24/01/11

(...) il se passerait quelque chose d'inattendu, quelque chose que personne n'aurait pu prévoir

IMG_2271Ce roman possède une force tranquille mais redoutable. J'ai longtemps regardé de loin mon livre, je n'osais pas m'y aventurer, quand enfin je l'ai ouvert, c'était pour ne plus le reposer avant la dernière page tournée ! Un truc complètement dingue. J'ai été totalement happée par l'histoire, j'avais le souffle court, le coeur battant, j'étais fébrile et impatiente, transportée par cette intrigue ô combien fantastique, étrange et envoûtante.
Le mieux, en fait, serait de ne pas déflorer le mystère de ce roman. C'est du Mourlevat, que voulez-vous que je vous dise, c'est forcément bon et fort et implacable.
Sachez juste qu'on y trouve Anne, prête à tout pour retrouver sa soeur Gabrielle. Celle-ci a disparu depuis un an. Anne va rencontrer M. Virgil, un écrivain qui prétend ne plus avoir d'imagination, un monsieur âgé et veuf, pas mécontent de mettre un peu de sel dans sa vie ronronnante.
S'il fallait donner une couleur à ce livre, ce serait ce blanc crèmeux et fantomatique comme la couverture. On suit Anne dans sa quête, on la suit dans le brouillard, on n'hésite pas un seul instant et on ne la lâche plus. On restera incrédule, choqué et émerveillé. Impatient, fâché et exigeant.
La fin, notamment, m'a quelque peu frustrée. Je m'attendais à plus de retentissement, j'espérais davantage du Saut de l'Ange ou du portefeuille et de la photographie (ceux qui savent comprendront), je suis restée sur ma faim. Ceci dit, je ne regrette rien.
Je n'oublie pas avoir avalé près de 400 pages d'une aventure hallucinante, au coeur d'un univers aseptisé, qui fait terriblement peur, qui rappelle d'autres références (littéraires, mythologiques ou historiques).
Je suis sortie de ma lecture en poussant un grand, gros soupir. Comme si j'avais besoin d'expirer. Besoin de respirer un bon bol d'air. L'histoire m'en avait tellement privé, mais pas seulement.
Découvrez ce que cela cache !

Et voilà que la porte de “l'ailleurs” s'entrouve. Cette fille, Anne Collodi, ce village qui n'existe pas, cette voix dans la nuit... « Est-ce que je serais en train de perdre la tête ? »

Terrienne, un roman de Jean-Claude Mourlevat smileyc219
Gallimard jeunesse (2011) - 387 pages - 16€

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26/01/10

Le baby-sitter ~ Jean-Philippe Blondel

le_baby_sitterJe n'avais pas très envie de parler du dernier roman de Jean-Philippe Blondel. Je l'ai lu, j'ai aimé. Je n'avais pas plus d'avis que ce qui a déjà été dit sur d'autres blogs, je pense. (J'ai zappé tous les messages avant de m'y plonger, de peur d'être influencée.) Alors, pour ceux qui ne connaîtraient pas, voici donc cette petite bafouille.
L'histoire est simplissime : Alex, étudiant sans le sou, devient baby-sitter et psychanalyste sur commande. C'est incroyable cette connivence qu'il crée avec chaque personne qu'il rencontre - la boulangère, le père dépressif, les enfants, la jolie Marion, sa propre mère, avec laquelle les rapports sont loin d'être conventionnels. Dans le fond, j'ai eu du mal à gober toute l'histoire, de croire que ce garçon sorti de nulle part allait pouvoir résoudre les problèmes d'inconnus, s'immiscer dans leur vie comme s'il y avait toujours appartenu, être l'oreille grande ouverte, l'âme compatissante, le donneur de bons conseils, forcément, alors que lui-même patauge dans sa propre existence, bon, bref. C'était assez hallucinant à croire. Et puis je n'ai pas su aimer le personnage d'Alex, même s'il a pour lui d'aimer The Last Shadow Puppets et lire des romans, j'ai trouvé qu'il était mou, trop gentil, passif et souvent à côté de la plaque. Son histoire de baby-sitting, disons-le, est tirée par les cheveux. Je ne reviens pas là-dessus, et je sais que c'est un roman, donc une histoire inventée, imaginée, folle, délirante, blablabla. Je sais, je sais, le baby-sitting sert à raconter une histoire - ce que l'auteur sait très bien faire - et donc à montrer un bout de vie avec des gens aux bras cassés qui vont s'entraider et se serrer les coudes. C'est tout à fait un roman dans la veine des Ensemble, c'est tout. Sauf que, dans ce registre, j'avais trouvé JP Blondel meilleur avec son livre,  Au rebond.
C'est un roman qui se veut, comme le souligne l'éditeur, extrêmement positif et sensible. Je suis d'accord. Ce roman caresse dans le sens du poil, cela fait du bien aussi dans une époque où on cherche absolument à exister (ou briller) à travers le cynisme.
Ce que j'attends de JP Blondel, maintenant, c'est une saison 2 de Juke-Box. S'il te plaît, s'il te plaît.

1er roman de l'auteur publié chez Buchet Chastel, 2010 - 304 pages - 19€

pour toi, Alex... ;o)

And it's solid as a rock rolling down a hill
The fact is that it probably will hit something
On the hazardous terrain

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15/01/10

La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique ~ Martin Page

 

Avec un titre pareil, le roman de Martin Page nous fait sourciller et sourire gentiment. Alors donc, c'est quoi cette farce ? Il faut l'ouvrir pour le croire et, s'appuyant sur les écrits de l'auteur, il faut donc s'attendre à un texte fou, incontrôlable et pourtant bien sage, bien réaliste, tout à fait possible et envisageable, et fatalement pas si tordu que ça !

Qu'on explique le commencement : une dame de soixante-dix ans reçoit un coup de matraque sur la tête, elle tombe dans les pommes et est hospitalisée en urgence. L'autre souci, c'est qu'il s'agit de Fata Okoumi, une femme d'affaires en visite à Paris, elle est très riche, influente et noire. L'affaire fait grand bruit et le maire de Paris est dans ses petits souliers. Il convoque toute sa clique pour calmer le jeu, pour préparer des discours pompeux et ennuyeux pour rétablir l'ordre et le respect, pour cirer les pompes de la victime et lui présenter toutes les excuses afin d'effacer cette bavure policière. Est donc désigné à cette mission notre narrateur, Mathias, quarante ans, une vie de patachon, célibataire, sans famille, sans enfant, sans animal de compagnie.

Il se rend au chevet de Fata Okoumi et tombe sous le charme. Elle est sonnée, elle balbutie quelques mots... elle souhaite faire disparaître Paris. Qu'est-ce que cela signifie ? Mathias n'a pas le temps d'en savoir plus qu'il est poussé vers la sortie, puis d'autres événements vont l'écarter toujours plus de Fata Okoumi, et lui reste seul avec cette terrible confession, sans queue ni tête. A partir de là, sa vie ne va plus vouloir se ranger dans sa petite case. C'est presque l'anarchie pour ce fonctionnaire qui s'est toujours tenu à distance des dossiers qu'il traitait, c'est bien la première fois qu'une telle masse s'abat sur sa tête ! ...

En quelques 200 pages, le roman va donc nous balader dans Paris, la ville lumière, la ville des philosophes, Paris, la ville faite pour la pluie et la neige, comme le souligne Mathias. Cette brutale confession de Fata Okoumi va prendre un sens aberrant dans la vie de cet homme, à qui soudainement des révélations vont lui être apportées, pas sur un plateau d'argent, car il lui en faudra du temps et des balades et des petits déjeuners dans le lit à se demander mais qu'est-ce qu'elle veut, ... bref c'est un roman que je n'arrive pas à qualifier, mais que j'aime parce qu'il est insensé, attachant, touchant, juste, mélancolique et rêveur. C'est aussi un roman qui parle d'amour et de sentiments, des émotions et d'accouchement, car Mathias va renaître et enfin réaliser que cette femme, Dana, qu'il voit toutes les semaines dans une chambre d'hôtel, depuis des mois, selon un rituel immuable et limite flippant, donc cette femme est bel et bien LA femme et qu'il n'est jamais trop tard pour se l'avouer !

Un autre roman de Martin Page vient de paraître en poche, chez points : Une parfaite journée parfaite. De quoi faire le plein pour découvrir cet auteur hors normes, dont j'ai d'abord appris à apprécier les écrits pour la jeunesse.
Voilà tout pour aujourd'hui, amis lecteurs !

disparition_paris Editions de l'Olivier, 2010 - 215 pages - 16,50 €

 

       une_parfaite_journ_e_parfaite  en poche ! 

   

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12/01/10

Le premier amour ~ Véronique Olmi

Vingt-cinq années de mariage balayées d'un revers de la main, simplement pour répondre à l'appel d'un premier amour qui vit en Italie, c'est ça le moteur d'Emilie, une femme qui approche des cinquante ans, qui avait tout pour être heureuse et qui se rassurait du regard des autres, lesquels enviaient son bonheur alors que tous les couples de leur connaissance se séparaient les uns après les autres. Seulement, comment expliquer à tout ce joli monde qui pense droit et sans réfléchir ce sentiment d'alerte et de sursis lorsqu'une petite annonce dans un journal vous plonge trente ans plus tôt et vous pousse à agir pour rattraper le temps perdu ? Le mari s'emporte, devient fou, les enfants jugent et critiquent en disant tout le mal qu'ils pensent... Tant pis.

Emilie répond à Dario, la voiture peut filer à vive allure, direction le Sud, les routes de l'enfance et ainsi reviennent les souvenirs, les émotions, la chaleur d'un été, la passion d'une première fois, la mère revêche, la vieille petite soeur aussi, qui avait un chromosome de trop et qui chantait Mike Brant - un joli personnage, d'ailleurs, drôle, tendre, attendrissant. Mais au lieu d'avaler les kilomètres à perdre haleine, Emilie se pose. Elle flâne, elle rencontre du beau monde, un monde bariolé et déjanté, elle dort dans des petits hôtels, elle chante à tue-tête, les larmes aux yeux, elle est libre et heureuse. Elle est comme libérée d'un poids.

Et le lecteur est aux anges. 

L'histoire avec Dario revient par vagues, c'est doux, c'est nostalgique, jamais triste. Pendant une très large partie du roman, j'ai savouré, bu du petit lait, le roman est entraînant, c'est une bulle légère, euphorique et grisante. Avec en prime un beau portrait de femme qui fait un petit bilan, sans aucune amertume. J'ai trouvé beaucoup de sagesse et de pertinence dans son discours, j'ai aimé et admiré son coup de tête, soutenu son désir et rêvé à ses côtés. Et puis j'étais impatiente de savoir pourquoi Dario lui adressait ce message, que lui voulait-il ? ! ...  C’est là que le bât blesse, et mon enthousiasme a été douché car j'ai trouvé la toute dernière partie du livre décevante, frustrante, vague, floue, quelconque, hors-sujet. C'est franchement dommage ! Véronique Olmi a réussi un début de roman qui donne la pêche, qui donne envie d'y croire et qui nous inspire sourire et espoir, qui fait sentir le vent gonfler les voiles, qui vous prend à bras le corps, qui est brillant, vibrant et émouvant, c'est tout ce que je souhaite retenir !

le_premier_amourGrasset, 2010  - 300 pages  - 18,00€

 

Je suis plus jeune aujourd'hui qu'à vingt ans. Mes désirs sont plus légers, mes a priori aussi. Je voulais me marier, avoir des enfants, un métier, des amis, des vacances et des Noël. J'ai eu tout ça. J'y ai mis tant d'énergie, de peur et d'attention, (...) j'ai perdu tant de temps à prendre sur moi que je suis passée par-dessus bord. Et aujourd'hui mes propres enfants, qui m'ont pris mon sang mon temps mes nuits mon insouciance mon argent mon nom, ces enfants n'étaient pas d'accord pour que j'aille en Italie ? N'étaient pas d'accord ? C'était à mourir de rire, vraiment ! 

le premier amour, c'est n'importe quoi...

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07/01/10

Des corps en silence

Il fallait s'attendre à une déception et elle est venue, trop tôt, à mon goût. Et c'est sous la plume de Valentine Goby qu'elle est survenue, de quoi me désoler plus particulièrement. Je suis très sensible à ce qu'écrit cet auteur depuis ses débuts, j'ai pu noter son évolution, ses changements, ses intérêts pour la femme, son intimité et tout ce qui touche le corps féminin. Son dernier roman s'intitule Des corps en silence, un joli nom, pour un roman dont le sujet ne pouvait que me plaire. On y parle de deux femmes, l'une à notre époque et l'autre en 1913. Claire roule avec sa fille Kay et refuse de rentrer chez elle où l'attend Alex. Plus d'amour, plus d'envie. Claire tend vers une rupture définitive et douloureuse. De son côté, Henriette est folle amoureuse de son homme, lequel l'a initiée aux plaisirs charnels alors qu'elle vivait un mariage sans éclat. Elle aime son homme, passionnément. Elle n'en peut plus de sentir qu'il se détache, elle veut renouer ce lien entre eux qui était si fort et qu'elle pensait indéfectible. Oui, elle est prête à tout. Par amour, pour son amour. Ses deux femmes s'entrechoquent, ou disons que ce sont leurs parcours qui se font écho. La construction est plutôt habile car chaque chapitre se termine sur un coup de tête, pour embrayer sur le suivant, comme par un effet de ricochet. Les deux femmes sont ainsi unies, elles ont en point commun de refuser le silence des corps. C'est un roman que je voulais à tout prix aimer, et que je pensais lire en me délectant, hélas je l'ai trouvé froid, cru et déroutant. Je m'y suis très vite sentie mal à l'aise. Je préfère le ranger de côté et envisager qu'un jour je vais le reprendre, Valentine Goby possède beaucoup de tact et de maîtrise pour impressionner ses lecteurs, je sens que des retrouvailles sont proches !

... elle aime ça : se perdre, à nouveau, et c'est aussi, pense-t-elle, parce que au bout du voyage il y a Alex, d'ailleurs moins Alex que la douceur d'une vie qui l'attend, une fois la parenthèse refermée, la quiétude, sa certitude quand elle rentrera chez elle, après. Un soir, dans sa chambre d'hôtel, elle reçoit un message sur son téléphone portable : "Ta peau me manque." Elle regarde s'afficher les lettres sur fond d'écran orange. Elle frémit. De ne rien sentir. Elle relit. N'éprouve rien. Ne sait pas quoi répondre. Caresse son bras. Sa nuque. Son ventre. Touche son clitoris sous la chemise de nuit. Les aréoles de ses seins. Se couche. Garde les yeux ouverts sur le noir. Elle est en train de mourir, comme Alex meurt dans sa tour de la Défense. La fin du manque. Du désir. La fin.

A noter, son précédent roman - Qui touche à mon corps je le tue - est disponible en poche chez folio.

des_corps_en_silenceDes corps en silence
Gallimard, 2010  -143 pages - 13,50€

 

NB : Ce roman a en fait besoin de temps, d'espace et de patience. C'est en relisant un bref passage, pioché au hasard, que je me suis aperçue combien j'avais été trop gourmande et maladroite avec ce livre. Il se délecte par petites gorgées, même si c'est un livre de moins de 150 pages.   

Voilà donc un roman à garder sous le coude, et qui demande une approche timide, farouche et fatale.

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05/01/10

Les âmes soeurs ~ Valérie Zenatti

Elle relit ces phrases sur un homme de fiction mais qui semble si vivant, même après sa mort de papier, survivant dans un amour de papier, mais si vaste, si absolu, qu'elle ressent elle aussi un mélange d'amour profond et de deuil.
(...)
Elle relit ces mots qui lui offrent une autre vie, plus libre, reliée au vaste monde, à ses palpitations, aux seules vraies raisons de vivre, l'amour et l'art. Une vie qui tient ses promesses de richesse et d'intensité. Elle voudrait arriver au bout du livre, et dans le même temps elle voudrait qu'il ne s'achève jamais, qu'il reste une histoire dans laquelle elle a pris place et qui lui donne depuis hier le sentiment qu'un sang nouveau coule dans ses veines, le sang de Lila Kovner qui n'a peut-être pas eu une vie heureuse mais qui l'a vécue si intensément, qui a su ce qu'était l'amour, ce qu'était la guerre.

C'est l'histoire d'un livre qui m'a murmuré à l'oreille des choses douces et a fait naître en moi des sensations, des émotions indicibles. Ce livre raconte deux femmes qui jamais ne se croisent, où l'une apprend à aimer l'autre sans espoir de retour et où cet amour finit par donner des ailes et apparaître des vérités.

Emmanuelle est mariée, mère de trois enfants, travaille dans une entreprise et sent combien sa vie ne ressemble plus à rien. Tout l'accable. Tout l'ennuie. Elle en prend conscience grâce à la lecture d'un roman qui lui parle de l'histoire d'une photographe, Lila Kovner. Amour, drame, séparation, anticipation, audace et bravoure. Un choix de vie qui interpelle Emmanuelle, trop handicapée par l'inertie de son quotidien.

Sa lecture la met également face à ses souvenirs, à ses pertes (la mort de sa mère, de sa meilleure amie, son alter ego). A l'occasion d'une journée où elle décide de ne pas aller travailler, de ne pas en toucher un mot à son mari, de déposer ses enfants à l'école et à la crèche, elle prend la clé des champs. Son tête-à-tête avec son roman.

... retrouver le livre, se sentir absorbée par lui, reprendre place dans cette vie secrète et intense où tout lui était possible, où tout était vivable.

La lecture en thérapie.

Emmanuelle va gagner plus qu'un coup de coeur littéraire, elle va aussi se dépasser, atteindre ses limites et franchir la ligne qu'elle croyait ne jamais plus dépasser. La liberté au bout du chemin, comment voulez-vous ne pas applaudir cette jeune femme qui saura prendre LA bonne décision ? !

... son coeur avait appris à battre au rythme des pages tournées, et si sa vie ne lui semblait pas toujours digne de ses rêveries, si elle ne pouvait pas tout changer, tout abandonner, y compris elle-même, elle pouvait au moins briser le carcan de ce travail insipide, prendre le temps de vivre, de regarder autour d'elle et en elle, de faire de la place pour ce qui lui tenait à coeur.

Battement de paupières.

J'ai porté ce livre ! Merci Valérie Zenatti. Cette lecture a été pour moi une évidence précieuse et rare et je convie toutes les femmes qui traversent des périodes de doute de s'y réfugier sans attendre. C'est trop intime d'en dire plus, je me contenterai alors de trois points de suspension... 

les_ames_soeursEditions de l'Olivier, 2010 - 172 pages - 16,50€

 

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04/01/10

Le camion blanc ~ Julie Resa

Une pensée pour Lhasa ...

Tout lui échappait.
Son corps, bizarrement flasque et strié depuis l'accouchement. Toujours fatigué, toujours affamé.
Son esprit qui se farcissait n'importe quoi au lieu de se libérer, de se vider.
Sa vie qui tournait en rond depuis qu'elle avait choisi de prendre un tournant.
Et ce camion qui l'obnubilait, se moquait d'elle.

C'est l'histoire d'un affrontement entre une femme, jeune maman qui se rend constamment sur la tombe de sa mère, décédée dix ans trop tôt dit-elle, et un camion blanc, stationné impunément devant la belle maison de son père, dans un quartier chic et résidentiel, un havre de paix qui va progressivement devenir un enfer pour la narratrice.

L'affrontement est muet, insolent, de la résistance passive puis du dur, du violent, de la sournoiserie. La jeune femme a choisi de cristalliser sur ce camion blanc et son propriétaire ses propres refoulements, ses relents de haine, sa frustration, sa fatigue, son dégoût de la vie. De sa vie.

En seulement 90 pages, le face-à-face est pathétique, drôle, mesquin, abusif. On sait que cet acharnement cache autre chose, chez cette femme lessivée par sa non-existence il y a aussi ce deuil mal cicatrisé, cette absence de la maman qui repose au cimetière. Et le bébé qui braille, la maternité pas bien assumée, le père qui devient le dernier rempart où se refugier pour trouver un dernier semblant de l'enfance...

le_camion_blancCe petit roman en dit plus qu'il ne paraît et j'ai purement apprécié sa brièveté, sa finesse, sa tonalité et sa narratrice désabusée et insupportable.
Un petit roman qui mériterait d'être découvert.

Buchet Chastel, 2010 - 90 pages - 10€

> également lu par keisha 

en librairie le 14 janvier 2010

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25/09/09

Quinze ans après ~ Alexandre Jardin

Grasset, 2009 - 354 pages - 19€

 

quinze_ans_apresCe roman est un drame qui donnerait presque envie de pleurer ! Fanfan a été le roman de mes seize ans, et voyez-vous, j'y croyais à la théorie des passions éternelles, du combat contre la routine et l'étincelle qui s'éteint, l'amour n'étant qu'un éternel recommencement, un feu qu'il fallait alimenter, pimenter de mille façons... bref j'étais fleur bleue et naïve d'une théorie qu'Alexandre Jardin aujourd'hui réfute !
Je tremble de rage. Je suis mécontente, déçue, mais déçue.
Quinze ans après, donc, signe le retour des amours entre Alexandre et Fanfan. Or, c'est un retour amer, aigri, fané, déboussolant... Le couple n'a pas tenu la route et s'est séparé. Chacun a mené sa petite barque de son côté, Fanfan a connu deux mariages, a eu deux enfants et aujourd'hui elle divorce avec force et fracas, on la découvre affreusement lessivée, vaccinée contre les engagements maritaux et romantiques.
De son côté, Alexandre réalise que seule la félicité conjugale compte dans la vie, au diable ses vieilles lubies, il désire maintenant prouver que l'amour se vit tous les jours, c'est là le vrai pouvoir, et il ambitionne de "donner un regain de crédit aux pantoufles" !
Deux trublions - un producteur et un éditeur - vont se frotter les mains en souhaitant provoquer les retrouvailles entre Alexandre et Fanfan. L'illusion passée peut-elle resservir ? Peut-on rallumer les braises éteintes ?
Guérit-on jamais d'un premier amour ?

C'est ce que tente de raconter ce roman, beaucoup plus ancré dans le bilan, dans le constat de l'échec et dans l'autocritique. Il est tout entier empreint d'Alexandre Jardin, on reconnaît sa signature d'une folie contagieuse, qui implique son excès du romanesque, son délire sentimental, "toujours gonflé à l'hélium de ses rêveries". C'est enchanteur et fatiguant à la fois.
A seize ans, j'étais éblouie et amoureuse de son extravagance... j'ai aimé Le zèbre, Le petit sauvage ou Bille en tête. Et puis au fil du temps, je me suis lassée et je n'aimais plus. J'étais fatiguée de son impétuosité, je trouvais que c'était beaucoup moins spontané et plus travaillé (ou calculé), bref je n'en pouvais plus.
En apprenant qu'il existait un acte 2 à Fanfan, j'ai bondi. Curieuse, gourmande, besoin d'un roman gai... j'ai foncé, je regrette à moitié. On ne doit jamais revivre ses anciennes amours, on doit les laisser dans le placard des souvenirs dorés, on ne doit pas prendre le risque de les froisser et de les rendre moins idylliques.
C'est le sentiment que j'ai ressenti avec Quinze ans après.
Ce n'est pas du réchauffé, c'est juste déprimant. La première centaine de pages demande un certain effort, c'est un condensé de tout ce que je ne supporte plus, et puis j'étais mécontente de découvrir que l'auteur reprenait ce qu'il avait donné, qu'il n'assumait plus Fanfan, non je ne suis pas d'accord, donner c'est donner, reprendre c'est voler. C'est sans doute une oeuvre de jeunesse, avec son lot de farces et d'inepties, mais c'est pour moi insupportable de voir son auteur la renier.

Du coup la magie n'est plus, on sent la rengaine, on suit un personnage qui n'a pas grandi et qui reste un enfant, qui continue de rêver sa vie au lieu de la vivre. Sur ce plan, j'ai trouvé Fanfan beaucoup plus crédible et touchante, "lourde d'échecs, de poncifs et vieille de trouilles" (comme lui rétorque Alexandre).
Je n'adhère plus au concept, même si le livre est saupoudré d'inventions et de propositions sympathiques, je trouve que c'est tout de même poussif, trop naïf (oui, hélas !) et épuisant. Le fait aussi que l'auteur choisisse de retourner sa veste participe à mon agacement. Je n'aime pas la frustration, et c'est ce qui ressort de ce volte-face. On peut changer, avoir des goûts différents et penser autrement, mais on ne doit pas tirer un trait sur sa fantaisie.
Quinze ans après est un roman sur le temps, sur la sagesse et sur les nouvelles envies. Les personnages fétiches que sont Alexandre et Fanfan ont quarante ans, que sont-ils devenus, vont-ils montrer que l'amour rime avec tous les jours. A considérer, toutefois, que les lecteurs aussi ont mûri et qu'ils ne sont probablement plus réceptifs à ce tourbillon excentrique et capricieux... C'est ce que je pense, ensuite je ne doute pas que ce roman - ôde à la charentaise, ainsi soit-il - trouvera son public, dont les nombreux fans de Fanfan ! C'est un roman qui apporte aussi beaucoup de joie, et ça ne peut pas faire trop de mal non plus.

> extrait :

C'était plus fort que lui : un besoin organique, vital, de faire évoluer son avatar, de ne pas le laisser en rade sur cette pellicule qui le figeait dans des idées qu'il exécrait désormais. Fanfan Acte II démentirait l'acte I. Alexandre souhaitait s'actualiser sans délai. Il voulait se montrer éloquent contre son éloquence de jadis. Et que ses deux livres se fassent la guerre entre eux, en étrillant ses croyances obsolètes. Rageur, il allait tenter d'écrire une oeuvre à rebours qui montrerait que seule la vie domestique bien intriguée permet d'atteindre la haute passion. Et que les charmes des commencements ne sont que broutilles au regard des vertiges neufs qui peuvent survenir jour après jour. Ce bouquin bilieux parfois porterait la discorde dans la littérature romantique ; sans qu'aucun scrupule le retienne. Sa nature trop riche avait soif de castagne, ou plutôt de riposte. Quel déviant lyrique, autre que ce fêlé, pouvait soutenir que la flamme la plus brûlante ne surgit qu'avec le temps ? En prenant ses habitudes comme point d'appui au lieu de s'en défier. Tout à sa furie iconoclaste, Alexandre désirait clouer au pilori, une bonne fois pour toutes, l'idée même de l'étiolement des passions.
Par ce livre tonnant et joueur, bélier de nouveaux songes - qui guidaient sa propre vie -, il espérait refaire l'amour ; de fond en comble.  Oui, rien que ça : refaire l'amour, en réformer les attendus, se conduire en schismatique. Sans mettre de mors à ses idées. En osant la rupture totale avec les mythes occidentaux mal foutus qui, tous, promettent aux amants fous d'amour, un jour ou l'autre, une gueule de bois. Il y puiserait un goût de revanche allègre et de bravade.

en voici un qui ne change pas, alain souchon, avec cette très très belle chanson, le zèbre...

 

(mais l'album ^c'est déjà ça^ était une pure merveille de la première à la dernière note)

sans rapport, j'ai ENFIN reçu l'album de Séverin que j'attendais depuis bientôt deux mois !!! et c'est très bon ! écoute plaisante et agréable, sensation douce et sucrée, je confirme ! ^-^

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14/09/09

Markus presque mort ~ Valérie Sigward

Julliard, 2009 - 102 pages - 15€

markus_presque_mortLe talent de Valérie Sigward se trouve dans la brièveté : comment raconter une histoire avec une économie de moyens, un style rien qu'à elle, une langue épurée et des mots qui touchent et vous retournent, une fois la dernière page tournée, le lecteur n'a rien gagné en certitude, si ce n'est d'avoir lu quelque chose d'unique et de très fort.
Ce nouveau roman, Markus presque mort, ne fait pas exception à la règle, en 100 pages la plongée est fraîche, vivifiante, pour devenir de plus en plus glaciale.
Markus et Franck sont deux meilleurs amis, inséparables. Ils roulent à deux sur la mob de Markus, Franck à l'arrière sur le porte-bagage, tous deux le casque collés aux oreilles, ils filent sans but. Un soir, le long du chemin du halage, Markus et Franck sont heurtés par un autre cyclo qui les expédie dans le décor. La facture sera lourde : Franck a les jambes en compote, Markus est plongé dans le coma. Le temps passe, Franck se reconstruit une vie et il n'ose plus rendre visite à son meilleur ami, toujours collé dans un lit à l'hôpital. Que s'est-il passé ce soir-là ? Le père de Markus veut comprendre, il dessine dans un cahier vert pour tuer le temps et pour donner libre cours à son chagrin et son impuissance. Franck a connaissance de ce cahier, et ça lui retourne le ventre, ça lui donne un profond sentiment de malaise, et il cause, il cause, il a besoin de vider son sac... jusqu'aux dernières pages, jusqu'au tout dernier mot du récit, qui vous scotche. Paf. Un dénouement qui nous laisse passablement médusé. Ni plus, ni moins.

du même auteur, Immobile va prochainement sortir en poche (pocket, début novembre 2009).

à lire, aussi : la fugue et loin, chez personne (julliard, 2006 et 2007).

 

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08/09/09

Dernière phrase ~ Hélène Le Chatelier

Arléa, 1er / mille, 2009 - 90 pages - 13€

derniere_adresseForrest Gump a comparé la vie à une boîte de chocolat, la narratrice de Dernière adresse a cette petite phrase qui mériterait d'entrer dans les annales : le Flanby, comme la vie, ne tient jamais sa promesse d'un caramel généreux et opulent qui recouvrirait le tout d'une suavité un peu poisseuse et trop sucrée.

Niamh est une vieille dame, très, très âgée. Elle est arrivée au stade où elle se rappelle - son enfance en Irlande, son arrivée en France, son mariage avec Georges, le meilleur des maris, ses enfants, son veuvage, sa solitude, son ennui et son corps qui lâche l'affaire. Niamh ne tient plus debout, elle remplit son frigo de yaourts flanby, elle se fait pipi dessus, bref c'est le signal pour les enfants qui la confient à une maison de retraite. Ou, nursing home. Selon ses termes.

Le transfert est difficile, Niamh n'en peut plus d'être parquée parmi d'autres vieillards dans cet établissement où chaque geste est dénué de chaleur humaine. Tout est terriblement clinique, automatique. Sûr que ce climat la plombe... Niamh ne baisse pourtant pas les bras.
Dans tous les cas, vieillir c'est perdre. Perdre et se résigner à perdre. Se dépouiller de toutes ces choses parfois si chèrement acquises. C'est ça. On passe la fin de sa vie à se défaire de ce qu'on a mis tant de temps à acquérir.
Faut-il vraiment arriver au bout dans cet état de dénuement, de dépouillement de soi, sans artifice ?
Je ne m'y résous pas.
J'en veux encore.
Encore un peu.
Encore beaucoup.
Plus.
Toujours.
J'ai aimé cette vie, malgré tout.
Je l'ai aimée à m'en rendre malade.
J'en suis gourmande.
J'en veux encore.
J'ai faim encore.

Parce qu'il ne fallait pas s'attendre à un petit roman déprimant, le sujet parle de la vieillesse et de la fin de vie, mais c'est fichtrement bien raconté. Niamh est une narratrice extraordinaire, pleine de verve, avec un humour fin et plein d'esprit. Ok, ça yoyote un peu dans sa tête, elle a des lubies de collection improbable (après les yaourts, ce sont les stylos), mais bon sang, elle l'affirme crânement : Quitter le réel, c'est ce que je cherche justement ! Je parle toute seule, et alors ? J'assaissonne ma vie à ma façon. Je ne suis pas démente, j'ai de l'imagination. C'est tout. Ce n'est pas la même chose.

Bref, dans la vie, tout est bon... sauf la fin ! Niamh nous en offre un formidable exemple.
A méditer sagement.

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