29/08/07

Tom est mort - Marie Darrieussecq

Tom_est_mortLa narratrice est une épouse dévouée et comblée par ses trois enfants, qui a décidé de suivre son mari à travers le monde pour ses missions à l'étranger. Partant de Vancouver, les Winter ont débarqué en Australie, pensant s'engager dans une aventure tout aussi exaltante.
Hélas, le deuxième fils, Tom, âgé de quatre ans et demi, trouve la mort.
Pour la narratrice et les siens, c'est un drame au-delà des mots, c'est la lame de la guillotine qui s'abat et qui tranche le cours normal de leur existence.
Il faut donc apprendre : la vie après, la mort tout court, l'absence, la recherche de l'enfant défunt, l'esprit fantôme, la mémoire, le langage, le travail de deuil.
Dix ans ont passé et la narratrice opte pour l'écriture dans des cahiers afin de tout raconter, de revenir sur cet avant, cette mort terrible. Les mots sont difficiles, les souvenirs aussi.
Son époux Stuart pense que c'est "morbide", "macabre" mais ce travail est nécessaire pour la jeune femme. "La mémoire ça ne s'use pas, ça devient pire avec le temps. Ces premiers jours, si crus, et si flous, luisants, troubles, hallucinés, impossibles... j'étais au point d'impact de la souffrance, et les repères n'existaient plus, le temps était mort."

Si vous êtes parents, la lecture de ce livre vous bouleversera, sans toutefois vous arracher toutes les larmes de votre corps. Il est cependant difficile d'être insensible au texte de cette mère d'un mort, comme elle dit, de lire page après page le décompte d'un deuil annoncé, d'un instant pénible à vivre, à encaisser et impossible à ranger dans un tiroir.
"Le deuil rend niais et cynique à la fois, et grave et abîmé. Plus rien de ce que je pense n'a la légèreté, la grâce d'autrefois."
On lit ce roman comme la confession émouvante d'une mère amputée, rongée par la douleur et le chagrin, une femme qui en perd la parole à force de pleurer un fils perdu trop tôt.
Marie Darrieussecq accomplit là un ouvrage impressionnant, jamais accablant car son texte est fort, sonne authentique et force l'admiration. La fin dépasse l'entendement.
A lire pour s'en convaincre !

P.O.L. - 247 pages - En librairie le 23 Août 2007.

** Rentrée Littéraire 2007 **

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28/08/07

Immobile ~ Valérie Sigward

Difficile d'entrer dans le roman de Valérie Sigward : apprendre à identifier les protagonistes, la narratrice, démêler les dialogues des faits... Et puis cette tension indicible qui grimpe, l'accident redoutable. Deux femmes qui s'aiment partent en vacances, elles s'arrêtent en chemin, pique-niquent près d'un lac et décident de s'y baigner, de plonger. Mais elles n'ont pas vu le panneau d'interdiction. Résultat : Anna flotte dans l'eau et ne peut plus bouger. L'angoisse commence.

"Immobile" est un très, très court roman mais il est fatal, poignant, percutant. Et glaçant. Parallélement au discours de la narratrice (la soeur de la copine d'Anna) la jeune accidentée livre ses pensées. Comme livrées d'outre-tombe. Ce qu'elle ressent, là, figée sur son lit d'hôpital, comme des pics de glace qui la transperce de partout. C'est terrible. C'est une lecture qui assomme. Une lecture implacable. Elle ne bascule pas dans le pathos, mais c'est tout comme. Un passage fort touchant : une soirée pour oublier, à danser sur des musiques rock, à valser sur Aznavour. Et puis pleurer.
"Immobile" est immanquablement scotchant. Bien écrit mais vraiment triste.

août 2004

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Le stagiaire amoureux - Thierry du Sorbier

stagiaire_amoureuxAmory est une plaie vivante, avec son air « niais, indolent. Myope, boutonneux, maladroit. Chafouin. C'est ça le pire : Chafouin. Et pourtant, il est assez populaire, ce minable. » C'est le cauchemar de Massicot, rédacteur en chef du Courrier d'Avesnes. Impossible pour lui de virer ce stagiaire, imposé par la direction. Alors il décide de l'envoyer en mission spéciale dans le blède le plus paumé de la planète : Saint-Paulin-sur-Morbier, petite commune de 332 âmes, où rien, jamais, ne se passe.
Du moins, jusqu'à présent.
Notre stagiaire, pour tromper son ennui et sa mélancolie (il se languit de la belle Ylène !!!, standardiste au Courrier d'Avesnes), va pondre des papiers où transpirent le bucolique, le printanier, la candeur et l'hommage des belles femmes. Tout un programme.
De surcroît, dans cette commune paisible, débarque un bataillon d'américains avec en tête le réalisateur de cinéma, Almotino, dit Le Nain. L'homme a pris ses marques pour tourner son prochain long-métrage. L'atmosphère est donc en transe. Toute cette communauté détonne parmi la faune locale, et pourtant s'y adapte. L'actrice qui tient le premier rôle peut enfin s'adonner à son vice caché, d'autres passions vont également éclater, plus des meurtres sauvages et horribles pour mieux soulever des cris d'épouvante chez les Saint-Pauliens.
Notre stagiaire amoureux continue de clamer son ôde à la vie champêtre, au péril de sa vie !

Il s'en passe encore des vertes et des pas mûres, dans ce roman. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il nous arrache des cris de joie et nous file une pêche d'enfer !
L'humour est cocasse, le ton très audacieux, sans cesse impertinent, bref le trait est continuellement grossi, exagéré, au risque parfois d'être alourdi. Attention au gavage !
Toutefois, en 200 pages, l'auteur offre une bonne tranche de divertissement, un esprit déjanté et une peinture désopilante du milieu rural, mais épingle aussi Hollywood, le monde financier, les esprits retors et lubriques, la direction des petits journaux en mal de sensation... En somme, le roman pique sans faire mal. Car de bout en bout, « Le stagiaire amoureux » est un livre très, très drôle !

Editions Buchet Chastel - 200 pages -  En librairie le 23 Août 2007 -

** Rentrée Littéraire 2007 **

Du même auteur : " Ottaviana "  (lu par Flo) .

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27/08/07

No et moi - Delphine de Vigan

Un de mes coups de coeur de la rentrée !

No_et_moiLou Bertignac n'est pas comme ses petits camarades de classe. Elle n'a que 13 ans, elle est déjà en seconde, dotée d'un QI au-dessus de la moyenne, elle est timide, a un gabarit minuscule et se sent seule.
Chez elle, l'ambiance est un peu morose. Sa mère ne parle plus, elle est murée dans son chagrin depuis la perte de son bébé. Son père surnage comme il peut, mais se cache dans son bureau pour pleurer.
Alors forcément, en croisant cette jeune fille dans le hall de gare, Lou se sent attirée par elle. Visiblement, c'est une SDF, elle doit avoir 18 ans et sa détresse l'émeut. Elle s'appelle No.
Sous prétexte d'un exposé pour l'école, Lou va l'aborder, lui offrir des verres et la faire parler. Mais No est imprévisible, son caractère animal demande qu'on l'approche en douceur, qu'on l'apprivoise. Et c'est ainsi que l'amitié va naître entre Lou et No.

Pensant que le roman de Delphine de Vigan allait clamer un message politique, pour réveiller les consciences au sujet des SDF, j'étais sceptique en commençant ma lecture. Et puis, j'ai été piquée par l'étonnement, le ravissement et l'enthousiasme.
Ce roman est tout bonnement époustouflant !
Il donne la parole à une jeune adolescente de 13 ans, qui est très intelligente, qui réfléchit beaucoup et pose trop de questions. Elle voit la vie de manière idéaliste, décidée de s'éloigner du drame qui a frappé sa famille. La rencontre avec la jeune SDF devient une relation qui trouve vite son équilibre, car les deux filles sont toutes deux en quête d'une bouée de secours.
La façon de présenter l'âpreté de la situation et la condition des SDF ne bascule jamais dans le mélo ni le sordide, jamais dans le glauque non plus. L'auteur expose une réalité, tente une utopie mais demeure sereine et lucide.
Honnêtement j'ai trouvé ce roman très bon sur toute la ligne. Lou Bertignac, 13 ans et intellectuellement précoce, tient des propos qui sont à la fois fantaisistes, drôles, attachants et sensés. Elle est confrontée à une réalité qui est loin de sa propre vie, mais en même temps elle expose un aspect de son existence qui reste celui d'une fille de son âge, avec ses crises d'incertitude, de manque de confiance en soi, d'amours naissantes et de dilemmes avec les parents.
Oui vraiment, "No et moi" est un roman qui va vous étonner, avec une histoire honnête, perspicace, tantôt amusante et attendrissante, bref une belle surprise !
N'hésitez pas ! 

JC Lattès - 282 pages - En librairie le 24 Août 2007.

** Rentrée Littéraire 2007 **

Extrait :  " Moi, je suis peut-être utopiste, n'empêche que je mets des chaussettes de la même couleur, ce qui n'est pas toujours son cas. Et pour exhiber une chaussette rouge et une chaussette verte devant trente élèves, on ne m'ôtera pas de l'idée qu'il faut avoir un petit coin de sa tête accroché dans les étoiles. "

" Je croyais que l'on pouvait enrayer le cours des choses, échapper au programme. Je croyais que la vie pouvait être autrement. Je croyais qu'aider quelqu'un ça voulait dire tout partager, même ce qu'on ne peut pas comprendre, même le plus sombre. La vérité c'est que je ne suis qu'une madame-je-sais-tout (c'est mon père qui le dit quand il est en colère), un ordinateur en plastique minable qu'on fabrique pour les enfants avec des jeux, des devinettes, des parcours fléchés et une voix débile qui donne la bonne réponse. La vérité c'est que je n'arrive pas à faire mes lacets et que je suis équipée de fonctionnalités merdiques qui ne servent à rien. La vérité c'est que les choses sont ce qu'elles sont. La réalité reprend toujours le dessus et l'illusion s'éloigne sans qu'on s'en rende compte. La réalité a toujours le dernier mot. C'est Monsieur Marin qui a raison, il ne faut pas rêver. Il ne faut pas espérer changer le monde car le monde est plus fort que nous. "

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This is not a love song - Jean Philippe Blondel

this_is_not_a_love_songEn quittant la France dix ans auparavant, Vincent tournait le dos à la "lose" qui s'accumulait depuis l'adolescence et connaissait son apogée en cohabitant avec l'ami de toujours, Etienne. Puis il a rencontré une jeune anglaise, Susan, et a choisi de la suivre et de faire peau neuve de l'autre côté de la Manche.
Ni remords, ni regrets.
Aujourd'hui c'est un homme sûr de lui, qui a réussi. Il est marié, a deux enfants, mène une carrière prospère.
Pour une semaine, Vincent doit cependant faire face à son passé, à ses fantômes et ses démons. Il retourne seul chez ses parents, il revoit son frère cadet, ses amis, son ex. Tout a un goût amer et rance. L'envie de fuir à nouveau le tenaille. Même son ironie mordante ne peut lui tenir la tête hors de l'eau.
De plus, face à sa belle-soeur Céline, il boit la tasse en apprenant le sort qu'a connu son pote Etienne après son départ.
« Est-ce qu'on est responsable des gens avec lesquels on a vécu, une fois que notre histoire commune s'est terminée ?
Est-ce qu'on se doit d'accompagner ceux qui nous ont accompagnés, doucement, jusqu'à la porte de sortie de notre existence pour que leurs fantômes ne viennent plus jamais s'interposer ?
Est-ce que je suis un bourreau ? Est-ce que j'ai donné l'ordre d'exécution ?
»

J'ai éprouvé des sentiments multiples en lisant ce roman. D'habitude, ce qu'écrit Jean-Philippe Blondel ne force pas le lecteur à se questionner. On prend ce qu'il nous donne, et puis basta. L'écrivain a une renommée assez lisse. Ses dernières publications ne cessaient d'être accompagnées de l'avertissement au lecteur fidèle : attention, roman plus âpre, plus grinçant, plus violent, très différent, blablabla.
J'attendais d'être bousculée, pour l'instant je conservais mes acquis.
Et puis, j'avais été prévenue : « This is not a love song » pourrait décevoir et déranger. Il pourrait décontenancer et échapper aux idées reçues.
Il pourrait ne pas plaire.
Ce coup-ci semblait être le bon.

J'ai compris ce qui fâchait : Vincent est un personnage arrogant, odieux, immonde, infect. Trop railleur, carrément pédant, sûr de ses choix, manquant totalement de moralité. Mais bon...
J'avais envie de ne pas l'aimer, or l'infâme individu a su me séduire. Un comble ! J'ai tendance à détester les personnalités imbues d'elles-mêmes, les quadras conquérants et sarcastiques. Mais l'auteur Blondel est parvenu à corrompre mes défenses naturelles, à gagner mon indulgence.
Alors j'ai lu d'une traite ce qui éclaboussait notre héros moqueur, au point de ne plus être étonnée par son regard et ses verdicts. Je me suis attachée progressivement à son discours, comprenant de plus en plus ce qui activait cette machine, froide en apparence. Je ne parvenais plus à le détester, je ressentais des affinités !
Cela reste donc une affaire de goûts. On aime, ou on n'aime pas. Ce nouveau roman de l'auteur pourra désillusionner, personnellement j'ai apprécié.
Je reste toutefois sceptique devant la fin du roman, concernant la confession de Céline (un peu trop mélo, à mon goût). Et puis Vincent et ses jugements à l'emporte-pièce sont parfois trop pesants, trop faciles.
A tenter !

Robert Laffont - 212 pages - En librairie le 23 août 2007. Illustration : Stéphane Manel, d'après une photo d'Emmanuel Robert Espalieu.

** Rentrée Littéraire 2007 **

Bizarrement, en découvrant ce livre et son titre, j'ai aussitôt pensé à cette chanson (à écouter ci-dessous). Et même si c'est London Calling qui sonne en écho, lointain, très lointain ...

Merci JP pour l'envoi !

D'autres avis :  Laure ; Caroline ; Laurence ; Anne

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26/08/07

Ceinture jaune - Philippe Fréling

Ceinture_jaune"Au judo, on est toujours, tour à tour, soit uké, soit tori. Tori est celui qui engage l'action, uké est celui qui la reçoit."
Ainsi commence ce récit délicieusement subtil de Philippe Fréling qui n'est pas à proprement parler un roman sur le judo, loin de là ! Ceinture Jaune donne la parole à un jeune garçon d'une dizaine d'années, silencieux et presque taciturne (c'est pour mieux masquer sa timidité, naturellement !). Il se rend deux fois par semaine à ses cours de judo où il retrouve "lui", cet autre, son double en plus brillant.
Tous deux se parlent sur le chemin du retour, mais cela ne va jamais plus loin. On ne sort pas des sentiers limités de la cité, lui de son côté plus chic et le narrateur du côté populaire.
Sa famille appartient à la commune mesure : son père est militaire, il a fait la guerre, en Algérie. Sa mère vient du Berry où l'enfant se rend durant l'été. Nous sommes dans les années 60. Ici, dans ce texte, tout semble sur la corde raide, en équilibre constant, dessinant une enfance ordinaire aux accents d'apprentissage.
Comme le souligne l'éditeur, "l'enfance est réinventée au travers de mille fragments sensuels et romanesques, et les comptes à régler se soldent peut-être moins gentiment qu'il n'y paraît".
Le roman a effectivement plus d'un tour dans son sac et nous en démontre les ficelles jusqu'à la toute dernière ligne. Les paragraphes, courts dans l'ensemble, se suivent et prennent le lecteur dans leurs filets. C'est superbement captivant, très bien écrit et prometteur pour la suite !
A tenter !

Arléa, coll. 1er Mille - 226 pages - En librairie le 23 Août 2007.

** Rentrée Littéraire 2007 **

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Ce que dit Lili - Sophie Avon

Ce_que_dit_LiliA travers les yeux d'un enfant, "Ce que dit Lili" va nous conter le déracinement. En écrivant l'histoire de cette famille, Sophie Avon parvient à toucher son lecteur, à rendre son propos subtil, émouvant et merveilleux.
Gabriel et Mona ont quitté l'Algérie durant l'année 1962. Ils emménagent à Vaubaye, près de Bordeaux, dans un manoir austère. Leurs enfants, Paul, 9 ans, et Lili, 5 ans, explorent les alentours, dont l'école voisine, avec son préau, qui est abandonnée.
La petite fille est scotchée à son frère, elle est encore trop petite pour comprendre ce que signifient les silences de sa mère, ses larmes et ses séjours à Paris, les disputes avec Gabriel, son père professeur de dessin, sans cesse débordant d'idées et d'enthousiasme.
Pleurer un pays, celui de l'enfance, celui qui porte les défunts. Le roman en souligne toute la complexité, toute la difficulté de s'arracher d'un chez-soi, d'y laisser ses souvenirs.
Au début, la lecture est délicate car la narration par le biais de la petite Lili, 5 ans, en rend la portée plus sensible et légère. Peu à peu on comprend mieux ce que dissimulent les adultes, ce que veulent dire les mots chuchotés de l'enfant. Et soudainement, on succombe, on a le coeur serré et on en sort complètement bouleversée !
J'avais déjà lu de Sophie Avon "La bibliothécaire ", un roman qui m'avait laissé un sentiment étrange. Avec "Ce que dit Lili " je suis définitivement conquise par la richesse de l'auteur, par sa compassion et la générosité de son histoire.
Dernière chose : ce roman n'est pas du tout amer, même s'il parle avec pudeur de l'exil, de la perte et du deuil. La revanche contre la tristesse vient de cette formidable tendresse familiale, par "ce que dit Lili". C'est un beau, un très beau moment de lecture !

Arléa - 160 pages - Couverture : Félix Vallotton, Le Ballon.  * En librairie le 23 Août 2007 *

** Rentrée Littéraire 2007 **

Mon avis sur "La Bibliothécaire"

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24/08/07

Hors Jeu - Bertrand Guillot

Hors_JeuJean-Victor Assalti est un conquérant, un vainqueur, un Dominant. Diplômé de sa grande Ecole, il a connu une ascension fulgurante dans une boîte de com avant la chute libre en Septembre 2001. Depuis, le jeune loup pointe au chômage, renâcle et préserve un sourire Colgate auprès de ses amis tous plus brillants les uns que les autres, mais sentant bien la distance se tracer.

Par l'entremise d'un camarade, JV répond à une annonce pour un casting de jeu télé. C'est une idée sordide, un chapitre vu et corrigé du Dominant parmi les Dominés, ainsi considère-t-il sa position au coeur de la culture "populaire", la "culture plouc" !
Mais plus qu'une blague, ce pari va devenir un challenge crucial pour la carrière de JV. Collectionnant les entretiens avec les DRH, les chasseurs de têtes, épluchant toutes les annonces de job mais ne glanant toujours rien de concret, notre Jean-Victor commence à se ramollir, se voit expulser du Cercle d'Or et s'essoufle dans les soirées VIP où les conquêtes sans lendemain lui donnent la nausée. Notre loup se blinde, s'arme du Quid et du Petit Larousse et bûche comme un fou pour le face-à-face de SA vie !

Risible ? Ridicule ? Curieux ? « Hors Jeu » est le premier roman qui va vous convier dans les coulisses des jeux télé (Rappelez-vous « La Cible » qui a remplacé la cultissime « Pyramide » sur France 2 !), et ce faisant, suivre l'entreprise d'un Rastignac des temps modernes, chassé de son sérail, et farouchement déterminé à reconquérir sa place au soleil.
L'aventure est très, très drôle. Cependant, si l'attitude branchouille vous horripile, mieux vaut vous avertir du potentiel conflit se profilant à votre horizon de lecteur.
« Hors Jeu » met en scène un fier spadassin au comportement lamentable. Son regard dans l'arène du jeu télé est aussi cinglant que dans la position du quémandeur d'emploi, du séducteur à charge d'esbroufe ou du petit-jeune-qui-en-veut.
Méchant mais irrésistible, « Hors Jeu » est à l'image de son Jean-Victor Assalti. Insultant, mais angoissé. Intriguant, mais pathétique. Ce n'est pas le énième roman d'un trentenaire qui débarque dans l'édition et use des artifices d'usage pour attirer les spotlights, non ! C'est une lecture convaincante et pétillante, de même qu'elle n'hésite pas à irriter. Cerise sur le gâteau : l'auteur (Bertrand Guillot) nous dote d'humour acerbe et de cabotinage pour une autre idée de romance.
A suivre !

Le Dilettante - 280 pages - En librairie le 24 Août 2007 -  En savoir plus - Couverture : Atelier Civard .

{ Et derrière ... on découvre : Second Flore ! Félicitations à lui ! Et bon vent pour la suite des aventures ! ;o) }

** Rentrée Littéraire 2007 **

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Il ne vous reste qu'une photo à prendre - Laurent Graff

Il_ne_vous_resteDepuis la mort de la mystérieuse M., Alain Neigel n'a plus touché à son appareil photo, un Mamiya 35 mm de bonne tenue. Cela fait maintenant vingt ans.
Alain partage aujourd'hui sa vie avec Clara et accepte de l'emmener en week-end à Rome où ils descendent à l'hôtel Fontana, en face de la fontaine de Trevi. Fait exceptionnel, mais qui s'explique (cf. le roman), Alain a ressorti son Mamiya de ses placards et le porte en bandoulière dans les rues romaines.
Un jour, un homme en imperméable beige l'aborde, lui prend son appareil et le fixe droit dans les yeux au moment de le lui rendre. Gravement il lui dit : « Il ne vous reste qu'une photo à prendre » et lui tend sa carte avant de s'éclipser.
Perplexe et chamboulé, Alain va décider de rester à Rome pour dénouer cette étrange affaire.

Car si l'histoire au début paraissait simple et claire, elle va vite devenir étrange, improbable et captivante. « Il ne vous reste qu'une photo à prendre » est un jeu qu'on croirait grotesque, mais qui réunit en fin de compte cinq personnages dans une « réalité théorique, constituée d'échantillons représentatifs, de signifiants génériques ». Livrés à eux-mêmes, ces hommes et femmes doivent prendre LA dernière photo, celle qui compte, celle qui solde.
« Derrière chaque photo, par-delà le plaisir et la joie, il y a la peur, peur du temps qui passe, de sa fugacité, peur de voir puis ne plus voir, vivre puis ne plus vivre, avoir vécu et n'en avoir nulle trace démonstrative, nul souvenir tangible ; derrière chaque photo, il y a la peur de mourir, et la preuve de notre mort. »  (...)
« Les photos sont des actes manqués, des paroles sous silence, des baisers refoulés, des sourires figés, des yeux qui se ferment. »

Ce roman semi-étrange aux accents fantomatiques n'est pas une hallucinante aventure aux confins de la quatrième dimension ! Cela pourrait simplement s'apparenter au parcours initiatique d'un homme qui porte le deuil depuis des années et qu'un jeu fantasque va ramener vers la lumière éclatante du flash. (Jouons avec les mots ! ...)
Avant d'en savoir un peu plus, il est très, très bon de fabuler sur cette rencontre avec l'homme à l'imper beige - Méphisto dans sa tenue de camouflage, en opération de « repérage ». Car, comme sous l'effet d'une baguette magique, l'histoire prend un tour plus sombre, un peu inquiétant.
On pensait suivre la logorrhée d'un type ironique et au sens de l'humour décadent. On se plantait ! Finalement Laurent Graff est un virtuose qui manie à sa guise la crédulité de ses personnages et de son lecteur. Tous dans le même sac, à bord d'un minibus de couleur marron. (Les participants de ce jeu ont tous des rôles atypiques !)
Ce dilemme de la dernière photo devient un challenge de « sauve-qui-peut » pour ces héros malgré eux. Ils vont comprendre que derrière ce geste faussement anodin se trouve une vérité plus amère et terrible.
Vous désirez en savoir plus ? Car oui, la lecture en vaut vraiment le coup ! N'hésitez donc pas à franchir la frontière de cette couverture aux allures de yin et de yang !

Le Dilettante - 155 pages - Août 2007 - Couverture : Atelier Civard.

** Rentrée Littéraire 2007 **

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23/08/07

A l'abri de rien - Olivier Adam

Abri_de_rienMarie est maman de deux enfants, Lise et Lucas, mariée à Stéphane, chauffeur de bus. C'est son amour de jeune fille, à deux la vie n'a pas toujours été rose mais ils ont réussi à se construire un petit nid douillet, avec cette envie d'y croire.
Ils ont choisi ce pavillon dans un lotissement entouré de voisins, jeunes comme eux, menant la même existence. Un bon départ, pense-t-elle. Mais très vite Marie est anéantie par le néant de son existence. Elle ne travaille plus, elle a perdu son job de caissière au supermarché, elle sombre dans la neurasthénie, n'a plus le goût de son quotidien, tout juste conduit-elle ses enfants à l'école.
Tout glisse, tout lui est insensible.
Et puis un jour, elle est face à la misère des "kosovars", les réfugiés pétris de froid, de faim et de peur dans les rues de la ville, attendant un sauf-conduit pour s'échapper et rejoindre l'Angleterre. Marie s'engage auprès de bénévoles pour leur venir en aide, prenant de plus en plus d'implication dans cette voie.
A tel point que Marie finit par délaisser sa famille. Elle la met de côté, oublie ses enfants, rentre tard dans la nuit. Ce qu'elle vit auprès des clandestins lui noue le ventre, ce qu'elle comprend des autres volontaires la touche également.
Ce qui va suivre a du mal à trouver son cheminement, parce que c'est une suite précipitée de cataclysmes à petite échelle. Une chose est sûre : Marie est complètement perdue.

Parce que c'est un roman écrit par Olivier Adam, lui seul capable de me faire lire le bottin, j'ai plongé tête baissée dans ce livre. Car à vrai dire, le thème ne me plaisait pas du tout.
Mes craintes se sont confirmées au fil des pages, tant l'ambiance redoutée est là, poisseuse, encombrante, flippante et insupportable. Ce qui sauve le récit de tout abandon, c'est bien entendu qu'il soit si bien écrit. Olivier Adam a ce don pour écrire la misère, le moral à zéro, la dépression, la folie émergente et la noirceur absolue ... tout en restant saisissant. Etrangement captivant.
Lectrice inconditionnelle de l'auteur depuis des lustres, j'avais de plus une certaine curiosité de le lire dépeindre la ville où j'ai grandi. Mais quelque chose pêche. J'ai trop ressenti le dénuement et les souffrances amères des êtres qui tentent de garder la tête hors de l'eau. C'est sinistre, oui. Le reflet d'une réalité affligeante ? Plus délicat.
Je sais bien que l'auteur s'est rendu trois ans dans cette ville côtière aux portes de l'Angleterre et a pu capturer la dimension à sa juste mesure. Alors pourquoi je ne retrouve pas dans ce livre ce que je pensais connaître comme ma poche ? Du moins, ce n'est pas bien grave non plus.

L'histoire me touche, mais elle me dérange aussi. Marie et son malaise n'ont pas su m'émouvoir, pas comme j'aurais aimé. Mais le rapport est plus vicieux, car malgré le détachement et l'agacement qu'il inspire, le monologue de Marie m'a envoûtée. J'ai été hypnotisée par son aventure, exaspérée et malmenée, pourtant la fin m'a chavirée.
Ce n'est donc pas pour moi le meilleur roman d'Olivier Adam, mais on ne peut être aveugle et sourd à ce qu'il nous raconte. Parce qu'il a le talent pour l'écrire aussi.
A voir, donc.

Editions de L'Oliver - 218 pages - En librairie le 23 Août 2007.

** Rentrée Littéraire 2007 **

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