08/11/16

Purgatoire des innocents, de Karine Giébel

Purgatoire des innocents

Ô douleur ! ô misère ! Ce roman de Karine Giébel ne nous épargne rien. L'auteur nous plonge dans une histoire sombre et d'une extrême violence avec ce supplément d'âme qui n'appartient qu'à elle. C'est un très bon roman, mais ô combien éprouvant. 
Suite à un braquage loupé dans une bijouterie, Raphaël conduit ses complices et son frère William, blessé, dans un village paumé où il oblige une vétérinaire à le secourir. Une arme braquée sur elle, Sandra n'a pas d'autre choix. Elle se plie aux exigences des intrus qui s'installent de force dans sa grande maison isolée, mais la jeune femme n'est pas sotte. D'instinct, elle comprend qu'elle peut retourner la situation à son avantage et manipule à sa guise les uns contre les autres. Très vite, la cohabitation tourne à l'aigreur et un lourd climat de suspicion opprime les occupants. Le retour anticipé du mari gendarme va également chambouler les plans, car Patrick n'est pas homme à se laisser abuser.  
OK. Je pense être foncièrement maniaque à me complaire dans la lecture de tels ouvrages ! Ce roman très, très noir inspire à la fois le plus vif dégoût, une fascination morbide et une totale incompréhension. Car comment elle fait, l'auteur, pour puiser de telles horreurs et s'en extraire ensuite pour retourner à un semblant de vie ordinaire ? C'était la question que je me posais déjà à la lecture de La conjuration primitive de M. Chattam qui semblait aussi prendre son pied à décrire âprement des séances de tortures insoutenables et cauchemardesques. Dans le roman de K. Giébel, on bascule donc dans l'horreur et le sadisme, avec ce spectre de la folie et de la fatalité brandi au-dessus des personnages. C'est moche et inacceptable. Plus d'une fois, mon cœur s'est arrêté de battre. Je répugnais à poursuivre l'écoute, et pourtant je restais pendue à mon ipod, par dépit et aussi d'effroi, car je crevais d'envie de connaître la fin du calvaire. Cette expérience de lecture est franchement éreintante et ne se raconte pas. Le scénario est d'une perversité sidérante, mais son orchestration est magistrale et bluffante. J'attends déjà le prochain titre disponible en exclu sur Audible. ^-^

Texte lu par Sylvain Agaësse (durée : 15h 23) pour Audible FR - Septembre 2016

>> En téléchargement & en exclusivité sur Audible.

©2013 Univers Poche (P)2016 Audible FR

Purgatoire des innocents | Livre audio

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07/11/16

Rêver, de Franck Thilliez

REVERPour son nouveau roman à suspense, Franck Thilliez fait montre d'une abominable rouerie en explorant les arcanes du sommeil et des rêves via son héroïne atteinte de narcolepsie. Abigaël souffre de cette maladie depuis des années et a souvent recours à des brûlures ou des scarifications pour distinguer le vrai du faux. Tout s'embrouille dans un flou constant, ce qui empoissonne naturellement sa vie.
Psychologue chevronnée, spécialisée en criminologie, elle prête souvent son concours aux enquêteurs pour débroussailler le terrain et les guider vers des issues possibles. Depuis plusieurs mois, tous s'échinent à démasquer un kidnappeur d'enfants, le mystérieux Freddy, en référence au personnage créé par Wes Craven, qui prend plaisir à infliger à ses victimes des tortures insoutenables. Mais la vie d'Abigaël bascule dans le cauchemar, alors qu'elle accompagne son père avec sa fille pour un weekend de détente, leur voiture est accidentée en rase campagne, seule Abigaël sort indemne de la carcasse et n'a aucun souvenir du choc. Six mois plus tard, toujours effondrée et shootée aux calmants, Abigaël tente de se raccrocher à son travail, avec le soutien de son ami Frédéric, enquêteur de police. Elle tente, parallèlement, de reconstituer les dernières heures qui ont précédé son accident de voiture et va pointer des détails troublants dans le planning de son père.  Et lorsque certaines pistes recoupent celles de l'immonde Freddy, le sang d'Abigaël ne fait qu'un tour. 
Certes, la lecture est assez laborieuse car il faut prêter attention, à chaque instant, aux dates et aux lieux des événements, ne pas lâcher le fil de l'intrigue, aussi ingénieuse soit-elle, et se dépêtrer du brouillard perpétuel qui enveloppe les pensées et les faits de la jeune femme. La maladie d'Abigaël entre souvent en jeu et vient un peu compliquer la donne : entre l'acquis et le supposé, les frontières s'effacent. Et c'est le point fort du roman. F. Thillez dupe facilement le lecteur en lui faisant croire tout et n'importe quoi, mais le piège est facile et pleinement consenti. J'ai apprécié suivre le mouvement, perdre mon équilibre et culbuter d'une idée à l'autre. Lorsque la brume se désépaissit et laisse filtrer un début de vérité, c'est encore plus flippant et excitant. 
Résultat, ce roman m'a beaucoup plu. Au départ je trouvais l'interprétation de Clémentine Domptail glaçante et mécanique, puis l'atmosphère générale a réussi à me convaincre que cela collait au personnage d'Abigaël. Constamment sur le fil du rasoir. Cela n'empêche pas non plus les émotions de se faufiler, on a le choix entre frissonner de dégoût et trembler de peur, se questionner sur la santé mentale de l'héroïne et éprouver aussi de la compassion. Entre séquences fortes et instants dramatiques, la balance, en tout cas, est parfaite. Ce cru 2016 s'émancipe du duo Hennebelle & Sharko et offre sans aucun doute une bonne échappatoire à la routine ! 

Texte lu par Clémentine Domptail pour Audiolib (durée : 13h 14) - Octobre 2016
© California Dreamin', The Mamas and the Papas - Universal Music Division Barclay.
© 2016, Fleuve éditions, département d'Univers Poche

24/10/16

Cinq petits cochons, par Agatha Christie

Cinq petits cochons

Seize ans plus tôt, Caroline Crale a été condamnée pour avoir empoisonné son mari, le peintre Amyas Crale, sous prétexte que celui-ci allait la quitter pour sa jeune maîtresse, l'affriolante Elsa Greer, qui lui servait aussi de modèle pour son dernier tableau. 
Venant tout juste de se fiancer, leur fille, Carla Lemarchant, convoque le passé et demande à Hercule Poirot de reprendre l'enquête pour l'éclaircir. Celui-ci s'y plie avec bonne grâce et rencontre les acteurs du drame, soit Meredith Blake, l'expert en plantes, son frère Philip, l'amoureux refoulé, la nouvelle lady Dittisham, par qui le scandale est arrivé, mais aussi Cecilia Williams, la gouvernante acariâtre, et Angela Warren, la demi-sœur de Caroline qui n'était qu'une adolescente revêche et dissipée à l'époque. 
L'un après l'autre, ces témoins livrent leur version de l'histoire en accablant Caroline, dont les crises de jalousie acerbes et très violentes faisaient grand bruit dans la maison. Le couple était au bord de la rupture, le mari volage affichait sa nouvelle conquête sous le nez de l'épouse bafouée, qui n'a pas supporté pareille humiliation. Chacun y va de son commentaire ou de son jugement relatif, pendant ce temps Hercule écoute patiemment. 
Les intrigues d'Agatha Christie sont comme des petites mailles tricotées en point très serré. Qu'on ne s'y trompe pas. Ce ne sont pas les mêmes propos qui sont ressassés à l'envi ni les mêmes conflits qui sont rapportés dans le vide, l'histoire n'est jamais statique et tout est dans le détail, car rien n'est jamais anodin dans les histoires de la duchesse ! Non seulement la lecture déploie une prodigieuse mise en scène dans l'art de ménager le suspense, instaurant au passage une ambiance très théâtrale à l'ensemble, mais elle aborde aussi des thèmes d'avant-garde, dont le libertinage et la sensualité, qui n'étaient pas légion dans les romans de 1942 ! ^-^
Ce roman ne vieillit pas et est, de plus, excellemment servi par l'interprétation de haute volée de Samuel Labarthe, alias le commissaire Laurence dans Les Petits Meurtres d’Agatha Christie sur France 2. À noter aussi qu'il existe une adaptation par ITV (saison 9, épisode 1) avec David Suchet, Rachael Stirling, Aidan Gillen, Julie Cox... L'un des meilleurs épisodes de la série Hercule Poirot ! 

Texte lu par Samuel Labarthe pour Audiolib (durée : 7h) - Septembre 2016

Traduction révisée par Jean-Michel Alamagny pour les Editions du  Masque

17/10/16

Intimidation, de Harlan Coben

Intimidation Audiolib

Ouch. Nouvelle lecture de Harlan Coben, promesse d'un divertissement basique, sans prise de tête. Et puis, non. Cette fois, la recette n'a pas su produire cette petite dose de fébrilité attendue et réserve même une entrée en matière particulièrement douteuse. 

Accoudé à un bar, Adam Price est apostrophé par un inconnu qui lui souffle « vous n'étiez pas obligé de rester avec elle » puis se met à lui débiter une histoire de fausse grossesse, comme quoi son épouse Corinne aurait bâti leur union sur un mensonge. Assommé par ces révélations, Adam cherche des explications, mais sa femme se débine et disparaît de la circulation. Seul avec leurs deux garçons, Adam remue ciel et terre pour percer le secret de Corinne.  

Vous décrire mes impressions de lecture ? 

 

Ennui profond. 

Non seulement l'histoire est confuse et lourde, mais également très moralisatrice et sans réelle action. De plus, l'auteur nous noie dans des considérations domestiques artificielles et des matches de lacrosse pas follement captivants, tout ça dans le but d'ancrer dans l'esprit du lecteur l'illusion du paradis familial pour qu'il saisisse ô combien le passé va pulvériser cette tendre quiétude... Mouiii. Seulement, cela ne m'a pas particulièrement emballée.

L'intrigue, ensuite, emprunte des détours improbables, avec des maîtres chanteurs, des crimes, des détournements de fonds, des gamins obsédés par la réussite, des clichés sur la vie en banlieue, des drames intimes, des carrières qui volent en éclats et du paraître à entretenir. Harlan Coben brasse large et se pose en observateur de ses contemporains avec cette fausse dérision pas du tout crédible (se moquer des génies en informatique qui ont lancé leur business dans leur garage). Et alors ?

Ce n'est pas drôle, pas émoustillant, pas palpitant. Et comble de tout, j'ai trouvé le temps long. Même Olivier Prémel, le lecteur pour Audiolib, semble embarrassé par l'exercice dans les premières minutes. Il taille le portrait d'Adam sans sincère investissement de sa part, ou disons que le rendu sonne affreusement convenu et me touche moyennement. Par la suite, tout le monde parvient à trouver le bon rythme à sa juste mesure même si le dénouement est aussi décevant que le reste. De là, toute réconciliation paraît impossible avec cette lecture pour le moins médiocre et lassante. ^-^ Dommage.

Texte lu par Olivier Prémel pour Audiolib (Octobre 2016) - durée : 9h 28

Traduit par Roxane Azimi pour les éditions Belfond

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Le Dompteur de lions, de Camilla Läckberg

LE DOMPTEUR DE LIONS

S'agissant déjà du 9ème tome de la série, ce roman de Camilla Läckberg ne crée plus la surprise et se contente de renouer des retrouvailles en bonne et due forme avec un ensemble déjà calibré (le couple Hedström, le commissariat de Tanumshede, les multiples conjectures familiales, sans oublier la ville de Fjällbacka). On se sent en territoire familier et ça a du bon aussi.  

Patrik et ses collègues enquêtent donc sur la disparition d'une adolescente, dont on vient de retrouver le corps fauché par une voiture, en notant les nombreux sévices subis, dont les yeux brûlés à l'acide. Cette découverte est pétrifiante et mine le moral des troupes. Les camarades de la jeune victime, qui fréquentent toutes le même centre équestre, sont effondrées. De plus, une psychose gagne les parents dès que leur progéniture disparaît du radar à la moindre seconde. Serial killer ou pas, la police veille au grain.
De son côté, Erica travaille sur son nouveau bouquin traitant d'une affaire survenue trente ans plus tôt, où une fillette aurait été martyrisée au sein de son foyer, battue par son père, avec la complicité de sa mère. Emprisonnée, celle-ci a toujours refusé de s'exprimer sur les circonstances du drame, mais fait une entorse pour Erica, qui a obtenu l'autorisation de la rencontrer pour recueillir ses premières confidences timides. Drôle de personnage, se dit l'écrivain qui s'interroge sur son crime et son absence d'émotions, et qui l'interpelle aussi dans son rôle de mère. Elle-même se débat avec son quotidien, ses mômes intenables, son boulot, son mari, sa sœur, sa belle-mère... Un tourbillon incessant, au centre duquel on perd vite pied. Et pourtant... Erica a besoin de creuser pour approfondir son sujet, et quoi de mieux pour s'aérer l'esprit que de fouiner dans les dossiers de son cher époux ! ? ^-^
Eh oui. On en revient toujours au même problème : Erica la mêle-tout. Même Camilla Läckberg se moque de son vice, tout en l'excusant, et la compare de façon éhontée aux fières tricoteuses des romans anglais ! Ah, ah. On devine sans peine. Et c'est comme ça qu'on recoupe tous les petits morceaux du puzzle. La façon dont l'auteur bricole ses intrigues n'est plus surprenante, mais c'est difficile de lui en vouloir. Ses lecteurs sont au rendez-vous et s'en satisfont. J'avoue faire partie du lot, même si les mignardises domestiques ont tendance à m'exaspérer (oh, Anna... encore et toujours, la 8ème plaie d'Egypte à elle seule). Mais j'aime l'ambiance générale, à la suédoise, qui est agréable et pleine de charme. Cela a aussi un côté rassurant. Le fond de l'histoire n'est pourtant guère lénifiant, puisqu'il questionne le lecteur sur l'instinct maternel et son droit à ne pas en être. La trame romanesque est profonde, poignante et sombre, au-delà de la façade affichée de déculpabiliser les mamans débordées ou qui ont le sentiment de négliger leurs enfants. Un roman davantage féminin que féministe.

Par contre, côté technique, Jean-Christophe Lebert, l'interprète pour Audiolib, est fâché après les adolescentes. Sa manière de singer leurs voix et de gérer leurs crises ne les rend franchement pas sympathiques. L'écoute en souffre un peu, sans en pâtir complètement, l'interprétation des voix féminines demeurant un problème récurrent chez ce comédien. ^-^

 Texte lu par Jean-Christophe Lebert pour Audiolib (durée :  13h 12) Août 2016

Traduit par Lena Grumbach pour les éditions Actes Sud

le dompteur de lions

 


13/10/16

Bleu Blanc Sang : Tome 1, de Bertrand Puard

Bleu Blanc Sang Tome 1En voilà une excellente surprise ! Ce roman, premier tome d'une trilogie tricolore, nous propulse dans les arcanes du pouvoir politique et du marché de l'art à travers une intrigue de haute volée, savamment concoctée.
Celle-ci nous conduit d'abord aux funérailles du président de la République, Jean-Baptiste Tourre, au cours desquelles son frère Patrice lui rend un vibrant hommage avant de reprendre les rênes du pouvoir quelques mois plus tard. La situation en Europe est de nouveau tendue, après l'annonce du gouvernement italien qui a déclaré faillite, une énième crise majeure est redoutée et sème déjà la panique sur les marchés boursiers.
Mais ces derniers sont également secoués depuis une récente vente aux enchères à New York où un tableau de Justine Latour-Maupaz a atteint une somme vertigineuse et impensable pour cette artiste méconnue du XVIIIe siècle, dont l'unique prouesse consiste à avoir produit douze tableaux narrant les grands épisodes de la Révolution. Depuis, les douze œuvres sont disputées sur les marchés, au prix des plus folles tractations.
Et au milieu de cette frénésie financière, on croise Eva Brunante, fille du plus grand spécialiste de J. Latour-Maupaz qui vient de disparaître avec son épouse. Eva et sa demi-sœur Tiphaine ne savent plus où donner de la tête et sont prises en charge par un groupuscule anarchiste qui prétend vouloir les aider dans leurs recherches.
Ayé. Tout est en place. Des clans se forment, des familles se déchirent, des complots chuchotent, des vengeances ourdissent. Petit à petit, la trame tisse sa toile et incorpore des éléments intriqués les uns aux autres, mais dont on découvre uniquement l'ampleur au fil des pages. Et c'est tout bonnement stupéfiant ! Une intrigue arachnéenne au service d'une lecture captivante. Miam ! J'ai beaucoup apprécié le rythme et la dynamique du récit, ses nombreuses ramifications et sa palette de personnages aux liens étroitement liés. On y découvre, en gros, une guerre de pouvoir et d'usure, de la tromperie sous le capot, des forces obscures prêtes à tout et des vilains coups bas pas beaux du tout. Mystère et boule de gomme, comme qui dirait. ^-^
Et comme la suite vient de paraître simultanément, en avant pour parachever cette enquête mouvementée et drôlement emberlificotée ! 

Hachette Romans, octobre 2016

La trilogie Bleu Blanc Sang - Tome 2 - Blanc  La trilogie Bleu Blanc Sang - Tome 3 - Sang

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12/10/16

Vendredi 13, de David Goodis

Vendredi 13Ce roman a tout d'une farce, bien crapuleuse, avec un pauvre type qui se glisse dans la peau d'un truand pour sauver la mise et participer au soit-disant braquage du siècle dans la nuit d'un vendredi 13. Un détail forcément prémonitoire. 
Et quel pied. J'ai tout de suite été interpellée par le cynisme du personnage central, Al Hart, qu'on croise en train d'errer dans les rues de Philadelphie, transi de froid, puis entrer dans une boutique pour voler un pardessus. Courant à toutes jambes pour échapper à la police, il va surprendre des coups de feu et tomber sur le corps d'un homme mourant, auquel il chipe le portefeuille rempli d'oseille avant de le planquer dans les fourrés et se livrer à ses poursuivants. L'entrée en matière est complètement dingue mais ne déroge pas aux règles du roman noir. Car c'est sanglant, violent et immoral. 
Face à Al, Charley et ses acolytes constituent une bande de malfrats peu commodes et néanmoins nigauds. Ils gobent l'histoire de meurtre que leur raconte Hart et l'adoptent comme l'un des leurs. Enfin, cela n'est pas aussi lisse et acquis car les gars se méfient de cette petite frappe et lui en font baver. Ces malfaiteurs sont en train de préparer leur prochain casse dans une grande propriété privée et glandouillent dans un appartement en jouant au poker. Hart fait profil bas, se fond dans le décor, répond aux jeux de séduction de Freida, la copine de Charley, et se tient à distance de Myrna, qui ne se console pas de la mort de son mec, par la faute de Hart (des mauvais coups filés dans le ventre et des blessures insoupçonnées). 
C'est assez proche de la comédie dramatique, sur fond d'humour noir, avec une vision charitable de la petite racaille. Ce sont tous de pauvres bougres paumés et coincés dans une vie de misère, qu'ils tentent d'enjoliver par leurs piètres moyens. Il y a du désespoir derrière leurs mines patibulaires, lequel va éclabousser les pages du livre par l'irruption du parasite Hart. Ce gars est un imposteur, on le sait, mais c'est sa seule porte de secours. Prétendre un rôle qu'il n'est pas. Lui aussi a son histoire tragique et déprimante qu'il fuit comme un dératé. Le destin l'a fait croiser Charley et sa bande, le reste appartient à David Goodis. 
Remis à l'honneur avec une traduction révisée et une présentation par Laurent Guillaume (auteur de 
Delta Charlie Delta & Black cocaïne), ce polar culte vaut clairement le détour. C'est loin des chimères et de la sensibilité naïve et romanesque. Et pourtant cette lecture a su me scotcher et me charmer. Une découverte inattendue et réjouissante.

Trad. de l'anglais par François Gromaire et révisé par Isabelle Stoïanov

Nouvelle édition présentée par Laurent Guillaume en 2016

Collection Folio policier (n° 279)

Parution : Septembre 2016

Satan était un ange, de Karine Giébel

Satan etait un angeAvec Karine Giébel, les livres se suivent et ne se ressemblent pas. Mes appréciations de lectrice non plus, hélas. Car cette lecture a été une énorme déception. Ni plus ni moins.
C'est l'histoire d'un gars en fuite, François, un avocat en pleine déprime après avoir appris qu'il était atteint d'une maladie incurable. Par fierté, il choisit de prendre le large, loin de son foyer, ne voulant pas imposer à sa femme sa prochaine déchéance. En route, il croise un jeune autostoppeur.
Paul rentre chez lui à Marseille. C'est un môme charismatique, et pourtant pas très honnête. Car François découvre vite que le garçon est un délinquant recherché pour meurtres et trafic de drogue. Cette réalité le fait sortir de ses gonds, d'autant plus qu'il est maintenant embarqué dans la même cavale, avec une bande de tueurs à leurs trousses. Et malgré tout, François se sent incapable de tourner le dos à Paul. 
Entre ces deux-là, existe désormais une relation semblable à celle d'un père et d'un fils. En dépit des disputes, des mensonges, des écarts sociaux et des différences culturelles, François et Paul ont extirpé de leur rencontre incongrue cette petite étincelle d'espérance en l'avenir. 
Ouhlàlà. J'ai vérifié plusieurs fois le nom de l'auteur sur le bouquin tant j'ai cru halluciner. On est loin, très loin des histoires poignantes et remarquables de K. Giébel. Il s'agit tout juste d'une histoire de traque semée de cadavres, qui ne conduit même pas à un final bluffant. C'est même surprenant de conformisme, gonflé de bons sentiments et louable pour la forme (à vouloir dénoncer le marché honteux des déchets nucléaires). C'est pour moi une franche déception. Une lecture longue et ennuyeuse, écrite de façon trop maniérée, et qu'on lit comme une éternelle errance vers le vide. 

Texte lu par François Tavares pour Audible FR (durée : 8h 19)

©2014 Univers Poche (P)2016 Audible FR

Satan était un ange | Livre audio

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05/10/16

L'Inconnu du pont Notre-Dame, de Jean-François Parot

L'inconnu du pont Notre-Dame

1786. Alors que le royaume s'agite autour du procès de l'affaire du collier, Nicolas Le Floch est envoyé en tant qu'émissaire à Rome pour rencontrer le pape Pie VI, puis rentre à Paris pour être aussitôt convoqué auprès de son ancien chef, Le Noir, désormais directeur de la Bibliothèque du roi. Celui-ci s'inquiète de la récente disparition de son conservateur au cabinet des médailles, le dénommé Halluin, pourtant un employé discret et zélé, mais autour duquel flotte aussi un vent de mystère. En fouillant son logement, Le Floch remarque, au vu des artifices trouvés dans son armoire, que les mœurs de l'homme seraient pour le moins particulières, mais qu'il détenait chez lui des contrefaçons de médailles tirées de la collection royale. Une enquête s'impose !
Paris, à la même heure, est en plein tohu-bohu autour du quartier du pont Notre-Dame. Les maisons sont rasées, le cimetière des Innocents déplacé. C'est une vraie pétaudière et la population s'agace. Forcément, au milieu du chantier, surgit le corps défiguré d'un homme. Et des conclusions s'imposent - serait-ce donc là l'insaisissable Halluin ? 
Notre commissaire aux affaires extraordinaires au Châtelet est bien en peine. Une autre affaire vient également le chatouiller sur le plan personnel. Lors d'une réception donnée par l'a
mbassadeur anglais, de passage à Paris, Nicolas rencontre son vieil ennemi, Lord Aschbury, ainsi que Lord Charwel et sa charmante épouse, la délicieuse Antoinette, qui n'est autre que son ancienne maîtresse et la mère de son fils Louis de Ranreuil. Cette dernière, espionne à la solde du roi Louis XVI, est infiltrée chez l'ennemi et doit demeurer aussi lisse et inexpressive que du marbre. Seulement Sartine s'en mêle et mande le jeune Ranreuil de servir de garde rapprochée à la lady, durant son séjour parisien. Bonjour la petite réunion familiale au sommet ! ^-^
Mais la politique reprend ses droits, et la menace gronde. La vie du roi est effectivement en danger, alors qu'il parcourt la campagne normande et se délecte de la liesse populaire, un complot digne d'un roman de Dumas voit le jour. Notre vaillant Nicolas va alors se jeter à corps perdu pour déjouer les plans machiavéliques des espions anglais. 

C'est un tome foncièrement palpitant, qui renoue avec les grands classiques aux intrigues enflammées, avec des figures aussi aimables et sympathiques que notre commissaire, son subordonné et ami, l'inspecteur Bourdeau, sans oublier le vieux Noblecourt, dont la santé est de plus en plus fragile, Catherine, la cuisinière alsacienne et la belle Aimée d'Arranet, qui boude dans son coin. C'est tout un univers familier qu'on retrouve avec grand plaisir. La lecture est également élégante, habile et instructive à brasser de judicieuses références historiques à une trame romanesque riche et enlevée. L'auteur lève le voile sur les origines de Le Floch, dresse aussi un portrait bienveillant de Louis XVI, un roi économe et précautionneux, qui détestait les jeux d'argent, et plante un Paris au bord de l'implosion avec les fumets de la révolution à l'horizon. D'ailleurs, on se régale toujours autant autour de la table de JF Parot ! Les descriptions abondent, les plats redoublent d'exotisme ou encensent le terroir, c'est goûteux et ça vous met l'eau à la bouche... Bref. Cette série est incontestablement savoureuse au sens propre et au sens large du terme. À découvrir sans attendre. 

10x18 Grands Détectives / Octobre 2016

Texte lu par François d'Aubigny (durée : 10h 51) pour Audiolib - Février 2016

L'Inconnu du pont Notre-Dame

04/10/16

La Blonde aux yeux noirs, de Benjamin Black

La Blonde aux yeux noirsLe mythe Marlowe reprend vie sous la plume de Benjamin Black (alias John Banville, Booker Prize 2005 pour La Mer) qui goupille une enquête inédite dans laquelle ce cher Philip M. déploie son talent et sa gouaille pour conquérir son public orphelin. Le pari était osé, mais le défi pleinement assumé. Et j'ai personnellement apprécié ce revival du roman noir hardboiled.
Tout commence un mardi, “un de ces après-midi d'été où on se demande si la terre n'a pas cessé de tourner”. Notre détective désabusé reçoit la visite d'une blonde fatale qui l'engage pour retrouver, en toute discrétion, un certain Nico Peterson, son amant officiellement disparu dans un accident de voiture deux mois plus tôt. Or, elle est certaine de l'avoir croisé bien vivant en train de marcher dans la rue et entend refiler la patate chaude à Marlowe. Celui-ci accepte parce que la cliente est belle et distinguée - Clare Cavendish appartient à une riche famille de Californie, l'argent n'étant pas une finalité pour notre ami, celui-ci est davantage captivé par les “atouts” de la blonde aux yeux noirs. 
Car Marlowe ronchonne dans sa barbe. L'affaire paraît déjà fumeuse et ne va pas manquer de le plonger dans des arcanes improbables mêlant club privé, mauvaises combines à deux balles, trafics de drogue, usurpation d'identité, mensonges et autres félonies. Cela sent la duperie à plein nez, et Marlowe va mordre la poussière.
Cette enquête éreintante applique cependant toutes les lignes du cahier des charges - la clope, la gnôle et les torgnoles - dans une ambiance clairement saturée d'amertume et de macchabées. Mais les répliques sont mordantes à souhait, l'humour est dégainé à tire-larigot et la stylistique ciselée à la mode des années 50. Un bouquin qui nous sort un “oh pétard” en guise de protestation, moi je dis banco.

Traduit par Michèle Albaret-Maatsch (The Black-Eyed Blonde) pour les éditions Robert Laffont

Repris chez 10/18 - Février 2016