01/07/16

Treize marches, de Kazuaki Takano

TREIZE MARCHES

J'avais quelques craintes avant de me lancer dans cette lecture, j'appréhendais de me mélanger les pinceaux avec les noms japonais ou de tomber sur une intrigue un peu lente, comme c'est souvent le cas dans les romans nippons. Foin de tout ça. La lecture a été passionnante du début à la fin. Je n'ai pas vu le temps passer (10 heures d'écoute) et j'ai adoré le déroulement de l'histoire, dont les nombreuses ramifications viennent s'emboîter en toute délicatesse au fil des chapitres. J'ai été complètement emballée par la découverte.

Jun'ichi Mikami bénéficie d'une remise de peine, après deux années de prison pour coups et blessures ayant entraîné la mort. Il est rapidement contacté par un ancien gardien de prison, Shôji Nangô, qui lui propose de travailler en équipe sur la révision d'une affaire de double meurtre. Le suspect est condamné à la peine capitale, toutefois un bienfaiteur anonyme a promis une forte récompense si le binôme réussissait à prouver l'innocence de l'individu, qui n'a aucun souvenir de ses crimes. Pour Jun'ichi et Nangô, c'est l'occasion pour faire amende honorable auprès de la société - tous deux se sentent marqués à vie de leurs actes accomplis. Leur entente est immédiate, leur motivation pressée par les impératifs des décisions judiciaires. Pas le temps de chômer. Ils relisent ensemble le dossier, se rendent sur place, rencontrent la famille, font des liens, fouillent et explorent des zones jamais soupçonnées. Leur enquête va rapidement prendre un nouvel élan et les conduire sur de sérieuses pistes... aux révélations parfois sidérantes.

Et c'est ce qui m'a plu, dans ce roman, outre de découvrir un autre aspect du Japon, à travers sa politique carcérale et son milieu judiciaire aux antipodes de ce que l'on connaît, c'est aussi de participer à une quête de la vérité pointilleuse, méthodique et captivante. Pas de surenchère. Une tension impeccable, qui ne faiblit jamais. Une mise en situation pertinente et juste. Des personnages très éloignés du cadre irréprochable et qui renvoie là aussi une autre image de la société japonaise, où l'on marginalise hâtivement ceux qui sont en-dehors des clous. 

C'est un roman riche et distrayant, un autre œil sur la planète, qui lorgne sur cet univers nippon si particulier, mais dont le pouvoir de fascination reste sans égal... 

 

Traduit par Jean-Baptiste Flamin pour les éditions Presses de la Cité (13 Kaidan)

Treize marches | Livre audio

Texte lu par Jean-Marie Fonbonne pour Audible FR (durée : 10 h) - avril 2016

En exclusivité sur Audible - uniquement disponible en téléchargement

 

Un thriller au suspense savamment distillé. Une plongée angoissante dans le système judiciaire japonais. Saisissant.


25/06/16

James Bond - Déclic mortel, par Anthony Horowitz

Déclic Mortel

Cette couverture chez Calmann-Lévy est juste magnifique ! Complètement fidèle à l'esprit James Bond - smoking, vodka martini, beauté fatale et belle voiture. Anthony Horowitz ne se moque pas du lecteur en nous servant cette intrigue, inspirée d'après les archives de Ian Fleming, où l'on replonge avec exaltation dans une histoire d'espionnage habilement troussée et palpitante à lire.

James Bond vient tout juste de rentrer d'Amérique, après son coup d'éclat contre Golfinger, lorsqu'il est convoqué pour une nouvelle mission d'infiltration. S'inscrire pour la périlleuse course de voitures du Nürburgring. Déjouer les plans des Russes qui visent à éliminer le pilote vedette, le britannique Lancy Smith. Mais avant cela, il doit éclaircir le dossier Pussy Galore. La caïd de Harlem s'affiche à son bras, le suit jusque dans la campagne anglaise, prétend être menacée, pistée par de dangereux individus, surgis de son passé et venus lui régler son compte. On le sait, l'aventure, chez Bond, est une seconde peau. Le danger, la montée d'adrénaline, l'action, il connaît. Et on ne se plaint pas de suivre notre agent 007 dans cette histoire originale, reprenant donc toutes les marques de fabrique de la série.

La couverture chez Hachette indique la seconde orientation de l'enquête, d'où ces plans de fusée qui rappellent la bonne vieille guerre d'influence entre l'Est et l'Ouest. Bond croisera aussi le chemin d'un riche homme d'affaires coréen, en apparence froid et impénétrable, et d'un lutin farouche, aussi charmante que Jean Seberg... C'est un vrai plaisir coupable de savourer cette lecture. James Bond y est opérationnel sur toute la ligne, séducteur, intuitif et audacieux. Les vilains sont assoiffés de vengeance, les JB Girls glamour et pittoresques, aux patronymes fabuleux et truculents (^Jeopardy Lane^).

Casting réussi, enquête haletante, ambiance vintage... L'empreinte de Ian Fleming est bel et bien présente, sans une once de nostalgie, Anthony Horowitz a repris dignement le flambeau et n'a pas bradé son héritage. “I think he got the point.”

Traduit par Annick Le Goyat (Trigger Mortis) pour les éditions Calmann-Lévy (2015)

Parution simultanée chez Hachette Romans, sept. 2015

James Bond – Déclic mortel

 

#Mois Anglais 2016 : “You’re a women of many parts, Pussy.”

giphy-reine-dangleterre giphy-reine-dangleterre giphy-reine-dangleterre

👸-👸-👸-👸-👸-👸-👸-👸

17/06/16

Le Diable de la Tamise, d'Annelie Wendeberg

Le diable de la tamise

Au cours de l'été 1889, le Dr Anton Kronberg, bactériologiste de renom, est appelé pour confirmer les traces suspicieuses de choléra sur une victime retrouvée morte dans la Tamise. Sur place, il y fait la rencontre de l'excentrique Sherlock Holmes, personnage nerveux et insupportable, qui lui inspire aussitôt une aversion épidermique. Il faut dire que le détective a mis à jour le secret inavouable de Kronberg en une poignée de mains et un simple coup d'œil. Anton Kronger est en vérité une femme, Anna. D'origine allemande, où les études de médecine sont interdites aux femmes, puis exilée à Harvard, pour enfin exercer ses talents à Londres, Kronberg dupe son entourage depuis de longues années, mais au prix d'une incroyable mise en scène entourée de mille précautions. Elle a également choisi de vivre dans un quartier misérable, où elle s'y cache et mène son existence non-conformiste. Chaque nuit, elle tombe le masque et redevient Anna, infirmière à la coupe de cheveux peu conventionnelle, qui se faufile dans le dédale des rues puantes et crasseuses pour retrouver son amant, un crocheteur irlandais, et pour soigner les plus malchanceux. Son quotidien n'est pas sans risques, Anna en a conscience, malgré un moral d'acier et un tempérament de feu, elle redoute la découverte de sa vraie nature et de finir en prison. En attendant, notre affaire de macchabée va prendre un nouveau tournant pour remonter la piste d'un étrange réseau de trafics humains, sous couvert de servir les besoins de la science (un vaccin contre le tétanos), avec les dérives inhérentes aux ambitions dévorantes.

Difficile pour moi d'apprécier pleinement ce roman qui emprunte la figure de Sherlock Holmes mais en lui prêtant une posture effacée et pleine de retenue. Ce n'est pas le Sherlock que l'on sait ! Après, c'est un personnage secondaire, prêtant assistance au Dr Kronger, figure autrement plus complexe à cerner et à apprécier... Ces deux-là jouent un drôle de jeu entre attirance et répulsion, besoin de bousculer l'autre et prouver qui est le meilleur, un concours d'ego assez pesant au démarrage, car les deux parties se jaugent et font grincer des dents. Que d'arrogance !! Puis, ça se tasse car l'histoire finit par les convaincre que l'union fait la force, qu'une femme peut être dotée d'un cerveau aussi tonique que celui d'un homme, qu'il y aura toujours l'inégalable Irene Adler, et désormais Anna Kronberg, remarquable pour son habileté au déguisement et sa vivacité d'esprit ! Toutefois, la perspective d'un trouble amoureux a failli me perdre. Pensez donc... Un mythe se meurt ! “Ses lèvres avaient la douceur de la soie. Tout à coup, mon cœur si peu raisonnable quitta ma poitrine pour aller s'installer dans la sienne. Je me demandais s'il avait remarqué le poids supplémentaire.” C'est niais, non ? Huhuhu. Mis à part ces petits détails, le livre se lit vite et bien. L'intrigue criminelle n'est pas époustouflante, mais reproduit efficacement une ambiance, un contexte, des enjeux médicaux etc. Bon point pour le décor. Je ne suis pas convaincue par l'esquisse des personnages, mais je reste curieuse de la suite de leurs aventures, ce roman étant le premier d'une trilogie.

Traduit par Mélanie Blanc-Jouveaux, pour les éditions Presses de la Cité (The Devil's Grin) - mai 2016

 

#Mois Anglais 2016 : Sherlock Holmes

keep-calm-and-love-sherlock-holmes-44-jpg keep-calm-and-love-sherlock-holmes-44-jpg keep-calm-and-love-sherlock-holmes-44-jpg

 

05/06/16

Retour à Whitechapel, de Michel Moatti

Retour à Whitechapel FB

À la mort de son père, en septembre 1941, Amelia Pritlowe apprend dans sa lettre testamentaire sa filiation avec Mary Jane Kelly, la dernière victime de Jack l'Éventreur. Amelia n'avait que deux ans au moment des faits, confiée aux bons soins paternels, jamais personne n'a osé lui avouer toute la vérité sur l'identité de sa mère, prétendant que celle-ci était décédée d'une maladie pulmonaire. Cinquante ans plus tard, alors que la ville de Londres subit les bombardements sauvages des allemands, Amelia, qui est infirmière au London Hospital, convoque les membres de la Filefox Society, tous ripperologues actifs, pour se plonger dans les archives et revoir chaque pièce du dossier. La tâche est ardue, mais également minutieuse et exaltante, car Amelia va littéralement remonter dans le temps pour revivre les heures sombres de la plus grande énigme criminelle et raviver les cendres froides des dépouilles du serial killer, entre août et novembre 1888. Le lecteur aussi va participer à cette étude longue et pointilleuse de l'affaire, en s'immergeant jusqu'au cou dans les quartiers pauvres pour constater la misère sociale, avec un souci du détail parfois pesant et indigeste. L'atmosphère nocturne et angoissante de l'East End du XIXe siècle y est dépeinte sans artifice. C'est glauque, miteux et effroyable, cela procure une sensation inconfortable et étourdissante. La reconstitution est d'ailleurs semblable à celle du film From Hell, dans sa volonté de souligner l'antagonisme social et d'apporter une autre lumière à cette intrigue. Michel Moatti propose en effet sa propre solution quant à l'identité de Jack l'Éventreur en une démonstration, aussi hypothétique soit-elle, pertinente et crédible. En gros, ses conjectures tiennent la route. Après, il faut s'attendre à une lecture au style factuel et un peu lourd, même si le livre se lit avec intérêt et s'apprécie pour son authenticité et son thème obsessionnel - Jack l'Éventreur reste un mythe absolu et alimente les spéculations les plus folles aux plus sordides. L'ouvrage découle d'un travail de longue haleine (Michel Moatti était employé aux archives victoriennes de Londres et membre de la Whitechapel Society). C'est peu de dire qu'il connaît son sujet sur le bout des doigts ! Lecture appréciable et intéressante.

10-18, coll. Grands Détectives, décembre 2015

 

# Mois Anglais 2016 : Meurtre à l'anglaise

Mois Anglais 2  British mysteries

 

31/05/16

Mariachi Plaza, de Michael Connelly

Mariachi Plaza Audiolib

Je transgresse mon principe de précaution en lisant la dernière aventure de Harry Bosch, faisant ainsi un bond dans le temps pour retrouver notre ami proche de la retraite, cantonné au service Cold Case, et qui s'accroche à son poste comme un forcené pas pressé d'être rangé au placard. Pour l'occasion, il doit superviser la formation d'un récent transfert, Lucia Soto, la gloire montante de la police, tout juste auréolée de la médaille du mérite pour sa bravoure lors d'une fusillade au cours de laquelle son collègue a trouvé la mort. Pour couronner les premiers pas du jeune prodige, les deux enquêteurs sont chargés du dossier Orlando Merced, un mariachi qui vient de succomber à ses blessures, dix ans après les faits qui avaient fait grand bruit (un échange de coups de feu sans explication et des tonnes de supputations inabouties). L'autopsie a permis de retirer la balle traîtresse et de lancer les policiers sur un début de piste. Cette affaire sera rapidement complétée par un autre Cold Case concernant un incendie criminel impliquant des enfants, dont Lucia quand elle était gamine. Ce drame terrible n'a jamais cessé de la hanter. Aussi profite-t-elle de sa fraîche promotion pour tirer au clair son passé obscurci par des cauchemars. De fil en aiguille, les deux enquêtes vont se télescoper et apporter de l'ampleur à la lecture qui manquait un peu de tonus depuis sa mise en route. La conduite de l'intrigue renoue ensuite avec la mécanique routinière en servant les rebondissements d'usage et en gonflant le rythme au fil des chapitres, car ces retrouvailles avec Harry Bosch collent sans surprise au standard de la série et sont ni plus ni moins ordinaires. J'apprécie toujours autant les clins d'œil, les blagues entre initiés et Matthew McConaughey (bien  meilleur que Clint Eastwood). La fin est juste excellente et s'inscrit en point d'orgue dans le parcours de notre Super Harry Bosch, ce qui présage un prochain tome à contre-courant des attentes habituelles (il faut lire le résumé de The Crossing pour s'en convaincre et s'émoustiller du retour de Mickey Haller). Chic !

Texte lu par Jacques Chaussepied pour Audiolib, mai 2016 (durée : 12h 50)

Traduit par Robert Pépin (The Burning Room) pour les éditions Calmann Lévy

Mariachi Plaza (Harry Bosch 20) | Livre audio

©2014 / 2016 Hieronymus / Calmann-Lévy. Traduit de l'anglais par Robert Pépin (P)2016 Audiolib

👾.👾.👾.👾.👾.👾

Voir Clint Eastwood incarner Terry McCaleb dans Créance de sang et Matthew McConaughey jouer Mickey Haller dans La Défense Lincoln vous a gêné pour écrire leurs autres aventures ? - J’avais peu écrit sur eux avant leur adaptation. Clint a totalement obscurci l’image de Terry dans ma tête. Matthew… Il est tellement bon que je le vois maintenant quand j’écris les livres sur Mickey Haller mais ça ne me gêne pas.

Article paru dans Studio Ciné Live – Hors-série n°29 – Avril 2015

 


30/05/16

Territoires, d'Olivier Norek

Territoires

À Malceny, dans le 93, on est habitués aux règlements de comptes. Mais un nouveau prédateur est arrivé en ville et, en quelques jours, les trois plus gros caïds du territoire sont exécutés. Le capitaine Coste et son équipe vont devoir agir vite, car leur nouvel ennemi s'implante comme un virus dans cette ville laissée à l'abandon, qui n'attend qu'un gramme de poudre pour exploser. Une ville où chacun a dû s'adapter pour survivre : des milices occultes surentraînées, des petits retraités dont on devrait se méfier, d'inquiétants criminels de 12 ans, des politiciens aveugles mais consentants, des braqueurs audacieux, des émeutiers que l'État contrôle à distance de drone. Et pendant ce temps, doucement, brûle la ville. 

En vérité, j'ai longtemps hésité avant de lire un roman d'Olivier Norek, en dépit des appréciations ultra positives des libraires et autres lecteurs. Le cocktail banlieue-93-magouille-émeute ne m'attirait pas franchement. Et puis, j'ai eu l'occasion d'entendre l'auteur (charmant) et j'ai été conquise. N'ayant pas trouvé Code 93 en rayon, j'ai reporté mon choix sur le suivant, Territoires, et je ne regrette pas du tout de lui avoir donné une chance. C'est en effet un très bon roman policier, efficace, conduit sans esbroufe, avec juste quelques scènes bien choquantes (le chat dans le micro-ondes... brrr!), avec des personnages ordinaires et attachants, des flics qui tentent de mener une vie de famille, de se lancer dans une relation amoureuse ou de résister aux appels des sirènes, tout en se dévouant à leur travail qu'ils ont choisi par conviction. Le contexte également est actuel, sans effet de manche, ni discours fallacieux. L'auteur parle en connaissance de cause, mais sans paraître pompeux ou donneur de leçon. Le monde n'est ni tout noir, ni tout blanc, mais bel et bien gris. Et si certaines révélations dans l'histoire s'avèrent authentiques, c'est à vous dégoûter de l'administration et des grosses têtes de ce pays. Une lecture que je recommande. 

Pocket Thriller, octobre 2015

Texte lu par François Montagut (durée : 8 h 56)

Territoires | Livre audio

En exclusivité sur Audible FR - uniquement disponible en téléchargement.

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

17/05/16

Le Cannibale de Crumlin Road, de Sam Millar

Le cannibale de Crumlin Rd

Pour sa deuxième enquête, après Les Chiens de Belfast, Karl Kane va de nouveau basculer dans l'immonde et l'horreur. Des jeunes filles disparaissent dans la nature, avant de refaire surface le corps martyrisé et atrocement mutilé. Bizarrement, la police ne mobilise pas ses troupes pour cesser ce massacre. Il faut dire aussi que les victimes sont pour la plupart de pauvres nanas défoncées, des junkies, des laissées-pour-compte, ce qui ne manquera pas de faire réagir notre détective, qui s'applique à dénoncer les exactions des forces de l'ordre. Il est d'autant plus en pétard qu'il a débusqué un début de piste concret mais constate que son alerte reste sans effet. Le principal suspect, Robert Hannah, appartient à la crème de la société, avec de nombreuses relations haut placées, et une immunité diplomatique. Karl Kane, lui, fonce dans le tas. Mais à pétarader de la sorte, l'homme s'attire les mauvaises grâces du dangereux psychopathe... Et là, bon sang de bois, quel flip ! Petite parenthèse sur l'extraordinaire interprétation de Lazare Herson-Macarel qui rend le personnage exécrable au possible, avec son ton mielleux et perfide, on enverrait valdinguer son iPod à travers la pièce tant on pousse des cris hystériques en tremblant d'effroi ! Chapeau. Donc, Kane devient à son tour l'obsession du Bob, qui va le toucher en plein cœur en ciblant la prunelle de ses yeux. Ohlala, mes aïeux, j'ai encore souffert avec cette lecture morbide et effroyable. J'avais déjà relevé combien c'était dur et glauque de plonger dans un livre de Sam Millar, et pourtant j'y retourne tête baissée, le cœur soulevé de dégoût et d'angoisse, mais j'y retourne. C'est terrible. J'ai davantage apprécié le personnage de Kane, moins centré sur sa petite personne, moins focalisé sur ses hémorroïdes, et qui se révèle amant fébrile, papa maladroit, fils déboussolé... Une figure en patchwork plutôt convaincante. De toute façon, cette série réserve bien des surprises, plus ou moins appréciables, entre le portrait attachant du privé cabossé par la vie, ses enquêtes conduites à l'ancienne, mais qui dérivent invariablement vers des sentiers chaotiques, avec le souci du détail sinistre. Un procédé discutable, qui suscite des sentiments contradictoires et inspire aussi un profond malaise. Je prends néanmoins déjà rendez-vous pour le prochain épisode (Un sale hiver), où il semblerait que Karl renoue avec son passé et le meurtre de sa mère ! 

Interprété par Lazare Herson-Macarel, pour Sixtrid (mars 2016) - durée 7h 47

Traduit par Patrick Raynal (The Dark Place) pour les éditions du Seuil

Repris en poche chez Points (Policier, 2016)

 

14/05/16

Ces lieux sont Morts, de Patrick Graham

Ces lieux sont morts

Amateurs de sensations fortes, ne passez pas votre chemin et jetez-vous sur ce roman incroyable et stupéfiant ! Tout commence un soir d'hiver, à l'approche des fêtes de Noël, Rebecca Miller, la nouvelle compagne du docteur Eric Searl, un éminent spécialiste du coma profond, est en route pour le chalet familial avec ses trois enfants. Le voyage cumule néanmoins les déconvenues, entre les chamailleries des mômes, la course-poursuite d'un camion fou et une effroyable tempête de neige. Rebecca est à cran, seule au volant, en pleine campagne paumée, regrettant amèrement l'absence de son fiancé, bloqué par une urgence de dernière minute. Elle pense alors trouver un bref répit en faisant halte dans un restoroute, où elle prend en stop un jeune garçon bègue, qui rend visite à sa grand-mère. Seulement cet individu est un dangereux psychopathe, recherché par le FBI, coupable de massacres en série, avec une prédilection pour les familles et tout ce qui touche le docteur Searl (son parcours professionnel, ses expériences, sa plus jeune fille Kirsten). Autant avouer qu'à ce stade de ma lecture, quelques 100 pages avalées en une goulée, j'avais les nerfs à vif et le palpitant dans le rouge écarlate. Quelle tension, mais quelle tension ! Non contente de nous guider à un rythme démentiel, l'histoire nous embarque dans un délire hallucinant, dont les enjeux sont plus qu'inattendus, pour ne pas dire aberrants ! Clairement, cette lecture prend aux tripes. Elle nous bouscule, nous attrape dans ses filets, nous soumet à une pression constante. Puis nous absorbe, nous broie et nous recrache au terme d'une terrifiante machination... Un parcours, certes éreintant, mais purement et simplement captivant. C'était le premier roman que je lisais de l'auteur, Patrick Graham, et ce ne sera certainement pas le dernier, tant j'ai été bluffée par son sens du rythme et de la tension psychologique, d'une puissance machiavélique sidérante. Graham n'a rien à envier aux maîtres du thriller américains - ou disons qu'il leur a tout pompé avec efficacité et prodigiosité - et s'impose avec style dans ce créneau sous haute surveillance. ;-)

Fleuve Noir, 2014 - repris par Pocket, juin 2015

Posté par clarabel76 à 09:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

13/05/16

En vrille, de Deon Meyer

En vrille

Après avoir vaillamment combattu ses vieux démons, Benny Griessel craque et replonge dans l’alcool, au grand dam de son collègue, Vaughn Cupido, à qui l'on vient de confier la responsabilité d'une nouvelle enquête criminelle. Ernst Richter, créateur d’un site qui fournit de faux alibis aux conjoints adultères, vient d'être assassiné, mais ce génie de l'informatique avait plus d'un tour dans son sac et multipliait les casquettes pour remettre à flot sa société aux comptes déficitaires. Tous les coups semblaient permis, aussi les forces spéciales ne s'étonneront plus de déterrer d'autres vérités cinglantes : activités illicites, lettres de menace et d'insulte. Les suspects ne vont pas manquer. Mais face à la séduisante Desiree Coetzee, la directrice opérationnelle d'Alibi.co.za, Vaughn perd également toute consistance. Il procède à une interpellation expéditive, se fourvoie avec panache et finit par remonter les bretelles d'un Benny désespérément inefficace en le contraignant à se soigner une bonne fois pour toute. Grosse prise de conscience pour notre Hawk à la carapace fêlée, mais grand pas en avant dans sa vie ! Ouf. En parallèle, on assiste aux rencontres entre un viticulteur et son avocate, auprès de laquelle il déploie l'arbre généalogique de sa famille. Pourquoi un tel déballage ? On le découvrira fort tard dans l'histoire, tout juste saisit-on que la police vient de débarquer sur ses terres pour procéder à une inculpation, mais qu'il entend préparer sa défense en bonne et due forme. Cette lecture m'aura finalement semblé moins palpitante, en comparaison du frénétique Kobra, dont le tempo avait été effréné et ensorcelant. C'est le risque avec les auteurs prolixes, à l'instar de Michael Connelly ou Harlan Coben, dont les parutions rapprochées sont souvent de qualité inégale mais continuent d'attirer les lecteurs dans leurs filets. Moi être chocolat. J'apprécie donc cette série sud-africaine où on y retrouve des personnages tenaces et imparfaits, un pays en butte à une ségrégation raciale et un taux de criminalité galopant. L'enquête est certes assez lente et pêche en révélations fracassantes, elle ne découle pas non plus sur un dénouement époustouflant, mais l'écoute reste agréable et entraînante, toujours sous l'égide du brillant Eric Herson-Macarel, dont la voix chaude illumine le texte et rend la lecture toujours classieuse et envoûtante.

Interprété par Eric Herson-Macarel, pour Sixtrid (avril 2016) - Durée : 11h 46

Traduit par Georges Lory (Icarus) pour les éditions du Seuil

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

12/05/16

Condor, de Caryl Férey

Condor

Lorsque le fils de son ami, directeur du journal populaire, est retrouvé mort d'une overdose, Gabriela, une jeune vidéaste intrépide, s'arme de sa caméra pour traiter du sujet et cherche à rallier l'avocat des causes perdues, Esteban Roz-Tagle, fils d'une grande famille avec laquelle il a rompu par lassitude et dégoût. Tous deux se lancent sans le savoir dans une longue et périlleuse enquête qui va les entraîner, depuis les quartiers pauvres de Santiago jusqu'aux résidences huppées, à se heurter aux huiles de la ville ou aux petites frappes qui dealent la came pour le compte d'un chef mafieux. Le couple débusque ainsi un nombre incalculable de trafics et autres magouilles inavouables, et s'attire fatalement l'antipathie de leurs rivaux, qui vont lâcher à leurs trousses des tueurs aguerris, les coinçant jusqu'au fin fond de l'impitoyable désert d'Atacama pour un ultime règlement de compte... Et  l'histoire de dérouler son fil sans discontinuer, au rythme frénétique d'une intrigue sombre et poignante, servie par une écriture percutante. Avec pour toile de fond l'histoire du Chili, son passé dictatorial et son héritage corrompu, inutile d'attendre du roman une autre vocation que celle suggérée en préambule - violence, démons insatiables, univers implacable, âpre et douloureux, quête de la vérité vouée au suicide. Malgré les digressions poétiques, les incantations magiques et l'interlude romantique entre Gabriela et Esteban, on ressent avant tout l'amertume, l'angoisse, les relents de haine et de mort qui imprègnent le récit. C'est lourd, sans compromis. On ne sort bien évidemment pas indemne d'une telle lecture, élégamment portée par l'interprétation de Michel Vigné, dont la voix rauque et grave nous accompagne dans cette traque sanglante. Une lecture pleine de ferveur et vibrante d'émotions.

Texte lu par Michel Vigné pour Écoutez Lire, Gallimard (durée : 11h 55)  - mai 2016

Challenge ABC Policier Thriller Challenge ABC Policier Thriller Challenge ABC Policier Thriller