12/06/17

Le Secret du mari, de Liane Moriarty

Le secret du mari AudiolibEn fouillant dans son grenier, Cecilia découvre par hasard une lettre testamentaire écrite par son mari. Surprise, puis curieuse, elle cherche à comprendre, à résister à l'envie de l'ouvrir pour la lire, puis finit par interroger le concerné. La réaction de celui-ci ne finira pas de la surprendre...
Tess apprend de la bouche de son époux qu'il est tombé amoureux de Felicity, sa cousine. Blessée, mais surtout vexée, la jeune femme plie bagage et part avec son fils chez sa mère. En inscrivant Liam à l'école de son enfance, elle tombe également sur Connor, son premier amour...
Rachel, vieille femme aigrie par la vie, est désabusée d'apprendre que son fils, sa femme et leur garçon quittent le pays pour New York où sa bru vient de décrocher un nouveau poste. C'est surtout sa séparation avec Jacob, son petit-fils, qui la meurtrit au plus haut point. Cela exacerbe également les souvenirs jamais éteints de la perte de sa fille, assassinée trente ans plus tôt. Son crime laissé impuni, Rachel n'a jamais cessé de spéculer sur l'identité du coupable, se méfiant de tous, accusant non sans honte, souffrant d'être incomprise, ruminant sa vengeance...

Ainsi, ce roman brasse et embrasse trois destinées de femmes bousculées par la vie, acculées dans leur coin, forcées de tout remettre en question et relancer leur fortune. À l'instar de Petits secrets, grands mensonges, le suspense est savamment distillé et donne à lire un roman où chaque lien est inextricablement noué, avec du fil invisible, car on ne voit généralement venir la répercussion qu'au détour d'un chapitre, ou dans les dernières pages du livre, dans un dénouement chaotique et fracassant.
Dans ce roman, Liane Moriarty se montre également plus grave en évoquant des sujets comme le deuil, le poids de la culpabilité, les secrets de famille, le sentiment de trahison, l'adultère et la rédemption. L'émotion est palpable, le désarroi des personnages contagieux. On ressent toute la solennité du roman, son aura dramatique et bouleversante. Implicitement, cela se lit avec beaucoup de retenue et de compassion. 
Contrairement aux promesses vendues, je n'ai pas trouvé ce roman pétillant ou plein d'humour, mais plein de délicatesse, incitant aussi à la réflexion autour de thèmes d'une grande humanité. La lecture faite par Nathalie Hugo est impeccable dans ce registre. De la sincérité, de la sensibilité, de la justesse. C'est tout bon. 

©2015 Albin Michel / Traduit par Béatrice Taupeau

(P)2017 Audiolib / Texte intégral lu par Nathalie Hugo (durée : 12h 06)

 

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,


26/01/17

Petits secrets, Grands mensonges, de Liane Moriarty

Petits secrets grands mensongesAu cours d'une soirée quizz organisée par l'école du quartier, des parents anormalement émêchés se donnent en spectacle de manière scandaleuse et déplacée. Ils se lancent des noms d'oiseaux, en viennent aux mains, se bousculent. Puis la farce vire au drame, une victime est déplorée, la communauté est sous le choc. Commence aussitôt une enquête qui ne dévoile rien de l'identité de la victime ou des responsables de la cohue. Rien ne filtre, si ce n'est quelques détails distillés avec parcimonie.
Cette mise en scène redoutable, au suspense bien ficelé, est diablement efficace et rend la lecture captivante ! On plonge sans se douter dans une abominable histoire de harcèlement, d'injustice et de préjugés, alors que tout se passe dans une simple classe de maternelle au cœur une banlieue chic et cossue. Jane vient d'y emménager avec son fils Ziggy lorsque celui-ci est accusé de persécuter une petite camarade. La mère outrée monte au créneau et use de son influence pour intimider les nouveaux venus, tandis qu'une résistance s'organise autour de la jeune maman célibataire en dénonçant le lynchage en règle. La guerre des mères est déclarée et elle s'annonce sanglante.
On pourrait se moquer du sordide de la situation, si ce n'est que cela démontre aussi l'acharnement bête et méchant à entraîner les uns et les autres dans une ronde infernale qui exacerbe toutes les passions (divorce, famille recomposée, adolescence, carrière, procrastination, humiliation, coups et violence). On n'imagine pas les drames cachés dans ces doux foyers en apparence ordinaires et aisés. C'est tout à la fois poignant, révoltant, délicat et émouvant. On se croirait presque dans une nouvelle saison de Desperate Housewives ! De plus, le rythme est incroyablement bon, angoissant et haletant. On ne voit rien venir des révélations finales, on se fait même manipuler sur toute la ligne et on applaudit le tour de force.
Ce roman est addictif, ingénieux et surprenant ! Franchement top. 

La voix de Danièle Douet peut vous paraître familière, puisqu'elle double notamment Nicole Kidman, Kristin Scott Thomas, Gillian Anderson et Felicity Huffman (Lynette Scavo dans Desperate Housewives). C'est une voix chaleureuse et très agréable à écouter, qui s'amuse ici à accentuer les défauts ou les particularités des uns et des autres, sans surjouer ou friser le ridicule. On assiste avec un certain effroi à cette comédie sinistre sur les drames domestiques en prenant note du poids des secrets et des mensonges qui peuvent parfois faire tout basculer. Malentendus, ragots, rumeurs alimentent le quotidien de ce petit monde qui vit en vase clos. Effroyable et sidérant. ☺

Texte intégral lu par Danièle Douet pour Audiolib (Janvier 2017) - durée : 15h 23

Posté par clarabel76 à 10:30:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

11/07/16

Sous la terre, de Courtney Collins

SOUS LA TERRE

Une jeune femme couverte de suie et de sang s'agenouille dans la terre pour enterrer son bébé sans vie, avant de s'enfuir à dos de cheval dans les montagnes de cette province reculée d'Australie, laissant derrière elle un cadavre parmi les ruines d'une ferme en feu.

Jessie vient d'éliminer son tortionnaire et refuse de retourner en prison. Orpheline, en liberté sous caution, elle avait été recueillie par Fitz Henry pour s'occuper des chevaux et tremper dans des combines douteuses, croisant en chemin un cowboy au regard de braise, Jack Brown, avec lequel elle a vécu une brève et intense liaison. Leur dernier rendez-vous loupé va d'ailleurs amener celui-ci à partir à sa recherche, en compagnie du shérif Barlow, un pauvre type perclus de douleurs, qui pense se soulager dans la consommation abusive de l'héro. Drôle d'équipe de bras cassés... aux intentions assez troubles et troublantes. Jessie, de son côté, fuit toujours plus loin et se joint à une petite bande de voleurs intrépides, bien planqués dans les montagnes. Sa vie défile en flashbacks et dresse un parcours jalonné de coups et de larmes. Mais la jeune femme, animée d'un caractère farouche, a toujours bravé les obstacles et tracé sa route sans se retourner. 

D'une poésie brutale et poignante, ce récit haletant se boit en une goulée. L'histoire est tout simplement envoûtante. Elle parvient à transmettre un éventail de sensations bouleversantes, en plus de nous planter dans un décor rude et un univers implacable, où souvent le rôle de la femme comptait pour des prunes (l'histoire se passe en 1921). À sa façon, Jessie part à la conquête de son destin et nous emporte au galop de son cheval Houdini vers sa quête de la liberté en une cavale infernale et vibrante d'émotions. Très beau, très fort ! Une vraie réussite. 

Traduit de l'anglais (Australie) par Erika Abrams (The Burial) pour les éditions Buchet Chastel

Repris chez 10-18 en Avril 2015

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

01/06/15

Fiançailles, de Chloe Hooper

Fiançailles, de Chloe Hooper

Partagée entre le désœuvrement et le désespoir, Liese accepte l'invitation d'Alexander à le rejoindre dans sa ferme au fin fond du bush. Depuis quelques mois, elle entretient avec lui une relation inattendue, en vendant son corps contre de l'argent, afin d'éponger ses dettes. Tout a commencé comme un jeu, se dit-elle, sauf qu'elle y perd pied et voudrait tout effacer, mais elle accepte un dernier weekend avec lui, avant son prochain départ.

Ce qui l'attend alors, chez cet inconnu guindé, est tout aussi déconcertant, troublant, captivant. La maison d'Alexander, isolée et silencieuse, impose son histoire familiale et sa décoration désuète, Liese est intimidée, voire effrayée par ce décorum gothique et inquiétant. Si l'on s'attendait à une ambiance sulfureuse, le lecteur a fait fausse route ! Liese est étourdie par la situation, entraînée par les révélations faites par son amant, qu'elle tente d'échapper, tout en continuant à donner le change. Un paradoxe qui conforte, là aussi, la sensation de malaise.

Ce livre est hyper déroutant, confondant, malicieux, retors, étrange... mais envoûtant ! Oui, oui. Le roman, construit comme un thriller, est d'une tension psychologique redoutable et pernicieuse. Faux-semblants, séduction, désir et jeux de rôles constituent les piliers de cette intrigue absolument insaisissable. On y perd tous ses repères et la narratrice elle-même est complètement à côté de la plaque ! J'ai beaucoup aimé les sensations de cette lecture, entre le vertige, l'ivresse et la frustration. Cela change, et c'est bien.

10/18 ♦  avril 2015 ♦ traduit par Florence Cabaret (The Engagement) pour Christian Bourgois éditeur

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,

26/03/15

Tout ce que je suis, d'Anna Funder

TOUT CE QUE JE SUIS

Ruth a toujours vénéré sa cousine Dora qui, par son tempérament enflammé, prend tous les risques pour défendre les causes auxquelles elle croit. Toutes deux juives, vivant en Allemagne, elles sentent enfler la menace du nazisme et assistent attérées à la montée en puissance de Hitler. Elles décident alors de se réfugier à Londres, où elles vont poursuivre leur lutte contre le totalitarisme, pensant alerter l'opinion publique internationale.

Ce roman raconte non seulement une histoire politique auprès d'activistes gauchistes mais mêle aussi leurs tourments sentimentaux. Ruth est folle amoureuse d'un journaliste, Hans, qui brillait par son arrogance dans la société berlinoise mais qui ne va pas supporter l'anonymat dans lequel il sombre en s'installant à Londres. Dora multiplie les liaisons, sans parvenir à se détacher de l'écrivain, Toller, dont les troubles psychologiques le rendent difficile à cerner.

Derrière le romanesque, se cache aussi une grand part de vérité en s'inspirant de personnages réels, Ernst Toller, Hans Wesemann, Dora Fabian, Ruth Becker, Berthold Jacob etc. ayant tous existé ! L'auteur a donc réussi à confondre le fictif à l'historique avec beaucoup de brio. De fait, l'histoire de ces militants est franchement passionnante, digne d'un véritable roman d'amour et d'espionnage. Lecture captivante, poignante, un peu longuette à démarrer, mais lecture intelligente, nous plongeant illico dans les rouages de la résistance, entre suspicion, trahison et refus d'abdiquer.

On suit quatre destinées éclaboussées par le désordre qui règne en Allemagne, d'où surgira l'obscurantisme, qui déploiera ses tentacules par-delà les frontières. Cette force de frappe est stupéfiante, on le découvre dans ce roman brillant et imprégné d'authenticité. Plus d'une fois, on se sentira le cœur pris en étau, éprouvant de l'admiration, de la pitié, de la tristesse et de l'effroi. L'intrigue est complexe, parfois lourde, parfois lente, mais elle est riche de parcours étonnants, courageux et bouleversants. 

10/18 ♦ janvier 2015 ♦ Traduit par Julie Marcot & Caroline Mathieu

pour les éditions Héloïse d'Ormesson (All That I Am)

TOUT CE QUE JE SUIS Broche


14/03/14

Une vie entre deux océans, de M.L. Stedman

IMG_0763

Quelle histoire bouleversante ! Tom et Isabel vivent heureux sur l'île de Janus Rock, au large de Point Partageuse, au sud de Perth, en Australie. Tom est gardien de phare. Leur couple vit un bonheur parfait, teinté toutefois par le besoin pressant d'Isabel d'avoir des enfants. Mais hélas, elle multiplie les fausses couches et plonge dans un profond désarroi. Aussi, le jour où une barque échoue sur leurs côtes, avec à son bord un homme - mort - et un bébé, Isabel supplie son mari de le garder et de n'en parler à personne.

Tom va agir par amour pour sa femme, il va masquer la vérité et truquer les faits. Il le fait, parce qu'il sent Isabel au bord du gouffre. Pour elle, l'arrivée de ce bébé est un cadeau du ciel, elle refuse d'envisager une autre solution. C'est son bébé, ou rien. La suite ne cessera de se révéler poignante et débordante d'émotions. Cela expliquera, aussi, pourquoi on passe tant de temps à ressasser le passé, à introduire d'autres personnages, à raconter leur histoire... on comprend mieux leur importance dans la dernière ligne droite.

C'est un livre d'une sensibilité rare, qui évoque l'amour, l'isolement, le bonheur et la plénitude, mais surtout la maternité et tout ce qu'elle implique en folie et sacrifice. C'est énorme. Terrible. Un véritable déchirement. Au départ je trouvais le roman surestimé, c'était très bien mais les lecteurs s'étaient peut-être un peu trop emballés à son sujet. Et puis soudainement, je me suis sentie aspirée par le récit, en pleine communion avec les personnages et leurs émotions. J'étais, moi aussi, partagée, sous le choc, me posant cette question : mais qu'aurais-je fait ?

Cette lecture n'aura donc pas usurpé son concert de louanges et de critiques dithyrambiques, à commencer par celle d'Olivia de Lamberterie. C'est un roman bouleversant, très beau, qui nous interroge et nous met la tête à l'envers. Martin Spinhayer livre une interprétation poignante du récit, mais une fois encore j'ai eu du mal avec les voix féminines, sinon la réalisation sonore est impeccable, c'est une version envoûtante et carrément dépaysante.

Audiolib, Février 2014 ♦ Texte intégral lu par Martin Spinhayer (durée d'écoute : 12h 27) ♦ Traduit par Anne Wicke pour les éditions Stock

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

18/02/09

Finnigan et moi - Sonya Hartnett

finnigan_et_moiUn garçon de vingt ans est en train de mourir. Dans sa chambre, seul, il repense à son enfance, marquée par la rencontre avec Finnigan, un garçon sauvage, qui n'allait jamais à l'école, qui était libre comme l'air et qui faisait tout ce qu'il voulait. C'était un garçon mal élevé, mais fascinant. Anwell va aussitôt en faire son ami, accepter le pacte mi-ange, mi-démon proposé par Finnigan. Anwell se rebaptise Gabriel, comme l'archange. Il craint un peu Finnigan, il n'a pas tort car quelques mois plus tard, la ville de Mulyan est en feu. Des incendies se déclarent dans tous les coins, et Anwell sait pertinemment qu'il s'agit de l'oeuvre machiavélique de Finnigan. Mais impossible de révéler l'info à ses parents, ou à la police. Il se tait, il ne veut pas parler de Finnigan, à personne, c'est son secret même si Finnigan se révèle de plus en plus dangereux et incontrôlable.

C'est un roman sur l'enfance, sur les secrets et sur les drames qui s'enchaînent en un point de non-retour. L'histoire est admirablement bien écrite, racontée alternativement par Anwell et Finnigan. De son côté Sonya Hartnett joue avec dextérité sur la complexité des liens entre les garçons, et sur la personnalité de l'adolescent qui se meurt dans son lit. Quelque part, ce roman m'a rappelé ma récente lecture du Proscrit de Sadie Jones, surtout parce qu'il s'agit encore d'un enfant-martyr, pas tabassé ou violenté, mais incompris, humilié et mal-aimé. Les parents d'Anwell sont terriblement absents, vides, ternes et décevants. Ils sont maudits ou zinzins, comme dit la rumeur.

L'ambiance à Mulyan, petite ville australienne, y est dépeinte sans état d'âme, d'abord toute mielleuse et hypocrite, puis au fur et à mesure des faits du pyromane, les relations deviennent plus tendues, les voisins entre eux se lancent des regards suspicieux, ou alors les habitants cherchent à faire eux-mêmes la loi, créent des milices pour provoquer le coupable, ce qui l'excite davantage. C'est un roman sous pression, un brin mystérieux et fantastique, mais surtout hallucinant de page en page, lorsque les vérités se précisent et prennent une réalité déconcertante. La fin, d'ailleurs, est bouleversante. 

Peut être lu par des adolescents. Une lecture davantage poétique que pesante. 

Le Serpent à Plumes, 2009 - 312 pages - 21€
traduit de l'anglais (Australie) par Bertrand Ferrier

# On the other side - The Strokes

http://www.deezer.com/track/940448 

Finnigan et moi, roman de Sonya Hartnett

Posté par clarabel76 à 18:15:00 - - Commentaires [22] - Permalien [#]
Tags : ,

30/05/08

La mariée mise à nue - Nikki Gemmel

mariee_mise_a_nuLa mariée mise à nue se présente comme un journal retrouvé après la disparition mystérieuse de sa narratrice, une épouse comblée et mère d'un petit garçon, selon les apparences. La police a vite bouclé son enquête en concluant à un suicide, or la mère de cette jeune femme est persuadée du contraire. Sa fille a orchestré une mise en scène de sa disparition et ce manuscrit en détient certainement la clef. Que cache-t-il ? Des confidences, une vérité crue et sans fard, une absence d'épanouissement, une réalité amère et sinistre, bref un portrait qui brise le mythe du mariage et de la maternité. Pas brillant ? Non, je l'avoue.

Le roman est composé de chapitres courts, ou qui porteraient mieux le nom de leçons. Ces dernières sont inspirées d'ouvrages victoriens évoquant la sacro sainte science ménagère. Tout un programme ! Et le contraste est énorme, vaguement amusant, pour ne pas dire délibérément moqueur. Le journal s'ouvre sur le voyage de noces à Marrakech où déjà percent les premières failles. Le couple est mollasson, le mariage sans éclat, l'entente sexuelle déjà frelatée. L'homme et la femme partagent le même oxygène d'une bulle qui les asphyxie tout autant. Et l'image d'Epinal n'en finit pas de voler en mille morceaux. La routine du quotidien s'en donne à coeur joie, les concessions écoeurent, le manque de passion est flagrant. Chacun semble mijoter dans son jus, impossible de livrer sans ambages la somme de frustrations.

La jeune femme est fortement affligée, déçue, soupçonneuse et blessée dans son moi profond. L'idée d'écrire ce journal, dans le dos de son mari, lui viendra progressivement, au fil du changement de cap qui s'opérera dans sa vie. Car elle a décidé de bouger, de changer, d'aller au-devant de ses désirs et de ses envies. Il faut alors savoir que le sexe prendra une part prépondérante dans l'éclosion de sa sensualité et participera implicitement à guider cette femme d'une trentaine d'années à trouver sa voie.   

A la base, Nikki Gemmel avait souhaité publier ce roman anonymement, car elle pensait très honnêtement livrer dans ce livre des propos pouvant choquer et/ou heurter la sensibilité de ses proches. Pourtant, elle assume sans rougir chaque mot de ce livre, chaque pensée affichée de sa narratrice et n'en démord pas de briser les clichés rutilants qui s'imposent à toutes les femmes. Mais curieusement, la photographie de ce couple m'est apparue sordide, pathétique et flippante. Heureusement, elle n'est guère universelle ! Les tergiversations de cette jeune femme ont pour moi sonné comme autant de claques douloureuses pour qui croiraient encore aux contes de fées ! Ci et là, on peut trouver des propos vraisemblables, comme Le contraire de l'amour n'est pas la haine, mais l'indifférence. L'indifférence émotionnelle, l'indifférence physique. Mais je crois avoir trouvé ce livre trop long, trop enlisé dans des scènes assez glauques, avec des fantasmes humiliants et qui dérangent. La lecture, en général, ne gratouille pas, elle chatouille, elle pique, elle peut mettre mal à l'aise. Je n'ai pas non plus ressenti d'empathie pour les personnages, et ça vous place indiciblement en marge du roman. A voir, donc.

La mariée mise à nue, Nikki Gemmel.la_mariee_mise_a_nu_poche

Traduit de l'anglais (australien) par Alfred Boudry.

Au diable vauvert, 2006 - 357 pages - 22€

Disponible au Livre de Poche, Mai 2008.

Sur le site du Livre de Poche, on retrouve tous les blogueurs participants à cette opération autour de La Mariée mise à nu.

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

15/04/07

La voleuse de livres - Markus Zusak

"Je n'ai pas de faux, ni de faucille. Je ne porte une robe noire à capuche que lorsqu'il fait froid. Et je n'ai pas cette tête de squelette que vous semblez prendre plaisir à m'attribuer. Vous voulez savoir à quoi je ressemble vraiment ? Je vais voleuse_de_livresvous aider." C'est cette voix glaciale, sépulcrale qui nous raconte l'histoire de la voleuse de livres, autrement dit Liesel Meminger, une gamine de 9-10 ans qui arrive chez les Hubermann, conduite par une mère désespérée. Nous sommes en Allemagne nazie, près de Munich, la guerre est déclarée et c'est en zoomant sur la rue Himmel que le lecteur va suivre le cours des événements, à la façon du voyeur qui regarde par-dessus l'épaule de la Mort, narratrice bien flippante de cette histoire. Oui, le lecteur est vite au courant qu'il doit entendre le discours lugubre de cette faucheuse qui cultive un certain humour noir et ironique ! Il faut savoir apprécier le style, mais nous y reviendrons plus tard...   Liesel Meminger est une enfant vive mais qui ne sait pas encore lire ni écrire. Qui pourrait alors penser que cette fillette s'exerce pourtant à la carrière illustre de "voleuse de livres" ? Car les mots la fascinent, lui font peur, la dégoûtent. Tout a commencé en janvier 1939 lors de l'enterrement de son petit frère quand elle découvre un livre noir dans la neige qu'elle conserve dans sa poche au lieu de le restituer à son propriétaire. D'autres menus larcins vont suivre, mais il faudra le temps, des circonstances étranges et surtout un aplomb en béton. Car dans la rue Himmel, où Liesel  court chercher le linge des riches familles pour sa mère nourricière, la fillette et son grand ami Rudy Steiner crèvent de faim et tentent d'oublier leurs souffrances en jouant au football. Et puis, il y aura Max, l'ancien boxeur, le juif qu'on planque dans la cave sans dire un mot à quiconque. Cet homme va attirer l'enfant, va lui montrer les mots comme jamais auparavant, et de voleuse notre Liesel va devenir une secoueuse de mots. Mais bon, le raccourci est facile et vite réducteur.
En fait, il est très difficile de raconter ce livre de Markus Zusak où les éléments vont s'embriquer progressivement. Dans ce roman, on y découvre la perplexité des couleurs (blanc, rouge, noir) et on croise les silhouettes des Nazis, du Führer et des juifs qui défilent vers Dachau... Dans le quartier où grandissent Liesel et Rudy, la vie est rythmée par la faim, les parties de football, les vols puis par les bombardements. Ce n'est évidemment pas une lecture facile, malgré les passages malicieux pour atténuer l'ambiance plombante qu'impose la Mort qui rôde en observant la jeune Liesel et les siens, mais c'est loin d'être morose au bout du compte.
En fait, les éléments pour s'attacher ce livre comptent beaucoup (la couverture, le titre, le bouche-à-oreille) mais le style de ce livre est épouvantable, hélas. Sous prétexte qu'il s'agit de la Mort, le ton est mécanique, se défend d'être insensible, bien amèrement, mais cela ne suffit pas pour convaincre. Quant à l'histoire, c'est vrai qu'elle nous embarque, qu'elle est compatissante et admirable grâce à ses personnages charismatiques, mais bon...
Pour moi, le style est pénible et pénalise l'entrain et l'aisance de la lecture. J'ai pourtant lu jusqu'au bout ce roman car je tenais à connaître son issue coûte que coûte.

Oh éditions, 525 pages

  • Les avis de Emjy (follement enthousiaste) et Gachucha (qui abandonne !) ... :)

Posté par clarabel76 à 21:30:00 - - Commentaires [31] - Permalien [#]
Tags : , ,

06/11/06

Le tango des Agapanthes ~ David Francis

Un roman assez troublant et curieusement envoûtant : "Le tango des Agapanthes" vous entraîne vers les déserts et paysages arides de l'Australie des années 50. On y suit Day, jeune garçon témoin de la mort de sa mère, ligotée à son lit par son mari, et enterrée sans cercueil dans la poussière. Horrifié, le garçon s'enfuit vers l'Amérique où il rencontre son alter ego féminin, Callie, jeune fille atypique et écorchée vive, qui souhaite devenir la première femme jockey. Entre eux deux, une étrange et tumultueuse relation s'établit. Guidés par leur commune passion des chevaux, ils vont parcourir le pays, voir du monde mais ne jamais s'avouer leurs véritables sentiments. Day, jamais guéri des blessures de son enfance, retournera vers ces lieux maudits et haïs, rencontrera à nouveau son père, Darwin, pour dénouer les liens du passé.
Un roman écrit à la sueur du front du jeune narrateur, il m'a semblé. "Le tango des Agapanthes" est déconcertant : attachant, difficile ou ambivalent. On y plonge les deux mains jointes, pataugeant directement dans l'horreur et le drame de l'enfance. Puis au fil des parties qui composent le récit, les voiles vont se lever, s'alléger et soulager le poids du début. Résultat, le récit est agréable à lire. On y ressent toute l'âpreté des personnages et des décors. Violent, terrassant, captivant et suffocant.
Un peu lourd avec ses passages sur le monde des chevaux (surtout en première partie), ce roman est finalement judicieux et efficace dans sa peinture du tragique. Sobre et singulier, "Le tango des Agapanthes" mérite le détour...

août 2004

Posté par clarabel76 à 16:02:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,