27/06/17

Le Cri, de Nicolas Beuglet

LE CRIConvoquée en pleine nuit pour superviser la mort suspecte d'un patient de l'hôpital psychiatrique de Gaustad, près d'Oslo, l'inspectrice Sarah Geringën découvre une scène saisissante d'effroi - un type étranglé, la bouche ouverte dans un cri muet, une cicatrice sur le front - scène sur laquelle la direction aurait souhaité ne pas attirer l'attention de la police. Trop tard pour reculer. Sarah déterre rapidement des détails troublants, qui vont la lancer dans une enquête frénétique et haletante. Elle est bientôt rejointe par Christopher, un journaliste français, forcé de se mouiller pour sauver sa famille prise en otage par un vieil homme souffreteux. Celui-ci réclame vengeance et réponse aux nombreuses tortures endurées dans le plus grand secret, vraisemblablement sous le couvert de la science, et avec la complicité de la CIA. Plus le duo avance dans ce dédale infernal, plus il se heurte à des révélations qui dépassent l'entendement.

De son côté, le lecteur est lui aussi emporté par leur élan et participe aux recherches en adoptant le rythme trépidant, car tout va très, très vite. L'auteur alimente son intrigue de nombreuses séquences mouvementées, avec une multitude de rebondissements, et entraîne son lecteur dans cette agitation ambiante sans lui laisser le temps de souffler. Cette volonté d'aller vite pousse à enchaîner les chapitres et de se mettre au diapason de cette course effrénée. C'est tout à fait la même recette qu'un roman de Dan Brown, entre nous, tout est parfaitement huilé et mis au point pour titiller l'intérêt du public en le saucissonnant sur place pour connaître la suite du programme. Mais une fois cette exaltation passée, j'avoue m'être un peu lassée de la longue cavale des deux protagonistes. On slalome entre leur quête interminable et les théories fumeuses exhumées de leurs recherches... Le schéma classique mais monotone. De plus, les personnages sont creux, ne renvoient aucun charisme et s'éprennent l'un de l'autre de façon absurde et convenue. Mon enthousiasme du début a finalement été un peu douché.

J'ai donc apprécié la forme globale, la perspective d'une lecture de pure distraction, au rythme entraînant, même si son contenu n'a pas éveillé chez moi un vif intérêt. Olivier Prémel livre également une très bonne performance, vigoureuse et convaincante, qui rend l'écoute scotchante. L'univers de Nicolas Beuglet est lui aussi imprégné de nombreuses influences - on pense à Dan Brown, mais aussi à Bernard Minier - de quoi séduire les amateurs du genre. À défaut d'être originale, la lecture est finalement addictive.

Texte lu par Olivier Prémel (durée : 13h 51) - ©2016 XO Éditions (P)2017 Audiolib


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26/06/17

Tu ne perds rien pour attendre, de Janis Otsiemi

Tu ne perds rien pour attendre

Encore une excellente révélation tirée du label Sang Neuf des éditions Plon - le roman de Janis Otsiemi surprend par son efficacité, son intrigue bien ficelée, sa peinture du Gabon, son système judiciaire en toute impunité et ses révélations douces-amères...

Jean-Marc Ossavou est lieutenant de police à la Sûreté urbaine. Il traque les voyous, les violeurs, les criminels que la PJ a tendance à oublier, par désœuvrement ou surplus de boulot. Lui ne renonce jamais et traque jusqu'au boutisme la réponse aux affaires non résolues. Un soir, en rentrant chez lui, il croise sur la route une très belle femme, Svetlana, qui vient de terminer son service de serveuse au casino et qui cherche à rentrer chez elle. Notre homme la conduit jusqu'à sa porte, tente de discuter avec elle, mais Svetlana est assez évasive et secrète. Le lendemain, il se présente à nouveau devant sa maison, et tombe sur sa mère éplorée de chagrin - sa fille est morte, assassinée deux ans plus tôt. Ne sachant pourquoi son fantôme lui est apparu, Jean-Marc se décide néanmoins à relancer l'enquête et démasquer le coupable impuni. L'affaire est tortueuse, empesée par une omerta, mais notre flic ne lâche rien et n'hésite pas à enfoncer des portes ouvertes.

J'ai facilement lu ce roman d'une traite, il faut dire aussi que tout se prête à concourir à son bon déroulement - une intrigue passionnante, un cadre exotique fascinant, des crimes bien moches, qui soulignent aussi toute la vulnérabilité des femmes dans cette société gabonaise à deux vitesses. Les personnages sont des baroudeurs au cœur tendre, et même si les présentations sont assez succinctes, elles offrent une perspective de retrouvailles non négligeables. Du moins, je croise les doigts pour rencarder cette brigade dans de prochaines enquêtes, après tout ? Très bonne découverte, à la fois classique et riche en suspense, également la promesse d'une évasion d'un exotisme renversant.

SANG NEUF - 2017

 

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Un bref moment d'héroïsme, de Cédric Fabre

Un bref moment d'heroismeAncien reporter-photographe de guerre, Grégoire Lang a tout plaqué après avoir été témoin du drame de trop en Afrique. Replié à Marseille, où il vivote en participant à des combats clandestins, il a coutume de se mêler à des manifestations pour semer la pagaille par des méthodes musclées, et tente en parallèle de panser ses plaies auprès d'Old Mo, le père de son amoureuse décédée sur une plage en Tunisie.

Débarque un jour Awa, qui ravive les souvenirs du passé avec douleur. Elle a aujourd'hui un service à lui demander -  qu'il lui ramène son fils Arsène, placé dans une famille d'accueil. Lang obéit sans réfléchir, mais entend se servir du garçon pour convaincre Old Mo de ne pas mettre fin à ses jours. Dès lors, la vie de Lang va amorcer un changement de cap... avec en toile de fond du chaos, des non-dits, du chantage, de la baston, des fantômes.

On sait, dès le départ, où l'on met les pieds. L'ambiance est électrique, lourde, violente et insoutenable, mais on pressent une lecture extrêmement bonne et percutante. Et on ne se trompe pas. Ce roman - qui inaugure la nouvelle collection des éditions Plon, consacrée au roman noir - nous impressionne par son ton, sa maîtrise, son langage, sa tenue de route. J'ai vibré de la tête aux pieds en tournant les pages du livre, un vrai électrochoc, et ça m'a vachement plu. C'est brut de décoffrage, sombre, amer et incisif. Un roman nerveux et prenant. 

SANG NEUF - 2017

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02/06/17

Fin de ronde, de Stephen King

Fin de ronde Stephen KingBrady Hartsfield, alias Mr Mercedes, est de retour ! Nous l'avions abandonné sur son lit d'hôpital, dans un état végétatif irréversible, mis k-o par Bill Hodges et ses acolytes. Certaines révélations dans Carnets Noirs (Tome 2) avaient toutefois ébranlé nos certitudes pour finalement se confirmer et éprouver nos nerfs dans ce dernier tome de la série. 

Car - OUI - Brady Hartsfield est plus redoutable que jamais. Son esprit n'est pas mort et a déjà élaboré sa vengeance contre l'ancien flic à la retraite. Son but : en finir avec le massacre du City Center, hanter les rescapés et les pousser au suicide... Tout ça, tout ça. L'étendue de son pouvoir est hélas sidérante, l'engrenage actif et efficace, les victimes tombent comme des mouches. Complètement obsédé par ce taré, Bill Hodges ne cesse de vagabonder dans les couloirs du Kiner Memorial pour s'assurer du coma de Brady, scrutant la moindre évolution pour le livrer à la justice, mais peine perdue. Le docteur Babineau a d'ailleurs interdit de séjour le détective dans son service...  histoire d'avoir les coudées franches pour ses étranges expérimentations. Bref.

Au fur et à mesure de la lecture, on plonge plus concrètement dans les méandres du cerveau ravagé de notre désaxé, on suit également les tourments personnels de Bill (ses douleurs abdominales et ses pertes d'appétit ne sont pas anodines) et on retient un cri d'horreur à la découverte de la manipulation mentale capable de frapper vite et fort (on ne répètera jamais assez la dangerosité des écrans et la fascination hypnotisée qu'ils suscitent). Globalement le roman est bon et se lit avec rapidité car le rythme, l'énergie, le suspense ne manquent pas. Seule la fin est décevante - après une remarquable et progressive montée en tension, le roman s'essouffle et opte pour un dénouement convenu. Une solution hélas récurrente. C'est ainsi. Malgré tout, ce dernier tome opte pour l'originalité en mêlant avec ingéniosité le thriller au fantastique et en proposant une intrigue tour à tour nébuleuse et captivante. Un rendez-vous imparable.

Techniquement, Antoine Tomé reprend du micro pour Audiolib et nous ressert cette vilaine manie de donner aux rôles féminins des voix particulièrement hystériques - cf. Holly Trelawney, l'associée de Bill Hodges - ce qui provoque instinctivement une réaction épidermique. Résultat, je ne pouvais plus encadrer ce personnage, bien malgré elle, car j'étais incapable de faire abstraction de l'incarnation donnée par le jeu du comédien. Cette composition exagérée devient une expérience grinçante pour les oreilles (Monster de Bauwen, L'écorchée de Carrisi, Que ta volonté soit faite de Chattam). Plus de modération, moins de singerie, merci ! ☺

©2016 / 2017 Éditions Albin Michel / Audiolib. Traduit par Océane Bies et Nadine Gassie

(P)2016 Audiolib / Texte intégral lu par Antoine Tomé (durée : 14h 03)


Trilogie Bill Hodges disponible en téléchargement sur Audible

STEPHEN KING AUDIBLE

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16/05/17

Le Diable de la Tamise, d'Annelie Wendeberg

EN POCHE ! Sherlock Holmes fait la rencontre de l'étrange Dr Kronberg...

le diable de la tamise

Au cours de l'été 1889, le Dr Anton Kronberg, bactériologiste de renom, est appelé pour confirmer les traces suspicieuses de choléra sur une victime retrouvée morte dans la Tamise. Sur place, il y fait la rencontre de l'excentrique Sherlock Holmes, personnage nerveux et insupportable, qui lui inspire aussitôt une aversion épidermique. Il faut dire que le détective a mis à jour le secret inavouable de Kronberg en une poignée de mains et un simple coup d'œil. Anton Kronberg est en vérité une femme, Anna. Originaire d'Allemagne, où les études de médecine sont interdites aux femmes, puis exilée à Harvard, pour enfin exercer ses talents à Londres, Kronberg dupe son entourage depuis de longues années, mais au prix d'une incroyable mise en scène entourée de mille précautions. Elle a également choisi de vivre dans un quartier misérable, où elle tombe le masque et redevient Anna, infirmière à la coupe de cheveux peu conventionnelle, qui se faufile dans le dédale des rues puantes et crasseuses pour retrouver son amant, un crocheteur irlandais, et pour soigner les plus malchanceux. Son quotidien n'est pas sans risques, Anna en a conscience, malgré un moral d'acier et un tempérament de feu, elle redoute la découverte de sa vraie nature et de finir en prison. En attendant, notre affaire de macchabée va prendre un nouveau tournant pour remonter la piste d'un étrange réseau de trafics humains, sous couvert de servir les besoins de la science (un vaccin contre le tétanos), avec les dérives inhérentes aux ambitions dévorantes.

Le duo formé par Sherlock Holmes, à qui l'on prête une posture effacée et pleine de retenue, et le Dr Kronger, figure autrement plus complexe à cerner, est franchement détonnant ! Ces deux-là jouent un drôle de jeu entre attirance et répulsion, besoin de bousculer l'autre et prouver qui est le meilleur, un concours d'ego assez pesant au démarrage, car les deux parties se jaugent et font grincer des dents. Que d'arrogance !! Puis, ça se tasse car l'histoire finit par les convaincre que l'union fait la force, qu'une femme peut être aussi subtile et intelligente qu'un homme, qu'il y aura toujours l'inégalable Irene Adler, et désormais Anna Kronberg, remarquable pour son habileté au déguisement et sa vivacité d'esprit ! Toutefois, la perspective d'un trouble amoureux a failli me perdre. Pensez donc... Un mythe se meurt ! “Ses lèvres avaient la douceur de la soie. Tout à coup, mon cœur si peu raisonnable quitta ma poitrine pour aller s'installer dans la sienne. Je me demandais s'il avait remarqué le poids supplémentaire.” Huhuhu.

Mis à part ces petits détails, le livre se lit vite et bien. L'intrigue criminelle n'est pas époustouflante, mais reproduit efficacement une ambiance, un contexte, des enjeux médicaux etc. Bon point pour le décor. Je ne suis pas convaincue par l'esquisse des personnages, mais je reste curieuse de la suite de leurs aventures, ce roman étant le premier d'une trilogie. Cf. La dernière expérience, Presses de la Cité (2017).

10x18 Grands Détectives, 2017 - Trad. par Mélanie Blanc-Jouveaux (The Devil's Grin)


Meurtriers sans visage, de Henning Mankell

meurtriersUn matin d'hiver, en pleine campagne suédoise, un couple de paysans retraités est sauvagement assassiné dans leur ferme isolée. Seul détail incongru, le meurtrier a nourri le cheval avant de quitter les lieux. Kurt Wallander est perplexe. Sur son lit d'hôpital, l'épouse à l'agonie a murmuré avant de s'éteindre le mot “étranger” aux enquêteurs. L'information ayant hélas fuité, la presse se répand en propos acrimonieux et une flambée de violence se déclenche dans les rues d'Ystad, visant notamment le camp de réfugiés et les demandeurs d'asile.

L'inspecteur Wallander doit échapper aux raccourcis et ne pas tomber dans le piège des conclusions hâtives. Toutefois, notre homme est également préoccupé sur un plan personnel - il a 42 ans, sa femme vient de le quitter, sa fille refuse de le voir, son père fait des crises de démence sénile. La pression pèse sur ses épaules, Kurt est au bout du rouleau. Il se distingue pourtant par sa ténacité, refusant de rendre les armes, cherchant dans les moindres détails une réponse aux nombreuses interrogations qui entourent le meurtre des Lövgren, fouillant au passage dans leur passé, déterrant de vieux secrets de famille, dépouillant des coïncidences, débusquant les crapules... Il ne laissera rien au hasard.

Ce roman date de 1991 mais nous explose en pleine figure par son sujet - racisme et xénophobie, traitement des réfugiés, politique de sourds, une population en pleine dérive. Quel triste constat. Il s'agit également de la première enquête de l'inspecteur Wallander, personnage récurrent de la série policière de Henning Mankell, un anti-héros dépressif et déprimant, trop souvent exposé à la réalité douce-amère de la société suédoise et aux façades faussement lisses de ses contemporains. Un flic terriblement humain, avec ses failles, ses défauts, ses hésitations. On est loin du mythe de l'enquêteur aguerri !

Pour une raison que j'ignore, l'édition audio n'est accessible qu'aujourd'hui - Les Chiens de Riga remontant à 2009. C'est Marc-Henri Boisse qui nous embobine de sa voix rauque dans une interprétation sommaire, où l'on retrouve nos repères, un décor de désolation, le froid, la violence sous-jacente, la colère ronronnante, les bas instincts, le désœuvrement... C'est peut-être affaire de goût, mais je préfère lire Mankell durant la saison hivernale, car j'ai eu un peu de mal à me transposer dans son histoire alors que je baignais dans un contexte insouciant et ensoleillé. Mais le comédien fait le job, et puis c'est une valeur sûre, un bon classique du roman policier à la sauce nordique !

Texte interprété par Marc-Henri Boisse (durée : 9h 26) pour Sixtrid, 2017

Trad. Philippe Bouquet pour Christian Bourgois éditeur

 

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11/05/17

Agatha, es-tu là ? par Nicolas Perge & François Rivière

agatha es tu laS'inspirant de la mystérieuse disparition d'Agatha Christie, survenue le 3 décembre 1926, ce roman écrit à quatre mains déroule une histoire pour le moins inattendue et déstabilisante.

On découvre d'abord notre héroïne aux abois, réfugiée dans un hôtel à Harrogate sous un nom d'emprunt. Agatha apparaît plus groggy que jamais, déboussolée, déprimée, timorée... Bref. Elle ignore qu'une jeune journaliste intrépide, Alicia Weaver, est à ses trousses, ainsi que deux petites frappes aux méthodes peu orthodoxes, sans oublier le sémillant Arthur Conan Doyle, écrivain vieillissant, raillé publiquement pour sa passion pour le spiritisme. Que de monde, que de monde. L'intrigue s'attache ainsi à suivre tous ces personnages au gré d'une mise en scène impeccable et pertinente. C'est seulement au fil des chapitres que l'incongru s'impose, que l'invraisemblable s'installe. Des éléments viennent en effet troubler la belle mécanique et j'avoue avoir eu du mal à en accepter l'idée. C'est... inqualifiable. En somme, j'ai beaucoup aimé l'idée de départ du roman (associer en accroche les noms d'Agatha Christie et de Conan Doyle est très chic...). La description de l'époque et des lieux est authentique et palpable, j'avais le sentiment d'être sur place et d'évoluer au milieu du décor. C'est subtil, très raffiné. J'y étais donc sensible. Par contre, la conduite des événements m'a laissée perplexe. Les rencontres faites par Agatha au Swan Hydropathic Hotel viennent en effet bousculer la bonne coordination (tous des vautours!). C'est aussi soudain que brutal, sans liant, perturbant et inconfortable. Je ne pouvais concevoir que l'auteur du génial “Meurtre de Roger Ackroyd” tombe dans un tel traquenard, devienne une cible de choix, facile à manipuler ou à intimider. Le dénouement lui-même est hâtif, peu convaincant. 

Sans quoi, j'ai apprécié qu'on se penche sur le cas de Conan Doyle, lassé de son personnage de Sherlock Holmes, dépassé par la nouvelle vague des auteurs policiers qu'il découvre avec parcimonie, confiant ses états d'âme, ses doutes, ses absences... Il se pique d'intérêt pour ce fait divers et entend résoudre son mystère grâce au spiritisme. Il va d'ailleurs confier un gant de Mrs Christie à un médium, lequel va affirmer qu’elle est vivante et qu’elle ne va pas tarder à se montrer ! Cette anecdote est reprise dans le roman et pimente malicieusement l'enquête imaginée par Nicolas Perge et François Rivière. En gros, j'accuse le bandeau jaune du livre d'être trop réducteur et mensonger, car l'histoire nous entraîne dans une vaste ronde infernale où se mêlent des personnalités existantes ou fictives, toutes attirées par l'écrivain en déroute, laquelle donne une image d'elle peu glorieuse, veillant aussi à préserver ses secrets. C'est très loin de ce que j'avais imaginé ! Au final, le roman est bon, agréable à lire, mais ponctué de quelques zones de turbulence indélicates... Sans quoi, la lecture a le bon goût de nous faire voyager dans le temps. ☺

Éditions du Masque, 2017

25/04/17

Opération Napoléon, de Arnaldur Indridason

operation napoleonUn bombardier allemand s'écrase sur un glacier islandais, engloutissant son équipage et son chargement. Nous sommes en 1945. Les premiers enquêteurs font chou blanc pour retrouver la carcasse, laquelle refera surface cinquante ans plus tard - au grand dam de l'armée US. Celle-ci souhaite à tout prix effacer les traces de leur passage mais entretient les rumeurs à propos d'or volé aux juifs dans les camps. Au même moment, une équipe de sauveteurs islandais, en vadrouille dans la région, tombe nez à nez avec les militaires sur place. Parmi eux, le jeune Elias contacte par téléphone sa sœur avant d'être brutalement interpellé. Surprise par ce coup de fil, Kristin, une avocate au ministère des affaires étrangères, s'inquiète puis comprend que la situation n'est pas normale quand elle voit débarquer deux “men in black” dans son appartement. L'islandaise ne doit son salut qu'au hasard et fuit le plus vite possible jusqu'au Vatnajökull pour retrouver son frère en danger. Elle se tourne aussi vers un ami de la base américaine et s'embarque dans une aventure périlleuse et mouvementée, traquée par les forces spéciales, le gouvernement et son état major. Mais Kristin parvient à déjouer les pièges et prend tous les risques, tout en menant son enquête et en attisant la colère de ses poursuivants. Comment en est-elle arrivée là ? Tout ça pour une carcasse d'avion ! Quel lourd secret autour ? Pourquoi tant de précaution pour éloigner le public du site ? Et quel était le but réel de la mission originale ? Quid des conséquences de cet échec ? 

Changement de cap pour Arnaldur Indridason, qui nous éloigne de son commissaire Erlendur avec un roman d'espionnage, sur fond de 2nde guerre mondiale, de secret d'état et de théorie complotiste. L'auteur revient ainsi sur la présence contestée de l'armée américaine en Islande - sujet déjà esquissé dans Le lagon noir - et s'engage sur un sentier épineux en glissant des sous-entendus peu glorieux quant au rôle des américains dans le tournant de la guerre. Toutefois, l'histoire se lit sur la base d'une course-poursuite aux retournements multiples et, certes, improbables - Kristin est une héroïne qui vient à bout de tous les tueurs aguerris, seuls ses partenaires n'ont pas la même chance qu'elle. Là où elle passe, les témoins trépassent ! Qu'à cela ne tienne, la lecture se révèle prenante, avec un suspense impeccable, même si elle se noie aussi dans des détours et des faux-fuyants un peu redondants. Je n'ai pas autant accroché au personnage central de Kristin, comme c'est habituellement le cas avec notre commissaire de Reykjavik, mais j'apprécie toujours autant le décor islandais, son ambiance et ses paysages glacés, son esprit lunaire et son passé historique assez troublant.

Et puis il y a Thierry Janssen, lecteur pour Audiolib, une voix grave et dramatique qui pose le tableau et donne le ton du livre. J'ai, pour ainsi dire, apprécié mes retrouvailles avec l'auteur par son biais et ne suis qu'impatience pour découvrir son nouveau roman, Dans l'ombre, qui se réserve riche en surprises !

Audiolib, 2017 - Texte lu par Thierry Janssen (durée : 10h 08) - Trad. David Fauquemberg pour les éditions Métailié (2015)

24/04/17

La Daronne, de Hannelore Cayre

La DaronnePatience veuve Portefeux travaille pour la police en tant que traductrice-interprète judiciaire. Elle mène une petite vie très ordinaire, dans un appartement modeste dans le quartier chinois. Elle trime comme une folle pour payer l'encadrement médical de sa mère vieillissante et hargneuse, lui rend visite chaque semaine tout en retenant des bouffées d'angoisse et de haine à subir son acrimonie. Patience veuve Portefeux est aussi terne que sa vie, après avoir connu une enfance rocambolesque auprès de parents juifs, rescapés des camps, reconvertis en escrocs organisés, un mariage de princesse, une existence de rêve hélas brisée par la morte subite de son mari... Patience peine donc à joindre les deux bouts et trompe son ennui en s'attachant à une famille marocaine dont elle traduit les écoutes téléphoniques avant de débusquer leur important trafic de drogue. Un jour, comme ça, Patience décide d'y prendre part et se retrouve à la tête d'un stock de shit dans sa cave qu'elle va écouler au vu et au su de tous - dealers et flics compris. Patience veuve Portefeux est insoupçonnable, elle se fond dans le décor, elle a une longueur d'avance en magouillant les documents ou en discutant avec son petit ami, promu à la brigade des stups. Elle peut ainsi déjouer les embuscades sans frémir pour sa petite personne. Et franchement, quel pied ! C'est vachard, mordant, caustique et dérisoire. Hannelore Cayre nous sert sur un plateau sans napperon un portrait plein d'humour et de sarcasme de son personnage de Patience veuve Portefeux, figure atypique, hallucinante de détachement et de self-control, qui nous raconte sa vie plate et qui se dévoile d'une rouerie formidable. Sacrée bonne femme qui mène sa barque au gré du flux et du reflux des circonstances. On s'émerveille tout du long à la lecture de son parcours, et on se demande sincèrement comment cela va se terminer ! Emballez, c'est pesé. Voici un roman incisif, particulièrement bluffant et au suspense habilement troussé, qui rappelle aussi le bon goût des Chamonix ! ☺ 

"Un coup de foudre littéraire" pour Cuné, qui m'a donné envie de découvrir ce roman - Lire son enthousiasme contagieux ici.

Métailié, 2017 / Prix Le Point du polar européen - 2017

 

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18/04/17

Le piège de la Belle au bois dormant, de Mary Higgins Clark & Alafair Burke

le piege de la belleGrande première pour l'émission Suspicion ! Sa productrice Laurie Morvan reçoit “Casey la dingue” qui vient tout juste de sortir de prison, après quinze années d'incarcération pour le meurtre de son fiancé Hunter Raleigh.

Même si Casey a toujours clamé son innocence, expliquant qu'elle avait été droguée le soir du crime, les enquêteurs n'ont jamais cru sa version et ont mis l'accent sur son caractère jaloux et violent ayant entraîné la mort du petit fiancé de l'Amérique. Toute une nation s'est liguée contre Casey, et aujourd'hui encore, les journaux se déchaînent de la savoir libre et sous les feux de la rampe. Pour la première fois, l'équipe de Suspicion doit traiter une affaire selon le point de vue d'une condamnée. Une perspective déstabilisante pour Laurie, déjà paumée depuis le départ de son présentateur vedette, Alex Buckley, qui veut se consacrer à sa carrière d'avocat, et l'arrivée d'un jeune loup aux dents longues, Ryan Nichols, qu'elle accueille assez froidement. Sa rencontre avec Casey sera déterminante, et au diable les tentatives de dissuasion de ses proches qui pensent qu'elle perd son temps sur ce dossier jugé trop sulfureux !

C'est donc un nouveau défi pour Laurie, qui met en péril sa carrière, et dont la vie sentimentale est en perte de vitesse. Sa relation avec Alex est au point mort, sans compter que sa décision de quitter l'équipe n'est pas sans sonner le glas d'une idylle naissante. Laurie va longuement ruminer à ce sujet et se noyer dans ses atermoiements. L'affaire Casey Carter passe donc au second plan, dommage, j'attendais beaucoup de ce cold case glamour, où la beauté, la richesse, la convoitise et la politique ont détruit des familles et conduit au drame que l'on sait. Au final, l'intrigue manque cruellement de rigueur et se dénoue sur des révélations peu surprenantes. Je n'avais pas ressenti cette frustration depuis Le bleu de tes yeux, premier épisode de la série, où seule Mary Higgings Clark tenait la barre du navire. Par la suite, L'affaire Cendrillon et La mariée était en blanc ont su me réconcilier, grâce notamment à la touche contemporaine glissée par Alafair Burke pour moderniser la tournure criminelle. D'où la consternation dans ce roman un poil trop guindé, maniéré, sentimental et mielleux.

L'écoute est plaisante, Marcha Van Boven possède une voix douce et charmante, la magie opère instinctivement, mais le contenu est plat, lassant, peu croustillant. C'est de la mécanique bien huilée, fonctionnelle, convenue... et fade. C'est creux, oui, et néanmoins distrayant.

(P)2017 Audiolib / Texte lu par Marcha Van Boven (durée : 8h 13) - Trad. Anne Damour {The Sleeping Beauty Killer}