13/10/06

Passage du gué - Jean Philippe Blondel

passage_du_gueUn jeudi d'octobre 1986, Myriam rencontrait Fred sur un air de Martha Davis. Instant de grâce : le jeune homme est sous le charme. Or, Myriam partage sa vie avec Thomas, jeune cadre dynamique. La vie passe... Fred, Myriam et Thomas deviennent un couple à trois, indissociables. Ils s'aiment à leur façon, un peu à la Jules et Jim, mais ils ont une histoire à eux, beaucoup plus nuancée pour être contenue dans une case. Impossible à juger. Simplement, ces trois-là sont des statues de cire qui ne se parlent pas ouvertement. Ils s'observent, ont des fantasmes, des attirances, des envies, des manques, des frustrations, et dans le fond ils se loupent. Mais ce n'est pas grave.

Car ce tout nouveau roman de JP Blondel est vraiment tout nouveau, complètement différent de son style habituel et de son créneau "petite madeleine de Proust" (raconter sa vie sur le souvenir d'un objet ou d'une chanson). "Passage du gué" est un roman beaucoup plus impudique, tout en demeurant sur sa réserve. Il aborde un sujet plus délicat, plus subtil. C'est une démarche osée pour l'auteur, il pénètre un territoire épineux qui concerne les relations entre homme ou femme, il aborde le désir, l'attente, la convoitise. Il se met dans la peau d'une femme et exprime le vide dans son ventre. Il met en lumière l'ambivalence des amitiés masculines. Il devient aussi le lien de transition, celui qui passe le témoin, chasse la souffrance, pousse les souvenirs vers leur sortie. Chez Blondel, on parle alors de la "mémoire des corps", c'est une notion raffinée qui concerne une relation intuitive et instinctive, maniée très intelligemment.
Ce roman a tout pour charmer, troubler, émouvoir et bouleverser. Il vise des contrées secrètes. Il place le lecteur en état de grâce. A aucun moment, on ne peut deviner ce qui va arriver (et on ne doit pas le dire). Et ces trois personnages, Fred, Myriam et Thomas, on les prend dans nos bras, on les aime, on leur souhaite qu'ils s'aiment à fond, qu'ils s'en sortent. Leur histoire n'est pas finie et tout lecteur gardera une place dans son corps en souvenir...

Robert Laffont

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11/10/06

La Madone des Sleepings - Maurice Dekobra

Madone_des_sleepingsLondres, dans les années 20. La fantasque et ravissante Lady Diana Winham fait couler beaucoup d'encre par son exubérance, sa beauté et ses frasques amoureuses. Veuve et proche de la ruine, elle entreprend de détourner les racontars mondains en dansant nue pour un spectacle de bienfaisance. Lady Diana a une idée pour renflouer ses caisses et confie à son secrétaire, le Prince Gérard Séliman, la mission de se rendre à Berlin pour corrompre quelques responsables bolchéviques et récupérer l'autorisation d'exploiter ses champs de pétrole en Géorgie. Mais cela se corse : le responsable Varichkine tombe fou amoureux de la belle Lady Diana, au grand dam de la maîtresse officielle, l'égérie rouge, Irina Mouravieff.

Duel de tigresses, conflits politiques et batifolages entre Londres, Berlin, le Caucase et l'Ecosse... "La Madone des Sleepings" est un roman qui cabriole follement. Mais qui est cette Madone ? « Elle est veuve, ravissante, ruinée et reçoit environ sept cent trente invitations à dîner chaque année. Elle danse nue dans les œuvres de bienfaisance et ne cesse de voyager. On la surnomme La Madone des Sleepings. » C'est Lady Diana, une vraie icône de mode, l'élégance personnifiée, un tempérament de feu, qui s'enhardit aux plus extravagantes démonstrations pour braver la bonne société à laquelle elle appartient, mais la ruine imminente la rend folle, prête à accepter un mariage arrangé pour sauver les faux-semblants. La jalousie rageuse de son ennemie, Irina Mouravieff, va mettre en péril la vie du dévoué Prince Séliman. Ce dernier est à Londres depuis six mois, chassé impunément de New York par une épouse en furie et bafouée (l'anecdote ne manque pas de soulever quelques sourires !), et est devenu le secrétaire gentleman de la belle sans toucher un pécule. Séliman et Lady Diana ne sont pas amants, juste très liés par une affection réciproque.

Bref, les aventures de cette Lady Diana, contées par un Prince Séliman aux abois, relèvent d'une grande imagination. L'auteur, Maurice Dekobra, est un grand reporter et un traducteur des romans de Defoe, London et Twain. Il faut d'ailleurs préciser que ce roman a été publié pour la première fois en 1925 et a reçu un accueil débordant d'enthousiasme pour ce roman romantique, intrépide, drôle et croquignolet ! C'est merveilleusement écrit, fruité et délicieux, savamment moqueur, jamais méchant et une ôde sans égal pour une galante britannique, chic et effrontée, impudique et sans morale, malgré tout adorable ! J'ai été conquise par ce roman, par cette histoire pleine de rebondissements, par les personnages fougueux, redoutables et romanesques en diable ! "La Madone des Sleepings" ne doit plus tomber dans les oubliettes et a eu cette aubaine de revenir sur le devant de la scène. Emparez-vous très vite de cette Lady Diana conquérante, du Prince Séliman en chevalier servant, et des troubadours, louves et autres Messaline qu'on croise au fil des pages ! Juste pour conclure : "La Madone des Sleepings n'a pour auréole que le cercle vicieux de ses caprices et pour chapelle que les chambres de luxe des grands palaces..." Divin !

Zulma

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09/10/06

Vues sur la mer - Hélène Gaudy

vues_sur_la_merUne femme arrive dans un hôtel et demande une chambre avec vue sur la mer. Elle est seule. Elle s'appelle Jeanne.

Cette scène va se répéter à plusieurs reprises, en sept chapitres. Toujours une chambre d'hôtel, mais jamais la même, jamais les mêmes conditions (climatiques, géographiques, etc.). Mais à chaque fois, il s'agit d'une Jeanne qui fuit, qui échappe à un homme. Pourquoi ? C'est en fait si peu important de deviner ou comprendre pourquoi cette femme décide de se réfugier dans une chambre d'hôtel. Après tout, c'est son droit. Car l'aspect le plus intriguant, finalement, du roman est l'enchaînement des chapitres qui répétent la même scène : Jeanne arrive dans une chambre d'hôtel. L'autre éclairage va finalement venir des seconds rôles, des acteurs de l'ombre comme le réceptionniste, la serveuse, ou une famille en vacances. C'est par eux que la vérité éclate ou déjoue l'évidence qu'avait crue détecter le lecteur. « Jeanne et les autres personnages se rencontrent, se rapprochent, se perdent d'une façon qui se ressemble sans se ressembler tout à fait ». Ainsi soit-il.

« Vues sur la mer » est un premier roman réussi, il a été écrit par une jeune auteur de moins de 30 ans, Hélène Gaudy. Elle a su atteindre une exigence fort maîtrisée dans la construction de son roman. C'est à la fois original et habile. Elle a, de plus, réussi à pénétrer la solitude, celle d'une amoureuse ou d'une délaissée, celle du couple ou dans le coeur d'un enfant. Ce n'est pas seulement un roman, « Vues sur la mer » peut se lire comme un recueil de nouvelles. Les chapitres scandent un tempo mystérieux autour d'une trame faussement simple. Et l'auteur use du principe des bribes de phrases pour accélérer la fausse inertie de son histoire. En bref, un roman à conseiller pour encourager les débuts (prometteurs) de son auteur !

Les Impression Nouvelles

  • Le roman d'Hélène Gaudy figure dans la 2ème sélection du Prix Médicis !

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08/10/06

La Solution Esquimau - Pascal Garnier

La_solution_esquimauC'est l'histoire d'un roman où Louis, le personnage central, décide de tuer sa mère pour récupérer l'héritage. Puis, il décide d'accomplir le même acte de "bon débarras" pour les parents de ses amis. Hop, ni vu ni connu. Il adopte là la Solution Esquimau : "il tue les parents comme les Esquimaux abandonnent leurs vieux sur un morceau de banquise, parce que c'est naturel, écologique, bien plus humain et beaucoup plus économique que de prolonger leur interminable corvée dans des mouroirs sinistres". C'est également l'histoire de l'auteur de ce roman, un certain Pierre (le mensonge n'est pas loin...). Il est réfugié dans une maison sur la côte normande, reçoit la visite d'une petite amie, d'une adolescente fugueuse, de voisins privés de télévision, et d'un meilleur ami qui est passé à l'acte. Comme Louis !

"La Solution Esquimau" est paru pour la première fois en 1966 aux éditions Fleuve Noir. C'est une excellente idée de la part de Zulma de remettre à l'honneur ce titre franchement hilarant, décapant, immoral et sombre. Humour noir garanti, c'est vrai. Les épisodes entre Louis et son auteur s'adressent quelques messages en écho, mais leur point commun au final est cette désolation permanente : deux paumés, deux déchets célibataires, vie sociale égale zéro. Le roman piétine, l'écrivain tente de puiser l'inspiration dans l'expérience sinistre de son meilleur ami, mais l'entreprise salvatrice de ce dernier inquiète son campagnon. "Je ne suis pas un héro d'un de tes bouquins", lui dit-il. Comment se sortir de ce guépier ?.. Comment rattraper le Louis du roman dans le roman ? La Solution n'est pas si évidente. A ceci, s'ajoute l'impression de flou, de confusion permanente, où fiction et création s'emmêlent les filets. Parfaitement déconcertant, donc forcément intéressant, le roman de Pascal Garnier mérite une révision en toute innocence, le sourire au coin des lèvres...

Zulma

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07/10/06

Le pays - Marie Darrieussecq

le_paysMarie a décidé de rentrer au pays, de quitter Paris avec Diego et leur fils Tiot pour retourner aux sources d'un pays qu'elle a quitté dans son enfance. Ce pays, c'est la république Yuoanguie, fraîchement indépendante, et dont la langue parlée est celle d'un dialecte particulier, que son fils adopte tout de suite, mais qu'elle est incapable de comprendre et d'assimiler. Par contre, pousse dans son ventre une petite Epiphanie qu'elle cerne sur le champ, qu'elle dorlotte aussitôt mais qui paralyse également son écriture. Marie est écrivain. Or son retour au pays a tari la source de son inspiration. Elle ouvre son cahier et contemple les pages blanches, c'est tout. Et le roman se poursuit dans cette impression cotonneuse, celle de flotter dans des univers parallèles, entre la narratrice et l'observation d'autres femmes, qui sont-elles ? Il y a un ensemble de personnages, entre les vivants et les morts, le frère disparu dans son enfance et le frère adopté qui est devenu fou, interné dans un centre, au loin. Il y a aussi la grand-mère, dont l'hologramme réveille des sensations enfouies chez Marie dans la Maison des Morts.

Contrairement aux apparences, ce roman de Marie Darrieussecq est limpide et fluide. L'écriture n'est pas empêtrée dans un embrouillamini d'exercices de style, ni plus dans un délire de fantômes. Ces derniers sont absents, "ils naissent de notre hantise, qui les allume et les éteint, oscillants, pauvres chandelles". En fait, "Le pays" est un roman qui a besoin de puiser aux sources (du langage, de la vie) pour renaître et se libérer des chaînes : "la langue était une contrainte à dépasser, comme le sol, comme l'histoire. Tant qu'il restait des mots, dans quelque langue que ce soit, on pourrait encore les assembler à neuf pour décrire le monde, et en repousser les limites". C'est comme la grossesse de Marie, elle plonge la jeune femme à retourner aux origines, car la naissance débloquera sa paralysie (d'apprendre la langue, d'écrire un roman). Ce roman est subtil et introverti, je l'ai trouvé tellement évident par rapport aux précédents romans de Marie Darrieussecq. C'était un beau plongeon vers la genèse et l'engendrement.

POL

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Rhésus - Héléna Marienské

rhesusDans un Manoir proche de Paris, à Vigny-sur-Seine, une bande du 3ème âge a décidé de prendre sa revanche et de monter une armée de résistance contre la société, le gouvernement et la République. Il y a, à son bord, Raphaëlle, une bourgeoise abandonnée par son tyran de fille, Céleste, un écrivain qui a longtemps abandonné sa plume contre les jeux vidéo et les films porno, et Hector, qui débarque dans son smoking blanc et ses millions gagnés au loto. Ils sont encore quelques-autres à constituer la bande du Manoir, mais ces trois personnages sont les plus importants. C'est à leur manière qu'on suit l'histoire, par leurs témoignages respectifs, et qui ne manquent jamais de piquant. La vision « des choses » prend page après page une tournure complètement différente, elle s'éclaire, s'illumine et provoque de grands éclats de rire, en plus d'une envie (mitigée) de faire la grimace.

Mais qu'arrive-t-il à ces pépés et mémés qui, brusquement, se redécouvrent des envies de sexe, pur et dur. Pas de l'amour, du sentiment, de la tendresse et une compagnie pour soulager les vieux jours, oh non ! Ces trublions lèvent les pattes, s'envoient en l'air et se moquent éperdument des gros titres dans les journaux. La France se gausse, le pays jase, les gens s'offusquent, mais le public en redemande. Car cette petite bande (bafouée, mal traitée, menacée et privée de nourriture) a un chef de fil hors du commun, il s'agit de Rhésus, un petit singe extraordinaire et qui réveille chez ce club du 3ème âge des envies de renouveau, de « recommencement ». C'est aussi lui qui aidera les résidents du Manoir à tenir les barricades, à faire front contre l'incursion de l'extérieur, pour des raisons déjà nommées plus haut.

Avec « Rhésus », Héléna Marienské parvient à bousculer les esprits frileux de la rentrée. Son premier roman est époustouflant, prometteur d'une franchise et d'un culot fédérateurs. Qu'on se régale dans cette histoire ! Car on en voit de toutes les couleurs, ça y va dare-dare dans la frénésie sexuelle,on ne fait pas dans la dentelle et on enlève ses gants de soie en évitant les discours mielleux et lisses sur les personnes âgées. On brise les carcans, les idées « pudibondes », ça vole en éclats ! Quel exploit : sur un sujet aussi casse-pipe, la pente était dangereusement glissante mais Héléna Marienské a su éviter les pièges et s'en tire avec dextérité. La fin apporte une note une peu moins truculente par rapport aux 3/4 du roman, et c'est juste un peu dommage mais cela n'enlève pas l'impression de jouissance ressentie depuis le début. Pour en prendre plein les mirettes, je vous conseille honnêtement d'ouvrir ce livre ! De plus, j'ai oublié de préciser que c'est très drôle !

POL

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06/10/06

Avec ses moustaches - Thomas Paris

avec_ses_moustachesMarc et Jeanfrançois fêtent leurs retrouvailles dans un café. Ils se sont connus sur les bancs de l'université, Jeanfrançois (volonté absolue de sa mère de ne pas donner de prénom composé!) a séduit son camarade avec ses idées de jeune révolutionnaire, en lutte contre l'oppression de la société capitaliste. Quinze ans ont passé et les deux amis débordent à nouveau de projets contre les Morlocks, une souche d'opportunistes bien définie, les privilégiés, et qui horripile Jeanfrançois. Son chef de file, à ses yeux, est le pdg de Canal France : Hubert Lefur. Il faut l'anéantir, le kidnapper... lui raser sa moustache !

Car cet Hubert Lefur, finalement modeste et bonasse, est pourvu de belles moustaches à l'ancienne, "qui se déployaient avec discipline sous son nez fort, décollaient dans un début de looping et se désintégraient pour éviter une collision fracassante". Sa marque de fabrique, sa signature. Et quoi de plus vengeur que de s'en emparer, couic, d'un coup de ciseaux ?! Ainsi s'en vont trois compères (un certain Erwan va s'allier à cette vendetta contre l'oppresseur) dans une aventure ubuesque. On les prendrait pour des hussards, et Thomas Paris lui-même se porte en héritier de cette fougue intempestive. Il manie la plume avec panache, il envoie dans les roses tout semblant de gravité et sérieux. Comme il a su le prouver dans son premier roman ("Pissenlits et petits oignons"), Thomas Paris passe le cap du deuxième roman avec brio. Il tord le cou aux amourettes, aux révolutionnaires, aux dirigeants, aux bourgeoises, aux amants, aux étudiants, aux lympathiques, etc... Mais par contre, il rend hommage à LA figure de la Chrétienne, "au seul sens du terme", c'est-à-dire la grand-mère (d'Erwan), qui mérite sa place dans ce roman, et dans tous les romans d'ailleurs. C'est là toute la fantaisie de l'écrivain, son hommage, son adoration. Pour vous convaincre d'ouvrir son roman, n'attendez plus de le lire !

Buchet Chastel

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La maison Tudaure - Caroline Sers

maison_tudaureL'adjudant Marty et son subordonné Maillet débarquent dans le café d'un village reclus. Dans la forêt, on vient de trouver trois sacs abandonnés et qui contiennent des corps de nouveaux-nés. L'affaire suscite un vif émoi, ressuscitant un spectre vieux de cinquante ans, quand des mystères similaires semblaient avoir frappé de plein fouet les habitants de ce coin perdu. A l'époque, impossible de découvrir le coupable, le village avait fait bloc et s'était enfermé dans son silence. Aujourd'hui, la police affronte à nouveau ces villageois, hâtivement décrits comme des sauvages dans la presse, mais l'adjudant Marty veut en découdre à tout prix, il fera cracher le morceau ou sinon rien.
Les personnages principaux sont tous mystérieux, il y a Claude, un garçon solitaire qui ne se rend plus à l'école, c'est le fils du vétérinaire Simon Vermillon. Celui-ci est marié à Camille, la fille du rempailleur, personnalité de haute estime dans la mémoire de tous ces gens. Ils sont tous murés dans leurs silences et leurs secrets : le cafetier, le boulanger, le grand-père Dupuis et les gamins... Certains ont été blessés d'avoir été montrés du doigt et jetés à la vindicte populaire, sans possibilité de se défendre. La nouvelle génération, elle, tient à porter le flambeau et veut se faire respecter. Mais quand la machine infernale s'emballe, c'est très difficile de chercher à maintenir les rênes.
La figure de "La Maison Tudaure" est la clef de toutes les énigmes. C'est une présence ombrageuse, une maison abandonnée et qu'on dit maudite, à l'image du village. C'est une maison que tous condamnent mais qu'ils refusent de céder.

A l'occasion de son deuxième roman, Caroline Sers a décidé d'employer le genre du roman noir et policier. En quelques touches incisives, elle crée une atmosphère opaque, impénétrable d'un petit village écarté avec ses habitants tout aussi intrigants. Derrière ce climat de suspicion générale, Caroline Sers a aussi souligné la délicate délation de la presse, impuissante à percer des remparts, et qui préfère frapper dans le tas plutôt que s'avouer vaincue. Parce qu'ils vivent à leur mode, ces villageois sont déconsidérés de toute condition humaine et étiquetés comme des primates incultes et non civilisés. C'est flippant. Peut-on leur reprocher, ensuite, de s'unir en se taisant, au risque d'attiser les flammes de défiance ? "La maison Tudaure" est un roman réussi, dans sa peinture des âmes humaines (tiens, cela se rapproche du livre de Philippe Claudel, "Les âmes grises") et dans son intrigue sombre et angoissante. Le fin de l'histoire, d'ailleurs, est plutôt cocasse et insoupçonnable !

Buchet Chastel

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04/10/06

Le théâtre des rêves - Bernard Foglino

theatre_des_revesL'histoire commence dans le Paris 9ème et va se terminer quelque part en Normandie, près de Sainte-Mère-Eglise. Elle se passe aussi depuis la rencontre avec un mage, un esprit africain et sera suivie d'un ancien commentateur sportif dans le lieu-dit sacré, le Théâtre des Rêves, un bistro d'aficionados de football, celui de l'âge d'or (tout ce qui s'est passé avant 1970). Baptiste Flamini, le narrateur, aide les collectionneurs à dénicher les perles rares. Il réunit les articles les plus saugrenus, mais une mission d'abord anodine va finalement le conduire à explorer des zones fort sombres, voir redoutables. Flamini devra fouiller plus loin qu'il ne le pensait. "Le théâtre des rêves" est le premier roman de Bernard Foglino et crée une bien agréable surprise : le ton général est enchanteur, il balance le lecteur dans des contrées fantaisistes. Le genre est à la fois policier, risque-tout et gouailleur. Le héros partage son quotidien entre un écrivain manchot et un travesti tordu. L'enquête est captivante, on y croise sur son chemin des personnages déconcertants; l'ensemble est tout bonnement jubilatoire. A tenter.

Buchel Chastel

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Prenez soin du chien - JM Erre

prenez_soin_du_chienDans la rue de la Doulce-Belette, deux immeubles se toisent dans toute leur splendeur et décadence, avec à leur bord des locataires triés sur le volet par un propriétaire commun mais mystérieux. Seul l'agent immobilier, Monsieur Naudet, sert d'intermédiaire pour les visites, les réglements de compte et les réunions d'urgence. Car effectivement, dans ces deux immeubles, des drames en série vont surgir. Cela a commencé par un crime atroce, celui d'une locataire, mademoiselle Chiclet, assassinée chez elle par un pervers. Max Corneloup, auteur de romans-feuilletons, emménage dans l'appartement et prend très vite en grippe son voisin d'en face, Eugène Fluche, qu'il soupçonne d'épier tous ses faits et gestes. De l'autre côté, Eugène surprend également cet individu collé à ses fenêtres et qui passe son temps à l'espionner. Une guerre muette s'engage, les deux hommes consignent le tout dans leurs journaux intimes. Puis, le mystère du chien de madame Brichon retentit. Le fidèle Hector a disparu, sa maîtresse (et voisine de Max Corneloup) est convaincue qu'il a été zigouillé. La dame devient dingue. Roulement de tambours, d'autres délits vont survenir, des vengeances sourdes, basses et aveugles, jusqu'au gong final à paraître dans le "Paris Massacre" très prochainement...

Si cela n'a pas suffit pour vous convaincre de vous "jeter" sur ce livre, je ne saurai vous engager plus. Ce premier roman a la verve des franchouillards, des histoires impertinentes et amusantes qui manquent cruellement chez les auteurs débutants. Le roman est un doux mélange d'histoire policière, de moeurs de voisinage et d'une comédie de théâtre de bouvard. C'est franchement drôle ! JM Erre est ingénieux, non sérieux, intéressant et, pour tout cela, il mérite qu'on l'encourage et s'intéresse à cette galéjade mémorable ! Jusqu'au bout, on s'étonne et bravo l'artiste !

Buchet Chastel

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