28/02/08

Les Constellations du hasard - Valérie Boronad

constellations_hasardUn aspirant écrivain débarque à New York avec pour seul bagage son sac marin et une sacoche contenant son manuscrit. Son rêve américain est de rencontrer Paul Auster pour lui remettre son roman et tous ses espoirs d'être édité. Hélas, le garçon se fait voler ses papiers et manque devenir fou. Il erre dans la rue, rencontre un chien puis un vieil aveugle avec qui il fait le deal de mettre sur papier le livre qui court dans sa tête en échange du gîte et du couvert. Très vite, Luc prend en pleine figure toute la beauté de la prose du vieillard, de son parcours et de son histoire. Il s'appelle Alejandro Asturias, c'est un poète qui a quitté l'Europe au début des années 40, pour retrouver son grand amour prénommé Cécilia.

Luc ambitionne toujours de rencontrer Paul Auster et téléphone auprès des attachées de presse pour obtenir un entretien, puis met en place une lecture publique de l'oeuvre d'Alejandro, sous le prétendu parrainage de l'écrivain, et sans consultation du vieil homme. Celui-ci s'en moque, il sent ses jours toucher à leurs fins, pour seul conseil d'auteur à auteur il suggère à Luc d'apprendre à nager dans l'océan. Et Luc s'y emploie avec application !

C'est un rêve américain raconté avec toute la maladresse et l'espoir insensé d'un jeune homme plongé en état de grâce. Il a un mois pour boucler son pari, fait à lui-même. Peu à peu, on ressent toute l'influence de l'oeuvre de Paul Auster, « son Maître », dans cette histoire, mais sans toucher le génie de l'auteur. La copie est aisée, l'imitation impossible. Ce n'est pas une sentence implacable, c'est un constat et un encouragement. Car on ne peut écarter de son esprit les images de Mr Vertigo ou du jeune M.S. Fogg dans Moon Palace pour suivre l'étrange exploration de Luc Kervalec qui le mène sur la voie d'une quête intérieure. Il y a dans ce livre de Valérie Boronad tous les ingrédients austeriens, c'était d'ailleurs un projet audacieux, mais pas totalement abouti. La fin, par exemple, peut être excellente, mais carrément illusoire.

« Parce que drogué je l'étais, je dois bien l'avouer. J'étais complètement shooté, par elle pour commencer, par la longueur de ses jambes et son coeur à vif posé comme un fer rouge sur son visage, par le génie de son grand-père, par l'océan qui m'emportait, par l'écriture qui me faisait plonger tout au fond de moi-même en compagnie d'un poisson, descendant en apnée dans l'inconnu de son sillage. »

Belfond - 184 pages - 17 €

Merci Mathilde W. pour l'envoi !

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23/02/08

La femme la plus riche du Yorkshire - Fouad Laroui

femme_la_plus_richeJ'ai aimé la couverture, j'ai aimé le titre et j'ai éludé le sujet. Bien m'en a pris ? Je ne sais pas, sauf qu'il me faut avouer avoir eu recours à un coup d'oeil à la 4ème de couverture car j'ai été un peu décontenancée au début !
C'est donc l'histoire d'un chercheur d'origine marocaine qui arrive à l'université d'York pour étudier l'espèce locale avec soin et attention. Armé d'un petit carnet étanche, l'homme décide d'établir son poste d'observation depuis un pub typiquement anglais où il va y rencontrer la femme la plus riche du Yorkshire, alias Cordelia, ou Corry pour les intimes - et Cruella, in petto. Cette femme est excentrique, arrogante, autoritaire et manipulatrice, elle va agripper notre narrateur et lui promettre des confidences les plus extraordinaires pour alimenter ses recherches. Se livre alors un tête-à-tête saugrenu et espiègle, où l'un tente de résister à l'autre, qui livre avec outrecuidance un étalage de débaûches et de démesures.
C'est éreintant ! Autant le reconnaître. Je me suis égarée dans ce labyrinthe, un peu frileuse à l'humour sarcastique. Mais quiconque recherche une comédie acerbe sur l'Angleterre, les riches, l'ethnologie, les alcooliques et la rouerie saura y trouver largement son compte ! La fin est mauvaise, mais subtile et hilarante !
A bon entendeur, salut !

Julliard - 158 pages  /  16 €

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22/02/08

Voyager léger - Julien Bouissoux

voyager_legerTristan Poque écrit toujours, mais sous plusieurs pseudonymes, il a revu ses prétentions à la baisse, au diable la littérature, aujourd'hui il écrit des romans de gare, des polars sombres et austères, sans réel cachet. Pour arrondir ses fins de mois, il accepte aussi d'être lecteur pour une maison d'édition et gobe les manuscrits insignifiants qui, d'abord, boostent son énergie, et puis finissent par le laminer.
Son dernier livre peine à voir le bout du tunnel, sans cesse son intrigue dérape, ses personnages deviennent flous. Au gré des rencontres et des questions bassement métaphysiques qu'entretient Tristan, son Cocktail Mortel boit l'eau.
Heureusement, il y a l'ami Poupou, compagnon de plume, de boisson et d'infortune. Lui aussi connaît le syndrome de la page blanche, au lieu de se miner il décide de se complaire dans l'observation des plantes fougères. Tous deux, paressant mollement sur le balcon du nouvel appartement de Poupou, devisent peu sagement et échafaudent un plan drôle et inventif.
Vous ignorez qui est Tristan Poque ? Alors, vous n'avez jamais lu le roman de Julien Bouissoux, La chute du sac en plastique. Dommage pour vous. Mais quelle chance de pouvoir faire cette rencontre prochainement ! Plaisant et désabusé, le ton de Julien Bouissoux saura vous toucher et vous séduire, en plus de son personnage attachant qu'est Tristan Poque. Héros peu romantique des Temps Modernes, il traîne son spleen et sa cruelle lucidité sous notre oeil charitable. Il incarne à lui tout seul le jeune auteur peu ambitieux, ou forcé de ne plus l'être, qui se trouve au creux de la vague et du dilemme qu'est le manque d'inspiration. Les passages avec l'autre écrivain en manque de veine donnent aussi lieu à des échanges cocasses, un peu tordus, mais qui sont le reflet de cette littérature contemporaine, légère et peu affectée. Ici, les personnages s'ennuient mais ne rasent pas le lecteur. A prendre à la légère, comme le titre !

Editions de l'Olivier - 177 pages - 16 € 

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16/02/08

Alaska - Eugène Nicole

alaskaLe narrateur quitte Paris suite à une déception amoureuse et se réfugie en Alaska où il vient de décrocher un poste de lecteur à l'université de Fairbanks pendant neuf mois. C'est le début d'une étourdissante plongée dans un univers unique et fascinant (la nuit éternelle, les aurores boréales, la poudre neigeuse), où vivent les dernières survivantes du peuple eyak.
Le narrateur avait pensé utiliser cette fuite comme un refuge, il découvrira bien vite que ce sera impossible de se tenir à l'écart de ses collègues de l'université, pour la plupart de jeunes hippies américains (nous sommes dans les années 60). Ce sont des extravagants, des rapporteurs de légendes et d'anecdoctes invraisemblables (la jeune fille perdue dans la sonate, qui joue à perdre la raison, Colette l'impossible, qui pansera ses plaies du coeur, ou Noémie, l'ancienne lectrice de français, partie en escapade amoureuse avec un trappeur). Ce sont des instants sur le vif, des clichés spontanés, entre lesquels on retrouve la parole du narrateur, son espoir (ou désespoir) de penser à celle qui l'a quitté. Un jour, une lettre arrivera pour lui annoncer qu'elle rentre. Serait-ce aussi l'autre fin d'un voyage ?
Ce roman est un tout : un journal de bord, une comédie burlesque, un récit incoercible, un appel à la diversité. C'est très étrange de rapporter son sentiment sur ce livre, car l'affinité avec le lecteur ne tient qu'à un fil. Je pense aussi que c'est la plume d'Eugène Nicole qui fera toute la différence, on aime ou pas, mais cela exerce un pouvoir de séduction incontournable. A ceci s'ajoute le cadre de l'Alaska, ses légendes et ses coutumes. C'est une lecture foncièrement envoûtante, que j'ai aimée, et pourtant j'ai beaucoup de mal à conseiller.
Il suffit juste d'avoir la bonne approche, d'aimer l'incipit et, ainsi de suite, on ne lève plus son nez du livre, ou on abandonne.

Editions de l'Olivier - 245 pages.  20.00 €

A lire, un très très bon billet ici !

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29/01/08

Le goût des abricots secs - Gilles D. Perez

gout_des_abricots_secs« J'écris depuis le lieu d'une disparition. J'ai besoin de ce désert pour faire place à ce qui lentement affleure. La résidence est devenue une immense caisse de résonnance. Chacun de nous veille sur ses fantômes. La tâche est infinie. Mais chacun de nous, peut-être, aura sauvé quelque chose...
Je n'attends rien. Autrefois, anxieusement, j'attendais le sommeil. Et je m'étonnais de ne pas le trouver. On ne peut pas fuir l'absence. Il faut s'y colleter. C'est ce que j'essaie de faire. Manger l'absence de Véra. La prendre à pleine bouche. Attrape-moi si tu peux, m'avait-elle dit.
»

C'est un livre qu'on peut tout bonnement considérer comme un roman d'atmosphère, car cela se passe dans une résidence abandonnée par ses habitants, sous une pluie infernale et qui noie le jardin alentour. Seuls le narrateur et le vieil homme, son voisin, hantent encore les lieux de cet abri déserté. On y retrouve et partage des amours perdues, des notes de piano et des souvenirs de ce faste lointain. Le vieil homme pleure son épouse décédée, elle ne jouera plus pour lui 'Les Scènes d'enfant' de Schumann. Et le narrateur n'a plus que la collection de chapeaux pour se rappeler son grand amour, Véra.
Il y a une question qui revient sans cesse : où est passée Véra ?! La narration est si lente à dérouler le tapis rouge, c'est un style aussi, pas une critique négative. A première vue, j'avais jaugé ce petit roman de 90 pages et pensé le lire assez vite. Pas du tout ! Ce livre figure parmi les lectures qui demandent du temps, qui demandent à s'immerger jusqu'au cou, à se noyer dans les lignes. C'est très bien écrit, pas de doute, tout en élégance, laissant flotter dans les airs un goût suranné, délicieux.
C'est enfin un roman qui se passe en dehors de tout : du temps, des lieux, du moment, de l'action. « Le goût des abricots secs » est une lecture peu commune, qui vous imprègne de son aura, et puis qui vous abandonne sur ce constat. Il y a eu, il n'y a plus. Cet amour fou qu'ont connu les deux hommes a nourri leur échange, alimenté le roman de début à la fin, à cela se sont aussi mêlées des images de guerre, d'exil et de clandestinité. In fine, on referme le livre, mais on ne possède toujours pas la clef de ses mystères !

Le Rouergue - 95 pages -  10.00 €   (janvier 2008)

Fortement conseillé par Tatiana !

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25/01/08

Ma mère, à l'origine - Emmanuel Pons

ma_mere_a_l_origine« Ma mère est morte. L'autre bonne nouvelle, c'est qu'elle est morte riche... » Patrick a décidé de fêter dignement cette libération, des funérailles expéditives et une voiture de sport flambant neuve, puis un mariage, un enfant et un horizon idyllique.
Enfin libre, oui ! pense-t-il.
« C'est allé crescendo. Il n'a pas évoqué sa mère pendant les deux premières années. Et puis, quand son fils s'est mis à trottiner, la mémoire lui est progressivement revenue mais sans aucun bon souvenir. (...) Maintenant, c'est elle son principal sujet de conversation, ou plutôt la source de ses monologues. »
Madeleine ne reconnaît plus l'homme qui partage sa vie, Patrick vit retranché dans son bureau, à boursicoter comme un fou depuis son ordinateur, c'est un 'home-trader' implacable qui mise sa propre vie comme des titres et des actions, scrutant la moindre chute et n'hésitant pas à les revendre.
Point de sentiment.
« Je ne parviens pas à m'arrêter, c'est terrible. Les souvenirs s'enchaînent et je reste prisonnier de ta vie. Tu ne m'as jamais accepté tel que j'étais, jamais aimé pour ce que j'étais, tandis que, moi, je t'aimais pour deux, maman. Je t'ai toujours aimée pour deux. »
S'il vit ainsi, entre ses fantômes et son ordinateur, c'est parce que Patrick suffoque du trop-plein que lui inspire sa mère, un excès de rancoeur et d'amertume. Patrick est au bord du gouffre, apercevant de loin son fils de 7 ans qui lui rappelle un autre petit garçon, et Madeleine de son côté lance sa bouteille à la mer, mais « ça prend au ventre, ça monte, ça serre la gorge au point que la seule solution pour éviter l'asphyxie, c'est de partir. »
Comédie humaine et tragique, « Ma mère, à l'origine » se cache sous le couvert d'une farce bien grinçante d'un homme qui prend sa revanche en brassant des millions pour assouvir sa puissance et sa place de number one. C'est le peu qui lui reste, après des années d'humiliation et de frustration, le peu légué par une mère avare de démonstration affective. « Je n'ai reçu d'elle ni câlins ni fessées, ni compliments ni remontrances, jamais une récompense pour mon excellent travail scolaire, même pas une mise en garde avant mon premier rendez-vous amoureux ! Rien ! De l'indifférence. »
Marié et père de famille, l'homme est aujourd'hui submergé par l'intuition de n'avoir pas mérité si peu de tendresse. Il s'escrime, s'enferme et devient quasiment fou. Fou de douleur et de chagrin.
Quelques pointes d'humour recouvrent le verbiage, « Je suivrai donc le corbillard dans mon coupé rouge, enrubanné comme un cadeau, avec un noeud sur le pavillon et un Merci maman sur le haut du pare-brise, façon Allez l'OM ! », mais on ne se fait pas d'illusion et c'est bien un cri désespéré qu'on perçoit là, « J'ai besoin d'amour ! » tout simplement. Et ce message s'adresse à une mère, qui n'est plus.

Arléa - 130 pages.  Janvier 2007.  14.00 €

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24/01/08

La Théorie du Panda - Pascal Garnier

theorie_du_pandaDans une petite ville de Bretagne, débarque Gabriel qui, comme l'Ange, en plus du prénom, partage cette même vocation d'aider les autres. En effet, l'homme, porté par son altruisme, rencontre des âmes esseulées, désoeuvrées, qu'un simple repas préparé avec amour vient soulager le temps d'une soirée.

Cela commence par José, le patron du bistro qui ne fait plus restaurant depuis l'hospitalisation de son épouse. Une intervention bénigne se mue en coma profond, laissant notre homme éploré. Puis il y a le couple de Marco et Rita, amoureux lessivés, attendant un héritage qui ne vient pas, un peu junkies sur les bords, ils vendent à Gabriel un superbe saxophone qui fera le bonheur des enfants de José. Et pas très loin de tout ça, on retrouve Madeleine, la réceptionniste de l'hôtel où se pose tout ce petit monde bancal. Elle n'est ni laide ni jolie, mais son charme est avenant, avec un petit quelque-chose qui pousse notre homme à lui venir en aide.
« Vous entrez dans leur vie comme ça, l'air de rien. On dirait que vous êtes partout chez vous. (...) Vous me donnez le vertige, c'est tout. Vous n'êtes nulle part et partout en même temps. »

Au début, on ne comprend pas, on se demande d'où vient Gabriel, quel fantôme traîne-t-il dans son fourbis, pourquoi n'est-il que de passage, prêt à repartir vers d'autres destinations imprécises ? C'est seulement au fil des chapitres qu'on aperçoit ses lignes de faille, qu'on saisit l'incroyable. A quelques pages de la fin, on se surprend à en apprendre encore, davantage, toujours. C'est stupéfiant, particulièrement bien dressé. Le portrait de cet homme devient plus nuancé, plus fascinant et troublant. Et l'histoire que nous raconte Pascal Garnier a des allures soudain plus sombres et inquiétantes, faussement simples, plongées dans un décor qui décrit un monde creux, peuplé d'êtres déglingués et qui marchent sur une corde raide. Tout est de guingois, pense-t-on. Et pourtant, la colonne est solide, bien ancrée, et c'est ce qui expliquerait pourquoi ça fait froid dans le dos, le tout ronronnant dans une atmosphère assez asphyxiante. Curieux mélange, improbable rencontre, espoir déraisonnable d'aller à l'encontre de Gabriel et les autres ?... Ne vous y trompez pas, ce fut un instant de lecture inouï !  Un piège, oui.

Zulma - 174 pages -  (Janvier 2008)  16.50

« C'est que ces deux-là s'aiment, enfin, disons que la complicité qui les unit a pris avec le temps les nobles rides des vieux amants. Ils pourraient s'entretuer qu'ils ne s'en voudraient pas. C'est la vie, n'est-ce pas ? À force de voyager dans ce wagon qui pue des pieds, on finit par y faire son petit trou d'intimité, on se comprend. D'odeur à odeur, de coups tordus en coups tordus, on se cannibalise l'un l'autre. C'est dans l'habitude que tout réside, plus besoin de réfléchir, de choisir, on s'y retrouve les yeux fermés, chez l'autre comme chez soi. Les pantoufles avachies, la tignasse du matin, les cheveux sur le peigne, les coulisses de cet exploit de vivre qui nous étonne chaque matin. D'accord, pas toujours exaltant ce reflet dans le miroir, c'est vrai qu'il y a des jours où l'on voudrait le briser mais on ne le fait pas, parce que alors on se retrouverait le nez au mur et que le mur a encore une plus sale gueule que soi. »

Du même auteur, j'ai lu La Solution Esquimau .

D'autres avis sur La Théorie du Panda : Renaud Junillon, de la librairie Lucioles & Florence Xueref du blog Leo Scheer.

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22/01/08

Festin de miettes - Marine Bramly

festin_de_miettesCe qu'en dit l'éditeur :

Lycéennes, elles étaient les meilleures amies du monde : Sophie, la petite provinciale, gauche, fille unique et mal-aimée de parents âgés et rabougris, et Deya, fascinante, racée, dotée de l’assurance de sa caste, les Rausboerling, grands bourgeois protestants, extravagants et libres.
Livrées à elles-mêmes, les deux adolescentes ont vécu une parenthèse enchantée dans la petite maison au fond du jardin de l’hôtel particulier de la famille de Deya, rue des Grands Augustins.
Et puis la rupture inexpliquée, suivie de l’exil en province, jusqu’à ce coup de fil de Deya, huit ans plus tard, qui conduit Sophie à abandonner travail et mari – cette existence médiocre qui lui fait horreur – pour sauter dans le train pour Paris.
La maison des Rausboerling à la splendeur perdue, puis la brousse sénégalaise où vivent la mère de Deya et son fiancé africain servent de cadre aux étranges retrouvailles des deux amies. Mais peut-on jamais revenir en arrière ? Face à l’exubérance de Deya et au poids du clan, se creuse le vide de Sophie. Face à l’élan de vie, le vertige, jusqu’à la folie…
Roman d’amour et d’amitié, roman de mœurs, roman de démence et de ténèbres, ce Festin de miettes nous mène de Saint-Germain-des-Prés à Dakar, en passant par la Porte de la Chapelle, dans une épopée contemporaine envoûtante où le romanesque se dispute avec brio au suspense intimiste.

Ce que j'en dis :

C'est une histoire entre deux amies d'enfance, qui se sont perdues de vue et se retrouvent près de dix ans après. On en a déjà lu, des histoires à cette sauce. Alors pourquoi se laisser tenter par cette énième copie, après tout ? Tout simplement parce que « Festin de miettes » donne l'impression que l'écriture coule de source, qu'une histoire peut s'écrire et se raconter de façon claire et limpide, que cela vous emporte et ne vous lâche plus avant la dernière page. 

C'est la quête d'une mère qui pousse Sophie et Deya, fraîchement réconciliées, à se lancer vers une piste qui les conduit tout droit au Sénégal. Mais pour toutes les deux, le parcours réveille des anciennes bouffées d'envie et d'aigreur. Le voyage n'est pas gratuit, il va les mener vers des vérités dérangeantes.
Avant cela, le décor était planté dans un « petit pavillon enfoui sous une perruque de glycine, dont la façade était en grande partie ouverte aux regards, comme dans une maison de poupée », une maison nichée au fond du jardin d'un hôtel particulier que possède la famille Rausboerling. Et ce théâtre de la rue des Grands Augustins semble coupé du reste du monde, plus rien n'existe autour. On entre chez les Rausboerling comme dans une autre dimension, dans une demeure splendide d'un autre temps, où l'on croise des figures flamboyantes et décaties.
Le vertige qui saisit Sophie est là pour lui rappeler les années de frustration, de rage et d'amertume. Sa propre vie est devenue si médiocre le jour où elle a quitté ce foyer d'adoption, poussée par la colère de Deya. Et pourtant, aujourd'hui, la jeune fille la réclame. Comme au bon vieux temps. 

L'histoire est étourdissante, passionnante et brillante !
Marine Bramly paraît aussi à l'aise en pleine brousse africaine ou dans un hôtel particulier d'une famille de vieux bourgeois, baladant personnages et lecteur au gré d'une aventure captivante. J'ai été soufflée, emportée, enjouée et séduite par ce récit. Peut-être la quatrième partie est un peu plus faible, plus esquintante... même si finalement j'ai trouvé que le point final était osé. 
C'est superbement envoûtant, d'un romanesque époustouflant, parfois déconcertant, mais quel brio ! Vous ne lâcherez pas ce livre avant la fin !

JC Lattès - 359 pages -  (Janvier 2008)  18.00 €

Madame Figaro, 01-2008

"A lire Marine Bramly, on a l'impression qu'un roman c'est simple comme bonjour. Il y faut simplement du talent, un brin d'humour et d'émotion, une façon de cueillir les phrases comme elles se présentent, sans tambour ni trompette." Eric Neuhoff

"La diabolique Sophie, qui a mis son existence entre parenthèses dans le secret espoir de renouer leur amitié passionnée, n'a qu'une idée en tête : «fusionner en paix» avec son ancienne amie. Cette insupportable créature «aurait tellement aimé être comme Deya, aussi relax, aussi indifférente, et se laisser porter par le cours des événements», mais elle est toujours si mal lunée qu'elle en devient comique. Passé l'âge de se contenter des miettes de son idole, celle qui se perçoit comme un «hérisson avec les épines à l'intérieur» a appris, sous des dehors caressants, à sortir les griffes."   Le Figaro.fr

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21/01/08

Rêve d'amour - Laurence Tardieu

reve_d_amourMy god ! ce roman est sublime ! Puissant dans son écriture et affolant par son style épuré, sensible comme de la soie, le livre de Laurence Tardieu renferme une quantité de passages que je souligne avec passion !
Tout me parle dans ce livre, notamment cette histoire d'une jeune femme de 30 ans qui a grandi sans maman, sans le souvenir de celle-ci. Vingt-cinq ans plus tôt, elle a été emportée par la maladie mais personne n'a prévenu la petite fille. Plus tard, elle comprendra. Cependant, aucun souvenir, aucune mémoire, aucun culte de la personnalité. Alice Grangé est élevée par son père, silencieux et imperméable, et qui lui soufflera le Grand Secret sur son lit de mort.
Ce court roman, en nombre de pages, est déstabilisant par sa justesse et son flot d'émotions. J'ai été émue aux larmes à maintes reprises, tout en soutenant l'entreprise d'Alice. Celle-ci apparaît fragilisée au début du livre, abrutie et désillusionnée. En fouillant le passé, elle cherche ainsi à redonner des traits au visage de sa mère, à cerner ce qu'est un amour fou. Ce qu'elle comprendra en chemin sera forcément bouleversant, et ne pourra que vous toucher (du moins, moi j'y ai été fort sensible).
« Le bonheur, c'est de se savoir appartenir au royaume des vivants, et d'en éprouver les innombrables frémissements. »
« Il n'y a pas de vérité, ni des êtres, ni du temps. Il n'y a que le présent, son éblouissement. »
C'est dans un cahier bleu qu'Alice Grangé raconte son parcours, et à la fin elle a cette formidable conclusion, que je m'approprie : « (...) j'ai compris que les livres étaient une des expressions les plus fortes, les plus troublantes et les plus vraies de la vie. »

Stock - 159 pages - 15.50 €

Merci Laure d'en avoir parlé la première et de façon si brillante !

A été lu par Amanda aussi.

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17/01/08

L'homme que l'on prenait pour un autre - Joël Egloff

joel_egloff_hommeLe narrateur a un gros inconvénient : son visage est commun et n'importe qui dans la rue est persuadé de le connaître ou de l'avoir déjà rencontré. Notre homme collectionne, bien malgré lui, les étiquettes et les identités, il n'y comprend rien, et en dépit de ses nombreux efforts, il s'enfonce  et endosse les parures.

Les altercations commencent très tôt, avec le facteur qui lui remet un courrier qui ne lui appartient pas, ensuite il découvre que ce sont des lettres d'amour, des déclarations belles à faire fantasmer et il se prête à rêver un instant à cette douce inconnue, qui pleure son amour perdu... Puis il se trompe d'étage et se trouve nez-à-nez avec une épouse et ses deux enfants ! Ou il est pris pour un ancien gangster, se fait passer à tabac en pleine rue et ne trouve plus l'adresse de son cordonnier. Un dimanche sur deux, notre homme se rend à Mourmelon visiter une vieille tante dans une pension pour personnes âgées. Elle pourrait le raccrocher à sa réalité, mais elle-même vit dans sa bulle, tout en sucrant ses fraises et en attendant l'arrivée des Américains. Un jour, elle aussi disparaît, ou alors c'est lui qui ne la retrouve plus ?

C'est ainsi que ça se passe, dans le roman de Joël Egloff les identités sont floues, les défenses passives et les repères égarés. A l'instar du personnage central, le lecteur s'y balade en étant incrédule et perplexe. L'aventure rocambolesque de cet homme peine à adhérer toute compréhension, le bizarre colle aux doigts et pourtant jamais l'envie d'abandonner le roman ne vient nous effleurer. Et pourquoi ? Tout simplement parce que c'est superbement écrit ! Joël Egloff a le don, le talent et le sens des mots au centimètre près. Il a recours à sa poésie particulière et à l'humour noir pour dresser le portrait de ce Monsieur Tout-le-Monde, un brin pathétique, mais touchant à ne rien pouvoir retenir entre ses filets. Alors tout coule, et 200 pages défilent...

Buchet Chastel - 202 pages.  17.90 €

Illustration de couverture : Anne Bénoliel-Defréville

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