13/12/09

Le coeur-de-gloire ~ Hervé Picart

L'Arcamonde - 3
Le Castor Astral, 2009 - 220 pages - 13€

coeur_de_gloireC'est le printemps, les rayons du soleil baignent les pavés de Bruges et Frans Bogaert, notre antiquaire détective, est d'humeur assassine. Coincé dans son Méandre à recenser l'ensemble des articles de sa boutique pour satisfaire les basses exigences de son assureur, Frans peste contre l'arrivée opportune d'une dame en rouge, Ornella De Volder. Elle porte à son cou un pendentif écarlate, offert par son époux, et demande une expertise du produit. Bogaert obtempère, ce n'est que pure pacotille (ou presque), ce bijou n'a nulle prétention de vêtir l'importance que lui confère l'homme de cette dame. Lady Scarlet sort de la boutique fâchée et se débarrasse du collier dans la première poubelle venue.

Quelques jours après, Mme De Volder se présente à nouveau à l'Arcamonde et raconte une bien étrange histoire. Elle tente par mille fois de jeter son pendentif aux flammes de l'enfer mais elle a sans cesse la désagréable surprise de le retrouver près de son chevet tous les matins. Bogaert accepte de pousser l'expertise et le range dans un tiroir de son laboratoire. En fait, il est clairement excédé par l'affaire De Volder, cette femme trop belle lui donne des frissons dans le dos, il n'arrive pas à la cerner, en plus du bon air printanier dans les rues de Bruges et de son inventaire casse-tête, il est passablement impatient et peu concerné par ce bijou. La fierté du monsieur sera piqué lorsque la dame en rouge réapparaît à l'Arcamonde en brandissant le pendentif. Un filou s'est incrusté dans la boutique et a défié l'antiquaire. Frans Bogaert entre enfin en scène !

Troisième épisode de cette série policière passionnante, nous croisons ici une sombre intrigue qui baigne dans le sang, la vengeance et le mensonge. C'est toujours merveilleusement bien écrit, et cet épisode, contrairement à l'Orgue de Quinte, se déroule exclusivement à Bruges, dans la boutique de l'Arcamonde, Lauren, l'assistante qui est aussi le double parfait de Lauren Bacall, y est pleinement présente, forte de sa beauté mystérieuse et ses aphorismes. Par contre, point de détails supplémentaires quant à la disparition de l'épouse de Frans. Moi qui croyais qu'il s'agissait d'un fil rouge... Ceci n'altère pas le grand intérêt de ce feuilleton, qui plaira à tous les amateurs d'ambiance noire, érudite et délicieusement rétro.

 

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09/11/09

Une femme sans peur ~ Lee Jackson

10-18, coll. Grands Détectives, 2009 - 380 pages - 8,20€
traduit de l'anglais par Eric Moreau

une_femme_sans_peurSarah Tanner vient s'établir dans un quartier populaire de Londres, à Leather Lane, où elle ouvre son propre café sans faire état de son passé. Une femme célibataire, jolie, en bonne santé, voilà de quoi nourrir les conjonctures de la clique des mégères ! (Et c'est vrai que notre héroïne a bien roulé sa bosse, comme on va le découvrir petit à petit.) Ceci, on l'apprend après les retrouvailles par hasard avec George Phelps, une ancienne connaissance de Sarah, qui hélas est saigné à blanc quelques minutes après, dans une rue près du Dining & Coffee Rooms. Sarah n'est pas sûre d'elle, mais elle pense avoir vu le coupable. Un roussin à la carrure d'une brute épaisse, en clair il ne fait pas bon traîner dans les parages. Sarah se rend donc chez son ancienne protectrice, une tenancière qui répond au nom de Son Altesse, et qui a encore un certain courroux envers Sarah. L'entretien se passe mal, et les ennuis ne font que commencer pour Sarah.
La jeune femme se lance toute seule dans une enquête pour rendre justice à la disparition tragique de son ancien camarade. Ses pas l'entraînent dans les bas-fonds de Londres, dans des bouges répugnants, des maisons closes et des salles de jeux interdites, lesquelles sont fréquentées par le beau monde et la pègre, les ordures et les artistes maudits, des pauvres types désargentés, une noblesse parvenue et la gentry. Sarah Tanner est à l'aise partout, elle se drape dans les plus jolies toilettes ou préfère l'anonymat, elle change de patronyme comme de chemise, mais plus d'une fois elle flirte avec le diable et les dangers ne sont jamais très loin !
Heureusement, elle peut compter sur l'appui de son serveur, le vieux Ralph Grundy, et un ancien soupirant, Arthur DeSalle. Ensemble, ils vont découvrir un fabuleux traquenard dans lequel la cupidité et la duplicité font sacrément bon ménage.
C'est un excellent livre que j'ai pris plaisir à lire d'une traite, une plongée à donner des frissons dans un Londres victorien loin des fastes et du glamour, mais plutôt dans les ruelles sombres et nauséabondes. La crapule n'a pas de nom, et le crime n'a aucune limite. J'ai carrément dévoré les dernières pages tant j'étais abasourdie par ce que je découvrais.
Sarah Tanner est une nouvelle héroïne qui m'est apparue sympathique et attachante, je compte bien lire la suite de ses aventures dans L'Ange de Leather Lane (qui vient de paraître en septembre 09).

 

> le blog de l'auteur : http://catsmeatshop.blogspot.com/

Lee Jackson est un passionné du Londres victorien, décor de ses romans policiers historiques. Après Les secrets de Londres, sélectionné en 2003 pour l'Ellis Peters Historical Dagger Award, il a publié 5 romans dont Le Cadavre du métropolitain, premier tome d'une trilogie conduite par l'inspecteur Webb. Membre de la Crime Writers Association, il anime également un site consacré à l’histoire sociale et culturelle de l'Angleterre victorienne : www.victorianlondon.org

 

 

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05/10/09

La princesse et l'assassin ~ Magnus Nordin

doAdo Noir du Rouergue, 2009 - 250 pages - 13,50€
traduit du suédois par Lucille Clauss et Maximilien Stadler

la_princesse_lassassinDans une petite ville de Suède, un adolescent est pris au piège dans la voiture d'un détraqué qui va abandonner son corps violenté dans une déchetterie. Un an et demi après, dans une autre ville, une autre série de disparitions commence à alerter la police locale. Y aurait-il un maniaque sexuel aux aguets ?

Avant d'atteindre un vrai niveau d'angoisse, ce roman noir cultive sur 250 pages beaucoup de mystère et de nervosité (sous l'apparence calme, on devine un grondement intérieur, un drame prêt à éclater). Nous sommes dans la petite communauté de Norra Soderbro, la vie au lycée coule paisible, quand la nouvelle (Nina) fait son entrée dans la classe du professeur Walle. Sa famille vient d'emménager dans la maison voisine de Markus, leur situation paraît ordinaire mais on comprend très vite que Nina et les siens n'ont jamais cessé d'aller de ville en ville, en fuyant d'affreuses rumeurs.

Aussi Nina n'a qu'une envie : se fondre dans la masse. Elle est donc soulagée d'être prise en charge par la fille la plus populaire de l'école (Lenita) qui l'intègre parmi son cercle social, l'invite chez elle pour son anniversaire, lui fait connaître son béguin (Jajje, un guitariste de dix-huit ans). Mais l'attitude de Lenita est louche, c'est une fille autoritaire et excessive, manipulatrice et cruelle. Le soir de sa fête d'anniversaire, pas mal d'événements vont survenir et bouleverser le commun de leur vie à tous.

L'intrigue du roman s'étend ainsi, sans mot dire. C'est faussement lent car la tension est palpable. On se surprend à soupçonner tous les personnages, on ne devine pas une minute l'identité du coupable, on se laisse d'ailleurs berner en beauté, on retient son souffle jusqu'aux dernières pages, on serre les poings et les dents, on a le souffle court... bref on comprend que ce thriller est bon, très très bon même. La recette du polar nordique est appliquée à la lettre, c'est noir, oppressant, curieux, douloureux. Dans son pays, "La princesse et l'assassin" a d'ailleurs reçu en 2003 le prix du meilleur thriller pour la jeunesse.   

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27/09/09

Jane Austen à Scargrave Manor ~ Stephanie Barron

Labyrinthes, une collection des éditions du Masque, 1998 - 446 pages - 8,50€
traduit de l'anglais (USA) par Corinne Bourbeillon

jane_austen_scargrave_manorJane Austen a bientôt 27 ans, elle vient de rompre ses fiançailles avec Mr Bigg-Wither et se réfugie chez son amie Isobel, nouvellement mariée au comte Scargrave, de deux fois son aîné. Elle compte bien s'étourdir dans l'effusion des bals donnés à Scargrave Manor. Hélas, le vieux lord meurt dans d'atroces souffrances et la maison porte le deuil. Des petits billets font très vite leur apparition et accusent la jeune épouse d'avoir comploté le décès du comte, ses liens avec Fitzroy Payne, vicomte et neveu de son mari, dénoncent une connivence trop proche, trop tendre. Scandale à l'horizon ! Jane est émue de la détresse de son amie, tous les soupçons l'accablent et d'étonnantes révélations viennent assombrir la réputation de la jeune femme et de son ami (et soupirant), lord Payne, héritier du titre et de la fortune de Scargrave...

Ce n'est pas parce qu'on trouve Jane Austen en titre qu'il faut s'attendre à une lecture d'égale qualité, non, non... l'esprit, l'essence, l'adoration, l'humour et la finesse y sont forcément brodés et utilisés à bon escient mais il va sans dire que Stephanie Barron n'a pas le talent de l'anglaise, même si du talent elle en possède aussi certainement... Car j'aime ses romans, c'est le deuxième titre que je lis de sa série (cf. Jane Austen et le révérend) et j'y trouve un vrai, grand plaisir. C'est une lecture de pure distraction, du divertissement pour zoner sur son canapé, c'est assez bien écrit, l'ambiance est admirablement reproduite, la silhouette de Jane Austen est mise à l'honneur, on trouve une jeune femme vive et intelligente, qui rougit beaucoup et qui répète souvent être de bonne condition physique et donc d'apprécier la marche et les promenades. Ceci étant, c'est tout de même comique de l'imaginer en détective, si l'on transpose l'idée d'une Miss Marple avec quelques années de moins... Là je dis stop, cela casse l'image et cela devient totalement ridicule.

La série de Stephanie Barron n'a pas d'autre intention que d'être agréable à la lecture et de ne pas prétendre usurper l'identité de Jane Austen, juste de la respecter, ensuite le personnage de l'écrivain anglais est mis en scène, mais jamais dans des situations incongrues, ou tout juste peut-on trouver que cela reste terriblement romanesque, Jane n'était pas une beauté fatale, elle le rappelle, mais son charme de l'esprit n'avait de cesse de faire tourner les têtes, et c'est avec étonnement que je constate de nouveau les ravages qu'elle provoque ! Cette lecture donne le sourire, c'est indéniable. L'enquête criminelle demeure de facture classique, je n'ai pourtant pas su deviner le coupable avant la révélation au dernier chapitre.  Stephanie Barron sait entretenir le suspense, mais son roman pourra paraître bien long et bavard pour ceux qui attendent de l'action et des rebondissements. Il n'en est pas du tout question dans ce livre ! Ambiance georgienne joliment léchée, voilà de quoi ravir les amateurs. Entendons-nous bien.

> un extrait :

Sachant que le lieutenant Hearst avait tué un homme, je ne parvenais à songer à rien d'autre ; mais l'on se doit, lorsqu'on enchaîne les figures, de causer un tant soit peu avec son partenaire ; je me mis donc l'esprit à la torture, désespérant de trouver un mot pour engager la conversation. Rougissante - j'en ai peur - et les yeux obstinément baissés, je dus lui faire l'effet d'une vraie petite oiselle, lui offrant ainsi une image de ma personne probablement aussi imparfaite que le portrait que miss Delahoussaye m'avait dressé de lui. Lui-même, devant mon mutisme embarrassé, hésitait à prononcer une syllabe ; et nous persistâmes péniblement dans ce silence d'une profonde sottise pendant près de la moitié du temps que dura la danse. Mais s'il est une chose que je déteste par-dessus tout, c'est bien de me retrouver flanquée d'un cavalier muet ; aussi, surmontant mon horreur des coups de pistolet à l'aube, je me réfugiai dans la légèreté d'un badinage féminin.
- J'ai profité de votre absence, lieutenant, pour me renseigner sur votre caractère, lançais-je.
Levant un sourcil, il me jeta un regard amusé.
- Et suis-je digne de toucher votre gant ?
 

NB : Il s'agit du premier tome de la série.

> lu aussi par Plaisirs à cultiver et La bibliothèque d'Allie

25/09/09

L'âme détournée ~ R.N. Morris

10/18 Grands Détectives, 2009 - 410 pages - 8,90€
traduit de l'anglais par Bernard Cucchi

lame_detourneeJe sors de cette lecture complètement emballée et conquise par cette première rencontre avec Porphiri Pétrovitch, juge d'instruction à St-Petersbourg. Nous sommes en 1866, soit un an et demi après l'affaire Raskolnikov durant laquelle Pétrovitch a joué un rôle crucial pour mener l'enquête du double meurtre de Crime et Châtiment (de Dostoïevski).
Faut-il être fou ou audacieux pour mettre en scène un personnage tiré d'une oeuvre majeure et le faire évoluer dans une série dont l'ambition n'est nullement de s'inscrire chez les classiques, mais juste de divertir ?
Et si, tout simplement, il s'agissait là de talent, car le résultat est vraiment très, très bon.
Question ambiance, nous sommes servis. La Russie, donc, au milieu du 19° siècle. Nous sommes en plein hiver, il fait extrêmement froid, les rues sont couvertes de neige, les gens meurent de faim, ou dépensent leurs kopecks à boire de la vodka, les pauvres filles se prostituent, le crime crapuleux s'invite donc à la partie.
L'histoire s'ouvre sur la découverte de deux corps, la scène est particulièrement glauque et donne des frissons. Un nain a eu le crâne fracassé par un coup de hache et près de lui le corps d'un homme se balance au bout d'une corde. Ces deux-là se détestaient, il n'y a point d'indices qui impliquent le meurtre, bref la police conclue hâtivement au suicide succédant au remords.
Pétrovitch peste dans sa barbe, selon lui cette affaire est plus vicieuse et porte la signature d'un esprit retors et redoutable d'intelligence. Mais ses supérieurs lui mettent des bâtons dans les roues, le dossier est bouclé, jusqu'à ce qu'un nouvel élément relance l'enquête.
Nous allons encore en souper des bouges infâmes, des personnalités tordues et complexes, des ambitions étouffées, des mensonges et des trahisons, des secrets et de l'âme humaine souillée, bafouée et même déposée chez un prêteur sur gages !
C'est laid, grisâtre, oppressant et morose... mais c'est absolument captivant.
Je me suis surprise à tourner les pages de ce livre, prise au piège de ma propre fascination pour ce décor slave peuplé de personnages attachants, non dénués d'humour pour certains, même si cela reste très en retrait de la ligne principale. Quant à l'intrigue policière, elle m'est apparue parfaitement acceptable, entraînante d'un bout à l'autre pour un final plus ou moins imprévisible (j'avais flairé le coupable !).
Dernière info, l'auteur est anglais et a déjà écrit une nouvelle aventure de Porphiri Pétrovitch, A vengeful longing.

 

 

et un petit extrait pour se mettre dans le bain :

Le samovar gargouillait et sifflait en vibrant. Porphiri Pétrovitch et Anna Alexandrovna s'en détournèrent, comme dans un accès de pudeur. Elle lui désigna un sofa russe, or et marron. Quand il s'assit, une rafale de vent fit trembler les carreaux.
Le salon était tendu de brocatelle bleu pâle agrémentée de dorures sur les moulures rococo. L'air, humide, embaumait des vapeurs de thé. Les panneaux de rideaux de soi du même bleu que les brocatelles tombaient devant les trois grandes baies. La lumière qui filtrait du dehors déposait un reflet crémeux sur la robe sombre d'Anna Alexandrovna. Dans la cheminée de marbre, de courtes flammes, vives, affleuraient timidement sur une montagne de charbons rougeoyants.
- C'est un tel choc ! dit Anna Alexandrovna en regardant par la fenêtre, comme si elle commentait la violence soudaine des éléments. Comment est-ce arrivé ?
- Malheureusement, il semble bien qu'ils aient été assassinés, tous les deux.
- Non !
Elle le regarda, espérant trouver sur son visage une autre réponse.
- On a découvert leurs deux corps dans le parc Pétrovski.
- Le parc Pétrovski ?
Aucun doute : elle avait été troublée lorsqu'il avait mentionné le parc. Mais, déjà, elle surveillait ses réactions. Elle s'écarta un peu de Porphiri en se penchant en arrière. Il l'observait, guettant un signe, elle ne livra cependant plus rien.

 

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15/09/09

Un pied au paradis ~ Ron Rash

Editions du Masque, 2009 - 262 pages - 19€
traduit de l'anglais (USA) par Isabelle Reinharez

un_pied_au_paradisAu départ, on s'attend à une intrigue facile et déjà lue : un type dénommé Holland Winchester est porté disparu. C'est la mère qui signale au shérif Alexander l'étrangeté de cette disparition, elle a entendu un coup de feu chez le voisin et depuis elle soupçonne Billy Holcombe d'avoir tué son fils. L'enquête commence aussitôt, la police passe au peigne fin le terrain et  la rivière attenante, le couple Holcombe est interrogé, mais nulle trace du corps. Niet. L'affaire est close.
Dans le chapitre suivant, l'histoire prend une autre tournure lorsque le narrateur principal - le shérif - passe le relais à Amy Holcombe, apportant ainsi un nouvel éclairage à cette affaire. Viendront ensuite les voix du mari, du fils et de l'adjoint pour compléter tour à tour le récit, et finalement l'histoire devient très différente de ce qu'on imaginait au début.
Disparition ou meurtre ? Ce n'est pas ce qui compte le plus, car le roman révèle une histoire plus intense, une histoire d'amour teintée de jalousie et de vengeance, une histoire de filiation et de sacrifice, une histoire de pardon, d'écoute, de patience et de courage.
Nous sommes dans les années 50, sur les terres des Appalaches du Sud, la sécheresse frappe les récoltes des agriculteurs, et la compagnie d'électricité rachète peu à peu toutes les terres afin de construire une retenue d'eau, ainsi un immense lac viendra recouvrir les champs et les fermes. 
C'est dans un climat de stérilité et de mort que se passe ce roman. Un climat aride, étranglé et en sursis. Au début, c'est vrai que le livre n'offre rien qui sorte de l'ordinaire, mais sa richesse s'ouvre lorsque les voix des différents protagonistes se font entendre. L'histoire étale alors sa palette de sentiments, passant du tragique au touchant, du dramatique au bouleversant, que sais-je, j'ai été vraiment émue de lire les secrets du couple Holcombe, ce que la disparition de Holland Winchester impliquait, les conséquences sur la vie des uns et des autres.
C'est un roman fort en émotions, qui se découvre au fil des pages et qui laisse son empreinte. Un roman qui laisse aussi supposer un calme sous lequel gronde la tempête. Le paradis sur terre et ses ronces cachées.
Belle découverte.

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04/08/09

Les meurtres de la Salamandre ~ Paul Halter

Editions du Masque, 2009 - 314 pages - 6,50€

les_meurtres_de_la_salamandreJ'ignorais tout de Paul Halter, j'ignorais qu'il était français et auteur contemporain né en 56, et non pas, comme je le supposais bêtement, un rosbif, un pur, un dur, un bien campé sur ses positions, dans la grande lignée des auteurs du siècle dernier ! Atmosphère, atmosphère...
Cet auteur a plus d'un atout dans son sac, tant il sait admirablement nous plonger dans une intrigue policière très british, qui se passe en 1931. L'action se déroule à Marney Hall, une demeure familiale frappée de malédiction parce qu'un amoureux éconduit, des années auparavant, a prédit qu'il se vengerait, tout en s'immolant sur la place publique et en clamant qu'il était l'égal de la Salamandre. L'homme ne craint donc pas le feu, du coup il va survivre pour disparaître pendant quelques années, dans le même temps un individu cambrioleur fait tourner la tête des inspecteurs de la Sûreté en France, il signe sous le nom de la Salamandre. S'agit-il du même type ? Son arrivée sur le territoire anglais vient d'être signalé. Archibald Hurst, inspecteur de Scotland Yard, et son ami le Dr Twist vont s'employer à lui mettre la main dessus.

Paul Halter est définitivement un digne héritier des auteurs du siècle dernier, je n'avais qu'à fermer les yeux pour penser à Dickson Carr ou Conan Doyle, Leroux, pour les français, tant l'illusion est parfaite. C'est désuet, mais charmant. L'intrigue s'enroule autour de secrets de famille, de lettres anonymes, d'un fils qui rentre au bercail avec des diamants en poche, d'héritage qui se lisse, de morts inexpliquées, et d'une scène incroyable où un poignard est lancé dans le dos de la victime, en pleine salle de bal, en présence d'une dizaine de témoins dont aucun n'a vu le meurtrier. Ce crime impossible devient donc le casse-tête de notre couple de fins limiers, à eux - Hurt et Twist - de ne pas s'éparpiller, de garder la tête froide et de ne pas céder aux sirènes du fantastique. Car toute explication est rationnelle ! La solution se trouve dans ce très bon  roman policier, un modèle qui ne faillit pas à la grande tradition de la collection du Masque. L'intrigue est à la fois convenue et bien ficelée. Lecture agréable, en somme. ;)

 

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25/07/09

Tequila frappée ~ Nadine Monfils

Belfond, 2009 - 228 pages - 18,50€

tequila_frappeeA Pandore, banlieue chic semblant sortir d'un décor de cinéma, on n'assassine pas dans le velours, mais à coups d'explosifs qui éclatent la villa et étripent en mille morceaux le voisin qui rendait service alors que la propriétaire rentrait ses courses. C'est sûr que ça commence fort ! Dépêchés sur les lieux, les enquêteurs Lynch et Barn, assistés de la profileuse Nicki, tentent de rassembler tous les morceaux (sic) - l'équipe gagnante de Babylone Dream a du pain sur la planche. En effet ce joli monde va biaiser et surfer sans faillir entre les crimes tous plus abominables les uns que les autres, le coeur bien accroché, toute nausée serait cependant inenvisageable car l'auteur a la géniale idée de tartiner son intrigue policière d'un humour corrosif. C'est carrément frappé, à commencer par le chien alcoolique, qui boit la téquila, sans hips, et sourit de bonheur en regardant son maître. Quelle histoire ! Pandore est loin d'être une banlieue tranquille, de l'avis de l'éditeur, les putes dansent la rumba avec les flics, les sous-marins naviguent sur terre, on croise des marchands de rêves, un clochard extralucide ou une main baladeuse. (J'adore chaque quatrième de couverture des romans de Nadine Monfils !) Bref, ça sent la farce à plein nez mais qu'on ne s'y trompe pas non plus : il est bien écrit thriller en couverture, car le crime est noir, poisseux, écoeurant. Ce subtil mélange (humour / horreur) rend ainsi les livres de Nadine Monfils singuliers et intéressants. A déguster cul sec ! 

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10/07/09

Des vérités cachées ~ Ann Cleeves

des_verites_cacheesDans une petite ville du Northumberland, le corps d'un garçon est retrouvé mort dans son bain. Quelques jours après, c'est celui de l'institutrice stagiaire, baignant au fond d'une grotte. Le lien entre les deux saute aux yeux : une mise en scène macabre, avec des fleurs autour du corps qui flottent dans l'eau. Est-ce assez pour conclure à un tueur en série ? Vera Stanhope, chargée de l'enquête, va étudier tous les détails. Elle ne va plus lâcher le groupe de passionnés d'ornithologie, les premiers à avoir découvert le deuxième crime, et qui, selon elle, adopte une attitude supérieure dans l'espoir de masquer des agissements plus vils et mesquins. Son propre passé lui revient en mémoire, qu'elle chasse farouchement, pas le temps de s'épancher car Vera s'est taillée une réputation d'enquêtrice implacable, vulgaire, lourde et négligée, d'une cinquantaine d'années et toujours célibataire. La vie personnelle de Vera est encore sous réserve, on sait juste qu'elle préfère la bière ou le whisky au thé qu'elle ingurgite - faute de mieux - chez les témoins qu'elle interroge.
Car il y aura d'autres romans policiers avec Vera Stanhope, cf. Morts sur la lande déjà disponible chez Belfond. Et ce n'est pas plus mal. Ce premier de la liste m'a semblé agréable et plaisant à lire, très propre sur lui. On s'intéresse de près à un groupe de personnes, on les suit dans leur quotidien, on devine leurs vérités cachées, mais vraiment au compte-goutte, car l'intrigue sait bien nous balader, elle nous donne la becquée pour nous endormir et c'est seulement vers les dernières pages que la solution nous est dévoilée, purement et simplement.
J'ai bien aimé cette façon de procéder, pas franchement révolutionnaire, c'est vrai, toutefois c'est une promenade dépaysante et une première accroche convaincante. Pour l'amatrice des romans policiers anglais que je suis. Dans la veine des Martha Grimes ou Elizabeth George.

Pocket, 2009 - 412 pages - 7,30€

traduit de l'anglais par Claire Breton

www.anncleeves.com

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09/07/09

Darling Jim ~ Christian Mork

darling_jimQuel roman, mes aïeux. Noir et inquiétant, comme sa couverture, le roman l'est véritablement et peut gonfler la poitrine d'offrir un contenu à l'égal du contenant. C'est très rare. L'histoire nous transporte dès les premières pages, dans la verte et bucolique Irlande, même si la carte postale fiche aussi les jetons. Dans la maison de tante Moïra, les corps de trois femmes ont été retrouvés, portant des traces de sévices et autres souffrances importantes. Vision apocalyptique, d'autant plus incompréhensible qu'il s'agit de Moïra et de ses nièces, Fiona et Roisin. La bête et les beautés, dit-on en se signant. Les langues se délient à vitesse folle dans le village, or elles ne peuvent soupçonner l'origine du cauchemar. Ni qu'un tel massacre est devenu la conclusion d'un amour qui consume plus intensément qu'un brasier.
C'est alors qu'un jeune postier, qui trompe son ennui en dessinant des comics, va mettre la main sur le journal de Fiona, miraculeusement sauvé de l'enfer et échappé des fouilles de la police. En première page, Fiona supplie son interlocuteur, qu'importe son identité, de lire son histoire du début à la fin car elle se sait condamnée mais elle n'espère pas que sa mort tombera dans l'oubli. Il faut qu'on sache son histoire, il faut la lire et la colporter.
A la façon d'un seanchai, un conteur de légendes irlandaises.
Fiona a eu la malchance d'en croiser un sur son chemin, en la personne de Jim Quick, la beauté du diable, le regard implacable, et le charme de son mystère auréolant le trouble qu'il fait naître chez les femmes. De pubs en pubs, il raconte son histoire d'homme-loup, et dans son sillon la presse se fait écho d'étranges disparitions de jeunes femmes.
Qui est-il ? Que veut-il ?
C'est l'une des nombreuses raisons qui vous pousse à ne plus quitter ce livre du danois Christian Mork, oui danois, j'ai moi-même été surprise de le découvrir. C'est dire le talent exceptionnel qu'il possède, la capacité de se fondre dans un décor, de créer l'illusion. Son roman lui-même est constitué de tiroirs sans fonds, on les ouvre sous l'emprise d'une puissance maléfique, on emprunte des chemins de traverse, mais le narrateur vient toujours nous repêcher et nous pousse vers d'autres couloirs labyrinthiques. C'est prodigieusement bluffant. Un roman dans le roman. A la façon des poupées russes. Bref, j'ai adoré.
Et l'écriture est sensuelle, brillante, étourdissante. C'est un livre à plusieurs facettes, qui vous raconte une histoire d'amour, de danger et de tristesse. Une histoire qui donne la chair de poule. Une histoire un brin fantastique, avec des contes et légendes qu'on imagine se raconter au coin du feu ou avec une lampe de poche sous une tente ! Pour frémir de plaisir.
Une lecture que je recommande.

Le Serpent à Plumes, coll. roman noir, 2009 - 382 pages - 20€

Traduit de l'anglais par Agnès Jaubert

Lily a également été fascinée - Joëlle l'a dévoré - Ys pense que cela ferait un excellent scénario de film

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