18/04/13

"Oui, je pense que tout ce qui vient du passé n'est pas dépassé."

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J'avais suivi de loin l'engouement des lecteurs et des libraires pour ce roman, dont j'ignorais absolument tout de l'histoire. J'avais supposé qu'il s'agissait d'une lecture tendre et délicate, aux doux pouvoirs apaisants. Eh bien, j'avais raison, un peu, mais j'avais tort aussi. En fait, cette histoire est beaucoup plus bouleversante que je ne l'aurais cru !

Nous découvrons une femme de 47 ans, Jocelyne, surnommée Jo, mercière à Arras, mariée à Jocelyn (!) depuis une vingtaine d'années et mère de deux enfants (sa troisième fille est morte à la naissance). C'est une femme heureuse et comblée, même si les épreuves, elle connaît aussi. Comme beaucoup de monde, elle avait rêvé d'une autre vie, mais les aléas du destin ont fait que ... Ce n'est pas de l'amertume qui accompagne ses mots, aujourd'hui. Après un rapide tour d'horizon, Jocelyne s'estime chanceuse.

Et puis, elle gagne au Loto une somme faramineuse. Elle conserve le chèque dans sa poche, n'en parle à personne. Parce que, "la convoitise brûle tout". Alors, Jo continue de mener son petit train de vie, avec ses copines, les jumelles coiffeuses, toujours fofolles, mais extrêmement perspicaces. Elle ne dit rien à son mari non plus, elle attend, elle part en weekend, elle est plus amoureuse que jamais, enfin détendue, après des années de hauts et de bas. Dans son coin, elle dresse des listes, de ses envies, de ses besoins, de ses rêves. Elle tient aussi un blog de tricot, qui connaît un succès fulgurant. Non, vraiment, Jocelyne a tout pour être heureuse. Alors, ces 18 millions et des pépettes pèsent de plus en plus dans la poche...

L'histoire, finalement, va nous surprendre, nous mettre k-o, nous choquer et nous bouleverser. Nous sommes plus près que jamais de Jocelyne, nous ressentons sa détresse, ses peurs, sa rancune, son désarroi. Sa belle histoire devient tragique. Elle qui se pâmait à la lecture de Belle du Seigneur prend conscience du gouffre qui l'attend lorsqu'on a longtemps cru à l'amour absolu. Qu'est-ce que c'est poignant ! D'un seul coup, ce roman qui m'apparaissait léger, attendrissant et drôle s'est revêtu d'un voile d'amertume, d'où l'on sort plus déboussolé que jamais. Enfin, c'est bon aussi ! C'est un roman généreux et honnête, qui nous porte à apprécier les petits plaisirs simples de la vie ordinaire. Sans mièvrerie, sans cynisme. Et quelle prouesse de la part de l'auteur, d'avoir su se glisser dans la peau d'une femme, avec les mots justes, les émotions à fleur de peau. C'est ce qui touche aussi.

Odile Cohen, également la voix d'Amy dans Les apparences, parfait à apporter à la musique des mots du roman un ton juste, tendre et profond. Encore un beau moment de lecture que nous offre Audiolib ! (Comptez seulement 3h30 de lecture, avec en bonus un entretien avec l'auteur.)

La liste de mes envies, par Grégoire Delacourt
Audiolib / JC Lattès, 2012 - Texte intégral lu par Odile Cohen

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29/03/13

Qu'était devenue ma cité médiévale, son charme pittoresque, ses allées sombres et tortueuses ?

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Cela faisait trop longtemps que je repoussais le moment de lire Rose, je ne m'explique pas pourquoi, car tout de suite, dès les premières notes au son de la voix de Nathalie Hons (également la voix d'Aibileen dans La couleur des sentiments), j'ai été captivée par cette histoire.

Nous sommes au cœur de Paris, sous le Second Empire. Un certain baron a décidé de moderniser les petites rues de la capitale, en rasant des quartiers entiers, ce qui forcément suscite la grogne des habitants. Dans la rue Childebert, nous découvrons Rose Bazelet, une veuve d'une soixantaine d'années, qui est farouchement attachée à sa maison et à ses souvenirs. La plupart de ses voisins vont se résoudre à partir, seule Rose va résister et se cacher dans la cave, avec la complicité d'un chiffonnier. Dans l'attente de la destruction de sa demeure, Rose écrit son journal et nous raconte l'histoire de sa maison, inévitablement attachée à celle de sa vie.

Rose écrit à son époux, Armand, un homme bon et amoureux, frappé trop tôt par la maladie. Elle revoit leur rencontre et leur félicité conjugale, la naissance de leurs enfants, puis la déchéance et la mort. Elle raconte aussi comment elle a pu survivre à son deuil, notamment grâce à sa passion dévorante pour la lecture et son amitié avec Alexandrine Walker, une jeune fleuriste.

J'ai, très sincèrement, aimé cette histoire pleine d'élégance et nimbée d'un charme délicatement suranné. J'ai eu le sentiment d'être littéralement transportée à cette époque, de partager cette petite vie pimpante de la rue Childebert. La plume de Rose est douce, pudique et sensible. C'est un bonheur d'écouter une telle histoire. Seul le secret, qu'elle nous dévoile sur la fin, me laisse quelque peu perplexe. Cette anecdote m'est apparue sordide au cœur de cette lecture qui était pour moi simple, mais sophistiquée. Un léger bémol qui n'enlève strictement en rien tout le bien que j'ai pensé de ce très beau roman !

Rose, par Tatiana de Rosnay
éditions Héloïse d'Ormesson / Audiolib, 2011 - traduit par Raymond Clarinard
Texte intégral lu par Nathalie Hons (durée d'écoute : 4 h 55)

"... en tant que lecteur, il faut faire confiance à l'auteur, au poète. Ils savent comment s'y prendre pour nous extirper de notre vie ordinaire et nous envoyer tanguer dans un autre monde dont nous n'avions même pas soupçonné l'existence."

19/10/12

Régler sa dette absurdement.

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Un soir d'été, une voiture fauche un cycliste. Le corps est recroquevillé dans un fossé. La conductrice, Marie, s'arrête avant de paniquer. Elle reprend aussitôt le volant sans porter assistance à la victime. Elle va se planquer, errer au bord d'une route, rencontrer une fermière qui ne lui posera aucune question, elle va se réfugier auprès d'Alain, cet homme taiseux, qui aime mal mais qui sait admirablement écouter. A sa façon, Marie s'inflige cette punition parce qu'elle a honte d'elle-même.

Ce qui l'a bloquée va finalement s'ouvrir, parce qu'il y a toujours un moment où il faut avancer et réparer son crime. Marie va trouver du boulot et se rendre à l'Yprée, un magnifique parc dessiné par un jardinier paysagiste de renom, lequel est frappé d'une grave maladie qui est en train de le rendre aveugle. Dans ce vase clos, Marie va également rencontrer Emile... et là, on se dit que le sol va trembler, que ça va barder et que ça va se terminer en eau-de-boudin, notre histoire. C'est alors que le ton surprend, la colère fait place à la repentance, le remords est remisé au placard, on efface tout et on recommence, on aperçoit une leur d'espoir, on s'explique, on comprend, on ne juge plus, ne serait-ce point trop beau pour être vrai ?

Je n'ai pas réussi à m'attacher au personnage de Marie, ni aux petits satellites qui gravitent autour. Parmi toutes ces personnalités ravagées, je faisais grise mine. C'était clair qu'avec un tel sujet, je n'allais pas sauter de joie non plus. Et pourtant, quelque part le rendez-vous a cloché, la rencontre n'a pas suscité d'espoir ou d'émerveillement, je n'y ai pas cru une seconde. Toute cette atmosphère morose et sinistre a fini par teinter ma lecture de couleurs tristounettes. J'étais pressée d'en sortir.

La rencontre, par Isabelle Pestre
Belfond, 2012

Vivre mal aimée, se bricoler une existence au hasard. Se dire "quand même" pour continuer. Jouer au "c'est pas si mal", "c'est mieux que rien". N'être jamais soi. Jeter par terre la coupe précieuse.
Camper sur son coeur brisé ainsi une ville bâtie en hâte au bord d'un lac salé.

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21/09/12

"J'ai aimé si fort toute ma vie que j'ai sans doute vécu au-dessus de mes moyens."

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C'est la beauté du titre qui m'a donné envie de découvrir ce roman, et dès le départ j'ai été séduite parce qu'il s'agissait d'un roman épistolaire, tout en élégance et tendresse. Zika et Joseph sont mariés depuis cinquante-six ans mais ont été séparés par la force des choses : devant suivre un traitement pour son coeur à Paris, Zika est hébergée chez leur fille Isabelle, sauf que son appartement trop petit ne pouvait accueillir le couple. Joseph a dû se résoudre à partir chez leur fils Gauthier.

L'un comme l'autre vivent très douloureusement la séparation, et ce sont de longues lettres empreintes d'affection et de déclarations enflammées qu'ils s'envoient. C'est beau, à plus de soixante-dix ans, d'être aussi éloquent, démonstratif, voire jaloux et boudeur, concernant leur relation. Bon, tout ne se passe pas très bien à distance : la cohabitation entre Zika et Isabelle est pénible, elle connaît des heures difficiles, la fille ne cesse d'abreuver sa mère de reproches, jusqu'au clash de trop. De son côté, Joseph est le témoin impassible du naufrage du couple de son fils. Là aussi, les soucis des autres vont submerger notre couple d'amoureux.

A force, Zika s'interroge sur l'inconséquence de ses enfants, lesquels accaparent toujours leur attention, au lieu de se préoccuper des problèmes de leurs parents. Car Zika persiste à songer que c'est à leur tour de veiller sur eux, Joseph et elle ont fait leur temps, rempli leur rôle, ce serait un juste retour des choses. Au fur et à mesure qu'on avance dans cette correspondance, on réalise le malaise, on le ressent pleinement, toute la poésie du début a cessé de paraître et il m'a semblé que d'autres sentiments prenaient place. Je n'étais plus sûre de m'en satisfaire, soudainement cela me dérangeait. La faute à un amour trop exclusif, à l'égoïsme du couple, à cette bulle qui a fini d'étouffer au lieu de protéger ? Ce roman trop délicat aura eu raison de mes émotions, mais il incite à réfléchir.

Le vase où meurt cette verveine, par Frédérique Martin
Belfond, 2012

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17/09/12

Ce sont ces petites choses, égrenées au fil des jours, qui ont sur la suite de la vie, l'effet d'un rideau cachant le soleil.

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Ce roman est remarquable, même si le ton est froid et cinglant, il sert à mieux dresser le portrait de Marie, une vieille femme sournoise, aigrie par les années durant lesquelles elle a multiplié les exigences et les caprices. Mariée à André, instituteur à la retraite, elle n'a cessé de le houspiller, le rabaisser, le faire tourner en bourrique. Et lui, bonne pâte, s'est plié à ses tortures...

A présenter ainsi, c'est clair que le livre ne fait pas très envie. Ce serait cependant une erreur de ne pas s'y intéresser, car le talent narratif d'Hervé Bel consiste à nous présenter cette femme, indigne et détestable, sans jamais forcer le trait ou sombrer dans le ridicule. Au contraire, on peut être surpris par les pointes d'humour, souvent malgré elle, de Marie, qui pense petit et vit tout aussi petitement, en plus des aspects dérisoires de sa vie et sa façon de penser.

Le film de sa vie est déroulé sous nos yeux, on la découvre jeune fille, belle et insouciante, déjà pimbêche, choyée par un père qui cédait face à son bon vouloir, puis amoureuse, sottement romantique, jouant presque un jeu, elle s'étourdit de belles paroles, souhaite qu'on flatte son ego, semble accorder une grande faveur en épousant l'homme de son choix... Dès le départ, on la sent naïve et calculatrice, car lorsqu'elle aura cessé de vouloir paraître, elle se laissera submerger par son amertume.

Avare, égoïste, abusive, despotique et ingrate, Marie est une héroïne rare et incroyable. Au début de la lecture, on est en droit de penser que ça ressemble à la vie de nos parents, ou nos grand-parents, un couple au crépuscule de sa vie, quoi. Et puis cette façon d'entrer dans l'intimité de Marie, de pénétrer sa logique et sa mauvaise foi, vraiment à plus d'un titre, le résultat est bluffant, saisissant et accrocheur. Je ne pensais pas m'attacher autant à cette histoire, c'est comme une fascination dérangeante pour cette femme au caractère impossible, qui défend sa cause avec véhémence et tromperie. C'est redoutable, jusqu'au bout !

Les Choix Secrets, par Hervé Bel
JC Lattès, 2012

Elle a toujours vécu dans cette illusion que le monde était un parterre, et qu'elle était sur la scène, aimée de son public, et elle la vedette, tantôt indifférente, tantôt gentille, tantôt méchante, mais toujours pardonnée. Qu'il suffisait d'un geste de sa part pour recueillir des preuves d'amour.

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22/02/12

Loin de moi le monde. Loin de moi mon monde.

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Noah, adulte, se retrouve dans son atelier d'artiste, complètement vide, mise au pied du mur. Sa vie est sinistre, son couple bat de l'aile, son travail ne la motive plus, la flamme s'est éteinte. Surgit alors Noah, enfant, avec son short de foot trop grand, sa coupe à la garçonne, son espièglerie, son effronterie...
Noah et son enfance flamboyante à Dakar et sur l'île de Gorée, avec Dieu, son père, ethnologue et professeur à l'université, et sa mère, fuyante et insaisissable, qui partait à Paris pour écrire son livre, et qui revenait écouter ses disques de Leonard Cohen et Paco Ibañez...
Noah, heureuse et insouciante, habile et redoutable, avide et insatiable, débrouillarde et farouche...
Un jour, il a fallu partir, oublier et se consacrer à une nouvelle vie. Une dizaine d'années après, c'est le retour du boomerang, avec l'amertume au bord des lèvres, la certitude d'avoir vécu quelque chose de trop fort et de ne plus l'assumer.
Parce que, "ses souvenirs d'enfance et d'adolescence refusaient de s'accorder à sa vie de femme."
Parce que, "une enfance flamboyante, cela peut aussi empoisonner ton existence d'adulte et réduire les chances du bonheur".
C'est de façon remarquable que Marine Bramly fait la lumière sur le parcours de Noah, toutes les parties consacrées à l'Afrique sont splendides, dépaysantes et fascinantes, et lorsque le malaise trouve enfin sa source, la révélation est d'autant plus forte et poignante.
Un très beau roman, admirablement écrit et construit.

Mon petit bunker, par Marine Bramly (JC Lattès, 2011)

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25/03/11

Les racines du mal sont les fruits du paradis.

IMG_3089Quel immense coup de coeur, pour moi, ce livre ! Il réunit ces ingrédients qui me font chavirer : l'étendue sauvage, la chevauchée éperdue, l'équipée de bras cassés, l'aventure, les larmes, le chaleur, la faim, l'injustice, l'amitié, l'amour... Qu'est-ce que c'est bon !
Mosquito a été enlevé à ses parents, après que leur diligence ait été attaquée par la bande du redoutable Bandit. Celui-ci sème la terreur dans cette région qu'on surnomme le Ventre du Diable. L'enfant, habitué au confort, va brutalement connaître sa douleur. Il est confié à la cantinière du campement, la pétillante baronne Ernesta von Singer, apprend à ranger ses larmes dans sa poche, ne doit pas poser de questions, mais s'endurcir à cette vie rudimentaire, peut-être qu'un jour finira-t-on par le libérer si la rançon est payée.
Heureusement, il y a Paloma. La belle Amazone. Le gamin est totalement fasciné, il sent déjà son destin se lier à elle. Paloma, mystérieuse et frondeuse, s'attachera également à Mosquito. Tous les deux ont beaucoup à apprendre l'un de l'autre - la lecture, l'écriture, la vie, la confiance, l'espoir... mais aussi les armes, la bataille, le courage, la rage.
C'est terriblement poignant comme histoire. Ce sont plus de 300 pages qui vous embarquent, vous font adhérer à cette drôle d'épopée, vous laissant apercevoir un combat juste, malgré les moyens employés, et vous rendant tous les personnages tellement vrais. On sent le coeur battre et se serrer plus d'une fois, l'entrain est palpable, l'histoire se lit d'une traite, et je ne vous cache pas que, plus d'une fois, les larmes n'étaient pas loin.
Je suis totalement envoûtée. C'est un roman, aussi, qui porte un message fort et qui résonne encore dans nos sociétés - la force et la terreur, à tout jamais les armes des tyrans. Et pour combattre cela, il faut que renaissent les légendes.
Car c'est étrange ce qu'il se produit, le pouvoir de ce récit, comment notre affectif bascule d'un camp à un nôtre, le fait de détester un personnage puis de le comprendre, de le plaindre et de s'apitoyer sur son sort. C'est incroyable, incroyablement bon ! Et fort.

De Poussière et De Sang - Marcus Malte smileyc219
Pocket (2011) - 375 pages - 7€

Little Joy - mon dernier album coup de

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02/03/11

Les yeux aux ciel

IMG_2623C'est l'histoire d'une famille qui se retrouve pour l'anniversaire du patriarche. Quelques jours dans la grande demeure près d'une plage bretonne. Un par un, les enfants, devenus à leur tour des parents, arrivent avec leurs valises trop lourdes. Des valises qu'ils videront au compte-goutte, mais pas pour plomber l'ambiance. C'est incroyable ce que quelques jours passés ensemble vont finalement déclencher chez les uns et les autres.
Achille, l'aîné issu d'un premier mariage, reproche à son père d'avoir été délaissé et confié à l'éducation rigide de sa mère. Il n'aurait pourtant suffi d'un seul geste pour qu'il plaque tout et se réfugie dans le cocon créé par Marianne, la nouvelle épouse de Noé.
Et pourtant, Marianne est une femme sèche et peu maternelle. Excentrique à ses heures. Elle a lancé de gros travaux pour restaurer la maison. Petit à petit, tous les souvenirs s'effacent. C'est un bien pour un mal, car trente ans plus tôt, un drame a eu lieu. Et cette absence pèse encore.
Merlin, l'éternel vagabond, en est encore fortement marqué. Il cherche continuellement à se racheter. Sa conduite passée lui vaut toujours la méfiance et les sarcasmes de ses proches. Il a par exemple confié sa fille, Scarlett, à ses parents. Aujourd'hui il aimerait la "reprendre", mais cette déchirure est mal vécue.
Lena, la soeur aînée, s'estime malheureuse et au bout du rouleau. Sa vie d'épouse et de mère ne l'enchante plus. Elle se sent éteinte. Stella, la cadette, est spectatrice de son vague à l'âme, mais n'ose pas l'aborder pour l'encourager à davantage de confidences. Elle-même n'est pas venue le coeur léger, elle aussi a peur de grandir et ne se retrouve plus dans sa relation actuelle.
Et ainsi, mis bout à bout, les histoires de cette famille nous touchent et nous prennent par la main. Il règne une belle et délicate ambiance, sous ce climat breton, ensoleillé et ronronnant. C'est doux, réconfortant. Un nid douillet, même si les fantômes font leur sieste. Il n'y a pas de portes qui claquent, pas de révélations qui font mal, pas de gifles qui sifflent dans l'air. C'est davantage dans l'introspection que les membres de cette famille vont se bousculer, et personnellement cela m'a vraiment plu.
J'ai beaucoup aimé cette ambiance que j'ai trouvée chaleureuse et tendre, même derrière le dépit et l'amertume. C'est un roman sur les secrets de famille qui ne revendique aucune prétention, et je l'aime pour ça.

Les yeux au ciel - Karine Reysset
Editions de l'Olivier (2011) - 190 pages - 17€
EN LIBRAIRIE LE 3 MARS.

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14/02/11

C'est pas parce qu'on écrit qu'on est bien dans sa tête, ça veut rien dire...

IMG_2471C'est un très, très joli roman qui absorbe toute votre attention pendant 500 pages et qui vous recrache contre votre gré, le coeur lourd et la tête à l'envers, car c'est vraiment difficile de quitter tous les personnages, même si on sait que tout va mieux pour eux.
C'est l'histoire d'une ferme, qui s'appelle Le Bout du Monde. Un lieu paumé pour accueillir tous les bras cassés. On y rencontre Marlène, la responsable, et trois adolescents, Solam, Jul et Malo. On ne connaît pas tout de suite leurs histoires, on en aperçoit des bribes et c'est tant mieux. Cela rend la lecture plus intriguante et passionnante.

Le roman se construit autour des pages de journaux intimes de chacun - ils doivent se livrer à cet exercice imposé par Marlène. Tous n'y mettent pas le même coeur à l'ouvrage, certains préfèrent se défouler dans l'agressivité, d'autres dans leur détresse affective ou dans une poignante candeur. Mis bout à bout, leurs confessions nous bouleversent, nous touchent et nous racontent une vraie histoire, dans la lignée de celle d'Anna Gavalda. Ensemble, c'est tout est devenu un slogan à part entière, un slogan qui colle parfaitement à l'esprit du roman de Maud Lethielleux. C'est vous dire le bonheur et le bien qu'il procure.

J'ai ressenti des élans d'amour, de tendresse, de colère, de frustration et d'amertume au cours de ma lecture. Tout est vécu vite et fort, tout s'exprime au centuple. Ce n'est pas un roman banal. Pas une histoire commune. Et j'ai aimé aussi l'idée de créer sa propre famille, de se consoler comme on peut, avec les moyens du bord, jusqu'à l'issue de secours, inattendue mais pas vaine, rassurante et loin d'être mielleuse. Oui, c'est bien que ça se termine ainsi, c'est mieux, ça donne de l'espoir.
J'ai réellement apprécié me fondre dans cette aventure humaine, me faire une place parmi cette communauté toute cabossée. Je leur souhaite bonne chance, comme à tous ceux qui grandissent trop vite ou que la vie inquiète.

Tout près le bout du monde - Maud Lethielleuxsmileyc219
Flammarion (2010) - 508 pages - 10€

Quand elle sourit j'ai l'impression d'être en coton, comme la poupée doudou que j'avais quand j'étais petit, toute molle. J'aimerais bien être un doudou toujours au chaud avec quelqu'un comme Djoule qui me cherche partout.

***

Parfois je me sens libre. Je respire, c'est tout ce dont je suis capable : respirer, me nourrir, dormir. Et il m'arrive de penser que c'est suffisant, qu'après tout la vie n'est rien de plus, et que tout le reste n'est qu'un leurre.

> les cris d'amour de Zazou et Gaëlle

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11/02/11

Ils diront d'elle

- C'est à cause de ton père n'est-ce pas ? avait demandé sa mère quand elle avait deviné, quelques années plus tard, à quoi pouvait ressembler sa "vie avec une copine" dans un bled maritime, quartier abandonné pendant dix mois de l'année, vent qui souffle, grosses marées, mais personne pour juger quand on veut s'embrasser.

L'avantage des questions fermées c'est qu'elles parlent à la place du sujet concerné. Estelle avait l'habitude, elle avait toujours entendu sa mère répondre pour elle. Depuis l'âge des jambes croisées qui se balancent sous la chaise, jusqu'à celui des pieds qu'on lui laissera enfin ne pas avoir "sur terre", sa mère commençait ses phrases par "ma fille" et Estelle attendait de connaître la suite en même temps que la directrice du collège ou que l'enseignant qui les avait convoquées. Elle apprenait qu'elle était comme ci ou comme ça, qu'elle avait envie de faire ceci ou cela, elle était quelqu'un qu'on lui décrivait.  Alors oui, si elle le disait, si c'était la réponse que sa mère proposait, parce que ça l'arrangeait, parce que ça l'épargnait, elle, qu'est-ce qu'elle aurait raté ?

De la faute de son père, c'est bien restons-en là, avait pensé Estelle. Elles n'avaient jamais eu de véritable discussion. Elle s'était contentée d'apprécier que sa mère ait deviné sans paraître mortifiée, qu'elle ait mis le pied dans le plat sans même se déchausser. Plus tard, Estelle doutera de l'avoir correctement interprété.

IMG_2461A l'occasion des retrouvailles en famille pour les fêtes de fin d'année, Estelle a choisi de discuter des parents avec ses frères et soeurs. Elle a grandi sous le poids des secrets, elle s'est sentie étouffée et empoisonnée, cela continue de la hanter, aujourd'hui il est temps de s'en libérer. C'était la petite dernière, beaucoup d'écart la sépare de ses aînés, a-t-on cherché à la protéger, à la tenir à l'écart car elle était trop jeune ? Ou est-ce de sa faute aussi d'avoir noirci le tableau ? Entre la disparition du père, cavaleur et faible, qui aurait cédé à la facilité, et entre le silence martyr de la mère, Estelle en a vu de toutes les couleurs et a longtemps tu ses frustrations. En choisissant donc de briser le tabou, elle s'expose. Elle entend bousculer ses frères et soeurs, mais la réalité la déconcertera davantage.
Ce roman conserve une empreinte de tristesse et de désolation qui ne parvient pas à s'enlever, je m'y suis enlisée, je ne sais pas pourquoi, j'ai trouvé que les problèmes d'Estelle étaient pesants et m'ennuyaient un peu. Fatalement ses histoires de famille empiètent sur sa vie personnelle, sur son manque d'ambition, sa vie sentimentale qui m'apparaît subie. Oui, elle est heureuse auprès de Vanessa, qui est une jeune femme à la personnalité flamboyante. Tout est terriblement lié - le manque de repère et de confort a fragilisé Estelle, qui se rassure et se sustente dans sa fascination. C'est compliqué, j'exagère ou je raccourcis, mais il me restera de cette lecture une impression mitigée. J'avais nettement préféré les précédents romans de Fanny Brucker, Far Ouest et J'aimerais tant te retrouver
.
Celui-ci m'échappe un peu...

Merci, merci, F.B. !

Ils diront d'elle, roman de Fanny Brucker
JC Lattès (2011) - 267 pages - 17€

 

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