16/05/17

Le Diable de la Tamise, d'Annelie Wendeberg

EN POCHE ! Sherlock Holmes fait la rencontre de l'étrange Dr Kronberg...

le diable de la tamise

Au cours de l'été 1889, le Dr Anton Kronberg, bactériologiste de renom, est appelé pour confirmer les traces suspicieuses de choléra sur une victime retrouvée morte dans la Tamise. Sur place, il y fait la rencontre de l'excentrique Sherlock Holmes, personnage nerveux et insupportable, qui lui inspire aussitôt une aversion épidermique. Il faut dire que le détective a mis à jour le secret inavouable de Kronberg en une poignée de mains et un simple coup d'œil. Anton Kronberg est en vérité une femme, Anna. Originaire d'Allemagne, où les études de médecine sont interdites aux femmes, puis exilée à Harvard, pour enfin exercer ses talents à Londres, Kronberg dupe son entourage depuis de longues années, mais au prix d'une incroyable mise en scène entourée de mille précautions. Elle a également choisi de vivre dans un quartier misérable, où elle tombe le masque et redevient Anna, infirmière à la coupe de cheveux peu conventionnelle, qui se faufile dans le dédale des rues puantes et crasseuses pour retrouver son amant, un crocheteur irlandais, et pour soigner les plus malchanceux. Son quotidien n'est pas sans risques, Anna en a conscience, malgré un moral d'acier et un tempérament de feu, elle redoute la découverte de sa vraie nature et de finir en prison. En attendant, notre affaire de macchabée va prendre un nouveau tournant pour remonter la piste d'un étrange réseau de trafics humains, sous couvert de servir les besoins de la science (un vaccin contre le tétanos), avec les dérives inhérentes aux ambitions dévorantes.

Le duo formé par Sherlock Holmes, à qui l'on prête une posture effacée et pleine de retenue, et le Dr Kronger, figure autrement plus complexe à cerner, est franchement détonnant ! Ces deux-là jouent un drôle de jeu entre attirance et répulsion, besoin de bousculer l'autre et prouver qui est le meilleur, un concours d'ego assez pesant au démarrage, car les deux parties se jaugent et font grincer des dents. Que d'arrogance !! Puis, ça se tasse car l'histoire finit par les convaincre que l'union fait la force, qu'une femme peut être aussi subtile et intelligente qu'un homme, qu'il y aura toujours l'inégalable Irene Adler, et désormais Anna Kronberg, remarquable pour son habileté au déguisement et sa vivacité d'esprit ! Toutefois, la perspective d'un trouble amoureux a failli me perdre. Pensez donc... Un mythe se meurt ! “Ses lèvres avaient la douceur de la soie. Tout à coup, mon cœur si peu raisonnable quitta ma poitrine pour aller s'installer dans la sienne. Je me demandais s'il avait remarqué le poids supplémentaire.” Huhuhu.

Mis à part ces petits détails, le livre se lit vite et bien. L'intrigue criminelle n'est pas époustouflante, mais reproduit efficacement une ambiance, un contexte, des enjeux médicaux etc. Bon point pour le décor. Je ne suis pas convaincue par l'esquisse des personnages, mais je reste curieuse de la suite de leurs aventures, ce roman étant le premier d'une trilogie. Cf. La dernière expérience, Presses de la Cité (2017).

10x18 Grands Détectives, 2017 - Trad. par Mélanie Blanc-Jouveaux (The Devil's Grin)


Meurtriers sans visage, de Henning Mankell

meurtriersUn matin d'hiver, en pleine campagne suédoise, un couple de paysans retraités est sauvagement assassiné dans leur ferme isolée. Seul détail incongru, le meurtrier a nourri le cheval avant de quitter les lieux. Kurt Wallander est perplexe. Sur son lit d'hôpital, l'épouse à l'agonie a murmuré avant de s'éteindre le mot “étranger” aux enquêteurs. L'information ayant hélas fuité, la presse se répand en propos acrimonieux et une flambée de violence se déclenche dans les rues d'Ystad, visant notamment le camp de réfugiés et les demandeurs d'asile.

L'inspecteur Wallander doit échapper aux raccourcis et ne pas tomber dans le piège des conclusions hâtives. Toutefois, notre homme est également préoccupé sur un plan personnel - il a 42 ans, sa femme vient de le quitter, sa fille refuse de le voir, son père fait des crises de démence sénile. La pression pèse sur ses épaules, Kurt est au bout du rouleau. Il se distingue pourtant par sa ténacité, refusant de rendre les armes, cherchant dans les moindres détails une réponse aux nombreuses interrogations qui entourent le meurtre des Lövgren, fouillant au passage dans leur passé, déterrant de vieux secrets de famille, dépouillant des coïncidences, débusquant les crapules... Il ne laissera rien au hasard.

Ce roman date de 1991 mais nous explose en pleine figure par son sujet - racisme et xénophobie, traitement des réfugiés, politique de sourds, une population en pleine dérive. Quel triste constat. Il s'agit également de la première enquête de l'inspecteur Wallander, personnage récurrent de la série policière de Henning Mankell, un anti-héros dépressif et déprimant, trop souvent exposé à la réalité douce-amère de la société suédoise et aux façades faussement lisses de ses contemporains. Un flic terriblement humain, avec ses failles, ses défauts, ses hésitations. On est loin du mythe de l'enquêteur aguerri !

Pour une raison que j'ignore, l'édition audio n'est accessible qu'aujourd'hui - Les Chiens de Riga remontant à 2009. C'est Marc-Henri Boisse qui nous embobine de sa voix rauque dans une interprétation sommaire, où l'on retrouve nos repères, un décor de désolation, le froid, la violence sous-jacente, la colère ronronnante, les bas instincts, le désœuvrement... C'est peut-être affaire de goût, mais je préfère lire Mankell durant la saison hivernale, car j'ai eu un peu de mal à me transposer dans son histoire alors que je baignais dans un contexte insouciant et ensoleillé. Mais le comédien fait le job, et puis c'est une valeur sûre, un bon classique du roman policier à la sauce nordique !

Texte interprété par Marc-Henri Boisse (durée : 9h 26) pour Sixtrid, 2017

Trad. Philippe Bouquet pour Christian Bourgois éditeur

 

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11/05/17

Agatha, es-tu là ? par Nicolas Perge & François Rivière

agatha es tu laS'inspirant de la mystérieuse disparition d'Agatha Christie, survenue le 3 décembre 1926, ce roman écrit à quatre mains déroule une histoire pour le moins inattendue et déstabilisante.

On découvre d'abord notre héroïne aux abois, réfugiée dans un hôtel à Harrogate sous un nom d'emprunt. Agatha apparaît plus groggy que jamais, déboussolée, déprimée, timorée... Bref. Elle ignore qu'une jeune journaliste intrépide, Alicia Weaver, est à ses trousses, ainsi que deux petites frappes aux méthodes peu orthodoxes, sans oublier le sémillant Arthur Conan Doyle, écrivain vieillissant, raillé publiquement pour sa passion pour le spiritisme. Que de monde, que de monde. L'intrigue s'attache ainsi à suivre tous ces personnages au gré d'une mise en scène impeccable et pertinente. C'est seulement au fil des chapitres que l'incongru s'impose, que l'invraisemblable s'installe. Des éléments viennent en effet troubler la belle mécanique et j'avoue avoir eu du mal à en accepter l'idée. C'est... inqualifiable. En somme, j'ai beaucoup aimé l'idée de départ du roman (associer en accroche les noms d'Agatha Christie et de Conan Doyle est très chic...). La description de l'époque et des lieux est authentique et palpable, j'avais le sentiment d'être sur place et d'évoluer au milieu du décor. C'est subtil, très raffiné. J'y étais donc sensible. Par contre, la conduite des événements m'a laissée perplexe. Les rencontres faites par Agatha au Swan Hydropathic Hotel viennent en effet bousculer la bonne coordination (tous des vautours!). C'est aussi soudain que brutal, sans liant, perturbant et inconfortable. Je ne pouvais concevoir que l'auteur du génial “Meurtre de Roger Ackroyd” tombe dans un tel traquenard, devienne une cible de choix, facile à manipuler ou à intimider. Le dénouement lui-même est hâtif, peu convaincant. 

Sans quoi, j'ai apprécié qu'on se penche sur le cas de Conan Doyle, lassé de son personnage de Sherlock Holmes, dépassé par la nouvelle vague des auteurs policiers qu'il découvre avec parcimonie, confiant ses états d'âme, ses doutes, ses absences... Il se pique d'intérêt pour ce fait divers et entend résoudre son mystère grâce au spiritisme. Il va d'ailleurs confier un gant de Mrs Christie à un médium, lequel va affirmer qu’elle est vivante et qu’elle ne va pas tarder à se montrer ! Cette anecdote est reprise dans le roman et pimente malicieusement l'enquête imaginée par Nicolas Perge et François Rivière. En gros, j'accuse le bandeau jaune du livre d'être trop réducteur et mensonger, car l'histoire nous entraîne dans une vaste ronde infernale où se mêlent des personnalités existantes ou fictives, toutes attirées par l'écrivain en déroute, laquelle donne une image d'elle peu glorieuse, veillant aussi à préserver ses secrets. C'est très loin de ce que j'avais imaginé ! Au final, le roman est bon, agréable à lire, mais ponctué de quelques zones de turbulence indélicates... Sans quoi, la lecture a le bon goût de nous faire voyager dans le temps. ☺

Éditions du Masque, 2017

25/04/17

Opération Napoléon, de Arnaldur Indridason

operation napoleonUn bombardier allemand s'écrase sur un glacier islandais, engloutissant son équipage et son chargement. Nous sommes en 1945. Les premiers enquêteurs font chou blanc pour retrouver la carcasse, laquelle refera surface cinquante ans plus tard - au grand dam de l'armée US. Celle-ci souhaite à tout prix effacer les traces de leur passage mais entretient les rumeurs à propos d'or volé aux juifs dans les camps. Au même moment, une équipe de sauveteurs islandais, en vadrouille dans la région, tombe nez à nez avec les militaires sur place. Parmi eux, le jeune Elias contacte par téléphone sa sœur avant d'être brutalement interpellé. Surprise par ce coup de fil, Kristin, une avocate au ministère des affaires étrangères, s'inquiète puis comprend que la situation n'est pas normale quand elle voit débarquer deux “men in black” dans son appartement. L'islandaise ne doit son salut qu'au hasard et fuit le plus vite possible jusqu'au Vatnajökull pour retrouver son frère en danger. Elle se tourne aussi vers un ami de la base américaine et s'embarque dans une aventure périlleuse et mouvementée, traquée par les forces spéciales, le gouvernement et son état major. Mais Kristin parvient à déjouer les pièges et prend tous les risques, tout en menant son enquête et en attisant la colère de ses poursuivants. Comment en est-elle arrivée là ? Tout ça pour une carcasse d'avion ! Quel lourd secret autour ? Pourquoi tant de précaution pour éloigner le public du site ? Et quel était le but réel de la mission originale ? Quid des conséquences de cet échec ? 

Changement de cap pour Arnaldur Indridason, qui nous éloigne de son commissaire Erlendur avec un roman d'espionnage, sur fond de 2nde guerre mondiale, de secret d'état et de théorie complotiste. L'auteur revient ainsi sur la présence contestée de l'armée américaine en Islande - sujet déjà esquissé dans Le lagon noir - et s'engage sur un sentier épineux en glissant des sous-entendus peu glorieux quant au rôle des américains dans le tournant de la guerre. Toutefois, l'histoire se lit sur la base d'une course-poursuite aux retournements multiples et, certes, improbables - Kristin est une héroïne qui vient à bout de tous les tueurs aguerris, seuls ses partenaires n'ont pas la même chance qu'elle. Là où elle passe, les témoins trépassent ! Qu'à cela ne tienne, la lecture se révèle prenante, avec un suspense impeccable, même si elle se noie aussi dans des détours et des faux-fuyants un peu redondants. Je n'ai pas autant accroché au personnage central de Kristin, comme c'est habituellement le cas avec notre commissaire de Reykjavik, mais j'apprécie toujours autant le décor islandais, son ambiance et ses paysages glacés, son esprit lunaire et son passé historique assez troublant.

Et puis il y a Thierry Janssen, lecteur pour Audiolib, une voix grave et dramatique qui pose le tableau et donne le ton du livre. J'ai, pour ainsi dire, apprécié mes retrouvailles avec l'auteur par son biais et ne suis qu'impatience pour découvrir son nouveau roman, Dans l'ombre, qui se réserve riche en surprises !

Audiolib, 2017 - Texte lu par Thierry Janssen (durée : 10h 08) - Trad. David Fauquemberg pour les éditions Métailié (2015)

24/04/17

La Daronne, de Hannelore Cayre

La DaronnePatience veuve Portefeux travaille pour la police en tant que traductrice-interprète judiciaire. Elle mène une petite vie très ordinaire, dans un appartement modeste dans le quartier chinois. Elle trime comme une folle pour payer l'encadrement médical de sa mère vieillissante et hargneuse, lui rend visite chaque semaine tout en retenant des bouffées d'angoisse et de haine à subir son acrimonie. Patience veuve Portefeux est aussi terne que sa vie, après avoir connu une enfance rocambolesque auprès de parents juifs, rescapés des camps, reconvertis en escrocs organisés, un mariage de princesse, une existence de rêve hélas brisée par la morte subite de son mari... Patience peine donc à joindre les deux bouts et trompe son ennui en s'attachant à une famille marocaine dont elle traduit les écoutes téléphoniques avant de débusquer leur important trafic de drogue. Un jour, comme ça, Patience décide d'y prendre part et se retrouve à la tête d'un stock de shit dans sa cave qu'elle va écouler au vu et au su de tous - dealers et flics compris. Patience veuve Portefeux est insoupçonnable, elle se fond dans le décor, elle a une longueur d'avance en magouillant les documents ou en discutant avec son petit ami, promu à la brigade des stups. Elle peut ainsi déjouer les embuscades sans frémir pour sa petite personne. Et franchement, quel pied ! C'est vachard, mordant, caustique et dérisoire. Hannelore Cayre nous sert sur un plateau sans napperon un portrait plein d'humour et de sarcasme de son personnage de Patience veuve Portefeux, figure atypique, hallucinante de détachement et de self-control, qui nous raconte sa vie plate et qui se dévoile d'une rouerie formidable. Sacrée bonne femme qui mène sa barque au gré du flux et du reflux des circonstances. On s'émerveille tout du long à la lecture de son parcours, et on se demande sincèrement comment cela va se terminer ! Emballez, c'est pesé. Voici un roman incisif, particulièrement bluffant et au suspense habilement troussé, qui rappelle aussi le bon goût des Chamonix ! ☺ 

"Un coup de foudre littéraire" pour Cuné, qui m'a donné envie de découvrir ce roman - Lire son enthousiasme contagieux ici.

Métailié, 2017 / Prix Le Point du polar européen - 2017

 

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18/04/17

Le piège de la Belle au bois dormant, de Mary Higgins Clark & Alafair Burke

le piege de la belleGrande première pour l'émission Suspicion ! Sa productrice Laurie Morvan reçoit “Casey la dingue” qui vient tout juste de sortir de prison, après quinze années d'incarcération pour le meurtre de son fiancé Hunter Raleigh.

Même si Casey a toujours clamé son innocence, expliquant qu'elle avait été droguée le soir du crime, les enquêteurs n'ont jamais cru sa version et ont mis l'accent sur son caractère jaloux et violent ayant entraîné la mort du petit fiancé de l'Amérique. Toute une nation s'est liguée contre Casey, et aujourd'hui encore, les journaux se déchaînent de la savoir libre et sous les feux de la rampe. Pour la première fois, l'équipe de Suspicion doit traiter une affaire selon le point de vue d'une condamnée. Une perspective déstabilisante pour Laurie, déjà paumée depuis le départ de son présentateur vedette, Alex Buckley, qui veut se consacrer à sa carrière d'avocat, et l'arrivée d'un jeune loup aux dents longues, Ryan Nichols, qu'elle accueille assez froidement. Sa rencontre avec Casey sera déterminante, et au diable les tentatives de dissuasion de ses proches qui pensent qu'elle perd son temps sur ce dossier jugé trop sulfureux !

C'est donc un nouveau défi pour Laurie, qui met en péril sa carrière, et dont la vie sentimentale est en perte de vitesse. Sa relation avec Alex est au point mort, sans compter que sa décision de quitter l'équipe n'est pas sans sonner le glas d'une idylle naissante. Laurie va longuement ruminer à ce sujet et se noyer dans ses atermoiements. L'affaire Casey Carter passe donc au second plan, dommage, j'attendais beaucoup de ce cold case glamour, où la beauté, la richesse, la convoitise et la politique ont détruit des familles et conduit au drame que l'on sait. Au final, l'intrigue manque cruellement de rigueur et se dénoue sur des révélations peu surprenantes. Je n'avais pas ressenti cette frustration depuis Le bleu de tes yeux, premier épisode de la série, où seule Mary Higgings Clark tenait la barre du navire. Par la suite, L'affaire Cendrillon et La mariée était en blanc ont su me réconcilier, grâce notamment à la touche contemporaine glissée par Alafair Burke pour moderniser la tournure criminelle. D'où la consternation dans ce roman un poil trop guindé, maniéré, sentimental et mielleux.

L'écoute est plaisante, Marcha Van Boven possède une voix douce et charmante, la magie opère instinctivement, mais le contenu est plat, lassant, peu croustillant. C'est de la mécanique bien huilée, fonctionnelle, convenue... et fade. C'est creux, oui, et néanmoins distrayant.

(P)2017 Audiolib / Texte lu par Marcha Van Boven (durée : 8h 13) - Trad. Anne Damour {The Sleeping Beauty Killer}

 

10/04/17

Jeux de miroirs, de E.O Chirovici

jeux de miroirsPeter Katz est un agent littéraire influent à New York et habitué de recevoir des sollicitations de toutes parts, mais c'est en découvrant un manuscrit partiel d'un certain Richard Flynn que son intérêt va être fortement émoustillé. Alors qu'il était étudiant à Princeton, celui-ci revient sur sa rencontre avec la sublime Laura Baines, sa nouvelle colocataire, et le professeur Joseph Wieder, un éminent spécialiste en psychologie cognitive qui va être assassiné chez lui. Gros scandale sur le campus. Ont évidemment suivi des tonnes de supputations, un défilé de suspects, puis le coupable idéal, avec toutefois des questions ouvertes et le doute d'une erreur judiciaire. Au moment de contacter l'auteur, Katz apprend qu'il est décédé et ne dispose pas de la suite du manuscrit. Frustré, il confie au journaliste John Keller la mission de se réapproprier l'enquête pour démêler le vrai du faux, puis c'est au tour d'un ancien policier, Roy Freeman, de reprendre le flambeau. On obtient ainsi un roman au schéma aussi tortueux que La Vérité sur l'affaire Harry Quebert, mais en format plus court (300 pages, soit 7h 30 d'écoute), ce qui rend la lecture plus percutante et vorace. Le principe est cependant le même - bousculer le lecteur dans ses acquis et l'embrouiller dans ses perceptions et autres interprétations de l'intrigue. Celle-ci joue en effet de faux-semblants et de chausse-trappes qui remettent rapidement tout en question. C'est diabolique, pour qui aime les rebondissements et les théories à l'envi. En ce qui me concerne, ma curiosité a été judicieusement piquée à vif et ma lecture grandement motivée ! Je n'ai pas vu le temps passer, j'ai englouti le tout très vite. C'est super efficace et astucieux, après je ne pense pas que ce roman me laissera un souvenir impérissable non plus, mais au moins j'ai passé un bon moment, le temps d'un weekend de détente. Texte lu par Vincent Schmitt pour une écoute tout à fait distrayante.

 

Audiolib, mars 2017 - Texte lu par Vincent Schmitt (durée : 7h 30) / Trad. Isabelle Maillet pour Les Escales, un département d'Édi8 [The Book of Mirrors]

09/04/17

Représailles, de Hans Koppel

represaillesCette couverture flippante donne une bonne indication de l'inconfort ressenti à la lecture du roman. Je ne suis clairement pas fan, mais j'ai passé outre pour me plonger dans une histoire au scénario navrant et implacable. Cela commence par un simple article dans un journal. Calle Collin a coutume de dresser des portraits de défunts à la demande des familles éplorées. C'est ainsi qu'il rencontre Margit Svensson, son fils Mattias et la maîtresse de celui-ci, Sara Vallgren. Calle écoute cette mère endeuillée lui parler de son fils Kent, victime innocente d'un chauffard ayant pris la fuite après son crime. Lorsque l'article est enfin publié, Calle ignore encore le fumier qu'il va remuer. Car cet article mielleux ravive la douleur d'Anders Malmberg. Aujourd'hui célèbre pour ses chroniques sulfureuses, il n'a jamais oublié ses années d'école où il était victime des brimades de ses camarades, dont un certain Kent Svensson. Anders réplique aussitôt en éditant à son tour un bulletin acrimonieux, qui va profondément blesser la famille du disparu et provoquer leur courroux. Après quoi, une avalanche de violence va se répandre sur les uns et les autres. Le couple infernal, formé par Mattias et Sara, va notamment orchestrer une vendetta féroce pour remettre de l'ordre dans leur business, mais aussi pour rappeler à ces “journaleux” qu'ils ne peuvent pas écrire ce qu'ils veulent en toute impunité. Deux enquêteurs de police vont également rôder non loin de nos suspects, emboîtant péniblement les pièces du puzzle, souvent avec un temps de retard. En somme, le roman nous glace d'effroi pour l'étendue de représailles exercées sans état d'âme dans un petit cercle de braves gens confrontés au pire de l'espèce humaine. Le scénario n'a sans doute rien d'exceptionnel, mais il a réussi à me tenir en haleine grâce à son arrangement minutieux et pertinent. J'ai d'ailleurs lu ce roman d'une traite, scotchée par l'engrenage infernal qui se déploie sous nos yeux. Effroyable et sidérant.

Presses de la Cité, 2017 - Trad. du suédois par Hélène Hervieu [Om döda ont]

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31/03/17

Le somnambule, de Sebastian Fitzek

Le somnambuleLeo découvre un matin son épouse Nathalie en train de plier bagage et lui annoncer sans ménagement qu'elle le quitte. L'homme est ahuri, mais effrayé en réalisant qu'elle a été récemment agressée. Refusant tout dialogue, Nathalie sort de l'appartement, sans un regard en arrière. Leo est tétanisé sur place, quand il comprend que ses crises de somnambulisme ont hélas repris. Il en a souffert durant toute son enfance, a suivi une thérapie auprès du docteur Volwarth et comprend aujourd'hui qu'il doit le recontacter pour se soigner. Leo, ensuite, s'enferme chez lui. À partir de là, il se met en tête d'explorer les moindres recoins de son habitat, de chercher les traces de ses errances nocturnes pour s'expliquer la défection de son épouse, laquelle semblait vraisemblablement protéger quelques facettes secrètes. Avec l'aide d'une caméra embarquée, il va filmer ses crises et plonger dans des abîmes d'une noirceur et d'une violence sidérantes.

Il revient alors au lecteur de bien s'accrocher pour suivre le mouvement ! Car l'histoire est particulièrement tortueuse et nous conduit dans un insupportable dédale d'informations, de révélations et de retentissements. À force d'en subir les répercussions, j'ai ressenti un vif malaise. Et plus j'avançais dans l'histoire, plus je me sentais dans un état cotonneux, usée par la tension psychologique et par le flou artistique trop poussé. Le contexte du huis clos accentue également cette impression. On ne sait plus ce qui est réel, imaginaire, subconscient ou rêvé. C'est certes volontaire, mais disons qu'avec 300 pages de lecture - soit 7 heures approximativement en livre audio - j'ai bizarrement éprouvé les limites de la saturation. Le rythme est dense, les événements s'enchevêtrant sans cesse pour troubler les perceptions, seulement ce schéma a fini par me lasser. En gros, je n'ai pas aimé errer à l'aveugle, perdue dans le brouillard, avec toutes mes convictions constamment remises à plat. Je n'en pouvais plus. Exception faite pour Thérapie, j'ai souvent été de déconvenue en déconvenue avec les romans de S. Fitzek. Ce sont des lectures calibrées au millimètre près pour embarquer le public (suspense, rebondissements, tension, etc.), mais elles aiment également flirter avec des psychoses ou des personnages sur la corde raide dans un jeu tendu, stressant et souvent dérangeant. Un procédé harassant, pour ma part.

L'Archipel, 2017 - Trad. Céline Maurice [Der Nachtwandler]

>> On retrouve François Montagut pour Audible Studios dans le registre du personnage borderline. Son interprétation hystérique prête toujours à confusion, d'un côté elle renforce la sensation d'angoisse et rend le suspense palpable, d'un autre elle renvoie l'intrigue et les personnages dans des confins vertigineux et dérangeants. Une expérience inconfortable mais saisissante.

>> Disponible en téléchargement ICI.

Le somnambule | Livre audio

©2017 L'Archipel. Traduit de l'allemand par Céline Maurice (P)2017 Audible Studios

 

30/03/17

Dôme #1, de Stephen King

Premier tome. Le Dôme : personne n'y entre, personne n'en sort.

Dome AudiolibLorsque la série tv a été diffusée pour la première fois, il y a quatre ans, un soir d'Halloween (pour l'anecdote, j'étais confinée dans ma chambre, tandis que mon adolescente de fille recevait ses amis pour faire la fête), ma curiosité a été naturellement piquée par cette adaptation du roman de Stephen King. Cela m'embêtait un peu de la regarder, car je préfère me plonger dans les livres d'abord. Finalement, j'ai suivi la saison 1, le temps a passé (ma fille a changé son cercle d'amis) et j'ai récemment sauté sur l'occasion du titre proposé en version audio, en exclusivité sur Audible - on ne change pas une équipe qui gagne. ^-^ C'était là aussi non sans crainte, car la perspective de me lancer dans un marathon de lecture qui dure pas moins de 21 heures ne m'emballait pas des masses. Gloups. En définitif, mon verdict est globalement positif. J'ai avant tout été rassurée de constater que les deux supports (roman / série tv) ne collaient pas pile poil, j'ai ainsi pu avancer à l'aveugle dans la lecture, appréciant de redécouvrir une histoire dont les principaux ressorts avaient certes inspiré Brian K. Vaughan pour le réseau CBS, mais sans proprement suivre la ligne conductrice. 

On a néanmoins le même point de départ. Un jour, la paroi invisible d'un dôme s'abat sur la petite ville de Chester's Mill, dans le Maine, pour l'isoler du reste du monde. L'armée et le gouvernement plaident non coupables, mais la situation est évidemment inquiétante. Les habitants sont livrés à eux-mêmes, mais ne doutent pas de l'efficacité des forces du pays pour les tirer de ce cauchemar. En attendant la solution-miracle, un nouvel ordre s'établit dans leur communauté, oscillant entre une foi aveugle en Big Jim Rennie, leur deuxième conseiller municipal, ou entre Dale Barbara, simple cuisinier du Sweetbriar Rose, mais accessoirement vétéran de l'armée. La cohabitation n'est cependant guère possible, Big Jim ayant tissé un réseau de petites combines mafieuses, il entend profiter de l'occasion pour grossir son influence et s'enrichir à titre personnel. Le type est donc prêt à tout pour atteindre ses objectifs et pousse la population à adopter sa logique, sous peine de sanctions radicales. C'est donc ce sur quoi s'appuie S. King pour nous embarquer dans son univers - flippant, écœurant, oppressant. L'histoire est beaucoup plus noire, plus vulgaire et plus sournoise que le scénario de la série tv. Aucune comparaison possible. La dimension fantastique est moins présente, au profit d'une psychose ambiante résolument palpable et redoutable. Ajoutez une interprétation par François Montagut qui frise souvent l'hystérie, mais qui participe à sa façon à nous mettre les nerfs en pelote, et vous obtenez une “vague idée” de la sensation ressentie à l'écoute de ce roman particulièrement vicieux et addictif ! La suite est déjà disponible. 

Série : Dôme, Livre 1 - Lu par : François Montagut (durée : 21 h 33) pour Audible Studios / Janv. 2017

>> Texte intégral disponible en exclusivité et en téléchargement sur Audible.

©2011 Albin Michel - Trad. William Olivier Desmond (P)2017 Audible FR

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