26/03/18

Gaspard ne répond plus, par Anne-Marie Revol

Gaspard ne répond plusCandidat d'un jeu de téléréalité (type Pékin Express), Gaspard de Ronsard est victime d'un accident, lors d'un simple transfert de l'équipe technique, le type a basculé du camion et croupit désormais dans un fossé entre la frontière chinoise et nord-vietnamienne. Il a les deux jambes brisées, le moral au plus bas, sans eau, sans nourriture et sans sa balise GPS. C'est seulement au petit matin, des centaines de kilomètres plus loin, que sa disparition est remarquée et signalée en haut lieu. À Paris, la production retient son souffle et cherche à tout prix à étouffer le scandale. Tous les moyens sont déployés pour ratisser la campagne et baillonner la presse - peine perdue. Car les coups bas se multiplient, dans une société où l'appât du gain et du sensationnel prime sur toute moralité. Pendant ce temps, loin du fracas, notre jeune ami a été secouru par des villageois, qui refusent tout confort moderne et luttent pour préserver ses valeurs, en obéissant au doigt et à l'œil à leur chef, l'impitoyable My Hiên. Celle-ci retient clairement Gaspard en otage et ne lui laisse pas d'autre choix que de faire la lecture à voix haute à leur petite communauté, reprenant ainsi le flambeau laissé par un certain Hubert Bertillon, un explorateur français qui a tout plaqué pour suivre son grand amour et s'installer à l'autre bout du monde. Gaspard ne discute pas, étonné de sa propre curiosité et de son intérêt grandissant pour cet individu. Il espère ainsi recroiser sa propre enquête sur la disparition de ses parents... Ah, mais il ne faut pas croire que tout est écrit d'avance ! Ce roman a justement de l'ingéniosité et de la rouerie à revendre. C'est franchement réjouissant ! Le ton est vif et cocasse, le rythme fougueux et facétieux. Cela se déguste sur 500 pages, au gré d'anecdotes désopilantes, d'aventures rocambolesques et de personnalités pittoresques. Une formidable énergie se dégage et enveloppe le roman, qui pétille joyeusement et nous entraîne sur les pistes d'une intrigue déjantée et distrayante ! Très chouette découverte.

JC Lattès, 2016 / repris en Livre de Poche (mars 2018)

 

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Une question d'harmonie, de Bérengère de Chocqueuse

Une question d'harmonie

Paul a 80 ans et vit seul dans son appartement, quand la jeune Julia, 25 ans, étudiante en art, s'invite chez lui tous les dimanches. Elle est vive et spontanée, elle babille en toute insouciance, déterminée à apporter chez le vieil homme un peu de légèreté et de bonne humeur.
Les semaines passent, et Paul se montre toujours renfrogné et peu coopératif. Julia sent sa propre motivation battre de l'aile. Plus elle le questionne sur sa vie privée, sur son passé, sur son histoire, plus l'homme sombre dans la mélancolie.
Non, Paul ne confiera jamais rien de Nicole, son grand amour, leur rencontre en Normandie, leur bande de copains, sa découverte de la contrebasse, son apprentissage dans la musique, ses concerts, ses tournées, le tourbillon de la vie, étourdissant et implacable...
Ces chapitres du passé viennent s'immiscer dans la routine d'une existence assez plate, où l'on peine à s'attacher à Julia et à s'émouvoir de sa relation avec Paul. C'est empreint d'élégance, de bienveillance, mais ça pêche en tendresse et en force.
Je n'ai pas trouvé de réelle intensité émotionnelle dans ce roman, l'écriture est appliquée et d'une grande sobriété, mais trop lisse et proprette pour me toucher. La rencontre entre Julia et Paul me laisse insensible et songeuse, à l'idée que les générations transcendent les différences et comblent les lacunes etc., non, vraiment pas. C'est finalement peu convaincant, malgré de jolies qualités, la lecture m'a inspiré essentiellement de l'ennui. 

Belfond, 2016

 « Cela faisait près d'un mois que Julia passait ses dimanches après-midi chez le vieux monsieur. Arroser les plantes, trier quelques papiers, monter un pack d'eau pour la semaine... Elle le faisait de bon cœur, pour rendre service, et il s'en montrait reconnaissant, conscient que son aide était la bienvenue. En revanche, s'engager dans une discussion personnelle et parler de soi... Elle avait beau l'interroger, il se fermait comme une huître. Pourtant, c'était avant tout pour l'aspect humain qu'elle avait voulu faire partie de cette association. Persuadée qu'une personne âgée, isolée, aurait beaucoup à lui apporter, elle s'était mis en tête de nouer une relation de proximité, presque d'amitié, avec lui. »

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21/03/18

Trois baisers, de Katherine Pancol

Trois baisersBim bam boum, ils sont de retour ! Ils s'étalent sur 845 pages, prennent leurs aises pendant 20 heures, se livrent et se confessent, jouent, trichent et s'éparpillent... Les Plissonnier-Cortès, Valenti, Grobz, Courtois, Dupin et compagnie nous font tourner la tête et toujours battre le cœur, au cours d'une lecture passionnante et ô combien réconfortante.

Cela ressemble à une réunion familiale au sommet. Une convocation générale pour prendre des nouvelles des uns et des autres - Hortense prépare sa première grande collection avec un défilé sensationnel au Plaza, comprend la notion de désir dans un escalier du Fouquet's et harcèle Junior de questions sur son grand peut-être, Zoé s'interroge sur son avenir, carmélite ou actionnaire, elle chancèle, le cœur palpitant, comme sa maman Joséphine, qui panique de n'être plus aimée, éternellement sotte et fragile, Gary arpente les trottoirs de New York et est sidéré face à une bouteille de vin, foudroyé par la révélation, Calypso s'endort pour cent ans, Stella retrousse ses manches, lave à coup de javel les souvenirs meurtris, Adrian rêve en grand, Tom tombe amoureux, Ray Valenti brille de mille feux, Fernande s'envole pour Mexico, Henriette et Elena font des affaires...

En gros, les histoires se nouent, s'emmêlent, se tendent et éclatent dans un joyeux bordel. Ça fait des étincelles et ça crépite ! La communion est sacrée. Ce que le public ressent est lié à ce que vivent les personnages. Les espoirs, les envies, les doutes, les peurs, les sombres pensées. On partage tout, on rit, on tremble, on pleurniche, on hurle, on inspire, on cherche le staccato, on gratte les tickets de tombola, on regarde les Oscars à la télé, on reçoit des trempes, on se rebiffe, on ouvre des livres, on fait ses courses, on danse sur du Cloclo. C'est tout bon. Pas forcément intense et palpitant. Mais on se sent bien. Et puis, on a clairement nos préférences (Hortense ! Gary !), nos attentes et nos impatiences, on relève les transitions, les creux, les flous, les fièvres (euh... Junior ? du grand d'importe quoi !). On a conscience que le gros navire, parfois, tangue et s'égare, tout en adoptant un rythme de croisière agréable et délassant. En tout cas, j'ai pris place à bord, en frétillant de bonheur, et j'ai beaucoup aimé mon voyage !

Marie Ève Dufresne est également indissociable à mon plaisir de lecture. Son interprétation est impeccable, élégante, mesurée et enveloppante. J'aime infiniment. Sa voix fait aussi partie du succès de la saga - un rendez-vous incontournable avec mon autre tribu, une famille de papier où toutes les personnalités s'incarnent et forment un ensemble attachant. C'est difficile de les abandonner ! ☺

©2017 Éditions Albin Michel (P)2018 Audiolib (durée : 20h env.)

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« Partons dans un baiser pour un monde inconnu. » Alfred de Musset

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22/02/18

Couleurs de l'incendie, de Pierre Lemaitre

couleurs de l'incendieAvoir lu ou non Au revoir là-haut n'est finalement pas si crucial pour la bonne compréhension de ce roman - contrairement à ce que j'avais imaginé. On retrouve, certes, la famille Péricourt mais l'histoire s'attache à Madeleine, fille de Marcel. Le roman commence en février 1927, par des obsèques affreusement pompeuses, lesquelles sont perturbées par la chute tragique du jeune Paul, depuis le deuxième étage de la maison. Comment, pourquoi ? La foule horrifiée voit l'enfant conduit en urgence à l'hôpital, où sa mère apprend qu'il est miraculé mais paraplégique. L'annonce est brutale, le choc traumatisant. Leur quotidien est alors mis sens dessus dessous - Madeleine se décarcasse pour le confort de son fils, elle recrute une aide-ménagère polonaise (l'exubérante Vladi) et confie ses affaires courantes à l'avocat de la famille, Gustave Joubert. Sa confiance aveugle sera néanmoins trompée. Sans rien voir venir, Madeleine va être dupée et roulée dans la farine par ses plus proches confidents.

Et quelle prouesse ! Pour moi, ce roman s'inscrit dans la lignée des grands romans populaires, façon Balzac, Dumas et Zola. On découvre en effet un récit captivant et flamboyant, une sinistre comédie humaine ancrée dans son époque (on jurerait que Lemaitre a voyagé dans le temps pour s'imprégner des lieux, de l'ambiance, des codes romanesques en vigueur). Clairement, c'est une réussite sur ce plan. Après, l'histoire nous happe, nous attire dans ses filets et on se laisse porter par le fil narratif. On assiste ainsi au naufrage, on découvre la mascarade, on encaisse les revers de fortune et les illusions perdues, tout ça sans broncher. On ressent une profonde empathie pour Madeleine, on la juge trop sentimentale puis on applaudit son courage et sa force. En digne Péricourt, elle ne va pas rendre les armes mais va puiser dans l'humiliation infligée pour faire sa propre justice. Sa vengeance se tisse alors dans les règles de l'art, mitonnée aux petits oignons, ourdie en douce et élaborée avec patience. Ah, il y a de l'Edmond Dantès chez cette Madeleine ! Vraiment, on se régale. Moi qui avais conservé un souvenir flou et en demi-teinte du précédent Au revoir là-haut, j'ai été agréablement surprise par Couleurs de l'incendie qui a su me tenir en haleine pendant près de 14 heures ! 

La lecture faite par l'auteur lui-même est, de plus, tout à fait remarquable. J'avais déjà noté combien il excellait dans cet exercice, cf. Au revoir là-haut, et ai donc apprécié qu'il renouvelle l'exploit avec cet opus. L'auteur vit littéralement son récit, il module les intonations, connaît ses personnages, joue avec le lecteur. C'est une vraie pièce de théâtre qui se déroule dans nos oreilles, et on reste auditeur fasciné de bout en bout. Ce n'est pas donné à tout le monde de réussir pareille prouesse (certains sont de piètres lecteurs, en gros il ne suffit pas d'avoir écrit le livre pour s'improviser lecteur et transmettre au mieux ses émotions). Pierre Lemaitre figure parmi les exceptions - j'ai beaucoup aimé l'écouter ! L'effet immersif est, de plus, indéniable. 

Excellente pioche, donc. Une lecture pleinement enthousiasmante sous tous les formats. À conseiller. ☺


Avec la participation de Zygmunt Miloszewski pour les mots lus en polonais.

©2018 Éditions Albin Michel (P)2017 Audiolib

 

Sélection du #ClubAudible Février 2018

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24/01/18

Le jour d'avant, de Sorj Chalandon

le jour d'avantUn matin de décembre 1974, deux jours après Noël, 42 mineurs trouvent la mort dans la fosse 3bis de Liévin. Toute une région est sous le choc, d'autant plus révoltée que la catastrophe aurait pu être évitée. La famille Flavent aussi est frappée de plein fouet par le drame - le fils aîné, Joseph, un jeune mineur, a été grièvement blessé avant de décéder sur son lit d'hôpital dans l'indifférence générale. Le père est brisé et met fin à ses jours. La ferme et les terres sont bradées. Le fils cadet, Michel, quitte le bassin minier pour y revenir quarante ans plus tard, avec en poche une lettre testamentaire : « venge-nous de la mine ».

Premier constat après lecture : voilà un roman bouleversant, qui ne dit pas tout et qui nous prend au dépourvu. Son histoire de famille traumatisée nous happe dès les premières pages. De suite, on plonge dans une enquête et une soif de vengeance aux côtés d'un  homme marqué par son passé. L'ambiance mortifère, le décor grisâtre, le caractère taiseux de Michel Flavent, tout est ancré dans une réalité sinistre et une volonté farouche de ne jamais se complaire des solutions faciles. L'écriture est sèche, exempte de toute affection. Le roman remue de vieux souvenirs et évoque les “gueules noires” en tant que héros sacrifiés. C'est assez lourd et néanmoins intense.

Mais la lecture est encore plus riche, plus poignante, une nouvelle lame de fond surgit, soudaine et violente... Un véritable coup de massue. J'avoue être restée sur le carreau au tournant, complètement sonnée. Dès lors, c'est une histoire encore plus complexe et déchirante qui se dévoile... mais d'où l'on extirpe toujours les mêmes spectres, les vieilles angoisses et les plaies béantes. C'est Sorj Chalandon lui-même qui m'avait donné envie de lire son roman, lors d'une interview entendue à la radio. Et j'avais biché son évocation (famille, non-dits, culpabilité et remords) sans me douter du chemin qu'il allait emprunter. C'est un vrai tour de force. Une écoute captivante - texte lu par Stéphane Boucher, avec une grande sobriété - et un contexte “Germinal” beaucoup moins oppressant et pourtant nécessaire à la portée de l'intrigue. Une lecture comme une onde de choc qui n'en finit plus de se propager. 

Très bon roman !

 

©2017 Éditions Grasset & Fasquelle (P)2017 Audiolib

Lu par Stéphane Boucher. Durée : env. 8h

Figure parmi les dix titres sélectionnés pour le Prix Audiolib 2018 !

 

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04/01/18

Une fois dans ma vie, de Gilles Legardinier

une fois dans ma vieEugénie a toujours rêvé de travailler dans un théâtre, n'hésitant pas à entraîner son mari Victor dans ce projet fou. Mais pour la première fois de sa vie, la gardienne ressent un passage à vide qu'elle ne s'explique pas. Auprès de ses amies, Céline la couturière et Juliette la chorégraphe, Eugénie donne le change et cherche à s'investir au maximum pour les sauver de leur propre marasme - l'une entretient une liaison avec un homme marié et n'ose pas réclamer à son ex une pension digne de ce nom pour élever leur fils ; l'autre rêve d'un amour romantique et est convaincue d'avoir trouvé le bonheur auprès d'un garagiste timide.

S'écrit alors une charmante comédie sur la vie, l'amour, l'amitié autour d'une belle brochette de personnages attachants. Les séquences émouvantes donnent le change aux anecdotes truculentes. On sourit tout du long à l'écoute de cette histoire profondément humaine, sensible et bienveillante. C'est du Gilles Legardinier attendu et réconfortant. Peut-être pas le meilleur du lot, mais plein de bonnes intentions. Donc, précieux. 

Roman lu avec tendresse par Valérie Marchant. Un Audiolib fort agréable pour oublier la grisaille de cet hiver pluvieux.

©2017 Flammarion (P)2017 Audiolib - durée : 10h 55

 

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29/11/17

La tresse, par Laëtitia Colombani

la tresseC'est parce que j'ai beaucoup vu ce roman sur Instagram que j'ai été piquée de curiosité pour le lire. Comme toujours, j'ai opté pour le format audio, qui s'emboîte parfaitement avec ma façon de vivre ces dernières semaines. 
L'histoire du roman est assez simple : on suit trois femmes, dans trois pays, dont la destinée est inextricablement liée. En Inde, Smita rêve d'envoyer sa fille à l'école pour qu'elle apprenne à lire et écrire, mais se heurte au poids des castes et des traditions. En Sicile, Giulia reprend les affaires de son père, qui tenait un petit atelier de traitement de cheveux, mais les caisses sont vides et l'avenir compromis. Au Canada, une avocate carriériste, Sarah, voit soudain sa vie se mettre entre parenthèses en apprenant qu'elle est atteinte d'un cancer.
Ces trois parcours de vie sont tous plus attachants et passionnants les uns que les autres. J'ai écouté avec intérêt les conditions de vie, les sacrifices, les doutes, les espoirs naître, disparaître, gonfler, s'éclipser par alternance. 
C'est un roman a priori ordinaire, assez court - il s'écoute en moins de 5 heures - mais c'est un roman authentique et engagé. Son impact émotionnel est tout sauf dérisoire. Il y a de la force, de la sensibilité, de l'intelligence dans cette lecture. C'est remarquable. J'ai apprécié chaque point de construction du récit, qui se tisse à la façon d'une tresse, avec application et adresse. J'ai aimé aussi prendre mon temps pour connaître chaque personnage, pour me familiariser avec leur environnement, pour entrer en empathie avec leur parcours et les suivre face aux adversités.
Généralement méfiante à l'égard des buzz littéraires, j'ai trouvé que celui-ci mettait, à juste titre, en valeur un roman touchant, mais pas larmoyant, qui parle des femmes et des combats à mener à travers le monde. On brasse ainsi un patchwork d'émotions, de cultures, de coutumes, de croyances, de rêves et d'ambitions. À sa façon, simple et pudique, le roman réussit un joli tour de passe-passe en nous embarquant du début à la fin dans cette histoire de tresse, véritable trait d'union entre ces trois femmes, liées également par le courage, le désir de liberté et l'abnégation. Très, très bon ! 

Grande justesse dans l'interprétation de Rebecca Marder et Estelle Vincent. L'auteur également lit les interludes avant de répondre à un entretien avec l'équipe Audiolib. Un format toujours judicieux et une prestation réussie.

©2017 Éditions Grasset & Fasquelle (P)2017 Audiolib

Lu par : Laëtitia ColombaniRebecca MarderEstelle Vincent

Durée: env. 5 heures

NB : Figure parmi les dix titres sélectionnés pour le Prix Audiolib 2018 !

 

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10/11/17

David Bowie n'est pas mort, de Sonia David

David Bowie n'est pas mortJe suis clairement dans une thématique à fendre l'âme, ces temps-ci, et j'enchaîne les lectures bouleversantes à un point... Je ne suis plus qu'une flaque de larmes, c'est dit. Ce roman de Sonia David a également fait big-bang dans mon cœur et ma tête. Il a pour lui de parler de famille dysfonctionnelle, de parents qui s'éteignent, de deuil à absorber, de souvenirs à redorer, de portraits sans fard à dessiner... C'est tout ça, mais c'est surtout terriblement personnel, ça résonne partout, ça vous touche et ça vous interpelle.
Hélène a 52 ans et deux sœurs, Anne et Émilie, qui ont respectivement 55 et 49 ans. Elles mènent chacune une existence autonome et se voient une fois par an pour conforter leur lien sororal. Fin mai 2015, Hélène apprend par téléphone la mort de sa mère. Un choc, plutôt qu'un chagrin, car Hélène avait pour sa mère, égoïste et fantasque, des sentiments contradictoires. Un an plus tard, c'est au tour de son père de tirer sa révérence - un père doux et mystérieux, qui aimait défendre ses idées avec ardeur.
Hélène et ses sœurs, Anne et Émilie, sont donc tiraillées entre la tristesse et la colère, jugeant, blâmant, condamnant. Leur mère était une “connasse” sans cœur, qui ne montrait jamais son affection, mais exerçait un chantage affectif à sa façon. A contrario, leur père brillait en société, se passionnait pour les débats et luttait contre les injustices, il avait abandonné le foyer familial, refait sa vie et s'était brouillé avec l'une de ses filles, il en souffrait mais avançait sans se retourner. Hélène et ses frangines ont ainsi grandi entre le marteau et l'enclume, se forgeant au mieux leur force de caractère et leur désir d'indépendance. Elles ont rapidement mis les voiles pour échapper au naufrage, mais se retrouvent pour gérer ensemble le deuil, pour évoquer leurs souvenirs, pour ranger, jeter, classer les papiers, pour organiser les funérailles, et disperser les cendres, pour se lancer dans des démarches administratives et renoncer à leur héritage.
Au milieu de ces deux disparitions, vient se glisser David Bowie. L'artiste est décédé début janvier 2016. Et avec lui, s'envole une autre part de l'enfance et déferlent les réminiscences d'un passé oublié. C'est toutefois à travers lui que la narratrice parvient à tisser les liens familiaux, à reconstruire son arbre bancal et à retrouver sa place sur l'échiquier. Elle nous raconte son histoire avec force et authenticité, c'est tout à la fois émouvant et bouleversant. D'une grande justesse, et d'une sincérité aussi magnifique que déconcertante.
En somme, j'ai beaucoup, beaucoup aimé. 

Fantastique Micky Sebastian qui est la lectrice pour Audible Studios de cette histoire renversante. 


>> Ce livre audio est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

©2017 Robert Laffont (P)2017 Audible Studios. Texte lu par Micky Sebastian - Durée : 4 h 18 

 

 

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10/10/17

Les héritiers de la mine, de Jocelyne Saucier

Les héritiers de la mine

La famille Cardinal, ce sont 21 enfants vivant avec leurs parents à proximité d'une mine désaffectée à Norco, en Abitibi, au Québec. Une tribu soudée, qui ne s'apitoie jamais sur son sort et qui se braque dès qu'on cherche à les jauger. Avec leurs surnoms à la gomme (LesJumelles, Tintin, ElToro, LeGrandJaune, Zorro, Mustang, LaPucelle, Geronimo ou LeFion), les Grands, les Moyens et les Titis ont grandi dans les rêves du père, convaincu de trouver un gisement au fond des mines et assurer leur richesse. En attendant, ils se dépatouillent dans la crasse, la poussière, la misère, malheur à celui qui chercherait à renier ses racines ! Devenus adultes, ils ont pourtant tous pris la poudre d'escampette, ils vivent aux quatre coins du globe et ne se voient quasiment plus. Il a suffi d'une cérémonie spéciale pour leur père, à qui l'on va remettre la médaille du prospecteur de l'année, pour que tous rentrent au bercail. Avec la peur au ventre, le cœur en vrille, la honte chevillée au corps... Car tous savent qu'ils ne pourront plus taire le grand drame de leur vie, à savoir la disparition d'Angèle, l'une des jumelles. Des années plus tôt, celle-ci a péri dans l'effondrement d'une mine piégée par la dynamite. Qui, comment, pourquoi ? Les langues ne se sont jamais déliées, la fratrie s'est désunie et a emporté tous ses secrets. Ces retrouvailles vont donc crever le mensonge qui couve depuis trop longtemps.

J'ai tout simplement adoré ce roman ! Je l'ai commencé en toute innocence, pas très rassurée par le décor qui se dessinait - un cadre rudimentaire et miséreux, avec des mômes en mode survie, qui ne laissent filtrer aucune sensibilité, aucune tendresse. Et bim, cette histoire de famille a finalement eu toute mon adhésion, car au fil des pages, on découvre des non-dits qui ont gangrené la tribu, déjà ravagée par la perte d'une des leurs et à jamais prostrée sur un sentiment de culpabilité. Au détour de leurs résurgences, apparaît la jolie Angèle, “le plus pur joyau de la famille”. Son crime ? Avoir trahi les siens en acceptant les fanfreluches d'un couple désirant l'adopter. Angèle partait en vacances, portait de belles robes, se rendait au collège, mais demeurait une Cardinal convaincue et acceptait les pires brimades et les reproches piquants. L'intensité des sentiments qui animent les frères et sœurs révèle aussi toute la tragédie du roman - l'analyse des émotions et des actes est forte, saisissante et poignante. Le style de l'auteur est également très évocateur, comme une petite musique captivante qui vous entraîne jusqu'au terrible dénouement. C'est dur et brillant. Un petit bijou de finesse et de maîtrise. Je conseille fortement. ♥

 

Collection Folio (n° 6196) - 2016

Préalablement paru aux éditions Denoël

 

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27/09/17

Les lettres de Rose, de Clarisse Sabard

Les lettres de RoseCe roman a été mon compagnon de voyage durant la première partie de cet été 2017. C'est sa lecture qui me régalait alors que j'étais empêtrée dans un tourbillon émotionnel, son histoire m'a alors transportée dans les méandres de son imagination pour décrocher du réel... C'était inespéré, et fabuleux. Pile ce dont j'avais besoin.
À la mort de sa grand-mère, Lola apprend qu'elle est l'héritière de sa grande maison dans le petit village d'Aubéry. Surprise, la jeune femme se rend sur place, ne concevant pas de changer de vie, mais à bien y réfléchir, son petit boulot de serveuse à Paris, ses rêves de librairie, son désert affectif... Ce ne serait finalement pas une mauvaise idée de prendre le temps de songer à l'avenir. De plus, la découverte des lettres écrites par Rose, sa grand-mère, la fait plonger dans un passé et des secrets de famille qui vont la captiver, puis l'émouvoir. C'est toute son histoire que Lola va redécouvrir, avec des révélations sur ses origines - la jeune femme a été adoptée - visant probablement à envisager son destin autrement.
Ce roman est donc enchanteur. Il nous raconte une captivante histoire de famille, par le biais d'un canevas habilement exécuté, avec des allées et venues entre passé et présent, un arbre généalogique se déployant petit à petit, et dont les souches vont se recouper en toute transparence. On gobe avec plaisir les rapprochements faciles et la vision fleur bleue de cette saga familiale. De toute manière, j'étais complètement sous le charme, amoureuse de l'ambiance, passionnée par le thème. Je me sentais parfaitement à l'aise, car cette lecture a eu sur moi un effet bulle fort opportun. J'ai beaucoup aimé.

Très jolie interprétation, pleine de fraîcheur, de Perrine Megret pour Audible Studios. Une écoute très appréciable, idéale pour la détente.


>> Ce livre audio est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

©2017 Leduc.s (P)2017 Audible Studios

Texte lu par Perrine Megret - Durée : 12 h 07  / Audible Studios

 

Format poche CHARLESTON EDITIONS (2017)

 

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