29/11/17

Celle qui fuit et celle qui reste (L'amie prodigieuse 3) de Elena Ferrante

Celle qui fuit et celle qui resteJ'ai accueilli avec joie la parution du troisième tome, après L'amie prodigieuse & Le nouveau nom, en format audio, puisque je n'envisage plus de connaître la suite de l'histoire autrement qu'en écoutant Marina Moncade. C'est un plaisir que je n'explique plus, mais j'aime cette plongée directe dans les chroniques napolitaines racontées avec tendresse et authenticité.
Nous retrouvons ainsi les deux amies dont les choix de vie ont pris des directions opposées - Lena se glorifie du succès inattendu de son premier roman, elle part s'installer à Florence avec son fiancé et s'enorgueillit du milieu intellectuel dans lequel elle gravite. De son côté, Lila trime dans une usine de salaisons et bousille sa santé, elle se sensibilise à la cause syndicale et se lance dans des revendications pour défendre les droits de la femme. Comme toujours, les deux amies vont reprendre contact et se tirer la bourre, par jalousie ou simple incompréhension. Leur relation n'en finit plus d'être “le reflet de leurs insuffisances” et se couvre d'amertume. Lila est devenue une personne sèche et aigrie, tandis que Lena demeure obstinément obsédée par son béguin de toujours, Nino Sarratore, avec lequel son amie a eu une brève liaison. À jamais insatisfaite, Lena ne parvient plus à se contenter de son bonheur conjugal et part en vrille. 
Certes, ce troisième tome évoque les engagements politiques soulevés après Mai 68, les ouvriers revendiquent de meilleures conditions de travail, les femmes dénoncent les abus de pouvoir et le harcèlement... Mais il est aussi question de sexualité, de maternité, d'épanouissement personnel, d'équilibre et d'accomplissement. Lena et Lila ne sont pas des mères exemplaires, elles recherchent un autre sens à leur vie mais sont enfermées dans des rôles et des carcans établis de longue date dans leur quartier napolitain. Lila n'a pas renoncé à son désir de diriger sa propre entreprise, alors que Lena peine à écrire un autre roman et à perdurer sur la scène littéraire. Les deux jeunes femmes se perdent dans leur course à l'intelligence, à la beauté, à la richesse, l'une est lâche, l'autre méchante, les deux sont égoïstes, et la cruauté de leur relation est flagrante. 
Quelle conclusion apporter à cette histoire ? Pour le savoir, il faudra patienter jusqu'en janvier 2018 avec la parution de 
L'enfant perdue en simultané avec le format audio - chic ! 

©2013 Titre original : "Storia di chi fugge e di chi resta" ("L'amica geniale", volume terzo), Traduit par Elsa Damien

(P)2017 Éditions Gallimard - coll. Écoutez lire, texte lu par Marina Moncade (durée : 13h 45)

 

 

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22/02/17

Le nouveau nom, d'Elena Ferrante

le nouveau nom CD

J'ai donc, sans plus tarder, écouté la suite des aventures de Lena et Lila, après une première rencontre dans L'amie prodigieuse, pour les retrouver face à leur destin - un mariage, une trahison, des désillusions à la pelle.
Les napolitaines ont le réveil lourd des lendemains difficiles et l'amertume en bouche, mais elles n'ont guère le temps de s'apitoyer. La vie les entraîne dans une tourbillon de futilités, d'études, de doutes et de lassitudes. L'été venant, et sur les conseils du médecin, toutes deux partent en vacances au soleil, sur l'île d'Ischia, où Lena croise son béguin de toujours, son amoureux secret, Nino Sarratore, qui n'aura d'yeux que pour son amie Lila, laquelle s'enorgueillira d'exercer cette fascination sur un jeune homme aussi cultivé. Ah, cette éternelle soif de reconnaissance qui constitue la quête absolue des deux jeunes femmes ! Marquées par leurs origines modestes, elles veulent s'en extirper mais retombent souvent dans leurs filets par manque de chance, par fatalité ou par dépit. Cette ambition affichée a aussi un impact sur leur relation, car les deux amies sont souvent à couteaux tirés, sans s'affronter ouvertement. Ce sont surtout des coups bas ou des non-dits qu'elles appliquent sournoisement, chacune cherchant à doubler l'autre, à la dépasser, à prouver sa supériorité. C'est assez déconcertant, et cela ne nous les rend guère sympathiques, car malgré leur histoire fascinante, Lila et Lena sont toutes deux très agaçantes. 
Pourtant, la “magie” a encore opéré et j'ai parcouru cette lecture avec avidité. D'abord, pour l'ambiance du quartier populaire qui s'anime sous nos yeux, avec les camorristes, les alliances et les affaires louches, mais aussi pour les hasards de la vie, les fiançailles, les ruptures, les scandales et les ragots. C'est toujours aussi coloré et braillard, étouffant et doucereux. De l'autre côté, on goûte aussi à l'univers plus ouaté de l'université, son milieu intellectuel, les discours politiques, l'utopie d'une société en train de réviser le monde... Le décalage est énorme, le fossé lui aussi se creuse, Lila et Lena en ont conscience mais ne se donnent plus la peine d'élaborer des ponts pour maintenir un semblant de lien.  
J'ai déjà hâte de lire la suite - de préférence, en audio. L'interprétation de Marina Moncade est inaliénable à mon plaisir de lecture. Elle imprime force et justesse à une saga qui ne manque ni de souffle ni de passion et qui nous séduit par son caractère romanesque d'une fluidité remarquable.

Texte intégral lu par Marina Moncade (durée : env. 16h) pour Gallimard, coll. Ecoutez Lire / Janvier 2017

Série : L'amie prodigieuse, Livre 2 - Collection Folio (n° 6232) - Trad. de l'italien par Elsa Damien

 

le nouveau nom

L'amie prodigieuse, Le nouveau nom & Celle qui fuit et celle qui reste 
sont les trois premiers tomes de la saga d'Elena Ferrante.

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20/02/17

L'amie prodigieuse, d'Elena Ferrante

lamie prodigieuse ecoutezlireÀ force de voir cette série encensée à tout bout de champ, j'ai fini par céder aux appels des sirènes, non sans une pointe d'appréhension, car le résumé ne m'emballait pas des masses (ainsi que le bouche-à-oreille unanime, toujours effrayant). D'ailleurs, j'ai eu un peu de mal à accrocher au début du roman, deux gamines grandissent dans un quartier populaire de Naples, fin des années 50, avec en toile de fond la violence, la misère, les légendes urbaines (l'ogre des contes) et les cancans. Mon intérêt est finalement devenu grandissant au fil des chapitres, plus je découvrais l'évolution de l'amitié des deux héroïnes, Lena et Lila, plus je m'imprégnais de l'ambiance. Pauvreté, destin, famille, ambition, infortune, amour et jalousie. Les filles rêvent d'y échapper en souhaitant un avenir meilleur, décrocher des diplômes, écrire des livres, comme Louisa May Alcott, leur idole. Et pourtant, seule Lena aura la chance de poursuivre ses études, aidée par leur institutrice, qui snobera Lila, fille de cordonnier, malgré ses résultats brillants. Blessée dans son orgueil, celle-ci va s'enfermer dans l'échoppe de son père et envisager le projet fou de lancer sa propre ligne de chaussures. Pendant ce temps, Lena rejoint le collège, puis le lycée, part à la mer pendant les vacances, nourrit une passion aveugle pour le fils du poète et s'agace du silence de son amie, de ses sautes d'humeur et de son éternelle inconstance. Entre Lila et Elena, l'amitié s'est toujours nourrie de cette rivalité inavouée, chacune cherchant à surpasser l'autre, à monopoliser l'attention, à enjoliver la vérité, et ce en dépit de leur attachement profond et sincère. Adolescentes et vaniteuses, nos deux héroïnes souffrent des erreurs qui façonnent leurs parcours, lesquels les entraînent malgré elles sur des chemins parallèles.

J'avais beau lire partout que c'était une lecture envoûtante, je trouvais cet engouement exagéré. Au final j'ai eu tort. C'est un vrai bon roman, qui dégage de l'authenticité et qui nous chante les charmes d'un conte populaire, avec tout le flonflon traditionnel (les mamas qui hurlent, la racaille qui roule des mécaniques, les voitures rutilantes qui frôlent les jolies filles...). Le dépaysement est assuré, les personnages semblent plus vrais que nature, l'ambiance est colorée et bruyante, la chaleur du sud nous colle à la peau. La vie se raconte, sous nos yeux ou nos oreilles, elle roule sur un fil, sans tricher, sans sensiblerie. Et c'est ce qui plaît. J'ai absorbé tout ça, pas mécontente, en écoutant Marina Moncade qui interprète avec beaucoup de talent, de maîtrise et de pudeur ce premier chapitre d'une saga flamboyante. Une agréable surprise, à la hauteur des promesses, à écouter sans réserve ! 

Texte intégral lu par Marina Moncade (durée : 11h 24) pour Gallimard, coll. Ecoutez Lire / Janvier 2016

L'amie prodigieuse, Livre 1 - Collection Folio (n° 6052) - Trad. de l'italien par Elsa Damien

lamie prodigieuse

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10/10/16

Les Humeurs insolubles, de Paolo Giordano

Les humeurs insolubles

Cette lecture m'aura finalement apporté des sensations multiples, entre émotion, agacement et empathie. C'est l'histoire d'un couple qui embauche Madame A. pour aider au confort domestique et soutenir l'arrivée du bébé. Nora et le narrateur se soumettent à ses directives avec soulagement, le quotidien les embrouille, la maternité aussi. Ils ne savent clairement pas assumer leurs responsabilités. Madame A. est une femme autoritaire, qui prend en charge le ménage, la cuisine, l'enfant et le couple sous son aile. Sa simple présence constitue un pilier solide pour le foyer.

Et puis, Madame A. les quitte car elle est atteinte d'un cancer et veut affronter seule la maladie. Elle laisse ainsi le narrateur et son épouse dans le plus grand désarroi. Leur équilibre est rompu, faisant apparaître les failles de leur famille : une intimité qui s'étiole, un fils qui n'est pas meilleur que les autres, juste dans la moyenne, un travail prenant, une carrière qui tâtonne... Le désistement de leur “Babette” laisse insidieusement éclater une déroute à venir. Et c'est à travers ce roman de 130 pages qui ressemble à une lettre d'excuse pour cette femme échappée mais jamais oubliée que le narrateur exprime sa gratitude et ses regrets, tout en cherchant une solution pour retrouver le souffle et l'élan qui manque à leur vie.

La démarche est assez égoïste, et en même temps d'une grande sensibilité, en plus de la douleur de Madame A. confrontée à ses traitements, ses sautes d'humeur et son besoin de retrait, tout ça forcément m'interpelle et me fait mal à lire. L'histoire est poignante, lourde et désarmante. Et l'interprétation donnée par Lazare Herson-Macarel l'enferme aussi dans un immense voile de tristesse. C'est heureusement court à lire, moins de trois heures, car je pense qu'au-delà l'ennui aurait gagné du terrain. Pour évoquer le deuil et la détresse, mieux vaut l'étaler avec parcimonie. Un roman bouleversant par ses révélations et sa photographie de la famille, dont l'extrême complexité est mise à nu sans adoucisseur.

Texte lu par Lazare Herson-Macarel pour Sixtrid (durée : 2h 56) - mai 2016

Traduit par Nathalie Bauer pour les éditions du Seuil

 

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12/09/16

Dix minutes par jour, de Chiara Gamberale

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Chiara vient de se faire plaquer par téléphone, son mari parti en Irlande a fait la rencontre d'une jolie rousse pour laquelle il n'hésite pas à mettre fin à dix-huit années de bonheur conjugal. Dans la même foulée, Chiara se voit retirer sa chronique hebdomadaire pour un grand journal, qui lui préfère la dernière gagnante du jeu de téléréalité. Coincée dans une maison qu'elle a choisie par dépit, toujours pour satisfaire aux exigences de son époux, mais où elle a beaucoup de mal à se familiariser, chagrinée d'avoir tiré un trait sur son royaume de l'enfance, loin de sa famille et de ses amis, Chiara est seule chez elle, persuadée de n'être plus capable d'écrire, elle sombre alors en pleine déprime. En consultant son docteur, celui-ci lui suggère une nouvelle thérapie originale : consacrer dix minutes chaque jour à faire quelque chose qu'elle n'a encore jamais fait. Son histoire commence le 3 décembre, elle a un mois pour se sortir la tête de l'eau. J'avais naïvement imaginé une lecture proche de la comédie enlevée, rigolote et légère. Taratata. Au lieu de ça, l'histoire est beaucoup plus introspective et intellectualise le deuil amoureux, la rupture sentimentale et la vie de couple. Chiara Gamberale évoque aussi l'estime de soi et remet en question son existence et ses choix de vie après son tsunami émotionnel. Et donc, propose un petit bouquin plus proche du développement personnel avec des idées pertinentes sur l'art et la manière de se sentir mieux dans sa peau. C'est sans prise de tête, sans prétention. Un joli portrait de femme qui assume ses erreurs et qui tente de trouver un nouveau sens à sa vie, au-delà de sa relation (dysfonctionnelle) avec son compagnon qu'on rêve de tarter toutes les cinq minutes... 

Traduit de l'italien par Elise Gruau pour les éditions Michel Lafon (2015)

Repris en poche chez Pocket, avril 2016

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02/08/16

Aimer trois fois par jour, de Fausto Brizzi

AIMER TROIS FOIS PAR JOUR

Diego Anastasi est au bout du rouleau. Quadragénaire divorcé, père de deux enfants, il sent la lassitude le gagner au boulot, dans son quotidien ou pendant les fêtes de Noël, qu'il passe seul dans son coin, à regarder Mary Poppins avec son chien.
Diego tente d'alerter ses proches qu'il va mal, mais chacun est pris dans sa propre routine et traite ses complaintes à la légère. Après une tentative de suicide loupée, il se rend donc chez un thérapeute à tête de castor et déballe son sac en soutenant mordicus qu'il souffre de dépression.
Et puis, un jour, il découvre en chemin un bar créé par un policier à la retraite, qui propose aux plus désœuvrés un brin de causette autour d'une tasse de thé. Diego s'y installe et comprend que son destin est en marche !
Il goûte alors à une thérapie d'un genre nouveau, discuter, boire du thé, cuisiner, dresser des listes, prendre conscience du bonheur à apporter aux autres, se donner des objectifs, partir en mission.
Avec l'aide de ses deux nouveaux amis, Giannandrea et Massimiliano, Diego veut rendre ses proches heureux : que ses meilleurs amis se remettent en couple, que son fils sorte de sa bulle, que son ami d'enfance exploite sa fibre artistique, que son ex-femme lui pardonne, que son amie de cœur trouve enfin l'âme sœur... 
Il va ainsi se lancer dans des plans pas possibles, qui vont souvent donner lieu à des situations cocasses, farfelues et improbables, lesquelles vont naturellement apporter une couleur savoureuse à l'histoire ! 
Car il fallait oser se lancer dans un roman sur la dépression, sans craindre de sombrer dans le désespoir. Fausto Brizzi a contourné les pièges en concoctant une lecture généreuse et débordante d'espoir. Il y a du vrai à ce sujet, du touchant, du concret, de l'émotion et des questions, mais surtout il y a de l'humour, de la dérision, du revival et de la culture pop.
J'y ai trouvé ma dose homéopathique pour me sentir guillerette ! À prescrire sans retenue, à déguster sans modération. ♥

Traduit de l'italien par Jean-Luc Defromont (Se mi vuoi bene) pour Fleuve éditions, mai 2016

 

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03/05/09

Un été à la mer ~ Giuseppe Culicchia

« leisure-time ? qu'est-ce que ça veut dire ? »

unetealamer

C'est l'histoire d'un couple en voyage de noces en Sicile, à Marsala. Luca, quarante ans, y a passé toute son enfance et son adolescence, il y retourne pour la première fois, sur l'insistance de sa jeune épouse, Benedetta, trente ans. C'est l'été, au bord de la mer, il fait très chaud. Et de quoi parle notre couple ? De tout : l'amour dure-t-il toujours, la canicule jamais vue depuis cent cinquante ans, la coupe du monde de foot en Allemagne, l'envie d'avoir un bébé à tout prix, les cheveux qui tombent sur la nuque, les pâtes aux oursins, la lumière verte et la lumière rouge du test tous les matins.

C'est loin d'être un roman de plage, où l'on papote bouche en coeur de l'avenir du couple et de l'amour qu'on rêve éternel. Promis, juré, ce n'est pas ça du tout ! C'est cynique, absurde, amer et nostalgique. Luca retrouve son premier amour, Katja. Elle a une fille de dix-sept ans, qui se promène les seins nus sur la plage. Benedetta pique sa petite crise de jalousie, Luca préfère se cacher derrière son journal ou sa paire de lunettes noires, il se plonge dans sa revue de presse quotidienne, il répond aux coups de fil de sa mère, il refuse de parler du passé. C'est beaucoup pour un seul homme !

Benedetta, de son côté, est obsédée par son envie de tomber enceinte, elle est superficielle, immature et matérialiste. Son bébé, elle le fait presque pour copier sa copine Tarita, qu'elle déteste ! Luca est un paranoïco-hypocondriaque (un mal de tête se transforme en tumeur au cerveau !), il n'a pas l'air dans son assiette, ce retour aux sources lui plombe le moral, et il croise les doigts pour que l'Italie ne gagne pas la Coupe ! Voilà le tableau.

Ce roman, je voulais l'aimer, je voulais même l'aimer très fort, et finalement j'ai d'abord été déçue. Au lieu d'abandonner trop vite, j'ai attendu une semaine avant de m'y replonger. Bien m'en a pris car la deuxième tentative fut la bonne. J'ai réappris à l'apprécier et à sourire aux propos absurdes que s'échange le couple, au bord de la névrose, reconnaissons-le. Car sous la douceur de vivre italienne, le soleil et la mer en décor, il y a un volcan qui s'éveille, des crispations en gestation, des silences, des rancoeurs, des actes manqués, des obsessions, et de la bêtise (beaucoup de bêtise). Ce troisième roman de Giuseppe Culicchia est l'anti-roman de plage par excellence !
A découvrir avec des yeux hallucinés.

Albin Michel, 2009 - 222 pages - 15€
traduit de l'italien par Françoise Brun

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19/01/09

Pendant le reste du voyage, j'ai tiré sur les Indiens - Fabio Geda

Emil Constantin Sabau, treize ans, 1 mètre 58, réfugié roumain installé à Turin chez la nouvelle petite copine de son père, doit retrouver son fantasque grand-père, artiste de rue, qui sillonne l'Europe avec sa troupe. Sa situation est critique, il vient de mettre ko son bon samaritain (l'Architecte), son père a été rapatrié en Roumanie, mais s'est fait jeter en prison à cause d'un faux passeport. Sa mère est morte quand il avait onze ans. Emil est donc seul.
On se croirait bientôt dans Rémi Sans Famille, mais heureusement c'est beaucoup plus gai !

Emil va croiser en chemin Asia et quelques amis qui roulent à bord d'un volkswagen caravelle bleu marine pour Berlin. Une aubaine. Il va les suivre dans un squat, chercher son grand-père d'après les indices assez vagues qu'il peut trouver dans ses lettres, et connaître encore d'incroyables aventures. Mais toujours Emil nous raconte son périple sans atermoiement, sans complaisance. Il en est loin. Lui se sent dans la peau de son héros de bande dessinée (Tex), il pense winchester et cavalcade dans le désert aride. Il ne se voile pas la face, mais il préfère se donner du courage comme il peut.
Et on le comprend. Son périple est étonnant, on le vit à ses côtés en partageant ses émotions. C'est le couplet du stress, de l'impatience, de la curiosité, de l'angoisse etc. Toutefois c'est aussi d'un optimisme infaillible. Le jeune garçon a une bonne étoile au-dessus de la tête, il n'est pas avare de belles rencontres époustouflantes. Sans cesse opportunes.

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J'ai trouvé ce roman formidable ! Il est frais, tonique, bourré d'une imagination débordante. Ce n'est jamais tristounet, jamais sinistre ou déprimant. Et pourtant c'était facile de tomber dans la morosité, un adolescent tout seul sur les routes d'Europe, à chercher une aiguille dans une meule de foin. Mazette ! Cela tient du prodige de nous tirer d'aussi beaux sourires plutôt que les larmes. Rien que pour ça, je tire mon chapeau.
Et puis quelle tendresse aussi. Emil est un gamin attachant, on le sait, d'autres aussi le sentent car il attire bien souvent que du bon autour de lui. Cela se résume dans ce passage :
« - C'est toujours bien de trouver quelqu'un.
- C'est vrai.
- Parce que si on est tout seul, on n'a personne pour nous donner la becquée.
»

Ce livre me fait penser, encore et toujours, qu'ensemble c'est tout. Oui, vraiment. J'ai découvert ce roman par un pur hasard, j'en suis tombée amoureuse, oui !!! Et pas seulement du titre. Que j'aime beaucoup. C'est normal, c'est un tout !

Gaïa, 2009 - 272 pages - 21€
traduit de l'italien par Augusta Nechtschein
 

« Grand-père Viorel dit que parfois, il est possible de tomber amoureux d'un mot qu'on a jamais entendu auparavant, un mot nouveau, et que d'un seul coup on commence à l'entendre partout et à s'en servir en permanence. A tel point qu'on peut se demander comment on avait fait pour vivre jusque-là sans le connaître. »

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14/01/07

Mal de pierres - Milena Agus

mal_de_pierresLa narratrice nous raconte une histoire passionnante de sa saga familiale, à petite échelle, dans l'île de la Sardaigne où tout commence avec le mariage de sa grand-mère, bien malheureuse d'être à 30 ans toujours célibataire et repoussée par ses soupirants, qui conclue donc par dépit son alliance avec un type arrivé chez ses parents (trop heureux de marier cette fille impossible). Pourquoi, impossible ? Car la grand-mère est une femme très belle, mais elle traîne une réputation d'allumée qui écrit des poèmes olé-olé à ses amoureux. Pour fuir la honte sur la famille, la grand-mère est donc mariée à ce veuf qu'elle n'aime pas, mais lui non plus ne l'aime pas, il accepte d'ailleurs la chasteté et court se soulager dans les maisons closes. Jusqu'à ce que la grand-mère réagisse, à le voir fumer sa pipe tranquillement, un soir, dans la cuisine ...

Il y a aussi ce voyage en cure thermale à l'automne 1950 sur le continent où la grand-mère, âgée de 40 ans, rencontre le Rescapé, un individu marqué aussi par les coups du destin, et entre eux va naître une belle histoire d'amour qui marquera à jamais la grand-mère. La vie de cette grand-mère est ainsi racontée en pointillés par la petite-fille, qui rapporte le témoignage des uns et des autres, puisant sur son instinct et l'amour qu'elle nourrissait pour cette femme mystérieuse, qu'on croyait un peu folle. Jusqu'à la dernière page, le lecteur n'aura de cesse d'attendre le gong de la sentence finale, "sait-on jamais tout de quelqu'un, aussi proche soit-il". L'amour devient une entité presque maladive, une folie héréditaire et une résolution qui s'approche parfois de la malédiction. Ce roman de l'italienne Milena Agus est étourdissant, il raconte une histoire fascinante, avec des personnages extraordinaires, qu'on quitte à regret. C'est une lecture sensible, à l'aura troublant, qu'on lit avec émerveillement sur quelques 120 pages.

Liana Levi

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