27/10/15

Le Tribunal des Âmes, de Donato Carrisi

LE TRIBUNAL DES ÂMES

Rome. Sa dolce vita, son Capitole, ses foules de pèlerins, ses hordes de touristes, sa pluie battante, ses sombres ruelles, ses labyrinthes souterrains et ses meurtriers insaisissables. Avec une telle accroche, comment résister aux appels des sirènes ? (Et puis j'avais commencé par erreur Malefico, où l'on retrouve les personnages clefs du Tribunal des âmes, d'où la nécessité de reprendre les présentations dans les règles de l'art. Je suis pointilleuse.)

Donato Carrisi a contre lui d'être trop plébiscité et généralement attendu au tournant (cf. Le chuchoteur, puis L'écorchée). Lui et moi entretenons donc une relation incertaine et qui se cherche encore. ;-) Mais l'idée de plonger dans les arcanes de Rome, au sein d'une confrérie secrète et protégée par l'église, m'attirait grandement. On y découvre un homme sans histoire, sans passé, Marcus, qui a été blessé un an plus tôt et a perdu la mémoire. Il tente malgré tout de recoller les morceaux, de forcer ses souvenirs à renaître de leurs cendres, tout en travaillant à côté pour contribuer, de façon incognito, à résoudre des enquêtes. Il a en effet la capacité d'analyser les scènes de crime, d'en ressentir les ondes maléfiques et de visualiser des éléments déterminants. Il a ainsi été sollicité pour comprendre  la disparition d’une jeune étudiante, qu'on suppose avoir été kidnappée par un serial killer. Le temps presse et la police est au taquet. Mais l'histoire bifurque vers d'autres chemins en nous attirant vers Sandra Vega, une enquêtrice photo qui bosse pour la scientifique. Veuve depuis un an (son mari, grand reporter, a fait une chute accidentelle alors qu'il était en déplacement professionnel), elle cherche à accepter sa mort en récoltant des indices mais est de plus en plus mal à l'aise par ce qu'elle découvre et doit se rendre à Rome pour obtenir des réponses concrètes.

On sent poindre la corrélation des deux intrigues, en anticipant le champ des possibles, mais ce serait sous-estimer l'imagination scabreuse du romancier italien. La narration en double perspective, entrecoupée de flashbacks, offre ici l'occasion de dérouler le fil d'une histoire longue et tortueuse, mais qui tient la distance. La lecture est certes captivante, avec du suspense à revendre et des rebondissements à tous les étages. Elle n'en est pas moins déroutante à suivre (le format audio oblige une concentration sans faille). On emprunte aussi des tours et des détours qui nous paraissent interminables, au bout d'un moment ça suffit, il est temps d'abréger le supplice. Puis, après avoir enduré un tel parcours du combattant, on est rattrapé par l'excitation d'un final en apothéose, complètement bluffant, et qui agacerait presque. L'auteur applique sa sempiternelle formule, laquelle consiste à nous manipuler jusqu'à plus soif, au risque d'en faire trop. J'espère maintenant que la suite (Malefico) apportera des précisions sur des points laissés en suspens.

Audiolib / Mai 2012 ♦ Texte lu par Jean-Michel Vovk (12h 55) ♦ Traduit par Anaïs Bokobza pour  les éditions Calmann Levy (Il tribunale delle anime)


20/10/15

Étape 4 #Challenge Halloween : un auteur qui vous hante depuis des années…

Étape 4 : Le 20 octobre
La fin de cette randonnée vous a entrainés vers un cimetière de campagne, isolé, à des kilomètres du prochain village. Au détour d'une allée, vous vous penchez pour lire une inscription. "Ci-gît"...
A vous de décider qui est censé résider à cet endroit : une célébrité locale chez les créatures ou un auteur qui vous hante depuis des années…

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Stieg Larsson, auteur de la série Millenium (publiée en Suède entre 2005 et 2007)
décédé d'une crise cardiaque le 9 novembre 2004 

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Je débarque après tout le monde, en me lançant seulement maintenant dans la lecture de cette série à succès (alors même que vient de paraître un quatrième titre, écrit par l’auteur suédois David Lagercrantz, d’après les personnages créés par Stieg Larsson). Youhou ! Je ne me sens même pas has-been. Juste fabuleusement rebelle ! ;-) Et sinon, cette lecture ? C'était si bien que ça ? 

Pour la petite histoire. Mikael Blomkvist, rédacteur de la revue “Millénium”, traverse une mauvaise passe depuis qu'il s'est cassé les dents contre un ponte de l'économie, en perdant son procès pour diffamation. Pour se sortir de cette impasse, il accepte de rendre service à l'industriel Henrik Vanger, qui cherche à comprendre les raisons de la disparition de sa nièce Harriet, seize ans au moment des faits. Mikael prend ses quartiers sur l'île de Hedestad et se plonge quarante ans en arrière dans les secrets de la famille Vanger. Il sera assisté d'une redoutable chasseuse d'infos introuvables -Lisbeth Salander- au caractère tranchant et aux méthodes aguerries. 

Le risque, quand on se lance dans une lecture portée aux nues, c'est d'estimer logique d'être épatée en applaudissant bien fort des deux mains tellement c'est bon et fort et époustouflant. À la hauteur des attentes, donc. C'est aussi le problème, voyez-vous. En me lançant dans cette lecture (tome 1), j'ignorais ABSOLUMENT TOUT de l'histoire. J'avais réussi à passer à travers les résumés, les commentaires, les séries et les films existant sur le marché. J'étais une terre en friche qui ne demandait qu'à être cultivée. ^-^ C'était aussi mon challenge de l'été - sous le soleil, au bord de la piscine, sur le transat... j'écoutais Millenium et je découvrais Lisbeth Salander. J'avoue, je ne suis pas tombée à la renverse. Lisbeth est une jeune femme sur la corde raide, qui m'a souvent laissée sceptique (les scènes de torture, d'entrée de jeu... ahem). Je conçois cependant qu'elle dégage un certain charme canaille et une fragilité sous la façade qui ne demande qu'à être explorée. Mikael Blomkvist, par contre, m'a inspiré une vive antipathie (sa façon de traiter les femmes)... c'en est rageant. Ceci dit, l'histoire, aussi longue soit-elle, est captivante, tortueuse, fouillée et mystérieuse à souhait car elle relève principalement d'un secret de famille à dépiecer au scalpel. 

Voici donc pour une première approche, suffisamment concluante pour me lancer dans la suite ! 

LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS LES FEMMES - MILLÉNIUM 1 ♦ Audiolib / Juin 2008 ♦ Texte lu par Emmanuel Dekoninck (durée : 17h 45) ♦ Traduit par Lena Grumbach & Marc De Gouvenain (Män som hatar kvinnor) pour les éditions Actes Sud

Une autre vie, de S.J. Watson

UNE AUTRE VIE

En apparence, l'histoire est simple. Julia mène une vie rangée auprès de son mari et de leur fils Connor, qu'ils ont adopté dès son jeune âge à sa sœur Kate, alors désœuvrée et complètement dépassée par la maternité. Celle-ci vit désormais à Paris, où elle reprend les rênes de son destin avec fermeté. Du moins, c'était avant d'apprendre qu'on a retrouvé son corps assassiné dans une ruelle, vraisemblablement victime d'une agression. Son amie Anna est bouleversée. Lorsqu'elle reçoit la visite de Julia, elle lui apprend que Kate aimait fréquenter des sites de rencontres et flirtait en ligne pour s'amuser. Persuadée que sa sœur y a décroché son rendez-vous fatal, Julia décide de suivre ses traces et mène son enquête sur internet. Mais le piège se referme sur elle - même si Julia sent rapidement monter les frissons de l'interdit et de la nouveauté, elle est grisée par ce jeu dangereux qui l'extirpe de sa torpeur et lui fait découvrir une facette d'elle plus sensuelle et libérée. 

Donc, oui en apparence l'histoire paraît rebattue et sans surprise, à nous entraîner dans les tourments d'une femme infidèle, hantée par son passé et l'assassinat de sa sœur, qui sombre page après page dans un adultère compromettant. Mais la lecture parvient à nous saisir à la gorge et à nous faire ressentir un éventail d'émotions. J'ai souvent été agacée par le personnage de Julia, par sa faiblesse et ses choix, alors qu'ils participent grandement à l'action et imposent une pression constante, et pourtant je lui accorde aussi des circonstances atténuantes, malgré ce doute qui enfle et qui gronde face à ses décisions. L'auteur a réussi un sacré tour de force à nous tenir en haleine, puis à défiler les étapes d'une intrigue a priori banale et néanmoins polluée par les spectres du harcèlement obsessionnel. C'est à la fois lancinant, horrible et fascinant. Ce deuxième roman de S.J Watson n'est sans doute pas aussi stupéfiant que son prédécesseur, mais joue habilement avec nos nerfs et distille un suspense efficace et grinçant. Pas mal du tout.

Sonatine / Octobre 2015 ♦ Traduit par Sophie Aslanides (Second Life)

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19/10/15

En poche : Cadavre 19, de Belinda Bauer

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Patrick, étudiant en anatomie, a choisi cette spécialité pour mieux comprendre la mort. Selon son professeur, les cadavres ne parlent pas mais ont tout à délivrer. En salle d'autopsie, face à un corps anonyme, estampillé Cadavre 19, Patrick et ses camarades épluchent, décortiquent, classent, cataloguent, analysent bout par bout. Leur but étant de découvrir la cause du décès. Et non l'identité du mort. Mais Patrick fait tout de travers. Il a besoin de savoir et d'éclaircir tout ce qu'il voit, entreprend, entend, découvre. Il est atteint du syndrome d'Asperger, mais est également hanté par la mort de son père, fauché par un chauffard en fuite, sous ses yeux de môme ahuri. Il s'entête donc autour du Cadavre 19 et d'une maudite cacahuète, allant jusqu'à braver les interdictions et emprunter des sentiers périlleux. L'histoire nous réserve bien d'autres surprises, comme de suivre le quotidien d'un service de réanimation de l'hôpital de Cardiff, où infirmières et corps végétatifs nous livrent des confidences faussement anecdotiques, car de fil en aiguille on devine qu'elles vont compléter un tableau ombrageux.

J'ai beaucoup aimé ce principe de constructions par petites briques, on vivote, on stocke chaque information avant le tomber du rideau. C'est très réussi. Le scénario est, de plus, particulièrement ahurissant, tordu, incroyable et prenant jusqu'à la dernière ligne. Il vient vous cueillir là où vous ne vous y attendez pas et nous sert une intrigue diabolique, à la structure alambiquée, mais parfaitement efficace, avec son «gentil héros» au comportement singulier.

Belinda Bauer a reçu le prix du meilleur polar de l'année au festival de Harrogate pour Cadavre 19.

♥ Cadavre 19, de Belinda Bauer 10/18, septembre 2015 ♦ traduit par Christine Rimoldy (Rubbernecker)

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15/10/15

Psychose, de Robert Bloch

Étape 3 . Le 15 octobre 2015
Après vos errances bucoliques, voilà qu'apparaît une grille rouillée. Oserez-vous la pousser malgré ses grincements? Osez un livre ou un film qui vous fait vraiment peur ! Votre courage sera mis à rude épreuve, vous serez alors fin prêt à aborder les deux prochaines étapes.

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Bienvenue dans la Maison de l'Horreur ! Mes compagnes de randonnée sont de plus en plus inquiètes pour ma santé mentale. Après la série tv, le bouquin et le film, je fais une fixation sur cette œuvre... Préparez la camisole ! 

Psychose

Il est clair que si l'on connaît déjà le film (Hitchcock, 1960) la surprise du livre est amoindrie, mais sa lecture n'en demeure pas moins carrément flippante. Jugez plutôt...

Un soir d’orage, Mary Crane, qui vient de dérober 40.000 dollars à son patron, s’arrête dans un motel miteux et isolé. Le propriétaire, Norman Bates, est un vieux garçon excentrique et esseulé, qui vit sous le joug d'une mère tyrannique et acariâtre. Épuisée par la route, le stress et le désespoir, la fugitive se réfugie dans sa chambre et décide de s’accorder une douche bien méritée. Elle ignore qu'à travers une fissure dans le mur, un individu l’observe, chuchotant des salacités dont le débit ne cesse d'enfler jusqu'à ne plus pouvoir se contenir. Après quoi, …

Tout, absolument tout ce qu'on voit dans le film se trouve - ou a été reproduit - dans le livre ! C'est impressionnant. Robert Bloch avait tout imaginé (en s'inspirant cependant d'un fait divers, cf. Ed Gein le fermier boucher du Wisconsin). Je connaissais donc les tenants et les aboutissants de l'histoire, mais il n'empêche qu'elle inspire toujours autant d'angoisse et d'effroi. Elle réunit en quelques pages (le roman est court) l'essentiel d'un thriller à succès : du suspense, une tension psychologique palpable, une mise en scène élaborée et une maîtrise redoutable de la dramaturgie. Quand bien même le livre date de 1959, il n'a pas à rougir des procédés actuels qui consistent à basculer toujours plus loin dans une surenchère de violence. «Psychose» est un bouquin nerveux, torturé et pétrifiant. Il vous plante un décor, une ambiance et un personnage particulièrement étrange en moins de temps qu'il n'en faut pour dire ouf. Ouf, c'est aussi ce qu'on lâche en tournant la dernière page. Cette lecture est diabolique, son histoire inoubliable.

Points / Coll. Thriller ♦ Mai 2013 ♦ Nouvelle traduction de l’anglais (États-Unis) par Emmanuel Pailler ♦ Préface de Stéphane Bourgoin

 

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Je vais profiter de ma soirée pour revoir le film, après une réunion prise-de-tête, cela me défoulera ! ;-) En attendant, coup de projecteur sur LA scène mémorable avec  Janet Leigh dans le rôle de Marion Crane. 


13/10/15

Pandemia, de Franck Thilliez

PANDEMIA

L'auteur avait prévenu que la fin d'Angor était illusoire. L'Homme en Noir est de retour ! Et sa vengeance sera terrible... Nicolas Bellanger s'est mis en travers de son chemin, par amour pour la jolie Camille, les répercussions ne seront pas longues à attendre. Et cela se passe sur le Parc du Marquenterre où sont retrouvés les corps de trois cygnes, porteurs d'une souche grippale virulente. Effet boule de neige assuré. Les locaux du 36 sont désertés par les malades qui s'effondrent les uns après les autres. L'équipe de Sharko est diminuée, alors qu'elle recense une autre attaque bactériologique au sein de leurs murs. Sur ces entrefaites, Amandine Guérin, une biologiste de l'Institut Pasteur, est également préoccupée par l'acte criminel qui semble avoir trouvé sa source dans leurs laboratoires. Sans rien dire, elle travaille sur de nouvelles pistes, qui se conjugueront avec celles de la police, après bien des découvertes sinistres et sidérantes. Son acharnement entre aussi en confrontation avec sa vie personnelle et révèle une obsession maladive contre les microbes. Un portrait de femme très intéressant à suivre, et qui mériterait de prendre une plus grande place dans d'autres livres ! ;-)

Pandemia clôt un nouveau cycle en résolvant pas mal d'interrogations, mais me laisse une sensation d'éternelle frustration, comme un arrière-goût d'inachevé et un dénouement qui manque de force. Le face-à-face qu'on craignait tant arrive au terme d'une lecture de plus de 600 pages (et d'une écoute de 17 heures) et peut se comprendre, mais il n'empêche que ça me turlupine. J'aurais voulu un autre final, même s'il est clairement dit que « cela ne pouvait finir autrement ». Amen. Après tout, j'ai gobé ce roman-fleuve en retenant mon souffle et en stressant de bout en bout. Peut-on décemment se plonger dans un tel schéma narratif, en étant mysophobe comme moi ? Cela revient à s'infliger un supplice de chaque instant. Ou je suis clairement maso. Certes, on a du rythme, de l'émotion et un cheminement incroyable vers l'esprit torturé de l'espèce humaine. Mise à part la fin, je ne regrette absolument rien de ma lecture. C'est un roman de très bonne facture - moins versé dans les atermoiements sentimentaux, plus dans l'action et la réflexion. Et il me tarde, déjà, de retrouver tout ce petit monde ravagé dans de nouvelles enquêtes qui dépassent l'entendement. Avec un Michel Raimbault (Audiolib) grave et imposant dans le registre policier noir et accablant.

Audiolib / Septembre 2015 ♦ Texte lu par Michel Raimbault (durée : 17h 04) ♦ 644 pages chez Fleuve Noir

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12/10/15

Diable Rouge, de Joe R. Lansdale

Diable rouge

Rarement il m'a été permis de lire un thriller où le fun et l'action se taillent tous deux une part de lion ! Et pour cause. Hap Collins et Leonard Pine sont copains comme cochons et bossent ensemble comme «agents opérationnels» pour un détective privé (ils jouent en fait les gros bras pour Marvin Hanson et castagnent les voleurs de petite retraite en leur faisant regretter amèrement d'avoir vu le jour). Nos deux compères ont déjà pas mal roulé leur bosse et accusent de gros coups durs, qu'ils surmontent en se serrant les coudes et au gré du vent qui souffle. Leur duo détonant n'est ainsi jamais avare de répliques franchouillardes, qui claquent et qui pètent. De quoi séduire illico presto. Du moins, j'ai accroché à leur humour, complètement loufoque, et à leurs pérégrinations tout aussi azimutées.

Dans cette nouvelle affaire, ils reçoivent la visite d'une vieille dame désireuse de connaître les causes de la mort de son fils, désormais une affaire classée par la police. Nos loustics remarquent en indice sur les photos une tête de diable rouge peinte sur un arbre. Alors qu'ils commencent à fouiller le passé des victimes, de nouvelles pistes apparaissent, mêlant culte satanique, vampire, vengeance et meurtres en série. Cela chauffe de nouveau pour nos amis texans, qui vont se mouiller jusqu'au cou, sombrer dans une dépression nerveuse, se coltiner des retrouvailles mouvementées avec un saligaud de seconde zone et renouer avec une autre connaissance, du genre sexy et déjantée. Pour moi qui ne connaissais pas encore cette série, cette première rencontre aura été une franche réussite ! L'enquête criminelle ne relève pas de la torture des méninges, mais l'ambiance dur à cuire et la gouaille des deux zouaves font de cette lecture une bousculade extra et décoiffante. 

Folio policier / Thriller ♦ Août 2015

« Avant de partir, Leonard récupéra quelque chose dans sa voiture, puis il se glissa à la place du mort à côté de moi. Il posa son truc sur le siège entre nous, ôta son imperméable et le jeta sur la banquette arrière avec le mien. Puis il posa son machin sur sa tête.
- Bon sang, c'est quoi, ça ? demandai-je.
- C'est un tapabord.
- Un tapabord ?
- Tu sais bien, la casquette de chasse de Sherlock Holmes, dans les films.
- Oui, je sais, mais qu'est-ce que tu fous avec ça ?
- Je le porte.
- Et moi, je dois me coiffer d'un chapeau melon, me balader avec un parapluie et me faire appeler Watson ?
- Tu ferais ça ? »

09/10/15

Les Cendres froides, de Valentin Musso

Les Cendres froides

C'est en fouillant dans les affaires de son grand-père Abuelo, peu après sa mort, qu'Aurélien découvre avec horreur un film de propagande nazie : dix jeunes femmes enceintes, grandes et blondes, souriant à la caméra, près d'un officier allemand, en compagnie de son aïeul. Cette révélation est un choc, car elle ébranle son idée d'appartenir à une famille déjà sujette aux drames. Il prend alors contact avec une jeune thésarde que venait de rencontrer son grand-père avant de mourir et cherche avec elle une réponse à ses nombreuses questions.

Jusqu'où Abuelo a pu s'impliquer dans ce Lebensborn basé en France dans les années 40 ? Quel était son rôle, en tant que médecin ? Et quel lien avec cette vieille dame sauvagement assassinée chez elle dans la Marne ? Aurélien s'entête alors à déterrer secrets et mensonges entretenus par la famille, mais se heurte à des menaces et autres agressions intimidantes. Sa sœur et lui vivent dans la terreur, sans pour autant réussir à partager leur désarroi et chasser ce mal-être qui couve entre eux depuis leur enfance.

Bref. Le roman se lit étonnamment vite et nous tient en haleine de bout en bout. On voyage à la fois dans le temps et les époques, à revisiter des histoires du passé entremêlées aux chapitres noirs de l'histoire de France. L'intrigue est bien ficelée, dynamisée par une intensité dramatique captivante. L'auteur est parvenu à tisser des liens étroits entre sa trame romanesque, une ambiance noire pétrifiante et de précieuses indications historiques... Le résultat n'est pas mal du tout !

Points coll. Thriller / Mai 2012

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08/10/15

Les Profondeurs, de James Grippando

Les profondeurs

Direction les Everglades où le corps d'une femme sans tête est retrouvé dans les marais. Malgré la mise en scène reproduite soigneusement, les équipes sur place s'interrogent sur cette nouvelle victime qui ne colle pas au style habituel de leur tueur en série, surnommé Cutter. Abe Beckham, substitut du procureur, est lui-même troublé par l'identité de la morte. Tyla Tomkins. Une vieille connaissance. Une connaissance qui  l'écarte aussitôt de l'enquête et le place sur la liste des suspects. Notre homme est, de plus, avare en confidence ou omet de jouer franc jeu. L'étau se resserre lorsque son épouse Angelina disparaît de la circulation. La maison du couple comporte des traces d'une violente dispute (bris de verre, traces de sang). Pour l'agent du FBI Victoria Santos, c'est assez pour le pousser dans ses derniers retranchements. 

L'entrée en matière du roman m'a tout de suite emballée - cadre, ambiance, personnages, non-dits et suspense. Tout est combiné pour nous donner envie de poursuivre la lecture, au cours de laquelle vient se greffer un semblant d'intrigue à la Gillian Flynn (Les apparences). C'est plus qu'alléchant. Le rythme et les dialogues sont également bien ficelés, peu de temps mort, la petite graine plantée en toute innocence et l'oreille aux aguets. L'auteur fait décemment le job et nous embarque, cahin-caha, vers des sentiers obscurs, semés d'embûches et aux nombreux soubresauts. Jusqu'à la toute dernière ligne, on reste surpris par les révélations faites ! Là où il pêche, c'est dans la tendance à grossir le trait (l'entêtement de Victoria vire à la mascarade) et la masse d'informations non filtrées (le passé d'Abe, sa relation avec Samantha & JT Vine, la compagnie de canne à sucre). Le lecteur est vite assommé et frôle l'ennui. C'est maladroit, mais sans conséquence fâcheuse, car cela reste une lecture plaisante, qui remplit toutes les conditions du cahier des charges (angoisse, faux-semblant et rebondissement). 

Mosaïc / Septembre 2015 ♦ Traduction de Marc Rosati (Cane and Abe)

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02/10/15

La Mort à nu, de Simon Beckett

La mort à nu

David Hunter, ancien anthropologue médico-légal, est venu se ressourcer dans le charmant petit village de Manham, dans la campagne du Norfolk, mais voit son passé le rattraper lorsqu'une série de crimes barbares s'abat en ville. Notre docteur est alors tiré de sa quiétude pour aider les forces de l'ordre, mais refuse d'ébruiter son rôle dans l'enquête ou d'évoquer son drame personnel

Sally Palmer, écrivain londonien, a été retrouvée morte près d'un marécage, le corps dévoré par les vers. Peu après, une autre jeune femme disparaît au cours de son jogging matinal. Très vite, la psychose s'installe chez les habitants. Les rumeurs enflent et les suspicions se mettent en branle. Même David Hunter, notre homme réputé secret et solitaire, est soudain pointé du doigt. À côté de ça, la police est à cran et n'a pas l'ombre d'une piste. 

La teneur de l'intrigue s'avère donc assez basique, dans le genre thriller, incluant des scènes glauques et répugnantes, planté dans le cadre banal du petit village sans histoire, mais dans un climat tendu et délétère, du fait des secrets enfouis sous des façades trop polies. 

Les personnages aussi remplissent leurs rôles à double tranchant (le vieux médecin cloué dans son fauteuil, le garde-chasse trop bon pour être honnête, la nouvelle institutrice discrète et adorable, les jeunes braconniers menteurs et hargneux...). L'ensemble est cohérent et tient en haleine. J'aurais probablement souhaité une fin différente (en mode sadique), mais aucun doute possible quant au potentiel addictif de ce livre prenant et redoutable, qui mixe les codes du genre avec classicisme et efficacité.

Points, coll. Thriller / Mai 2008 ♦ Traduit par Isabelle Maillet (The Chemistry of Death)

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