15/01/18

Grisha, de Leigh Bardugo

GrishaMaudit depuis des millénaires, le royaume de Ravka est plongé dans les ténèbres et encerclé par une épaisse nappe de brume maléfique. L'élite magique des Grishas est dépassée par la situation, jusqu'au jour où le régiment d'Alina Starkov, une jeune cartographe, subit une violente attaque des volcras, ces créatures qui hantent le Shadow Fold. Voyant son ami Malyen Oretsev en mauvaise posture, la jeune fille sent une force invisible se libérer de son corps. Démasquée comme étant une invocatrice de lumière, un cas unique, Alina est expédiée aussitôt dans les beaux palais d'Os Alta pour suivre une formation et devenir le bien le plus précieux du Darkling, le conseiller du roi. Encore sous le choc, Alina est également étourdie par la précipitation des événements. Elle, l'orpheline rejetée et miséreuse, est propulsée sur le devant de la scène, choyée, courtisée et convoitée. Ses premiers pas sont vacillants, son apprentissage est difficile et douloureux, Alina doute et n'est pas convaincue d'avoir sa place chez les Grishas. Seul le Darkling lui voue une confiance aveugle et lui consacre une attention exclusive... qui n'est pas sans faire tourner la tête de la jeune fille.

Et j'avoue que c'est hyper prenant ! On se glisse avec une facilité déconcertante dans la peau d'Alina Starkov, ce qui permet de s'acclimater à l'ambiance, au décor, aux personnages, aux enjeux avec la même incrédulité, la même innocence et la même fascination. Ma progression de lecture a été remarquable - j'avais envie de tout dévorer et également de prendre du temps. Je me sentais bien, transportée dans un monde imaginaire fait de magie, de séduction et de duplicité. Sans trop vouloir en dévoiler, j'ai nourri pratiquement les mêmes sentiments que l'héroïne dans son appréhension et son besoin d'appartenance. C'est finement joué, et on gobe tout sans sourciller. Pourtant, les indices sont glissés subrepticement pour tenir la garde en éveil... mais la tentation est trop belle. Ceci étant dit, l'aventure peut continuer - courant mai 2018, les éditions Milan reprennent la série que Castlemore avait lâchement abandonné en 2013 - et nous pousse à explorer plus loin, en lisant SIX OF CROWS par exemple. ☺

Une excellente entrée en matière. Une formidable fantasy épique, riche en entraînante. Je recommande.

Milan, 2017. Traduction de Nenad Savic.

 

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11/01/18

Passenger, d'Alexandra Bracken

PassengerC'est le grand soir pour Etta Spencer qui s'apprête à jouer du violon sur la scène du Metropolitan Museum, mais son heure de gloire va tourner court alors que la jeune fille assiste à une scène de chaos - bousculades en coulisse, coups de feu, son amie Alice qui s'effondre, une inconnue qui l'entraîne vers un bruit assourdissant, plongée dans les ténèbres... Etta se réveille alors au beau milieu de l'Atlantique, à bord d'un navire corsaire, en 1776. Face à elle, Nicholas Carter a été mandaté pour la conduire à New York afin d'y rencontrer Cyrus Boisdefer. Le Grand Maître des voyageurs dans le temps. C'est donc dans le feu de l'action que Etta apprend le poids de son héritage, le secret des passages, la mission qui l'incombe - mettre la main sur l'astrolabe, que sa mère aurait dérobé dans le passé. Elle a moins de dix jours pour tout gober et foncer à l'aveuglette vers son nouveau destin. Sur ce, on applaudit des deux mains la formidable capacité de notre héroïne à rebondir tout de go et l'énergie déployée à sillonner les époques sans tourner de l'œil au moindre contretemps. Pourtant, l'aventure ne manque pas de danger ni d'obstacles. Pour sauver sa mère, Etta doit en effet digérer les non-dits de son enfance, revoir toute son éducation et décrypter les indices glissés subrepticement. En dépit des apparences, Rose n'a rien laissé au hasard dans la préparation de sa fille... si ce n'est la présence de Nicholas, petit-fils illégitime de Boisdefer, dont le rôle consiste à coller aux basques de miss Spencer pour lui chiper l'astrolabe sous son nez.

Entre jeux de dupe et de séduction, cette intrigue réserve un éventail d'émotions fortes et délicieuses. J'avoue que cela m'a bien plu ! Si tout n'est pas parfait, à première vue, l'essentiel sauve la mise et nous embarque pour 480 pages de pimpante distraction. Forcément, j'ai beaucoup aimé les voyages dans le temps, l'Amérique du 18e siècle, Londres sous le Blitz, la jungle cambodgienne ou le jardin du Luxembourg sous la troisième république... C'est à chaque fois une promesse d'évasion et la découverte d'un univers riche et excitant. On met ensuite le cap vers une chasse au trésor complexe, avec des familles ou des clans qui s'entredéchirent et se trahissent pour gagner du terrain et décrocher le gros lot. Au milieu, le couple ne manque pas d'attrait, Etta est charmante, Nicholas attendrissant. On babille de joie à suivre leur idylle naissante. En somme, c'est parfois décousu et bancal, mais j'ai tout de même bien accroché et suis très heureuse de n'avoir pas à patienter de longs mois pour lire la suite (prochaine parution début février 2018). Non seulement tout est frais dans ma mémoire, et je n'ai aucune frustration à attendre. Cette lecture a été, pour moi, une agréable surprise que j'ai dévorée avec enthousiasme et ravissement.

Milan, 2017 - Trad. Leslie Damant-Jeandel

 

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22/12/17

Witch Hunter, de Virginia Boecker

Witch HunterOrpheline, Elizabeth a grandi auprès de son ami Caleb dans les cuisines du château du roi Malcolm, avant d'être tous deux recrutés pour devenir des chasseurs de sorciers sous les ordres de l'inquisiteur Blackwell. La jeune fille est douée et redoutable, elle mène ses traques avec succès et sans une once de remords. Un jour, elle est pourtant arrêtée en possession d'herbes de guérisseuse et aussitôt jetée en prison en attendant son procès. Malade et hagarde, elle croit halluciner lorsque Nicholas Perevil, le plus grand sorcier recherché dans tout le pays, lui propose de s'évader. En échange, Elizabeth devra le délivrer d'une malédiction au terme d'une épopée qu'elle seule semble pouvoir accomplir. Qui, comment, pourquoi ? Beaucoup de questions affluent à la lecture de ce roman sensible et captivant. 

En ce qui me concerne, j'ai été totalement emballée. L'univers est prenant, l'intrigue bien tissée, les personnages sont fougueux et adorables. Elizabeth est une héroïne touchante et courageuse, qui comprend tardivement que son monde n'est ni tout blanc ni tout noir. C'est d'ailleurs auprès de ceux qu'elle avait appris à détester qu'elle mesure les conséquences de ses actes. C'est aussi auprès de John, un guérisseur au charme ténébreux, qu'elle découvre le sentiment de sécurité. Entre eux l'attirance est palpable, mais agitée par le tumulte des émotions contradictoires (désir, haine, amour interdit...). Et c'est du petit lait à boire, car on sourit béatement à l'évocation de cette idylle naissante. Ajoutez de l'humour, de l'aventure, des rebondissements, du sang, des larmes, des drames... On savoure alors les 380 pages du roman, qui inspire une agréable sensation de confort et de divertissement. Simple, sans surprise mais efficace ! On est proche du coup de cœur. ☺

La suite est déjà disponible : L'assassin du roi 

PKJ, 2016 - Trad. Sidonie Mézaize


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L'Héritière, de Melinda Salisbury

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Arrachée à sa famille pour être adoptée par la reine de Lormere, Twylla découvre qu'elle est la nouvelle Daunen incarnée. La jeune fille possède un don - ou un pouvoir - car elle est capable de tuer ceux qu'elle touche. Promise à épouser le prince héritier, Merek, Twylla vit cloîtrée dans sa tour, sous la bonne garde de Dorin et Lief. Lorsque le premier tombe gravement malade, Twylla se retrouve seule face à la nouvelle recrue, venu d'un pays voisin. Lief est charmant, attentif à ses besoins et montre rapidement qu'il n'a pas peur d'elle. Cette promixité va peu à peu fragiliser les remparts derrière lesquels Twylla se calfeutrait, pour également la pousser à envisager autrement sa destinée.

Très, très beau roman ! Déjà par sa couverture magnifique, puis par son univers empreint de sensualité et de mysticisme. J'ai été conquise. Le début de l'histoire peut sembler lent et abscons, avec une héroïne distante et froide, qui vit sous la coupe de sa mère adoptive, totalement soumise à ses desiderata. Twylla est docile et ne porte aucun jugement sur le rôle qu'elle joue à la Cour. On perçoit néanmoins qu'elle va s'épanouir au contact du jeune garde - doux, romantique et séduisant. On en oublierait presque son soupirant attitré, le prince Merek, soudain trop beau pour être honnête ! L'auteur a pourtant encore des tours dans son sac, car la suite n'aura de cesse de surprendre en enchaînant action, émotion et suspense. La deuxième partie du roman est beaucoup plus captivante, les masques tombent, les trahisons pleuvent, les manipulations sont de rigueur, les cartes sont redistribuées. J'ai terminé ma lecture en sursautant et en poussant des cris de stupeur. D'où ma peine au moment de tourner la dernière page - je conçois l'épilogue, sauf que je n'ignore pas l'existence des deux autres romans de la série (The Sin Eater’s Daughter), qui ne seront vraisemblablement pas traduits en VF. Je me sens frustrée de m'arrêter en si bon chemin. Tentez l'aventure, reboostez les ventes et brûlez des cierges pour la suite ! ☺

 

Gallimard jeunesse, 2015 - Trad. Emmanuelle Casse-Castric

 

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16/12/17

Caraval, de Stephanie Garber

caravalSept années durant, Scarlett a écrit au mystérieux maître de Caraval des lettres pleines d'espoir afin de combler les rêves de sa jeune sœur Tella, qui souhaite voir son spectacle de magie sur son île privée. Lorsque Scarlett annonce qu'elle va se marier et tire un trait sur Caraval, elle reçoit une invitation pour participer à une représentation exceptionnelle, en compagnie de son fiancé et de sa sœur. Tella n'hésite pas une seconde et pousse Scarlett à s'échapper de leur prison dorée pour s'offrir cette escapade tant espérée. Leur père gouverne leurs moindres faits et gestes, impose à ses filles des corrections et un mariage arrangé, bref ça ne peut plus durer. C'est avec la complicité d'un charmant marin, Julian, aussi effronté que coquin, que les sœurs se lancent dans l'aventure de leur nouvelle vie. Or, la situation s'envenime dès que Scarlett découvre la disparition de Tella, sitôt le pied posé sur l'île. Seule avec Julian pour l'escorter, elle pénètre dans l'univers de Caraval pour un jeu de piste truffé de faux-semblants et au compte à rebours annoncé (cinq nuits, pas une de plus). En quête d'indices pour remporter le gros lot et sauver sa sœur, Scarlett s'éparpille rapidement entre la peur de l'inconnu, la confiance aveugle et le ravissement de vivre une expérience unique.

Du charme, du suspense, de l'aventure, du romantisme... Caraval se révèle une lecture enthousiasmante et pleine de féerie. J'ai été séduite par l'émerveillement perpétuel que suscite l'histoire, avec ses tours de passe-passe et ses nombreuses illusions pour brouiller les pistes. L'enchantement aurait pu être parfait, s'il ne m'avait pas manqué ce truc indéfinissable qui fait toute la différence. Car, en comparaison de l'ambiance, l'histoire s'avère simpliste et les personnages manquent d'étoffe. C'est mon seul regret envers ce rendez-vous que j'imaginais hypnotisant et romanesque à souhait. L'approche n'en demeure pas moins spectaculaire ! ☺ 

bayard, 2017 - traduction d'Eric Moreau

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15/12/17

Le Livre de Perle, de Timothée de Fombelle

Le livre de Perle

J'avais une petite appréhension au moment d'ouvrir le roman de Timothée de Fombelle, étant donné mon degré d'amour pour ce que l'auteur a coutume d'écrire. J'éprouve toujours un sentiment proche de la peur d'être déçue. Alors j'attends bêtement de vaincre ma trouille, puis je me sermonne d'avoir trop attendu car, franchement, j'ai encore reçu des pages et des pages d'amour tant c'était beau et bon. C'est un roman aux multiples facettes. Un roman avec des tonnes de tiroirs. Un roman qui vous raconte une histoire, laquelle vous en raconte une autre et vous promène encore plus loin vers d'autres horizons. Car c'est un roman magique, qui fait voyager, rêver et sentir battre le cœur toujours plus fort. Un roman qui fait comprendre la vie et ses combats. Une lecture indescriptible pour tout ce qu'elle procure et offre, si ce n'est un grand chant d'amour et de poésie à découvrir sans frémir ! ♥

Vers l'âge de quatorze ans, le narrateur s'est perdu dans la forêt et a rencontré un vieil ermite vivant isolé dans sa cabane. Ce type prétend s'appeler Joshua Perle. Son passé n'appartient qu'à lui, il confie au garçon de rentrer chez lui sans le questionner ni ouvrir l'une de ses précieuses valises qui encombrent le modeste logis. Mais notre ami croyant échapper à la vigilance de son hôte s'arme de son appareil-photo et brave l'interdiction, avant de s'évanouir pour se réveiller au bord d'une route. La suite de l'aventure révèle le fabuleux écheveau tissé autour de la figure légendaire de Joshua Perle - il sera question d'une fée et d'un prince sans royaume, d'une confiserie de guimauves, d'un fils prodige, d'une guerre, de trésors éparpillés, de mythes et de croyances en l'impossible. En gros, ce roman est aussi un hymne à l'imagination et à son pouvoir capable de renverser des montagnes. Ce sont autant de messages subliminaux qui ne pouvaient que me séduire. J'ai donc absorbé tout ça en ressentant un immense feu de joie s'embraser au creux de mon ventre et une totale dévotion à l'égard de cette plume charmeuse et lyrique. Offrez ce livre autour de vous ! C'est de l'amour sans demi-mesure et c'est prodigieux. #iputaspellonyou

Gallimard, 2014 - repris en poche Pôle Fiction, 2017

 

Le livre de Perle Pole fiction

 

Pépite du roman européen 2014.
Prix de la Foire de Brive 2015.

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11/12/17

13 reasons why ►, de Jay Asher - lu par Florine Orphelin & Gauthier Battoue

« J'espère que vous êtes prêts, parce que je vais vous raconter l'histoire de ma vie. Ou plus exactement, la raison pour laquelle elle s'est arrêtée. Et si vous êtes en train d'écouter ces cassettes, c'est que vous êtes l'une de ces raisons. » 

Thirteen reasons why

Hannah Baker a mis fin à ses jours, mais avant de commettre son suicide, elle a tenu à raconter son histoire en s'enregistrant sur des cassettes qu'elle adresse aux différents maillons d'une même chaîne - ils sont donc treize - treize désignés coupables, lesquels par un mot de trop, un geste déplacé, une parole malheureuse, un jugement, un mensonge ou un colportage, ont entraîné le drame que l'on sait. Clay Jensen figure sur cette liste, sauf qu'il ne comprend pas pourquoi. Élève discret, sans histoire, il était fou amoureux de Hannah mais se sentait trop timide pour lui avouer. Peur du regard des autres ou de la déception ? Aujourd'hui, le garçon n'est plus qu'un paquet de larmes et de regrets. C'est donc armé de son walk-man, le casque vissé aux oreilles, qu'il chemine dans la ville, tout en sombrant dans l'amertume, à l'écoute de la confession de la jeune fille. Confession émouvante, injuste et révoltante... mais qui soulève aussi des questions. Et c'est toute la force du roman qui réussit à nous fasciner en nous entraînant dans les dédales de son histoire - cela se lit comme un roman à suspense. La construction est judicieuse, l'intrigue est alimentée sans cesse pour lancer de nouvelles pistes ou créer du mystère. Et pourtant, le malaise aussi nous ronge et prend de l'ampleur à mesure qu'on découvre la spirale infernale, le point de non-retour, la détresse incurable. On se vautre dans la saveur amère du gâchis, et on ressent un profond malaise. La boucle est bouclée. Hannah Baker a gagné son pari de nous hanter.

J'avais déjà lu le roman à sa sortie, en 2010, pour découvrir aujourd'hui qu'il a inspiré une série netflix. Très bonne appréciation, et blablabla. En optant cette fois pour le format audio, je ne pouvais qu'être au plus près de Clay Jensen, en train d'écouter une voix d'outre-tombe, vaincue et dégoûtée par l'emballement frénétique de l'ostracisme adolescent. C'est franchement moche, très dérangeant. Même l'initiative de Hannah Baker me pose un problème de conscience, ce qui est sans doute voulu par l'auteur. Au final, on ressort de cette expérience audio en ressentant un vrai soulagement. On salue la performance des deux lecteurs - Florine Orphelin et Gauthier Battoue - également les voix françaises dans la série. Et on réfléchit à la vie, si précieuse et si fragile... 

©2007 "Thirteen Reasons Why", première publication. Traduction française : Éditions Albin Michel (P)2017 Audiolib, texte lu par Florine Orphelin & Gauthier Battoue (durée : 6h 25)

27/11/17

Songe à la douceur, de Clémentine Beauvais & lu par Rachel Arditi

songe à la douceurQuand Tatiana, quatorze ans, rencontre le meilleur ami du petit copain de sa sœur, elle tombe immédiatement sous le charme. Eugène a dix-sept ans et incarne le dandy romantique par excellence, avec ses lubies, ses exigences, ses rêves et ses idéaux. Tatiana lui adresse une déclaration enflammée, mais Eugène la repousse. Dix ans vont passer quand les jeunes gens se recroisent par hasard. La jeune fille est troublée, alors que son ancien soupirant se surprend à éprouver du regret et une obsession maladive pour elle.
Croisant ainsi passé et présent, le roman tisse sa toile autour d'une histoire d'amour absolu et de rendez-vous manqué. Le début est captivant, car inattendu et drôle malgré lui, puis la narration nous embarque franchement pour un voyage au long cours, explorant les arcanes de l'amour passionnel, les silences et les non-dits au fil du temps, révélant un drame lointain, cherchant à percer son mystère et analyser ses conséquences. C'est inattendu, mais très bon. J'ai juste ressenti un petit essoufflement à mi-chemin, éprouvant envers Eugène, littéralement bouffé par sa passion dévorante, un certain agacement. Tout chez lui est excessif - ses sautes d'humeur, son impatience, ses conclusions hâtives... Pfiou. En face, Tatiana encaisse avec panache et assume avec classe. J'ai largement préféré son caractère et sa façon d'être.
Globalement, c'est une lecture agréablement surprenante et remarquable pour sa prise de risques - adapter un roman de Pouchkine, écrit en vers, il fallait oser ! Ayant opté pour le format audio, je fais l'impasse sur la mise en page élaborée, mais c'est sans regret car j'ai savouré l'interprétation de Rachel Arditi, qui m'avait déjà totalement emballée avec Les Petites Reines. Son jeu est de nouveau extra ! J'ai eu un plaisir fou à l'écouter et à plonger dans son univers exubérant. En gros, je suis fan. ☺

©2016 Éditions Sarbacane (P)2017 Audiolib

Texte lu par Rachel Arditi - Durée d'écoute : 4h 40

 

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13/11/17

You don't know my name, de Kristen Orlando

You dont know my nameHabituée depuis toujours à masquer la vérité et jouer un rôle de composition, Reagan préserve en fait le secret de sa famille - ses parents sont tous deux membres d'élite d'une branche spéciale de la CIA, les Black Angels. Or, cette vie sans attache et faite de faux-semblants a un goût amer pour l'adolescente, lassée de mentir et de déménager en coupant tout contact avec ses amis. Il n'est pas rare que Reagan laisse entendre qu'une telle carrière ne l'attire guère, au grand dam de ses parents qui croient en son potentiel. Le climat à la maison est donc tendu. L'adolescente se sent incomprise et n'ose pas avouer qu'elle est tombée amoureuse de son voisin car elle a conscience des risques qu'elle fait courir à sa famille. Tiraillée entre cet amour naissant et sa loyauté envers ses parents, leur mission et leur couverture, Reagan perd un peu les pédales, elle s'embrouille avec sa mère, elle trahit son petit copain, puis elle s'enferme dans sa chambre avec ses doutes et ses angoisses. Cellule de crise chez les MacMillan. Seulement, la réalité ne laissera guère de temps aux atermoiements puisqu'une alerte rouge est lancée. Les parents de Reagan sont impliqués dans une prise d'otages qui vire au désastre, leur tête est mise à prix et leur fille court également un grand danger. Et c'est tout aussi soudainement que le roman bascule dans le chaos - action, traque, violence. Et beaucoup d'émotions au compteur.

C'est donc une lecture qui se découvre en deux temps, d'abord l'histoire dresse le portrait d'une adolescente en quête d'elle-même, qui remet en question les choix de ses parents et qui s'interroge sur ses propres désirs, puis la deuxième partie de l'histoire prend une ampleur plus dramatique, avec la mise en place de la filature et l'enquête pour couper l'herbe sous le pied de l'ennemi. On passe ainsi d'une entrée en matière lente et prospective, pour chavirer sur une exécution brutale et riche en sensations fortes. C'est plutôt déconcertant, car inégal, ce qui m'a d'ailleurs assez peu convaincue. La lecture est certes distrayante et entraînante, mais j'avais personnellement d'autres attentes - comme retrouver un roman d'espionnage, façon Nom de code : Digit d'Annabel Monaghan ! ☺

Milan, 2017 - Trad. Marie Cambolieu

 

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Magnetic Island, de Fabrice Colin

MAGNETIC ISLANDSe sentant broyé par une histoire familiale trop lourde pour lui, Cyan noie son désespoir dans l'alcool et est sujet à des crises d'angoisse qui l'ont déjà conduit à l'hôpital. Il faut dire que ça ne manque pas de secrets ni de mystères autour de lui - quatre ans plus tôt, sa sœur jumelle a disparu lors d'une sortie scolaire sur Magnetic Island, pas loin du lieu de tournage du film de leur père. Artus Fisher, célèbre réalisateur, est englué dans cette super production et n'a guère de temps à consacrer à son fils. Son épouse, France, a quitté le foyer pour son avocat et harcèle son ex pour signer les papiers du divorce. L'ambiance à la maison tourne donc en eau de boudin. Rien ne va plus, chacun est replié sur soi, ça gronde à chaque coin de page, et voilà qu'arrive une autre disparition - Divine, l'aînée de la fratrie, n'a plus donné signe de vie depuis cinq jours. La folie obsessionnelle de Cyan reprend de plus belle, son père le pousse à se rendre chez une addictologue, sa mère menace d'alerter la police et le fantôme de Holly refait surface. Ouhlàlà, quelle sombre histoire ! Mais le roman n'en demeure pas moins captivant. J'ai plongé tout de go dans les arcanes de cette intrigue aux nombreux revers familiaux, où les silences pèsent dans la balance et viennent noyer le poisson. On a, de plus, une perception biaisée des enjeux puisque tout est rapporté d'après Cyan, définitivement paumé et carrément désaxé. Le môme est en pleine déroute, il se cherche et cherche aussi la part de vérité parmi les mensonges qui gravitent autour de lui. Certaines révélations auront tout lieu de le désarçonner, par leur violence et leurs conséquences, même si la guérison exige de passer par là. L'atmosphère générale baigne dans le flou, ce qui est parfois déroutant et, malgré tout, enivrant. Car la petite musique du roman est ensorcelante et fait tourner les pages avec avidité pour connaître le dénouement. C'est cependant moins léger que dans Le pays qui te ressemble où l'auteur s'éclatait à dresser le portrait d'une autre famille dysfonctionnelle. Ici, c'est un roman qui vous happe dans sa bulle, où l'on pressent que tout n'est pas rose ni innocent.
Ce titre figurait parmi les 10 sélectionnés pour le Prix Vendredi, premier prix national de littérature ado, qui a finalement récompensé L'Aube sera grandiose d'Anne-Laure Bondoux.

Albin Michel coll. Litt' - 2017

 

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