10/04/17

Le mystère Henri Pick, de David Foenkinos & lu par Pierre Hancisse

le mystere henri pick

Passionné de littérature, Jean-Pierre Gourvec s'inspire d'une idée de Richard Brautigan et décide d'ouvrir une bibliothèque des livres refusés dans sa petite commune du Finistère. En vacances chez ses parents, non loin de Crozon, Delphine Despero, une jeune éditrice parisienne, découvre parmi ce fatras une véritable pépite. Une histoire d'amour perdu, vraisemblablement écrite par le pizzaiolo du coin. Delphine parvient aussitôt à convaincre sa veuve de publier le manuscrit, lequel va rencontrer un succès commercial inouï. L'existence de Madeleine Pick et de sa fille Joséphine en est complètement chamboulée. Seulement, cette aubaine n'est pas sans attirer la convoitise des uns et des autres, à commencer par Jean-Michel Rouche, un journaliste en quête d'influence, également convaincu d'une supercherie éditoriale. Décidé à percer le mystère Henri Pick, il se rend alors en Bretagne pour mener son enquête et rencontre les acteurs de cet incroyable vaudeville. On réalise finalement combien les répercussions de cette “découverte” ont eu un impact autant positif que négatif sur leur vie. David Foenkinos prend visiblement son pied à raconter cette comédie burlesque, qui dénonce à la fois la superficialité du milieu littéraire et les nombreuses ramifications pour extirper une œuvre quelconque vers le firmament, d'où les enjeux, les gros sous, les ambitions, les campagnes de presse, les émissions TV, les sourires factices, les jalousies et autres petitesses d'un secteur très éloigné du glamour promis. J'ai vite pris le pli et suivi avec grand intérêt la mise en scène de cette intrigue rondement menée. On regarde chaque personnage aller et venir, placer ses billes, on fait mine de tout gober, on soupire, on peste, on espère, on avale les indices et on recoupe les informations en souriant sardoniquement. Oui, oui. J'ai sincèrement pris goût à cette enquête littéraire, formulée avec verve, tendresse et insolence. Pierre Hancisse y mène également sa barque avec ce qu'il faut de légèreté, d'humour et de délicatesse. Un vrai régal. J'ai été la première surprise à savourer autant ce roman, dont on devine pourtant les ressorts d'une potentielle adaptation cinématographique (ou télévisuelle). Cela n'altère nullement le sentiment d'avoir passé un moment de lecture très plaisant, frais, printanier et distrayant. 

Lu par Pierre Hancisse, pour Gallimard / Collection Écoutez lire,

durée d'écoute : environ 6 h 30

Parution : Novembre 2016

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28/03/17

Chanson douce, de Leïla Slimani & Lu par Clotilde Courau

Chanson douceLorsque Louise est engagée comme nounou pour soulager Myriam, mère de deux jeunes enfants, qui décide de relancer sa carrière d'avocate, ne supportant plus d'être confinée chez elle, engoncée dans son rôle de maman, c'est pour toute la famille une véritable aubaine. Louise est menue, fragile, discrète, efficace. Une véritable aubaine, vraiment. Leurs amis sont d'ailleurs admiratifs et leur envient cette perle rare, babillant sur leurs propres déconvenues ou autres tristes expériences en matière de “personnel” peu qualifié. Bref. Louise s'installe donc dans leur quotidien telle une petite fourmi ouvrière, rapide, utile, rassurante. Les enfants redécouvrent la présence affective d'une figure féminine, à défaut d'avoir leur mère, qui fuit, toujours, le foyer. Celle-ci ne s'y épanouit plus et panique rien qu'à l'idée de perdre leur nounou. En effet, son mari évoque une sensation de malaise en sa compagnie. Il n'a pas les mots pour l'exprimer, mais il incite sa femme à chercher d'autres alternatives. En attendant, le couple continue de s'appuyer sur Louise, femme secrète, silencieuse et troublante. Femme dangereuse. On le sait, le roman s'ouvre sur une scène dramatique, les deux enfants sont morts. Qui, comment, pourquoi. Le roman décrypte tous les signes, tous les signaux, et s'applique à recadrer un tableau sinistre et dérangeant d'une dépendance mutuelle et d'une psychose latente. Le ton est sec et glaçant, mais délivre un suspense envoûtant en nous confiant cette triste radiographie de notre société (ambition, apparence, pouvoir, soumission, autonomie, folie...). Aucun acteur du drame n'est épargné, seules les victimes nous touchent par leur innocence et l'injustice de leur tragédie, pour le reste la condamnation tombe, implacable et insoutenable. C'est avec la même intransigeance, le même sang-froid, que Clotilde Courau nous plonge dans l'histoire terrifiante de Louise. Son interprétation est remarquable, à la fois puissante, tranchante et sévère. Une mise en scène pertinente au service d'un roman fort, poignant, profondément marquant. 

Gallimard, coll. Ecoutez Lire, 2017 - Lu par Clotilde Courau (Durée d'écoute : env. 5 h 45)

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30/01/17

Le Dernier Des Nôtres, d'Adélaïde De Clermont-Tonnerre

Cette lecture rassemblait plusieurs atouts qui avaient tout lieu de me plaire : grande fresque familiale sur fond historique, des drames, des trahisons, des secrets, des mensonges, des pertes et des retrouvailles, avec en sus le Grand Prix de l'Académie française. 

Le dernier des notresManhattan, 1969. Werner Zilch est un beau jeune homme, cavaleur et intrépide. Il croise dans la rue une jeune femme superbe, qu'il décide de suivre et séduire, mais la belle est farouche et insaisissable. Elle fuit le bellâtre et se joue de ses sentiments, ce qui augure un cache-cache amoureux interminable et mouvementé.
Dresde, 1945. Parmi les décombres et les bombardements, une mère agonisante met au monde son bébé, recueilli in extremis par des soldats en déroute. Après bien des déboires, cet enfant sera confié à une famille américaine, qui ignore tout de son passé, à part la supplique, écrite sur un bout de papier, implorant de conserver le nom de l'enfant, “le dernier des nôtres”. 
Werner grandit heureux, comblé d'amour et de tendresse, mais avec cette frustration de ne rien connaître de ses origines et la peur de l'abandon, d'où ses conquêtes multiples, son besoin de plaire, son tempérament impulsif et colérique. Sa liaison avec Rebecca, difficile et tourmentée, va cependant l'amener à percer le mystère de sa naissance et de sa famille. 

Eh bien, quelle déconvenue au bout du compte ! J'ai trouvé ce roman extrêmement banal, sans surprise et absurde. L'histoire de Werner s'inscrit d'après une haine farouche entre deux frères, l'un brillant ingénieur auprès de von Braun, l'autre officier sadique dans un camp de concentration. Lequel est son véritable géniteur ? Comment et pourquoi l'enfant a parcouru les océans et atterri dans un orphelinat ?
C'est en rencontrant la mère de Rebecca que Werner prend en pleine face l'horreur de ses racines. Imaginez, la fille d'une juive martyrisée avec le fils d'un allemand... Tout amour est impossible, le couple se déchire et chacun lutte contre ses fantômes. (“Je t'ai trompée parce que tu m'as quitté. - Je t'ai quitté car tu m'as trompée.”) Le couple tourne autour du pot. C'est lassant. Alors, pour sauver leur idylle du naufrage, ils s'investissent dans la traque des nazis et alimentent le suspense par des rebondissements à n'en plus finir.
C'est peu de dire que j'ai été déçue par cette lecture (qui revêt les mêmes apprêts qu'un roman de Douglas Kennedy, selon moi). C'est beaucoup trop sentimental, absolument pas crédible, avec des personnages creux et agaçants. Le fil conducteur est grossier, on voit tout venir à des kilomètres. Certes, il y a du rythme et des destins racontés en parallèle, ça se lit vite et bien, on mord facilement à l'hameçon, mais ça inspire également de l'impatience et de l'exaspération. Et puis, à force de cultiver l'histoire d'amour interdite, le ton devient mielleux et pousse les amants dans des situations abracadabrantes et grotesques. Au secours. On se retrouve avec une macédoine d'intrigue sentimentale et de faux suspense dans un théâtre de guerre et de mort. Le résultat est loin d'être à mon goût !
J'ai traîné pour arriver au bout du livre, car je voulais malgré tout connaître son issue, mais toute réconciliation était inenvisageable. Du mélo, de la facilité, encore et toujours... j'étais hélas rompue. Seule note appréciable : la lecture faite par Rémi Bichet pour Audiolib. Un ton juste, une émotion palpable, une attitude désinvolte. Son identification au personnage de Werner aurait pu être détestable, car ce type est détestable, mais Rémi Bichet glisse une bonne distance et sauve son rôle en toute subtilité. Cela ne repêchera pas mon appréciation pour le roman, dont je ne regrette pas la découverte, mais j'en prends acte. 

Texte lu par Rémi Bichet pour Audiolib (durée : 11h 44) - Janvier 2017

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24/01/17

Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom, de Barbara Constantine

Tom Petit TomQuel bonheur, ce roman ! Chaque livre de Barbara Constantine est un onguent pour adoucir les petits bobos de l'âme car on y retrouve avec certitude des histoires sans prétention, qui se lisent avec un sourire aux lèvres et qui nous donnent envie de croire à une vie simple et authentique auprès de personnages insolites. C'est dommage que l'auteur ne publie plus rien depuis Et puis, Paulette... en 2012.
L'histoire de Tom, Petit Tom, Tout Petit Homme, Tom est une ritournelle charmante, pimpante et tintinnabulante. C'est en effet un roman extrêmement joyeux et léger, même s'il ne nous raconte pas que des choses tendres et insouciantes non plus. Mais c'est justement parce que le sujet est traité sans misérabilisme que la pilule est plus agréable à avaler. Tom a onze ans. Il vit avec sa mère Joss dans un vieux mobil-home. Cette dernière n'a même pas vingt-cinq ans, elle collectionne les petits boulots et néglige souvent son rôle de maman pour sortir faire la fête sur sa mobylette. Tom a grandi en se débrouillant seul. Souvent, il se faufile dans le jardin de ses voisins, un couple d'excentriques qui se disent vous et qui parlent avec un accent anglais, pour leur chiper des légumes ou pour regarder la télévision derrière leur fenêtre. Il ignore tout de son père, ne doit surtout pas ennuyer Joss avec des questions inutiles et a l'obligation de l'appeler par son prénom, sinon elle se fâche. De toute façon, Tom est un môme accommodant. Il aime aussi se rendre utile, comme avec Madeleine, une vieille dame solitaire, qui a la mémoire flageoleante et qui oublie de manger au point de s'évanouir dans ses plans de choux. Heureusement, Tom veille au grain ! Mais qui vient à la rescousse du Petit Tom ? Pour ça, les anges gardiens ne manquent pas. Entre Samy, l'ami d'enfance de Joss devenu croque-mort, Archibald et Odette, les voisins pas si aveugles, et aussi sa propre mère qui exprime avec maladresse son amour pour son petit homme et qui apprend à grandir en même temps que lui...
Bref. Il règne par-dessus tout une humeur radieuse dans ce livre. Et c'est tant mieux. Tous les petits tracas sont balayés en un tour de main. Chaque personnage constituant le maillon d'une formidable chaîne humaine, la solidarité est inaliénable à la bonne coordination de l'intrigue. On s'attache aux uns et aux autres, on se soucie de leurs problèmes, on les retourne sans complexe et on sourit devant l'évidence, on ne badine pas avec les sentiments, on s'aime sans trop l'avouer, et puis on s'offre des cadeaux sous toutes les formes (une robe, des madeleines de commercy ou des bocaux de sauce tomate). Cela coule de source et ça fait un bien fou ! C'est finalement une promenade bucolique rafraîchissante et chaleureuse.

Je recommande également la version audio lue par Benjamin Jungers qui apporte son lot de tendresse, de fantaisie et de folie douce à cette histoire qui revendique une véritable noblesse de cœur. Le comédien adopte à juste titre un ton enfantin, pas bêtifiant, mais qui souligne l'innocence de Tom face à des situations parfois dramatiques. Le môme ne manque pas de ressources et nous le prouve tout au long du roman qui rappelle que l'entraide et la générosité constituent une façon toujours délicate d'avancer au mieux dans la vie. J'ai follement aimé. ☺

Texte intégral lu par Benjamin Jungers pour Audiolib (Janvier 2017) - durée : 4h 03

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17/12/16

La Part des flammes, de Gaëlle Nohant

La Part des flammesC'est toute honte bue que j'ai enfin plongé dans le deuxième roman de Gaëlle Nohant, dix-huit mois après sa parution aux éditions Héloïse d'Ormesson. Comme il figurait parmi les nouveautés du mois, en exclusivité sur Audible, j'ai ainsi pu rattraper mon retard à écouter Françoise Cadol pour Audible Studios. Et quelle prouesse !  
L'histoire nous installe dans le Paris de la fin du 19e siècle. Trois femmes ignorent encore que leur destinée va être liée par la tragédie du Bazar de la Charité. En attendant, elles se croisent autour du comptoir n°4 où La duchesse d'Alençon tient un stand en compagnie de Violaine de Raezal, une jolie veuve qui souffre de sa réputation, et Constance d'Estingel, une jeune fille fragile qui vient de rompre ses fiançailles sans la moindre explication. Ses parents sont fous de rage. 
Et puis, c'est le drame. Un incendie ravage les locaux du Bazar en faisant de nombreuses victimes. La duchesse est portée disparue, Violaine panse ses blessures tandis que Constance est grièvement meurtrie, tenue à l'abri des regards indiscrets. Son fiancé Lazlo de Nerac se fait alors connaître pour signer des articles assassins dans la presse. D'un esprit sans complaisance, il pointe du doigt les bassesses de l'espèce humaine et fustige la bonne société du Tout-Paris pour son égoïsme et son paraître. Ses propos font vibrer la corde sensible du peuple, fortement affligé par la tragédie, en même temps que fleurissent des portraits élogieux des anonymes ayant accompli des actes héroïques, parfois au péril de leur vie. 
La description de la catastrophe est remarquable : force, émotion, réalisme, peur, exaltation, suspense... On ressent avec une telle âpreté chaque seconde de cet événement qu'il en devient la pierre angulaire du roman. Tant de destins se jouent et vont se jouer autour qu'on peine à décrocher du rythme. La mise en scène est saisissante, elle propulse les personnages dans un chaos flamboyant et poignant. Car la vie de Violaine ou de Constance est jusqu'au bout chahutée, compressée, broyée pour en tirer des bribes éparses. 
J'ai beaucoup, beaucoup aimé la construction du roman. C'est propre, lisse, impeccable. Cela rappelle aussi les feuilletons de l'époque, qui ont consacré Dumas ou Balzac, en proposant une flopée d'aventures et autres rebondissements (amour, liaison, duel, enlèvement...). L'ensemble est foisonnant et se pose comme une lecture passionnante, en complet décalage avec notre réalité. L'illusion est parfaite, le tableau du 19e siècle est dépeint avec élégance et authenticité. Il y a un vrai travail de recherches qui ne prend pas non plus le pas sur le sens du romanesque. Ce n'est pas qu'un roman historique, inspiré d'après un fait réel, mais bel et bien une fiction enrobée de bon goût et de délicatesse, une œuvre romanesque vibrante de sensations. 
La lecture audio dure approximativement 12 heures, mais ne laisse jamais l'impression de temps qui s'écoule lentement. C'est au contraire captivant du début à la fin, savoureux et délicieusement guindé. Après être tombée amoureuse de L'Ancre des rêves, je retrouve la plume de G. Nohant avec grand plaisir. L'auteur a gagné en évocation, en puissance et en majesté dans un genre très différent. Bravo ! 

Texte lu par Françoise Cadol pour Audible Studios (version intégrale, durée : 12h 25)

>> Uniquement disponible en téléchargement.

©2016 Héloïse d'Ormesson (P)2016 Audible FR

La Part des flammes | Livre audio

 

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29/11/16

Si j'ai bonne mémoire, d'Anne Icart

Si j'ai bonne memoire

Après une première lecture enthousiasmante introduisant le clan Balaguère, dans Ce que je peux te dire d'elles, je me faisais une joie de retrouver cette famille au destin incroyable, que les aléas de la vie n'avaient guère épargnée non plus. 
L'histoire nous embarque rapidement dans une cacophonie de rires et d'éclats de voix prises au dépourvu par l'annonce d'un mariage ou d'un retour au pays. Violette a en effet décidé de quitter Paris pour renouer avec ses racines, elle se réjouit de vivre auprès de sa mère et de ses tantes, tandis que Babé informe son entourage de ses noces avec le banquier. Justine, notre couturière, en fait une affaire personnelle pour que sa sœur affiche fièrement les couleurs de sa maison.
Plus discrète, Blanche peine à participer aux effusions de joie et a souvent la tête en l'air. Sa santé flageolante préoccupe Violette, mais ses tantes sont convaincues d'un simple surménage passager. D'une certaine façon, la jeune femme prend note de l'information et la range dans une case pour y revenir plus tard. Pour l'heure, elle se lance dans son grand projet : connaître l'identité de son père. 
Il lui faut néanmoins se heurter à la cohésion familiale. Aucune des Balaguère ne consent à livrer le moindre indice. Secret de famille sous triple verrou. Et puis, Violette croise à son boulot une jeune femme très à fleur de peau, avec laquelle elle se découvre des atomes crochus, et qui va devenir plus qu'une amie. Une rencontre tellement peu anodine, que j'avoue avoir soupiré fort, fort, fort.
J'étais franchement pleine d'espérance à la lecture de cette suite, et j'ai savouré l'ambiance et l'harmonie de cette famille si attachante, par contre j'ai trouvé le scénario hyper décevant, car cousu de gros fils blancs. Pff. Trop facile, trop commun, trop mièvre. Je me suis sentie flouée, et dépitée. 
Une pointe d'amertume plus tard, je boucle mon tour de piste en chouinant, à tort ou à raison, parce qu'il faut admettre que je reste très attachée à la tribu Balaguère, à leurs chichis, à leurs démonstrations empressées et maladroites, à leurs histoires simples et superficielles, et néanmoins bouleversantes. Je suis une lectrice faible en matière d'histoires de famille !
Malgré quelques réserves, toutes personnelles, cela reste une jolie lecture, douce et naïve.

Texte lu par Bénédicte Charton pour Audible Studios (durée : 7h 43)

>> en exclusivité & en téléchargement sur Audible.  

Si j'ai bonne mémoire | Livre audio  Audible.fr

©2015 Robert Laffont (P)2016 Audible FR

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Marie Curie prend un amant, par Irène Frain

Marie Curie prend un amant

Cette lecture a fait resurgir le souvenir fugace de vacances en Bretagne, dans une grande maison isolée, à l'orée d'une forêt, où l'on y traînait les sandales aux pieds, chassant les légendes arthuriennes, avant de s'affaler sur un transat en rotin, pour avaler des bolées de cidre, mais aussi pour quelques séances de lecture, dont le fameux livre de Jacques Neirynck, La mort de Pierre Curie.
Cette brève résurgence a ainsi auréolé le roman d'Irène Frain d'un doux parfum de nostalgie, bien malgré lui, puisque j'ai plongé avec bonheur dans son histoire et l'ai appréciée encore plus sincèrement ! L'auteur nous raconte le destin d'une femme brillante, qui vit dans l'ombre de son époux, également un scientifique renommé, avec lequel elle reçoit un prix Nobel pour ses recherches sur les radiations. Après la mort tragique et brutale de celui-ci, elle plonge dans une profonde mélancolie et un chagrin immense, dont elle s'extirpe péniblement en poursuivant ses travaux sur le polonium et le radium. Elle tombe également amoureuse du jeune assistant de son mari et bascule dans une liaison passionnelle qui provoque un scandale sans précédent.
Cette femme est bien évidemment Marie Curie, l'épouse de Pierre, puis la maîtresse de Paul Langevin, sujet autour duquel la presse de l'époque s'est acharnée en livrant une campagne de diffamation pour ruiner la réputation et la carrière de la physicienne. Ce portrait romancé, mais attaché à des sources avérées, se lit comme une grande fresque palpitante et pleine d'émotions. Car Marie Curie est une véritable héroïne, pionnière de son temps, farouche et indépendante, tour à tour femme amoureuse, mère dévouée et savante ambitieuse. Originaire de Pologne, venue étudier à Paris, Marie rencontre Pierre, qu'elle épouse et avec lequel elle partage une existence bohème au 108 boulevard Kellermann, auprès d'une joyeuse colonie de passionnés, où chacun étale son érudition en buvant du thé et en mangeant du saucisson. 
Ce que le roman dénonce, outre l'accumulation des procès, des duels, des articles assassins, des agressions corporelles, des lettres volées et des lapidations contre sa maison, c'est cette misogynie ambiante à l'égard d'une figure féminine supérieure et émancipée. Nous sommes à l'aube du XXe siècle et les jugements sont durs et impitoyables envers Madame Curie, alors que son amant se débat avec sa femme et sa belle-mère, sans autres préoccupations pour son image ou son plan de carrière. Terrible injustice. Marie Curie, en passe de décrocher un deuxième prix Nobel, dérange, d'où un lynchage en place publique sans autre forme de procès. 
L'enquête conduite par Irène Frain est à la fois minutieuse et se lit avec grand intérêt. On se passionne pour ce sociodrame à la française, en plus de pénétrer dans les arcanes du monde des sciences et de la recherche, mais on ressent aussi une grande compassion à la lecture de son parcours de femme-courage qui a souffert les pires bassesses de façon arbitraire. Le personnage de Marie Curie n'en apparaît que plus attachant et sincèrement humain. Très bon roman !

Texte lu par Hélène Lausseur pour les éditions Sixtrid  (durée : 9h 45) / Mai 2016

►Ecouter un extrait

Avec l'accord des éditions du Seuil - Repris en poche chez Points Grands Romans, novembre 2016

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24/11/16

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une, de Raphaëlle Giordano

Ta deuxieme vieLa première fois que j'ai découvert ce livre remonte à l'hiver dernier, lors d'un shopping chez Nature & Découvertes. Je trouvais la couverture ravissante, et le titre à rallonge m'intriguait, mais je me demandais s'il s'agissait d'un roman ou d'un ouvrage sur le développement personnel. J'ai donc passé mon chemin, jusqu'à ce que je recroise celui-ci en version audio. J'ai tenté ma chance, au vu des commentaires globalement élogieux à son sujet.
Camille, trente-huit ans, mariée et mère d'un enfant, se sent lassée de l'existence qu'elle mène. Sa rencontre avec Claude, un routinologue, lui fait entrevoir qu'elle souffre d'une “affection de l'âme” assez répandue et lui propose un singulier accompagnement pour la sortir de son état de désenchantement. Cela se résume à des petites choses anodines, comme dresser la liste du bon et du moins bon dans notre vie, des réflexions concrètes sur des désirs secrets, des bilans sur sa vie de couple ou son parcours professionnel, des expériences à tenter... En somme, ce sont des petits riens qui, mis bout à bout, redonnent confiance en soi et améliorent grandement le quotidien. 
Je synthétise, mais le bouquin lui-même fait bref et ne cherche pas à s'enliser dans des théories-fleuves car son intention est avant tout de vulgariser le positivisme en véhiculant des messages fondamentaux qu'il est toujours bon de rappeler. C'est en gros une approche simple et légère du développement personnel, pour le rendre accessible à tous.
Par contre, j'ai un doute sur le choix du format romancé, car j'ai trouvé l'ensemble plat, sans saveur, banal. Les discours de Claude sont ennuyeux, le parcours de Camille est plan-plan. Je suis finalement assez déçue, car peu transportée par la stimulation intellectuelle et créative qu'est censée renvoyer la lecture. Trop pragmatique, sûrement, je n'ai pas été sensible aux bonnes ondes du livre. Cela reste un concept hybride intéressant, même s'il ne me touche pas personnellement.
Très bonne interprétation de Valérie Muzzi.  

Texte lu par Valérie Muzzi pour Audiolib (Octobre 2016)

Durée : 5h 46  - © Groupe Eyrolles, 2015

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20/09/16

En attendant Bojangles, d'Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles

Quelle lecture épatante !

Largement plébiscité par les libraires et les lecteurs, récompensé par de nombreux prix, ce roman n'usurpe pas l'excellente appréciation qui le précède et se révèle cet incroyable petit bijou de littérature qui donne du baume au cœur et des larmes aux yeux. Oui c'est tellement beau, à lire ou à écouter. Car n'hésitez pas à vous plonger dans la version audio (Gallimard, coll. Ecoutez Lire) qui s'accompagne d'une réalisation sonore impeccable, en incluant des extraits de la chanson de Nina Simone, Mr. Bojangles, auquel le titre fait référence. L'ensemble fait bon ménage. L'histoire est lue par le comédien Louis Arene de la Comédie Française, qui sert avec délice cette histoire d'amour fou en alternant l'innocence de l'enfant et la dévotion du mari au service d'une femme complètement toquée, mais qui n'en conserve pas moins toute sa superbe ! 

C'est donc l'histoire d'une rencontre entre un homme à l'imagination débordante et une femme fantasque qui vont allier leur grain de folie, se marier, fonder une famille et vivre de soirées pétillantes, à boire, à danser, à discuter avec la crème intellectuelle. L'homme et la femme forment un couple magique, intouchable. Leur fils souvent les observe avec émerveillement et tendresse. Lui aussi revendique sa part d'élucubrations loufoques que sa maîtresse réprimande, mais l'enfant est couvert par les excentricités de sa mère, qui préfère l'enlever du carcan de la société pour l'emmener dans ses délires, ses rêves et ses voyages. La réalité, hélas, rattrapera notre trio audacieux et s'invitera à la fête de manière brusque, intolérable et poignante. Clap de fin sur la valse étourdissante, retour au concret avec toujours la petite musique en toile de fond. Qui a dit que l'aventure était terminée ? Car Bojangles est éternel, et cette histoire nous le prouve. C'est triste et drôle, tragique et étincelant, dans un style inventif et poétique, qui saura vous éblouir, vous toucher et vous emporter au-delà de toute raison. Une lecture fantaisiste, mais si vraie, si sensible et sensuelle... ♥

Texte lu par Louis Arene pour les éditions Gallimard, coll. Ecoutez Lire (durée 4h 30) - Septembre 2016

Titre disponible aux éditions Finitude, qui ont eu du flair en dénichant cette pépite ☺

« Depuis notre pétaradante rencontre, elle faisait toujours mine d'ignorer la réalité d'une façon charmante. Du moins, je faisais mine de croire qu'elle le faisait exprès, car c'était chez elle si naturel. [...]
Son comportement extravagant avait rempli toute ma vie, il était venu se nicher dans chaque recoin, il occupait tout le cadran de l'horloge, y dévorant chaque instant. Cette folie, je l'avais accueillie les bras ouverts, puis je les avais refermés pour la serrer fort et m'en imprégner, mais je craignais qu'une telle folie douce ne soit pas éternelle. Pour elle, le réel n'existait pas. J'avais rencontré une Don Quichotte en jupe et en bottes, qui, chaque matin, les yeux à peine ouverts et encore gonflés, sautait sur son canasson, frénétiquement lui tapait les flancs, pour partir au galop à l'assaut de ses lointains moulins quotidiens. Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel. »

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  • GRAND PRIX RTL-LIRE 2016
  • PRIX DE L'ACADÉMIE DE BRETAGNE 2016
  • PRIX EMMANUEL-ROBLÈS 2016
  • PRIX ROMAN FRANCE TÉLÉVISIONS 2016
  • ROMAN DES ÉTUDIANTS FRANCE CULTURE - TÉLÉRAMA 2016

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Le Cœur cousu, de Carole Martinez & Lu par Suliane Brahim

Le coeur cousu

Santavela, village du Sud de l'Espagne, terre de processions religieuses, de cancans, de lubies douces et magiques !  
Mariée à seize ans, Frasquita voit son mari perdre la boule après la naissance de leur premier enfant. Lui, le forgeron, se prend pour un coq et s'enferme dans le poulailler. À chaque fois que son épouse accouche de filles, c'est la même rengaine. Frasquita implore “les sagesses”, Blanca et Maria, de lui procurer des décoctions miraculeuses pour aider à la naissance d'un fils. Et un soir de lune rousse, Frasquita avale sa potion, fait ses prières et neuf mois plus tard, vient au monde Pedro el Rojo, son bébé poil de carotte. 
Mais la roue tourne pour Frasquita, devenue une pièce d'échange lors d'un combat de coqs que son mari va perdre. Elle quitte tout pour suivre un inconnu, part à travers l'Andalousie avec ses marmots et découvre un pays de légendes. Et l'histoire continue de rouler sa bosse sur un sol de poussière et de rocaille, farouche et indomptable. Il y a un côté flamboyant dans cette fresque romanesque et familiale, où le beau croise le tragique, les joies succèdent aux larmes, la poésie escamote le grotesque. 
Cette histoire insolite est rapportée par Soledad, la petite dernière de la famille. Elle aussi est belle et gracieuse, elle fait tourner la tête des garçons et pourtant elle refuse d'avoir un prétendant. C'est ancré dans ses gènes, dès sa naissance, sa mère a lu en elle un avenir fait de solitude, d'où son prénom Soledad. Dans son grand cahier noir, elle s'épanche rageusement : « Il me faut t'écrire pour que tu disparaisses, pour que tout puisse se fondre au désert, pour que nous dormions enfin, immobiles et sereins, sans craindre de perdre de vue ta silhouette déchirée par le vent, le soleil et les pierres du chemin. (...) Il me faut te tuer pour parvenir à mourir... enfin. »
Récit passionnel et fougueux, fable onirique et humaine, Le Cœur Cousu est un roman qui évoque à sa façon la transmission, la relation mère / fille, la sensualité, la folie, l'amour, les désirs et les rêves. C'est un univers pittoresque, hanté par
 un ogre, un homme qui sent l'olive, un bébé solaire, une prostituée au grand cœur, un chien jaune et un coq rouge, à l'instar d'un conte lumineux, où les scènes cruelles et cocasses témoignent du bonheur d'imaginer. Le merveilleux ici n'est jamais forcé : il s'inscrit naturellement dans le cycle de la vie. 

Lu par Suliane Brahim, pour Gallimard, Collection Écoutez lire - Durée d'écoute : env. 11h 30 
Avec grâce et sensibilité, Suliane Brahim nous transporte dans cette étonnante fable lyrique à travers l'Andalousie de la fin du XIXesiècle. 
Parution : 09-06-2016

 

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