Chez Clarabel (2)

Des livres, de la passion de lire et des dessous chics

11 décembre 2007

La Perte en héritage - Kiran Desai

la_perte_en_heritage_2C'est une fin de journée paisible à Cho Oyu, la demeure du juge à la retraite, une journée qui s'écoule mollement, dans cette région de Kalimpong envahie par les brouillards et le début d'insurrection des népalais contre les indiens. Sai a 17 ans, elle attend la venue de son précepteur de mathématiques, Gyan. Mais à la place, ce sont des garçons en blouson noir qui arrivent à l'improviste pour voler les fusils de chasse du juge.
L'homme qui s'était bâti une solide réputation d'inflexible, après ses études en Angleterre, se voit profondément humilié et bafoué dans son honneur. La police, incapable, lui rit au nez et profite de la situation.

De son côté, Sai, qui n'a plus que son grand-père Jemubhai pour unique parent, se soucie davantage de l'absence prolongée de Gyan, qu'elle aime passionnément. Son silence la mine, et quand enfin elle parvient à le revoir, le jeune homme est glaçant et lui reproche son éducation typiquement non-indienne !
Pendant ce temps, Biju, exilé en Amérique, rame de petits boulots en situations minables. Il brûle de recevoir la carte verte pour enfin rentrer au pays, et ne pas subir la honte des siens. Son père, cuisinier à Cho Oyu, l'abreuve de lettres de sollicitation pour venir en aide à chaque nouvel émigré indien, ami d'untel ou de tel autre, sans se douter un instant de la précarité du jeune homme à New York ...

C'est un roman tout en paradoxes, raconté par la fille d'Anita Desai (auteur indien que j'apprécie beaucoup) - Kiran - et qui a reçu le prestigieux Booker prize en 2006. Cette opulente histoire de 600 pages propose un monde à l'envers, où l'on rêve d'un ailleurs qui déçoit fatalement, mais pour mieux masquer les loupés on opte pour la rage et le défoulement d'avoir été rejeté par une société occidentale, forte de ses acquis.
« La Perte en Héritage » se manifeste dans les conflits, ceux d'une minorité (les Népalais) qui se rebiffe contre le traité de paix de 1950, et ceux des personnages principaux, déçus et désoeuvrés, en amour ou en reconnaissance. La souffrance est partout, elle remonte de longues années auparavant pour le juge Jemu ou elle est la cristallisation d'un amour brisé pour Sai. Dans son Amérique, Biju montre la difficulté de s'adapter, la réalité de sa clandestinité et l'arrogance perdue devant l'échec constaté.

Tout en cercle vicieux, le roman de Kiran Desai provoque rires et crises de colère, bouffées d'incompréhension et instants de doute. Les 600 pages sont un peu audacieuses, mais elles attachent le lecteur, bon gré, mal gré. Pour ma part, j'ai particulièrement été séduite par l'exotisme de Darjeeling (où se passe l'essentiel de l'histoire) et par ce cynisme affiché, qui mélange l'humour à la sinistre réalité de cette comédie où il ne fait pas toujours bon rire (ni vivre).

Editions des Deux Terres - 615 pages - Traduit de l'anglais (Inde) par Claude et Jean Demanuelli - 22 €

Posté par clarabel76 à 08:00 - Roman indien - Commentaires [18] - Permalien [#]

29 novembre 2006

La reine des rêves - Chitra B. Divakaruni

reine_des_revesLa mère de Rakhi interprète l'avenir à travers les rêves, c'est en quelque sorte son métier. Mais cette activité a rendu celle-ci inaccessible et mystérieuse, surtout vis-à-vis de sa famille. Aujourd'hui installée en Californie, la famille de Rakhi a réussi son intégration mais a loupé l'harmonie entre ses propres membres. On oublie le passé en Inde, on se tourne vers l'avenir. Désormais adulte, Rakhi est peintre, maman d'une petite Jona, divorcée du père (Sonny) et s'occupe d'un salon de thé. Son équilibre est précaire, le soutien de sa mère toujours désespéré, mais rendu encore plus fragile avec la disparition de celle-ci.

Ce joli roman de Chitra B. Divakaruni ne se passe donc pas en Inde, mais en Californie, parmi la communauté indienne où se côtoient deux générations. On y parle vaguement d'intégration, plus particulièrement vers la fin du roman avec les événements de septembre 2001 (émergence xénophobe, actes de violences racistes etc.). Mais en fait le roman en général n'est pas une leçon sur la façon de concilier ses origines avec la culture du pays d'accueil, ou la préservation de ses propres racines, etc. C'est surtout un roman sur une famille un peu fermée sur elle-même, qu'un drame va réveiller et forcer à ouvrir la boîte de Pandore. Rarement, l'histoire est sombre ou triste. C'est surtout très coloré et exotique, mêlé à des parfums indiens et des saveurs nouvelles et alléchantes ! De plus, le personnage de Rakhi est attachant. Cette jeune femme est, au début, plutôt ronchonne et capricieuse, elle a du mal à gérer sa vie, sa séparation avec Sonny, l'éducation de sa fille, sa passion pour la peinture et son travail au salon de thé. Ses relations avec sa mère ont toujours été complexes. Avec son père, c'est le mutisme complet. Heureusement, Rakhi va s'épanouir et grandir en "sagesse", à se rendre compte "qu'on ne peut pas tout savoir" (et aussi qu'on ne gagne pas à en savoir trop).

Bref, "La reine des rêves" est un très beau roman, très divertissant, sur la façon de vivre sa vie, avec ou sans racines, qu'on soit ici ou d'ailleurs, éternels déracinés... La note finale apporte, très honnêtement, du baume au coeur. J'ai beaucoup aimé !

Editions Philippe Picquier

Posté par clarabel76 à 14:30 - Roman indien - Commentaires [5] - Permalien [#]

17 novembre 2006

Mariage à l'indienne - Kavita Daswani

mariage___l_indienneAnju, 34 ans, n'est toujours pas mariée, au grand désespoir des ses parents. Car en Inde, le destin d'une fille est de prendre époux, dès l'âge de dix-sept ans. Anju a bien tenté de s'appliquer aux rites et bonnes leçons qui feront d'elle l'épouse délicieuse, modèle et recherchée de tout Bombay. Or, le temps passe, les copines se marient, les cousines plus jeunes aussi, et Anju demeure célibataire ! Elle nous livre donc son parcours, ou plutôt sa quête au mari, avec tout le côté grotesque, folklorique et "sacré" qu'une telle entreprise implique. Le choc des cultures, c'est clair !

Lecture définitivement plaisante, cocasse et pleine d'allégresse, mais aussi poignante, pitoyable et invraisemblable. Anju est le portrait d'une jeune femme finalement moderne, ancrée dans son éducation traditionnelle, mais tournée vers le modernisme. C'est en "Umrique" qu'elle décide de partir poursuivre des études et devenir indépendante. Un choix délicat à assumer. Car malgré tout, malgré les déboires, les désillusions, Anju veut toujours trouver un mari (pour plaire à ses parents et pour le respect de la tradition). Choix cornélien, être soi-même, se conformer aux désirs d'une société décalée, bref... Anju ne sera pas avare en confidences sur son parcours au "Mariage à l'indienne". Bémol pour la fin, complètement superficielle.

Livre de poche

Posté par clarabel76 à 09:00 - Roman indien - Commentaires [7] - Permalien [#]
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