17/04/09

Mausolée ~ Rouja Lazarova

« Ils avaient peur des fugueurs, de ces gens qui, au risque de leur vie, profitaient d'une pause-pipi du bus traversant l'Autriche pour courir se réfugier dans une ambassade occidentale, qui franchissaient les frontières en rampant dans des marécages et parfois y restaient, criblés de balles ; de ces gens dont la seule évasion désespérée témoignait de ce qu'était le régime. »

mausolee

Bulgarie, 1944. Peter, musicien de jazz, est convoqué au ministère de la guerre et disparaît soudainement. Sa compagne, Gaby, enceinte de neuf mois, est désespérée. Elle accouche d'une fille, Rada, déménage grâce à son frère, qui est un membre influent du parti, et se console dans les bras de Sacho le Violon, un ami du couple. A son tour, celui-ci disparaît en février 1964.

C'est un roman qui combine à merveille le sulfureux mélange de douceur et de force. Un roman qui raconte l'histoire d'hommes et de femmes dans la Bulgarie de 1944 à nos jours. Ce livre témoigne aussi du brutal changement de décor subi comme une douche froide lorsque le communisme s'est invité. Et c'est une population transie de peur, retranchée derrière ses barricades, impuissante et dégoûtée, paralysée dans ses envies, que l'on rencontre. Ils sont devenus des funambules du socialisme, car « c'est sur ce fil ténu de la subversion contenue, de la provocation s'arrêtant juste avant le danger, que beaucoup d'entre nous avons passé notre existence ».

Le livre évoque l'hypocrisie du régime, l'ambiguité d'être ou de ne pas être du parti, et donc de pouvoir tracer sa route selon ses aspirations. La population est vite prise entre deux feux, les intellectuels sont dénigrés, les voyages à l'étranger totalement proscrits, s'offrir une voiture devient un privilège rare et le fruit d'une longue tractation boursière avec l'Etat qui peut s'étaler sur une décennie, et j'en passe. Ce sont les petites vies de Gaby, sa fille Rada et sa petite-fille Milena qu'on suit particulièrement, et avec elles une montée de rebellion, de souffrance. A tour de rôle, elles sont nouées par la peur et en même temps elles transpirent de haine pour le régime qui dicte leur pays. Elles ne peuvent que subir leur triste sort, ce qui décuple leur colère.

Il y a une vraie histoire dans ce livre, qui adopte une juste dosage entre le didactique et le romanesque. Car ce n'est ni un document ni un roman historique, c'est un peu des deux, et plus encore. On s'attache très vite aux personnages, à nos trois générations de femmes, en plus des hommes de leur vie ou de leur belle-mère, oncle, cousin et camarade d'école. Il y a une évidence flagrante de l'énorme frustration qui sommeille en eux, sur le fait de ne pouvoir nourrir le moindre désir ou sur la mise en berne de l'éducation sexuelle. Nous sommes dans les années 80 et Milena est terrorisée de découvrir pour la première fois un film porno ! C'est une gamine maladroite et mal à l'aise dans son corps, au même âge sa mère avait été traumatisée par sa visite (imposée) du mausolée. Il s'agit en fait de l'édifice construit à Sofia pour y recueillir le corps embaumé du père de la révolution, Georgi Dimitrov. Un exemple de lubie héritée des dirigeants russes. Donc, lors de cette visite, Rada avait été effrayée par la vision des lèvres bleues du défunt exposé aux yeux de tous (on la comprend !).

Le roman évoque le climat de peur, mais ce serait injuste de le réduire à ce sentiment car il est vraiment passionnant à lire. On y découvre aussi de l'humour, de la tendresse, du chagrin, des élans amoureux, de la cocasserie, de la bêtise et d'autres états d'âme qui balisent une vie simple et ordinaire. Personnellement je me suis plongée dans cette lecture avec délectation, apprécié l'élégance de la plume de Rouja Lazarova (qui écrit en français dans le texte, chapeau !). J'ai découvert ce livre grâce au prix de la révélation littéraire auFeminin.com et je suis enchantée par leur sélection car elle a su véritablement mettre en lumière des VRAIES REVELATIONS LITTERAIRES ! Pour l'instant je ne suis pas déçue !

Flammarion, 2009 - 332 pages - 19€

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16/04/09

Il était une fois... peut-être pas ~ Akli Tadjer

« toi et moi, on s'aime sans réfléchir alors on croit que dans la vraie vie c'est pareil »

 

il_etait_une_fois

Mohammed a élevé seul sa fille, Myriam, et lui porte un amour fort et absolu. En bon papa poule qui se respecte, Mohammed a beaucoup de mal à dire non, à laisser partir sa fille et à accueillir le nouvel homme de sa vie. Gaston Leroux, comme l'auteur ou la chicorée, mais pour Mohammed la réaction est virulente, « un Français de souche, blanc comme la cuvette des chiottes, franchement, tu te fiches de moi ».
En fait l'homme est jaloux. Il affiche une tête de six pieds, d'autant plus que sa fille chérie lui demande mielleusement d'héberger le fameux gus qui n'a plus de toit car il s'est fâché avec ses parents et souhaite trouver du boulot à Paris.

C'en est trop, mais Mohammed est bonne pâte. La cohabitation n'est pas rose, les deux hommes se cherchent des poux, la situation dégénère et puis c'est le calme plat, la brutale solidarité masculine parce que l'objet de leur affection, Myriam, n'est plus la même. Elle fait ses études à Toulon, elle vit seule, a gagné en indépendance et a rencontré un autre type. Le sang de Mohammed se glace, la prunelle de ses yeux lui échappe, en perdant la tête dans sa nouvelle passion qui l'endoctrine dans un culte religieux, contre tous les principes de Mohammed. L'homme se sent seul, perdu, il a pris l'habitude de se réfugier dans ses contes et légendes algériens qu'il récite aux peluches Cruella et Lucifer, des vestiges de l'enfance, mais c'est une autre histoire qui va apparaître.
Car où est la mère de Myriam ? Elle brille par son absence, et Mohammed se défile devant les questions qu'on lui pose. Toutefois, pour sauver sa Myriam, il est prêt à raconter la vraie histoire, à ranger au placard ses histoires à dormir debout.

Ce roman est d'une grande beauté, écrit avec humour et sensibilité, il raconte avec exactitude l'amour d'un papa pour son enfant unique. On a parfois le coeur gros ou le sourire aux lèvres, mais on ne décolle pas une minute son nez des pages. C'est une histoire incroyable, que j'ai découverte avec plaisir.
En plus d'un amour fusionnel, le livre rapporte une histoire familiale pas banale et une aventure humaine pleine de couleurs. Mohammed est un narrateur bougon mais attachant, ce n'est pas le type le plus sociable de la planète mais il se soigne. Il a aussi une façon de parler qui n'appartient qu'à lui, employant des expressions très drôles, « quel est l'intérêt d'avoir inventé ces contes et légendes si tous mes personnages doivent se ressembler comme des petits pois alignés les uns derrière les autres » ou «c'était d'une misère à se foutre à l'eau le pavé autour du cou ». Ses bons mots nous charment, en plus ils sont terriblement vrais, « c'est de l'antagonisme que naissent la beauté et la richesse » et aussi « il n'y a pas de race pure, il n'y a que la bêtise humaine qui le soit ».
J'ai follement aimé ce roman, je ne connaissais pas Akli Tadjer, mais c'est un auteur que j'inscris d'office dans mes incontournables, à suivre, à découvrir.

JC Lattès, 2008 - 325 pages - 17€

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07/04/09

Les mains nues ~ Simonetta Greggio

« quand on tient un amour on le garde, on le défend contre lui-même et contre les autres »

les_mains_nues

Emma est une femme de quarante-sept ans, vétérinaire en pleine campagne, qui a choisi de vivre une existence rude et solitaire. Débarque Gio, quatorze ans, bientôt quinze, « l'âge des catastrophes naturelles ». Il est le fils de Raphaël, qu'elle a connu autrefois, et avec qui s'est joué quelque chose qu'elle a voulu oublier. Gio est en fugue, en colère contre ses parents, contre leurs secrets aussi. Il trouve refuge chez Emma, qui accepte de l'héberger mais en échange il doit prévenir ses parents. Au début cela l'embête car elle s'était jurée de se tenir à distance des histoires de Raphaël et Micol, mais Gio possède une tendresse et une gentillesse qui lui rappellent des doux souvenirs. Entre eux, la passion folle ne naît pas sur un coup de tête, c'est simplement le résultat d'une longue patience, de regards échangés contre tous les discours du monde, d'une connivence certaine et inébranlable.

« Peut-être avais-je toujours été suspecte d'être une femme seule, sans mari, sans même le plus vague fiancé. Je me devais d'être accompagnée d'un homme, d'avoir des enfants - ou de me plaindre de ne pas en avoir. Je n'avais pas joué le jeu, n'avais respecté aucune règle. Je n'avais même pas fait semblant, et peut-être était-ce ça le plus grave, ce qu'on ne pouvait pas me pardonner. »

Voilà un roman qui ne parle pas que d'un amour interdit, mais qui aborde également toutes les nuances chez une femme qui vieillit et qui assume sans complexes sa sensualité et ses rides, « être trop jeune pour être vieille, un peu trop vieille pourtant pour être encore jeune » reconnaît Emma. Elle est dans la fleur de l’âge et elle n’a pas honte de son corps de femme qui réclame encore d'être caressé et aimé. Elle s'émeut de la tendresse offerte sur un plateau par un gamin plus jeune qu'elle. Elle va en payer le prix. 

Son histoire avec l'adolescent reste très pudique, tout est chuchoté, pas du tout racoleur. Aucun détail n'est d'ailleurs donné. On n'en retient que les cris, une gifle, l'impuissance et la jalousie. Pas besoin d'en dire trop, car tout ceci repose aussi sur un écheveau d'intrigues et de liaisons secrètes. De vengeance aussi. Simonetta Greggio signe un bon roman, écrit avec beaucoup de sensibilité et qui met en avant une femme remarquable, qui accuse et s'accuse (pas de quoi soulever les ligues de la bienséance, je vous rassure !). Toutefois je n'ai pas retrouvé ce qui avait su me séduire et m’enchanter lorsque j'avais lu La Douceur des hommes, son premier roman publié en 2005.

Stock, 2009 - 170 pages - 16€

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06/04/09

UN AUTEUR : Madeleine Bourdouxhe

« A toi d'aimer, à toi de vivre. Exiger de la vie, c'est-à-dire exiger de soi-même. »

A_la_rechercheMarie est une jeune femme simple, sensible, qui s'est accomplie dans le mariage. Elle aime Jean depuis six ans, entre eux l'entente est parfaite. Ils se parlent peu, mais se comprennent instantanément. Ils passent leurs vacances près de la mer, loin de Paris et de leur routine, cela change. Cela leur fait du bien. Marie passe son temps à regarder Jean se baigner. La mer la fait rêver. Un jour, elle aperçoit un jeune homme qui la trouble. Il lui donne son numéro de téléphone. A Paris, elle décide de l'appeler.

Marie va changer, s'ouvrir et s'épanouir. Le roman longtemps souligne combien elle s'est réalisée dans le mariage, et en même temps on sent une inertie chez elle, dans sa vie. Elle donne des leçons à domicile, elle est appliquée. Sa soeur Claude compte aussi beaucoup pour elle, même lorsque celle-ci perd pied et commet une bêtise. Marie a des mots très justes, très touchants sur l'amour et la vie. « On ne voit que ce que l'on comprend. Et l'on ne comprend que ce que l'on aime. Il faut d'abord se donner, s'engager, alors on recevra en échange. »

Les romans de Madeleine Bourdouxhe (cf. La femme de Gilles) dégagent un vrai sentiment de cocon, d'élégance et de grâce. Ses personnages féminins ont une beauté sincère et intérieure, qu'on cerne difficilement au début, j'avoue, tant de dévotion de la part des épouses pour leurs hommes peut déconcerter. Et ce sont des romans qui semblent intemporels, celui-ci a été publié dans les années 40 par exemple, et pourtant les considérations de l'héroïne sur l'engagement, l'amour, la vie sonnent toujours d'actualité. C'est d'une grande simplicité, d'une grande pudeur, et encore une fois ce texte surprendra par sa grande sensualité, en des termes chics et authentiques. Personnellement cela me touche beaucoup.

Actes Sud, 2009 - 158 pages - 15€

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A noter également la sortie en format poche d'un recueil de nouvelles : les_joursLes jours de la femme Louise

Sept nouvelles, sept femmes silencieuses, la violence suit le contour du quotidien.

Quatrième de couverture

Elles s'appellent Louise, Anna, Blanche ou Clara. Elles sont ouvrière, femme au foyer, mère seule avec un enfant, bonne chez Madame. Elles sont confrontées à la vie, à l'amour, à l'ennui, à la frustration, à la violence des hommes, leur indifférence ou leur condescendance. Toutes ont en commun des rêves trop grands pour elles, des peurs d'enfant, des désirs qui n'osent s'exprimer. Alors elles avancent vaille que vaille, tombent et se relèvent, touchantes de fragilité, admirables de courage opiniâtre, fortes de leur douceur même, belles de tout cet espoir lumineux en elles que rien ne parvient à éteindre.

Ce qui bouleverse, dans l'écriture de Madeleine Bourdouxhe, c'est son style simple et franc, en empathie troublante avec les personnages, son réalisme poétique qui ne craint pas l'engagement social ou féministe mais privilégie l'émotion, la justesse psychologique.

Babel, 2009 - 126 pages - 6,50€

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Et pour rappel, le roman qui m'a fait connaître Madeleine Bourdouxhe : La femme de Gilles (2004)

femme_de_gillesMilieu ouvrier, Nord de la France. Elisa est mariée à Gilles, ils ont deux petites filles, attendent un troisième enfant. C'est l'amour tranquille, le cocon familial idyllique, Elisa est amoureuse de Gilles, et réciproquement.

Puis, le drame : Gilles a une aventure avec Victorine, la soeur d'Elisa. Elle s'en rend compte comme ça, en le "sentant" et forcément ça la bouleverse mais elle préfère se taire. Par peur de perdre l'amour de Gilles. Alors elle prend sur elle, prête une oreille attentive, confidente et compréhensive, jamais elle ne pipe mot, seul le lecteur a conscience de sa souffrance.

Son côté "bobonne" fait bondir ! On s'insurge contre le mari adultère, la soeur intriguante, contre les gens qui pensent qu'elle "ne vaut pas mieux si elle accepte sans rien dire", contre la mère qui blâme sans tout savoir... On plaint beaucoup Elisa, on a du mal à comprendre son chemin de croix, son martyr silencieux. C'est beau, tout cet amour ? Oui, surtout quand Elisa répond que "sans amour je ne suis rien", et puis "à quoi sert de vivre sans cet amour". Oui, à quoi ça sert ?

Ce roman, c'est l'histoire d'une dévotion. Une histoire de totalité, d'égoïsme et de goujaterie. C'est fort, sensuel, dramatique et émouvant. C'est un roman qui a été publié en 1937, remis au goût du jour grâce au cinéma, et c'est un miracle de constater que ce livre n'a pas pris une ride !

Actes Sud, 2004 - 154 pages - 13,50€

A voir : La femme de Gilles par Frédéric Fonteyne, avec Emmanuelle Devos dans le rôle d'Elisa, mais aussi Clovis Cornillac (Gilles) et Laura Smet (Victorine).

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et un peu de musique... Piers Faccini :

 

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24/03/09

Un temps fou - Laurence Tardieu

« J'écrirai mon amour pour vous, non pour le rêver, mais pour m'en envelopper. Pour le faire vivre. »

 

 

laurence_tardieu

« Je vais revoir l'homme qui m'a désarmée toute une nuit, celui que j'aurais suivi à l'aube jusqu'au bout du monde, jusqu'au bout du temps. Très simplement je me serais levée et je l'aurais suivi, le reste n'aurait plus existé, le reste se serait annulé, d'un coup, comme enseveli sous la neige. »

Il y a six ans, la narratrice - Maud - a passé toute une nuit auprès d'un homme avec qui il ne s'est rien passé, sauf un courant électrique, un frisson d'attirance, la certitude absolue d'avoir croisé l'autre moitié d'un tout. Mais au matin, chacun est parti de son côté et la vie a filé doux. C'est en recevant son coup de fil, six ans après, que Maud comprend son manque de lui, la longue absence, le poids du désir et la conviction intime d'avoir peut-être manqué quelque chose. Cet homme aux yeux gris est cinéaste, il propose un déjeuner car il a envie de travailler avec elle. Elle est romancière, depuis huit mois elle n'arrive plus à aligner le moindre mot, c'est la page blanche. Leurs retrouvailles permettent de débloquer la panne, de même tous deux constatent en silence que leur attirance est toujours aussi vivace. Maud est mariée et mère d'une petite fille, mais elle tend son corps vers lui, impatiente et gourmande, prête à tout.

Ce roman parle d'une femme, d'un homme, de leur désir et de la vie qui s'échappe.
C'est très difficile d'en dire plus, d'abord parce que c'est un livre qu'il faut lire pour comprendre, il se suffit ainsi, en dire quelques mots serait très maladroit. Et puis, c'est au fond une trame assez lente, pleine d'introspection, où on aborde la pudeur des sentiments, l'émotion d'avoir saisi l'imperceptible et où on se glisse dans la peau d'une femme forte de sa sensualité, à l'écoute de ses désirs et ses sensations.
C'est beau, c'est vrai, parfois un peu long, j'ai trouvé. L'écriture de Laurence Tardieu fait toujours des merveilles, elle touche instantanément, elle comprend ce qui s'entend, ou se vit. Elle trouve les mots justes, elle cerne avec brio ses personnages, lesquels peuvent parfois nous ressembler. C'est remarquable, et à chaque fois un plaisir de découvrir un nouveau roman de cet auteur !

« Qu'y a-t-il de plus intime que la lecture ? Ce chuchotement qui nous atteint au plus profond de nous, comme si, tout autour, une nuit accidentelle était tombée sur le monde et l'avait rendu silencieux. Soudain, il n'y a plus rien. Il n'y a plus que le texte, qui résonne en nous. »

Stock, 2009 - 236 pages - 17€   

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20/03/09

J'aimerais tant te retrouver ~ Fanny Brucker

fanny_brucker_2Claire, Rose et Nicolas ont en commun ce besoin de fuir, de s'enfermer dans leur coquille, de se protéger et de chercher. Quoi ? Le bonheur, l'amour, la sécurité. C'est ça, et plus encore.
Claire a quitté son compagnon car elle ne supportait plus cette vie qu'elle menait avec les enfants d'une autre et où elle ne trouvait plus sa place. Rose a perdu son mari et s'est réfugiée dans sa maison qui ressemble à un ranch, elle mène une existence tranquille, coupée du reste du monde. Nicolas vient d'apprendre qu'il n'est pas le père de l'enfant de sa partenaire, cela réveille sa blessure secrète : être un orphelin, né sous X. Il a choisi de placarder une petite annonce dans les journaux locaux de Rochefort pour retrouver sa mère. Quarante ans après.
En Charente Maritime, ces trois âmes en peine vont se croiser, se toucher, se comprendre et bouleverser tout lecteur qui va vouloir s'intéresser à leurs histoires. Forcément, l'attirance est totale, la séduction imparable. Il y a un charme indéniable derrière ces parcours, les personnages sont remplis de générosité. Ils sont bancals, ont besoin de raccomoder leurs cicatrices, portent un regard lucide et triste sur ce qui les entoure.
Mais c'est poignant, c'est très beau, raconté avec justesse, sans pathos. On sent comme une famille de bras cassés qui se serre les coudes parce qu'ils ont compris qu'ensemble c'est tout, et la beauté des paysages, la chaleur derrière les rapports humains, l'espoir de se tendre vers un inconnu meilleur rendent forcément ce roman tendre et attachant.
Inutile de préciser que j'ai beaucoup aimé. Voici typiquement le genre de lecture réconfortante, qui inspire mille pensées et qui provoque milles soupirs. J'en avais vraiment besoin, j'ai franchement savouré !
« Cet endroit était merveilleux comme un dessin d'enfant. Un dessin qu'elle avait fait, ou qu'elle avait vu, elle ne se souvenait plus. Séjourner ici revenait à s'installer dans un livre. Un album aux grosses pages en carton colorées, avec des animaux partout dont on retient les noms, des fleurs, un arrosoir, des pommes rouges et des papillons. »

JC Lattès, 2009 - 334 pages - 18€

l'avis de Cathulu

Premier roman de Fanny Brucker : Far-Ouest  (JC Lattès, 2008)

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16/03/09

Les Carnets de Douglas - Christine Eddie

carnets_de_douglasRomain Brady est né avec une cuillère d'argent dans la bouche mais il a aussi eu une enfance malheureuse. A dix-huit ans, il décide de quitter son palais doré, s'enfuit dans la forêt et ne donne plus signe de vie à sa famille qui le croit mort. De son côté, Eléna Tavernier est la fille unique d'un couple qui se chamaille souvent, la mère décède très tôt et l'enfant va trouver refuge dans un monastère avant de prendre son envol en travaillant près d'un médecin où elle cultive son amour des plantes. Un jour, dans la forêt, elle rencontre Romain  qui se fait appeler Létourneau, avant d'adopter le nom de Douglas (qui symbolise l'arbre le plus solide), suggéré par Eléna.
De leur amour, va naître une petite Rose. Puis une tragédie vient les frapper. Douglas va retourner dans ses bois, confier son amour à un mélèze et parcourir le monde. De son côté, Rose va grandir auprès du docteur Patenaude et d'une institutrice juive, Gabrielle Schmulewitz. Et j'arrête d'en dire plus !

C'est comme un conte qu'on nous raconte, il était une fois deux pères, deux mères, un enfant et un arbre. Une histoire qu'on pourrait nous lire le soir, qui parlerait donc d'amour, de nature et de musique. Le rythme, soutenu par des chapitres courts, rend la lecture agréable et virevoltante. (Et l'expression 'comme dans un film' est d'ailleurs très appropriée !)

En fait, le roman de Christine Eddie est tendre, beau et dramatique, il cache aussi une profonde richesse. J'avoue qu'au début j'étais moyennement emballée, j'avais un peu le souffle court d'entrer dans cette histoire qui dégainait son débit à cent à l'heure. D'ailleurs j'ai largement préféré la deuxième partie du roman, une fois les présentations faites, les personnages échappés de leur prison et enfin installés à Rivière-aux-Oies (j'adore ce nom !), un petit coin perdu, qui a aussi son importance, et qui va connaître son lot de mutations.

J'ai aimé également le côté sauvage, fou et amoureux des personnages. Leur choix. Leur sacrifice. Leur abnégation. Car finalement ce livre est une agréable surprise, un roman captivant, sans parfum à l'eau de rose, où l'histoire est simple, et en même temps elle est épanouissante, elle apaise et elle donne des envies de déployer les ailes. C'est un ouvrage qui ne manque pas de charme, et qui se révèle un compagnon idéal pour quelques heures de lecture-plaisir.

Editions Héloïse d'Ormesson, 2009 - 188 pages - 18€

- Gagnant - Prix France-Québec
Le roman de la québecoise Christine Eddie recevra jeudi 19 mars le Prix littéraire France-Québec remis par Patrick Poivre d'Arvor.
Créé en 1998, le prix littéraire France-Québec souligne l'excellence du roman contemporain québecois.

- Finaliste - Prix des libraires du Québec
- Finaliste - Prix de création littéraire de la Ville de Québec
- Finaliste - Prix des abonnés du réseau des bibliothèques de la Ville de Québec

 

Les avis (nombreux) de Caro[line], Venise, l'Abeille virevolte de page en page, GeishaNellie (qui ont lu l'édition québecoise)... Paul Proulx parle de Love Story sylvestre pour couventines sentimentales ! :))

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Délit de fuite - Dominique Dyens

delit_de_fuiteAnne Duval, trente-six ans, est une femme accomplie, qui a réussi sa carrière professionnelle. Hélas, sur le plan sentimental, c'est le désert. Douze ans auparavant, elle croyait encore en ses chances mais ses échecs successifs ont fini par assécher son coeur. Elle se donne une dernière occasion d'espérer, elle jette toutes ses affaires dans un sac et roule vers l'inconnu.
Extrêmement fragilisée, épuisée aussi, Anne fuit ses souvenirs, sa mère malade et son père qui s'est suicidé quand elle n'était qu'une petite fille. On commence alors à apercevoir une autre femme, moins sûre d'elle, plus trouble. Car Anne est une mythomane, elle s'est construite une vie rêvée qu'elle raconte à sa mère pour la consoler, mais toutes deux sont tenues par des liens retors et qui datent de la mort du père.
Tout est mêlé, moins clair qu'au début. Et surtout un autre profil fait son apparition, un médecin qui écrit un roman, en s'inspirant d'un fait divers des années 90, il est marié à une femme déséquilibrée, il a une maîtresse qui est aussi son éditrice. Sans effet de style, ni brouillard apparent, un roman dans le roman est en train de se créer.
C'est au départ l'histoire d'une femme qui approche de la quarantaine, qui souffre du manque d'amour et qui associe la passion à la mort. Progressivement, le roman s'étoffe et laisse naître une autre trame plus machiavélique. Le mélange donne un bon livre, facile à lire, qui ne pose aucun problème de compréhension. Intriguant, sans être trop étouffant. La psychose des personnages est bien étalée, bien rendue. Et puis la fin est piquante, du genre à chatouiller le lecteur...

Editions Héloïse d'Ormesson, 2009 - 184 pages - 17€

L'avis de Laure

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15/03/09

L'assassinat - Christophe Dufossé

assassinatMe voici bien en peine, car j'ai été déçue par le roman de Christophe Dufossé. Je m'attendais à un semblant de thriller, un roman captivant, bourré de suspense... en fait j'ai eu droit à une fiction politique, un texte court et rapide, où j'ai senti grimper une réaction épidermique à cause du caractère principal. Le personnage du roman, un homme dont on ignore le nom, cela pourrait être monsieur-tout-le-monde donc, est un individu froid, obstiné. Déçu et dégoûté par l'homme qui été élu à la présidence, il a choisi de l'éliminer, au nom de tous les opprimés qui souffrent en silence et qui entendent les discours sans pouvoir lever le petit doigt. L'homme est convaincu de marquer l'Histoire par son geste, il s'identifie également à d'autres criminels comme Lee Harvey Oswald, et il se sent porter par l'assentiment (muet) de l'opinion publique (croit-il). Il est donc en visite au salon de l'agriculture, l'arrivée du président est annoncée pour seize heures tapantes, le compte à rebours a commencé (il est 15 heures, en début de roman). Le type a un colt dans sa poche, et là je me demande comment a-t-il pu entrer dans le salon, lors d'une journée classée à risques, sans avoir été inquiété par les vigiles ?
En fait, je suis plutôt déçue de moi-même parce que j'avais vraiment attendu ce roman avec impatience. Rendez-vous loupé, pour cette fois. Mais ce n'est que partie remise. Je vous conseille aussi de lire les romans de Christophe Dufossé comme L'Heure de la sortie (prix du premier roman 2002), Dévotion ou La Diffamation (celui que j'ai préféré !).
Ce fut un roman court, efficace mais agaçant.

Buchet Chastel, 2009 - 138 pages - 13€

l'avis plus positif de Lily

C'est tout. Je ne me foule pas trop aujourd'hui, désolée. Sur ce, je retourne me plonger dans The Tudors.
Au revoir !

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11/03/09

Et qu'on m'emporte - Carole Zalberg

31_N_nEp21L__SS500_Emma, coincée sur son lit de malade, sent que la vie est en train de la quitter. A bout de souffle, et de forces, elle s'adresse à sa fille disparue et lui raconte son parcours, ses choix, sa vie de femme, d'épouse et de mère. Mariée très jeune, mère dans la foulée, Emma a longtemps eu le sentiment de traîner un boulet, alors qu'elle était ivre d'une chose : de liberté. Ivre d'amour, également. D'aventures en aventures, Emma va rencontrer un homme qui lui donnera le coup de pouce pour tout quitter et tout recommencer. Sans un mot, sans une explication, elle va prendre la fuite. Son amour en bandoulière. Abandonner ses enfants. Ni remords, ni regrets.

Emma incarne la femme féminine, sensuelle, animale par excellence. C'est un portrait qui fait sortir les griffes, qui inspire l'admiration ou l'incompréhension, car en tant que mère, elle est à blâmer. Egoïste et amoureuse, tout le temps dans la démesure, incapable de sacrifice, à fond dans ses goûts et ses choix, n'hésitant jamais une seconde, Emma a toujours foncé. Traumatisée par une mère qui n'était pas exemplaire, et l'image du couple usé que renvoyaient ses parents, Emma s'est jurée d'en finir, d'en sortir, de ne jamais abdiquer. Ne jamais plier.

Sa liberté, précieuse et choyée, lui sera longuement reprochée par sa propre fille, la disparue. Il aura fallu que celle-ci soit également à l'article de la mort pour qu'Emma retrouve son amour in extremis, pour que le miracle se produise. Non, elle n'a jamais été maternelle, ce n'est pas un secret. Mais qui sommes-nous pour juger ? Aujourd'hui Emma est en train de mourir, elle ne s'apitoie pas sur son sort, elle lance un regard par-dessus son épaule et elle ne regrette rien. Elle reste toutefois fixée sur le petit caillou rose, symbole de sa relation conflictuelle avec sa fille. Mais impossible de le retrouver. Comme si, de toute façon, il était impossible de renouer avec le passé, de réparer les erreurs. Elles ont été bues et jugées, en somme.

C'est en cela un roman profond, sensible, parfois délicat, qui ne verse jamais dans le pathos. Carole Zalberg reprend le miroir d'une histoire déjà racontée dans La mère horizontale, que je n'ai cependant pas lue. Il doit être très intéressant d'avoir ce jeu des miroirs, de prendre un bout d'histoires et de le revoir sous un autre jour. Le récit d'Emma a su me toucher en même temps qu'il est venu me troubler, la femme en moi est bouleversée par ce portrait d'une féminité pleinement endossée, d'un choix de vie qui ne se discute pas, « le sacrifice, le renoncement au nom de l'amour, au nom de la responsabilité à l'égard de ses enfants, merci bien ». Le titre dit déjà beaucoup, « Et qu'on m'emporte », envie d'aller voir ailleurs, de rêver grand. Pourquoi pas ? N'être femme, après tout.

Albin Michel, 2009 - 130 pages - 12€

Léthée en parle...

J'avais lu :  Chez eux, un autre roman de Carole Zalberg (Phébus, 2004)

http://www.carolezalberg.com/

Posté par clarabel76 à 09:30:00 - - Commentaires [22] - Permalien [#]
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