09/05/17

Vieux, râleur et suicidaire - La vie selon Ove, de Fredrik Backman

Vieux, râleur et suicidaire La vie selon OveOve veut en finir avec la vie car il ne se remet pas de la mort de sa femme et ressasse avec amertume la perte de son boulot. Toute une carrière exemplaire balayée dans les orties... C'est inadmissible pour notre vieux monsieur, qui passe désormais son temps à faire le gendarme dans son lotissement, pour mieux cultiver sa réputation de grincheux, tout en préparant minutieusement son prochain suicide. Sa tyrannie va pourtant être mise à mal par l'arrivée de nouveaux voisins, lesquels contreviennent à toutes les règles dès leur installation. Ove voit rouge et rouspète, mais se laisse envahir par cette famille décomplexée en embarquant, bon gré mal gré, dans leurs aventures rocambolesques. J'ai immédiatement ressenti un élan d'amour pour le personnage d'Ove, en apparence bourru et maniaque, alors qu'on se doute que c'est un monsieur fondamentalement bon, généreux, attentif aux autres, dévoué et compatissant. Or, notre homme s'en défend car il a longtemps connu un parcours fait d'injustices, de bêtises et de malhonnêtetés. De quoi le rendre bien méfiant et aigri au fil du temps. Sa rencontre avec la lumineuse Sonja aura suffi à lui mettre du baume au cœur... jusqu'à ce que le destin en décide autrement. Encore et toujours. Certes, on soupire, on sourit, on essuie aussi une petite larme au coin de l'œil mais on plonge dans une histoire bougrement passionnante. J'ai adoré partager un bout de chemin avec Ove, à écouter son histoire, à comprendre ses motivations, à cerner ses zones d'ombre. Car Ove est un être entier, qu'on apprend à découvrir chapitre après chapitre, et qui dépasse de loin la caricature. J'ai également été émue, sincèrement touchée par des passages, où je retenais mon souffle, j'avais la gorge nouée, je refusais toute éventualité d'une fin prématurée. Pour plusieurs raisons, la lecture est remarquable, notamment pour sa grande intensité émotionnelle, et parce qu'elle fait énormément sourire en même temps. L'histoire donne en plus l'aperçu d'une vie autrement plus forte, plus authentique et plus poignante, rien qu'en s'ouvrant aux autres et en lâchant prise. De bonnes ondes positives qui font un bien fou ! L'interprétation de Bernard Gabay pour Audible Studios fait humblement preuve d'une grande justesse et d'une grande sensibilité, comme c'est souvent le cas avec ce lecteur, cf. Ma grand-mère vous passe le bonjour qui avait déjà su me séduire, me parler, me toucher. Une formidable prouesse, une très belle réussite & une lecture aux mille couleurs. ♥

>> Une exclusivité Audible Studios (durée : 10h 12) uniquement disponible en téléchargement sur le site.

©2014 Presses de la Cité. Traduit du suédois par Laurence Mennerich (P)2015 Audible FR

Vieux, râleur et suicidaire | Livre audio

 

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11/10/16

Octosong, de Levi Henriksen

Octosong

C'est d'abord l'histoire d'une couverture, affolante de psychédélisme et aux couleurs pop acidulées des 70s. Et plus on y regarde de près, plus on découvre une folle épopée musicale avec des personnages fabuleux et attachants. 
Jim Gystard est réalisateur artistique dans une maison de disques, producteur usé et désabusé par son métier, par le manque de création, l'absence de renouvellement, la daube formatée et sirupeuse du milieu. Notre homme n'en peut plus et ne souhaite plus contribuer au délabrement du paysage musical. Un lendemain de gueule de bois, lors du baptême de son neveu, notre brave ami a le choc de sa vie en entendant les voix divines du trio Thorsen, un frère et deux sœurs accusant les quatre-vingt ans, qui ont aussi à leur actif une carrière inimaginable, avec des disques et une tournée en Amérique, et qui vivent désormais reclus dans leur maison d'enfance en bordure d'une gravière. 
En entendant Maria, Tamar et Timoteus élever leurs voix avec cette pureté jamais égalée, Jim reçoit un coup au cœur et vient de trouver sa nouvelle raison de vivre. Convaincre la fratrie Thorsen d'enregistrer le disque ultime. Mais en abordant les artistes, Jim découvre aussi trois excentriques déterminés à ne pas reprendre le collier. Lui : « Je crois que je n'avais encore jamais eu une telle chair de poule en entendant quelqu'un chanter. » Timoteus : « Espérons que vous n'êtes pas une poule mouillée. » Et de regagner la Old Kapitän de 1956 de sa frangine Maria en se traînant sur son déambulateur.
Cette lecture est ainsi touchante de fraîcheur et réserve un étonnement perpétuel à découvrir le parcours de chanteurs bohèmes, portés par leur foi et leur candeur, sur des chemins improbables du blues et du rock-n-roll. C'est follement grisant. Et drôle aussi. Car cette aventure insolite est aussi celle d'un affamé, qui n'imaginait plus ressentir une telle fringale et qui se lance dans une quête obsessionnelle pour décrocher son enregistrement. Jim plaque tout pour s'installer à la campagne et s'inscruster dans la routine des Thorsen. Commence un apprivoisement long, lent, difficile et en douceur. Les sœurs, en premier, sont moins farouches et livrent avec naturel une partie de leur incroyable trajectoire. Reste ensuite à amadouer Timoteus... coriace et caustique, hermétique aux appels des sirènes, sourd aux supplications et insensible aux louanges prodigués avec ferveur. Il va falloir louvoyer pour percer la carapace du joueur de mandoline ! 
Rien que pour le plaisir de lire une histoire qui s'écoule sur un rythme limpide, pimpant et joyeux, cette lecture est une invitation à ne pas refuser. On a aussi droit à un bon cadrage sur la musique, une promenade bucolique et une réflexion sur les choix de vie et la destinée à saisir. Car c'est aussi un roman extrêmement émouvant, simple, poétique et attachant. Un vrai chant d'amour, beau et attendrissant.

Traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon, pour les éditions Presses de la Cité - Octobre 2016

Titre Original : Harpesang

20/09/16

Le jour où Anita envoya tout balader, de Katarina Bivald

Le jour où Anita envoya tout balader

En pleine déprime depuis le départ de sa fille pour l'université, Anita Grankvist fait le bilan de sa vie. À trente-huit ans, mère célibataire, employée au supermarché de la petite ville de Skogahammar qu'elle n'a jamais quittée, son horizon lui semble soudain brumeux et désolant. Aussi, décide-t-elle de se ressaisir en remplissant ses journées de façon pêle-mêle : elle prend des leçons de moto, rejoint le comité d'organisation de la Journée de la Ville et passe du temps avec sa mère sénile. Ses copines la poussent également à renouer avec les hommes et l'encouragent à draguer son jeune moniteur ! La vie pour Anita prend rapidement des couleurs chatoyantes, des allures cocasses, des séquences émouvantes et vraies. Bien évidemment, j'ai tout de suite accroché à ce petit bout de femme, à ses choix de vie, à son rôle de maman entière et complice, à son statut de fille sous la coupe d'une mère sévère et réservée (et qu'elle tente aujourd'hui de comprendre). Je me sentais en phase avec ses émotions, ses questions et ses doutes. C'est simple, sûr. Mais cette lecture est aussi un bon début pour mettre le pied à l’étrier et accompagner au petit trot le cheminement d'Anita dans sa reconquête d'elle-même. D'abord, dépoussièrer ses rêves d'ado, puis envisager de changer de vie. Un parcours clairvoyant et une héroïne remarquablement attachante pour une histoire pleine de sensibilité et d'humour.

Roman lu avec beaucoup de délicatesse, de tendresse et de badinerie par Marie Bouvier. Très agréable à écouter.

Texte lu par Marie Bouvier pour Audiolib (durée : 12h 56) - Juillet 2016

Traduit par Marianne Ségol-Samoy pour les éditions Denoël

 

25/07/16

Rendez-vous à Estepona, par Åke Edwardson

RENDEZ-VOUS À ESTEPONA

Peter Mattéus mène une existence rangée et heureuse : un boulot de publicitaire à succès, une vie de famille épanouie, une maison coquette à l'abri des regards indiscrets... Nul ne se doute de son passé d'activiste durant ses années en Andalousie. Il a tout plaqué pour faire peau neuve en s'exilant en Suède, mais il semblerait que ses vieux amis se rappellent à son doux souvenir.
Le couple vient en effet de recevoir par surprise deux billets d'avion pour la Costa del Sol. Sa femme se réjouit d'une escapade amoureuse, tandis que Peter comprend aussitôt la menace et se sent pieds et poings liés. Tout est programmé pour leur départ imminent. Ses enfants placés chez leur grand-mère, il débarque donc dans un pays secoué par une série d'attentats à la bombe.
Et très vite, il retrouve ses contacts d'avant qui l'obligent à payer sa dette. Accusé de trahison, Peter doit désormais éliminer leur ancien complice, Jesùs Maria Montanas, le chef de la police d'Estepona, devenu un homme politique influent. Cet homme serait également responsable de l'assassinat du jeune frère d'Aitor Usetxe, leur chef de groupe. Les dix-neuf années passées en prison ont d'ailleurs entretenu sa rancune et sa soif de vengeance.

Ce livre ne s'inscrit pas dans la série à succès de l'auteur, celle mettant en scène le commissaire Erik Winter à Göteborg. Place à une aventure à part avec un homme confronté à son passé et résolu de préserver son présent. Svange Berger, alias Peter Mattéus, l'homme aux multiples casquettes, doit donc gérer le dilemme à coup de slaloms efficaces en plongeant dans les méandres d'une intrigue crapuleuse et dépassée.
Le type va cependant s'avérer mou et passif,  même pas fichu de tenir une conversation cohérente. Il suit le mouvement sans conviction. Cherche au mieux à limiter les pots cassés et protéger sa famille. J'hésite à qualifier sa position entre  intelligence et apathie. 
Malgré une narration erratique, au style haché laborieux et lourd à digérer, l'histoire se laisse lire sans déplaisir mais se révèle finalement peu marquante. Une lecture un peu trop sommaire à mon goût. 

Traduit du suédois (Möt Mig I Estepona) par Rémi Cassaigne pour les éditions JC Lattès

Repris chez 10-18, en Sept. 2015

 

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11/01/16

Ma grand-mère vous passe le bonjour, de Fredrik Backman

« On peut être triste alors qu'on mange des pères Noël en guimauve. Mais c'est beaucoup, beaucoup, beaucoup plus difficile. »

Ma grand-mère vous passe le bonjour

Beau et troublant roman à la fois ! 

Elsa, 7 ans, et sa grand-mère, teigneuse et fière de l'être, entretiennent une relation forte et étonnante. Tout bascule lorsque la grand-mère est emportée par la maladie, confiant à sa petite-fille la délicate mission de retrouver des lettres cachées dans leur immeuble, puis de les distribuer aux personnes concernées. Pour la fillette, déjà éprouvée par cette perte subite et injuste, la tâche est d'abord vécue comme un calvaire car cela l'oblige à sortir de sa zone de confort, croiser du monde et communiquer, assumer sa singularité et celle des autres. Ce n'est pas chose facile pour cet enfant peu ordinaire, à l'intelligence précoce, qui adore Harry Potter et les histoires de super-héros, qui récite Wikipedia sur le bout des doigts, qui condamne vite et bien - comme sa grand-mère. Pourtant, Elsa est une petite fille solitaire et malheureuse, victime de brimades à l'école, se sentant souvent ballottée entre une maman qui travaille beaucoup et un papa qui a refait sa vie avec une autre femme. En plus, l'arrivée du nouveau bébé - la Moitié - chamboule notre demoiselle qui avait coutume de se réfugier dans les fables que lui racontait sa grand-mère. Maintenant, c'est fini. Et Elsa se sent abandonnée. Toutefois, elle décide de donner une chance à la dernière requête de sa grand-mère et va découvrir qu'elle est entourée par une réalité beaucoup plus mystérieuse, secrète et magique qu'elle ne le pensait. Une réalité proche des contes et légendes fantastiques que celle-ci affectionnait. Et pour cause.

Cette histoire aux accents fantaisistes est aussi terriblement émouvante et attachante, parce qu'elle met en avant un formidable binôme, parce qu'elle parle d'amour, de famille, de perte et de deuil, mais aussi de renouveau et de seconde chance. Même si j'aurais apprécié qu'on abrège les digressions et autres délires excentriques, parfois trop lourds pour le rythme du récit, j'ai passé un formidable moment à écouter Bernard Gabay me gaver de folies douces et tailler le portrait génial d'une mamie exubérante, qui va aider sa petite-fille à aimer pleinement la vie et ceux qui l'entourent. ☺

>> Ce livre audio en version intégrale vous est proposé en exclusivité par Audible - uniquement disponible en téléchargement.

(P)2015 Audible FR  ♦  Lu par : Bernard Gabay  (durée : 12 h 54)

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©Traduit du suédois par Laurence MENNERICH (Min mormor hälsar och säger förlåt) 

pour les éditions PRESSES DE LA CITÉ

Ma grand-mère vous passe le bonjour Presses de la Cité


25/09/15

Rue du Bonheur, d'Anna Fredriksson

Rue du Bonheur

Johanna est divorcée depuis neuf ans et élève seule ses deux filles dans leur appartement familial, Rue du Bonheur. Après bien des déboires, elle remporte le pactole au Loto et décide de tout plaquer pour s'installer à Stockholm. Elle achète un superbe loft dans le même immeuble que son ex, Calle, souhaitant ainsi que Sara et Agnes passent plus de temps avec leur père. Celui-ci a radicalement changé de vie, désormais dentiste, avec des revenus conséquents, il vit avec une jeune femme brillante, Fanny, qui ignore tout de son passé.

La routine des uns et des autres va alors être gravement bousculée, pour le bien des enfants, et pour l'inconfort des adultes. Chacun va tenter de trouver sa place au sein de cette nouvelle famille recomposée et ajuster leur cadre de vie, leurs ambitions et leurs attentes. L'histoire laisse finalement peu de place aux rêves et aux paillettes car l'ambiance est assez pesante, engluée dans un vaste champ d'amertume et de regret. Je n'ai, de plus, pas su m'attacher aux personnages, ni à leurs parcours.

Avec un titre aussi féerique, j'imaginais une lecture plus avenante... Mais l'histoire est loin d'être idyllique ! N'ayant pas reçu ma dose nécessaire de crème trop sucrée, j'en sors fort désappointée. J'ai comme été trompée sur la marchandise, je suis un peu déçue.

Denoël, Collection Histoire romanesque / Mai 2014 ♦ Traduit du suédois par Carine Bruy [Lyckostigen]

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08/06/15

Ma vie de pingouin, de Katarina Mazetti

MA VIE DE PINGOUIN

Vous rêvez d’une croisière de l’extrême ? Alors, c’est parti pour l’Antarctique ! Wilma, 32 ans, vient de larguer les amarres pour le bout du monde et fuir, on s'en doute, un secret de plus en plus lourd pour elle. Pourtant, en apparence, la jeune femme est dynamique, pétillante mais maladroite. Elle a même pris sous son aile Tomas, journaliste désabusé, grincheux, bougon, paumé... et le tarabuste pour reprendre du poil de la bête. Spectatrice perspicace et espiègle, Alba, septuagénaire turbulente, scrute ses semblables et rédige dans son petit carnet de notes un nouveau projet baptisé “La ruine des espèces”. Ainsi, tout ce petit monde se croise et s'emmêle, depuis Paris jusque Ushuaia, en une joyeuse cacophonie qui ne manque ni de charme ni de d'entrain. La lecture, a priori enjouée, est en fin de compte faussement légère, car il est aussi question dans l'histoire de maladie, de dépression, de solitude et de désœuvrement... Katarina Mazetti est coutumière du fait mais déjoue avec brio les pièges du pathos. Elle nous sert une comédie éclatante de vivacité et de situations cocasses. On n'est pas plié de rire à chaque coin de page, mais on ressent une profonde tendresse pour les personnages à travers leurs aventures débordantes de sincérité.

Les cinq comédiens, sélectionnés par Audiolib, croquent avec talent cette lecture enthousiasmante et pleine de peps. On ne s'ennuie pas un seul instant et le dépaysement est assuré. La croisière se termine beaucoup trop tôt et c'est avec regret qu'on la quitte !

Audiolib ♦ mai 2015 ♦ texte lu par Patrick Donnay, Erwin Grünspan, Nathalie Hons, Cachou Kirsch et Marcha Van Boven (durée : 7h 17)  


“Quoi de mieux pour réchauffer les cœurs en perdition qu’un iceberg, pour peu qu’il se retourne, révélant le pingouin qui sommeille en chacun ?”

 

traduit du suédois par Lena Grumbach (Mitt liv som pingvin)  pour les éditions Gaïa

Ma vie de pingouinGaia

23/03/15

Un été avec Kim Novak, de Hakan Nesser

Un Été Avec Kim Novak

« L'été sera rude, a dit mon père. Autant nous préparer à ça. »

Trente ans ont passé depuis l'été de ses 14 ans, époque où Erik a passé des vacances mémorables avec son copain Edmund à Tibériade, le cabanon familial situé en bord de lac. À eux l'insouciance et l'ivresse de la liberté. Avec son frère Henry pour seul chaperon, les garçons font preuve de désinvolture et de bravade (fumer en cachette, contourner les entrées payantes, se livrer à des séances de voyeurisme, fantasmer sur la belle Eva...). Cet été-là sera pourtant marqué d'un drame qui va chambouler à jamais leur existence.

Henry, son frère aîné, vient de rompre avec sa fiancée et s'est lancé dans l'écriture d'un roman. Chaque soir, il aime sortir dans des lieux branchés, draguer la minette et la ramener au cabanon pour quelques acrobaties coquines. Les garçons ont le choc de leur vie quand ils découvrent, parmi ses conquêtes, le sosie de Kim Novak - la sublime Eva Kaludis - qu'ils avaient également croisée au collège lors d'un remplacement.

Celle-ci a pourtant déjà un petit copain, une star de handball, au tempérament jaloux et agressif. Et quand son corps est retrouvé assassiné, pas loin du lieu de leur villégiature, la police se pointe au cabanon et passe au crible l'alibi des garçons. Fin de l'été, retour à la réalité. Longtemps après, Erik continuera d'être hanté par les événements survenus au cours de cet été et de s'interroger sur les raisons du crime et l'identité du coupable. 

Cette lecture, d'une intensité ciselée et prenante, est stupéfiante ! De suite, elle nous hypnotise par son charme vénéneux et son atmosphère languide, au rythme d'un été fantasque et torride. J'ai été scotchée, complètement séduite par cette écriture simple, mais pénétrante. On suit sans complexe deux garçons en plein apprentissage d'indépendance, de sexualité et de responsabilité morale, non sans maladresse et avec toute l'intrépidité de leur âge. 

On partage aussi les bribes d'une histoire empreinte de non-dits et de culpabilité étouffée, une histoire tantôt drôle ou malicieuse, mais définitivement bouleversante. La lecture est dépaysante à souhait, direct au cœur de la Suède des années 60, le temps d'un été chaud et indolent. On s'évade instantanément, avant de retoucher terre avec une pointe de regret et de nostalgie.

Alain Lawrence, le lecteur pour Sixtrid, nous plonge avec subtilité dans les méandres d'un été de toutes les découvertes, entre exaltation et perplexité, et un sens du tempo tout à fait remarquable. J'ai beaucoup aimé.

Sixtrid, janvier 2015 ♦ Interprété par Alain Lawrence (durée : 6h 22) ♦ Traduit par Agneta Ségol pour les éditions du Seuil (Kim Novak badade aldrig i Genesarets sjö)

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13/06/14

Rosa Candida, par Audur Ava Olafsdóttir

Rosa Candida or

Après la tragique disparition de sa mère, Arnljótur quitte le foyer familial pour donner un sens à sa vie. Il a proposé ses services de jardinier dans un monastère où se trouve une roseraie abandonnée. Il souhaite y développer la culture de la Rosa Candida, une rose à huit pétales, sans épine, que sa propre mère chérissait. Arnljótur s'éloigne de son père, trop pressant, et de son frère jumeau, isolé dans sa bulle d'autiste, mais aussi de sa petite fille, un bébé de quelques mois, qu'il a eu avec la petite amie d'un copain, un soir, en couchant avec elle dans la serre. Cette relation, mine de rien, le taraude. Au fil de son périple, ponctué de rencontres éclatantes, le garçon y revient sans cesse, sans prendre le temps d'analyser son rapport aux autres. Car à vingt-deux ans, on croirait davantage un môme de douze ans ! Il est désespérément naïf, niais, placide... il ne m'a inspiré que de l'agacement. Comment, alors, s'attacher à un récit dont le personnage central vous sort par les trous de nez ? C'est bien dommage, car l'écriture est séduisante, l'aura globale doucement envoûtante, mais les pérégrinations du jeune homme ne m'ont pas touchée. Du tout, du tout. Je suis restée en marge, un peu lassée par son ton geignard. Et l'ensemble m'a paru morne, ennuyeux, mis à part la rencontre extraordinaire avec le moine cinéphile. Je quitte donc ma lecture sur une note de dépit. Pas franchement bouleversée par ce rendez-vous qui aurait déjà comblé «300.000 lecteurs» !

Points - coll. points d'or ♦ novembre 2013 ♦ traduit par Catherine Eyjólfsson pour Zulma

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02/06/14

Le Caveau de famille, par Katarina Mazetti

Le Caveau de famille

J'ai donc lu, peu de temps après, la suite de l'histoire de Désirée la bibliothécaire et Benny le paysan, en version audio, toujours racontée par Marielle Ostrowski et Michelangelo Marchese. Une relecture, en fait. J'avais gardé le souvenir d'une grosse déception, teintée d'amertume et de désolation. Quelque part cela s'est confirmé, puisque le temps a passé, notre couple s'est redonné une chance mais s'est aussi enfoncé dans une routine déprimante. Pour le coup, j'ai ressenti beaucoup d'empathie pour Désirée, coincée dans un rôle de mère de famille, mère au foyer, épouse d'un agriculteur aux idées archaïques et machistes... Franchement, je l'ai plainte à maintes reprises. Benny, d'entrée de jeu, m'a énormément déçue par son attitude avec Maria. Par la suite, il a laissé très peu de place à Désirée pour son épanouissement, elle enchaîne les grossesses, se plie aux règles de la vie à la ferme, fait des efforts mais est dépassée par l'accumulation des tâches. C'est définitivement un portrait éteint d'une histoire d'amour qui a connu des débuts turbulents et qui a voulu conjuguer ses différences. Aujourd'hui elle ne cherche plus à vendre du rêve, des délires, de la fantaisie. Le constat est là, plat, triste et démoralisant. Les personnages grincent des dents, et nous avec.

Audiolib, décembre 2011 ♦ traduit par Lena Grumbach pour Gaïa éditions ♦ texte intégral lu par Michelangelo Marchese et Marielle Ostrowski (durée d'écoute : seulement 5h 08)