25/09/09

L'âme détournée ~ R.N. Morris

10/18 Grands Détectives, 2009 - 410 pages - 8,90€
traduit de l'anglais par Bernard Cucchi

lame_detourneeJe sors de cette lecture complètement emballée et conquise par cette première rencontre avec Porphiri Pétrovitch, juge d'instruction à St-Petersbourg. Nous sommes en 1866, soit un an et demi après l'affaire Raskolnikov durant laquelle Pétrovitch a joué un rôle crucial pour mener l'enquête du double meurtre de Crime et Châtiment (de Dostoïevski).
Faut-il être fou ou audacieux pour mettre en scène un personnage tiré d'une oeuvre majeure et le faire évoluer dans une série dont l'ambition n'est nullement de s'inscrire chez les classiques, mais juste de divertir ?
Et si, tout simplement, il s'agissait là de talent, car le résultat est vraiment très, très bon.
Question ambiance, nous sommes servis. La Russie, donc, au milieu du 19° siècle. Nous sommes en plein hiver, il fait extrêmement froid, les rues sont couvertes de neige, les gens meurent de faim, ou dépensent leurs kopecks à boire de la vodka, les pauvres filles se prostituent, le crime crapuleux s'invite donc à la partie.
L'histoire s'ouvre sur la découverte de deux corps, la scène est particulièrement glauque et donne des frissons. Un nain a eu le crâne fracassé par un coup de hache et près de lui le corps d'un homme se balance au bout d'une corde. Ces deux-là se détestaient, il n'y a point d'indices qui impliquent le meurtre, bref la police conclue hâtivement au suicide succédant au remords.
Pétrovitch peste dans sa barbe, selon lui cette affaire est plus vicieuse et porte la signature d'un esprit retors et redoutable d'intelligence. Mais ses supérieurs lui mettent des bâtons dans les roues, le dossier est bouclé, jusqu'à ce qu'un nouvel élément relance l'enquête.
Nous allons encore en souper des bouges infâmes, des personnalités tordues et complexes, des ambitions étouffées, des mensonges et des trahisons, des secrets et de l'âme humaine souillée, bafouée et même déposée chez un prêteur sur gages !
C'est laid, grisâtre, oppressant et morose... mais c'est absolument captivant.
Je me suis surprise à tourner les pages de ce livre, prise au piège de ma propre fascination pour ce décor slave peuplé de personnages attachants, non dénués d'humour pour certains, même si cela reste très en retrait de la ligne principale. Quant à l'intrigue policière, elle m'est apparue parfaitement acceptable, entraînante d'un bout à l'autre pour un final plus ou moins imprévisible (j'avais flairé le coupable !).
Dernière info, l'auteur est anglais et a déjà écrit une nouvelle aventure de Porphiri Pétrovitch, A vengeful longing.

 

 

et un petit extrait pour se mettre dans le bain :

Le samovar gargouillait et sifflait en vibrant. Porphiri Pétrovitch et Anna Alexandrovna s'en détournèrent, comme dans un accès de pudeur. Elle lui désigna un sofa russe, or et marron. Quand il s'assit, une rafale de vent fit trembler les carreaux.
Le salon était tendu de brocatelle bleu pâle agrémentée de dorures sur les moulures rococo. L'air, humide, embaumait des vapeurs de thé. Les panneaux de rideaux de soi du même bleu que les brocatelles tombaient devant les trois grandes baies. La lumière qui filtrait du dehors déposait un reflet crémeux sur la robe sombre d'Anna Alexandrovna. Dans la cheminée de marbre, de courtes flammes, vives, affleuraient timidement sur une montagne de charbons rougeoyants.
- C'est un tel choc ! dit Anna Alexandrovna en regardant par la fenêtre, comme si elle commentait la violence soudaine des éléments. Comment est-ce arrivé ?
- Malheureusement, il semble bien qu'ils aient été assassinés, tous les deux.
- Non !
Elle le regarda, espérant trouver sur son visage une autre réponse.
- On a découvert leurs deux corps dans le parc Pétrovski.
- Le parc Pétrovski ?
Aucun doute : elle avait été troublée lorsqu'il avait mentionné le parc. Mais, déjà, elle surveillait ses réactions. Elle s'écarta un peu de Porphiri en se penchant en arrière. Il l'observait, guettant un signe, elle ne livra cependant plus rien.

 

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15/09/09

Un pied au paradis ~ Ron Rash

Editions du Masque, 2009 - 262 pages - 19€
traduit de l'anglais (USA) par Isabelle Reinharez

un_pied_au_paradisAu départ, on s'attend à une intrigue facile et déjà lue : un type dénommé Holland Winchester est porté disparu. C'est la mère qui signale au shérif Alexander l'étrangeté de cette disparition, elle a entendu un coup de feu chez le voisin et depuis elle soupçonne Billy Holcombe d'avoir tué son fils. L'enquête commence aussitôt, la police passe au peigne fin le terrain et  la rivière attenante, le couple Holcombe est interrogé, mais nulle trace du corps. Niet. L'affaire est close.
Dans le chapitre suivant, l'histoire prend une autre tournure lorsque le narrateur principal - le shérif - passe le relais à Amy Holcombe, apportant ainsi un nouvel éclairage à cette affaire. Viendront ensuite les voix du mari, du fils et de l'adjoint pour compléter tour à tour le récit, et finalement l'histoire devient très différente de ce qu'on imaginait au début.
Disparition ou meurtre ? Ce n'est pas ce qui compte le plus, car le roman révèle une histoire plus intense, une histoire d'amour teintée de jalousie et de vengeance, une histoire de filiation et de sacrifice, une histoire de pardon, d'écoute, de patience et de courage.
Nous sommes dans les années 50, sur les terres des Appalaches du Sud, la sécheresse frappe les récoltes des agriculteurs, et la compagnie d'électricité rachète peu à peu toutes les terres afin de construire une retenue d'eau, ainsi un immense lac viendra recouvrir les champs et les fermes. 
C'est dans un climat de stérilité et de mort que se passe ce roman. Un climat aride, étranglé et en sursis. Au début, c'est vrai que le livre n'offre rien qui sorte de l'ordinaire, mais sa richesse s'ouvre lorsque les voix des différents protagonistes se font entendre. L'histoire étale alors sa palette de sentiments, passant du tragique au touchant, du dramatique au bouleversant, que sais-je, j'ai été vraiment émue de lire les secrets du couple Holcombe, ce que la disparition de Holland Winchester impliquait, les conséquences sur la vie des uns et des autres.
C'est un roman fort en émotions, qui se découvre au fil des pages et qui laisse son empreinte. Un roman qui laisse aussi supposer un calme sous lequel gronde la tempête. Le paradis sur terre et ses ronces cachées.
Belle découverte.

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04/08/09

Les meurtres de la Salamandre ~ Paul Halter

Editions du Masque, 2009 - 314 pages - 6,50€

les_meurtres_de_la_salamandreJ'ignorais tout de Paul Halter, j'ignorais qu'il était français et auteur contemporain né en 56, et non pas, comme je le supposais bêtement, un rosbif, un pur, un dur, un bien campé sur ses positions, dans la grande lignée des auteurs du siècle dernier ! Atmosphère, atmosphère...
Cet auteur a plus d'un atout dans son sac, tant il sait admirablement nous plonger dans une intrigue policière très british, qui se passe en 1931. L'action se déroule à Marney Hall, une demeure familiale frappée de malédiction parce qu'un amoureux éconduit, des années auparavant, a prédit qu'il se vengerait, tout en s'immolant sur la place publique et en clamant qu'il était l'égal de la Salamandre. L'homme ne craint donc pas le feu, du coup il va survivre pour disparaître pendant quelques années, dans le même temps un individu cambrioleur fait tourner la tête des inspecteurs de la Sûreté en France, il signe sous le nom de la Salamandre. S'agit-il du même type ? Son arrivée sur le territoire anglais vient d'être signalé. Archibald Hurst, inspecteur de Scotland Yard, et son ami le Dr Twist vont s'employer à lui mettre la main dessus.

Paul Halter est définitivement un digne héritier des auteurs du siècle dernier, je n'avais qu'à fermer les yeux pour penser à Dickson Carr ou Conan Doyle, Leroux, pour les français, tant l'illusion est parfaite. C'est désuet, mais charmant. L'intrigue s'enroule autour de secrets de famille, de lettres anonymes, d'un fils qui rentre au bercail avec des diamants en poche, d'héritage qui se lisse, de morts inexpliquées, et d'une scène incroyable où un poignard est lancé dans le dos de la victime, en pleine salle de bal, en présence d'une dizaine de témoins dont aucun n'a vu le meurtrier. Ce crime impossible devient donc le casse-tête de notre couple de fins limiers, à eux - Hurt et Twist - de ne pas s'éparpiller, de garder la tête froide et de ne pas céder aux sirènes du fantastique. Car toute explication est rationnelle ! La solution se trouve dans ce très bon  roman policier, un modèle qui ne faillit pas à la grande tradition de la collection du Masque. L'intrigue est à la fois convenue et bien ficelée. Lecture agréable, en somme. ;)

 

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25/07/09

Tequila frappée ~ Nadine Monfils

Belfond, 2009 - 228 pages - 18,50€

tequila_frappeeA Pandore, banlieue chic semblant sortir d'un décor de cinéma, on n'assassine pas dans le velours, mais à coups d'explosifs qui éclatent la villa et étripent en mille morceaux le voisin qui rendait service alors que la propriétaire rentrait ses courses. C'est sûr que ça commence fort ! Dépêchés sur les lieux, les enquêteurs Lynch et Barn, assistés de la profileuse Nicki, tentent de rassembler tous les morceaux (sic) - l'équipe gagnante de Babylone Dream a du pain sur la planche. En effet ce joli monde va biaiser et surfer sans faillir entre les crimes tous plus abominables les uns que les autres, le coeur bien accroché, toute nausée serait cependant inenvisageable car l'auteur a la géniale idée de tartiner son intrigue policière d'un humour corrosif. C'est carrément frappé, à commencer par le chien alcoolique, qui boit la téquila, sans hips, et sourit de bonheur en regardant son maître. Quelle histoire ! Pandore est loin d'être une banlieue tranquille, de l'avis de l'éditeur, les putes dansent la rumba avec les flics, les sous-marins naviguent sur terre, on croise des marchands de rêves, un clochard extralucide ou une main baladeuse. (J'adore chaque quatrième de couverture des romans de Nadine Monfils !) Bref, ça sent la farce à plein nez mais qu'on ne s'y trompe pas non plus : il est bien écrit thriller en couverture, car le crime est noir, poisseux, écoeurant. Ce subtil mélange (humour / horreur) rend ainsi les livres de Nadine Monfils singuliers et intéressants. A déguster cul sec ! 

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10/07/09

Des vérités cachées ~ Ann Cleeves

des_verites_cacheesDans une petite ville du Northumberland, le corps d'un garçon est retrouvé mort dans son bain. Quelques jours après, c'est celui de l'institutrice stagiaire, baignant au fond d'une grotte. Le lien entre les deux saute aux yeux : une mise en scène macabre, avec des fleurs autour du corps qui flottent dans l'eau. Est-ce assez pour conclure à un tueur en série ? Vera Stanhope, chargée de l'enquête, va étudier tous les détails. Elle ne va plus lâcher le groupe de passionnés d'ornithologie, les premiers à avoir découvert le deuxième crime, et qui, selon elle, adopte une attitude supérieure dans l'espoir de masquer des agissements plus vils et mesquins. Son propre passé lui revient en mémoire, qu'elle chasse farouchement, pas le temps de s'épancher car Vera s'est taillée une réputation d'enquêtrice implacable, vulgaire, lourde et négligée, d'une cinquantaine d'années et toujours célibataire. La vie personnelle de Vera est encore sous réserve, on sait juste qu'elle préfère la bière ou le whisky au thé qu'elle ingurgite - faute de mieux - chez les témoins qu'elle interroge.
Car il y aura d'autres romans policiers avec Vera Stanhope, cf. Morts sur la lande déjà disponible chez Belfond. Et ce n'est pas plus mal. Ce premier de la liste m'a semblé agréable et plaisant à lire, très propre sur lui. On s'intéresse de près à un groupe de personnes, on les suit dans leur quotidien, on devine leurs vérités cachées, mais vraiment au compte-goutte, car l'intrigue sait bien nous balader, elle nous donne la becquée pour nous endormir et c'est seulement vers les dernières pages que la solution nous est dévoilée, purement et simplement.
J'ai bien aimé cette façon de procéder, pas franchement révolutionnaire, c'est vrai, toutefois c'est une promenade dépaysante et une première accroche convaincante. Pour l'amatrice des romans policiers anglais que je suis. Dans la veine des Martha Grimes ou Elizabeth George.

Pocket, 2009 - 412 pages - 7,30€

traduit de l'anglais par Claire Breton

www.anncleeves.com

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09/07/09

Darling Jim ~ Christian Mork

darling_jimQuel roman, mes aïeux. Noir et inquiétant, comme sa couverture, le roman l'est véritablement et peut gonfler la poitrine d'offrir un contenu à l'égal du contenant. C'est très rare. L'histoire nous transporte dès les premières pages, dans la verte et bucolique Irlande, même si la carte postale fiche aussi les jetons. Dans la maison de tante Moïra, les corps de trois femmes ont été retrouvés, portant des traces de sévices et autres souffrances importantes. Vision apocalyptique, d'autant plus incompréhensible qu'il s'agit de Moïra et de ses nièces, Fiona et Roisin. La bête et les beautés, dit-on en se signant. Les langues se délient à vitesse folle dans le village, or elles ne peuvent soupçonner l'origine du cauchemar. Ni qu'un tel massacre est devenu la conclusion d'un amour qui consume plus intensément qu'un brasier.
C'est alors qu'un jeune postier, qui trompe son ennui en dessinant des comics, va mettre la main sur le journal de Fiona, miraculeusement sauvé de l'enfer et échappé des fouilles de la police. En première page, Fiona supplie son interlocuteur, qu'importe son identité, de lire son histoire du début à la fin car elle se sait condamnée mais elle n'espère pas que sa mort tombera dans l'oubli. Il faut qu'on sache son histoire, il faut la lire et la colporter.
A la façon d'un seanchai, un conteur de légendes irlandaises.
Fiona a eu la malchance d'en croiser un sur son chemin, en la personne de Jim Quick, la beauté du diable, le regard implacable, et le charme de son mystère auréolant le trouble qu'il fait naître chez les femmes. De pubs en pubs, il raconte son histoire d'homme-loup, et dans son sillon la presse se fait écho d'étranges disparitions de jeunes femmes.
Qui est-il ? Que veut-il ?
C'est l'une des nombreuses raisons qui vous pousse à ne plus quitter ce livre du danois Christian Mork, oui danois, j'ai moi-même été surprise de le découvrir. C'est dire le talent exceptionnel qu'il possède, la capacité de se fondre dans un décor, de créer l'illusion. Son roman lui-même est constitué de tiroirs sans fonds, on les ouvre sous l'emprise d'une puissance maléfique, on emprunte des chemins de traverse, mais le narrateur vient toujours nous repêcher et nous pousse vers d'autres couloirs labyrinthiques. C'est prodigieusement bluffant. Un roman dans le roman. A la façon des poupées russes. Bref, j'ai adoré.
Et l'écriture est sensuelle, brillante, étourdissante. C'est un livre à plusieurs facettes, qui vous raconte une histoire d'amour, de danger et de tristesse. Une histoire qui donne la chair de poule. Une histoire un brin fantastique, avec des contes et légendes qu'on imagine se raconter au coin du feu ou avec une lampe de poche sous une tente ! Pour frémir de plaisir.
Une lecture que je recommande.

Le Serpent à Plumes, coll. roman noir, 2009 - 382 pages - 20€

Traduit de l'anglais par Agnès Jaubert

Lily a également été fascinée - Joëlle l'a dévoré - Ys pense que cela ferait un excellent scénario de film

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02/07/09

La main de gloire ~ Jean Luc Bizien

la_main_de_gloireAyant beaucoup apprécié le volume précédent, La chambre mortuaire, je n'ai pas hésité à lire la suite des aventures de Sarah Englewood, jeune anglaise entrée au service de Simon Bloomberg, un aliéniste qui exerce son métier chez lui, dans sa maison-pyramide de la rue Mazarine, une sorte de cour des miracles, où il accueille ses patients avec lesquels il choisit de discuter pour mieux les guider vers la guérison. Cette méthode, pour l'époque, est absolument révolutionnaire et décriée par ses pairs !

Bref, de récents événements ont bouleversé la vie de Bloomberg (je maintiens le secret pour ceux qui n'ont pas lu le premier tome, car il s'agit d'éléments importants). L'homme est désormais apathique, et seul le dévouement de Sarah lui permet de ne pas sombrer dans une grave dépression. Tandis qu'à Paris l'exposition universelle bat son plein, les services de la Sûreté découvrent en pleine rue une main momifiée puis des cadavres en chaîne. Raoul Mesnard et Léonce Desnoyers sont sur les dents, il faut comprendre vite cet imbroglio macabre et prendre de court la presse. Pour cela, ils sollicitent le jugement éclairé de l'aliéniste Bloomberg, en dépit de sa léthargie consternante. Qui sait ? Un dossier peut en chasser un autre...

Ce deuxième livre confirme les qualités de cette série qui est riche, passionnante, avec des personnages complexes mais au charisme avéré. Il est nécessaire d'avoir lu le précédent roman pour bien comprendre celui-ci, lequel rassemble deux, trois points légèrement frustrants. Tout d'abord, dès les premiers chapitres, la part de documentation sur l'Expo de Paris est énorme, très importante, au risque de paraître trop didactique. L'intrigue policière est, par conséquence, plus en retrait et ne se déploie qu'à mi-parcours. Petite déception aussi de peu retrouver l'ambiance de la cour des miracles, si prenante et fascinante dans le livre précédent. A contrario, on croise des figures peu communes, comme Buffalo Bill, ou le magicien chinois Chung Ling Soo. Ce sont des détails infimes, car je le répète, cette série de JL Bizien est une formidable découverte !   

10/18 Grands Détectives, 2009 - 250 pages - 7,90€

Merci l'auteur ! Et vivement le prochain. ;o)

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07/06/09

Vengeances romaines ~ Gilda Piersanti

vengeances_romainesEn tournant la dernière page de Jaune Caravage, qui fermait le cycle des Saisons Meurtrières, j'avais émis le souhait (muet) de retrouver un autre cycle avec les personnages récurrents créés par Gilda Piersanti. J'ai donc été très heureuse d'apprendre la parution de Vengeances romaines, et à la fin de cette lecture je sais désormais qu'il y aura d'autres livres avec Mariella De Luca et sa coéquipière Silvia.

L'intrigue policière est bien nébuleuse dans ce roman, on signale la disparition d'une veuve, mère de famille, qui n'a plus donné signe de vie après le réveillon du Nouvel An. Dans le même temps, Silvia, subjuguée par une réfugiée roumaine, enquête également sur la disparition de sa mère, une badante arrivée en Italie, pour subvenir aux besoins de sa famille restée au pays. Et également, les agissements mystérieux d'un couple de personnes âgées les rendent de plus en plus suspects d'un crime qu'on ne saurait comprendre !

Au coeur de la cité romaine, l'histoire inscrit son rythme latin envoûtant, et riche culturellement (comme souvent, on retrouve des références à l'art qui participent à résoudre les affaires criminelles). Mariella est une jeune femme amoureuse, sa liaison avec Paolo la rend plus douce et posée, ce qui ravit son supérieur. Mais Silvia est plus soupçonneuse, intriguée par la chambre fermée à clef dans l'appartement luxueux du fiancé, incapable de saisir l'attachement de sa camarade. Cette insistance laisse présager un nuage sombre, et la belle romance pourrait y prendre ombrage.

Ce qui devient une signature dans cette série, c'est la présence des sentiments et de la nostalgie dans l'enquête policière, on n'y trouve pas du tout de cavalcades échevelées, de crimes sanguinolents. Le charme opère autrement, grâce à l'ambiance, à la personnalité des personnages, à la complexité de l'intrigue (trop de disparition, trop de vengeances voilées...). C'est toujours très bon de se plonger dans les romans de Gilda Piersanti. Ce titre ne fait pas exception à la règle. L'auteur a su étoffer une romance qui aurait pu virer plan-plan et qui, finalement, ouvre la porte de l'anti-chambre des tragédies romaines. Point de commedia dell'arte dans ce théâtre. C'est sombre, tendrement mélancolique. Ai-je besoin de préciser que je suis totalement sous le charme ?!
De plus, la fin de ce roman apporte des révélations stupéfiantes. Je suis impatiente de lire la suite des événéments.

Le Passage, 2009 - 260 pages - 18€

A signaler : Les 3 premiers volets des Saisons meurtrières sont déjà disponibles en poche, chez Pocket. rouge_abattoir vert_palatino bleu_catacombes  (plus d'infos en cliquant sur les couvertures)

 

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08/04/09

L'orgue de Quinte ~ Hervé Picart

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Frans Bogaert est en vacances à Provins. Il a confié sa précieuse boutique brugeoise, l'Arcamonde, aux mains de son assistante, la troublante et délicieuse miss L. (double parfait et confondant de l'actrice Lauren Bacall). Frans séjourne dans la maison de Lamartine avec son beau-père, Victor Brunel, qui vient d'emménager en France pour une raison personnelle (la disparition de sa fille, en fait) et se révèle un compagnon érudit et passionnant dans la cité provinoise.

Sur la place du marché, un dimanche matin, l'antiquaire fait la trouvaille d'un objet curieux, vendu comme étant l'orgue à liqueurs de des Esseintes (célèbre personnage du roman d'Huysmans). Bogaert flaire l'arnaque et marchande l'objet car sa curiosité est piquée au vif, il veut connaître le secret de cet objet. Avec délicatesse, il va le dépouiller, le caresser d'un fin pinceau et révéler des initiales gravées. Mais les découvertes ne s'arrêtent pas là !

Cette série décrite comme un roman-feuilleton en douze épisodes est définitivement un rendez-vous incontournable ! Ce volume 2 nous offre une aventure encore plus singulière, qui fourmille de passion, d'érudition et d'énigmes !

On retrouve avec bonheur le personnage de Frans Bogaert, l'antiquaire perspicace et gourmand de savoir, dans un cadre qui n'est plus Bruges (qui n'est pas totalement absente, merci la sublime Lauren qui intervient avec brio et beauté !). Provins n'a pas à rougir et se montre à la hauteur de toutes les espérances. La ville offre un cadre idyllique et historique, chargé de mystères, idéal pour alimenter l'intrigue, qui est tout bonnement extraordinaire, riche et excitante. On découvre l'histoire étonnante d'un maître-verrier, obsédé par sa quête du cristal parfait, mais inutile d'en lâcher plus.

Entre les lignes, on commence à percer une autre piste sur la disparition de Laura Bogaert, l'épouse de l'antiquaire, ce mystère (cf. Le dé d'Atanas) figure comme un fil rouge et la suite promet monts et merveilles. Comble de tout, ce texte est servi par une plume à faire pâlir d'envie, le style d'Hervé Picart est léché, fluide et agréable. Un régal.

Ne résistez plus ! C'est une perte de temps et d'énergie. Une impardonnable erreur, en plus !

Le Castor Astral, 2009 - 216 pages - 13€

Volume 1 : Le dé d'Atanas

Déja annoncés :  Le coeur de gloire (tome 3) en novembre 2009 -  La pendule endormie (tome 4) en mars 2010.

L'Arcamonde vous ouvre ses portes : http://arcamonde.hautetfort.com

Les recettes de l'Arcamonde :

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« Victor Brunel a tendu à son beau-fils un élégant verre ballon où danse un précieux liquide doré, qui happe la lumière pour mieux scintiller.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Du vin de glace. Cela ne peut que vous réchauffer, non ?
- Du vin de glace ? s'étonne Bogaert. De quoi s'agit-il ? Encore une de ces richesses de bouche de nos amis français ?
- Tout à fait. Ce régal est le produit miraculeux de la plus tardive des vendanges. Les vignerons alsaciens attendent que les premières fortes gelées viennent crisper les derniers pampres. Sous la peau fripée du raisin se produit alors une exceptionnelle concentration des sucres. Ainsi s'élabore ce divin breuvage, à mi-chemin entre un Riesling ancien et un vin de paille
.
»

**********

« Bogaert a commandé une grouse à l'hydromel. Il attaque la bête avec un bel entrain, la narine tout émoustillée par le fumet aigre-doux qui monte de son assiette. La chair du gibier, à l'arrière-goût de réglisse, se marie à merveille au miel de la sauce. Le régal lui fait baisser paupière.
- Excusez cette faiblesse, croit-il bon d'ajouter aussitôt, de peur de paraître excessivement ridicule ou gourmand. Ce plat est somptueux. Vraiment, cette grouse me grise. Vous auriez dû vous laisser tenter. Votre thon au poivre jaunet me semble un tantinet austère.
- Un peu d'austérité ne peut nuire au bonheur, monsieur Bogaert. C'est juste un condiment de vie comme un autre : elle produit une douceur aigrelette qui rappelle celle de votre grouse.
»

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31/03/09

Un tueur à Munich ~ Andrea Maria Schenkel

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Nous sommes en Allemagne, dans les années 30. Josef Kalteis est jugé, condamné coupable et exécuté par guillotine pour avoir violé, torturé et assassiné des jeunes filles, sans jamais reconnaître la gravité de ses actes. Le roman raconte avec quelle froideur et quelle folie l'homme a plongé dans cette spirale infernale, celle de la violence et de l'acharnement.

Le roman commence gentiment, lorsque la jeune et naïve Kathie arrive à Munich pour trouver une place de bonne. Au lieu de ça, elle se laissera séduire par la proposition d'une amie qui lui suggère de vivre de ses charmes pour obtenir un bel appartement, de ravissantes toilettes et un cadre de vie comme jamais sa mère n'aurait pu lui offrir. On suit longuement son parcours, avant de comprendre où l'auteur nous conduit, brouillant même les pistes en jalonnant l'histoire avec d'autres jeunes filles, qui seront enlevées, violées et massacrées, ou portées disparues. La plongée est lente, insupportable, pourtant le suspense est là, terriblement accrocheur, pas du tout pervers. 

L'histoire est d'autant plus percutante car on vit les tragédies en se glissant tour à tour dans la peau des proches, de la victime puis de l'assassin. Je ne sais pas quelle place est la plus terrifiante, parce que c'est systématique : l'angoisse monte, la peur s'associe à la panique, et la douleur se ressent très vite... C'est un livre abominable, très charnel malgré les apparences ! On sent des frissons sur tout le corps. Lorsque Joseph Kalteis, le tueur, intervient avec ses dépositions faites au juge - pas besoin de préciser l'incohérence de ses propos - ses discours nous prennent à la gorge, ils nous scotchent par leur teneur insensée. C'est tout simplement révoltant, mais cela dessine la mesquinerie de sa réflexion, ce type est un malade, certes, mais c'est aussi et surtout un traqueur.

Comme avec La Ferme du crime, Andrea Maria Schenkel s'est inspirée d'un fait divers, et nous livre un roman oppressant, accablant et déroutant. Le portrait du tueur de Munich nous pousse dans nos retranchements, c'est à la fois flippant et réussi, mais cela crée un profond malaise.

Actes Sud, coll. Actes Noirs, 2009 - 168 pages - 16€
traduit de l'allemand par Stéphanie Lux

Du même auteur, je vous rappelle la sortie en format poche de La ferme du crime ICI !