25/09/07

Valdingue ~ Nathalie Carter

Un môme de 13 ans met le feu dans la maison de son grand-père et prend aussitôt la fuite, abandonnant le corps calciné de celui qui l'avait élevé depuis la mort de sa mère, noyée peu après sa naissance. Dit-il, car Antonin vient de recevoir une lettre d'Amérique qui a complètement chamboulé le garçon. Il pète les plombs et part le plus loin possible. Sur son chemin, il croise une femme qui l'appelle Alexandre, elle l'héberge dans une maison sur la plage, près de l'océan. Cette femme, Eve Beauchamps, porte un imperméable beige et n'a plus le goût à vivre non plus. Elle est également en fuite, le souvenir de son garçon semblant la rattraper plus vite qu'elle ne le pensait. Car survient le type, Jean, qui épie ce couple étrange et adresse ses rapports à une fille, qu'il décide de larguer sur un coup de tête, trop las, dit-il, d'être « un coucou velléitaire, élégamment désespéré, dont le principal talent consiste à dégotter des nids douillets où il peut bichonner avec complaisance son incapacité d'écrire » !

Drame en quatre actes, ainsi se résume « Valdingue », premier roman de Natalie Carter, scénariste pour le cinéma et la télévision. On lui doit, par conséquence, une manie pointilleuse à détailler en séquences hachées les scènes de son histoire, qui s'étoffe au fil des pages, suivant l'avancée du roman, qui dévoile page après page son intrigue et les dessous cachés du pourquoi le môme a-t-il tout brûlé, que disait sa lettre d'Amérique, que fuit Eve Beauchamps, qu'espère Jean et que sait vraiment la fille, à la fin de ce témoignage ? Le môme, le type et la fille sont les principaux pôles du roman, autour desquels va s'écrire « Valdingue ». C'est à la fois prenant, pesant et étouffant. Le môme, en ce qui concerne son chapitre, est un gamin violent et détestable, le lecteur devra surmonter son antipathie pour poursuivre sa lecture. Car « Valdingue » est un roman qui mérite le coup d'oeil, pas très long à lire, seulement 140 pages, et une histoire à la fois violente et tragique.

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La maison Tudaure ~ Caroline Sers

A l'occasion de son deuxième roman, Caroline Sers a décidé d'employer le genre du roman noir et policier. En quelques touches incisives, elle crée une atmosphère opaque, impénétrable d'un petit village écarté avec ses habitants tout aussi intrigants. Derrière ce climat de suspicion générale, Caroline Sers a aussi souligné la délicate délation de la presse, impuissante à percer des remparts, et qui préfère frapper dans le tas plutôt que s'avouer vaincue. Parce qu'ils vivent à leur mode, ces villageois sont déconsidérés de toute condition humaine et étiquetés comme des primates incultes et non civilisés. C'est flippant. Peut-on leur reprocher, ensuite, de s'unir en se taisant, au risque d'attiser les flammes de défiance ?
"La maison Tudaure" est un roman réussi, dans sa peinture des âmes humaines (tiens, cela se rapproche du livre de Philippe Claudel, "Les âmes grises") et dans son intrigue sombre et angoissante. Le fin de l'histoire, d'ailleurs, est plutôt cocasse et insoupçonnable !

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24/09/07

Baisers de cinéma - Eric Fottorino

baisers_de_cinema« Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma. »
Depuis la mort de son père, le narrateur, avocat au Barreau de Paris, passe ses fins de journée dans un cinéma d'art et d'essai à visionner sans jamais se lasser les films en noir et blanc de la Nouvelle Vague. Car derrière les sourires figés de Delphine Seyrig, Romy Schneider, Françoise Dorléac, Anouk Aimée, Anna Karina ou Jean Seberg, Gilles pense saisir le mystère de son père, détecter une trace de sa mère.
Jean Hector était un capteur de lumière, un génie de la pellicule. L'homme a aimé beaucoup de femmes mais est parti avec ses secrets. Au fils qui a grandi seul, dans son coin, à ressasser ses questions, il ne reste aujourd'hui qu'un appartement avec des photos en noir et blanc, des journaux et des bobines de films amateurs.
Au cinéma Les Trois Luxembourg, le narrateur fait un jour la connaissance de Mayliss de Carlo. « Elle était très belle et très blessée. » Gilles tombe sous le charme, devient amoureux éperdu de cette femme qui est mariée et mère d'un petit garçon. Pourtant, les deux amants vont vivre une liaison fusionnelle, mais épuisante.
Et le roman va s'écrire sur ces deux poids, deux mesures ; d'une part il y a un enfant brisé de n'avoir jamais compris son père et qui cherche coûte que coûte à retrouver sa mère, et de l'autre il y a un homme envoûté par une femme insaisissable, elle aussi. Un seul homme, deux femmes, une quête impossible.
C'est finalement l'éternelle idée de « capturer une image », celle sur l'écran, celle sur la photographie et celle coincée dans une vie sans passion. Le roman d'Eric Fottorino est, sur ce plan, incroyablement fascinant. Il est merveilleusement bien écrit, très raffiné, empreint de zones d'ombre, influencé par les séances de films en noir et blanc, où l'on croise des héroïnes gracieuses et immortelles. Découvrir les mystères sur les origines de Gilles Hector est un fil rouge, le lecteur se prête à rêver une issue incroyable, et puis il y a cette aventure avec Mayliss de Carlo qui prend peu à peu une place plus imposante dans le récit.

C'est une histoire toute simple, finalement : un garçon qui a perdu son père, qui n'a jamais connu sa mère, qui ne parvient pas à aimer et qui tombe fou d'une femme inaccessible ... « Baisers de cinéma » est un roman mille fois plus troublant qu'il n'y paraît. Le portrait d'un homme s'y dessine, les voix des absents y murmurent et les secrets pleuvent, sans forcément trouver de réponses. Mais c'est ce qui rend ce roman attachant, incontestablement brillant et enchanteur. « Il accumulait des images à charge comme on cherche des preuves contre le temps qui passe. Mais toutes ces femmes finissaient par lui échapper avec son consentement. Loin de percer leur mystère, il prenait plaisir à l'épaissir. » (...) « Voilà ce que j'étais pour lui : un être qui passe et qu'on ne voit pas, un silence, une absence. »

Gallimard, 188 pages / Août 2007.

** Rentrée Littéraire 2007 **

L'avis de Fluctuat 

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23/09/07

Le canapé rouge - Michèle Lesbre

canape_rougeAnne, la narratrice, voyage dans le transsibérien pour rejoindre son amant de toujours, Gyl, qui n'a plus donné de nouvelles depuis quelques mois. En quittant Paris, Anne a dit au revoir à Clémence Barrot, une dame âgée et sa voisine du dessous, avec laquelle Anne passait de longues heures à lire et parler des amours perdues.
Et c'était sur le canapé rouge que s'étiraient ces instants précieux.
Pleine d'espoir, folle d'attentes mais tournée sur son passé, Anne va se questionner, perdue dans ses livres, sur le sens de son entreprise, et comprendre la portée de ce voyage qui va la ramener à la vie, celle qu'elle n'attendait plus.
« Au fond, cela n'avait pas vraiment d'importance, ce qui comptait c'était la rencontre, l'instant fugace, cette sorte de hasard heureux qu'offre le voyage. Les mots n'ont plus la même valeur et même leur absence provoque de salutaires dérives. »
Michèle Lesbre a une écriture lumineuse dans un roman où, finalement, il ne se passe pas grand-chose. L'essentiel se trouve dans le fond, le style, la beauté des mots et l'introspection. Il faut savoir être sensible à cette fugacité, à saisir les petites perles pour savourer cette lecture. Concrètement, c'est une histoire de rencontres, de souvenirs et de désir. Il n'y a aucune tristesse derrière toute la mélancolie inhérente aux réminiscences, tout est sauvé par l'écriture pure, limpide et pleine de charme.
Encore une fois, Michèle Lesbre a su me combler au-delà de tous les mots !

Sabine Wespieser Editeur - 150 pages  / Août 2007.

** Rentrée Littéraire 2007 **

Les avis de Cathe ; la librairie Caractères ; Tatiana    (... à compléter si j'ai oublié des références !!!)

extrait de la présentation de l'éditeur : À la faveur des rencontres dans le train et sur les quais, des paysages qui défilent et aussi de ses lectures, elle laisse vagabonder ses pensées, qui la renvoient sans cesse à la vieille dame qu’elle a laissée à Paris. Clémence Barrot doit l’attendre sur son canapé rouge, au fond de l’appartement d’où elle ne sort plus guère. Elle brûle sans doute de connaître la suite des aventures d’Olympe de Gouges, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, de Marion du Faouët qui, à la tête de sa troupe de brigands, redistribuait aux miséreux le fruit de ses rapines, et surtout de Milena Jesenská qui avait traversé la Moldau à la nage pour ne pas laisser attendre son amant. Autour du destin de ces femmes libres, courageuses et rebelles, dont Anne lisait la vie à l’ancienne modiste, une belle complicité s’est tissée, faite de confidences et de souvenirs partagés. (...)

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17/09/07

Ce que je sais d'elle ~ Béatrice Hammer

Une femme a disparu, laissant derrière elle un mari et deux enfants. "Un enquêteur" interroge la famille, les amis, les collègues et les gens du quartier, ceux qui ont côtoyé cette mystérieuse femme. Car à la lecture des différents témoignages, on s'aperçoit que celle-ci n'était pas tout à fait la même : secrète, certes, mais pour certains, destructice et croqueuse d'hommes, pour d'autres, artiste utopiste, excellente professeur de maths, introvertie mais rancunière, une mère, une femme, une épouse lassée par son quotidien, qui a pris les voiles. On pense qu'elle est morte, qu'elle a été enlevée, qu'elle s'est enfuie avec un amant, qu'elle a changé de vie... Chacun tente d'apporter une solution, ou sa propre explication pour rejeter le sentiment de culpabilité, pour refuser de voir et de comprendre pourquoi cette femme s'en est allée sans mot dire. A la fin du livre, il n'est vraiment pas possible d'apporter un portrait défini de cette femme : elle est tout et rien à la fois. Ses traits sont flous, son caractère fuyant... peut-être n'a-t-elle jamais existé ? Il est possible de créer l'image fantasmée d'une personne, il est plus difficile de cerner la vérité. Ce livre de Béatrice Hammer démontre que toute personnalité est nuancée, qu'elle est le fruit de l'imagination des gens qui nous entoure. D'un autre côté, ce livre m'a rappelé celui d'Emilie Frèche, "Une femme normale". "Ce que je sais d'elle" de Béatrice Hammer a l'infime avantage d'avoir une conclusion délirante et ouverte aux plus folles spéculations !

septembre 2006

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Avec ses moustaches ~ Thomas Paris

Marc et Jeanfrançois fêtent leurs retrouvailles dans un café. Ils se sont connus sur les bancs de l'université, Jeanfrançois (volonté absolue de sa mère de ne pas donner de prénom composé!) a séduit son camarade avec ses idées de jeune révolutionnaire, en lutte contre l'oppression de la société capitaliste. Quinze ans ont passé et les deux amis débordent à nouveau de projets contre les Morlocks, une souche d'opportunistes bien définie, les privilégiés, et qui horripile Jeanfrançois. Son chef de file, à ses yeux, est le pdg de Canal France : Hubert Lefur. Il faut l'anéantir, le kidnapper... lui raser sa moustache !

Car cet Hubert Lefur, finalement modeste et bonasse, est pourvu de belles moustaches à l'ancienne, "qui se déployaient avec discipline sous son nez fort, décollaient dans un début de looping et se désintégraient pour éviter une collision fracassante". Sa marque de fabrique, sa signature. Et quoi de plus vengeur que de s'en emparer, couic, d'un coup de ciseaux ?! Ainsi s'en vont trois compères (un certain Erwan va s'allier à cette vendetta contre l'oppresseur) dans une aventure ubuesque. On les prendrait pour des hussards, et Thomas Paris lui-même se porte en héritier de cette fougue intempestive. Il manie la plume avec panache, il envoie dans les roses tout semblant de gravité et sérieux. Comme il a su le prouver dans son premier roman ("Pissenlits et petits oignons"), Thomas Paris passe le cap du deuxième roman avec brio. Il tord le cou aux amourettes, aux révolutionnaires, aux dirigeants, aux bourgeoises, aux amants, aux étudiants, aux lympathiques, etc... Mais par contre, il rend hommage à LA figure de la Chrétienne, "au seul sens du terme", c'est-à-dire la grand-mère (d'Erwan), qui mérite sa place dans ce roman, et dans tous les romans d'ailleurs. C'est là toute la fantaisie de l'écrivain, son hommage, son adoration. Pour vous convaincre d'ouvrir son roman, n'attendez plus de le lire !

septembre 2006

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Quelque chose à cacher - Dominique Barbéris

quelque_chose_a_cacherJ'ai été déçue par ma lecture, m'attendant à retrouver cette incroyable force psycho-dramatique aperçue dans un livre précédent « Les kangourous ». Dominique Barbéris ne renouvelle pas l'exploit, pourtant l'histoire avait de quoi séduire : une femme a été retrouvée morte dans l'ancienne propriété de sa famille où elle était revenue pour la nuit.
Le narrateur est le gardien du musée, chasseur et peintre à ses heures perdues, fils du docteur de la petite ville de N., il a passé son adolescence à admirer cette Marie-Hélène qui changeait d'amoureux comme de chemise et allait danser au Black and White.
Cela faisait des années qu'elle n'était pas revenue au pays, mais personne ne semblait l'avoir oubliée. Sa mort, aujourd'hui, délie les langues. Le gendarme Massonneau partage avec le narrateur le récit de cette nuit remplie de drames et de mystères.
« Quelque chose à cacher » a un petit quelque chose des Âmes Grises de Philippe Claudel : une mort peu commune, des notables visés, une localité renfermée et un esprit très morne, très mélancolique dans le texte. La comparaison s'arrête là, le livre de Claudel est plus grisant. Dominique Barbéris a une écriture très pointilleuse, mais peut-être cela endort-il son histoire qui m'est apparue indolente et morose.
A voir.

Gallimard - 160 pages  / Août 2007.

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15/09/07

Celui d'en face ~ Gabrielle Ciam

Je suis une femme seule, j'ai quarante ans, je vis confortablement dans un appartement au coeur de Paris. Et j'en ai fini avec le sexe, pour de bon. C'est la parole de la narratrice, qui s'adresse à un homme, inconnu du lecteur. Elle lui raconte son expérience excitante d'avoir flirté avec son voisin d'en face, cet inconnu qui a introduit son intimité, sans jamais se dévoiler. Un jour, elle est apparue nue dans le salon et elle a bien senti qu'on l'observait, en face. Troublée, elle a eu le besoin de "se donner" à cet anonyme qui a su émoustiller son désir. Elle croyait en avoir fini, c'est tout autre chose qui commence : l'apprentissage du désir, les sens en éveil, l'attente du regard, le besoin de se livrer à l'inconnu. Il est "celui d'en face", celui qui compte pour elle, "ce que je voulais, c'est qu'il me regarde, qu'il pose les yeux sur moi, de loin, à l'affût, et qu'il me voie m'offrir".

Le jeu qu'elle joue est celui du chat et de la souris. Un homme et une femme se guettent, s'épient et se contemplent. Les préliminaires ont été absous, il y a une volonté explicite dans l'art d'être désiré, c'est cru dans les gestes, mais élégant dans les paroles. Car Gabrielle Ciam a renoué avec l'érotisme, comme dans son premier roman "Le train de 5h50", où il était question aussi d'observation et de fantasmes fous. "Celui d'en face" n'est pas obscène, et la narratrice parvient à attiser sa flamme par sa confession à son interlocuteur inconnu. La fin est charmante, on attend quelle suite l'affaire a donnée !... Ce 3ème roman de Gabrielle Ciam est capiteux, impudique, affriolant... enfin bref, ce sont les femmes qui en parlent le mieux ! Lisez-le !

septembre 2006

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14/09/07

Tombent les avions ~ Caroline Sers

"En famille, on ne dit pas ce qu'on pense." C'est le credo de cette famille qui vient chaque année passer un mois de vacances dans la maison de l'aïeule, Mounette. Des vacances qui n'en ont que le nom, car on distingue parfaitement que chacun s'y plie, telle une immuable habitude et exigence auxquelles personne ne semble y déroger. Donc les frères et soeurs, flanqués de leur conjoint et progéniture, s'y rendent et font comme si. Heureux d'être à nouveau réunis, de retrouver les mêmes choses inchangées, les bonnes vieilles habitudes cultivées avec obsession par Mounette. Cette grand-mère dont les commissures des lèvres se pincent à la moindre contrariété, au moindre déraillement et à la moindre entorse aux habitudes. Car sur cette famille plane le fantôme de Corinne, la disparue. Progressivement on en apprend sur cette cousine, cette fille ou soeur que chacun n'ose plus nommer ou évoquer. A peine sur les photographies. Silence, maître mot de cette colonie !
Bien entendu, tous sont au bord du précipice. La menace gronde. La colère couve sous la soupape de sécurité. Prête à exploser comme une cocote-minute. Et comme les avions, à trop les fixer, ils peuvent tomber !...
Bref, un premier roman écrit avec soin, d'une plume acérée, qui blesse sans heurter et qui se pare d'un air de vertu outragée et vengée. Un petit délice !

lu en septembre 2004

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13/09/07

Kamikaze Mozart - Daniel de Roulet

« On ne choisit pas ses Wolfgang. Ils vous tombent dessus l'un après l'autre, comme une guerre mondiale. Ou plutôt, comme une étoile filante. Personne n'est préparé aux météorites en plein jour. »
Fumika est japonaise, musicienne et étudiante au conservatoire de Berkeley avec son amie Shizuko. Attachée à sa passion pour Mozart, elle espère bousculer son destin qui l'a déjà fiancée à Tetsuo Tsutsui, soldat au service de Sa Majesté l'Empereur, suite aux habiles tractations des deux familles. Mais Fumika ne connaît son prétendant qu'à travers une photographie et quelques lettres, très conventionnelles.
Nous sommes en Avril 1942. Fumika et d'autres ressortissants japonais doivent rejoindre les camps de rassemblement, après l'attaque à Pearl Harbor. La jeune fille s'éloigne le coeur lourd en pensant à un jeune allemand qu'elle vient de rencontrer à Berkeley. Il s'appelle Wolfgang Steinamhirsch, c'est un fou de chimie que le gouvernement va recruter pour un projet confidentiel basé dans le désert de Los Alamos.
Déplacée de camps en camps, Fumika va croire en sa bonne étoile lorsqu'elle emprunte l'identité d'une indienne navajo pour faire le ménage à  « la fabrique des nuages », un site secret où bossent des scientifiques pour le compte du ministère de la Guerre. Elle y retrouve Wolfgang, devenu un ambitieux savant, et espère qu'il aidera Shizuko et elle dans leur projet d'évasion du camp de Santa Fe.
Hélas ! Le lecteur n'est pas dupe. Le projet de Los Alamos va frapper le Japon en Août 1945, avec deux bombes atomiques. Sur ce plan, l'issue du roman est toute tracée. Il devient alors intéressant de suivre quel triste sort vont connaître Fumika, son fiancé kamikaze et Wolfgang le fou de l'atome, tous estampillés par le sceau de la tragédie.
Entre fiction et réalité, le roman parle de la guerre et de destins brisés autour du fil rouge que constitue la construction de la Bombe atomique. Daniel de Roulet, dans un style très froid, presque sans âme et donc difficilement attachant, a peut-être souhaité cette sécheresse pour planter une distance raisonnable entre l'auteur et son histoire où se mélangent les faits réels et l'imaginaire.
Une petite accoutumance s'impose, puis l'histoire apparaît franchement émouvante et très prenante ! C'est surtout au travers du personnage de Fumika que la dimension humaine et émotionnelle s'exprime le mieux. Son parcours enchaîne l'injustice, l'incompréhension, la bêtise et la perfidie humaines. Longtemps elle trouvera dans la musique de Mozart une échappée pour survivre et affronter son destin. Mais la musique adoucit-elle les moeurs ? Est-elle capable d'achever une guerre, de sauver les âmes ? L'auteur offre une réflexion douce-amère à ce sujet, je ne suis pas sûre d'apporter la réponse qui semble évidente et triste dans ce roman. Mais la lecture de ce livre, pourtant pas emballante au début, résonnera longtemps en moi. Je le pense...

Buchet Chastel - 290 pages - Août 2007

** Rentrée Littéraire 2007 **

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