23/08/07

A l'abri de rien - Olivier Adam

Abri_de_rienMarie est maman de deux enfants, Lise et Lucas, mariée à Stéphane, chauffeur de bus. C'est son amour de jeune fille, à deux la vie n'a pas toujours été rose mais ils ont réussi à se construire un petit nid douillet, avec cette envie d'y croire.
Ils ont choisi ce pavillon dans un lotissement entouré de voisins, jeunes comme eux, menant la même existence. Un bon départ, pense-t-elle. Mais très vite Marie est anéantie par le néant de son existence. Elle ne travaille plus, elle a perdu son job de caissière au supermarché, elle sombre dans la neurasthénie, n'a plus le goût de son quotidien, tout juste conduit-elle ses enfants à l'école.
Tout glisse, tout lui est insensible.
Et puis un jour, elle est face à la misère des "kosovars", les réfugiés pétris de froid, de faim et de peur dans les rues de la ville, attendant un sauf-conduit pour s'échapper et rejoindre l'Angleterre. Marie s'engage auprès de bénévoles pour leur venir en aide, prenant de plus en plus d'implication dans cette voie.
A tel point que Marie finit par délaisser sa famille. Elle la met de côté, oublie ses enfants, rentre tard dans la nuit. Ce qu'elle vit auprès des clandestins lui noue le ventre, ce qu'elle comprend des autres volontaires la touche également.
Ce qui va suivre a du mal à trouver son cheminement, parce que c'est une suite précipitée de cataclysmes à petite échelle. Une chose est sûre : Marie est complètement perdue.

Parce que c'est un roman écrit par Olivier Adam, lui seul capable de me faire lire le bottin, j'ai plongé tête baissée dans ce livre. Car à vrai dire, le thème ne me plaisait pas du tout.
Mes craintes se sont confirmées au fil des pages, tant l'ambiance redoutée est là, poisseuse, encombrante, flippante et insupportable. Ce qui sauve le récit de tout abandon, c'est bien entendu qu'il soit si bien écrit. Olivier Adam a ce don pour écrire la misère, le moral à zéro, la dépression, la folie émergente et la noirceur absolue ... tout en restant saisissant. Etrangement captivant.
Lectrice inconditionnelle de l'auteur depuis des lustres, j'avais de plus une certaine curiosité de le lire dépeindre la ville où j'ai grandi. Mais quelque chose pêche. J'ai trop ressenti le dénuement et les souffrances amères des êtres qui tentent de garder la tête hors de l'eau. C'est sinistre, oui. Le reflet d'une réalité affligeante ? Plus délicat.
Je sais bien que l'auteur s'est rendu trois ans dans cette ville côtière aux portes de l'Angleterre et a pu capturer la dimension à sa juste mesure. Alors pourquoi je ne retrouve pas dans ce livre ce que je pensais connaître comme ma poche ? Du moins, ce n'est pas bien grave non plus.

L'histoire me touche, mais elle me dérange aussi. Marie et son malaise n'ont pas su m'émouvoir, pas comme j'aurais aimé. Mais le rapport est plus vicieux, car malgré le détachement et l'agacement qu'il inspire, le monologue de Marie m'a envoûtée. J'ai été hypnotisée par son aventure, exaspérée et malmenée, pourtant la fin m'a chavirée.
Ce n'est donc pas pour moi le meilleur roman d'Olivier Adam, mais on ne peut être aveugle et sourd à ce qu'il nous raconte. Parce qu'il a le talent pour l'écrire aussi.
A voir, donc.

Editions de L'Oliver - 218 pages - En librairie le 23 Août 2007.

** Rentrée Littéraire 2007 **

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [29] - Permalien [#]


22/08/07

Le contemplateur - Stéphane Héaume

le_contemplateurMonsieur Combes est un libraire âgé, maniaque et mystérieux. Son crime est d'aimer les garçons, jeunes et beaux, et de les employer comme commis dans sa boutique.
Depuis quelques semaines, on n'a plus de nouvelles de Théo qui travaillait pour lui. Il a disparu du jour au lendemain, l'enquête de la police n'a rien conclu. Pour le remplacer, Combes a donc ouvert sa porte à Anton, un autre jeune garçon à la beauté saisissante.
Mais un impératif s'impose : il faut qu'il porte une salopette de couleur bleue, comme son prédécesseur. N'en déplaise à la mercière Evangéline Agrobis.
La frustration aidant, les rumeurs les plus folles vont courir. A Morghor, petit village noyé par la neige, il n'y a pas que le froid qui soit redoutable.
"Le contemplateur" avec son allure baroque est un roman envoûtant, au charme puissant, aidé par la figure énigmatique du libraire Combes. Le monde des livres est ici un peu en retrait, car c'est surtout autour du vieil homme que l'intrigue se creuse.
A-t-il des intentions pernicieuses ? Est-il l'homme qu'on prétend qu'il est ? Est-il coupable du crime dont on l'accuse ? Car effectivement un garçon est mort, la nuque brisée, et Combes a agi au plus vite, sans réfléchir, en cachant le corps dans sa cave.
Etrange, vraiment...
L'atmosphère hors du temps apporte un attrait particulier à la lecture, encore plus que la découverte du crime. Et puis, le style de Stéphane Héaume est toujours sombre et inquiétant, il captive littéralement. C'est juste regrettable que la fin soit précipitée et plonge le lecteur dans les abysses du doute.
A découvrir !

Anne Carrière - 182 pages - En librairie le 22 Août 2007.

Couverture : passemoilesel.com

** Rentrée Littéraire 2007 **

Mon avis sur "Le fou de Printzberg" , roman du même auteur (bientôt disponible en poche)

Extrait :   

«  Il y a un mois qu'Anton est là, avec ses yeux d'argent où brillent ses vingt ans, un mois que sa présence, son silence, ses absences, libèrent le pénitent d'une souffrance ardente. Car Combes ne gémit plus ; ses désirs l'ont quitté avec délicatesse, discrètement, ne laissant au vieil homme que la grâce naissante d'une fascination. Oui, il aime. Mais c'est une âme qu'il aime, au lieu d'aimer un corps. Il n'aura fallu que quelques nuits pour que s'opère l'impossible glissement. Pas de révélation. Simple constatation. Il y a là comme une plénitude de vie : l'abondance d'un bonheur repentant, d'un bonheur qui a mauvaise conscience d'avoir papillonné et qui revient le soir pour se faire pardonner.  »

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]

20/08/07

Le chat dans la gorge - Colette Pellissier

le_chat_dans_la_gorgeSublime premier roman !
Colette Pellissier trace le portrait d'une famille, un couple avec trois enfants, dont la vie semble ordinaire.
Il y a cet homme, affairé et tête en l'air, qui se rue chez une fleuriste pour l'anniversaire de son épouse et sent le trouble gagner toutes les parcelles de son corps devant le sourire constellé d'une miette de chocolat de la vendeuse.
Les deux garçons font du judo, cérémonieusement. Mais l'aîné se lasse et exige du cadet de mentir au moniteur pour excuser ses absences. Un mot de trop et l'orage gronde dans la cuisine...
La petite dernière, Mouna, n'aime pas rester seule dans sa chambre. Et puis, elle veut un chat à tout prix. Ses parents refusent et même le Père Noël lui offre un ... hamster !
Un chat, c'est mauvais pour Maman si elle attend un bébé dans son ventre. Car l'homme en voudrait un quatrième, un tout petit minuscule bébé, comme il dit.
Elle hésite, puis consent. Mais dans le même intervalle, elle découvre l'impensable et la petite famille sombre.

Chronique familiale, douce-amère et ensorcellante. Ce roman est bref, seulement 80 pages, décoré de chapitres aussi subtils qu'un recueil de nouvelles à parcourir.
On découvre dans « Le chat dans la gorge » une formidable aisance à parler du commun, sans sombrer dans l'ennui. La plume est belle, émouvante. On ne se lasse pas de tourner les pages de cette petite perle, découvrant sans cesse un éclairage nouveau sur tel ou tel personnage.
Au coeur de cette comédie, les protagonistes ne sont ni plus ni moins familiers. Leurs émotions nous touchent, leurs mensonges, leurs silences et leurs larmes aussi.
« Comment réchauffer les mots et les caresses, comment réconcilier l'élan qui la pousse à nouveau vers lui, et la morsure encore vive de la cicatrice qu'il a laissée en elle ? »
Très habilement, Colette Pellissier nous évoque ce sentiment de trahison, souvent difficile à panser, et qui bouleverse tout un foyer. Mais comme le souligne la quatrième de couverture, « d'accrocs en ravaudages, l'étoffe familiale se réinvente sans cesse ».
Et l'idée du titre est également un puits d'intelligence, et il faudra au lecteur un peu d'intuition pour en comprendre le magnifique sens !
A découvrir !!!

Editions Delphine Montalant - 80 pages - Août 2007

** Rentrée Littéraire 2007 **

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [19] - Permalien [#]

17/08/07

Les bois dormants - Fabienne Juhel

Les_bois_dormantsElle n'était encore qu'une enfant quand, lors d'une fête foraine, la petite s'est perdue, recueillie par un homme à la peau noire et "délivrée" à grands coups de fracas et cris retentissants par la police.
Ce qui a suivi, pour elle, c'est l'habitude de se perdre. De son plein gré. Or, trente ans plus tard, la narratrice apprend qu'elle est atteinte d'une tumeur au cerveur, qu'on lui donne six mois à vivre et qu'un coma profond sera son antichambre vers la mort.
Plongée dans ses "bois dormants", la jeune femme rêve et revit ses contes de petite fille. Autour d'elle, les infirmières lui lisent des histoires, Michel son compagnon lui apporte des fleurs, cachant aux enfants le drame de leur maman, censée "à la cueillette des mûres".

Ce livre n'est pas éprouvant, accablant de douleur et comprimé de larmes. Même si le sujet latent concerne la maladie, le roman demeure " sauf ". Car Fabienne Juhel, qui signe là son deuxième roman, a une astuce pour éviter le mélo : elle use et abuse des fables pour enfants, en décore son propos de manière parabolique, elle crée un monde onirique, mêle le réel aux songes.
C'est très joliment écrit.
Et puis, bien entendu l'histoire est touchante. Comment ne pas s'attendrir face à cette femme qui a fait de la perte une "imparfaite manie", un art calculé et requis avant d'être définitif ?
J'avais déjà lu son premier roman "La verticale de la lune" mais je n'avais pas été embarquée dans son univers. Cette fois, passant sur les premières pages stupéfiantes, j'ai été happée par cette jolie fantaisie, ce métissage de fantasmes et de réalités. Où on y découvre aussi une relecture des fables enfantines, une révision de nos cauchemars qui apparaissent soudain poétiques et séduisants.
A tenter !

Editions du Rouergue - 158 pages - En librairie le 17 Août 2007 -

** Rentrée Littéraire 2007 **

Mon avis sur " La Verticale de la lune "

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]

16/08/07

Le Crocodile rouillé - Dominique Louise Pélegrin

le_crocodile_rouilleOn leur donne le surnom de la Grande Couvée car dans cette famille ils sont huit enfants : Gabrielle, quinze ans, Emmanuel, treize, et Ariane, onze ans, les jumeaux, Paul et André, autrement dit Melchior et Balthazar, neuf ans, Jeanne, sept ans, Inès, quatre ans et Denis, le bébé, presque deux ans. "Les autres l'appellent Roger parce qu'ils le détestent. Certains rêvent de s'en débarrasser, surtout les nuits où il hurle, réveillant tout le monde".
Le ton est donné. Beaucoup d'humour, de facétie et une tendresse cachée derrière les chamailleries, les parties de cache-cache, les langages inventés, les jeux de massacre. Non, jamais rien de sérieux !
Pour gouverner tout ce joli monde, il faut faire appel au chef de la troupe, leur père, qu'on a baptisé le Crocodile rouillé, une image vite intégrée à leur paysage, digérée, pour ainsi dire.
Toute cette famille nombreuse a suivi l'autorité paternelle pour une mission dans un pays étranger. Cela risque d'être long, surtout qu'ils ont strictement l'interdiction de sortir, de bouger une oreille et doivent appliquer à la lettre la liste des corvées sans moufter.
Bien entendu, ce sont toujours les plus grands qui trinquent.
Les petits, eux, ont la veine de se perdre. Encore qu'il n'est pas toujours aisé d'être traité de bébé, qu'on cherche sans cesse à ratatiner et qu'il faut brailler pour changer les couches et les fesses trempées.
Beurk.
Comble de tout, les joyeux parents annoncent à la tribu la venue prochaine d'un neuvième bambin !
Rien à dire sur ce livre, sauf qu'il est très, très drôle, qu'il apporte une bonne bouffée d'oygène (et que ça fait du bien entre deux, trois bouquins un peu sévères). Laissez-vous surprendre, ce n'est pas un livre impératif, c'est juste distrayant. Et aussi, ce livre m'a quelque part rappelé la famille des Jean-quelque chose de Jean-Philippe Arrou-Vignod (en Folio junior). (En savoir plus ? Cliquez ici ! )
Au programme, donc : "Le Crocodile rouillé" de Dominique Louise Pélegrin est une chronique familiale attachante, désopilante et tout à fait sympathique. Lecture savoureuse. A tester !

Belfond - 260 pages - 1er roman - En librairie le 16 Août 2007.

** Rentrée Littéraire 2007 **

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]


05/08/07

Le soupirant ~ Isabelle Minière

Ce livre est drôle ! Oui, malgré son thème d'abord presque morbide (un père qui se meurt), on sourit beaucoup au soliloque de la narratrice, sans prénom, si ce n'est celui qu'on a décidé de lui coller : Elodie. Parce qu'elle est née le même jour qu'une jeune fille morte, elle a instantanément été prise sous l'aile de son employeuse, quitte à la couvrir de cadeaux - toutes les affaires de la jeune défunte !
Bref, c'est une histoire où on s'intéresse de près aux morts. D'abord, prenons place autour de cette famille presque éplorée d'assister aux énièmes soupirs d'agonie du patriarche, suite à son déjeuner d'anniversaire. Car le problème, c'est que toute la famille n'est pas nouvelle de ces crises de "va-t-il bientôt mourir, ou pas ?". Donc, à la longue, ça plombe un peu toute cette assistance : la mère qui radote et s'invente des souvenirs, le frère qui compte les soupirs du mourant, la soeur aînée qui songe au sens de la vie, de l'argent, de l'amour etc. et la narratrice, sans identité définitive, silencieuse, butée dans un manque de sensibilité qui heurte sa mère. Mais silencieuse, elle ne l'est qu'en apparence car dans ses pensées elle ne cesse de parler, de raconter sa vie et celle de sa famille. Et il n'y va pas avec le dos de la cuiller ! Elle n'épargne personne ! Elle adopte volontairement un ton drôlatique, cynique et auto-dérisoire qui fait merveilleusement mouche. On adore, ou pas. C'est sûrement un roman qu'on parcourt d'une traite et qu'on ne regrette pas d'avoir parcouru ! Un bon plan lecture.

août 2004

Posté par clarabel76 à 16:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

02/08/07

Les yeux des chiens ont toujours soif - Georges Bonnet

Les_yeux_des_chiens_ont_toujours_soif« Ma vie quotidienne est faite de petites tâches, toujours les mêmes.
La routine me protège. »

Emile se rend tous les jours au parc municipal où il croise une femme de petite taille plutôt fluette, d'une soixante d'années. « Touchante avec son chapeau démodé, son corsage orné d'une dentelle, ses bas de coton noir, elle s'intègre parfaitement au paysage vieillot du parc. »
« Elle tricotait par intermittence ce qui devait être une écharpe, les genoux joints, l'oeil en éveil sur les promeneurs et les jardiniers porteurs de fleurs à repiquer. »
Tous les jours, un émouvant ballet s'opère. Emile et cette femme se retrouvent au parc, assis aux mêmes places, engoncés dans des gestes répétitifs.
Et, « parce qu'il y avait du bonheur autour de nous, sans trop réfléchir », Emile et cette femme vont amorcer une discussion à bâtons rompus. Ils vont se retrouver jour après jour dans ce parc, puis Louise (ainsi se prénomme-t-elle) va le convier chez elle pour un déjeuner sans chichis.
Les choses en amenant d'autres, Emile va s'installer chez Louise.
« Les journées se passent dans une heureuse monotonie.
Il semble que rien de mauvais ne puisse arriver.
Il y a toujours des instants privilégiés à saisir, le bonheur d'un rayon de soleil, d'une rêverie, d'un souvenir. »
Car dans cette vie presque idyllique, dictée par un mimétisme déconcertant, va survenir un grain de sable pour enrayer le mécanisme. « C'est un samedi après-midi que tout a basculé. »

Je ne vais pas dévoiler ce qu'il va arriver à nos deux amoureux timides et pudiques, mais je vous invite à lire ce petit texte au plus vite pour en savoir plus, savourer le style impeccable de Georges Bonnet, apprécier la lenteur, la douceur et la retenue des sentiments.
Dans les derniers chapitres, on reste toutefois en attente, un peu aux aguets qu'un petit truc surgisse, retentisse, vienne casser le train-train. Cependant, à bien y réfléchir, tout s'inscrit dans une logique inflexible. Comme le souligne la quatrième de couverture, « c'est grâce à un art dénué de tout artifice, comme puisé à l'émotion même, qu'il sait rendre palpitant la plus partagée des banalités et tenir le lecteur en haleine ».
Aux amateurs de sensations fortes, de rebondissements à n'en plus finir, passez votre chemin ! Ici, la monotonie revêt des couleurs chatoyantes, charmantes et pleines d'une séduction pondérée.

Le Temps Qu'il Fait - 138 pages - Janvier 2006.

Posté par clarabel76 à 11:30:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]

01/08/07

L'emmerdeur - Elisabeth Butterfly

L_emmerdeurJ'ai accepté la proposition de l'éditeur pour recevoir ce livre d'Elisabeth Butterfly, inspiré de faits rappelant un grand scandale politico-financier, blablabla, mais "toute ressemblance avec certaines histoires récentes est purement fortuite". Qu'on le dise !
Elisabeth Butterfly a choisi la fiction pour mieux servir la réalité, après un long travail d'enquête. La présentation de l'éditeur fait même le rapprochement avec "La constance du jardinier" de John Le Carré et de "The Insider" adapté par Michael Mann...
Personnellement, en acceptant cette lecture, j'ai plus été tentée de lire un nouveau roman de l'auteur. J'ai découvert Elisabeth Butterfly avec ses premiers livres, "Lolita Go home" et "Dissection du mariage", puis "François Truffaut, le Journal d'Alphonse".
Objectivement, je ne crois pas à ce genre d'histoire qui me paraissait un peu sournoise. C'est la péripétie cauchemardesque d'un ancien journaliste devenu écrivain qui, fin 2001, met le nez dans un beau sac à embrouilles en découvrant des comptes occultes orchestrés par une banque internationale d'investissements, basée en Suisse. En mettant à jour cette sombre affaire, notre homme, Jules Wigand, s'expose à des représailles, des menaces, à la censure et aux procès interminables. La pression est tenace, elle dure des années, jusqu'en 2006.
Jules Wigand est un homme à abattre. Ce livre, raconté un peu par l'épouse, est une démonstration impitoyable des moyens mis en oeuvre pour miner un type, le rendre muet et ruiner sa vie personnelle.
Sur le fond, l'histoire se lit comme une flèche. Très bon rythme, scénario qui fait froid dans le dos, ce sont les coulisses d'un tapage médiatique qui mouille une institution et qui touche une loi tacite ("tu le sais, mais tu te tais").
Pourtant, le personnage principal de Jules Wigand n'apparaît pas très sympathique, sa soif de "vérité" est contestable, et puis zut ! cela fait un peu trop écho à une affaire récente qui me barbait déjà dans les journaux, donc je préfère m'en éloigner. Et puis, je n'ai pas retrouvé le style de l'auteur qui avait su me plaire dans ses débuts.
Dommage. Bon livre, mais tendance paranoïaque inutile, à mon goût. A considérer comme une sombre intrigue des coulisses du pouvoir.
PS : Et je n'aime pas le titre !

Editions Florent Massot - 260 pages - Avril 2007.

Posté par clarabel76 à 13:00:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

30/07/07

Toutes ces vies qu'on abandonne - Virginie Ollagnier

Toutes_ces_vies_qu_on_abandonneDécembre 1918, Annecy. Claire, 18 ans, jeune infirmière et novice, porte son assistance au professeur Tournier à l'hôpital d'aliénés où est reçue la plupart des soldats rentrés de guerre. Les blessures sont lourdes, pas seulement les plus visibles, mais surtout celles qui sont tues, comprimées et qui brisent en mille morceaux les êtres devenus des morts vivants.
Ah non ! Rassurez-vous, l'histoire n'est pas sanguinolente, pas compliquée ni démoralisante. Loin de là ! Car parmi les nouveaux patients, un soldat inconnu attire l'attention de Claire. Il est prostré, muet, mystérieux. On ne sait rien de lui et cette détresse touche profondément notre jeune novice.
Prête à prononcer ses voeux pour devenir religieuse, Claire commence de plus en plus à se questionner sur son engagement, sur ses croyances et ses motivations. Face à la misère humaine, ravagée par la bêtise de la guerre, la jeune femme voit sa foi sérieusement ébranlée. En tant que fille de Dieu, elle est prise à parti par des hommes bouleversés dans leur destin.
La faute à personne, et pourtant...
Claire s'applique donc à sortir l'inconnu de son mutisme. A l'aide de douceur, de massages, de patience exemplaire et d'une intuition remarquable, elle va parvenir à diagnostiquer le traumatisme de ce soldat.
Parallèlement, s'écrit dans le texte le monologue intérieur de cet individu, qui ouvre ainsi au lecteur une nouvelle fenêtre pour cerner le personnage.

Enfin voilà ce qu'on peut en dire. Comme moi, peut-être allez-vous penser instinctivement au Patient Anglais de Michael Ondaatje... Mais la lecture du roman de Virginie Ollagnier vous donnera finalement un aperçu tout à fait différent. Il s'agit plus ici d'un portrait attachant d'une jeune femme face à de nouveaux choix dans sa vie, exacerbés par cette rencontre improviste.
A vrai dire, j'ai beaucoup aimé toute la première partie du roman. J'y ai trouvé de l'acuité et de la sensibilité, de la délicatesse dans le portrait de la jeune infirmière. Cette dernière va avoir des discussions très intéressantes sur le désir.
De plus, ce n'est jamais glauque, en dépit du climat hivernal et de la situation post-armistice. Pourtant mon intérêt a un peu flanché en fin de partie, de façon incompréhensible.
Car "Toutes ces vies qu'on abandonne" n'en reste pas moins une lecture enrichissante, notamment sur le sujet des débuts de la psychiatrie et les pathologies. J'ai lu en critiques qu'on comparait également ce livre à celui de Marc Dugain "La chambre des officiers" à propos des soldats et des vestiges de la guerre.
Très belle écriture, classique... à tenter !

Liana Levi - 280 pages -

Posté par clarabel76 à 20:15:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]

29/07/07

L'élégance du hérisson - Muriel Barbery

« Mme Michel, elle a l'élégance de l'hérisson : à l'extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forteresse, mais j'ai l'intuition qu'à l'intérieur, elle est aussi simplement raffinée que les hérissons, qui sont des petites bêtes faussement indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes. »
Voilà, c'est dit. C'est expliqué. Le pourquoi du titre.
Ensuite, c'est une affaire de goûts et d'atomes crochus. A la base, elles sont deux personnalités aux antipodes. L'une est une fillette de 12 ans, l'autre est âgée de 54 ans. La première habite un appartement bourgeois avec sa riche famille, la deuxième est concierge depuis vingt-sept ans, veuve et fille de pauvres paysans.
Toutes deux sont seules mais observatrices. Elles posent sur le monde un regard intransigeant, celui d'une intelligence redoutable qu'on réprime par souci de convenance ou esprit de protection. Une enfant surdouée et une concierge raffinée, deux entités dissemblables et pourtant similaires, car toutes deux forcent à percer la carapace, à voir plus loin que l'apparence, à briser les préjugés, bref à bouleverser les codes.

Dans cet immeuble de la rue de Grenelle, les choses vont donc bouger. Une petite révolution est en cours. Paloma, 12 ans, tient rigoureusement un Journal du Mouvement du monde et des Pensées profondes avant de songer sérieusement à se suicider le 16 juin.
Renée, 54 ans, vit seule avec son gros chat, elle est discrète et insignifiante, "petite, laide, grassouillette, des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth". Mais elle aime la philosophie, Marx, les films d'Ozu et les romans russes. Certes, il est dit tant de choses sur les concierges qu'elle ne peut évidemment afficher sa face réelle aux habitants de l'immeuble, alors elle se tait, elle feint, elle fait la bête et la pas-toujours-polie.
Il faut reconnaître, aussi, qu'on lui rend bien sa transparence !
Puis, arrive dans cette vie bien rangée, un nouveau propriétaire, le japonais Kakuro Ozu, veuf, érudit et passablement séduit par cette concierge qui prétend être ce qu'elle n'est pas ! Ainsi s'annonce pour notre Mme Michel « la possibilité d'un camélia » !

L__l_gance_du_h_rissonTout en poésie et finesse, d'un style exquis, servi par une histoire tendre et bouleversante, le roman de Muriel Barbery est un vrai bonheur de lecture, un plaisir rare et irremplaçable !

Beaucoup lu et critiqué, le roman s'est assuré une réputation d'oeuvre brillante, pointilleuse, drôle et touchante, pas donnée à tous. C'est évidemment une affaire de goûts et d'atomes crochus. 

Gallimard, août 2006 - 20€

359 pages

  • Editions Gallimard 
  • Posté par clarabel76 à 21:15:00 - - Commentaires [30] - Permalien [#]