Chez Clarabel (2)

Des livres, de la passion de lire et des dessous chics

02/07/09

La main de gloire ~ Jean Luc Bizien

la_main_de_gloireAyant beaucoup apprécié le volume précédent, La chambre mortuaire, je n'ai pas hésité à lire la suite des aventures de Sarah Englewood, jeune anglaise entrée au service de Simon Bloomberg, un aliéniste qui exerce son métier chez lui, dans sa maison-pyramide de la rue Mazarine, une sorte de cour des miracles, où il accueille ses patients avec lesquels il choisit de discuter pour mieux les guider vers la guérison. Cette méthode, pour l'époque, est absolument révolutionnaire et décriée par ses pairs !

Bref, de récents événements ont bouleversé la vie de Bloomberg (je maintiens le secret pour ceux qui n'ont pas lu le premier tome, car il s'agit d'éléments importants). L'homme est désormais apathique, et seul le dévouement de Sarah lui permet de ne pas sombrer dans une grave dépression. Tandis qu'à Paris l'exposition universelle bat son plein, les services de la Sûreté découvre en pleine rue une main momifiée puis des cadavres en chaîne. Raoul Mesnard et Léonce Desnoyers sont sur les dents, il faut comprendre vite cet imbroglio macabre et prendre de court la presse. Pour cela, ils sollicitent le jugement éclairé de l'aliéniste Bloomberg, en dépit de sa léthargie consternante. Qui sait ? Un dossier peut en chasser un autre...

Même si je vais être légèrement moins enthousiaste avec ce deuxième volume, je n'en demeure pas moins conquise et bien décidée à suivre cette série créée par JL Bizien. J'aime beaucoup les personnages, au charisme avéré, je trouve d'ailleurs très intéressant cet accompagnement livre après livre (à ce propos, il me semble quasiment indispensable d'avoir lu le premier pour bien comprendre celui-ci), le personnage de Simon Bloomberg est cette fois plus en retrait, de son côté Sarah Englewood pourrait bien vite avoir le rose aux joues, car courtisée elle risque de l'être ! Et par bien des prétendants. Quant aux deux inspecteurs, ils ont l'allure et le bagout imparables pour nous taper dans l'oeil.
Ce qui m'interpelle dans ce tome 2, c'est la part de documentation qui ressort trop et qui s'expose en marge de l'intrigue policière (laquelle se déploie très largement à mi-parcours). Franchement je n'ai pas été dérangée, mais il faut savoir que l'ambiance de la cour des miracles est atypique et hypnotisante. Tout le premier tome était consacré à sa part des mystères, à l'aura envoûtante et inquiétante. J'ai nettement ressenti un manque, la cour des miracles est ici beaucoup trop pâle. A contrario, on y croise Buffalo Bill, ou le magicien chinois Chung Ling Soo. Et trop de didactique concernant l'Expo de Paris, aussi. Dans les premiers chapitres, essentiellement.
Ceci n'enlève en rien les qualités de cette très bonne série que je vous invite à découvrir et suivre sans tarder. C'est le défaut d'aimer très fort un premier livre et d'en espérer autant avec le suivant, la frustration est le plus souvent au rendez-vous. Car je le répète, cette nouvelle série chez les Grands Détectives a de beaux jours devant elle ! 

10/18 Grands Détectives, 2009 - 250 pages - 7,90€

Merci l'auteur ! Et vivement le prochain. ;o)

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07/06/09

Vengeances romaines ~ Gilda Piersanti

vengeances_romainesEn tournant la dernière page de Jaune Caravage, qui fermait le cycle des Saisons Meurtrières, j'avais émis le souhait (muet) de retrouver un autre cycle avec les personnages récurrents créés par Gilda Piersanti. J'ai donc été très heureuse d'apprendre la parution de Vengeances romaines, et à la fin de cette lecture je sais désormais qu'il y aura d'autres livres avec Mariella De Luca et sa coéquipière Silvia.

L'intrigue policière est bien nébuleuse dans ce roman, on signale la disparition d'une veuve, mère de famille, qui n'a plus donné signe de vie après le réveillon du Nouvel An. Dans le même temps, Silvia, subjuguée par une réfugiée roumaine, enquête également sur la disparition de sa mère, une badante arrivée en Italie, pour subvenir aux besoins de sa famille restée au pays. Et également, les agissements mystérieux d'un couple de personnes âgées les rendent de plus en plus suspects d'un crime qu'on ne saurait comprendre !

Au coeur de la cité romaine, l'histoire inscrit son rythme latin envoûtant, et riche culturellement (comme souvent, on retrouve des références à l'art qui participent à résoudre les affaires criminelles). Mariella est une jeune femme amoureuse, sa liaison avec Paolo la rend plus douce et posée, ce qui ravit son supérieur. Mais Silvia est plus soupçonneuse, intriguée par la chambre fermée à clef dans l'appartement luxueux du fiancé, incapable de saisir l'attachement de sa camarade. Cette insistance laisse présager un nuage sombre, et la belle romance pourrait y prendre ombrage.

Ce qui devient une signature dans cette série, c'est la présence des sentiments et de la nostalgie dans l'enquête policière, on n'y trouve pas du tout de cavalcades échevelées, de crimes sanguinolents. Le charme opère autrement, grâce à l'ambiance, à la personnalité des personnages, à la complexité de l'intrigue (trop de disparition, trop de vengeances voilées...). C'est toujours très bon de se plonger dans les romans de Gilda Piersanti. Ce titre ne fait pas exception à la règle. L'auteur a su étoffer une romance qui aurait pu virer plan-plan et qui, finalement, ouvre la porte de l'anti-chambre des tragédies romaines. Point de commedia dell'arte dans ce théâtre. C'est sombre, tendrement mélancolique. Ai-je besoin de préciser que je suis totalement sous le charme ?!
De plus, la fin de ce roman apporte des révélations stupéfiantes. Je suis impatiente de lire la suite des événéments.

Le Passage, 2009 - 260 pages - 18€

A signaler : Les 3 premiers volets des Saisons meurtrières sont déjà disponibles en poche, chez Pocket. rouge_abattoir vert_palatino bleu_catacombes  (plus d'infos en cliquant sur les couvertures)

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08/04/09

L'orgue de Quinte ~ Hervé Picart

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Frans Bogaert est en vacances à Provins. Il a confié sa précieuse boutique brugeoise, l'Arcamonde, aux mains de son assistante, la troublante et délicieuse miss L. (double parfait et confondant de l'actrice Lauren Bacall). Frans séjourne dans la maison de Lamartine avec son beau-père, Victor Brunel, qui vient d'emménager en France pour une raison personnelle (la disparition de sa fille, en fait) et se révèle un compagnon érudit et passionnant dans la cité provinoise.

Sur la place du marché, un dimanche matin, l'antiquaire fait la trouvaille d'un objet curieux, vendu comme étant l'orgue à liqueurs de des Esseintes (célèbre personnage du roman d'Huysmans). Bogaert flaire l'arnaque et marchande l'objet car sa curiosité est piquée au vif, il veut connaître le secret de cet objet. Avec délicatesse, il va le dépouiller, le caresser d'un fin pinceau et révéler des initiales gravées. Mais les découvertes ne s'arrêtent pas là !

Cette série décrite comme un roman-feuilleton en douze épisodes est définitivement un rendez-vous incontournable ! Ce volume 2 nous offre une aventure encore plus singulière, qui fourmille de passion, d'érudition et d'énigmes !

On retrouve avec bonheur le personnage de Frans Bogaert, l'antiquaire perspicace et gourmand de savoir, dans un cadre qui n'est plus Bruges (qui n'est pas totalement absente, merci la sublime Lauren qui intervient avec brio et beauté !). Provins n'a pas à rougir et se montre à la hauteur de toutes les espérances. La ville offre un cadre idyllique et historique, chargé de mystères, idéal pour alimenter l'intrigue, qui est tout bonnement extraordinaire, riche et excitante. On découvre l'histoire étonnante d'un maître-verrier, obsédé par sa quête du cristal parfait, mais inutile d'en lâcher plus.

Entre les lignes, on commence à percer une autre piste sur la disparition de Laura Bogaert, l'épouse de l'antiquaire, ce mystère (cf. Le dé d'Atanas) figure comme un fil rouge et la suite promet monts et merveilles. Comble de tout, ce texte est servi par une plume à faire pâlir d'envie, le style d'Hervé Picart est léché, fluide et agréable. Un régal.

Ne résistez plus ! C'est une perte de temps et d'énergie. Une impardonnable erreur, en plus !

Le Castor Astral, 2009 - 216 pages - 13€

Volume 1 : Le dé d'Atanas

Déja annoncés :  Le coeur de gloire (tome 3) en novembre 2009 -  La pendule endormie (tome 4) en mars 2010.

L'Arcamonde vous ouvre ses portes : http://arcamonde.hautetfort.com

Les recettes de l'Arcamonde :

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« Victor Brunel a tendu à son beau-fils un élégant verre ballon où danse un précieux liquide doré, qui happe la lumière pour mieux scintiller.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Du vin de glace. Cela ne peut que vous réchauffer, non ?
- Du vin de glace ? s'étonne Bogaert. De quoi s'agit-il ? Encore une de ces richesses de bouche de nos amis français ?
- Tout à fait. Ce régal est le produit miraculeux de la plus tardive des vendanges. Les vignerons alsaciens attendent que les premières fortes gelées viennent crisper les derniers pampres. Sous la peau fripée du raisin se produit alors une exceptionnelle concentration des sucres. Ainsi s'élabore ce divin breuvage, à mi-chemin entre un Riesling ancien et un vin de paille
.
»

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« Bogaert a commandé une grouse à l'hydromel. Il attaque la bête avec un bel entrain, la narine tout émoustillée par le fumet aigre-doux qui monte de son assiette. La chair du gibier, à l'arrière-goût de réglisse, se marie à merveille au miel de la sauce. Le régal lui fait baisser paupière.
- Excusez cette faiblesse, croit-il bon d'ajouter aussitôt, de peur de paraître excessivement ridicule ou gourmand. Ce plat est somptueux. Vraiment, cette grouse me grise. Vous auriez dû vous laisser tenter. Votre thon au poivre jaunet me semble un tantinet austère.
- Un peu d'austérité ne peut nuire au bonheur, monsieur Bogaert. C'est juste un condiment de vie comme un autre : elle produit une douceur aigrelette qui rappelle celle de votre grouse.
»

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31/03/09

Un tueur à Munich ~ Andrea Maria Schenkel

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Nous sommes en Allemagne, dans les années 30. Josef Kalteis est jugé, condamné coupable et exécuté par guillotine pour avoir violé, torturé et assassiné des jeunes filles, sans jamais reconnaître la gravité de ses actes. Le roman raconte avec quelle froideur et quelle folie l'homme a plongé dans cette spirale infernale, celle de la violence et de l'acharnement.

Le roman commence gentiment, lorsque la jeune et naïve Kathie arrive à Munich pour trouver une place de bonne. Au lieu de ça, elle se laissera séduire par la proposition d'une amie qui lui suggère de vivre de ses charmes pour obtenir un bel appartement, de ravissantes toilettes et un cadre de vie comme jamais sa mère n'aurait pu lui offrir. On suit longuement son parcours, avant de comprendre où l'auteur nous conduit, brouillant même les pistes en jalonnant l'histoire avec d'autres jeunes filles, qui seront enlevées, violées et massacrées, ou portées disparues. La plongée est lente, insupportable, pourtant le suspense est là, terriblement accrocheur, pas du tout pervers. 

L'histoire est d'autant plus percutante car on vit les tragédies en se glissant tour à tour dans la peau des proches, de la victime puis de l'assassin. Je ne sais pas quelle place est la plus terrifiante, parce que c'est systématique : l'angoisse monte, la peur s'associe à la panique, et la douleur se ressent très vite... C'est un livre abominable, très charnel malgré les apparences ! On sent des frissons sur tout le corps. Lorsque Joseph Kalteis, le tueur, intervient avec ses dépositions faites au juge - pas besoin de préciser l'incohérence de ses propos - ses discours nous prennent à la gorge, ils nous scotchent par leur teneur insensée. C'est tout simplement révoltant, mais cela dessine la mesquinerie de sa réflexion, ce type est un malade, certes, mais c'est aussi et surtout un traqueur.

Comme avec La Ferme du crime, Andrea Maria Schenkel s'est inspirée d'un fait divers, et nous livre un roman oppressant, accablant et déroutant. Le portrait du tueur de Munich nous pousse dans nos retranchements, c'est à la fois flippant et réussi, mais cela crée un profond malaise.

Actes Sud, coll. Actes Noirs, 2009 - 168 pages - 16€
traduit de l'allemand par Stéphanie Lux

Du même auteur, je vous rappelle la sortie en format poche de La ferme du crime ICI !

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19/03/09

La ferme du crime ~ Andrea Maria Schenkel

ferme_du_crimeUne ferme située dans un village de Bavière devient le théâtre de crimes abominables commis sur les membres d'une même famille : le patriarche, sa femme, leur fille et ses deux jeunes enfants. Les Danner n'étaient pas aimés, ils vivaient reclus et avaient leurs petits secrets qui provoquaient jalousie et convoitise dans le voisinage, mais est-ce que ça peut expliquer une telle férocité ? Et puis, les enfants ? On murmure partout que ce ne peut être que le geste d'un maniaque, ou d'un monstre qui passait par là, mais ce n'est pas possible que ce soit l'un d'eux. Il règne alors dans le village une ambiance glaciale, où la suspicion et la peur ont trouvé leurs marques.

Quelques années se sont écoulées, l'affaire avait fait grand bruit dans les journaux, pour autant le coupable n'a jamais été mis derrière les barreaux. Mais impossible d'oublier pareille histoire. Dans la réalité, un fait divers semblable a secoué l'opinion publique dans les années 20, et l'auteur Andrea-Maria Schenkel s'en inspire pour raconter son histoire, mais en la plaçant dans les années 50.

Et c'est un livre qu'on avale en une lampée, il est construit comme celui de Truman Capote (De sang-froid), car ce sont les témoins qui racontent toute l'histoire, lentement, progressivement. Il y a un vrai suspense, on tourne chaque page avec avidité, les chapitres sont courts, chaque témoignage apporte sa petite pièce au puzzle, et on en voit de toutes les couleurs ! C'est un excellent roman, noir de chez noir, et qui tient en haleine. On VEUT savoir, on est pris dans l'engrenage, et on ne lève pas le nez avant d'avoir tourné la dernière page.

La Ferme du crime a été classé meilleur roman criminel du printemps 2006 par les libraires allemands. C'est tout à fait mérité !

Actes Sud, coll. Actes Noirs, 2008 - 157 pages - 15€
traduit de l'allemand par Stéphanie Lux

Disponible en édition poche, collection Babel noir, dès le 1er Avril 2009 !

08/03/09

La dernière enquête du chevalier Dupin - Fabrice Bourland

512338EWG_L__SS500_En seulement 116 pages, cet ouvrage est décrit par l'auteur comme un jeu littéraire et un jeu de l'esprit. C'est dans cette optique que je l'envisage, pas autrement ! Peut-on s'imaginer que la mort mystérieuse de Gérard de Nerval allait trouver sa réponse dans ces quelques feuillets ? Avant d'y répondre, j'aimerais que vous repreniez la lecture des Portes du sommeil du même Fabrice Bourland, où l'on découvre ses détectives de l'étrange, Singleton en tête, de passage à Paris pour une autre affaire criminelle, et qui ambitionnait de résoudre le mystère Nerval. Le poète français a été retrouvé pendu à un soupirail, rue de la Vieille-Lanterne, quatre-vingt ans plus tôt. Ses proches amis sont contre l'hypothèse d'un suicide, l'affaire serait plus confidentielle et dépasserait les limites de l'entendement. 
Bon joueur, Bourland a choisi de griffonner un ouvrage à part pour l'énigme Nerval. Très bon choix de créer une mise en scène fidèle et époustouflante ! Pour faire simple, et sans trop dévoiler, on y trouve un bon ami narrateur, Randolph, et un fin limier qui ne compte plus ses exploits, le chevalier Dupin. A Paris, au milieu du 19ème siècle, nos deux compères vont enquêter sur la disparition du poète Nerval. La théorie rapportée est extravagante, mais l'histoire en elle-même est bien troussée, décrivant fidèlement une ville en pleine évolution, avec des personnages qui ne manquent ni de panache ni d'intelligence. On se laisse gagner par l'entrain, totalement transporté par ce voyage dans le temps. Et jusqu'à la dernière page, les révélations ne manquent pas et soulèvent un gentil sourire sur les lèvres du lecteur.
Agréable divertissement, et un joli hommage à la littérature en général (on y trouve, en plus des références, des clins d'oeil culottés mais pertinents). J'ai beaucoup aimé, bien évidemment.

10-18, 2009 - 116 pages - 6,60€

Du même auteur :

02/03/09

La chambre mortuaire - Jean Luc Bizien

51PL8DsiRoL__SS500_Paris, 1888. La réputation de Simon Bloomberg est quelque peu traînée dans la boue car ses méthodes d'aliéniste dérangent. Ses confrères colportent les rumeurs les plus folles sur le propriétaire de l'hôtel particulier de la rue Mazarine. Sarah Englewood, jeune sujette britannique échouée en France, vient d'obtenir une place de gouvernante dans ce lieu austère, décoré de bibelots étranges et de trésors archéologiques. On trouve aussi des chimpanzés dans une cage, des couloirs à n'en plus finir, une architecture pyramidale et des employés fantomatiques, tantôt revêches ou teigneux, mais compatissants. Pourquoi ? Un vrai mystère plane sur cette maison, les gouvernantes défilent et le docteur Bloomberg est évasif sur sa femme Elzbiéta, une égyptologue qui brille par son absence.

Un soir, en lisant le journal, Sarah découvre l'affaire de la rue Dauphine - un homme s'est jeté du toit de son immeuble et s'est écrasé sur la voie publique, offrant un spectacle répugnant. Mais elle ignore que le cadavre, amené à la morgue, a mystérieusement disparu en pleine nuit. Cette anomalie fait perdre toute raison scientifique aux enquêteurs, Léonce Desnoyers et Raoul Mesnard, qui ne sont pas au bout de leurs surprises !

Ce roman tient toutes les promesses. En adoptant un ton feuilletonesque, Jean-Luc Bizien a redonné vie à un Paris très 19ème siècle, très coloré et très étrange par instants. Ambiance :

« Paris est un océan de goudron ce soir.
Au coeur des ténèbres, la Seine s'étire paresseusement, reptile ventru à la formidable musculature. En cette morne soirée, Paris ne vit plus, Paris s'est éteint. Quelques épaves, l'esprit engourdi par l'absinthe ou la drogue, hantent encore ses ruelles. Les plus chanceux atteindront leur domicile sans heurts. Les autres tomberont sous les coups des crocheteurs, ou seront happés par les roues d'un fiacre jaillissant de nulle part. Des chiens trop maigres les regardent passer. Leurs yeux chassieux s'interrogent un instant : faudra-t-il disputer le territoire, défendre les déchets trouvés sur les pavés luisants ? Mais déjà les danseurs de l'aube s'éloignent. Leurs pieds lourds battent le pavé. L'écho va s'amenuisant. Le calme et le silence retombent.
L'ombre est de nouveau maîtresse.
»

Le couple Simon Bloomberg et Sarah Englewood offre également un joli cliché, l'homme paraît un peu rustre, on ne sait pas bien où est passée son épouse, et les nuits du docteur sont hantées par des cauchemars qui réveillent toute la maisonnée. Sarah est une jeune femme de toute beauté, curieuse et vive d'esprit. Elle s'émeut avec raison des faits bouleversants qu'elle découvre auprès de Bloomberg mais elle apprend vite, et elle n'est pas cette jouvencelle aux abois qui tomberait dans les pommes à force de côtoyer la cour des miracles de la rue Mazarine !

Un premier tome captivant, le suivant est annoncé pour début juillet.

10-18, 2009 - 430 pages - 8,60€

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A l’occasion de la sortie du livre de Jean-Luc Bizien “La chambre mortuaire” les éditions 10/18 ainsi que les sites Zonelivre et Plume libre vous offrent la possibilité de remporter l’un des 10 livres mis en jeu. Pour remporter l’un des dix livres mis en jeu, il vous suffit de répondre aux questions { Infos ici }  avant le 05/03/2009 à 23:59:59 . Une question subsidiaire départagera les gagnants. 

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06/02/09

Miracle à Speedy Motors - Alexander McCall Smith

« Raconter une histoire, comme tout ou presque dans cette vie, était toujours plus facile avec une tasse de thé entre les mains. »

61DjQUPgkUL__SS500_Je quitte le climat islandais, glacial et giflant, pour une destination plus exotique, plus chaude. En route pour le Botswana ! Il est temps de faire connaissance avec la célébrissime Precious Ramotswe, détective privée de son état. Autant dire que j'ai adoré ! C'est une femme pétillante, attachante, une femme intelligente, aimante. Elle est attentive, reçoit toutes les lettres de doléances de ses semblables, qu'elle lit scrupuleusement. Elle ne rechigne jamais à venir en aide, comme cette femme, Mma Sebina, qui recherche sa famille qu'elle ne connaît pas. Elle pense avoir été adoptée, mais sa mère est morte et a soufflé à l'infirmière qu'elle n'avait pas eu le temps d'annoncer une nouvelle très importante à sa fille. C'est comme chercher une aiguille dans une meule de foin ! Allez, une tasse de thé rouge et la journée peut commencer. Celle-ci s'annonce radieuse si Mma Makutsi, son assistante, pousse la porte de l'agence avec un sac de beignets. Mais c'est plus délicat si nous ne sommes pas un vendredi, car cela sous-entend que Mma Makutsi, avec ses grosses lunettes, a des soucis - probablement liés à ses récentes fiançailles. Qui sait ? Mma Makutsi n'est pas une femme commode, il faut du tact et de la patience pour la cerner. Le temps aidant, peut-être notre dame va s'adoucir et se mettre à parler... Mma Ramotswe refuse de s'inquiéter. Il faut dire aussi qu'elle a d'autres ennuis, comme de recevoir des lettres d'insultes dans son courrier pour l'agence. Elle s'en ouvre à son cher Mr J.L.B. Matekoni, qui pense très franchement que la plaisanterie a assez duré et que Mma Ramotswe doit cesser son activité de détective. C'est devenu trop dangereux.

Il faut savourer cette série, elle est reposante, dépaysante aussi. On y trouve, en plus de la douceur, du charme, du doigté, du flegme, de la sagesse. Des personnages hauts en couleurs. Des situations parfois burlesques. Des descriptions sur le décor botswanais, à couper le souffle. Des détails sur la culture africaine. Des réflexions sur les femmes, les vraies héroïnes, celles qui pourraient aider le continent, en pleine évolution, à se relever. Question enquête, il ne faut pas s'attendre à de l'action ni à du rebondissement en pagaille. C'est plutôt calme sur ce plan-là. Après, il faut savoir ce qu'on attend, ce qu'on cherche et ce qu'on espère. Je ne crois pas me tromper en affirmant que la série Mma Ramotswe est un vrai panier de fruits (ça donne la banane, la pêche etc.). C'est simple comme bonjour, et ça vous fait chaud au coeur. Vous allez en boire des litres de thé rouge à suivre ces aventures pleines de sourire ! C'est une série doudou !!! Foncez.

10-18, Coll. Grands Détectives, 2009 - 253 pages - 7,40€
Traduit de l'anglais par Elisabeth Kern

La série Mma Ramotswe comprend :

  • Mma Ramotswe Détective
  • Les larmes de la girage
  • Vague à l'âme au Botswana
  • La vie comme elle va
  • Les mots perdus du Kalahari
  • En charmante compagnie
  • 1 Cobra, 2 Souliers et beaucoup d'ennuis
  • Le bon mari de Zebra Drive
  • Miracle à Speedy Motors

Tous les titres sont disponibles chez 10-18.   

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05/02/09

Hiver arctique - Arnaldur Indridason

Hiver_ArctiqueVous le connaissez, Erlendur, l'homme qui soupire dès qu'on parle de disparition et / ou d'enfants (manque plus que les deux soient liés, c'est fichu!) ? Il s'enfonce dans son fauteuil, chez lui, à la nuit tombée, et il fume quelques cigarettes, le regard plongé dans le lointain. C'est qu'il n'est pas un gai luron, notre ami. Mais on le sait, Erlendur est notre chouchou depuis quatre romans noirs, alors même que le froid polaire islandais fond sur nous en nous statufiant, mais tant pis, on est fidèle et on trépigne : Erlendur is back !  En plus, c'est tellement en accord avec la météo du moment (il neige, il fait froid, le ciel est gris).
Alors que lui arrive-t-il, cette fois-ci ? Du moche, du très moche. D'entrée de jeu, Erlendur et ses enquêteurs inséparables, Elinborg et Sigurdur Oli, sont face au corps sans vie d'un petit garçon de dix ans. Il a été retrouvé sur le terrain de jeu près de son immeuble, l'enfant a été poignardé. Son frère aîné manque à l'appel. Est-il dans le coup, ou en sait-il trop ? Ce ne sont que des débuts de questions qui s'annoncent. Erlendur est sensible au chagrin de la mère, Sunee, qui est d'origine thaïlandaise, mariée à un islandais, puis divorcée.
Il faut doucement éplucher le contexte familial, discuter, rencontrer les proches, palabrer longtemps avec l'interprète, très envahissante. De fil en aiguille l'immigration est passée au crible, avec toutes les formes de violence que cela suscite. Dans le même temps, Erlendur est obsédé par la disparition d'une femme à l'histoire sentimentale alambiquée. Le coup de fil reçu sur son portable d'une femme en pleurs serait-il un signe ?

Plongez, frissonnez, vibrez, lisez en apnée... Comme le vin, les enquêtes d'Erlendur se bonifient avec le temps. Les vapeurs troubles du passé ont été dissipées, mais notre homme ne se débarrasse pas si facilement de son humeur mélancolique, ni de ses bagages encombrants (dans lesquels on retrouve ses enfants, sa liaison avec Valgerdur, la fin très proche de son ancien chef, Marion Briem). Une bonne série policière, c'est aussi la fioriture, pas seulement le noeud à démêler. Parce que les islandais, il faut le savoir, ont un goût prononcé pour la nonchalance, moins pour l'action. Le côté humain et faillible des personnages rend les romans d'Arnaldur Indridason plus poignants. De plus, il y a une bonne distance chez le lecteur par rapport aux névroses et aux déprimes de ce petit monde. C'est noir, d'accord, mais tendance mélodramatique. Il faut y avoir goûté une fois pour comprendre !

« Lorsque l'espoir avait décliné avec les jours avant de disparaître avec les semaines, les mois, les années, une sorte de torpeur laissée par l'événement avait pris le relais. Certains étaient arrivés à s'en préserver alors que d'autres, comme Erlendur, l'avaient cultivée en choisissant la douleur comme compagnon de route. » 

Métailié, 2009 - 335 pages - 19€
traduit de l'islandais par Eric Boury

Hiver arctique, Arnaldur Indridason

04/02/09

C'est pour toi que le rôdeur vient - Adrienne Maria Vrettos

51AE_q5ptcL__SS500_Il y a onze ans, à Pine Mountain, toute la communauté rurale a été marquée par l'enlèvement et la mort d'un petit garçon de cinq ans. Le coupable n'a jamais été arrêté et a longtemps hanté les cauchemars de Dylan et ses camarades, qui l'ont baptisé le Rôdeur. Le temps a passé, mais l'horreur réapparaît quand d'autres enfants sont portés disparus. La police est à cran car elle suppose que le Rôdeur est de retour dans la région. Dylan est terrorisée, mise en première ligne dans cette enquête difficile, car l'adolescente a un secret : elle a des visions des disparus, c'est une medium (comme Alison DuBois, dans la série tv !). Elle tente d'apporter son aide à la police, mais c'est toujours trop tard. C'est un poids qui est lourd à porter, d'autant qu'elle n'en parle à personne, sauf à sa mère issue d'une étrange famille de femmes déjantées. Son père a quitté le foyer depuis longtemps, sans avertir. Et cette absence est aussi douloureuse pour Dylan et sa mère, même si elles n'en parlent jamais. A l'école, Dylan cherche à se fondre dans la masse, en compagnie de ses inséparables copines - Pilar, Thea et MayBe. Arrive une nouvelle élève, Cate. Elle colle Dylan, veut comprendre sa vie et apprend son secret. Aussitôt, une étrange fascination morbide naît chez la jeune fille, qui dérange de plus en plus Dylan. Elle se sent coincée, et Pilar s'éloigne d'elle. C'est alors qu'une nouvelle disparition d'enfant est signalée, et cela plonge les habitants de Pine Mountain dans une angoisse exacerbée.

La fin est étonnante, l'intrigue est tellement bien tendue, décrivant l'univers rural, les habitudes des lycéens, les blagues vachardes et puis les rêves de Dylan, mystérieux et inquiétants, s'éclairant petit à petit. Je n'ai rien vu venir. J'ai été happée par l'histoire, par son ambiance et par la justesse des personnages. Tout est bien cadré, dans ce thriller redoutable qui se passe dans une petite ville américaine, très bien décrite d'ailleurs, on y prend pied. On trouve aussi un peu de surnaturel par les visions médiumniques de Dylan, cela participe intégralement au suspense. C'est prenant, totalement scotchant.
C'est un roman que j'ai eu bien du mal à reposer !

Thierry Magnier, achevé d'imprimer dans un flash, 2009 - 275 pages - 11€
traduit de l'anglais (USA) par Pierre Charras
 

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