Emma est rappelée à la cruelle loi des séries noires en apprenant le décès de sa mère. Son existence oisive trouve son terme, et les rapports avec son amie Françoise vont lentement atteindre leur croisement de direction. La mère de Françoise a le projet de marier sa fille à un riche fiston d'une aimable fréquentation, un peu contre le principe de Françoise qui cherchera longtemps à louvoyer. Mais l'amour filial et la dévotion d'une fille pour sa mère pèseront finalement plus lourds dans la balance.

Il faut suivre son instinct : ce nouveau roman d'Anita Brookner, auteur prolixe parmi les romancières anglaises contemporaines, m'a incroyablement semblé caduc et fané. Comble de tout : le charme a été inopérant ! C'est difficile de cerner pourquoi la petite musique n'a pas été entraînante, pourquoi le charme anglais n'a pas opéré. J'y ai certainement détecté trop de sentimentalisme, trop de langueur dans les personnages comme celui d'Emma, beaucoup trop de convention à respecter, dans le style et dans le fond. Il me manque le piquant, l'audace franche et l'humour, ah ! cette pointe pince-sans-rire qui caractère l'écriture anglaise !.. Ah non honnêtement, Mrs Brookner a été bien trop guindée. Pas touchée, moi.

septembre 2006

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06/09/07

Arlington Park - Rachel Cusk

arlington_parkArlington Park est une petite banlieue anglaise, ni trop chic ni trop ringarde, c'est un quartier tout ce qu'il y a de plus ordinaire, avec ses habitants tout aussi quelconques.

C'est la nuit, les rares passants rentrent chez eux, affrontant sans ciller la pluie torrentielle, lorsque Juliet Randall se réveille d'un cauchemar. Ce cafard qui faisait son nid dans ses cheveux lui semble l'image fantasmée de sa vie devenue impossible. Ancienne étudiante brillante, désormais mariée et mère de deux enfants, Juliet a le sentiment d'être assassinée à petits feux par son semblant d'existence. L'inertie de sa petite vie grotesque, entre son boulot de prof dans une école privée et la routine domestique, lui saute au visage, lui criant sauve-qui-peut de s'échapper d'une telle atonie.

Mais le roman de Rachel Cusk nous ouvre la porte des autres foyers d'Arlington Park, découvrant combien les femmes se sentent tout aussi passives et horrifiées de leur train-train. Ces femmes et mères au foyer, pas loin d'être désespérées, mesurent l'étendue de leur agonie en se rendant au centre commercial, ou autour d'une tasse de café, dans une cabine d'essayage ou chez le coiffeur. La vérité devient flagrante lors d'une discussion du club littéraire à propos des Hauts de Hurlevent ou au cours d'un repas organisé pour huit personnes.

Pas "Desperate Housewives" dans l'âme, de loin en loin, le roman est surtout le cliché d'un jour sur les propos de mères et d'épouses qui révisent leurs sacerdoces, en sachant combien les jours passent et se ressemblent, qu'elles n'y changeront rien car elles acceptent ce sort ! Si certains discours peuvent apparaître amers, ils ne sont pas non plus révolutionnaires. On voudrait donner au lecteur un nouveau phénomène à découvrir en passant à la loupe les femmes au foyer. Mais l'anglaise Rachel Cusk réussit là une étude espiègle, déviant sans heurts la lassitude, et copiant la Mrs Dalloway de Virginia Woolf pour décrypter la journée du lever au coucher de ces habitantes d'Arlington Park.

Il y a dans ce livre des portraits plutôt frappants de la psychologie de cinq femmes de cette banlieue. On y trouve d'emblée de l'amitié mielleuse, et fielleuse, de l'acrimonie, de la jalousie rongée, de la frustration sans honte, de la vengeance muette et de l'incompréhension la plus pure ! Et pour finir, de l'acceptation dans toute sa splendeur hypocrite, de cette vie passablement rangée, mollement menée mais pas si mauvaise que ça dans le fond ! Pas drôle et un peu acerbe, "Arlington Park" ne s'embarque cependant jamais dans la désespérance facile, ne rappelle pas du tout le feuilleton US à succès mais photographie avec justesse les consciences, visite les pensées de femmes qui approchent de la quarantaine et se permettent d'analyser leurs petites vies. Parce que le lisse aussi, ça existe ! Et Rachel Cusk nous montre les dessous d'un trompe-l'oeil presque familier.

Editions de l'Olivier - 290 pages - Août 2007. Traduit de l'anglais par Justine de Mazères.

** Rentrée Littéraire 2007 **

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30/08/07

Un bonheur de rencontre ~ Ian McEwan

Un couple d'amants, Mary et Colin, passent un mois de vacances dans une ville étrangère, cerclée de canaux et bordée de palais et d'églises. Cela fait sept ans qu'ils se connaissent, leur amour a lentement pris le cap de la routine, de la passion doucement éteinte. Un soir, ils font la rencontre de Robert, puis de son épouse Caroline. Ce couple est étrange, mystérieux. La femme semble soumise, réduite à subir des réprimandes violentes de son époux, lequel paraît un vil macho aux gros biscotos, fasciné par la figure emblématique de son père, un Homme, un Vrai...
L'ambiance est languide, comme Colin et Mary qui paressent dans leur chambre d'hôtel, sur leur balcon ou sur une terrasse de café. Ils prennent le soleil, s'abrutissent de ne rien faire, à part faire l'amour et se préparer pour sortir. En faisant cette rencontre capitale avec Robert et son épouse, Colin et Mary vont d'abord connaître la sulfureuse spirale de la sensualité retrouvée et de la volupté. Dans l'ombre, Robert et Caroline sont présents, prêts à saisir ce jeu troublant de la séduction et de l'imagination sexuelle : "le rêve ancestral des hommes et des femmes, les uns de faire souffir, les autres de souffrir". C'est une étrange coïncidence à laquelle se résume ce "bonheur de rencontre", faite d'ambivalence, de crainte, de doute et de poussée d'adrénaline. Il y a un jeu de plaisir et de jouissance, contre lequel vient vite s'abattre une carte plus implacable. La fin est violente, elle perturbe le jeu et pousse d'admiration le lecteur face à ce livre écrit avec un sang-froid remarquable par Ian McEwan. Chapeau !

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07/07/07

La pelouse de camomille - Mary Wesley

pelouse_de_camomilleComme chaque été, les cinq neveux de Richard et d'Helena se retrouvent en Cornouailles. C'est le temps des jeux, de l'insouciance, le goût de toutes les audaces, au bord de la falaise ou sur la pelouse de camomille, sans autre souci que les tourments de l'amour qui vous rongent une jeunesse.
La petite Sophy donnerait sa vie pour Oliver qui, lui, est fou de Calypso, si belle et si lointaine. Elle a toujours juré d'épouser un homme riche sans amour, elle jettera son dévolu sur Hector, politicien ayant le double de son âge. Car pour mieux pimenter cette belle saga familiale, il faut d'office préciser que l'action se passe durant l'été 1939. La guerre va être déclarée et amène un couple de réfugiés juifs, Max et Monika, chez le pasteur du coin. C'est un éminent pianiste, un brin cavaleur et beau parleur. Il va faire chavirer le coeur d'Helena, pourtant mariée mais ennuyée par sa vie recluse auprès de Richard, son second mari unijambiste. Elle partira à Londres, sans crainte des bombardements, vivre une passion tumultueuse auprès de son musicien juif.

C'est bien ce qui est également très surprenant dans ce roman où la trame ne chôme pas, sans cesse rebondissante et étonnante. Ce n'est pas parce que c'est la guerre que nos personnages vont s'endormir sur leurs lauriers, bien au contraire ! "Nous avons tous vécu intensément. Nous avons fait des choses que nous n'aurions jamais faites autrement. Ce fut une période très heureuse. (...) Tout était exacerbé, surtout l'amour."
Effectivement les passions sont ravageuses !

Ce roman n'est pas une bluette sentimentale. Il fourmille plutôt de vivacité, d'esprit, de dialogues mordants, de personnages flamboyants et uniques en leur genre. Mais ils sont à contre-courant de l'image idyllique des êtres parfaits, car ils sont tous fragiles, odieux, égoïstes et héroïques à leurs heures. Et ce, en dépit des circonstances ! Qu'importe les liens du mariage, l'âge, l'enfant à naître, les bombardements ou la guerre, tout simplement !

L'anglaise Mary Wesley nous offre ainsi une lecture passionnante, qui s'inscrit idéalement pour vos vacances (et pas forcément !). En presque 400 pages, jamais la cadence ne s'essouffle. On ne stagne pas durant l'été 1939, le scénario évolue, voyage dans le temps et nous conduit même sans nous y attendre cinquante ans plus tard ! Je crois aussi que le succès de ce livre repose sur le style fringant et truffé de badinage que nous propose l'auteur. J'ai passé des heures de lecture absolument délicieuses ! Je vous conseille vivement de vous y plonger également !
Ce livre a été publié en français chez Flammarion en 1991, puis en format poche "J'ai Lu". Il est disponible en occasion !

375 pages - Flammarion / J'ai Lu .

Gachucha avait lu et aimé un autre roman de Mary Wesley "Sucré, salé, poivré" - Aria m'avait gentiment envoyé ce roman, je compte donc le lire prochainement !

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02/07/07

Comment j'ai raté mes vacances - Geoff Nicholson

comment_j_ai_rate_mes_vacancesEric vient de fêter ses 45 ans mais éprouve un profond désarroi devant le bilan de son existence. Il est marié à Kathleen, ils ont deux enfants, Max et Sally, cependant jamais il n'a éprouvé autant le sentiment de ne pas comprendre ses proches, d'être étranger à sa propre vie... bref il a besoin de vacances !
Il décide de retourner au camping caravaning Centre de loisirs de Tralee, un lieu de vacances où toute la famille avait gardé de bons souvenirs des années auparavant. Or, d'entrée de jeu, le séjour ne s'annonce pas du tout à la hauteur de leurs espérances. Du moins, en ce qui concerne Eric, narrateur de cette histoire, qui se présente comme un journal quotidien.

Effectivement les vacances au Tralee vont s'avérer catastrophiques, allant de mal en pis. Cela commence par un accident de la route, un type louche qui décide de réparer la voiture et disparaît avec, des voisins de camping bruyants, des vacanciers atypiques, un vieux fasciste ou un jeune bègue frustré et acariâtre. Mais la famille d'Eric aussi se disloque : sa femme est prise d'une frénésie sexuelle sans bornes, sa fille voue une foi religieuse débordante et file avec une troupe des Hell's Angels sans moufter, son fils impénétrable décide de retourner à l'état de nature... bref notre protagoniste est dépassé mais conserve un esprit d'optismisme à vous gravir toutes les montagnes !
Pourtant, la série d'humiliations et de cataclysmes se poursuit. Eric est harcelé par des types qui lui piquent son argent, un commissaire cinglé le menace d'un sabre et s'envoie en l'air avec l'épousée, il se fait berner par un vendeur de billets de loto et abuser par deux jeannettes...
Inutile d'en rajouter, la coupe est pleine !

Au début, avouous-le, l'histoire est profondément désopilante, très drôle et exaltante. C'est son avantage : une cadence soutenue, une avalanche de mésaventures qui déclenchent le sourire et un effet tout à fait divertissant ! Bref, c'est de bon augure. Or, très vite j'ai commencé à me lasser, à réprimer de l'ennui face à ce débordement. A trop grossir le trait, l'histoire devient plutôt ridicule et lourde. Un peu dommage. Mais ce livre se lit d'une traite, pressant l'envie de connaître le fin mot de l'histoire, de lever le rideau sur cette farce qui fait sourire jaune.
Pour le New York Times, il s'agit de la plus drôle des comédies noires !

275 pages - Pavillons poche, coll. Robert Laffont.  Traduit de l'anglais par Bernard Tule.

Publié aussi chez 10-18 en 2000. Porté à l'écran en 2006 par Scott Peak, avec David Carradine et Gina Bellman dans les rôles principaux.

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22/06/07

L'amour comme par hasard - Eva Rice

amour_comme_par_hasardAngleterre, 1954. Un après-midi à Londres, Penelope Wallace rencontre Charlotte Ferris à l'arrêt de bus. C'est une vraie tornade, affublée d'un manteau vert. Ni une ni deux, Charlotte convie Penelope à prendre un taxi avec elle pour se rendre chez sa tante Clare avaler thé et scones moelleux, nappés de confiture. Penelope la suit, sans réfléchir. Elle va rencontrer Harry, le fils de la fameuse tante Clare. Le jeune homme est mélancolique, il se morfond d'avoir perdu son amoureuse, une riche américaine du nom de Marina Hamilton, qui vient d'annoncer ses fiançailles avec un prétendant beaucoup plus aisé que le pauvre Harry (qui aspire à devenir magicien). Il n'a pas dit son dernier mot et élabore un plan de prestidigitation pour duper son ancienne petite amie en affichant la candide Penelope à son bras, lors de la réception des fiançailles de la Miss Hamilton ! 

Penelope Wallace, 18 ans, est une rêveuse et une romantique, elle est mordue du chanteur Johnnie Ray, et aime feuilletter les magazines féminins. Elle vit avec sa mère veuve depuis la fin de la guerre et Inigo, son frère passionné de musique pop américaine, dans la grande demeure familiale, Milton Magna, une somptueuse maison qui tombe en ruines car les Wallace sont endettés.   

Grand best-seller dans son pays, le roman de l'anglaise Eva Rice est un monument de lecture romanesque, mais écrit avec beaucoup d'esprit et d'humour. C'est plus enlevé que de la chick-lit, mais je pense que l'histoire de "L'amour comme par hasard" puise dans le même registre : des personnages attachants, une ambiance délicieusement kitsch et des histoires d'amour qui s'amorcent, se brisent avant de se redonner une chance. L'impression de lecture reste revigorante et confondante de félicité. On lit ce livre avec grand plaisir, tel un petit bonheur de lecture sans prétention ! 

Flammarion - 380 pages - Traduit de l'anglais par Martine Leroy-Battistelli. Mars 2007.

  • Si le coeur vous dit de cliquer sur ce lien, vous découvrirez les premières pages du roman en anglais ! ... :)

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