06/04/16

No et moi, de Delphine de Vigan

NO ET MOI

J'avais déjà lu le roman à sa sortie (en 2007) et le redécouvre en format audio aujourd'hui. Il est lu par la ravissante Lola Naymark, qui incarne à sa façon, discrète et élégante, le désœuvrement adolescent et la sensation d'être au bord du gouffre en papillonnant de désespoir pour ne pas y tomber. Lou a treize ans et deux ans d'avance sur sa scolarité. Avec son physique frêle et fragile, l'adolescente se tient à distance de ses camarades, se sentant souvent empruntée et maladroite. Obligée de rendre un exposé scolaire, sur le thème des sans-abris, Lou fait la rencontre de No, dix-huit ans, seule dans la rue, hargneuse et révoltée. La fillette cherche à l'approcher, lui offre à boire et à manger, avant de lui proposer de l'héberger si ses parents sont d'accord. L'ambiance à la maison est particulièrement morose, depuis la perte du bébé, sa mère a sombré dans une dépression et vit isolée dans sa bulle. Cette indifférence atteint Lou, qui souffre en silence et veut chercher à compenser ce vide en voulant arracher No à sa propre détresse et ses vieux démons. Las ! le charme de la relecture n'a ici plus opéré car j'ai trouvé l'histoire agaçante et désespérante. Je n'étais plus convaincue de suivre les déboires d'une jeune SDF irrécupérable, dont le parcours ne me touchait pas, ni de comprendre les agissements de Lou, naïve et à fleur de peau, totalement inconsciente et irresponsable, alors qu'elle cherche à colmater ses propres failles sans réaliser qu'elle se goure complètement. C'est assez frustrant de constater les défauts d'un roman qu'on pensait apprécier (il y a neuf ans), mais de retrouver un tableau qu'on juge davantage amer et démoralisant. Je ne regrette pas ce contre-essai, c'est le jeu aussi d'affronter ses souvenirs et de prendre le risque d'en étioler les couleurs. Je pense qu'il est temps de transmettre cette lecture à mon adolescente de fille...

Lu par Lola Naymark pour Audiolib / Mars 2016 (durée : 5h 10)

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05/04/16

Quelqu'un pour qui trembler, de Gilles Legardinier

Quelqu'un pour qui trembler

Après de brillantes études de médecine, Thomas a parcouru le monde pendant vingt ans pour venir en aide aux plus démunis. C'est aussi en Inde qu'il apprend par hasard l'existence de sa fille, Emma. Cette nouvelle le bouleverse et l'incite à tout quitter pour la retrouver. Mais il ne débarque pas dans sa vie pour la chambouler, au contraire il va se montrer prévenant de loin. Pendant des jours et des semaines il va se contenter de l'observer, de connaître sa vie, de rattraper le temps perdu en achetant tous ses vieux jouets en vide-grenier (quelle scène mémorable !) ou de lui apporter ce coup de pouce providentiel pour lui faciliter l'existence (son petit copain cherche un studio cossu et bon marché, Thomas va donc poser des annonces partout en ville pour l'attirer dans ses filets). Car Thomas est rentré en France pour rétablir un lien, même invisible, avec son enfant. Depuis qu'il a connaissance de son existence, il se sent submergé par ses émotions et ses sentiments de père tout neuf. C'est touchant, parfois maladroit. Et ça titille juste ce qu'il faut la délicate question des liens filiaux, ou comment trouver sa place dans une relation qui s'est construite ailleurs, et sans lui ? Comment définir une famille ? Pourquoi notre monde, soudain, vacille en devenant un parent ? En attendant, Thomas a accepté un poste de directeur d'une maison de retraite hors du commun. Ses nouveaux patients sont une brochette de papis et mamies tous plus exubérants les uns que les autres, follement attachants et prompts à satisfaire les lubies du patron pour repousser l'assistante sociale, sauver le gardien d'une usine abandonnée ou jouer les entremetteurs pour consoler les cœurs brisés. C'est une joyeuse fourmilière, qui ne connaît pas les coups durs et qui se serre les coudes en toutes circonstances.

Quelle bouffée d'air frais ! L'histoire est franchement jubilatoire à lire. C'est simple, drôle, bienfaisant. On ne s'ennuie pas une seconde. Si seulement la vie pouvait ressembler à un roman de Gilles Legardinier, le monde serait certainement plus doux, plus tendre, plus réconfortant, l'humanité plus grande et plus belle ! C'est pourquoi je prescris à hautes doses la lecture de ses romans, qui possèdent tous un petit goût de revenez-y. J'apprécie aussi leur caractère simple et bienveillant, qui rend si savoureux et enchanteur leur découverte. Je ne m'en lasse pas. ♥

Fleuve éditions, Octobre 2015 ♦ Texte lu par Fabien Briche pour Audiolib (Février 2016) - durée : 11h 23

Quelqu'un pour qui trembler, de Gilles Legardinier, un livre audio, lu par Fabien Briche

15/12/15

Une part de ciel, de Claudie Gallay

Une Part de Ciel Babel

Pour tout avouer, j'ai choisi d'écouter le livre audio (texte lu par Pauline Huruguen pour les éditions Thélème) mais j'ai d'abord grimacé en entendant la voix de la comédienne qui ne m'inspirait qu'un profond ennui. (En plus de constater qu'il y a une totale absence de réalisation sonore, avec un enregistrement trop bas pour ma station d'accueil, poussée à plein volume, la lecture est quasi inaudible en faisant le brushing du matin.) Cette déconvenue réglée, j'ai fini par m'habituer et j'ai réussi à trouver un certain confort dans cette histoire assez banale, mais qui dégage charme et quiétude, tout en collant pile poil à l'atmosphère de saison. 

Aux premiers jours de décembre, Carole regagne la vallée de la Maurienne où son père Curtil lui a fixé rendez-vous. Celui-ci étant en retard, Carole s'installe dans un gîte et décide de l'attendre. Une routine s'établit rapidement, elle traduit un bouquin sur Christo, prend ses repas chez Francky, papote avec son frère Philippe, donne un coup de main à sa sœur Gaby, qui survit dans un bungalow truffé de courants d'air, évoque Balzac avec la jolie Môme, flirte avec Jean de la scierie, ressasse le bon vieux temps avec Sam, récure les gamelles du chenil de la Baronne... Les jours passent, sans plus donner de nouvelles de Curtil. Le temps est gris, froid, hivernal. Ce retour aux sources évoque aussi pour Carole son enfance, la maison qui a pris feu et leur mère forcée de sauver ses enfants, pardon, de choisir lequel de ses enfants sortir en premier. Un geste qui a longtemps hanté Carole, qui ne cesse de se sentir coupable d'avoir été élue au détriment de sa sœur, aujourd'hui malade, affaiblie, traînant une vie de misère.

Malgré un style remarquable, la narration est lente, longue et s'enfonce dans la monotonie et la langueur. Sans oublier que le cadre dans lequel est plantée l'histoire est d'une tristesse à pleurer. C'est déconcertant de se dire que, même si j'ai dévoré ce bouquin, apprécié l'idée et le contexte, il n'a pas réussi à m'enchanter pleinement. 

Actes Sud, Août 2013 ♦ Babel, Octobre 2014 ♦ éditions Thélème, Janvier 2014

Une Part de Ciel Theleme

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19/11/15

Amours, de Léonor de Récondo

Amours

Nous sommes en 1908 dans la campagne française. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant et se désespère du jour où elle lui donnera un enfant. Elle ne soupçonne pas les infidélités de celui-ci avec la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, qui tombe dans l'embarras et reçoit les foudres de la colère de sa maîtresse lorsqu'elle s'en aperçoit. Pourtant, Victoire change d'attitude et accepte cette grossesse comme sa propre libération. Cet enfant sera celui-ci du couple, Céleste s'incline devant leur décision. Mais la maternité ne sera pas non plus la promesse du bonheur tant attendu et Victoire continue de s'enfoncer dans la torpeur, mettant la santé du bébé en danger. Céleste reprend donc ses prérogatives en se faufilant en douce dans la chambre pour nourrir son fils... jusqu'au jour où Victoire découvre le subterfuge.

La suite de l'histoire, qui implique l'éclosion des sentiments entre Victoire et Céleste, m'a laissée assez insensible. J'ai aussi trouvé le roman assez froid et taciturne, même si je lui accorde des qualités d'écriture indéniables, une ambiance raffinée et guindée, l'admirable transcription de la découverte exaltée de la sensualité et la tentative de briser les tabous. C'est un livre qui aborde sans équivoque le corps de la femme, ses désirs et ses instincts, dans un contexte bourgeois engoncé, bientôt bouleversé par les premières manifestations de l'émancipation féminine, à commencer par la mode et le retrait du corset. C'est joliment raconté, par l'auteur elle-même, c'est court aussi, seulement 4 heures d'écoute pour le livre audio, et ça brasse les barrières sociales et les convenances dans un joyeux fracas, mais ça n'a toutefois pas suffi à me toucher. J'ai fini par m'ennuyer au cœur de cette ambiance austère et déprimante qui imprègne le récit sans jamais parvenir à lui donner meilleure mine. J'en sors désappointée...

Sixtrid / août 2015 ♦ Texte lu par l'auteur (durée : 4h 15) ♦ Sabine Wespieser éditeur, janvier 2015 ♦ Prix RTL-Lire 2015 - Prix des Libraires 2015

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Les Rois Maudits Tome 1 : le Roi de Fer, par Maurice Druon

Les Rois Maudits - 1 - Le roi de fer

Mea culpa, j'avais catalogué cette série parmi les vieilleries négligeables et c'est seulement parce que toutes les critiques sur Game of Thrones de GRR Martin y faisaient référence, la considérant comme étant LA série originale, que j'ai concédé une timide tentative en livre audio. Bien m'en a pris, car j'ai été captivée par cette fresque historique ! Et ce n'est qu'un début puisqu'il s'agit du premier des sept volumes de la série.

L'histoire ne s'embarrasse pas d'introduction et commence, sans attendre, avec le procès que fit le roi Philippe le Bel aux Templiers et la célèbre malédiction lancée par François de Molay avant de mourir, puis enchaîne avec la découverte de la tromperie des belles-filles royales et leur condamnation exemplaire. On ne badine pas avec les détails inutiles et les présentations sont vite expédiées, donc quand on se sent aussi quiche que moi en littérature médiévale, on se sent pris de court mais on s'accroche, sans se plaindre.

Car Maurice Druon a tout bien étudié, pour qu'on se laisse totalement happer par le récit, fluide et romanesque, où se télescopent des histoires de complots, coucheries, trahisons et autres fatalités, l'essence même des intrigues royales. Ce sont ainsi 7 h 30 d'une lecture passionnante, magistralement interprétée par François Berland (Sixtrid), qui ont su me séduire et me convaincre de découvrir la suite sans tarder !

Sixtrid / Janvier 2015 ♦ Interprété par François Berland (Durée : 7h 37) 

 

 Disponible en Livre de Poche (Date de parution :  mai 1973)

Rois maudits Le Roi de fer T1

 

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12/11/15

Le liseur du 6 h 27, de Jean-Paul Didierlaurent

Le liseur du 6 h 27 CD

Ce petit roman a su tracer sa route l'an dernier et a connu un joli succès, en se révélant attachant, simple, mais pas insignifiant, riche d'une histoire qui possède les mêmes accents poétiques et farfelus qu'un film comme Amélie Poulain ou Les émotifs anonymes.

On  y  découvre le portrait d'un homme qui déteste son patronyme, Guylain Vignolles, et qui n'aime pas non plus la vie qu'il mène. Célibataire, il partage son appartement avec un poisson rouge, Rouget de l'Isle, cinquième du nom. Il travaille pour une société de recyclage qui broie les livres invendus par tonnes de camion déversées dans la gorge de la monstrueuse machine, une Zestor 500, rebaptisée la Chose ou la Bête. Tous les matins, sur le chemin qui le mène à son boulot, Guylain a un rituel : il s'installe sur le même strapontin orange du RER de 6 h 27 et fait la lecture à voix haute. Sa routine bascule le jour où il trouve une clé USB sur son trajet, contenant une flopée de textes rédigés par la mystérieuse Julie, qui raconte sa pittoresque vie de dame pipi dans un centre commercial. Notre Guylain tombe sous le charme de l'inconnue et se laisse convaincre par son vieux pote Giuseppe de la retrouver. 

On goûte avec bonheur toute la tendresse et la cocasserie de cette histoire plaisante et pleine de sensibilité, à laquelle Dominique Pinon apporte sa gouaille légendaire. Il nous plonge en toute bonhomie dans une ambiance décalée et chaleureuse (les étonnantes séances de lecture à voix haute à la maison de retraite, par exemple), d'où l'on ressort avec un sentiment bienheureux. Une chouette lecture, qui a réussi à me charmer sans crier gare. Belle surprise.

Gallimard ♦ Coll. Écoutez lire / Août 2015 ♦ Lu par Dominique Pinon (Durée d'écoute : environ 3 h 50)


Disponible en poche chez Folio, août 2015

Le liseur du 6 h 27

« Pour tous les voyageurs présents dans la rame, il était le liseur, ce type étrange qui, tous les jours de la semaine, parcourait à haute et intelligible voix les quelques pages tirées de sa serviette. Il s'agissait de fragments de livres sans aucun rapport les uns avec les autres. Un extrait de recette de cuisine pouvait côtoyer la page 48 du dernier Goncourt, un paragraphe de roman policier succéder à une page de livre d'histoire. Peu importait le fond pour Guylain. Seul l'acte de lire revêtait de l'importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écœurement qui l'étouffait à l'approche de l'usine. »

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06/11/15

La Bicyclette bleue, tome 3 : Le Diable en rit encore, de Régine Deforges

Après, La Bicyclette Bleue #1 & La Bicyclette Bleue #2 : 101, avenue Henri Martin ...

Le Diable en rit encore

Ce tome 3 s'ouvre à peine qu'il ne cesse d'enchaîner les drames, les trahisons et les coups durs. Quelle hécatombe ! On ne quitte plus Léa, en pleine campagne bordelaise, luttant avec l'énergie du désespoir pour sauver sa peau et celle de ses proches. Mais les représailles sont de plus en plus dures, la guerre est en train de prendre un nouveau tournant, en défaveur des allemands et des miliciens, leur hargne ne cesse de se décupler. Forcée de fuir le carnage, Léa court se réfugier à Paris, auprès de ses tantes, rue de l'Université. François aussi a disparu de la circulation, laissant la jeune femme plus désemparée que jamais. Ses repères ne cessent de s'effondrer les uns après les autres. Même à l'heure de la libération, la quiétude ne la gagne pas. Léa se sent lessivée. Éteinte. Comme morte. Elle comprend qu'il lui faut partir. Échapper à cette liesse populaire, dans laquelle elle ne se reconnaît pas. Tourner le dos aux scènes d'épuration, qui singent une justice dépassée par la situation. Fuir, toujours plus loin.

Ce 3ème tome sacre définitivement Léa Delmas en lui octroyant ses derniers galons d'Héroïne. Combative dans l'adversité, sensuelle dans l'amour, elle a su mener de front tous les combats, au risque de s'être perdue elle-même. Mais les épreuves lui ont apporté aussi un soupçon de douceur et de maturité. Ses sentiments pour Camille, pour Laurent, pour François, pour Mathias aussi (le bougre se rachète enfin) vont donc lui apparaître sous un jour nouveau. Et alors qu'on ne cesse d'essuyer nos larmes, on tombe sur la dernière phrase du roman, et là, tout vous paraît plus beau. Cette dernière note est radieuse. Magique. Éblouissante. Et boucle le cycle 1 avec maestria.

Fayard, 1985 ♦ Couverture de Jérôme Lo Monaco

 

# été 2015 : Je relis la saga #

La Bicyclette Bleue SAGA

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26/09/15

Les Gens heureux lisent et boivent du café, d'Agnès Martin-Lugand

Les Gens heureux

Je me méfiais de ce roman à succès, m'attendant à une histoire sirupeuse et larmoyante - les prémices réservant déjà de bonnes scènes mélodramatiques (Diane perd son mari et sa fille dans un accident de voiture). Après quoi, on voit la jeune femme s'effondrer et refuser de vivre sans eux. Elle s'enferme un an chez elle, ne va plus bosser et accepte la seule présence de son meilleur ami Félix. Puis, sur un coup de tête, elle court se réfugier dans un coin paumé en Irlande. À Mulranny. Diane passe de longues heures à errer sur la lande sauvage ou sur la plage, noyant son chagrin sous les embruns et le vent frigorifiant. Elle y fait aussi la rencontre de gens charmants et conviviaux, mis à part son voisin - Edward - qui, par son attitude rustre et malpolie, va la tirer de sa léthargie.

Je ne m'attendais pas à un roman époustouflant, donc j'estime ne pas avoir été trompée sur la marchandise : la lecture a été agréable et purement distrayante, même si j'ai quelques réserves... Là où d'autres s'émoustillent sur les interactions volcaniques entre Diane et son partenaire, j'avoue une certaine lassitude et la sensation d'un scénario prémâché. Leurs chamailleries incessantes m'ont paru forcées et pas très crédibles. 
J'avais donc matière à pester contre cette histoire banale et stéréotypée mais j'ai tellement apprécié être transportée sur cette magnifique terre irlandaise que j'ai tout gobé, tout absorbé, en pinçant le nez aussi (dingue comme la consommation abusive de tabac est banalisée dans le roman) et ne regrette absolument pas d'avoir cédé à la curiosité. 

Pocket / Juin 2014 ♦ Michel Lafon / Juin 2013

 

Et donc j'ai lu la suite ...

LA VIE EST FACILE

Sans doute l'auteur a-t-elle voulu se réconcilier avec son public en leur concoctant cette suite des Gens heureux lisent et boivent du café pour leur donner des nouvelles de Diane. Trois ans ont passé, notre parisienne a fait du chemin. Elle va bien, merci. Son travail au café littéraire occupe l'essentiel de son temps, jusqu'à ce qu'elle cède aux insistances de Félix - rencontrer des hommes, à nouveau. Et bim, elle tombe sous le charme d'Olivier. Calme, rassurant, patient. Par contre, Diane a développé une phobie des enfants, ne peut plus les voir en pâture et panique dès qu'elle se trouve en leur présence. Le souvenir de sa fille est trop fort, limite étouffant. Et puis bam, l'Irlande s'invite de nouveau à sa porte. Il est temps pour Diane de retrouver ses amis et de solder définitivement ses comptes (*Edward*). Boum ! Ce livre ne déroge pas au plaisir d'une lecture simple, agréable et distrayante. Par contre, qu'est-ce que ça verse dans le mélo ! Pfiou, ça colle aux doigts et ça titille exprès la glande lacrymale... C'était trop. Je ne me sentais plus en empathie. Pour moi, cette suite n'avait pas lieu d'être, elle existe « pour la forme » mais est parfaitement dispensable.

Michel  Lafon / Avril 2015

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12/09/15

Pas pleurer, de Lydie Salvayre

Pas pleurer CD

Dans une Espagne agitée par les idées libertaires autour desquelles s'opposent nationalistes contre républicains, l'été 1936 est aussi celui des grands bouleversements pour Montse, sa famille et leurs proches amis. Montse est jeune, belle, rêveuse et innocente. Elle suit de loin les conflits et les déchirements. C'est une vie autrement plus excitante qu'elle découvre, loin de sa campagne et de ses parents. Elle est animée d'une soif d'absolutisme et c'est tout naturellement qu'elle tombe sous le charme d'un poète français croisé sur son chemin.

La suite de l'histoire est racontée par le truchement de deux voix entrelacées. Celle de Georges Bernanos, à Palma de Majorque, devenu malgré lui le témoin impuissant des exactions commises par les troupes nationalistes, avec la complicité de l'église catholique. Et celle de Montse, désormais malade et sénile, qui s'exprime dans « un français bancal qu'elle estropie » en multipliant les grossièretés. C'est donc avec patience, en prenant un soin jaloux des confidences de sa mère, que Lydie Salvayre dépoussière l'histoire de sa famille, pour un hommage sensible, délicat et touchant.

Or, je n'ai pas vraiment trouvé le souffle espéré, alors qu'il ne manque pas grand-chose pour le rendre captivant et malgré une écoute audio bénéfique. Marie-Christine Letort y livre une force et une vitalité galvanisantes et rend la lecture solaire, sauvage, passionnée. Notamment les passages avec Montse, qui transcendent le récit selon moi. L'évocation des souvenirs se fait dans la douleur (perte de mémoire ou détails approximatifs). La mère se mélange les pinceaux et confond le français et l'espagnol pour un style direct, déconcertant mais amusant.

Une belle expérience littéraire, qu'il faut cependant débroussailler pour y apprécier l'essentiel (Montse!).

Sixtrid / Février 2015 ♦ Texte lu par Marie-Christine Letort (durée : 6h 23) ♦ éditions du Seuil, août 2014

 

Pas pleurer de Lydie Salvayre

Disponible en format poche chez Points, août 2015

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01/09/15

La Bicyclette bleue, tome 2 : 101, avenue Henri-Martin, de Régine Deforges

101, avenue Henri-Martin

La campagne bordelaise étant devenue incertaine et menaçante, Léa a rejoint Paris pour soutenir sa sœur Françoise et retrouve sa brochette de connaissances - Raphaël Mahl, Sarah Mulstein, François Tavernier... Ce dernier ne cesse de charmer notre délicieuse héroïne, intrépide et frondeuse, qui a besoin de distraction pour oublier les soucis de Montillac. L'argent manque et l'intendant de la propriété convoite les biens de la famille Delmas. Même le retour de son ami Mathias n'en finit pas de la ronger, à tel point que l'absence de Laurent n'est qu'un détail sur l'échiquier.

La résistance aussi s'organise en masse, à laquelle Camille et Léa joignent leurs efforts. Mais les allemands serrent la vis et bénéficient du zèle appuyé de la milice française. Et déjà les premiers ravages s'abattent dans l'entourage des jeunes femmes. Le ton se durcit, l'action s'intensifie et les larmes coulent sur les joues. Dans ce vaste chaos, la relation entre Léa et François s'épanouit et gagne en émotion. Toutefois ce deuxième volume, toujours aussi voluptueux, ne perd nullement de vue le contexte politique dévastateur.

Entre les collaborationnistes et les activistes opposants, Léa est de tous les milieux, mais rêve de lendemains meilleurs. Nous aussi. Et pourtant, la suite pressent des heures bien sombres... En attendant, la lecture a, une fois de plus, su me transporter au-delà de mon petit confort. L'intrigue y est bouleversante, romanesque, palpitante et fabuleusement excitante. Foin de la polémique, R. Deforges est enfin en roue libre et installe sa série avec une remarquable efficacité !

éditions Ramsay, 1983 / Fayard, 1993 ♦ Couverture de Jerome Lo Monaco

 

# été 2015 : Je relis la saga #

La Bicyclette Bleue SAGA

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