13/02/07

L'ennemi de la chance - Frank Darcel

ennemi_de_la_chanceC'est stupéfiant comment le lecteur se laisse facilement prendre dans les fils de cette histoire, même si au départ il est loin de s'imaginer un tel engouement ! Il faut dire que le roman ne manque pas de surprises.
Cela commence dans un orphelinat au Portugal. Vasco fête ses 10 ans et apprend qu'il doit partir rejoindre le Dr Sousa Machado qui avait subvenu à tous ses besoins depuis son arrivée. Il intègre cette nouvelle famille en guise de cadeau d'anniversaire pour la fille du docteur. Peu de temps après, on découvre un Vasco aux abois, enragé et avec des envies sanguinaires, décidé d'en découdre avec son protecteur.
Point.
Impossible d'en savoir plus. Nous passons au narrateur, photographe installé à Lisbonne depuis deux ans, débarqué de Bruxelles. Ce type vivote et boit plus qu'il ne travaille, il accepte cependant un marché louche : prendre des clichés d'un mannequin sur les lieux d'un tout récent crash d'avion. L'affaire va prendre une tournure plus dramatique qu'il n'était prévu. Un autre individu est sur les lieux, épie l'équipe et prend en photo le narrateur, avant de se sauver et d'abandonner son appareil coûteux sur place. Notre jeune homme va décider de le rendre à son propriétaire et fait la rencontre de la sublime Ada, qui est certes très belle mais énigmatique.
Troublé, séduit, amoureux, le photographe va malheureusement être mêlé à une inquiétante histoire d'homicide. Le Dr Sausa Machado va refaire surface, sans laisser douter au narrateur qu'il a été l'instigateur d'un drame familial par le passé.
Absolument envoûtante, cette sombre histoire de cache-cache, où on y trouve l'amour, les mensonges, le meurtre et la folie, prend singulièrement une orientation angoissante et nébuleuse. Le personnage central, ce photographe, est un peu poussif et naïf, il boit forcément trop et ses pensées se voilent. Toutefois, en décidant de mettre le pas dans cette machination sordide, il devient ainsi un "ennemi de la chance", autrement dit : il prend son destin en main. L'histoire dégage une réelle matière entraînante et passionnante, le lecteur est sincèrement captivé d'entrée de jeu. Cependant je regrette juste quelques tombées de rideau un peu discutables. La solution de certaines intrigues peut parfois paraître tordue et désappointante.
La ville de Lisbonne prend aussi une grande place dans ce roman.

Flammarion

[Edit du 13 Février : ce billet semblait noyé dans la masse de mon blabla sur moi, moi, moi depuis dimanche, donc je le remets en lumière... ]

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12/02/07

Infidélité(s) ~ Catherine Sagnier

Claire et Marc sont un couple marié depuis dix ans, les parents de jumeaux qui ont huit ans, ils mènent une vie routinière entre le travail, dodo et la maison. La lassitude s'est installée entre eux, plus aucune communication ne passe. Pour y échapper, Marc entretient une petite relation adultérine tandis que Claire s'égare dans des culbutations à la va-vite, des rencontres d'un soir, des coucheries d'une après-midi...
D'ailleurs, le côté sulfureux du roman repose véritablement sur la description de ces scènes très osées! D'emblée, le premier chapitre est à faire rougir tout lecteur un peu trop prude!!! Mais ce n'est pas un livre érotique, et Christine Sagnier n'est jamais vulgaire. Au-delà de ces passages olélé, l'auteur nous parle de deux personnes très ordinaires, qui nous ressemblent, aux vies d'une banalité qui nous interpelle presque.
C'est à vivement recommander !! une lecture audacieuse, coquine et très lucide sur la vie de couple !

février 2004

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10/02/07

52 ou la seconde vie - Geneviève Brisac

52_seconde_vieC'est foisonnant, ce livre ! On y retrouve les personnages fétiches de Geneviève Brisac : Nouk, Berg, Melissa Scholtès (la pédiatre), Norbert, Carlotta Donizetti et on y croise Zénon Elytis, les soeurs Rosa et Akka, Mona, Retsinè et son fils Nils.
Leurs petites aventures défilent en 3,4 pages en une comédie douce-amère qui s'étend sur plus de 300 pages.
En fait, le livre "52 ou la seconde vie" pourrait se lire en une année, car Geneviève Brisac a décidé d'écrire 52 histoires, une pour chaque semaine de l'année !
Il y en a des très légères, des cocasses, des mordantes, des chutes vertigineuses. Et il y a aussi ces semblants d'instants de vie, des clichés de notre quotidien, des observations sur les fumeurs, le vote, le football, la maternité, sur Marguerite Duras aussi !

D'habitude, les romans où l'on suit le personnage de Nouk sont beaucoup plus attachants, et l'expérience du recueil de nouvelles ("Pour qui vous prenez-vous") avait eu un effet déstabilisant, de quoi rendre perplexe.
On pourrait penser que c'est une nouvelle fois le dilemme, car on se rapproche du recueil de nouvelles avec ces 52 scènes variables, et pourtant l'impression est dépassée. C'est d'ailleurs l'étiquette "roman" qui est apposée sous le titre en couverture. Et vous constaterez la nuance, en appréciant ce tempo frétillant, changeant. Jamais l'ennui ne pointe, on garde toujours nos personnages, avec leurs délires, leurs folies, leurs phobies, et jamais on ne s'enfonce dans la lassitude ou le danger de la répétition. C'est sans cesse vif et impertinent !

Nouk vit avec Berg mais doute de leur amour. Melissa est terrorisée par les mariages et vivre avec Norbert l'angoisse tout autant que gérer deux femmes de ménage. Carlotta aime un homme à distance, qui lui parle sans cesse d'un cerf-volant et d'une ficelle, et lui envoie un colis qui soulève la curiosité de ses collègues de travail. Retsinè est tétanisée par son rôle de mère, s'interroge sur l'avenir de son fils et peste d'être 13 à table, chiffre maudit ! Mais les filles en rient au café, autour d'une tasse de thé blanc, a las cinco de la tarde, et pointent le doigt sur un tract de Cambridge : The advantages of being a woman artist.
Comme toujours, on reconnaît l'esprit intuitif de Geneviève Brisac, sa fausse légèreté, son humour dévastateur, son regard acéré, ses rêves, ses envies de contes enchantés (et désenchantés), ses influences marquées pour Virginia Woolf, son érudition et son penchant vers une littérature anglo-saxonne fort honorable. Quand on connaît l'auteur, il n'y a aucun doute sur l'intérêt de ce nouveau livre : c'est indispensable. Pour ceux que ça séduit, n'hésitez pas aussi à piocher dans ses précédents romans, parus en poche, pour vous familiariser avec son univers.

L'Olivier

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09/02/07

Ecrivain (en 10 leçons) - Philippe Ségur

ecrivain_en_10_leconsAprès une vocation manquée dans la carrière de super-héros, Phil décide, à 11 ans, de devenir écrivain, sous l'oeil admiratif de sa maman. Phil, lui, veut surtout épater Sylvie Guilbert, lui mettant sous le nez ses premiers écrits publiés dans un magazine, mais la demoiselle est pincée.
Le temps passant, Phil s'échine à écrire tous les jours, prenant en grippe le téléphone, élément parasite pour sa concentration. Il y croit absolument à son destin de génie littéraire.
Il a bien raison, son manuscrit sous le bras, il attend les réponses des plus illustres éditeurs. Quand viendra enfin la réponse salvatrice, l'épopée n'est pas terminée pour autant. La valse où se côtoient la presse, les salons du livre, la télévision, les prix littéraires, les lecteurs et le succès entame son pas de danse enivrant.

Phil Dechine, double littéraire de Philippe Ségur ? En toute franchise, on y pense, on suppose qu'il y a du vécu dans ce portrait, mais qu'importe le vrai du faux, il faut absolument admirer l'auto-dérision de l'auteur.
Disons-le sans emphase : on se marre comme des malades ! Phil Dechine est le type ordinaire qui croit en son potentiel, on n'en doute pas, lui non plus, ses rêves de gloire, ses délires sur fond de répliques cinématographiques, et son cynisme alimentent la fabrique à rire. C'est absolument irrésistible !
Il y a beaucoup d'humour, une manière éhontée de brosser le candidat écrivain bouffi de suffisance, les lauriers de la gloire étant la récompense immanquable. Dans ce livre, on découvre les revers sordides de l'édition, les 10 leçons de Philippe Ségur ne sont pas une farce, c'est à contre-emploi de l'éthique lisse et consensuelle de l'écrivain débutant, doué mais pataud.
"Si vous envisagez sérieusement d'écrire un livre, il faut que vous sachiez qu'ensuite, rien ne sera plus pareil. C'est très important d'en avoir conscience avant de commencer. Après, il sera trop tard pour regretter. Il sera trop tard pour vous plaindre. Votre destin sera scellé."
Sérieux, vous avez dit sérieux ?! Coups tordus attendus, causticité bien aimée, un livre à dévorer !

Buchet Chastel

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08/02/07

Les doigts écorchés - Sylvie Robic

doigts_ecorchesFévrier 2003, le narrateur suit un ami dans une petite salle parisienne où va se produire pour la première fois un groupe anglais de Sheffield, les bien-nommés Hoggboy. Pour lui, pas de doute, c'est le choc, le retour du rock, du punk, du dandysme déclassé, la seule véritable signature british, celle qui le ramène vers son adolescence.
Avec un groupe de potes, notre narrateur et son frère ont vu apparaître vers la fin des années 70 la déferlante du punk, avec Clash, Sex Pistols, tous les anti-Bowie qui clamaient en boutade "No more heroes".
Première griffe, adhésion totale, nos jeunes français vont se fondre dans ce moule, décider de s'investir pour fonder leur groupe, les Daisy Cutter, et puis bing ! Un vrai clash surgit dans leur existence déjantée.

Contrairement à la 1ère partie du livre, entièrement consacrée aux souvenirs, à la mélancolie et au choc de la découverte, la 2ème moitié des "Doigts écorchés" est franchement réjouissante, exaltante, euphorisante. Nous sommes les deux pieds dans l'année 2003, on suit notre narrateur qui rencontre les Hoggboy, part sur leurs traces à Sheffield, et s'ensuit la belle aventure du rock et du régime bière-cigarettes à travers un portrait authentique et sincère de la fraîcheur du courant actuel. Ebouriffant, à mes yeux.
J'ai très honnêtement savouré la fin du livre, alors que ce n'était pas franchement gagné au départ (morose, ambivalent, narration à la 2ème personne du singulier qui laisse perplexe..). Bref, cette immersion anglaise est un plaisir pur, dur, très rock'n roll, avec la touche élégante en plus !

Naïve

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05/02/07

Encore - Anna Rozen

encore"J'avais prévu de ne plus parler de cette boîte, je croyais en avoir fini avec cette époque, et puis j'entends Joy inside my tears et tout revient." Et la narratrice s'emballe, le coeur exalté, pleine du souvenir et des émotions lâchées par cette chanson de Stevie Wonder. Hymne à la vie, hymne à l'amour, ce petit texte écrit par Anna Rozen est un défouloir, l'ôde à la jeunesse vibrante, un cri d'amour aussi.

La chanson de Stevie Wonder a une première fin qui survient à trois minutes, et puis trois autres bonnes minutes dodues s'enchaînent, "ça n'est plus du rab, c'est carrément une énorme prime, un bis, de la gourmandise. Stevie Wonder s'étire, et moi avec. Il ne veut pas que ça s'arrête, moi non plus." Parce que, dans le fond, écouter en boucle cette chanson n'est pas un acte anodin pour la jeune femme. Cela la berce, la ramène à ses errances, à ses balades nocturnes, à son besoin de sexe, à se dire que c'est triste, et beau, et joyeux ! C'est un rapport avec le corps de l'autre, par la danse, par l'amour aussi.

Cette collection publiée par Naïve est honnêtement un régal. Je continue d'explorer leur catalogue, à lire ces textes bourrés de saveur, où se mêlent le goût de la musique à la magie des mots. Encore !

Naïve

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Les promis ~ Eun-Ja Kang

Eun-Ja Kang, l'auteur, est d'origine coréenne mais réside en France depuis douze ans, avec un doctorat en littérature française en poche ! Du coup, elle écrit en français et "Les promis" est déjà son deuxième roman. Au début, ça ressemble à un conte où Yuki et Takahito sont tous deux promis selon le souhait de leurs pères respectifs, histoire de sceller une amitié vieille de quinze ans. Promis au mariage avant même de naître ! Mais les deux enfants, en grandissant, vont révéler des différences que les voeux sacrés des parents n'avaient pas envisagées. Takahito est un garçon au caractère obtus et exclusif, Yuki réclame davantage de liberté et d'insouciance. Le temps passant, les deux jeunes gens vont fêter leurs fiançailles, savourer l'amour naissant, Takahito s'engage deux ans dans la marine et Yuki va intégrer les associations étudiantes de son université. Car au même moment, dans les années 20, le Japon voit sa société bouleversée : tournant le dos aux valeurs nippones, accueillant les commerces internationaux, avant de les bouder suite au crash boursier de 29 et s'enfermer vers un militarisme inquiétant pour la famille de Yuki... Les deux promis, finalement, vont prendre des chemins séparés.
Sans trop vouloir dévoiler de l'intrigue, que la quatrième de couverture dénonce beaucoup à mon avis, la lecture du roman d'Eun-Ja Kang est assez palpitante. Conte ou frasque romanesque, "Les promis" oscille entre les deux. C'est une histoire finalement palpitante, mais trop emplis de clichés romanesques à mon goût. Certains passages m'ont paru trop mielleux, c'est juste un peu dommage. L'ensemble aurait pu être davantage captivant si l'auteur avait brodé autour de la culture nippone faite de pudeur, de sobriété et de respect des traditions et qui s'ouvre à l'occident en 1920. Elle préfère mettre l'accent sur le caractère trop romanesque de la jeune Yuki, belle, intelligente et passionnée. Par contre, elle a su dépeindre magnifiquement l'alliance entre les promis, les travers, les failles, les émotions naissantes et les trahisons. Donc, un roman avec des hauts et des bas, pas mauvais, agréable et qui ravira les lecteurs avides de belles sensations romanesques - un terme que je répète beaucoup, mais il demeure l'impression générale après coup.

lu en février 2005

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Des louves - Fabienne Jacob

des_louvesAdèle est une jeune femme fascinée par le corps de Simon, son amant. Tous les deux se parlent peu, regardent la télévision puis filent dans la chambre.
Ensuite, Adèle rentre chez elle auprès de son mari et de son enfant.
Adèle a une vingtaine, une trentaine d'années. Elle a un don qui lui permet de voir le corps des gens, de cerner leurs mystères, de fouiller leurs entrailles.
C'est étrange.
Elle se rappelle notamment son enfance auprès de Sylvain, dans une cour de la grand-mère, où elle passait tous les étés, à crever de chaud sous le soleil de plomb, dans un petit village près de la frontière allemande. Son amitié avec Monica a débuté à partir de là, dans un sentiment de fascination et d'intrigue pour cette délurée qui jetait ses trognons en pleine nature, faisant fi des adultes qui rouspétaient.

"Des louves" est un livre troublant, inquiétant, auquel on peine à saisir la portée. Mais on se sent étrangement attiré par l'écriture de Fabienne Jacob, un embrouillamini de syntaxe éclatée, une volonté farouche d'être brute, animale, sans chichis. C'est honnêtement envoûtant, et cela touchera davantage les lecteurs qui avaient déjà été conquis par le 1er livre de Fabienne Jacob ("Les après-midi, ça ne devrait pas exister").
"Des louves" a un goût de terre, de sang et de mystères intérieurs. L'exploration des corps par le don d'Adèle nous laisse entrapercevoir la couleur de la maternité, de l'avortement, de la vieillesse et de la virginité. C'est cru, c'est sec, primitif et instinctif. Particulièrement inclassable, ce livre gage à son auteur un avenir littéraire tout aussi singulier et prodigieux.

Buchet Chastel

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04/02/07

Mon père sera de retour pour les vendanges ~ Oliver Larizza

Ce livre est le premier roman que je découvre de ce jeune auteur, Olivier Larizza. Et je n'ai pas été déçue!
Cette histoire nous est contée par un enfant de dix ans, son père part au front, nous sommes le 1er août 1914. Ignorant que le conflit allait s'enliser, le père était parti confiant, en promettant d'être de retour pour les vendanges. La saison arrive, mais point de papa !
Cette histoire reste candide car elle est racontée par les yeux d'un enfant. La guerre nous apparaît sous ses mots, une triste et cruelle vérité qu'il découvre en lisant les lettres de son père en cachette de sa mère.
Et cette guerre est également l'occasion de dévoiler non seulement les âmes torturées, mais aussi les rencontres humaines que fait son père. C'est un homme plein de poésie, de philosophie et très attachant!
D'un autre côté, on découvre la vie de ceux qui attendent - la fin de la guerre, le retour des poilus, une permission, une lettre, l'appel de combattre au front... Le jeune garçon est un spectateur de première ligne, il observe aussi sa jolie maman qui rencontre de plus en plus souvent un homme blond.
Son père va-t-il rentrer? Son absence pèse et les nouvelles ne cessent de bouleverser le petit monde du jeune garçon.
Un roman, bourré de poésie, d'humour et d'émotions multiples à recommander. Un auteur à suivre !

février 2004

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03/02/07

Dans les rapides - Maylis de Kerangal

dans_les_rapidesElles sont trois copines, Lise, Marie et Nina, elles ont 15 ans et grandissent au Havre.
Elles se sont connues en cours d'aviron. Elles laissent filer les jours comme l'eau qu'elles brassent dans le froid tous les mercredis après-midis.
Nous sommes en 1978.
Un Dimanche pluvieux, elles sont prises en stop dans une R16 pistache et là c'est le choc : "déboule une voix de fille, une voix de fille qui sonne comme une voix de fille justement, une voix qui chante vite, et fort, et vite et fort et vite". Blondie !
Les trois filles vont courir acheter le disque, le passer en boucle en se pâmant sur cette voix, cette personnalité, ce culot de fille leader d'un groupe de mecs. C'est la rencontre du rock, du mot "rock" et ce qu'il implique.
Comme Blondie, les filles aussi vont partir à New York et conquérir leur liberté !

"Dans les rapides" est un roman qu'on lit les cheveux au vent, avec la nostalgie euphorisante de se baigner dans les beaux jours de la fin des 70s et à l'aube des 80s.
C'est l'hymne de la jeunesse, d'une volonté de prendre l'instant présent à bras le corps, de croire en ses rêves et de suivre son étoile.
C'est aussi la figure époustouflante de Debbie Harry, la blonde icône du groupe Blondie, une image glamour et une présence étincelante. Blondie fascine, elle ouvre une porte à ces trois adolescentes vers une vie rock. "Ce n'est pas gravé sur les disques, ce n'est pas imprimé dans les livres. Une épithète consubstantielle, un attribut physique comme être blonde, nerveux, hypocondriaque, debout. Rock rock rock. Le mot est gros comme un poing et rond comme un caillou. (...) Etre rock. Etre ce qu'on veut."
Et puis viendra "la petite voix, le filet d'or, le bijou du pendentif sur la gorge du rossignol", Kate Bush et l'album "the kick inside". Nina se détache, amoureuse et conquise par cet autre aspect de la "féminitude", plus romantique, plus douce.
Avec son style syncopé, son écriture débraillée et sa gouaille de rockeuse, Maylis de Kerangal file le vent en poupe à son histoire qui commence presque par "il était une fois" et qui clame en musique la passion d'une époque, d'une griffe et d'un genre révolutionnaire.
C'est tout l'esprit d'une jeunesse en province, désenchantée et exubérante, qui nous rappelle de beaux moments et quand on finit le livre, on se dit "déjà !?" avec dépit, mais réconfortée d'avoir passé quelques heures lumineuses, et inoubliables !

Naïve

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