05/02/07

Des louves - Fabienne Jacob

des_louvesAdèle est une jeune femme fascinée par le corps de Simon, son amant. Tous les deux se parlent peu, regardent la télévision puis filent dans la chambre.
Ensuite, Adèle rentre chez elle auprès de son mari et de son enfant.
Adèle a une vingtaine, une trentaine d'années. Elle a un don qui lui permet de voir le corps des gens, de cerner leurs mystères, de fouiller leurs entrailles.
C'est étrange.
Elle se rappelle notamment son enfance auprès de Sylvain, dans une cour de la grand-mère, où elle passait tous les étés, à crever de chaud sous le soleil de plomb, dans un petit village près de la frontière allemande. Son amitié avec Monica a débuté à partir de là, dans un sentiment de fascination et d'intrigue pour cette délurée qui jetait ses trognons en pleine nature, faisant fi des adultes qui rouspétaient.

"Des louves" est un livre troublant, inquiétant, auquel on peine à saisir la portée. Mais on se sent étrangement attiré par l'écriture de Fabienne Jacob, un embrouillamini de syntaxe éclatée, une volonté farouche d'être brute, animale, sans chichis. C'est honnêtement envoûtant, et cela touchera davantage les lecteurs qui avaient déjà été conquis par le 1er livre de Fabienne Jacob ("Les après-midi, ça ne devrait pas exister").
"Des louves" a un goût de terre, de sang et de mystères intérieurs. L'exploration des corps par le don d'Adèle nous laisse entrapercevoir la couleur de la maternité, de l'avortement, de la vieillesse et de la virginité. C'est cru, c'est sec, primitif et instinctif. Particulièrement inclassable, ce livre gage à son auteur un avenir littéraire tout aussi singulier et prodigieux.

Buchet Chastel

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04/02/07

Mon père sera de retour pour les vendanges ~ Oliver Larizza

Ce livre est le premier roman que je découvre de ce jeune auteur, Olivier Larizza. Et je n'ai pas été déçue!
Cette histoire nous est contée par un enfant de dix ans, son père part au front, nous sommes le 1er août 1914. Ignorant que le conflit allait s'enliser, le père était parti confiant, en promettant d'être de retour pour les vendanges. La saison arrive, mais point de papa !
Cette histoire reste candide car elle est racontée par les yeux d'un enfant. La guerre nous apparaît sous ses mots, une triste et cruelle vérité qu'il découvre en lisant les lettres de son père en cachette de sa mère.
Et cette guerre est également l'occasion de dévoiler non seulement les âmes torturées, mais aussi les rencontres humaines que fait son père. C'est un homme plein de poésie, de philosophie et très attachant!
D'un autre côté, on découvre la vie de ceux qui attendent - la fin de la guerre, le retour des poilus, une permission, une lettre, l'appel de combattre au front... Le jeune garçon est un spectateur de première ligne, il observe aussi sa jolie maman qui rencontre de plus en plus souvent un homme blond.
Son père va-t-il rentrer? Son absence pèse et les nouvelles ne cessent de bouleverser le petit monde du jeune garçon.
Un roman, bourré de poésie, d'humour et d'émotions multiples à recommander. Un auteur à suivre !

février 2004

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03/02/07

Dans les rapides - Maylis de Kerangal

dans_les_rapidesElles sont trois copines, Lise, Marie et Nina, elles ont 15 ans et grandissent au Havre.
Elles se sont connues en cours d'aviron. Elles laissent filer les jours comme l'eau qu'elles brassent dans le froid tous les mercredis après-midis.
Nous sommes en 1978.
Un Dimanche pluvieux, elles sont prises en stop dans une R16 pistache et là c'est le choc : "déboule une voix de fille, une voix de fille qui sonne comme une voix de fille justement, une voix qui chante vite, et fort, et vite et fort et vite". Blondie !
Les trois filles vont courir acheter le disque, le passer en boucle en se pâmant sur cette voix, cette personnalité, ce culot de fille leader d'un groupe de mecs. C'est la rencontre du rock, du mot "rock" et ce qu'il implique.
Comme Blondie, les filles aussi vont partir à New York et conquérir leur liberté !

"Dans les rapides" est un roman qu'on lit les cheveux au vent, avec la nostalgie euphorisante de se baigner dans les beaux jours de la fin des 70s et à l'aube des 80s.
C'est l'hymne de la jeunesse, d'une volonté de prendre l'instant présent à bras le corps, de croire en ses rêves et de suivre son étoile.
C'est aussi la figure époustouflante de Debbie Harry, la blonde icône du groupe Blondie, une image glamour et une présence étincelante. Blondie fascine, elle ouvre une porte à ces trois adolescentes vers une vie rock. "Ce n'est pas gravé sur les disques, ce n'est pas imprimé dans les livres. Une épithète consubstantielle, un attribut physique comme être blonde, nerveux, hypocondriaque, debout. Rock rock rock. Le mot est gros comme un poing et rond comme un caillou. (...) Etre rock. Etre ce qu'on veut."
Et puis viendra "la petite voix, le filet d'or, le bijou du pendentif sur la gorge du rossignol", Kate Bush et l'album "the kick inside". Nina se détache, amoureuse et conquise par cet autre aspect de la "féminitude", plus romantique, plus douce.
Avec son style syncopé, son écriture débraillée et sa gouaille de rockeuse, Maylis de Kerangal file le vent en poupe à son histoire qui commence presque par "il était une fois" et qui clame en musique la passion d'une époque, d'une griffe et d'un genre révolutionnaire.
C'est tout l'esprit d'une jeunesse en province, désenchantée et exubérante, qui nous rappelle de beaux moments et quand on finit le livre, on se dit "déjà !?" avec dépit, mais réconfortée d'avoir passé quelques heures lumineuses, et inoubliables !

Naïve

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02/02/07

Quinze jours en juillet - Nicolle Rosen

quinze_jours_en_juilletClaire est la nouvelle petite amie de Marc.
Marc était marié à Blanche, qu'il a quitté pour Irène, l'ancienne femme de Clément, son meilleur ami, qui est devenu le compagnon de Blanche depuis quinze ans.
Marc et Blanche ont eu une fille, Mélanie, aujourd'hui âgée de 20 ans. Elle vient pour la première fois passer quinze jours de vacances en juillet à la Bastide, le point d'ancrage de Blanche, Clément et Marc.
Claire doit faire sa place, elle est scrutée par cette bande d'universitaires aux hautes idées sur la culture et l'intelligence, un peu en froid avec les préceptes bourgeois, etc.
L'observation des uns et des autres est pointue, attentive, couve des ressentiments, des non-dits. De là à penser que ce clan joue une mascarade, on n'en est pas loin !

"Quinze jours en juillet" passe au peigne fin les rapports tendus et complexes d'hommes et de femmes qui reproduisent depuis des années un mimétisme déconcertant, exigeant et menteur. Au centre de ce noyau, il y a le vrai-faux couple de Blanche et Marc. Ils se sont aimés, quittés mais ont continué d'être ensemble, introduisant quelques neutrons pour consolider cette osmose.
Cependant, le principe de Nicolle Rosen en donnant la parole aux trois femmes, Claire, Blanche et Mélanie, sur chaque chapitre et au fil des jours, permet de percer la façade des faux-semblants. Les sentiments sont mis à jour, annonçant un orage, on le souhaite. Il y a autour du personnage de Marc, un pastiche de roi soleil, des émulations émergentes, un avis de tempête qui peut tout bouleverser.
Il n'est honnêtement pas facile de s'attacher à cette bande, pourtant un fil invisible s'est embobiné autour du lecteur, le ligotant pour connaître la fin de l'histoire. On souhaite une issue radicale, on la veut de toutes nos forces. Pourtant il est difficile de détester les acteurs de cette mise en scène. On se surprend même à ressentir une amitié pour l'un ou l'autre. Les femmes ont un beau rôle, encore une fois, contre la fatuité masculine. Ce n'est pas un hasard si Nicolle Rosen a décidé de raconter une histoire par leurs regards.
"Quinze jours en juillet" devient ainsi un roman fascinant, un peu dérangeant, qui convie à pester, rager, rouspéter. Et pourtant l'attachement invisible à cette clique rend cette lecture feutrée et embarrassante d'attachement.

JC Lattès

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30/01/07

Monsieur Dick ou le Dixième livre - Jean Pierre Ohl

edwin_drood_2Une fois n'est pas coutume, je reprends la présentation de l'éditeur :

Le narrateur, François Daumal, nourrit une passion exclusive pour Dickens. Il est hanté par le désir de connaître la fin que prévoyait de donner le grand écrivain à son ultime roman, Le Mystère d'Edwin Drood, dont l'inachèvement a suscité jusqu'à nos jours un déluge d'hypothèses parfois délirantes. Mais Daumal a un rival, en la personne de Michel Maugematin, qui poursuit la même chimère... Sous le regard d'un vieux libraire mystérieux, M. Krook, le deux jeunes gens se livrent à un duel acharné, qui se prolonge sur le terrain amoureux. Les énigmes se multiplient, les rebondissements emportent le récit d'une époque à l'autre sur un rythme effréné, en compagnie de personnages extravagants dignes de Miss Havisham ou de Mr Pickwick. Lequel des deux jeunes hommes découvrira le secret d'Edwin Drood ?

Ce livre est particulièrement réjouissant, surtout pour quelques passages savoureux, qui concernent la passion dévorante du narrateur pour un certain Dickens, sa rencontre avec le libraire Krook et un autre maniaque de l'écrivain anglais, Michel Mangematin. Ces trois-là nous ouvrent une voie royale sur la folie qu'engendre les livres, la littérature et le pouvoir des mots sur un lecteur exalté. Il met au pas la conviction absolue, l'exigence littéraire et permet ainsi de batifoler sur la confusion passionnante entre la fiction et la réalité. Pas de gros discours, la présentation de l'éditeur place le décor. Sachez, toutefois, que vous allez buter sur les premières pages, concernant l'enfance du narrateur, mais elles permettent d'expliquer comment le narrateur a rencontré Dickens. Tout un programme, franchement fascinant, qui invite à explorer davantage Copperfield, Bleak House, Pickwick Club, et un mystérieux Edwin Drood !... Amateurs ou avertis, tout confondus, trouveront leur bonheur !

Gallimard

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29/01/07

Le corps de Liane - Cypora Petitjean-Cerf

le_corps_de_lianeCe n'est pas parce qu'on grandit parmi des femmes qu'on se sent forcément plus femme ! C'est le cas pour la petite Liane, âgée d'à peine 10 ans, qui vit seule auprès de sa mère Christine, sans rien savoir de son père. La même situation s'était produite pour la grand-mère Huguette, qui coule ses beaux jours à jardiner en Bretagne, où toute la troupe s'y retrouve chaque été. Dans la famille, on n'aime pas trop les hommes, on ne leur concède pas une place de choix. Pourtant, on n'en parle pas des heures non plus, on n'étale aucun souvenir, juste quelques vagues, et on s'interroge sur cet étrange enfant qu'est Liane, à poser trop de questions, à rédiger des listes dans ses carnets et à craindre de vomir en classe.
Un jour, elle rencontre Roselyne qui deviendra sa meilleure amie. Roselyne n'a pas une mère idéale, pourtant la jeune fille resplendit de douceur et de gentillesse. Très vite, elle trouve sa place chez Liane, où vient se greffer Eva, une jeune femme de ménage, un peu étourdie mais belle comme c'est pas permis. Elle aussi vit seule avec sa fillette, Armelle. Pas loin de cette tribu de femmes, il y a en marge l'épicier algérien dont le fils va en classe avec Liane et Roselyne.
Bref, que dire sans trop en dévoiler ?
"Le corps de Liane" figure, à mon goût, parmi ces lectures "sucre d'orge" où le plaisir ressenti s'étend en longueur, pas systématiquement à la première phrase, car c'est sur la durée qu'il dégaine une petite musique qui s'accroche à l'oreille. C'est une lecture bienfaisante, une lecture qui donne du bonheur (comme "Ensemble c'est tout" d'Anna Gavalda ou "Mangez-moi" d'Agnès Desarthe). cypora_petitjean_cerf_4
Après un conte enchanteur et enchanté, Cypora Petitjean-Cerf continue d'émerveiller avec cette histoire sur la féminité et l'amour, où elle démontre avec élégance et sans maniérisme l'étendue de ces deux pôles qu'on cherche toutes à atteindre. Ce n'est pas rien si ce livre est dédié "aux mères et à leurs filles", car Huguette, Christine et Liane rassemblent en trois générations les affres de leurs conditions dues à leur sexe. Les personnages de Roselyne, Eva, Armelle et Lamia viennent apporter à leur façon une bouffée de fraîcheur qui perpétue le ravissement. C'est beau, c'est attachant. Au départ, elles sont toutes paumées, songeuses et s'isolent sans trop en dire, puis la richesse du roman viendra les confronter à s'ouvrir et se dire "des beautés". Il y a un superbe message dans ce roman, sur l'espoir, sur l'envie et ça vous donne un sourire jusqu'aux oreilles.
De belles lectures comme ça, personnellement je trouve que ça fait du bien et qu'on en a bien besoin de nos jours ! A recommander, chaudement !!!

Stock

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27/01/07

Portrait d'une absente ~ Stéphane Jougla

Marie arrive dans l'appartement de Madeleine Evora pour le compte de son agence immobilière. Elle doit évaluer les lieux, pièce par pièce, malgré l'absence inexpliquée de la propriétaire. Et progressivement, Marie va se glisser dans la peau de cette femme, se fondre dans les lieux, passer une première nuit dans cet appartement vide, revêtir les habits de Madeleine, se parfumer, se coiffer, se maquiller comme cette femme... Imposture ou envie de changer de vie ? On hésite car lorsque Marie rencontre les amis de Madeleine, le couple d'Herbert et de Rita, ils vont eux-même la considérer en tant que Madeleine, jouant le jeu également ou ne faisant jamais montre d'être dupes. La comédie devient perplexe, accentuée par le retour de Théo, le compagnon de Madeleine, qui lui aussi fait mine d'aucune incrédulité. Alors, Marie est désormais Madeleine. Il y a juste Julien, le fiancé de Marie, qui téléphone et traite de folle la jeune femme. Il faut qu'elle rentre, qu'elle cesse ce jeu ridicule... Jusqu'où Marie / Madeleine va pousser l'imposture ? Y'a-t-il réellement substitution d'identité ? Qui est vraiment Marie, ou Madeleine ? Frise-t-on la folie ? Mais qui est réellement fou ? Marie, d'être une autre, ou Théo, Herbert et Rita, de la voir telle qu'elle est ?..

Dans "Portrait d'une absente", deuxième roman de Stéphane Jougla, il y a un étrange jeu de substitution, d'omission et de perversion qui se tisse au fil des pages. Le lecteur gagne en perplexité, fronce des sourcils et referme le roman avec effarement. C'est d'ailleurs assez ambivalent car l'héroïne semble lucide sur ce qu'elle fait, même si cette métamorphose gagne en puissance et fait grandir la jeune femme. Elle deviendra très vite prisonnière de son propre piège, déboussolée et perdant pied. "Portrait d'une absence" c'est donc tout l'art de la perplexité, de l'errance et d'un esprit fantôme qui semble flotter dans cet appartement. Irrévocablement.

lu en janvier 2005

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25/01/07

Mentir vrai ~ Gisèle Fournier

Jeanne rencontre dans la rue la perfide Anne, une amie qui ne lui veut pas du bien en lui racontant certaines choses sur Simon, son ancien compagnon. Cet homme, Jeanne l'avait rencontré chez Anne et avait été à la fois séduite par lui tout en se sentant menacée. Effectivement, sa relation avec lui, même si elle a su lui apporter quelques bases reposantes, a vite viré vers de vieilles angoisses et des cauchemars de l'enfance qui se sont réveillés.
Le mensonge dans le roman de Gisèle Fournier est édulcoré, malaxé et amadoué. Mentir pour polir, poncer, arrondir les angles. C'est ainsi que conçoit les choses, Simon. Mais Jeanne, trop meurtrie d'avoir gardé le silence pour arranger la vérité, accepte difficilement de partager sa vie avec lui. De la sorte. Alors, au prix de gros efforts, malgré l'amour, elle apprend à le quitter, en dépit du passé qui reflue. Sur un ton grave, presque dans l'urgence, au bord de la folie, Jeanne sauve sa peau. Beau roman, dans la lignée des histoires imaginées par son auteur, même si les passages sur l'oncle auraient mérité d'être plus creusés.

lu en janvier 2006

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23/01/07

Jeune fille - Anne Wiazemsky

wiazemsky_anneAnne, âgée de 17 ans, suit son amie Florence, actrice débutante, chez le réalisateur Robert Bresson. Il est immédiatement sous le charme de cette délicieuse jeune fille, muette, réservée et engoncée dans une gaucherie maladive. Anne se sent impossiblement creuse, nulle et moche, complètement inexistante. Aussi, la proposition de Bresson de la faire tourner dans son prochain film présente à ses yeux une offre irréelle, un cadeau du ciel et une nouvelle étape de sa vie, qu'elle jugeait jusqu'à présent fort ennuyeuse et conventionnelle, avec pour seul horizon le baccalauréat à passer.

L'été d'Anne se passe du côté de Guyancourt, à servir un réalisateur exigeant et despotique, confondant le miel et le vinaigre pour plier son équipe et asservir les jeunes filles têtes d'affiche de ses films. Anne devient la "prisonnière" de Bresson, troublée par cet homme plus âgé, rebutée par son souffle chaud et ses caresses enjôleuses. Elle se vexe pourtant de perdre son intérêt, s'inquiète de le vexer et s'ennuie de lui durant un week-end en famille. Anne, élevée dans une famille bourgeoise, petite-fille de François Mauriac, devient soudain songeuse : cet été auprès de Bresson serait-il le présage d'un avenir en mouvement ?

"Jeune fille" d'Anne Wiazemsky est un roman silencieux et pudique sur les débuts d'actrice de l'écrivain. Racontée avec du recul et un détachement déconcertant, l'histoire d'Anne s'appose également pour décrire le portrait de toute jeune fille mal dans sa peau, à qui on offre soudainement de décrocher la lune, et en saisissant cette chance une audace prend le pas. Anne devient ange et démon, un petit papillon qui sort de sa chrysalide. Sa relation avec le réalisateur dérange, détonne, perturbe. Mais à la fois, l'idée d'émotion et de sincérité se complète, vous laissant un goût de simplicité jamais frelatée. Un plaisir de lecteur comme Anne Wiazemsky sait merveilleusement créer, à travers ce thème de l'innocence trompeuse et trompée. A déguster !

Gallimard

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Adieu les anges... ~ Pierre Wiehn

Un roman léger et sensible à la fois, avec Petit Pierre, garçonnet de presque neuf ans, au centre de l'histoire : au pays du Cognac, la vie aux Coudriers est paisible et idyllique. La vie à l'école, le catéchisme, les messes, les amis (dont Simon, dit Bubu, dit "l'Alsacien"... un secret) et la belle Marie, la jeune fille qui lui met le ventre à l'envers. Histoire quelconque ? Non, nous sommes en 1944, le pays est occupé par les Allemands, même si le village de Petit Pierre semble être épargné. Pourtant il vit chez son oncle et sa tante, ses parents ne donnent aucune nouvelle et les rumeurs grondent : actes de résistance, radio de Londres, messages codés, maquisards ou miliciens... Petit Pierre observe les tourments d'une guerre à travers les yeux d'un enfant intelligent, futé et qui tente de retenir les leçons que tous les adultes veulent lui apprendre.
Instants magiques et mélodieux, "Adieux les anges..." est un petit roman à savourer & savoureux ! C'est bon comme du bon pain, un roman qui baigne dans le terroir, sans franchement basculer dans la tendance. Un ton juste du début à la fin. Et des mots bien dits et bien pensés pour résumer la guerre, l'occupation, la résistance et la libération. Un petit bijou !

lu en janvier 2005

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