23/10/07

Entre Dieu et moi, c'est fini - Katarina Mazetti

entre_dieu_et_moi_c_est_finiLinnea est « une douce petite fleur d'un mètre quatre vingts, une lycéenne proprette, en bonne santé, bien nourrie, suédoise et même pas anorexique ». Elle a seize ans, se trouve quelconque et cultive les soucis par milliers.
Linnea est en effet bourrée de complexes, à cause de sa taille, de sa poitrine plate, de sa timidité. Et puis elle est seule et se sent différente de ses camarades d'école. Bien sûr, elle avait cru sa vie changée depuis la rencontre de Pia, une grande bringue comme elle, mais qui ne manquait ni d'assurance ni de répondant. Et ainsi Pia et Linnea sont devenues « amies pour la vie » - enfin, pour cent vingt jours.
Parce que Pia est morte. Comment, pourquoi ? On ne le découvre qu'à la toute façon du livre. (Voilà pourquoi je recommande de ne surtout pas lire la 4ème de couverture qui en dévoile beaucoup trop !)
Donc, pour défouler son chagrin et sa frustration, Linnea s'enferme dans le dressing de sa grand-mère et parle, parle, parle ... face au mur.

Ce petit roman (de 155 pages) est finalement très attachant, à la fois drôle et émouvant. Cela commence par les tribulations d'une adolescente, mal dans sa peau, amoureuse du beau gosse mais exaspérée de n'attirer qu'un pot-de-colle avec des longs bras tout mous. Guère aidée sur le plan familial non plus, la jeune fille se rend une fois par an chez un père fermé d'esprit et vit le reste du temps chez sa mère avec son nouveau petit ami et leur fils Knotte, adorable bambin de neuf ans, très intelligent.
Linnea est une jeune fille qui se pose des questions, sur Dieu notamment, sur la signification de la mort, et la légitimité de penser et pleurer son amie perdue. En gros, ses réflexions oscillent entre le superflu et le très profond.

« J'ai eu envie de prendre ces deux pimbêches par la peau du cou et de cogner leurs crânes l'un contre l'autre. Et ensuite de me procurer une tronçonneuse, de les couper en morceaux, les jeter dans les toilettes de l'école et tirer la chasse d'eau. Je ne trouve rien de mieux que de me faire des films pareils au lieu d'avoir des répliques intelligentes et qui font mouche. Et bien sûr, moi aussi j'ai rougi comme une fraise. Anna Sofia savait exactement comment taper dans le mille. »
Ou bien :
« J'ai collectionné les souvenirs de Pia avec la prudence d'un archéologue qui découvre les vieux débris d'une cruche, et je les ai enfermés dans des boîtes. Peut-être seront-ils un jour couverts de poussière, peut-être se décomposeront-ils quand ils reverront la lumière. J'ai remarqué que quand on raconte une chose vécue, un voyage ou un bon film, après quelque temps seulement on ne se souvient plus que de son propre récit, et non pas de l'événement réel. C'est pareil pour Pia aujourd'hui. Je me rappelle uniquement mes propres souvenirs d'elle, et non d'elle-même. »

Pour plusieurs raisons, je conseille aussi la lecture de ce roman aux adolescents, dès 15 ans. Le ton, le cynisme et l'auto-dérision seront des atouts imparables pour les séduire.
Et pour ceux et celles qui ont adoré le très plébiscité « Le mec de la tombe d'à côté », LE livre qui a révélé Katarina Mazetti, ne boudez pas votre plaisir et offrez-vous un retour en adolescence, avec son lot de tourmentes et de questions « hautement » existentialistes ! Le monologue de Linnea saura vous toucher, la plume de l'auteur faisant toujours mouche !
A ce propos, l'auteur écrira deux autres romans mettant en scène Linnea. Dépêchez-vous donc de faire sa connaissance !

Gaïa - 155 pages - Octobre 2007.  13.00 €   * Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss *

Illustration de couverture : 2003 - Guy Delcourt Productions - Jenny

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [34] - Permalien [#]
Tags : ,


29/09/07

Volvo Trucks ~ Erlend Loe

Volvo trucks met en scène la pétillante Marj Britt, 92 ans, veuve et fumeuse de hashich. Son mari était un ancien employé de chez Volvo Trucks et a été le principal créateur du modèle Globetrotter, cependant l'homme a été roulé dans la farine et s'est fait voler la vedette et les plans de cet engin. Dommage. Toutefois, la maison qu'il occupe avec son épouse a aussi été spoliée à son voisin, von Borring, un fondu de scoutisme, d'oiseaux et de nature. Un jour, sortant de sa forêt, débarque Doppler avec son fils Gregus et son élan Bongo. Ils arrivent chez Marj où ils vont se reposer, manger et se séparer. Car Gregus est déçu par son père, qui danse en fumant son hasch, et décide de rentrer chez sa mère à Oslo. L'élan aussi va prendre la poudre d'escampette. Mais Doppler continue de perdre ses idéaux en la compagnie de Marj Britt. Cette dernière va vouloir taquiner son voisin von Borring et charger Doppler d'une mission, mais rien ne se passe comme prévu. Doppler va rencontrer le scout et devenir l'élève de cet homme. Un vrai micmac ! C'est carrément débile, mais cocasse et loufoque. Tous les intervenants de ce roman sont singulièrement des bouffons. Il est cependant impossible de ne pas sourire à leurs délires et aventures, inévitable de s'attacher au badinage de ce narrateur. "Volvo Trucks" est un roman surprenant, original et extravagant ! Tant mieux.

septembre 2006

Posté par clarabel76 à 13:56:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

14/05/07

Piazza Bucarest - Jens Christian Grondahl

piazza_bucarestIl est bien difficile de parler de ce livre, de son histoire et de la résumer. C'est emmêlé, fils et intrigues forment une tresse, et c'est un casse-tête d'entreprendre de les désentortiller !
On pourrait donc dire que l'histoire commence par l'arrivée d'une lettre postée de Roumanie, envoyée à Copenhague et adressée à une certaine Elena. C'est le narrateur qui la réceptionne, et il s'interroge. Car Elena est la deuxième femme qu'a épousé son beau-père, quelques années après son divorce avec la mère de celui-ci. Mais Elena aussi est partie et a quitté Scott en lui laissant un simple mot, sans explications.
Désormais retourné dans son pays natal, Scott vit seul avec ses fantômes et son passé embrumé. La lettre de Roumanie est une invitation à plonger dans le temps et les souvenirs. N'étant pas prolixe, l'homme raconte cette partie de son existence qui a conduit le photographe à faire un reportage à Bucarest. Il avait une quarantaine d'années, il ne pensait pas tomber amoureux de cette jeune fille de vingt-deux ans, Elena.
Même s'il se doutait qu'elle ne l'aimait pas, il lui a proposé le mariage pour fuir le pays de Ceausescu.
On pourrait presque décomposer le roman, tant le narrateur est le rapporteur de deux histoires assez distinctes et que seule une lettre sert de trait d'union. Troublant, donc. Mais captivant !
JC Grondahl écrit à un moment : "Raconter n'est pas seulement conserver des souvenirs, mais aussi en éliminer." Et c'est justement ce qui fait la marque de l'écrivain danois. C'est un mélancolique, un puriste de la nostalgie et du temps passé. Son style est lent, élégant et cultive les mystères. Sa mise en scène semble parfois empesée, mais jamais bien longtemps (ici, il faut donc dépasser les 30 premières pages). Ses personnages ont peu de relief, peu de charisme, pourtant leurs histoires nous captivent. "Il n'est pas ici question d'une histoire sensationnelle. C'est juste une de ces histoires qui, vues de l'extérieur, semblent parfaitement banales, la manière dont se façonne une vie. (...) Une histoire tout à fait ordinaire, avec ses pas et ses passages lents ou brusques, avec ses lacunes, ses creux et ses vides obscurs et inconnus qui la font avancer ou déraper."
"Piazza Bucarest" est un roman admirable, incroyablement bien écrit, et qui vous parle donc de la vie d'hommes et de femmes qui se sont croisés, un peu aimés, jamais compris, puis quittés sans chercher à retenir, conservant des plaies béantes. Remarquable, oui.

Gallimard, 180 pages.  Janvier 2007

Posté par clarabel76 à 11:05:00 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
Tags : ,

05/01/07

La maison des célibataires - Jorn Riel

la_maison_des_celibatairesPrenez une maison quelque part au Groenland où vivent cinq types qui ne brillent pas d'intelligence et qui demeurent célibataires à se serrer les coudes (et boire de la bière), quand soudainement leur vient la réflexion qu'avec le temps passant, leurs vieux jours risquent de voir s'éclipser cette tranquillité chérie et qu'il faut parer au plus vite pour trouver une solution. Vite, un tour dans le baquet, un décrassage complet et l'un de ces compères décide d'aller quérir la main de la Veuve Bandita, une prétendante appétissante mais un peu rustre. Qu'importe.. Argh ! soupirent les compagnons devant la mine énamourée du fiancé, la quiétude semble véritablement en danger, il faut donc trouver une autre solution, en marge de l'emprise inquiétante de la Bandita...

Le plan mis en place par les célibataires ne va pas manquer de génie, contrairement à l'idée première que ces cinq-là n'avaient pas inventé l'eau chaude, l'issue finale va donc se revéler épatante. L'histoire en général est cocasse, elle se lit très rapidement (70 pages, c'est du pipi de chat !). C'est une "savoureuse histoire de Pieds Nickelés" comme le souligne la 4ème de couverture, c'est poilant, débile mais divertissant.

10-18

Posté par clarabel76 à 12:29:00 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags : ,

09/11/06

Virginia - Jens Christian Grondahl

virginiaDurant quelques jours d'un été lointain, pendant la guerre, le narrateur âgé d'à peine 14 ans passe des vacances dans une grande maison au bord de la mer chez son oncle et sa tante. Un jour débarque de Copenhague une jeune fille de seize ans, belle, souriante et mystérieuse. Le garçon est fasciné mais intimidé. En cet été 43, des avions survolent le pays pour bombarder la capitale. Un matin, les villageois annoncent qu'un avion anglais s'est écrasé dans les parages. Il n'y aucune trace du pilote. Il y a cependant la jeune adolescente qui a vu et qui sait quelque chose. Le garçon en est malade... Et Grondahl nous embarque dans son roman teinté de mélancolie, chargé d'introspection, nourri par les souvenirs d'un amour blessé, d'un pincement au coeur qui ne guérit jamais. C'est également le portrait délicat d'une jeune femme, auréolée de silence et de mystère. Le roman est court, mais blindé en émotions qui se dilatent dans vos neurones à long terme...

Folio

Posté par clarabel76 à 15:26:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,

18/10/06

Volvo Trucks - Erlend Loe

volvo_trucksDans "Volvo Trucks", on retrouve le personnage de Doppler, déjà rencontré dans "Naïf super" et "Doppler", deux précédents romans d'Erlend Loe. Toutefois, il n'est pas forcément indispensable d'avoir lu ces deux livres pour ouvrir ce troisième car on peut très bien s'y sentir à son aise. Après tout, l'auteur intervient sous forme d'apartés d'une longueur plus ou moins conséquente, mais à une cadence soutenue. Il s'immisce dans l'histoire avec aisance et humour, fait ses commentaires sur n'importe quel point qu'il juge important de préciser et d'expliquer plus intensivement. Ses incursions dans le récit sont nombreuses, surviennent sans crier gare et contribuent beaucoup à la verve de ce roman !

"Volvo trucks" met en scène la pétillante Marj Britt, 92 ans, veuve et fumeuse de hashich. Son mari était un ancien employé de chez Volvo Trucks et a été le principal créateur du modèle Globetrotter, cependant l'homme a été roulé dans la farine et s'est fait voler la vedette et les plans de cet engin. Dommage. Cependant, la maison qu'il occupe avec son épouse a elle-même été spoliée à son voisin, von Borring, un fondu de scoutisme, d'oiseaux et de nature. Un jour, sortant de sa forêt, débarque Doppler avec son fils Gregus et son élan Bongo. Ils arrivent chez Marj où ils vont se reposer, manger et se séparer. Car Gregus est déçu par son père, qui danse en fumant son hasch, et décide de rentrer chez sa mère à Oslo. L'élan aussi va prendre la poudre d'escampette. Mais Doppler continue de perdre ses idéaux en la compagnie de Marj Britt. Cette dernière va vouloir taquiner son voisin von Borring et charger Doppler d'une mission, mais rien ne se passe comme prévu. Doppler va rencontrer le scout et devenir l'élève de cet homme. Un vrai micmac ! C'est carrément débile, mais cocasse et loufoque. Tous les intervenants de ce roman sont singulièrement des bouffons. Il est cependant impossible de ne pas sourire à leurs délires et aventures, inévitable de s'attacher au badinage de ce narrateur / auteur. Car "Volvo Trucks" est un roman surprenant et original, nettement extravagant !

Gaia

Posté par clarabel76 à 09:02:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,

15/10/06

Le mec de la tombe d'à côté - Katarina Mazetti

mec_de_la_tombeDésirée est une jeune veuve de 35 ans, sans enfant, qui se rend tous les dimanches sur la tombe de son époux, victime d'un accident de vélo. Assise sur son banc, Désirée ressasse sa vie conjugale, modeste et raisonnable, et lutte entre la lassitude et l'agacement d'avoir perdu si tôt et si bêtement son binôme. Dans ce cimetière, Désirée rencontre un type qui dégage une drôle d'odeur et qui a seulement trois doigts à la main gauche. C'est « le mec de la tombe d'à côté », il vient aussi s'asseoir sur le banc où s'installe Désirée. Tous deux se scrutent du coin de l'oeil, s'irritent réciproquement et puis bang! L'attraction s'enclenche sur un malentendu : celui d'un sourire. Pour l'un comme pour l'autre, ce sourire n'avait pas la même intention et c'est ce qui sera particulièrement drôle à découvrir. Car d'un chapitre à l'autre on bascule du point de vue de Désirée à celui de Benny, cet agriculteur de 36 ans, célibataire et qui vient se recueillir sur la tombe de sa mère.

 

Désirée et Benny vont tomber dans les bras l'un de l'autre, avec une considérable poigne, une envie folle et déraisonnée, un besoin de sexe, tout court. Leur entente sur ce terrain est indiscutable : ces deux-là s'embriquent, se comprennent, savent toucher là où il faut. Par contre, dans la vie ordinaire, Désirée et Benny vivent sur des petites étoiles à des années lumière l'une de l'autre et doivent s'appliquer à construire un pont pour se rejoindre. Cependant, ils n'y parviennent pas; au lieu de jeter des passerelles au-dessus des ravins, ils s'y précipitent mutuellement ! Leur histoire est fichue d'avance : Désirée est bibliothécaire, elle est citadine, indépendante et cultivée; Benny travaille la terre, s'occupe de ses vaches, vit dans la maison de ses parents, vieillotte, sale et en pleine campagne, et il lit un livre par an. Tous les deux sentent bien, au fond d'eux et sans l'admettre à voix haute, que leur amourette ne vaut pas tripette, qu'il n'y a pas d'avenir en commun. Or ces deux-là s'aiment, entortillés l'un dans l'autre, ils se chamaillent aussi et se réconcilient. Combien de temps cela va-il durer ?

 

Romantique, fou, actuel, coquin, humoristique, cocasse et virtuose... voici pour le roman.
Mine de rien l'auteur aborde la difficulté des couples à accorder leurs violons, grâce à des personnages mémorables et adorables. C'est une histoire d'amour, une vraie. Avec les bons moments et les versants glissants. Rien de sérieux, malgré tout ! Et pas trop de miel, ni de clichés écoeurants. Non, c'est franchement drôle. Simple. Un vrai coup de coeur.
Les lecteurs suédois l'ont bien compris, en faisant de ce roman un véritable best-seller ! De qualité, s'il vous plaît.

253 pages

  • Editeur : Gaïa (9 juin 2006) -- 20€