Chez Clarabel (2)

Des livres, de la passion de lire et des dessous chics

24/04/09

Le Bon Gros Géant ~ Roald Dahl

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Adaptée fidèlement du roman de Roald Dahl, cette pièce de théâtre mise en scène par David Wood est aussi un guide pertinent pour les lecteurs qui souhaiteraient passer du rêve aux planches. D'excellentes indications sont données, en guise de décors, de personnages, d'accessoires, de bruitages et d'éclairage.
Plusieurs scènes sont ensuite proposées, qui reprennent l'intrigue principale du Bon Gros Géant, et qui se découpent comme suit : L'enlèvement de Sophie ; Sophie au pays des géants ; Schnockombre et Frambouille ; La pêche aux rêves et le spectacle des rêves ; Sophie et la reine ; Petit déjeuner au palais de Buckingham ; L'enlèvement des géants.

L'histoire ne change pas : Sophie, une orpheline, est enlevée par le BGG. Heureusement pour elle, ce géant, contrairement à ses acolytes, ne mange pas les mouflets. Toutefois, il est préférable de cacher la fillette car dans le pays des géants la menace est partout.
Le BGG est aussi un attrapeur de rêves, il s'en ressert ensuite pour les distribuer grâce à sa trompette. Autre particularité : notre BGG est un poème à lui tout seul, son langage n'appartient qu'à lui, c'est un baragouinage permanent, Sophie, qui ne s'y trompe pas, « trouve qu'il parle magnifiquement », le lecteur, lui, est totalement béat.
« Pour moi, les mots c'est un problème horripilateur. Je sais exactement les mots que je vais dire, mais ils finissent toujours pas s'entortillembrouiller à la sortie. »
Un peu d'action vient saupoudrer cette belle amitié entre un géant et la fillette, des rencontres royales aussi vont survenir, telles des petites notes saugrenues mais pourvues d'un humour rafraîchissant.
On sort de cette lecture (une sorte de raccourci au roman, j'avoue) en se sentant l'âme « fantastoc et faramidable » !

Folio junior, 2008 - 150 pages - 5,50€
Adaptation de David Wood
Traduction de l'anglais de Jean Esch
Illustrations de Jane Walmsley

Le roman a été lu par Erzebeth et Alice

08/11/06

Mathilde - Véronique Olmi

olmi_veronique"Mathilde" rentre chez elle où l'attend son époux Pierre. Elle vient de passer trois mois en prison pour avoir eu une relation sexuelle avec un mineur. Mathilde a 40 ans, elle est "bien" mariée, mais elle a voulu ce coup de sang avec un gamin de 14 ans, pour s'apercevoir "de la fadeur dans laquelle j'avais vécu, comme si au lieu de vivre ma vie, je copiais sur les autres, en attendant que la vieillesse me saute au visage". Passionnée et passionnelle, Mathilde est une femme qui a décidé d'écouter son propre désir. Après le scandale, Mathilde a connu la solitude, le froid, la peur et la douleur. Elle en sort cassée, fourbue, brisée et cynique.

La pièce se passe en une nuit, le temps pour le couple de se parler comme jamais. Véronique Olmi excelle dans l'art de claquer haut son verbe fort et enflammé. Avec "Mathilde", elle dessine un très joli portrait de femme, tout en passion. Le sujet met en avant le couple à la dérive, après les années de vie commune, la difficulté d'exprimer le désir féminin "déstructuré et impudique" et la lente reconstruction d'un amour blessé. Admirable. Ardent. Audacieux.

Actes Sud Papiers

Posté par clarabel76 à 19:49:20 - Théâtre - Commentaires [8] - Permalien [#]

20/10/06

La fin du film - Arthur Miller

la_fin_du_filmUne équipe en plein tournage de film, coincée dans un hôtel au milieu du désert, avec la menace d'un feu de forêt à l'horizon, se pose des questions sur l'avenir de leur film. La star féminine, Kitty, est couchée dans son lit, incapable d'être sur pied pour reprendre le tournage. Kitty est épuisée, droguée par les médicaments, abrutie par les conseils de son coach et bouleversée par l'échec de son couple. L'ambiance est électrique, prête à s'enflammer. Les uns et les autres cherchent une solution, veulent aider Kitty et savoir si le tournage peut continuer ou s'arrêter. La fin du film, vraiment ?

La pièce d'Arthur Miller raconte donc l'histoire du dernier film dans lequel son épouse Marilyn Monroe a joué, en même temps que sonnait le glas de leur couple. Cela fait un peu froid dans le dos, c'est un réglement de comptes ? Oui, mais surtout vis-à-vis de l'entourage de l'actrice, et implicitement sur les névroses de celle-ci. On reprocha à Miller d'avoir écrit cette pièce, qui tourne en dérision Marilyn, pièce écrite après la mort de cette dernière. Un comble, oui. Une manière détournée de profiter de la notoriété de la star pour amener un public autour d'une pièce au sujet sulfureux. Or, dans "La fin du film", le personnage de Kitty n'a pas de répliques, c'est un personnage muet, camouflé sous les draps, criant après son mari Paul, geignant, pleurant et qui promène une silhouette nue et flageolante dans le couloir de l'hôtel, en soupirant "mes fraises, où sont mes fraises".

Je reconnais qu'on vient à la lecture de la pièce pour son côté scandaleux, pour découvrir la vision de Miller sur son ex-femme, sur la façon dont on a cherché à faire porter sur l'actrice toute la responsabilité d'un film au tournage catastrophique. Il n'y a finalement que la secrétaire Edna qui apparaisse sincère, humaine et compatissante. Pour le reste, c'est un concours d'opportunisme. Il y a beaucoup de virulence envers le couple Flora et Jerome (autrement dit, Paula et Lee Strasberg). Les problèmes de dettes et de boisson du réalisateur Derek sont évoqués en filigrane (John Huston). On devine très aisément qui est qui dans cette comédie acrimonieuse, à la fois cruelle et sublime, c'est vrai. Il y a de la malice à se parer d'indulgence quand le personnage de Paul (mari de Kitty) avoue avec dépit l'échec de son couple, l'anéantissement de leur avenir en commun ("Nous avons passé notre temps à nous présenter l'un à l'autre. Aujourd'hui elle me fait peur."). Sans oublier les perles qu'il tisse autour de l'actrice, pour souligner combien elle est talentueuse, douée mais au bout du rouleau, excessive à réclamer qu'on la respecte et lui rende la sensation d'être divine et lumineuse, comme à ses débuts. Il est fatalement impossible de juger la pièce en elle-même, tout ramène au spectre de Marilyn, comment peut-on féliciter Miller de son coup de plume ? Ce n'est quand même pas très souple de sa part. Et c'est avec aigreur, quasiment, qu'on relève une phrase comme celle-ci : "Quand les gens prononcent son nom, c'est comme s'ils invoquaient une déesse. Une idole. Un objet sacré. Mais elle était une femme avant tout. Une femme qui a connu la faim, la soif, la déception, le sexe...". C'est une histoire triste et amère.

Grasset

  • "Chérie, nous nous souviendrons de tout cela plus tard comme d'une promenade dans un jardin fleuri !"

Posté par clarabel76 à 14:20:00 - Théâtre - Commentaires [4] - Permalien [#]
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