14/03/14

Une vie entre deux océans, de M.L. Stedman

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Quelle histoire bouleversante ! Tom et Isabel vivent heureux sur l'île de Janus Rock, au large de Point Partageuse, au sud de Perth, en Australie. Tom est gardien de phare. Leur couple vit un bonheur parfait, teinté toutefois par le besoin pressant d'Isabel d'avoir des enfants. Mais hélas, elle multiplie les fausses couches et plonge dans un profond désarroi. Aussi, le jour où une barque échoue sur leurs côtes, avec à son bord un homme - mort - et un bébé, Isabel supplie son mari de le garder et de n'en parler à personne.

Tom va agir par amour pour sa femme, il va masquer la vérité et truquer les faits. Il le fait, parce qu'il sent Isabel au bord du gouffre. Pour elle, l'arrivée de ce bébé est un cadeau du ciel, elle refuse d'envisager une autre solution. C'est son bébé, ou rien. La suite ne cessera de se révéler poignante et débordante d'émotions. Cela expliquera, aussi, pourquoi on passe tant de temps à ressasser le passé, à introduire d'autres personnages, à raconter leur histoire... on comprend mieux leur importance dans la dernière ligne droite.

C'est un livre d'une sensibilité rare, qui évoque l'amour, l'isolement, le bonheur et la plénitude, mais surtout la maternité et tout ce qu'elle implique en folie et sacrifice. C'est énorme. Terrible. Un véritable déchirement. Au départ je trouvais le roman surestimé, c'était très bien mais les lecteurs s'étaient peut-être un peu trop emballés à son sujet. Et puis soudainement, je me suis sentie aspirée par le récit, en pleine communion avec les personnages et leurs émotions. J'étais, moi aussi, partagée, sous le choc, me posant cette question : mais qu'aurais-je fait ?

Cette lecture n'aura donc pas usurpé son concert de louanges et de critiques dithyrambiques, à commencer par celle d'Olivia de Lamberterie. C'est un roman bouleversant, très beau, qui nous interroge et nous met la tête à l'envers. Martin Spinhayer livre une interprétation poignante du récit, mais une fois encore j'ai eu du mal avec les voix féminines, sinon la réalisation sonore est impeccable, c'est une version envoûtante et carrément dépaysante.

Audiolib, Février 2014 ♦ Texte intégral lu par Martin Spinhayer (durée d'écoute : 12h 27) ♦ Traduit par Anne Wicke pour les éditions Stock

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18/02/09

Finnigan et moi - Sonya Hartnett

finnigan_et_moiUn garçon de vingt ans est en train de mourir. Dans sa chambre, seul, il repense à son enfance, marquée par la rencontre avec Finnigan, un garçon sauvage, qui n'allait jamais à l'école, qui était libre comme l'air et qui faisait tout ce qu'il voulait. C'était un garçon mal élevé, mais fascinant. Anwell va aussitôt en faire son ami, accepter le pacte mi-ange, mi-démon proposé par Finnigan. Anwell se rebaptise Gabriel, comme l'archange. Il craint un peu Finnigan, il n'a pas tort car quelques mois plus tard, la ville de Mulyan est en feu. Des incendies se déclarent dans tous les coins, et Anwell sait pertinemment qu'il s'agit de l'oeuvre machiavélique de Finnigan. Mais impossible de révéler l'info à ses parents, ou à la police. Il se tait, il ne veut pas parler de Finnigan, à personne, c'est son secret même si Finnigan se révèle de plus en plus dangereux et incontrôlable.

C'est un roman sur l'enfance, sur les secrets et sur les drames qui s'enchaînent en un point de non-retour. L'histoire est admirablement bien écrite, racontée alternativement par Anwell et Finnigan. De son côté Sonya Hartnett joue avec dextérité sur la complexité des liens entre les garçons, et sur la personnalité de l'adolescent qui se meurt dans son lit. Quelque part, ce roman m'a rappelé ma récente lecture du Proscrit de Sadie Jones, surtout parce qu'il s'agit encore d'un enfant-martyr, pas tabassé ou violenté, mais incompris, humilié et mal-aimé. Les parents d'Anwell sont terriblement absents, vides, ternes et décevants. Ils sont maudits ou zinzins, comme dit la rumeur.

L'ambiance à Mulyan, petite ville australienne, y est dépeinte sans état d'âme, d'abord toute mielleuse et hypocrite, puis au fur et à mesure des faits du pyromane, les relations deviennent plus tendues, les voisins entre eux se lancent des regards suspicieux, ou alors les habitants cherchent à faire eux-mêmes la loi, créent des milices pour provoquer le coupable, ce qui l'excite davantage. C'est un roman sous pression, un brin mystérieux et fantastique, mais surtout hallucinant de page en page, lorsque les vérités se précisent et prennent une réalité déconcertante. La fin, d'ailleurs, est bouleversante. 

Peut être lu par des adolescents. Une lecture davantage poétique que pesante. 

Le Serpent à Plumes, 2009 - 312 pages - 21€
traduit de l'anglais (Australie) par Bertrand Ferrier

# On the other side - The Strokes

http://www.deezer.com/track/940448 

Finnigan et moi, roman de Sonya Hartnett

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30/05/08

La mariée mise à nue - Nikki Gemmel

mariee_mise_a_nuLa mariée mise à nue se présente comme un journal retrouvé après la disparition mystérieuse de sa narratrice, une épouse comblée et mère d'un petit garçon, selon les apparences. La police a vite bouclé son enquête en concluant à un suicide, or la mère de cette jeune femme est persuadée du contraire. Sa fille a orchestré une mise en scène de sa disparition et ce manuscrit en détient certainement la clef. Que cache-t-il ? Des confidences, une vérité crue et sans fard, une absence d'épanouissement, une réalité amère et sinistre, bref un portrait qui brise le mythe du mariage et de la maternité. Pas brillant ? Non, je l'avoue.

Le roman est composé de chapitres courts, ou qui porteraient mieux le nom de leçons. Ces dernières sont inspirées d'ouvrages victoriens évoquant la sacro sainte science ménagère. Tout un programme ! Et le contraste est énorme, vaguement amusant, pour ne pas dire délibérément moqueur. Le journal s'ouvre sur le voyage de noces à Marrakech où déjà percent les premières failles. Le couple est mollasson, le mariage sans éclat, l'entente sexuelle déjà frelatée. L'homme et la femme partagent le même oxygène d'une bulle qui les asphyxie tout autant. Et l'image d'Epinal n'en finit pas de voler en mille morceaux. La routine du quotidien s'en donne à coeur joie, les concessions écoeurent, le manque de passion est flagrant. Chacun semble mijoter dans son jus, impossible de livrer sans ambages la somme de frustrations.

La jeune femme est fortement affligée, déçue, soupçonneuse et blessée dans son moi profond. L'idée d'écrire ce journal, dans le dos de son mari, lui viendra progressivement, au fil du changement de cap qui s'opérera dans sa vie. Car elle a décidé de bouger, de changer, d'aller au-devant de ses désirs et de ses envies. Il faut alors savoir que le sexe prendra une part prépondérante dans l'éclosion de sa sensualité et participera implicitement à guider cette femme d'une trentaine d'années à trouver sa voie.   

A la base, Nikki Gemmel avait souhaité publier ce roman anonymement, car elle pensait très honnêtement livrer dans ce livre des propos pouvant choquer et/ou heurter la sensibilité de ses proches. Pourtant, elle assume sans rougir chaque mot de ce livre, chaque pensée affichée de sa narratrice et n'en démord pas de briser les clichés rutilants qui s'imposent à toutes les femmes. Mais curieusement, la photographie de ce couple m'est apparue sordide, pathétique et flippante. Heureusement, elle n'est guère universelle ! Les tergiversations de cette jeune femme ont pour moi sonné comme autant de claques douloureuses pour qui croiraient encore aux contes de fées ! Ci et là, on peut trouver des propos vraisemblables, comme Le contraire de l'amour n'est pas la haine, mais l'indifférence. L'indifférence émotionnelle, l'indifférence physique. Mais je crois avoir trouvé ce livre trop long, trop enlisé dans des scènes assez glauques, avec des fantasmes humiliants et qui dérangent. La lecture, en général, ne gratouille pas, elle chatouille, elle pique, elle peut mettre mal à l'aise. Je n'ai pas non plus ressenti d'empathie pour les personnages, et ça vous place indiciblement en marge du roman. A voir, donc.

La mariée mise à nue, Nikki Gemmel.la_mariee_mise_a_nu_poche

Traduit de l'anglais (australien) par Alfred Boudry.

Au diable vauvert, 2006 - 357 pages - 22€

Disponible au Livre de Poche, Mai 2008.

Sur le site du Livre de Poche, on retrouve tous les blogueurs participants à cette opération autour de La Mariée mise à nu.

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15/04/07

La voleuse de livres - Markus Zusak

"Je n'ai pas de faux, ni de faucille. Je ne porte une robe noire à capuche que lorsqu'il fait froid. Et je n'ai pas cette tête de squelette que vous semblez prendre plaisir à m'attribuer. Vous voulez savoir à quoi je ressemble vraiment ? Je vais voleuse_de_livresvous aider." C'est cette voix glaciale, sépulcrale qui nous raconte l'histoire de la voleuse de livres, autrement dit Liesel Meminger, une gamine de 9-10 ans qui arrive chez les Hubermann, conduite par une mère désespérée. Nous sommes en Allemagne nazie, près de Munich, la guerre est déclarée et c'est en zoomant sur la rue Himmel que le lecteur va suivre le cours des événements, à la façon du voyeur qui regarde par-dessus l'épaule de la Mort, narratrice bien flippante de cette histoire. Oui, le lecteur est vite au courant qu'il doit entendre le discours lugubre de cette faucheuse qui cultive un certain humour avec une grande ironie ! Il faut savoir apprécier le style, mais nous y reviendrons plus tard...   Liesel Meminger est une enfant vive mais qui ne sait pas encore lire ni écrire. Qui pourrait alors penser que cette fillette s'exerce pourtant à la carrière illustre de "voleuse de livres" ? Car les mots la fascinent, lui font peur, la dégoûtent. Tout a commencé en janvier 1939 lors de l'enterrement de son petit frère quand elle découvre un livre noir dans la neige qu'elle conserve dans sa poche au lieu de le restituer à son propriétaire. D'autres menus larcins vont suivre, mais il faudra le temps, des circonstances étranges et surtout un aplomb en béton. Car dans la rue Himmel, où Liesel  court chercher le linge des riches familles pour sa mère nourricière, la fillette et son grand ami Rudy Steiner crèvent de faim et tentent d'oublier leurs souffrances en jouant au football. Et puis, il y aura Max, l'ancien boxeur, le juif qu'on planque dans la cave sans dire un mot à quiconque. Cet homme va attirer l'enfant, va lui montrer les mots comme jamais auparavant, et de voleuse notre Liesel va devenir une secoueuse de mots. Mais bon, le raccourci est facile et vite réducteur.
En fait, il est très difficile de raconter ce livre de Markus Zusak où les éléments vont s'embriquer progressivement. Dans ce roman, on y découvre la perplexité des couleurs (blanc, rouge, noir) et on croise les silhouettes des Nazis, du Führer et des juifs qui défilent vers Dachau... Dans le quartier où grandissent Liesel et Rudy, la vie est rythmée par la faim, les parties de football, les vols puis par les bombardements. Ce n'est évidemment pas une lecture facile, malgré les passages malicieux pour atténuer l'ambiance plombante qu'impose la Mort qui rôde en observant la jeune Liesel et les siens, mais c'est loin d'être morose au bout du compte.
En fait, les éléments pour s'attacher ce livre comptent beaucoup (la couverture, le titre, le bouche-à-oreille) mais le style de ce livre est épouvantable, hélas. Sous prétexte qu'il s'agit de la Mort, le ton est mécanique, se défend d'être insensible mais bien amèrement, et cela ne suffit pas pour convaincre. Quant à l'histoire, c'est vrai qu'elle nous embarque, qu'elle est compatissante et admirable grâce à ses personnages charismatiques, mais bon...
Pour moi, le style est pénible et pénalise l'entrain et l'aisance de la lecture. J'ai pourtant lu jusqu'au bout ce roman car je tenais à connaître son issue coûte que coûte. Petit bémol, cependant.  Oh éditions, 525 pages

  • Les avis de Emjy (follement enthousiaste) et Gachucha (qui abandonne !) ... :)

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06/08/06

Le tango des Agapanthes ~ David Francis

Un roman assez troublant et curieusement envoûtant : "Le tango des Agapanthes" vous entraîne vers les déserts et paysages arides de l'Australie des années 50. On y suit Day, jeune garçon témoin de la mort de sa mère, ligotée à son lit par son mari, et enterrée sans cercueil dans la poussière. Horrifié, le garçon s'enfuit vers l'Amérique où il rencontre son alter ego féminin, Callie, jeune fille atypique et écorchée vive, qui souhaite devenir la première femme jockey. Entre eux deux, une étrange et tumultueuse relation s'établit. Guidés par leur commune passion des chevaux, ils vont parcourir le pays, voir du monde mais ne jamais s'avouer leurs véritables sentiments. Day, jamais guéri des blessures de son enfance, retournera vers ces lieux maudits et haïs, rencontrera à nouveau son père, Darwin, pour dénouer les liens du passé.
Un roman écrit à la sueur du front du jeune narrateur, il m'a semblé. "Le tango des Agapanthes" est déconcertant : attachant, difficile ou ambivalent. On y plonge les deux mains jointes, pataugeant directement dans l'horreur et le drame de l'enfance. Puis au fil des parties qui composent le récit, les voiles vont se lever, s'alléger et soulager le poids du début. Résultat, le récit est agréable à lire. On y ressent toute l'âpreté des personnages et des décors. Violent, terrassant, captivant et suffocant.
Un peu lourd avec ses passages sur le monde des chevaux (surtout en première partie), ce roman est finalement judicieux et efficace dans sa peinture du tragique. Sobre et singulier, "Le tango des Agapanthes" mérite le détour...

août 2004

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