02/03/17

La chimiste, de Stephenie Meyer

la chimisteAlors qu'elle terminait ses études de médecine, Alex - de son vrai nom Juliana Fortis - a été recrutée par une agence désireuse d'exploiter ses talents de biochimiste. En vrai, son travail consistait à “torturer” en douceur des individus pour leur tirer des informations et mettre des réseaux criminels en déroute. Ses armes : des seringues, des sérums, des perfusions. Le kit parfait d'une jeune prodige en chimie. Et puis tout a dérapé le jour où Alex a compris qu'elle en savait trop et qu'on cherchait à lui faire la peau. Après avoir mis en scène sa disparition, elle a choisi de mener une existence précaire, solitaire et clandestine, fuyant les moindres points d'ancrage, les contacts et les relations avec autrui. Lorsque son ancien patron la recontacte pour faire table rase du passé, Alex se méfie du dernier service à rendre - cibler un professeur d'histoire et de littérature, Daniel Beach, le neutraliser et le cuisiner comme à son habitude. Mais l'affaire se corse, lorsqu'un G.I. Joe déboule dans son labo improvisé et met un terme à ses opérations. Prenant conscience d'avoir été manipulée, Alex change de camp et traque ses anciens employeurs, eux-mêmes décidés à éliminer ces nouveaux témoins gênants.

S'ensuit une histoire semblant souffrir de hoquet. Je m'explique, grosso modo, c'est long, c'est lent, c'est creux, ça s'excite un chouïa, puis l'électro-cardiogramme retombe au calme plat, une vraie mer d'huile, ça traîne et rebelote. Au final, c'est une lecture hyper décevante. L'ensemble est inabouti, immature et bourré de clichés. Les personnages sont fades, les dialogues risibles et les brefs élans romantiques sont d'une niaiserie abyssale. Ce roman était supposé annoncer “le grand retour de la célèbre Stephenie Meyer” sur la scène littéraire, car rappelons qu'elle n'a rien publié depuis 8 ans, mais ce comeback fait un flop ! L'histoire ne tient pas la route, le sujet est survolé et il ne se passe absolument rien pour tenir en haleine le lecteur. L'espèce de romance ne vaut pas un clou non plus. L'auteur a vraisemblablement oublié qu'elle jouait dans la cour des grands, elle nous pond un truc bâclé et improbable (je ne suis pas particulièrement friande des scènes sexuelles dans les bouquins, mais là... franchement, sa pudibonderie légendaire était dispensable). Elle a carrément zappé que ses personnages sont des trentenaires aguerris, qu'ils ont des tueurs à leurs trousses et qu'il faut élaborer des plans plus complexes pour se sortir de la mouise. Pff... J'ai supporté avec ennui et lassitude cette invraisemblable péripétie peu surprenante, peu excitante. Et je reconnais que si ce roman n'avait pas été de la main de Stephenie Meyer, j'aurais sans aucun doute passé mon chemin. 

Techniquement, je pense que le choix de Pulchérie Gadmer n'a pas été opportun pour ce titre - non pas que cette comédienne ne possède pas les qualités requises, car j'avais beaucoup apprécié son interprétation dans L'île des oubliés - mais il se trouve que sa voix douce et posée pêche un peu dans le registre du roman d'action ou d'espionnage (j'hésite à coller une étiquette au roman en question, car il ne correspond pas aux standards du genre). Il manque du punch à sa façon de jouer le rôle de la chimiste Alex. C'est trop lisse, trop doux pour les voix masculines, ça coince et ça manque parfois de naturel. Ce n'était donc pas le mieux indiqué pour un tel contexte, contrairement à la lecture de détente qui lui convient mieux. ☺

Texte lu par Pulchérie Gadmer pour les éditions Audiolib (durée : 17h 18) - Février 2017

Traduit par Dominique Defert et Carole Delporte pour les éditions JC Lattès


01/03/17

Dernier meurtre avant la fin du monde, T.2 : J-77, de Ben H. Winters

dernier meurtreAprès l'excellente appréciation du premier tome de la série, cf. Dernier meurtre avant la fin du monde, c'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé Hank Palace, flic de la police de Concord, récemment remercié pour ses bons et loyaux services. Depuis l'annonce du crash de l'astéroïde sur la planète, le monde est sens dessus-dessous, les services de police règlent les problèmes à la légère, mais Hank refuse de baisser les bras et d'accepter cette fatalité.
Approché par Martha Cavatone, la baby-sitter de son enfance, Hank est touché par sa détresse, lorsqu'elle lui apprend que son époux Brett a mystérieusement disparu alors qu'il faisait une course pour son beau-père. Aucun indice dans la vie des Cavatone ne laisse entendre une discorde, une infidélité, un coup de folie. Brett est décrit par tous comme un homme exemplaire, droit dans ses bottes, un ancien trooper aux valeurs morales irréprochables. Au fil de ses investigations, Hank reprend également contact avec sa sœur Nico, qui a rejoint une communauté d'irréductibles convaincus de pouvoir sauver le monde en accusant le gouvernement de détenir des informations. Même s'il désire par-dessus tout l'extraire de ce semblant de groupe sectaire, blindé d'activistes, Hank a besoin de leurs connaissances du terrain, lesquelles pourraient même le guider jusqu'à son disparu ! 
Ce que j'apprécie toujours dans cette série, c'est son climat lourd et pesant, accablé par le spectre d'une fin du monde imminente. La description est si réaliste qu'on a l'impression d'être concrètement visée, de ressentir l'angoisse des personnages et de tourner comme des lions en cage face à cette condamnation programmée. Je ne cesserai de répéter combien l'ambiance est la très grande force de la série ! Nous évoluons dans un monde éteint et désabusé, où les principes les plus élémentaires sont promptement bafoués, et où les combats de Hank pour rétablir la vérité ou la justice sonnent comme des coups d'épée dans l'eau. Toutefois, ses enquêtes ne manquent jamais de poigne ni d'intensité dramatique. Elles vont souvent à contresens de ce qu'on trouve habituellement, puisqu'elles vont au-delà des apparences et des conclusions basiques. C'est très bon, très fort, absolument convaincant et saisissant d'authenticité. Le dernier volet est déjà disponible, au titre évocateur : Impact.
« This is the end. »

“Cette enquête était une ligne droite, simple et propre : un homme a disparu. Trouver l'homme. Et maintenant on dirait que la nature sauvage reprend ses droits le long de la route, transformant le monde en un épais sous-bois, un labyrinthe, une jungle.”

10x18 - Septembre 2016

Traduit par Valérie Le Plouinec pour Super 8 Editions [Countdown City]

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27/02/17

Schuss, de Boileau-Narcejac

schussPlace à des émotions plus modérées, avec une lecture tout aussi captivante grâce au style efficace des duettistes Boileau et Narcejac, avec Schuss, roman préalablement édité en 1986 et remis au goût du jour en cette saison hivernale.
L'histoire nous plonge dans l'étonnante industrie du ski, avec le Combaz Torpedo censé révolutionner le genre, même si sa commercialisation peine à exploser suite à des tests cahotiques. Ces derniers sont en effet à l'épreuve d'accidents, de lettres anonymes, de menaces et de chantages. Une avalanche de catastrophes qui place Berthe Combaz, PDG de l'entreprise familiale, dans un désarroi profond. Ses assistants suivent tous l'affaire avec scrupulosité et s'inquiètent des conséquences pour leurs investissements. Georges Blancart, médecin du sport, galant attitré de Berthe, a cependant la tête ailleurs. Son obsession a vingt-deux ans, s'appelle Evelyne et est la fille de Berthe. Georges est penaud et incorrigible. Lorsque la jeune femme rompt avec son fiancé, se fâche avec sa mère, c'est naturellement qu'elle pose ses valises chez Georges. Notre homme savoure cette précieuse complicité, tout en constatant avec dépit la campagne auto-destructrice du Combaz rebaptisé Veloce. Le champion chargé de la démonstration a hélas fait une chute mortelle, déchaînant les gros titres des journaux qui se régalent du scandale en devenir. Le concepteur est forcé de revoir sa copie, tandis que Berthe embauche de nouveaux professionnels et convoque la presse pour enfoncer le clou. Tous retiennent leur souffle, alors que la situation vire à la débandade. Mère et fille s'opposent farouchement, l'héritage pèse dans la balance, Georges a le cœur pris en étau et avoue son impuissance à résoudre ce vaudeville aux accents tragiques sur pistes enneigées.
Que de suspense à la lecture de ce roman qui installe en 200 pages une tension dramatique qui produit l'effet attendu ! C'est d'une traite que j'ai parcouru le livre, curieuse et séduite par son cadre, ses personnages, son intrigue aussi. Celle-ci affiche évidemment un caractère désuet qui n'est pas pour me déplaire. C'est simple, vif et passionnant. Un roman à suspense digne de ce nom.

 

Collection Folio policier (n° 818)

 

Parution : 04-11-2016

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La fin d'une imposture, de Kate O'Riordan

la fin dune impostureJe continue d'enchaîner les lectures perturbantes, de celles qui vous entraînent dans une spirale vertigineuse et vous inspirent un profond sentiment de malaise. Je demande donc le roman de Kate O'Riordan, La fin d'une imposture.
À la veille de Noël, alors qu'elle s'affaire en cuisine pour les derniers préparatifs du réveillon, Rosalie reçoit la visite de deux policiers venus lui annoncer la mort accidentelle de son fils Rob, actuellement en voyage en Thaïlande. Cette secousse sismique ouvre une faille profonde, dans laquelle toute la famille sombre en une chute lente, longue et douloureuse. Des mois après, la cellule familiale n'existe plus. Le couple est à couteaux tirés, leur fille est une adolescente désœuvrée qui songe à se suicider en clamant sa responsabilité dans la mort de son frère. Rosalie se sent impuissante, mais parvient à entraîner Maddie dans un groupe de parole où elle tombe sous le charme de Jed, un garçon sensible et charmant. Ne voulant pas décevoir sa fille, Rosalie accepte de l'inviter à la maison pour partager leurs repas et s'immiscer dans leur quotidien. Le temps passant, le jeune homme devient indispensable à leur famille. Rosalie se sent enfin apaisée, rassurée du bonheur de sa fille. D'ailleurs, elle aussi est séduite par Jed, dont la présence physique la trouble de plus en plus. Honteuse de ses rêves érotiques, elle n'ose se confesser à leur ami de longue date, le père Tom, qui tente de mettre en garde Rosalie contre l'influence croissante qu'exerce ce garçon dans leur vie. 
Ô misère, cette lecture ! Quelle rouerie, quelle efficacité, quelle angoisse ! Le roman se dote d'un spécimen remarquable en matière de pervers narcissique redoutable. Son rôle perfide nous saute pourtant aux yeux mais son emprise est hélas totale et nous prend dans ses filets sans la moindre résistance. C'est sidérant. On voit venir le drame, le piège et le point de non-retour avec une force implacable, mais on subit le choc avec abrutissement. J'avais beau grommeler contre les personnages, contre le scénario, contre l'ingéniosité de l'auteur... j'ai tout gobé en écarquillant les yeux et étourdie d'horreur, d'incompréhension et de révolte. Une lecture hyper dérangeante, mais fascinante dans son amorce doucereuse et tranquille. 

Trad. de l'anglais (Irlande) par Laetitia Devaux [Penance]

Collection Folio policier (n° 823) - Janvier 2017

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25/02/17

Le Puits, par Iván Repila

LE PUITSAprès ma traumatisante expérience avec le roman de Kevin Brooks, cf. Captifs, j'ai récidivé sans le vouloir dans l'horreur, l'ignoble, l'inexplicable et l'énigmatique. Voici Le Puits, premier roman de l'auteur espagnol, Iván Repila. 120 pages d'une histoire incroyable, qui pèsent l'équivalent d'un pavé. Dur.
Deux frères, le Grand et le Petit, sont prisonniers au fond d'un puits, au milieu d'une forêt. On ignore comment ils ont atterri dans ce trou. Ils ont en leur possession un sac de victuailles donné par leur mère. Dedans, il y a une miche de pain, des tomates séchées, des figues et un morceau de fromage. Le Petit suggère d'y goûter, pour soulager sa crampe d'estomac et son ventre qui crie famine. Car les jours passent et les deux frères sont toujours coincés au fond du puits. Le Grand interdit formellement d'y toucher. À la place, ils se débrouilleront avec des racines, des fourmis, des lombrics. L'attente est longue, douloureuse. Et le flou autour est également tenace. Comment se sortir d'un tel guêpier ? Bientôt des loups s'approchent de leur fosse, alléchés par l'odeur du désespoir. Les frères tiennent bon. Il faut survivre. S'échapper. Fuir. Accomplir la mission.
Qui, que, quoi ? C'est la tête bourdonnante de questions qu'on avance dans ce bouquin. C'est court, c'est bref, mais c'est intense. Le style, surtout, surprend. L'écriture est lyrique et réaliste, étonnamment belle dans un contexte aussi sombre et hostile.

« La dernière traînée de soleil quitte le puits et décolore le monde, exacerbant leur lassitude de vivre ensemble. Comme lorsque la farce prend fin au beau milieu d'un songe et qu'on se réveille dans un mauvais film.
- Tu es encore tout chamboulé par la fièvre. Mange quelque chose et dors un peu. Ça ira mieux demain, dit le Grand, en s'allongeant.
Le Petit ne bouge pas.
- La rage, ça y est, je crois que je l'ai, dit-il.
- Non. Pas encore.
Le Petit lui lance un regard dépourvu d'amour et lui demande :
- Alors c'est quoi cette colère que je ressens à l'intérieur de moi ?
- Tu deviens un homme, répond le Grand. »

Une lecture perturbante et déroutante, dont l'empreinte va pourtant s'insinuer profondément dans mes souvenirs. Le Puits est un conte brutal. Une fable sur l'amour fraternel, la survie et la vengeance. “Une aventure sensationnelle” selon Zoé Valdés.

10x18 - mai 2016

Traduit de l'espagnol par Margot Nguyen Béraud pour les éditions Denoël [El niño que robó el caballo de Atila]

Préface de Zoé Valdés

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Captifs, de Kevin Brooks

captifsLecteurs claustrophobes, passez votre chemin ! Ce roman, hautement perturbant, a le sombre dessein de vous entraîner dans une lente, lente descente en enfer.
Coincés dans un bunker souterrain, six individus croupissent dans un confort spartiate et à la merci d'un tortionnaire invisible. Les uns après les autres, ils ont été piégés, drogués, kidnappés pour être finalement conduits, via un ascenseur, dans cet espace criblé de caméras. Leur vie ne leur appartient plus. Linus, un adolescent de seize ans, livre dans son carnet leur calvaire. Les jours passent, les questions se bousculent, la folie guette, le désespoir monte en flèche. Autour d'eux, ce sont six chambres séparées, une salle de bains, une cuisine, une table avec des chaises pour tenir leurs conciliabules et une bible pour tuer le temps. Ils n'ont rien en commun, Jenny est une fillette de neuf ans, Anja une trentenaire un peu folle, Fred un toxico en manque, William Bird est rustre et violent, Russell Lansing un vieil homme malade. Ils sont terrés comme des rats, confrontés à eux-mêmes. Viennent les doutes, les tentations, les psychoses délirantes, les désillusions et les prises de conscience tardives. Sont-ils fichus ? Qui leur inflige ce supplice ? Pourquoi ? Ce sont autant d'interrogations qu'on se pose, tout en tournant les pages du bouquin. Le mieux à dire, c'est que la lecture est flippante et démoralisante. La violence ronge les parois de leur prison, la détresse suinte par les quelques failles du système, on se sent voyeur impuissant et témoin halluciné de cette exécution programmée. C'est l'histoire d'une lente agonie, d'une révolte, d'une condamnation sans explication, sans règle, sans torture. C'est l'histoire d'une tension psychologique implacable. Où le poids des mots est immense, l'attente insupportable et écrasante. J'étais complètement abrutie, à la fin. 

10x18 - Février 2017

Traduit par Marie Hermet pour Super 8 Éditions [The Bunker Diary]

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24/02/17

Une sale affaire, de Marco Vichi

une sale affaireCette deuxième enquête du commissaire Bordelli va s'annoncer particulièrement houleuse et douloureuse. La verte campagne florentine est en effet souillée par la découverte de cadavres de fillettes de huit ans. Face aux mères effrondées, Bordelli promet d'arrêter ce dangereux maniaque mais se heurte à une enquête sans piste sans indice. La police piétine, la colère monte, la frustration gagne du terrain. Notre commissaire ronge son frein et ne cache pas son impuissance auprès de son amie Rosa, une ancienne prostituée qui a le cœur sur la main mais qui veille sur lui comme une mama possessive et jalouse. Lorsque Bordelli croise le chemin d'une jeune femme en mission secrète, les sens de notre enquêteur sont également tourneboulés. De nouvelles révélations entrent en collision, l'affaire des meurtres d'enfants prend un tour inattendu et notre histoire s'enrichit d'un contexte lourd, poignant et éternellement traumatisant. Nous sommes en 1964 et les souvenirs de la guerre sont encore vivaces. Bordelli lui-même ne trouve plus le sommeil à force de ressasser son passé. Cela donne à la lecture un goût saumâtre et une tonalité pleine d'amertume. C'est assez saisissant, mais heureusement la brochette des personnages est pittoresque et attachante - outre le commissaire, son amie Rosa, on compte aussi le jeune policier Piras, venu de Sardaigne pour apprendre le métier et se familiariser aux coutumes locales avec le même dévouement, sans oublier le médecin légiste Diotivede, seul capable de déjeuner sur son lieu de travail, ainsi que Toto, le cuisinier de la trattoria qui propose toujours des recettes “à son goût” ! Cet univers récurrent fait oublier la sensation de désarroi imposée par l'intrigue criminelle. Certes, l'enquête suit son cours sur un rythme nonchalant, elle avance à petits pas et ne verse jamais dans un tumulte inopiné. La lecture laisse cependant dans son sillage une note d'ironie douce-amère et un humour grinçant (Bordelli est un flic usé, au volant de sa Coccinelle, il parcourt la ville de Florence en quête d'un grand peut-être). C'est tout à la fois dépaysant, subtil et bouleversant. J'avais découvert, l'été dernier, Le commissaire Bordelli et j'avais été particulièrement séduite par cette approche. Toutefois ce deuxième épisode est plus dur, plus lent, plus dramatique. La série amorce un virage délicat. À voir si les prochains tomes seront traduits en VF (la série originale compte six titres). 

10 X 18 - Domaine Policier - Janvier 2017

Traduit de l'italien par Nathalie Bauer [Una brutta faccenda]

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Sans feu ni lieu, de Fred Vargas

sans feu ni lieu

Dans ce Fred Vargas datant de 1997, on retrouve le fameux trio des Évangélistes, Marc, Lucien et Mathias, ainsi que Louis Kehlweiler, dit l'Allemand, chargés de défendre l'indéfendable - Clément Vauquet, un benêt au physique disgracieux, accordéoniste et livreur occasionnel de fougères, soupçonné d'être le tueur aux ciseaux qui sévit dans Paris. Seule une ancienne prostituée, Marthe Gardel, également sa mère nourricière, est convaincue de son innocence. Ce garçon est le dindon d'une farce morbide. Aussi bassine-t-elle Louis pour le sortir de ce guêpier. Malgré ses réticences, l'Allemand mobilise ses troupes et reprend contact avec ses vieilles relations dans la police pour bûcher le dossier.
La manière dont procède Fred Vargas pour dérouler ses intrigues est toujours extraordinairement originale, en apparence simple et bavarde, mais au final incontournable et parfaite. Son intrigue policière n'a certainement pas à rougir de ses prétentions modestes, car l'auteur fignole les moindres détails et excelle dans l'art des personnages. Ses Évangélistes sont trois sympathiques gaillards, trois historiens sans le sou qui partagent une baraque pourrie, en compagnie du Parrain, un vieil oncle qui les chouchoute en concoctant des gratins copieux et savoureux. Kehlweiler est un type plus froid, difficile à cerner, ancien homme d'action il s'est replié chez lui pour traduire la biographie de Bismarck et a pour seul compagnon son crapaud Bufo ! Quand on songe aussi qu'un poème de Nerval peut démêler les nœuds d'une pelote de laine... Sérieusement, on ne trouve pas ça partout. Et c'est ce qui me plaît tant dans les livres de Vargas, cette propension à l'excentricité qui ne déborde pas non plus vers des sentiers improbables ou absurdes. C'est décalé, assez drôle et faussement timbré. Philippe Allard, pour la technique, exerce son numéro d'équilibriste avec brio. Son timbre de voix colle à merveille avec les personnages imaginés par Vargas. C'est âpre, écorché, nonchalant et en même temps vibrant. Il y a ce “truc” indéfinissable qui rend le mariage évident et réussi. En bref, c'est tout bon !

Texte lu par Philippe Allard (durée : 7h 46) pour Audiolib - Février 2016

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14/02/17

L'homme qui a vu l'homme, de Marin Ledun

L'homme qui a vu l'hommeNostalgique de la lecture d'un autre roman se passant sur la côte Basque, cf. Du son sur les murs de F. Delplanque, j'étais curieuse de découvrir ce livre de Marin Ledun, dont j'avais déjà apprécié Les visages écrasés, pour son effet uppercut. 

L'histoire nous entraîne dans les étroits couloirs du mouvement basque (ETA), avec ses règlements de compte, ses kidnappings, ses conférences de presse solennelles et ses menaces sous-jacentes. Au départ, un jeune militant, Jokin Sasko, est porté disparu. Sa famille est à cran et sollicite tous les médias pour empêcher la justice d'étouffer le dossier. Iban Urtiz, un journaliste local, prend alors connaissance des enjeux et des guerres intestines qui se nouent entre les multiples vecteurs, depuis la communication jusqu'aux hautes instances du pouvoir. C'est un univers compacté, mais très oppressant et dangereux. Pas besoin d'être devin pour s'attendre à des trahisons et autres procédures d'intimidation visant à garder le contrôle de la situation. Urbiz se heurte aussi aux traditions et aux liens du sang, car on ne cesse de lui rappeler qu'il n'appartient pas à la “famille”, même s'il est né basque, il a quitté la région pour grandir en Savoie. Du coup, il ne parle pas la langue et ne connaît rien de l'organisation armée indépendantiste, du moins pas l'étendue de son influence. Qu'importe. Urbiz s'obstine et recueille des témoignages d'enlèvements, de séquestrations et de tortures. La naïveté du journaliste est fortement ébranlée, le meurtre de Jokin ne laissant plus de place au doute, la démonstration de force s'accentuant aussi, l'histoire braque son projecteur sur des mercenaires qui tentent d'étouffer la vérité et ne vont pas y mettre les formes.

C'est une guerre sans pitié qui se livre sous nos yeux, d'autant plus ahuris pour la profane que je suis, tant les circonstances sont floues et les règles du jeu purement inexistantes. Un point s'impose, nul ne décroche le rôle de héros ou de bourreau à juste titre, car tous les rôles sont implicitement mélangés. C'est d'ailleurs la réelle intention de l'auteur de dénoncer un imbroglio politique inextricable, où les premières victimes n'en demeurent pas moins les familles éplorées et en quête de vérité, même si cette dernière n'est pas bonne à entendre. Bref. J'ai eu une sensation d'apnée à l'écoute de ce livre - excellemment lu par Eric Herson Macarel - impression de revoir Daniel Craig sous les yeux - mais j'ai vécu une immersion glaçante et pénétrante. Cette ambiance du tout-pourri est désagréable, mais conforte l'idée d'un roman noir habilement exécuté, en plus d'être farouche et enragé. Le rythme est bon, malgré le sentiment de recevoir un cours accéléré de géopolitique, de recenser des faits et de distribuer des mauvais points, et puis la galerie des personnages est importante - faute de concentration, je m'embrouillais parfois avec les noms basques. :/ Ce ne sont que des détails négligeables, car le roman ajuste son coup et met souvent le lecteur k-o.
Cette fiction est inspirée de l’affaire Jon Anza, militant basque mort de façon suspecte en 2009.

Texte intégral interprétré par Eric Herson-Macarel pour les éditions Sixtrid (durée 11h 06) - Mai 2016

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12/02/17

Surtensions, d'Olivier Norek

surtensionsC'est peu de dire qu'Olivier Norek se bonifie au fil du temps. Sachant que ses deux premiers romans (Code 93 et Territoires) étaient déjà extrêmement bons, imaginez le niveau de celui-ci ! ... Renversant. Percutant. Poignant. Époustouflant. J'ai adoré.
On bascule pourtant dans une sombre histoire de kidnapping et de braquage, deux affaires différentes qui vont malencontreusement s'enchevêtrer et conduire au carnage que l'on sait. Le roman s'ouvre sur un capitaine Coste effondré, en pleine séance chez le psy. Son enquête a viré au cauchemar, le type est à bout de nerfs. Pourquoi, comment ? C'est ce que la lecture va s'appliquer à raconter, en remontant le long fil d'un imbroglio criminel dont le dénouement ne pourra que vous mettre k-o. Je suis sortie de là en miettes, les larmes aux yeux. C'est dire.
Pour le coup, le roman innove dans sa structure et sa méthode de narration. Ce sont comme des morceaux de puzzle qui s'imbriquent les uns avec les autres, mais au terme d'une évolution subtile et laborieuse. L'histoire nous propulse dans le milieu carcéral, avec toute la noirceur que l'on sait. Un gamin est enlevé à la sortie d'une discothèque, ses parents sont aux abois. Entre guerre des polices et spectre d'une nouvelle affaire Halimi, l'enquête est sur des charbons ardents. Une jolie corse réunit son gang pour libérer son frère de prison et débarque dans un pavillon de banlieue pour terroriser une famille sans histoire. À l'ombre, cinq individus voient leur vie se jouer sous les yeux après la subtilisation des scellés au tribunal de Bobigny.
Chapitre après chapitre, ces affaires faussement anodines viennent botter en touche le service de Victor Coste, qui se lance sans le savoir dans une course contre-la-montre aux allures d'une partie de dominos. La terrible loi de Murphy. C'est finalement tout un ensemble qu'on partage, la vie des policiers, celle des malfrats, autant de vies sur la corde raide, ce qui rend le roman tour à tour captivant et bouleversant. En bref, cette lecture m'a littéralement vampirisée. Je l'ai lue en très peu de temps et n'ai pas vu passer les 12 heures d'écoute. 100% addictif.

Texte intégral lu par François Montagut pour Audible Studios (durée : 12h 11) - Décembre 2016

>> en exclusivité & en téléchargement sur Audible FR

©2016 Michel Lafon (P)2017 Pocket (P)2016 Audible FR

 ** Petit sourire à l'écoute d'un oubli technique, une séquence de répétition qui n'a pas été coupée au montage. Une maladresse que je trouve toujours cocasse. **

 

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