18/01/07

Boléro - Michèle Lesbre

boleroCela commence ainsi : "J'avais découvert cet hôtel par hasard, un jour de pluie, en automne. Il paraissait abriter les bonheurs les plus insensés, protéger un peu de la vie ordinaire. Tout à l'heure j'y suis entrée seule, prétendant m'appeler Roslyn Taber sans que la femme à l'accueil parût surprise." Oui, car Roslyn Taber est en fait le personnage interprété par Marilyn dans Les Désaxés. C'est ainsi que j'ai plongé instantanément en état de grâce, savourant page après page la plume de Michèle Lesbre qui nous raconte une histoire de souvenirs ressassés à la suite d'une lettre reçue, un courrier qui lui vient de loin, d'une campagne où Emma, la narratrice, avait passé un été fabuleux chez Gisèle, l'ancienne voisine de ses parents à Paris. Au cours de cet été, la jeune fille avait fait la connaissance de Fred et Paul, deux amis amoureux qui s'amusaient à refaire une version enjouée de Jules et Jim. Cet été-là aussi, Emma suivait Gisèle au Trianon pour voir tous les vieux Classiques du cinéma hollywoodien, Gary Cooper, Claudette Colbert, Rita Hayworth, Marilyn, bref du beau linge...

En même temps qu'Emma se rend à son entretien professionnel, auquel elle attache peu d'importance et de motivation, elle revit les instants sacrés de cet été à la campagne, de ses nuits inoubliables que le "Boléro" de Ravel a ponctuées. Avec ses fantômes aux trousses, Emma court dans la ville pluvieuse, hésite à ouvrir sa lettre, enrage de découvrir l'emménagement d'un voisin au 6ème étage, repense à son amant parti en Italie, enfile sa robe de taffetas couleur amande, finit dans un hôtel et rencontre un pianiste.

Ce roman a eu pour moi des échos incroyables, bouleversants, avec des passages inouis sur le cinéma des années glorieuses. Mais il n'y a pas que les paillettes, il y a des moments graves, la guerre d'Algérie, les larmes, les pertes, et toujours ce "Boléro" qui se faufile comme "une petite douleur familière, insidieuse et têtue". J'ai honnêtement savouré ce roman, je l'ai trouvé beau, magique et intime. Et j'apprécie beaucoup le style de Michèle Lesbre pour dire l'indicible, comme dans son roman "La petite trotteuse".

Sabine Wespieser

Posté par clarabel76 à 14:41:03 - - Commentaires [14] - Permalien [#]


Terrasse - Marie Ferran

terrasseIl faut honnêtement surmonter le poids des 1ères pages, où on découvre que pendant que la femme prenait une douche et l'homme était en train de dormir, le petit jouait sur la terrasse et s'est noyé au fond de la poubelle. Le narrateur embraye sur le choc d'un tel événement dans leur vie de couple, un peu forcé de prendre du recul. Il décide de partir en voyage, d'aller à Istanbul. Pendant les trois mois de son périple, il réfléchit sur les causes de son mal de vivre, trouve un exutoire, cherche une raison de justifier cette mort, passe son temps à accepter ce coup du sort.

C'est donc, comme le montrent les 1ères pages, un roman assez morbide, plutôt lourd à absorber. Il parvient à la fois à captiver l'intérêt du lecteur et à l'écoeurer, l'ennuyer. C'est en fait un peu inégal, car de nouveau vers la fin on se hâte d'en sortir, un peu lassé d'avoir fait le tour et de tourner en rond. Les dernières pages sont, cependant, surprenantes pour la trame ! Alors voilà le dilemme de "Terrasse" écrit par Marie Ferran : c'est écrit avec beaucoup d'intelligence, beaucoup de rigueur, mais peut-être un peu trop car certains passages sont froids et pêchent à émouvoir le lecteur. C'est, malgré tout, assez encourageant à découvrir, puisque c'est aussi un 1er roman et qu'il mérite d'être extirpé du trop grand nombre de romans qui paraissent à l'automne.

Seuil

Posté par clarabel76 à 08:35:00 - - Commentaires [27] - Permalien [#]

15/01/07

Arnaud Guillon en romans

guillon_arnaudQuelques mots sur la bibliographie d'un auteur, Arnaud Guillon, dont la lecture des romans rappelle un certain Modiano à ses débuts ... Il vient de publier un recueil de nouvelles, Hit-Parade, dont je vais vous parler demain !

15 août : Paris, l'été. Pierre, écrivain de trente-sept ans, rencontre Sacha, également la trentaine, jeune maman qui vit séparée de son compagnon. Plus qu'un coup de foudre, la relation est fragile car elle pousse le narrateur vers cette femme, belle, mystérieuse mais insaisissable. De plus, elle lui rappelle farouchement son ancienne petite amie, Marie. "15 Août" figure parmi mes préférés, essentiellement pour la figure de Sacha, un croisement intelligent entre les blondes héroïnes d'Hitchcock et Audrey Hepburn. La blondeur, le foulard, les lunettes noires et les petites robes seyantes, bref je savoure !

Ecume Palace : De retour en Normandie,  sur les traces de son enfance, le narrateur revient vers Ecume Palace, l'hôtel où il résidait tous les étés avec sa famille. Aujourd'hui on lui apprend que ce lieu va être rasé, forçant ainsi l'homme à se poser sur la mémoire des murs et du lieu de toute une époque. Il se promène pour retrouver un monde qui n'existe plus, qui a grandi et qui a enterré l'enfance et l'insouciance.  C'est un constat difficile pour cet éternel célibataire prisonnier du passé et de ses rêves. Ce roman est très nostalgique, il sonne comme une balade dans les années 60. Toute cette époque est décrite, reproduite,  avec finesse et poésie...

Daisy printemps 69 : Daisy est une jeune anglaise de vingt ans, actrice débutante, qui rencontre dans une librairie le narrateur, Michel, écrivain d'un premier roman "Fin d'été". Michel va être fasciné par la jeune femme, il va la suivre, devenir son ami, son confident. Un troisième acteur, Andrew le photographe, prend place dans l'histoire, et c'est un tourbillon de la vie qui commence. Il s'agit du tout 1er roman de l'auteur, assez amer et désolé, au style hélas plombant, qui sert une histoire tristounette. C'est loin d'être son meilleur ! Malgré le décor printanier de "Daisy, printemps 69", ça ressemble plus au poème de Verlaine : "Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon coeur d'une langueur monotone. Tout suffocant et blême quand sonne l'heure je me souviens des jours anciens et je pleure. Et je m'en vais au vent mauvais qui m'emporte deça delà pareille à la feuille morte." - ça résume tout ! Dommage.

Près du corps : Dans une villa en bord de mer, Daddy (le grand-père de 91 ans) vient de mourir. La famille est réunie pour une ultime fois, coincée dans cette grande maison aux volets fermés, en pleine canicule. C'est l'occasion pour le narrateur de se rappeler les bons moments passés dans ce lieu inoubliable, avec ses cousins, et de prendre ainsi conscience du poids que le temps trace en filant comme l'éclair... C'est un album de souvenirs qui se feuillette, en couleur sépia, dans une grande maison où des corps explosent de vie dans la mer, à deux pas de là.  "Près du corps" a l'odeur d'eau de cologne retrouvée au fond d'un placard, ou le bruissement du vent dans les arbres, des mots qui se chuchotent, des confessions qu'on dévoile une première et dernière fois. C'est un univers clos, un microcosme rempli de photos jaunies, de rires d'enfants et de sanglots étouffés.

  • Près du corps sort très prochainement en poche chez Pocket !

(Les premiers romans d'Arnaud Guillon ont été publiés chez Arléa, depuis Près du corps il est chez Plon.)

Posté par clarabel76 à 19:50:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

09/01/07

La disparition de Richard Taylor - Arnaud Cathrine

disparition_de_richard_taylorRichard Taylor est marié à Susan, ils ont une petite fille qui vient de naître et sont les heureux propriétaires d'un appartement confortable dans un quartier paisible de Londres. Arrive une voisine charmante, Jennifer Wilson, qui se manifeste chaque nuit par ses cris et ses gémissements, à rendre marteau le couple dont la propre vie sexuelle affiche un drapeau en berne depuis des lustres. Et puis survient l'impensable : Richard disparaît.

Elles sont nombreuses, les femmes de sa vie, à prendre la parole à chaque chapitre pour parler de cet homme, expliquer ses silences et son mystère, cerner sa disparition. On commence par l'épouse, puis la collègue de travail, la mère, l'amie et les rencontres de passage. Le temps passe, la vie s'écoule et Richard prend l'ombre d'une silhouette perdue dans le brouillard.

"La disparition de Richard Taylor", nouveau roman d'Arnaud Cathrine, est une histoire plutôt mélancolique et morose, où le portrait d'un homme se dessine depuis les paroles des femmes de sa vie. Ces dernières ne sont pas toutes des conquêtes, des relations durables, certaines sont simplement des rencontres du hasard, de quelques heures, où un mot, une confession ont découlé, créant parfois en un temps infime une connivence pure et indescriptible.

katherine_taylor_paintingIl faut aimer Arnaud Cathrine pour se plonger dans son livre, pas que ce soit une lecture à déconseiller, mais il faut s'attendre à un univers âpre et subtil. L'écriture est très ciselée, l'auteur a de plus pris le parti de parler au féminin, sur un sujet masculin. Il n'a pas non plus hésité à avoir recours aux spectres de Sarah Kane, la dramaturge anglaise, et du roman de A.L. Kennedy "le contentement de Jennifer Wilson". C'est sombre et farouche, ça rappelle la fragilité de la vie, l'absolue nécessité de prendre son destin en mains, avec les risques que cela implique. Moi j'ai bien aimé, mais c'est un roman sensible, à ne pas mettre entre des mains délicates.

Verticales

Posté par clarabel76 à 10:28:31 - - Commentaires [15] - Permalien [#]

08/01/07

Enfin la vérité sur les contes de fées - Murielle Renault

enfin_la_verite_sur_les_contes_de_feesMurielle Renault a choisi le cadre de "Treize minutes" pour mieux le faire exploser. "Treize minutes" n'est qu'un prétexte à un premier roman autonome, féminin, vénéneux, drôle, tendre et poignant en diable. (Nicolas Rey, auteur de "treize minutes" en avant-propos)

C'est donc une copie nouvelle du roman de Nicolas Rey qui offre à un second rôle de pouvoir clamer son texte à la première personne. Pleins feux, donc, sur la jeune femme, Marion, qui partage un appartement avec trois lascars peu fréquentables, Simon, Théo et Alban. Marion fait des études de médecine et vit une relation dite sérieuse avec Antoine, étudiant en Sciences Po. Marion est belle, pétillante, elle s'affirme libérée et indépendante, incapable d'être franchement amoureuse. Son histoire commence.

C'est honnêtement une nouvelle Marion qui s'éveille sous la plume de Murielle Renault, une Marion fêtarde, une Marion chamboulée, une Marion consciencieuse, mais une Marion en pagaille. On y assiste avec allégresse aux soirées McDo-champagne entre filles, aux pendaisons de crémaillère un peu allumées, aux rencontres avec les beaux-parents dans une banlieue proprette, sortie d'un magazine de déco chic, mais surtout on assiste aux atermoiements de la jeune fille. Marion a 27 ans, elle a emménagé avec Simon et ses copains sur un coup de tête, une semaine après leur rencontre, Marion veut être prise au sérieux, mais Marion a aussi la sensation que sa relation avec Simon n'est pas conclue.

Simon et elle, c'est une aventure en pointillés, un amour pas vraiment consommé, un véritable amour ? Non, pas dans le sens romantique, ni par rapport aux contes de fées. D'un autre côté il y a Antoine, strict, déterminé et protecteur, la valeur sûre... (plaît-il ?).

Voilà ce qui permet à Murielle Renault de rebondir avec son "Enfin la vérité sur les contes de fées", où elle nous démontre avec un enthousiasme débordant que les histoires d'amour sont très, très compliquées, que les filles d'aujourd'hui veulent de l'amour avec légèreté et distance, et qu'il ne faut surtout pas les considérer comme des fleurs bleues, "ces pâles imitations du romantisme, le vrai, sombre et beau".

Alors ok, c'est une histoire gauche et bredouillante avec une Marion décidément bien complexe, jamais linéaire, jusqu'aux dernières pages du roman. Cette vérité peut déranger, surtout qu'elle s'inscrit dans l'air du temps des romans par et pour trentenaires, mais Murielle Renault ne va pas en rester là, garantissant que son écriture va s'étoffer et nourrir d'autres décoctions étourdissantes !... En attendant, faites connaissance en commençant par le commencement, et il n'est pas nécessaire d'avoir lu, de lire ou d'aimer "treize minutes" de Nicolas Rey. -Mais ça aide !-

Le dilettante

  • Alors, on peut lire mon avis sur le roman de Nicolas Rey ici ,  écouter et voir l'entretien de Murielle Renault par ici , et lire l'avant-propos de N. Rey en passant par là ... Voilà !

Ici l'Article du Buzz Littéraire !

Posté par clarabel76 à 14:32:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


06/01/07

Les adolescents troglodytes - Emmanuelle Pagano

adolescents_troglodytesAdèle est conductrice de navette scolaire pour les enfants des plateaux isolés, loin là-haut, nichés au coeur des gorges et jamais à l'abri des congères et des vents scélérats.

Adèle adore ces gosses, des adolescents muets, taciturnes, mais respectueux, ayant su établir une connivence discrète. Elle les appelle ses ligériens, "il faudrait dire altiligériens, mais c'est moins facile, et comme je ne les appelle qu'à part moi, ça me regarde". Voilà le tableau...

Comprenne qui voudra mais le sujet s'emmêle dans un embroglio de féminin / masculin quand Adèle parle d'elle entre "quand j'étais petit", dans son pays où elle a grandi avec son frère Axel, et ses parents, dans la ferme du fond, et le présent, qui la voit revenir avec ses traits de femme seule et mystérieuse...

Axel est d'ailleurs revenu au pays, lui aussi. Cela faisait quelques années qu'ils étaient fâchés, mais ce retour sonne l'heure des réglements de compte, Adèle le sent dans son ventre.

D'ailleurs, il s'en passe des choses dans son ventre, quand ça tire et ça fourmille, ça sonne et ça crie, surtout quand Tony le costaud posera son regard sur elle et lui filera quelques rougeurs sur les joues...

Qui est-elle, Adèle ? Que cache-t-elle et que craint-elle ? Son chemin quotidien à travers les routes escarpées et glissantes n'est pas seulement le nid de ses soucis, en plus de sa tête renversée pour l'inconnu, le retour du frangin, les souvenirs d'enfance et les regards persistants de ses gamins qui la sondent et la transpercent... ça commence à faire beaucoup pour Adèle.

Emmanuelle Pagano a réussi un formidable tour de force en tendant la main au lecteur pour le prendre à bord de la fourgonnette scolaire, on s'y installe, on boucle sa ceinture, on s'y trimballe, les lèvres gercées, le souffle court, la boule au ventre. C'est scotchant.

Se glisser ainsi dans la tête de la narratrice, cerner sa troublante identité, son énigme et son ambiguité est un cadeau inouï, et une reconnaissance haute et digne de la perplexe relation entre l'identité et la sexualité... là je dévoile trop, et pourtant je veux m'en tenir au flou, tel qu'on le ressent quand on tourne les premières pages du livre.

Je le signale d'emblée, mais c'est imparable, lire Les Adolescents troglodytes fait fonctionner ses méninges, surtout au début. Mais le paradoxe est érigé à une hauteur tout à fait abordable et suffisamment stimulante pour s'y engager.

Et puis, il faut souligner le style de l'auteur qui mêle à la simplicité une sophistication tout à fait appréciable. C'est clair, j'ai été étonnée, séduite, bousculée mais enchantée. Emmanuelle Pagano parvient à décrire les éléments, un pays de gel, l'isolement, la rudesse, l'habitude et les émotions papillonnantes en un tour de main.

Car ce n'est pas juste une mise en lumière d'un milieu rural ou des arcanes de l'adolescence, c'est tout au contraire un numéro de haute voltige sur le coeur d'une femme dans un corps empêché (là, c'est pour faire un clin d'oeil au site de l'écrivain, mais ça colle !). Alors juste pour vous convaincre une dernière fois : lisez donc ce roman, très troublant, très bien écrit, riche de mille manières. Un charme fou s'y loge !

POL

Posté par clarabel76 à 19:47:04 - - Commentaires [13] - Permalien [#]

03/01/07

Le musée de la sirène - Cypora Petitjean Cerf

cypora_petitjean_cerfEn cette nouvelle rentrée pleine de livres, je tenais à mettre en lumière le 1er roman d'une jeune femme qui avait publié en 2005 une histoire époustouflante et enchanteresse. Elle vient d'écrire son 2ème roman : Le corps de Liane mais en attendant, quelques mots sur Le musée de la sirène :

C'est en gros l'histoire d'une fille qui vole une sirène dans l'aquarium d'un restaurant chinois, l'installe chez elle dans sa baignoire, lui donne à manger, la dorlotte, la materne, etc.. La sirène grandit, s'embellit, prend de la place et devient également exclusive et créative ! Sauf qu'entre la créature et la créatrice, il sera difficile de couper le cordon pour permettre à l'une ou l'autre de vivre enfin !.. Il y a donc d'un côté Anabelle, trente ans, peintre, célibataire, pétrifiée par une peur de l'extérieur quasi maladive. De l'autre, il y a cette sirène, qui ne rappelle en rien celle d'Andersen, c'est clair !

musee_de_la_sireneLire "Le musée de la sirène" m'a vraiment apporté un réel bonheur, un enchantement tout étonné d'avoir entre les mains ce premier roman. Quelques maladresses, certes, ponctuent l'histoire mais j'en retiens une fraîcheur, une originalité qui manquent cruellement chez les jeunes auteurs de la rentrée (2005) ! A aucun moment ce roman ne part en sucettes, ou du moins Cypora Petitjean-Cerf a toujours su maîtriser son sujet et remettre son sujet sur les rails, mine de rien. Nulle excentricité, nulle métamorphose à la Kafka, ni crise existentielle à la Marie Darrieussecq (que j'apprécie). On pardonne tout à son auteur : son imagination séduit, touche, émeut. Sa sirène est folle, joyeuse, cruelle et capricieuse. Anabelle est actuelle, timide, mais butée. Bref, un petit monde, un univers qui se démarque... Enfin je l'espère pour ce petit livre qu'on lit trop vite ! J'ai envie qu'il se détache de ce flot de livres insignifiants, déjà lus, déjà rebattus, ailleurs...

Stock

Posté par clarabel76 à 08:20:00 - - Commentaires [12] - Permalien [#]

12/12/06

Swing - Jean Yves Chaperon

SwingAvec "Swing", on plonge immédiatement dans une soucoupe à voyager à travers le temps, franchir les océans et les frontières pour suivre une palette de personnages attachants, qui se croiseront ou s'effleureront à peine, mais cette peinture est belle, intéressante à découvrir et scruter à la loupe.

L'histoire commence de nos jours à Paris pour basculer à Londres en 1903 et parcourt ainsi tout un début de siècle en passant par New York, San Francisco, Montmartre, le Sud des USA, Cuba, les Antilles... Ce roman est en fait rempli de petites histoires qui suivent différents personnages, mais le point de départ s'attache à une peinture de Joseph Gaignault, retrouvée dans un grenier, avec un billet où "Joseph Gaignault n'est pas un peintre" est griffonné. C'est ce mystère qui donne la matière à grossir le roman de Jean Yves Chaperon.

L'auteur nous balade, en musique et en rythme, amarré à son amour du jazz (citation de "grands noms"), ébloui par la frénésie des années folles, mais gardant pied à terre pour conter le massacre de cette insouciance avec la guerre de 1914. Revient le mystère "Joseph Gaignault", ne l'oublions pas, entre les chapitres où flottent les esprits fascinants du boxeur Jack Johnson, du chanteur Caruso ou de la silhouette fuyante et juvénile d'une certaine Joséphine Baker...

C'est là le magnifique et l'incroyable : mêler avec habileté le vrai et le faux, croiser les destins des grandes figures à d'autres personnages inventés, s'imaginer une autre époque plus rutilante où le jazz allait connaître son âge d'or... Pour les plus grands amateurs, ce livre se savoure. Pour les moins éclairés (hmm, comme moi), "Swing" symbolise une palpitante saga où la petite musique résonne à l'oreille. Douce, entêtante et à mesurer dans le temps !

Anne Carrière

Posté par clarabel76 à 09:57:12 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

01/12/06

Sophie Jabès

jabes_sophieIl se passe une petite révolution dans ces colonnes, je vais présenter deux livres du même auteur (Sophie Jabès), rien de sensationnel pour l'instant, sauf que ce sont deux livres qui m'ont laissé un sentiment d'incompréhension, de fascination et de dégoût. Vous ne trouvez pas que ça commence à faire beaucoup pour une seule personne ? J'expose mes faits :

Alice, la saucisse : C'est vrai, quoi, c'est dommage que ce livre devienne grotesque car au début c'était plutôt "bien foutu", avec une belle écriture pour souligner toute la sensualité d'Alice, belle personne qui se préoccupe de son corps avec des crèmes et des parfums. Elle est fascinante, Alice. On ne voit qu'elle, dans la rue les garçons tournent la tête sur son passage, ils sont séduits et ne veulent qu'elle... Et puis, Alice a une discussion avec son père qui ne la trouve pas belle, au lieu de cela il lui conseille d'être "gentille" ! Alice s'effondre et se transforme. Elle mange, elle mange. Elle devient une autre, en vrai. C'est une métamorphose entre Kafka et le Truismes de Marie Darrieussecq. C'est donc à ce point crucial ou peu après que tout bascule pour le lecteur, au péril d'abdiquer, car la lecture d'Alice la saucisse s'apparente à une vilaine farce un peu dégoûtante. La nausée est proche ! Enfin, il y a une moralité dans cette histoire : être gentille avec les hommes revient à se faire manger... (A méditer).

Caroline assassine :  Caroline a sept ans et souhaite tuer sa mère car elle l'empêche de lire. La vie à la maison est un enfer, coincée chez les grand-parents, entre une soeur et un frère qui vivent dans leur bulle, une mère absente et irresponsable, qui passe son temps à jouer aux cartes avec ses amies. A la maison, il ne faut pas avouer être juif, il ne faut pas lire, ni se cacher dans les toilettes pour se plonger dans Les Misérables. D'ailleurs, le pavé finit dans la cuvette des wc. En 140 pages, Sophie Jabès dresse son tableau autour d'une gamine pressée d'être instruite mais condamnée à l'ignorance. Pas idiote, Caroline observe les dérapages des siens avec un mélange de candeur et de cynisme qui dresse les poils sur les bras. C'est en gros l'histoire d'un martyr familial, avec des hauts et des bas. La lecture n'est pas franchement emballante, ni complètement mauvaise. Au contraire, et c'est là tout le problème de ce roman. Sophie Jabès avait déjà créé ce sentiment mitigé avec "Alice la saucisse" (son 1er roman). L'univers de l'auteur semble allergique aux bons sentiments, mais alors franchement hostile à la chose. Cependant, ses spectres de mauvais aloi plombent un peu l'ambiance et manquent un peu de bon goût. A méditer encore...

Il y a une bonne nouvelle car il existe un 3ème ouvrage pour boucler cette trilogie de contes romanesques où l'auteur souhaite "exploser nos tabous les plus secrets" (je crois que c'est réussi) : Clitomotrice. Le roman va paraître en format poche, l'occasion pour moi de m'y aventurer car j'avais jusqu'à présent refusé de m'y remettre !  :-)  Vous en pensez quoi, vous ?

caroline_assassinealice_la_saucisseJ'ai Lu nouvelle génération

Posté par clarabel76 à 09:05:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

30/11/06

Dévotion - Christophe Dufossé

devotionSimon Kolveed a toujours voulu un enfant, et la petite Marion comble tous ses désirs de paternité. Pourtant, au fil du temps, son mariage avec Lucille s'étiole. Le couple se sépare, Simon voit son enfant à petites gouttes. Et un après-midi, alors qu'il avait l'enfant à sa charge, Marion est agressée par un individu. Tout se brise chez cet homme : d'abord le divorce, le droit de garde renié, et une vie vouée à la solitude, à la résignation. Après quinze ans, Simon revoit sa fille, désormais âgée de vingt-cinq ans. La petite fille aux longs cheveux auburn a changé, a grandi. Le père fait face au gouffre et à cette plongée en abîme, insidieusement angoissante, traumatisante.

"Dévotion" est un court roman (150 pages) où l'auteur pose les quatre murs du décor en un tour de main. C'est profondément glauque, situé dans la région lilloise et dans des quartiers populaires laissés à l'abandon. Les personnages non plus ne rayonnent pas : Marion semble avoir grandi un peu brusquement, trop livrée à elle-même. Simon est las de faire face à ses démons, de plus en plus taciturne et mélancolique. Bref, c'est un roman sombre et morose. Il n'en fallait pas plus (de pages) pour miner le moral ! J'ai personnellement éprouvé peu de sympathie pour le personnage de Marion, un peu trop caricaturale d'une nouvelle génération qui se plante en marge des règles de la société actuelle, trop postée dans un accablement travaillé et voulu. En comparaison, je ressentais de la pitié pour son père, Simon, qui est partagé entre la joie de retrouver sa fille (qui n'est plus à l'image du souvenir doré qu'il en avait) et la douleur de la perdre à nouveau. Quinze ans, c'est long. Simon réalise que le temps façonne les êtres : lui dans ses rêveries solitaires, Marion dans son anarchie d'orpheline blessée. Il y a aussi beaucoup trop de silences et de vide à combler, cela semble tellement insurmontable, irrécupérable ! J'avoue, j'étais au bord de la déprime. Je suis sortie de cette "Dévotion" en expirant un bon coup. C'est bien écrit, cependant il faut avoir le moral accroché. Lisez-le si vous êtes une fidèle lectrice/ un fidèle lecteur de Christophe Duffosé !

Denoel

Posté par clarabel76 à 13:11:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]