19/09/17

Pour l'amour d'une île, d'Armelle Guilcher & lu par Marie-Eve Dufresne

Pour l'amour d'une îleEn retournant vivre sur la petite île bretonne où elle est née et a grandi, Marine n'espérait guère un accueil en grandes pompes. Désormais seule médecin sur l'île, elle n'attend pas moins des habitants d'oublier les vieilles rancunes pour lui accorder sa confiance. Or, le temps passe et la résistance persiste. Serait-ce son passé familial qui lui colle à la peau ?
Car Marine a perdu ses parents dans la chaos de l'après-guerre et ne soupçonne en rien les drames et les enjeux autour. Confiée aux bons soins de son grand-père, avec son frère aîné Yves, la jeune fille a roulé sa bosse en toute innocence, mais a vite pris conscience du climat vindicatif sur l'île, avec ses rumeurs et ses jugements hâtifs. Son amie Marie-Anne a justement payé un lourd tribut pour avoir trop parlé lors d'une soirée arrosée, avant de regretter amèrement ses paroles qui vont mettre le feu aux poudres.
Les accusations murmurées deviennent vite un poids à supporter car elles ne dévoilent jamais le fond de leurs pensées. On prend ainsi vite la température qui règne sur l'île, que ce soit dans le passé ou le présent, les bonnes vieilles habitudes ont la dent dure ! Silences pesants, regards en coin, fantômes du passé, trahisons et dénonciations, désespoirs en pagaille, hontes indélébiles...
Ce roman va donc extraire tout le drame qui couvre l'île et forcer les non-dits à se dévoiler. Marine aussi va se confronter à des vérités pas toujours bonnes à entendre, lesquelles vont mettre son cœur à mal et ses émotions à fleur de peau.
Globalement, ce n'est pas une lecture déplaisante dès lors qu'on se tient à fouiller les vieilles histoires de famille et à divulguer leurs secrets. Toutefois, l'histoire a tendance à s'éparpiller et à se complaire dans le sentimental. D'où ma déconfiture. Par contre, si vous raffolez des ambiances isolées, des figures solitaires et des paysages préservés, vous ne serez pas déçus du voyage. Cette petite île bretonne, noyée dans ses brumes et ses courants d'air, procure une sensation de dépaysement vivifiant et donne envie de s'installer pour écouter davantage ce qu'elle renferme.

Très bonne lecture de Marie-Eve Dufresne, très classique et pleine d'élégance. J'aime beaucoup cette comédienne, que j'ai principalement découvert via la Trilogie Joséphine & les Muchachas de Katherine Pancol. On trouve beaucoup de sensibilité, de distinction et de noblesse dans son jeu. 

©2015 Nouvelles Plumes / POCKET 2016

>> Livre audio en exclusivité sur Audible & uniquement disponible en téléchargement.

Texte lu par Marie-Eve Dufresne (durée : 9 h 48) pour (P)2017 Audible Studios

Pour l'amour d'une île audible

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Les Jonquilles de Green Park, de Jérôme Attal

LES JONQUILLES DE GREEN PARKQuel joli roman sur l'enfance - pourtant mise à mal par la violence du Blitz qui chamboule le quotidien des londoniens en cette année 1940 - roman qui parvient à s'extirper du chaos pour nous plonger dans la vie turbulente et facétieuse de la famille Bratford !
L'histoire s'attache avant tout au jeune Tommy, 13 ans. Un chic môme amateur de comics et de Mila Jacobson, la fille la plus formidable de Londres. On suit donc ses folles escapades en ville, souvent avec son pote Oscar, qui vient de Pologne et dont le père a rejoint la Royal Air Force. Tous deux s'échappent de la réalité avec leurs jeux et leurs lectures, craignent un prochain exil à la campagne mais ne s'étonnent plus d'interrompre leur réveillon de Noël pour se planquer dans une cave en écoutant la nouvelle radio de son père. Dans la famille Bratford, on compte aussi un joli panel de personnalités excentriques et attachantes - il y a d'abord le père, qui passe son temps à inventer des choses farfelues, comme un tatou de la taille d'un brontosaure, censé protéger la population des bombardements, son épouse s'en va pédaler en chantant jusqu'à son usine d'ampoules électriques, et Jenny, leur fille de seize ans, est en quête du grand amour, à défaut de rencontrer Clark Gable.
Ce portrait de doux-dingues est coloré, charmant, joyeux et insolite, ce qui rend la lecture radieuse et espiègle. Mais sous l'humour, l'insouciance et la légèreté, on ne traite pas moins des heures sombres de cette guerre effroyable, qui éprouve les familles dans un contexte de sursis. J'ai été séduite par la plume de Jérôme Attal, par son exercice à jongler entre le rire et les larmes, par son hommage voilé à la désinvolture des jeunes années, par sa poésie à chasser le gris des bombes en évoquant les jonquilles de Green Park.
En bref, c'est un roman lumineux, très touchant. Une très belle découverte, lue dans le courant de mon été... d'où mes souvenirs un peu vagues, si ce n'est d'avoir aimé fort, fort, fort. ♥

POCKET, 2017 

 

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03/07/17

En attendant demain, de Nathacha Appanah

En attendant demainJ'ai adoré retrouver la plume de Nathacha Appanah dans ce roman qui se révèle extrêmement poétique, sensible et captivant.

C'est d'abord l'histoire d'un couple, Anita et Adam, qui tombent amoureux dès le premier regard et qui plaquent leurs rêves parisiens pour s'établir dans la ville où a grandi Adam dans le Sud-Ouest. Ils installent leur bonheur dans une belle maison retapée de leurs propres mains, donnent naissance à une petite Laura et envisagent leur avenir avec sérénité.

Or, plus le temps passe, plus l'idylle est victime d'érosion. Le temps use les belles promesses et les espoirs. Anita, qui se voyait journaliste, a le sentiment de perdre son temps en rédigeant des piges insignifiantes pour le journal local, Adam, avec son diplôme d'architecte en poche, est las de construire des gymnases et ressasse son vieux rêve de renouer avec la peinture...

Le couple s'est installé dans une torpeur et part à la dérive. La souffance est latente, la frustration rogne les coins, les silences deviennent lourds... l'incompréhension creuse son nid. La tension devient explosive, le couple ne se parle plus. C'est donc dans ce climat d'amertume que surgit Adèle, avec ses bagages, son parcours, ses mystères.

Le roman possède cette magie claire et évidente d'une lecture limpide et ensorcelante. On boit chaque phrase du livre avec une soif constante, à peine rassasiée, et on se passionne pour l'intrigue en suivant son fil invisible sans jamais faillir ni se perdre en conjectures. On se plie au rythme imposé, aux tournants de l'histoire et à ses soubresauts. On accepte les tenants et les aboutissants. On ramasse les petits cailloux semés et on adopte la marche dictée en sourdine.

J'ai beaucoup aimé la petite musique du livre, j'en ai absorbé toutes les notes et j'ai fredonné son air en inspirant fort, fort, fort. Quelle extase. L'auteur possède ce don de percer l'âme de ses personnages, et celle du lecteur, tout en subtilité et en acuité. Elle nous fait ainsi pénétrer dans l'intimité du couple sans bousculer leur routine, on s'installe dans un petit coin, on observe, on attend, on frémit. C'est impressionnant avec quelle dextérité elle réussit à partager autant de fragments de vie sans avoir l'air d'y toucher.

Ce roman a de nouveau confirmé tout le potentiel romanesque et lumineux de Nathacha Appanah - cf. Blue Bay PalaceLa noce d'Anna ou Les Rochers de Poudre d'Or, qui regorgent aussi de puissance, de charme et de talent. Un auteur à découvrir, à lire et à suivre !

 

Collection Folio (n° 6166)

 

Parution : Août 2016

 

 

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L'or des femmes, de Mambou Aimée Gnali

L'or des femmes

Amoureux depuis leur plus jeune âge, la jolie Bouhoussou et l'intrépide Mavoungou n'ignorent pas qu'ils doivent s'en remettre aux rites de l'initiation des filles nubiles - également appelée tchikoumbi - pour enfin se déclarer. Or, Mavoungou n'a que son charme et sa beauté pour lui. Il ne fait pas le poids face aux “bois morts” qui ont la maturité, l'expérience, le pouvoir et l'argent...
Enfermée dans sa case, Bouhoussou sait que son sort est entre les mains de sa famille et hurle au désespoir en apprenant qu'elle est destinée à épouser un vieux notable. Mais Mavoungou brave tous les interdits en rendant visite à la jeune fille loin des regards indiscrets.
Or, tout se sait, tout se sent, tout se murmure. Pour faire taire les rumeurs, le mariage est donc précipité, alors que l'attirance entre Mavoungou et Bouhoussou est toujours aussi ardente et insatiable.

Écrit dans une langue sensuelle et poétique, le roman évoque avec brio la passion amoureuse et le désir charnel, tout en tenant compte du prisme de la tradition et de la tribu. On y appréhende plus précisément les coutumes de la communauté vili, ses croyances dans le fétichisme, l'éducation inculquée aux filles, la soumission au mâle.
Le gouffre culturel nous apparaît sidérant et nous fait entrevoir une intimité aux désirs bafoués, avec des jeunes femmes contraintes de subir des mariages sans amour, sous la pression de leur tribu.
Outre son aspect flamboyant et voluptueux, 
le roman bouillonne de colère et de frustration. Mais séduit tout lecteur fasciné par le continent africain, son exotisme et sa culture. 
Un très beau roman, vraiment à la hauteur des espérances.

Collection Folio (n° 6332)

Parution : Juin 2017

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Pirates, de Fabrice Loi

PIRATESQuittant la baie de Somme et le camp des forains, pour une vie sous le soleil de Marseille et ses promesses de petites combines juteuses, Tony Palacio croise la route de Max Opale, un ancien militaire converti dans l'expertise balistique. Trompettiste de jazz amateur, Tony est présenté à la compagne de Max - la sud-africaine Awa, une soprano célèbre, qui parcourt le monde et semble tenir à distance le commun des mortels. Elle est séduite par l'indolence et le culot du forain, lui demande de l'accompagner pour une représentation à Nice. Ils deviennent amants, mais tout les sépare. De l'autre côté, Tony doit un service à Max et le suit dans une vendetta contre la mafia corse... Une expédition houleuse, au cours de laquelle les cœurs vont s'ouvrir et déballer de lourds secrets. 

Je profite de la saison pour explorer un domaine de littérature qui sort de mes habitudes, cf. Un bref moment d'héroïsme de Cédric Fabre, autre roman qui avait su me surprendre par son style et son ton vif-argent. Dans le cas présent, Fabrice Loi octroie aussi une bonne gouaille à son personnage de forain en exode et donne de la couleur et une vraie épaisseur à son histoire. C'est court, mais percutant. On y découvre la ville de Marseille dépeinte avec grandiloquence, avant de lui ôter ses fards pour livrer l'arrière-boutique et sa réalité douce-amère. On creuse également plus loin en révélant le scandale des déchets nucléaires enfouis en Afrique, les conflits et les guerres qui se nourrissent de la misère sociale. Et pour finir, le roman évoque avec passion les idéaux et les liens qui unissent la musique, la poésie et la politique. 

Plonger dans ce livre revient à découvrir un univers chatoyant, mais aussi brut de décoffrage. Rencontrer des personnages ambivalents, aux destinées fragiles et friables. Parcourir un roman d'aventures, qui soulève des questions sociétales, et qui effleure l'amour, les sentiments, la beauté, l'impossible. Une étonnante découverte, agréablement surprenante.

Collection Folio (n° 6339), Parution : Juin 2017

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Bonheur fantôme, d'Anne Percin

Bonheur fantome

Pierre n'a pas trente ans et a tout quitté. Paris, son job, son amour. Il s'est enterré dans la Sarthe, a acheté une petite maison et s'est improvisé brocanteur. Il a créé autour de lui « un rempart fait de ruines, avec fortifications littéraires, fondations enfantines, tour de guet philosophique, meurtrières ironiques ». Il écrit également une biographie sur Rosa Bonheur, une peintre française excentrique et scandaleuse. En vrai, Pierre fuit un passé lancinant - un frère disparu, un amant perdu... même si cette idylle n'est pas complètement terminée, elle vient occuper tout l'espace et devient obsédante, telle une rengaine évoquant la rencontre, l'euphorie, l'insouciance, puis la déconfiture et la rupture. « Aimer, c'est sentir vivre en soi quelqu'un qui n'est pas soi. Et si je n'étais parti que pour savoir cela ? (...) La certitude que j'ai d'aimer est le seul bien qui me semble immortel. »

Par son caractère “enfermé dans le dix-neuvième siècle”, Pierre est un personnage fascinant. Il parle des objets anciens, partage son goût du passé, l'odeur des vieux livres, les photographies, les mélodies oubliées (Fantôme de bonheur de Mouloudji). À côté, la figure de R. n'est pas en reste et hante les pages du livre en apparaissant par petites doses, mais quelle présence ! On en oublie la morosité de la Sarthe, les petites campagnes tristes à pleurer, la vie recluse de Pierre, son ascétisme. Aux oubliettes, ses cauchemars, ses trouilles... Ce roman finalement nous parle d'une grande et belle histoire d'amour et laisse filer entre ses pages une déclaration sublime et bouleversante.

Babel, 2017

A noter aussi que la vie littéraire du narrateur de Bonheur fantôme a commencé en 2006 avec le roman Point de côté (éditions Thierry Magnier). 

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22/06/17

Séduire Isabelle A., de Sophie Bassignac

seduire isabelle a« J'ai appris ici deux ou trois choses que je ne suis pas mécontent d'ajouter à ma culture générale. J'ai appris qu'il fallait parfumer les poules pour les protéger de la violence de leurs congénères. J'ai découvert qu'on pouvait faire de la poésie avec des culottes gainantes et aussi qu'on pouvait prendre le large d'un monde désespérant auquel on se croit tenu de suivre au jour le jour les moindres soubresauts. J'ai compris qu'on pouvait être heureux. Heureux malgré tout. Vous êtes des magiciens, vous êtes des enchanteurs tout de même. Je vous suis infiniment reconnaissant de m'avoir rendu les plaisirs et les frayeurs de mon enfance. »

Toutefois, avant d'arriver à ce vibrant hommage, Pierre Réveillon a cru sombrer dans un profond désespoir. En tombant fou amoureux d'Isabelle Axilette, il avait vaguement connaissance de sa famille désaxée mais ne mesurait pas le challenge à venir. C'est en se rendant chez les grands-parents Pettigrew, où toute la tribu est réunie pour fêter l'anniversaire de la grand-tante Suzanne, que Pierre va tomber à la renverse. Cette famille sort complètement des sentiers battus - elle est hors normes, ingérable, excentrique et décalée. Lui, le fiston de bonne famille, coutumier d'une éducation hyper structurée, pressent le drame, le mariage impossible, l'intrusion intempestive, l'étouffement et la mort à petits feux...

Le roman tire ainsi le portrait d'une famille déglinguée en apparence - le grand-père écrit des haïkus pour l'étudiante coréenne, tandis que son épouse scrute leurs roucoulades au clair de lune avec sa paire de jumelles, la mère d'Isabelle flirte dangereusement avec un taureau en fuite, sa sœur écrit un roman érotique, son beau-frère est taxidermiste, sa nièce prétend être l'incarnation mystique d'une sainte... Quand tout le monde se rend en bord de mer, c'est naturellement sur un camp naturiste. Leurs blagues, leurs réparties, leurs affinités, leurs délires... tout fait partie d'un microcosme, auquel Pierre n'appartient pas. Aussi, le choc des cultures est assommant. Lorsqu'il tente de s'ouvrir auprès d'Isabelle, celle-ci ne le comprend plus, se fâche et c'est la Bérézina.

La lecture est aussi insolite que légère, mutine et farfelue, drôle et délurée... Franchement, le mélange est délectable et a su combler quelques heures d'une après-midi ensoleillée. Un rendez-vous distrayant pour 226 pages d'une comédie familiale tournoyante. 

JC Lattès, 2016

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24/05/17

La revanche de Kevin, par Iegor Gran

La revanche de KevinFrançois-René Pradel traîne son spleen dans les rangées du Salon du Livre, lorsqu'il croise Alexandre Janus-Smith, un jeune élégant à la mèche rebelle, également lecteur pour une grande maison d'édition. Notre auteur de cinquante-cinq ans, ayant une dizaine de romans à son actif, lui confie alors son dernier manuscrit.
Le retour est dithyrambique, le comité de lecture est emballé, la direction empressée, mais exigeant quelques modifications à apporter, comme un nouveau titre et une préface pour bien notifier “sa sensibilité de gauche”. 
Bref. François-René Pradel est aux anges. Son épouse et sa fille applaudissent à tout rompre. Mais les mois passent et les nouvelles se tarissent. Soudain, c'est la douche froide, le jeune hurluberlu a disparu de la circulation.
Pradel vient de subir la plus belle humiliation de sa carrière.
Sous la fausse identité d'Alexandre Janus-Smith, se cache Kevin H., commercial à la Radio, chargé de vendre des espaces publicitaires. C'est là que le bât blesse. Être ou ne pas être un Kevin. C'est tout le drame de notre escroc, qui entend laver des années de brimades et de frustration par la faute de son prénom.
Un concept farfelu, mais sensé. Après tout, la démonstration de la supercherie est limpide, percutante et hilarante. La lecture n'en est que plus truculente ! À s'en pourlécher les babines, miam.
Pour qui aime la satire et les sarcasmes, foncez. ☺

Collection Folio (n° 6189)
Parution : Octobre 2016

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23/05/17

Un marin chilien, de Agnès Mathieu-Daudé

Un marin chilienLorsque Alberto débarque sur le sol islandais, pour étudier les grondements du volcan Krafla, au nord du pays, il est loin d'imaginer le vaste chantier qui l'attend. Car notre géologue venu du Chili se heurte malencontreusement à la frustration bête et méchante d'un autochtone au tempérament teigneux.
En effet, Alberto a commis l'erreur de prendre un café avec la blonde et délicieuse Thórunn, provoquant ainsi la colère de Thorvardur, un marin du cru, ancien amant de la belle et père de son fils Daniel. Moqué par les habitués du bar qu'il fréquente, harcelé par sa mère qui lui fait son linge toutes les semaines, il entend prouver qu'il est le seul maître à bord. Et se frotte à Alberto, qu'il imagine marin chilien, séducteur impénitent, brassant le vent du large et l'exotisme, de quoi donner des étoiles dans les yeux de Thórunn. 
Pures fabulations que ceci. Alberto est malgré lui la marionnette pathétique de ce vaudeville ubuesque. Mais l'histoire va plus loin, accentuant encore l'ironie de la situation, puisque notre scientifique se lance à corps perdu dans sa mission et s'éloigne de la folie vengeresse de Thorvardur. Il s'installe alors chez Björn, dans sa ferme pleine de moutons et de mômes en difficulté, mais ignore encore que celui-ci n'est autre que le frère jumeau de son rival !
Ce dernier, d'ailleurs, déboule chez le frangin, le sourire carnassier aux lèvres.

Que de péripéties au programme ! Ce petit bouquin a su me régaler par son humour, son rythme, son sens de la comédie. C'est absolument savoureux. Oubliez les paysages de carte postale, le folklore et la convivialité de cette terre de glace. Ici, l'ambiance est rude, hostile et laide. Pourtant, l'évasion est garantie. C'est dépaysant et vivifiant à souhait. Les aventures d'Alberto sont picaresques et saugrenues, mais nous régalent par leur goût pour la dérision. Une découverte aussi stupéfiante que jubilatoire ! 

Collection Folio (n° 6315)
Parution : Mai 2017

 

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Celle que vous croyez, de Camille Laurens

Celle que vous croyezRien ne prédestinait Claire Millecam, quarante-huit ans, divorcée et enseignante à l'université, à basculer dans la sphère virtuelle pour y entretenir une relation factice. Au départ, elle voulait se venger de son ex et a choisi de créer un profil bidon pour l'espionner sur Facebook. Empruntant la photo de sa nièce, elle devient la jeune et ravissante Claire Anuntès, vingt-quatre ans, timide, fragile et vulnérable. Sa cible a pour nom KissChris - un photographe amateur qui connaît son ex comme sa poche.
Enjôleuse, Claire entre en contact avec lui et entreprend une séduction subtile et efficace. Les mois passent, le jeune homme est fou d'elle et désire la rencontrer pour de vrai. À ses nombreuses supplications, elle oppose un refus net et farouche, sous prétexte d'une vie trop compliquée. En vérité, Claire se sent prise à son propre piège et préfère retirer ses billes pour retrouver un semblant de dignité. 
Trop tard. En croisant son ex dans la rue, celui-ci lui apprend une terrible nouvelle qui plonge notre héroïne dans une sévère dépression. 

Toutefois, tout n'a pas été dit. Et l'histoire continue de proposer de nouvelles boucles qui donnent le tournis au lecteur. D'autres acteurs vont intervenir, prendre la parole et donner une version qui change du tout au tout notre perception de l'intrigue ! Rien que pour ça, la surprise est totale.
Le roman enchaîne alors les tours de passe-passe avec une habileté confondante de rouerie.
Plus qu'un éternel jeu de dupes, où les manipulateurs sont rois, c'est aussi un roman sur la détresse des femmes bafouées à cause de leur âge, malgré un sex-appeal évident. Un roman sur la superficialité des réseaux sociaux et des relations derrière les écrans. Un roman sur les ficelles de l'écriture et le pouvoir de l'imagination. 
Le roman est franchement bluffant et opère un vrai tour de force, qui renvoie le lecteur et ses idées reçues dans ses filets. Admirable.

Collection Folio (n° 6314)
Parution : Mai 2017

 

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