02/09/07

Le dernier train ~ Maria Merce Roca

Un couple fait le bilan de sa vie commune, d'abord la femme Teresa est assez agacée et lasse de l'inertie de son époux. Lui, Andreu, est davantage désespéré et paralysé de lui annoncer sa Grande Nouvelle. Car, en effet, le couple au cours de ses vingt-six ans de mariage n'a pas su accorder ses violons, n'a pas su se comprendre et a même loupé l'éducation de leur fille Clara, qui a préféré claqué la porte du foyer pour vivre sa propre vie. Le roman est décomposé en trois parties, dans lesquelles chacun se justifie, plaide sa cause, expose des faits. L'ambiance est teintée d'acrimonie, d'irritation et de fébrilité. A plusieurs occasions, sur des passages presque communs, le lecteur s'aperçoit que le couple n'était jamais en phase, tant sur le plan professionnel et émotionnel, même leur rupture (annoncée) prend un mauvais goût de bâclé et de dialogue de sourds. "On avait l'air d'un couple heureux" dit la femme, "tu me regardais, tendre et ému, plein de gratitude, de confiance envers moi, et tu me faisais de la peine". Lui répond : "entre toi et moi, il n'y a jamais eu de cri ni de disputes, on ne s'est jamais manqué de respect, on ne s'est pas rendu la vie impossible. C'est pour ça que les gens qui nous connaissent ne vont pas comprendre et diront que c'est inconcevable. On a plutôt formé un joli couple toutes ces années : toi plus sérieuse, moi plus distrait, mais toujours ensemble. Tu as toujours tiré ton épingle du jeu. Moi, je me suis souvent planté." - Et le couple n'en finit pas d'analyser leur parcours conjugal, franchement bancal et décalé. C'est un portrait plutôt réaliste et déchanté, la radiographie des couples de cinquantenaires, habitués l'un à l'autre, ennuyés et blasés, mais bon... Ce roman est tantôt cruel mais il est désespéremment actuel.

septembre 2006

Posté par clarabel76 à 14:09:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


03/08/07

L'autobus - Eugenia Almeida

L_autobusDans une petite ville en Argentine, l'avocat Ponce accompagne sa jeune soeur Victoria à la station d'autobus. Or, le véhicule passe à toute vitesse devant leur nez et ne s'arrête pas. Au café, tout le monde s'étonne et pense que Castro, le chauffeur, est devenu fou.
Qu'importe. On attendra un jour de plus. Victoria rentre chez son frère et Marta, son épouse. Un autre couple préfère passer la nuit à l'hôtel avant de prendre la route le long de la voie ferrée. Car le lendemain, l'autobus passe sans crier gare et Ponce commence à voir rouge.
Sans le dire tout haut, il pense qu'on se moque vertement de lui, qu'autour, les gens ricanent et le montrent du doigt. Cela lui rappelle amèrement son mariage, un sentiment de piège inextricable, une punition au fer rouge.
Dans la petite ville, les langues commencent à se délier. La radio parle d'une chasse à l'homme, d'une jeune fille en fuite, d'un couple à épingler, de l'armée en faction et d'une fusillade au petit jour... L'affaire de l'autobus qui passe sans s'arrêter ne semble finalement plus si anodine.

Pas loin de penser qu'on frise la farce, ce roman de l'argentine Eugenia Almeida n'a en fin que compte que les atours car le fond du roman penche vraisemblablement dans la comédie morbide.
Les personnages sont brossés avec vigueur et bonhommie. Ils ont l'aspect de gens qui ne pensent pas plus loin que le bout de leur nez, pourtant impossible de leur conter des sornettes. Ils sont nombreux à se questionner sur l'autobus, sur le couple en fuite, sur l'armée qui donne ses directives d'un ton sans appel. "Et si..." se disent les uns et les autres, au bout du cinquième jour, une fois la tension passée.
Car derrière les dialogues, les potins, le blabla et l'égo démesuré de l'avocat Ponce, se trouve bel et bien une pression tenace, un rien énigmatique. On peut penser beaucoup de choses, ne pas les écrire, mais les éprouver sans aucun doute !
Un premier roman subtil, entraînant et qui embarque de sitôt...

Traduit de l'espagnol (Argentine) par René Solis - 124 pages - Editions Métailié.

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : , ,

12/03/07

Un après-midi avec Rock Hudson ~ Mercedes Deambrosis

Premier roman que je lis de Mercedes Deambrosis, j'étais curieuse de la découvrir ! Je ne m'étais préparée à rien, je ne m'étais forgée aucune idée inconsciente, et donc j'ai ouvert ce livre avec bonheur.
D'emblée l'écriture est vive et nous entraîne dans un tourbillon. Présentation: Dorita interpelle une ancienne amie du lycée, Carmen, qu'elle vient de croiser par hasard par un glacial après-midi, en ville. Cela fait si longtemps... les bons souvenirs vont refleurir ! Les deux femmes vont prendre un verre et pouvoir parler du bon temps. D'office on lit les traits de ces deux anciennes camarades: l'une est une riche épouse exubérante tandis que l'autre est cramoisie, gênée, légèrement frustrée et balbutiante.. On pressent un tableau caustique et méchamment moqueur. Et puis, à trop se moquer de l'une ou de l'autre, on est mal à l'aise. Finalement c'est trop méchant!.. On perçoit que la situation va mal tourner, la riche fofolle boit trop, se vante trop, et en fin de compte se révèle gourde. Son amie est passive, désolée et déprimée, elle couve un secret qu'on découvre en ricanant. Bref, l'issue de cette histoire ne va pas être toute rose!..
Pour conclure, j'ai bien aimé cette histoire vraiment méchante et trop moqueuse. Car finalement j'ai apprécié ce cynisme et cette perpétuelle dérision. On se doute que les apparences sont trompeuses et que cette mascarade va se terminer en eau-de-boudin. C'est probablement ce qui donne la tournure et le rythme à cette histoire. "Un après-midi avec Rock Hudson" (déjà le titre!... ) est un petit roman -- on le lit en peu d'heures -- qui laisse sa petite trace dans notre coeur.

mars 2004

Posté par clarabel76 à 14:44:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

24/10/06

Le roman d'Oxford - Javier Marias

 

le_roman_d_oxfordLe narrateur a quitté Madrid pour venir enseigner à l'université d'Oxford pendant deux ans. Quatre mois après son arrivée, il tombe sous le charme de Clare Bayes, une femme mariée, mère d'un garçon envoyé dans un pensionnat pour ses études. L'espagnol est dépassé par la vie à Oxford, par son ambiance, ses us et coutumes, comme les fameux "high tables" où tous les universitaires se rassemblent autour d'une table pour un repas pantagruélique, tous vêtus de leur toge, engoncés et guindés, cherchant dans l'alcool le dégrisement nécessaire pour chasser l'engourdissement et l'ennui.

La vie à Oxford apporte aussi son lot d'enthousiasme, l'homme se découvre une passion pour les vieux livres et fouillent toutes les librairies poussiéreuses pour dénicher les ouvrages de Machen et Gawsworth. C'est ainsi qu'il rencontre un étrange individu, dénommé Alan Marriott, qui l'encourage à s'inscrire dans un club fermé de la "Machen Company". Mis à l'écart par sa maîtresse, le narrateur va courir les rues d'Oxford où il scrute les mines patibulaires des clochards avec une fascination malsaine et déplacée, y voyant quelques reflets prémonitoires, ou déjà bien réels. L'homme traverse une crise, nommée "perturbation", qu'il tente de dominer, grâce notamment à Cromer-Blake, son guide et protecteur dans la ville d'Oxford. "Je me rendis compte que mon séjour à Oxford serait certainement, à son terme, l'histoire d'une perturbation; et que tout ce qui y commencerait ou y surviendrait serait touché ou coloré par cette perturbation globale et ainsi, condamné à n'être rien dans l'ensemble de ma vie, qui elle n'est pas perturbée : à se dissiper et tomber dans l'oubli comme ce que racontent les romans ou comme presque tous les rêves. C'est pour cette raison que je fais aujourd'hui cet effort de mémoire et cet effort d'écriture, car je sais qu'autrement je finirais par tout effacer."

C'est ainsi que j'ai complètement douté de ce livre : s'agit-il d'un roman ou d'un témoignage romancé à partir d'une expérience réelle ? Car en 1983, l'écrivain Javier Marias est parti enseigner à Oxford et "Le roman d'Oxford" sera publié quelques années plus tard. Dans le portrait de Marias, on découvre des points communs avec le contenu de ce livre, notamment sur Gawsworth et sur le royaume de Redonda, ce qui me pousse davantage à opter pour la deuxième option pour appréhender ce livre. "Le roman d'Oxford" est effectivement un roman virtuose et ironique, écrit avec élégance, rigueur et montrant une grande érudition. Toutefois je me suis sentie plus d'une fois mise de côté et perplexe entre ses lignes, en gros j'ai trouvé ce livre usant. Il emprunte beaucoup de pistes, il brouille le fil conducteur et immanquablement le lecteur se perd. Mais d'un autre côté, j'ai trouvé qu'il était brillant dans sa peinture de la ville d'Oxford et du microcosme universitaire. Voilà pourquoi ce livre est habile, narquois mais galant. Cela fait beaucoup à penser pour un seul livre, il faudrait sans doute le lire en plusieurs fois...

Folio

Posté par clarabel76 à 21:50:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

07/10/06

Le dernier train - Maria Mercé Roca

dernier_trainUn couple fait le bilan de sa vie commune, d'abord la femme Teresa est assez agacée et lasse de l'inertie de son époux. Lui, Andreu, est davantage désespéré et paralysé de lui annoncer sa Grande Nouvelle. Car, en effet, le couple au cours de ses vingt-six ans de mariage n'a pas su accorder ses violons, n'a pas su se comprendre et a même loupé l'éducation de leur fille Clara, qui a préféré claqué la porte du foyer pour vivre sa propre vie. Le roman est décomposé en trois parties, dans lesquelles chacun se justifie, plaide sa cause, expose des faits. L'ambiance est teintée d'acrimonie, d'irritation et de fébrilité. A plusieurs occasions, sur des passages presque communs, le lecteur s'aperçoit que le couple n'était jamais en phase, tant sur le plan professionnel et émotionnel, même leur rupture (annoncée) prend un mauvais goût de bâclé et de dialogue de sourds. "On avait l'air d'un couple heureux" dit la femme, "tu me regardais, tendre et ému, plein de gratitude, de confiance envers moi, et tu me faisais de la peine". Lui répond : "entre toi et moi, il n'y a jamais eu de cri ni de disputes, on ne s'est jamais manqué de respect, on ne s'est pas rendu la vie impossible. C'est pour ça que les gens qui nous connaissent ne vont pas comprendre et diront que c'est inconcevable. On a plutôt formé un joli couple toutes ces années : toi plus sérieuse, moi plus distrait, mais toujours ensemble. Tu as toujours tiré ton épingle du jeu. Moi, je me suis souvent planté." - Et le couple n'en finit pas d'analyser leur parcours conjugal, franchement bancal et décalé. C'est un portrait plutôt réaliste et déchanté, la radiographie des couples de cinquantenaires, habitués l'un à l'autre, ennuyés et blasés, mais bon... Ce roman est tantôt cruel mais il est désespéremment actuel.

Métailié

Posté par clarabel76 à 15:51:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

La fille du Cannibale - Rosa Montero

fille_du_cannibaleL'histoire folle de Lucia commence dans un aéroport, à la veille d'un embarquement pour Vienne, afin d'y fêter la nouvelle année. Lucia et Ramon sont mariés depuis dix ans, la flamme est éteinte depuis un bail, et c'est d'un regard goguenard et agacé qu'elle suit son mari aller aux toilettes quelques minutes avant l'appel. Or, les minutes passent et Ramon ne revient pas. En clair : il a disparu ! Paniquée, proche de la démence, n'y comprenant plus rien, Lucia va apprendre que son époux a été kidnappé par un mouvement indépendant, qui réclame une forte somme d'argent en échange de sa libération. La police est impuissante, Lucia prend en charge d'aller sur le terrain pour débusquer la vérité, mettre la main sur Ramon et se sortir de ce cauchemar. Elle sera secondée par son voisin Felix Roble, un vieillard de 80 ans, ancien pistolero, anarchiste révolutionnaire et torero, et aussi par Adrian, jeune homme de 21 ans, paumé, mystérieux mais incroyablement séduisant. Lucia a le coeur qui s'emballe, la tête fiévreuse et les sens en alerte. En s'embarquant dans cette quête, cette femme de quarante ans n'imaginait pas qu'elle allait parcourir un long, douloureux et irréversible chemin.

Lucia va croiser de vilains truands, négocier une rançon bien mal acquise, jouer un rôle auprès de la police, prétendre être ce qu'elle n'est pas. Mais ses compagnons sont de fidèles acolytes qui vont la guider et l'aider à garder la tête hors de l'eau, que ce soit par la confession des souvenirs de Felix, autrement dit Fortuna, ou par la séduction dangereuse d'Adrian. Dans le fond, ce kidnapping va permettre à Lucia de se dévoiler la face, de fouiller sa mémoire pour sortir de l'enfance et des images de ses parents. « La fille du Cannibale » est un titre qui fait peur, mais le cannibale en question n'est qu'un acteur de second plan. Son anthropophagie est plus exactement une voracité autrement inquiétante : il dévore ses femmes d'un amour totalitaire, il les mange à petits feux, de sorte qu'elles lui sont acquises, dévouées, bafouées. Mais le Père-Cannibale est, au contraire, un homme différent du souvenir que Lucia a conservé. En voulant retrouver Ramon, Lucia va en fin de compte se trouver elle-même, dans le dédale de ses perditions, de sa crise de la quarantaine, dans le souci de ne plus plaire, de vieillir, de perdre la beauté, d'échapper au temps qui passe.

« La fille du Cannibale » est en somme un roman formidable, à la fois initiatique, policier, drôle et pertinent. Son personnage de Lucia Romero, écrivain de contes pour enfants, est un drôle de bout de femme, attachante et lucide, accrochée à des illusions, des faux-semblants. Son histoire est captivante, palpitante, parfois angoissante. L'auteur Rosa Montero est habile dans son intrigue, dans le portrait de ses personnages et dans la véracité de décrire l'époque cahotique de l'Espagne du 20ème siècle, et le monde taurin.

Métailié

Posté par clarabel76 à 15:42:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,