17/07/14

L'ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafon

L'ombre du vent

Daniel a seulement dix ans lorsqu'il est pour la première fois introduit dans le cimetière des livres oubliés, sous la houlette de son père. La tradition veut qu'il sauve un livre au hasard pour le ramener chez lui et l'adopter. Son choix se porte sur un petit ouvrage, intitulé L'ombre du vent, d'un obscur écrivain (Julian Carax). Une rencontre décisive, puisqu'elle va sceller sa destinée ! Le garçon va en effet se lancer sur les traces de l'auteur, dont la vie mystérieuse va exciter sa curiosité, mais aussi son imaginaire, puisqu'il semblerait que leurs deux vies se renvoient souvent la même image. Mais que de patience pour parvenir au bout de toutes les zones d'ombre du récit, démêler le vrai du faux, fouiller le passé et revenir au présent, jouer de rencontres fortuites ou malheureuses, alimenter son existence en drames et autres atermoiements sentimentaux... C'est un véritable labyrinthe ou un immense puzzle à reconstituer avec une extrême minutie. Le roman-fleuve par excellence ! Certes, c'est romanesque et énigmatique à souhait, mais un poil trop long. En dépit des efforts réunis pour enflammer l'intérêt du lecteur et rassasier un roman épique aux ambitions gargantuesques, on flanche et on s'ennuie à mi-parcours. Les personnages se révèlent aussi peu attachants. (Daniel, Julian ou Fumero... un trio grotesque et caricatural !) :/
Durée d'écoute du livre audio : 17 h 30 ! Une entreprise colossale, à se réserver le temps des vacances...  mais brillante interprétation de Frédéric Meaux.
Merci Bladelor pour le prêt. 

Audiolib, juillet 2012 ♦ texte intégral lu par Frédéric Meaux (durée d'écoute : 17h 30) ♦ traduit par François Maspero pour les éditions Grasset

“ Avez-vous une idée de la raison pour laquelle quelqu'un voulait brûler tous les livres de Julian Carax ?
- Pourquoi brûle-t-on les livres ? Par stupidité, par ignorance, par haine... allez savoir.
- Mais vous, que croyez-vous ?
- Julian vivait dans ses romans. Ce corps qui a fini à la morgue n'était qu'une partie de lui. Son âme est dans ses histoires. Une fois, je lui ai demandé de qui il s'inspirait pour créer ses personnages, et il m'a répondu : de personne. Tous ses personnages étaient lui.
- Donc, si quelqu'un voulait le détruire, il devait détruire ces histoires et ces personnages, c'est cela ?
- Vous me rappelez Julian. Avant qu'il ne perde la foi.
- La foi en quoi ?
- En tout. 

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06/01/10

Le reste est silence ~ Carla Guelfenbein

Grandir, c'est comme monter sur une montagne avec une pancarte autour du cou sur laquelle est écrit : OUBLIE. Parfois, je retiens ma respiration pour arrêter le temps, ou bien je fais des pas en avant ou en arrière, ou bien je compte de un à cent et ensuite de cent à un. Alors, je ne comprends pas pourquoi le temps ne peut pas remonter avant, à l'époque où maman était encore vivante.

Le reste est silence.
Ou comment des vies peuvent soudainement être bouleversées devant nos yeux de lecteur. Cela commence un jour de mariage, un garçon sous une table enregistre la conversation des convives et surprend la vérité sur la mort de sa mère. Tommy est un enfant qui souffre d'une maladie cardiaque rare, il a besoin d'être toujours entouré, il ne doit fournir aucun gros effort, même si l'enfant rêve de voler ou brandir son épée imaginaire et croiser le fer. Son père, Juan, est médecin, veuf. Il s'est remarié avec Alma, une femme très belle, maman d'une petite fille. Alors que Juan quitte la cérémonie pour une opération de transplantation sur un malade du même âge que son fils, et atteint du même mal, Alma retrouve son amour de jeunesse. Leo. Trop beau, trop beau parleur aussi. Trop séducteur. Danger. Sa présence, son écoute, son charme, sa drague font perdre la tête. Alma ne sait plus, son couple prend l'eau, elle a besoin d'air et puis besoin aussi de régler un différend vieux comme le monde avec sa propre mère.

Tommy a choisi de partir sur les traces de sa maman. Soledad et ses silences. Sa maladie. Son suicide. Et les secrets de famille. Ce regard d'enfant sur le monde des adultes est empreint d'une grande intelligence et d'une grande noblesse. Tommy est un personnage qu'on adore tout de suite. On a cet instinct de vouloir le prendre dans ses bras, de le suivre ou le guider pour ne pas qu'il se sente perdu, besoin de le rassurer et le réconforter sur lui, sur sa maman disparue et sur les gens qui l'entourent et qui l'aiment, même s'ils oublient souvent de lui prouver.

C'est un roman très élégant, digne, implacable, où se nichent des drames et des silences qui viendront bouleverser les protagonistes, c'est déjà dit, mais aussi émouvoir les témoins de cette histoire. Car nous ne sommes que spectateurs et impuissants par la même occasion. Nous voyons beaucoup de maladresse, de faiblesse, de non-dits et d'actes manqués. Cela donne des frissons partout, et pourtant ce n'est pas éprouvant ou révoltant. Juste le cours de la vie. Et puis c'est tellement désarmant, l'histoire de Tommy, de Juan et d'Alma forme un noeud dans notre estomac, avant l'impact et l'émotion. On devine que la vie des ces trois-là va basculer - pour le meilleur ou pour le pire.
Le reste est silence.

le_reste_est_silenceUn très beau titre pour un roman touchant, juste et admirable, qui entonne une petite mélodie aux oreilles de ceux qui le veulent. 

Actes Sud, 2010 - 312 pages - 21€
traduit de l'espagnol (Chili) par Claude Bleton

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30/04/09

Le dernier patriarche ~ Najat El Hachmi

« tu dois m'appartenir pour que je t'apprivoise »

le_dernier_patriarche

 

Le dernier patriarche, c'est Mimoun le bienheureux. Premier fils d'une famille qui comptait déjà trois filles, Mimoun s'illustre dès son enfance par son caractère colérique et violent. A six mois, il reçoit sa première gifle par son père, est-ce le geste de trop ? Celui qui, selon la grand-mère, justifierait le comportement bizarre de Mimoun.
A seize ans, il sait déjà que le monde où il vit n'est pas celui où il aurait dû vivre, il sait également qu'il veut une nombreuse progéniture d'une femme qui ne doit être qu'à lui. Tout cela lui devient une évidence.
Il part en Espagne, connaît des galères, rentre au pays et épouse sa promise, qui tombe enceinte d'un fils. Mimoun repart, fait fortune, devient père une deuxième fois, d'une fille qu'il soupçonne ne pas être sienne. C'est son vilain tempérament qui macère, lui le coureur de jupons accuse sa propre femme de le tromper !
A la faveur du regroupement familial, l'immigré marocain fait venir sa famille en Catalogne et continue de lui faire subir son lot de misère et d'humiliation.

Ce n'est pas un secret, au début on apprend que Mimoun va tout perdre, c'est lui le dernier patriarche. Une rupture va survenir dans cette tradition familiale, par la volonté d'une personne, sa fille, la narratrice de l'histoire.

Comment s'y prend-elle ? On le découvre à la toute fin. Et quelle surprise ! La demoiselle n'est pas née de la dernière pluie, « Moi je suis née avec ce devoir affectif envers une mère sauvage domptée dès le début de son mariage et un père que je voyais rarement. C'est avec cet héritage que je devais me soumettre à mes devoirs affectifs. ». Parce qu'elle décide de raconter leur vie de famille, elle rompt ainsi avec le silence. Elle avoue tout de la violence du père, de sa jalousie, de ses colères, de son despotisme et de ses attitudes de macho.

La jeune fille a grandi en Espagne, s'est nourrie d'une culture en décalage des préceptes de ses parents, elle comprend l'affirmation, le goût d'indépendance. Elle rejette la dictature patriarcale. A travers son histoire, c'est aussi le soleil du bassin méditerranéen qu'on reçoit, une façon de vivre, un cocon qui protège ses acquis, un cercle qui se ferme et ne transmet son savoir qu'à travers sa propre génération. Avec la fille de Mimoun, la tradition change, les mots cognent comme des poings, et elle n'y va pas de main morte ! Le texte est cependant baigné par un souffle romanesque, une écriture chatoyante et magique ; il est raconté dans la grande tradition orale, semblable à ses contes et légendes du Sud où on retrouve les larmes, les rires, la beauté, l'insouciance, l'exil, la solitude. Une vraie épopée familiale, avec son lot de mariages, de naissances, de tromperies, de départs et de renouveau.

C'est une lecture agréable, mais qui comporte des longueurs, en plus d'une fin déconcertante (mais la vengeance, même culottée, est belle !). On déteste Mimoun, toutefois on suit son parcours avec passion. Quel charisme ! 

Actes Sud, 2009 - 366 pages - 22,80€
roman traduit du catalan par Anne Charlon

Lu (entre deux épisodes d'Hercule Poirot) pour le prix de la révélation littéraire auFeminin.com   logo

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09/02/09

Un peu de respect, j'suis ta mère ! - Hernàn Casciari

« Ce livre recueille une à une les confessions de Mirta Bertotti, mère de famille de cinquante-deux ans qui habite avec son mari, ses trois enfants et son beau-père dans la ville argentine de Mercedes. Mirta écrit sur sa famille et sur sa vie, elle évoque également sa peur de vieillir et son ennui conjugal. Ne s'agissant pas d'une oeuvre majeure, il n'y a pas grand-chose à en dire, en réalité. L'ouvrage est composé d'environ deux cents chapitres qu'elle a publiés sur un blog entre septembre 2003 et juillet 2004. Elle les a rédigés elle-même avec l'assistance technique de Nacho, son fils aîné, et les a postés jour après jour, sans autre objectif que de lutter contre la dépression, persuadée que nul n'aurait envie de lire les scribouillages d'une « grosse dame » de province. »

51441OQPs5L__SS500_Attention, trop sérieux s'abstenir ! Ce roman est complètement idiot (dans le sens burlesque), mais pas mauvais. Il met en scène une famille barrée dans une comédie déjantée, comme si les Simpsons et South Park s'étaient mélangés entre eux. Imaginez le désastre !

Mirta Bertotti, mère de famille de cinquante-deux ans, nous raconte sans pudeur ni miel trop sucré les aventures rocambolesques des siens : son fils aîné, la prunelle de ses yeux, aime les garçons, le deuxième fils est un crétin fini, la fille en sait plus que sa mère sur les choses du sexe... Son mari traîne devant la télé, il a la main légère et des humeurs d'ours, en plus le beau-père, vieux cochon, fume des pétards et trafique du hasch. Bienvenue chez les Bertotti ! La famille ne roule pas sur l'or, elle joint les deux bouts avec les moyens du bord, lorsque Nacho, le fils prodigue, propose d'ouvrir une pizzeria.

« Parfois j'aimerais avoir une famille comme celle de La Petite Maison dans la prairie. La question la plus impertinente que Laura ait jamais posée à sa mère portait sur la manière d'enfourner les petits pains. Mais il est clair que je n'ai jamais eu de chance, dans la vie ! »

Je me suis régalée en lisant ce livre, ne me retenant pas de rire aux éclats en découvrant le portrait de cette famille, en plus de leurs facéties. Le ton est parfois osé, les noms d'oiseaux volent. La mère est cash, elle écrit comme elle pense, c'est spontané, frais et délirant. J'avoue avoir zappé quelques passages, parce qu'il ne faut pas abuser des bonnes choses. Mais globalement j'ai picoré avec délice cette comédie farfelue d'une desperate housewife qui échappe à la crise grâce à l'écriture de son blog !
N'en attendez pas trop, juste un bon antidote contre la déprime ! Succès garanti.

********** 

Cette histoire publiée quotidiennement sur internet a connu un succès public sans précédent. Mais en fait, Mirta Bertotti n'est qu'un personnage fictif tout droit sorti de l'imagination d'un journaliste argentin, Hernàn Casciari, qui admet s'être librement inspiré d'un personnage réel : sa mère. Reste que jusqu'à cet aveu, Mirta reçut beaucoup de courrier, des messages d'encouragement et même des cadeaux. Hernàn Casciari est devenu le fondateur d'un nouveau genre littéraire : la blogonovella (le blog-roman).

à lire : extrait

Calmann-lévy, 2009 - 345 pages - 18€
traduit de l'espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco

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25/09/08

Les armées - Evelio Rosero

Ismael, un vieil homme, professeur à la retraite, passe son temps dans le verger à reluquer sa voisine, Geraldina. Elle est belle, sensuelle, prend des bains de soleil complètement nue, tandis que son mari, le Brésilien, joue de la musique. Leur fils et Gracielita, la petite cuisinière, courent dans le jardin en poussant de grands éclats de rire. C'est une image idyllique et surréaliste, un peu figée dans le temps. Car tout va être soufflé.

Nous sommes à San José, un village paisible situé à l'orée d'une forêt colombienne. La guerre n'est pas loin, narcotrafic et armée, guérilla et paramilitaires. On déplore des disparitions, des enlèvements. Toute la jeunesse a fui, il ne reste plus que les anciens, les irréductibles. On se retrouve chez l'un ou l'autre, pour des cérémonies teintées de jérémiades, de sermons et grisées par les victuailles et l'alcool. On attend, on prie. Ismael, lui, a mal au genou et se rend chez son vieil ami, le guérisseur Claudino.

Et puis, un matin de bonne heure, un nouvel éclat frappe la communauté de San José, secouée, retournée et hébétée. Tandis que Ismael cherche son épouse Otilia, partie à sa propre recherche, le village se transforme en corridor de violences. De nouveaux kidnappings vont avoir lieu, des rançons faramineuses demandées, Ismael perd la tête, faute à  la vieillesse, la tristesse, le désespoir.

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Il faut absolument lire ce roman ! Il est étonnant. L'auteur a évité les solutions faciles pour raconter son histoire, usant d'une plume langoureuse pour décrire ce qui semble être un petit paradis terrestre. On suit un homme usé, qui va perdre la mémoire et la raison à force d'être confronté au chaos. Ce n'est qu'entre les lignes qu'on perçoit les tragédies, avec les disparitions et les rapts qui touchent toutes les familles de ce village tranquille. On aimerait être bercé par l'illusion de sensualité, mais tout ceci n'est que le calme avant la tempête. On plonge dans un désordre monstre sans flairer le coup. Il plane toutefois dans l'air un sentiment de statu-quo, de désorganisation, d'impuissance, mais on s'accroche comme ces villageois à ce lopin de terre, à l'espérance d'un retour imminent de ceux qui manquent.

Le contraste est énorme, le récit décrit une situation catastrophique mais évite les écueils. Le style sensuel laissera place à un rythme syncopé. Le sursis est immense, et on suit l'évolution par le regard d'un vieillard, ce qui casse toute impression d'héroïsme et de vaillance. Ismael n'en peut plus, il est au bout du rouleau. Lui qui aimait regarder les femmes devient spectateur d'un carnage sans solution, et ça le brise. Ce récit bref de 155 pages est cru, virulent mais le cache admirablement derrière l'apparente sérénité. C'est bluffant.

Les Armées

Métailié, août 2008 - 155 pages - 17€
traduit de l'espagnol (Colombie) par François Gaudry
titre vo : Los Ejercitos

D'autres avis : PapillonEssel

Ce livre a reçu le premier Prix Tusquets à Guadalajara en 2006, dont le jury était présidé par Alberto Manguel.

  • Les premières lignes

 

C'était comme ça : chez le Brésilien les perroquets riaient tout le temps, je les entendais du mur de mon verger, grimpé sur l'échelle où je cueillais des oranges que je jetais dans un grand panier de palme. De temps à autre je sentais dans mon dos les trois chats qui m'observaient, perchés dans les amandiers. Que me disaient-ils ? Rien, je ne les compre­nais pas. Un peu plus loin, ma femme donnait à manger aux poissons du bassin, nous vieillissions ainsi, elle et moi, les poissons et les chats, mais ma femme et les poissons, que me disaient-ils ? Rien, je ne les comprenais pas.
Le soleil commençait à briller.
La femme du Brésilien, la svelte Geraldina, cherchait la chaleur sur sa terrasse, complètement nue, allongée à plat ventre sur un couvre-lit rouge à fleurs. Près d'elle, à l'ombre rafraîchissante d'un kapokier, les mains énormes du Brési­lien effleuraient sagement sa guitare et sa voix se mêlait, placide et insistante, au doux gloussement des perroquets. Ainsi s'écoulaient les heures sur cette terrasse, au soleil et en musique.
Dans la cuisine, la belle petite cuisinière - on l'appelait la Gracielita - faisait la vaisselle, juchée sur un escabeau jaune. Je la voyais par la fenêtre sans vitre de la cuisine donnant sur le jardin. A son insu elle roulait des hanches en lavant les plats; sous sa courte robe d'un blanc éclatant, chaque partie de son corps se dandinait au rythme frénétique et consciencieux de la besogne : assiettes et tasses étincelaient entre ses mains brunes, de temps en temps surgissait un couteau à dents, brillant et joyeux, mais comme ensanglanté.

 

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01/02/08

Pourquoi nous amassons des livres que nous n'avons pas (toujours) le temps de lire...

la_maison_en_papierPrésentation de l'éditeur
Ce très joli récit est une fable sur le pouvoir et la fascination des livres, un conte initiatique où le passage de la ligne d’ombre se fait non sur un bateau mais à travers le voyage réel et dramatique entre deux continents d’un roman de Conrad recouvert d’une croûte de ciment.
Un Argentin, professeur à l’Université de Cambridge, est nommé au poste de Bluma Lennon, morte renversée par une voiture alors qu’elle venait d’acheter un exemplaire des poèmes d’Emily Dickinson. C’est lui qui ouvre le paquet adressé à Bluma, posté en Uruguay, sans mention d’expéditeur et dont le contenu l’intrigue : un exemplaire de La ligne d’ombre, rongé par l’humidité et portant des traces de ciment et de mortier sur la couverture, la tranche et les pages. Comme il doit se rendre en Argentine, le narrateur emporte le livre, et de Buenos Aires prend le bateau pour l’Uruguay afin de retrouver le propriétaire du livre et de l’informer du décès de son destinataire. Là, un libraire d’ancien et un ami lui racontent l’étrange histoire de Carlos Brauer, bibliophile, collectionneur, disparu sans laisser d’adresse, mais dont les traces demeurent sur une plage désolée, inhabitée, battue par les vents et l’océan. De plus en plus intrigué par cette étrange histoire, effrayé aussi par le pouvoir que semblaient exercer les livres sur leur propriétaire, le narrateur se rend sur la côte de Rocha où il découvrira le mystère de La ligne d’ombre et, bien sûr, le lien qui unissait Bluma Lennon et Carlos Brauer.

« Au printemps de l'année 1998, Bluma Lennon venait d'acheter dans une librairie de Soho un exemplaire ancien des Poèmes d'Emily Dickinson quand, arrivée au deuxième sonnet, au premier coin de rue, elle a été renversée par une voiture. »

« La maison en papier » est un joli titre pour symboliser l'invasion des livres dans la vie d'un bibliophile, mais le roman raconte aussi une histoire abracadabrante, à propos d'un homme, d'une femme et d'un livre (« La ligne d'ombre » de Joseph Conrad). ** Cf. la présentation de l'éditeur pour en savoir plus sur l'histoire, très bien résumée. **
Ce roman de Carlos Maria Dominguez est une magnifique plongée dans l'univers des lecteurs compulsifs, sur le pouvoir et la fascination des livres, leur influence grandissante et même dangereuse, une immersion dans le monde des amoureux des livres, des passionnés frappés d'une maladie, d'une soif d'exploration et/ou d'un besoin de conquête. « La maison en papier » est d'une magnificence rare, cultivée et précieuse. L'auteur, lui-même critique littéraire, déballe sa passion livresque et ne cache pas les travers d'une telle passion. Attention, les livres sont dangereux, disait la grand-mère du narrateur, dès qu'il avait le nez plongé dans un ouvrage. Oui, le livre est un objet à manipuler avec précaution. C'est une bombe à retardement, prudence !
« La maison en papier » raconte tout ça avec des mots bien choisis et prudemment mesurés. Il y a beaucoup de très beaux passages sur les livres, les bibliothèques et ce que décèlent leurs contenus, la magie des mots et des ouvrages reliés ... A lire, et relire indéfiniment. Un très beau roman.

Seuil, 112 pages.  13.00 €

Je dédie ce petit billet à tous les amoureux des livres, que nous sommes, acheteurs compulsifs (aussi) et aux aventuriers des challenges qui fleurissent à gogo !!!! ...

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20/09/07

La fille du cannibale ~ Rosa Montero

L'histoire folle de Lucia commence dans un aéroport, à la veille d'un embarquement pour Vienne, afin d'y fêter la nouvelle année. Lucia et Ramon sont mariés depuis dix ans, la flamme est éteinte depuis un bail, et c'est d'un regard goguenard et agacé qu'elle suit son mari aller aux toilettes quelques minutes avant l'appel. Or, les minutes passent et Ramon ne revient pas. En clair : il a disparu ! Paniquée, proche de la démence, n'y comprenant plus rien, Lucia va apprendre que son époux a été kidnappé par un mouvement indépendant, qui réclame une forte somme d'argent en échange de sa libération. La police est impuissante, Lucia prend en charge d'aller sur le terrain pour débusquer la vérité, mettre la main sur Ramon et se sortir de ce cauchemar. Elle sera secondée par son voisin Felix Roble, un vieillard de 80 ans, ancien pistolero, anarchiste révolutionnaire et torero, et aussi par Adrian, jeune homme de 21 ans, paumé, mystérieux mais incroyablement séduisant. Lucia a le coeur qui s'emballe, la tête fiévreuse et les sens en alerte. En s'embarquant dans cette quête, cette femme de quarante ans n'imaginait pas qu'elle allait parcourir un long, douloureux et irréversible chemin.

Lucia va croiser de vilains truands, négocier une rançon bien mal acquise, jouer un rôle auprès de la police, prétendre être ce qu'elle n'est pas. Mais ses compagnons sont de fidèles acolytes qui vont la guider et l'aider à garder la tête hors de l'eau, que ce soit par la confession des souvenirs de Felix, autrement dit Fortuna, ou par la séduction dangereuse d'Adrian. Dans le fond, ce kidnapping va permettre à Lucia de se dévoiler la face, de fouiller sa mémoire pour sortir de l'enfance et des images de ses parents. « La fille du Cannibale » est un titre qui fait peur, mais le cannibale en question n'est qu'un acteur de second plan. Son anthropophagie est plus exactement une voracité autrement inquiétante : il dévore ses femmes d'un amour totalitaire, il les mange à petits feux, de sorte qu'elles lui sont acquises, dévouées, bafouées. Mais le Père-Cannibale est, au contraire, un homme différent du souvenir que Lucia a conservé. En voulant retrouver Ramon, Lucia va en fin de compte se trouver elle-même, dans le dédale de ses perditions, de sa crise de la quarantaine, dans le souci de ne plus plaire, de vieillir, de perdre la beauté, d'échapper au temps qui passe.

« La fille du Cannibale » est en somme un roman formidable, à la fois initiatique, policier, drôle et pertinent. Son personnage de Lucia Romero, écrivain de contes pour enfants, est un drôle de bout de femme, attachante et lucide, accrochée à des illusions, des faux-semblants. Son histoire est captivante, palpitante, parfois angoissante. L'auteur Rosa Montero est habile dans son intrigue, dans le portrait de ses personnages et dans la véracité de décrire l'époque cahotique de l'Espagne du 20ème siècle, et le monde taurin. En un mot : adrénaline assurée !

septembre 2006

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02/09/07

Le dernier train ~ Maria Merce Roca

Un couple fait le bilan de sa vie commune, d'abord la femme Teresa est assez agacée et lasse de l'inertie de son époux. Lui, Andreu, est davantage désespéré et paralysé de lui annoncer sa Grande Nouvelle. Car, en effet, le couple au cours de ses vingt-six ans de mariage n'a pas su accorder ses violons, n'a pas su se comprendre et a même loupé l'éducation de leur fille Clara, qui a préféré claqué la porte du foyer pour vivre sa propre vie. Le roman est décomposé en trois parties, dans lesquelles chacun se justifie, plaide sa cause, expose des faits. L'ambiance est teintée d'acrimonie, d'irritation et de fébrilité. A plusieurs occasions, sur des passages presque communs, le lecteur s'aperçoit que le couple n'était jamais en phase, tant sur le plan professionnel et émotionnel, même leur rupture (annoncée) prend un mauvais goût de bâclé et de dialogue de sourds. "On avait l'air d'un couple heureux" dit la femme, "tu me regardais, tendre et ému, plein de gratitude, de confiance envers moi, et tu me faisais de la peine". Lui répond : "entre toi et moi, il n'y a jamais eu de cri ni de disputes, on ne s'est jamais manqué de respect, on ne s'est pas rendu la vie impossible. C'est pour ça que les gens qui nous connaissent ne vont pas comprendre et diront que c'est inconcevable. On a plutôt formé un joli couple toutes ces années : toi plus sérieuse, moi plus distrait, mais toujours ensemble. Tu as toujours tiré ton épingle du jeu. Moi, je me suis souvent planté." - Et le couple n'en finit pas d'analyser leur parcours conjugal, franchement bancal et décalé. C'est un portrait plutôt réaliste et déchanté, la radiographie des couples de cinquantenaires, habitués l'un à l'autre, ennuyés et blasés, mais bon... Ce roman est tantôt cruel mais il est désespéremment actuel.

septembre 2006

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03/08/07

L'autobus - Eugenia Almeida

L_autobusDans une petite ville en Argentine, l'avocat Ponce accompagne sa jeune soeur Victoria à la station d'autobus. Or, le véhicule passe à toute vitesse devant leur nez et ne s'arrête pas. Au café, tout le monde s'étonne et pense que Castro, le chauffeur, est devenu fou.
Qu'importe. On attendra un jour de plus. Victoria rentre chez son frère et Marta, son épouse. Un autre couple préfère passer la nuit à l'hôtel avant de prendre la route le long de la voie ferrée. Car le lendemain, l'autobus passe sans crier gare et Ponce commence à voir rouge.
Sans le dire tout haut, il pense qu'on se moque vertement de lui, qu'autour, les gens ricanent et le montrent du doigt. Cela lui rappelle amèrement son mariage, un sentiment de piège inextricable, une punition au fer rouge.
Dans la petite ville, les langues commencent à se délier. La radio parle d'une chasse à l'homme, d'une jeune fille en fuite, d'un couple à épingler, de l'armée en faction et d'une fusillade au petit jour... L'affaire de l'autobus qui passe sans s'arrêter ne semble finalement plus si anodine.

Pas loin de penser qu'on frise la farce, ce roman de l'argentine Eugenia Almeida n'a en fin que compte que les atours car le fond du roman penche vraisemblablement dans la comédie morbide.
Les personnages sont brossés avec vigueur et bonhommie. Ils ont l'aspect de gens qui ne pensent pas plus loin que le bout de leur nez, pourtant impossible de leur conter des sornettes. Ils sont nombreux à se questionner sur l'autobus, sur le couple en fuite, sur l'armée qui donne ses directives d'un ton sans appel. "Et si..." se disent les uns et les autres, au bout du cinquième jour, une fois la tension passée.
Car derrière les dialogues, les potins, le blabla et l'égo démesuré de l'avocat Ponce, se trouve bel et bien une pression tenace, un rien énigmatique. On peut penser beaucoup de choses, ne pas les écrire, mais les éprouver sans aucun doute !
Un premier roman subtil, entraînant et qui embarque de sitôt...

Traduit de l'espagnol (Argentine) par René Solis - 124 pages - Editions Métailié.

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12/03/07

Un après-midi avec Rock Hudson ~ Mercedes Deambrosis

Premier roman que je lis de Mercedes Deambrosis, j'étais curieuse de la découvrir ! Je ne m'étais préparée à rien, je ne m'étais forgée aucune idée inconsciente, et donc j'ai ouvert ce livre avec bonheur.
D'emblée l'écriture est vive et nous entraîne dans un tourbillon. Présentation: Dorita interpelle une ancienne amie du lycée, Carmen, qu'elle vient de croiser par hasard par un glacial après-midi, en ville. Cela fait si longtemps... les bons souvenirs vont refleurir ! Les deux femmes vont prendre un verre et pouvoir parler du bon temps. D'office on lit les traits de ces deux anciennes camarades: l'une est une riche épouse exubérante tandis que l'autre est cramoisie, gênée, légèrement frustrée et balbutiante.. On pressent un tableau caustique et méchamment moqueur. Et puis, à trop se moquer de l'une ou de l'autre, on est mal à l'aise. Finalement c'est trop méchant!.. On perçoit que la situation va mal tourner, la riche fofolle boit trop, se vante trop, et en fin de compte se révèle gourde. Son amie est passive, désolée et déprimée, elle couve un secret qu'on découvre en ricanant. Bref, l'issue de cette histoire ne va pas être toute rose!..
Pour conclure, j'ai bien aimé cette histoire vraiment méchante et trop moqueuse. Car finalement j'ai apprécié ce cynisme et cette perpétuelle dérision. On se doute que les apparences sont trompeuses et que cette mascarade va se terminer en eau-de-boudin. C'est probablement ce qui donne la tournure et le rythme à cette histoire. "Un après-midi avec Rock Hudson" (déjà le titre!... ) est un petit roman -- on le lit en peu d'heures -- qui laisse sa petite trace dans notre coeur.

mars 2004

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