28/10/11

« FUGIT IRREPARABLE TEMPUS »

Stressant et tiré par les cheveux, mais qu'est-ce qu'il tient en haleine !

IMG_5649

Jackson a dix-neuf ans, une petite copine sérieuse et la particularité de sauter dans le temps. Au départ, avec son copain Adam, c'est sujet à une série d'expériences pour savoir, comprendre, tester. Et puis, tout dérape le jour où deux types font irruption dans la chambre où Jackson se trouve avec Holly et lorsque celle-ci se fait tirer dessus. En réaction, le garçon fait un bond deux ans en arrière et n'a plus moyen de retourner à sa "home base".
C'est le début du schmilblick qui plonge le héros et le lecteur en plein brouillard. Il faut s'accrocher pour saisir les subtilités de l'enquête, à laquelle viennent s'ajouter des secrets de famille. De révélations en déconfitures, la traque infernale vers la vérité est haletante, fichtrement complexe, on croirait un vrai film d'espionnage. C'est bien fichu, mais assez touffu. On en sort essouflé, même si c'est franchement palpitant !

Tempest : Les Ennemis du Temps par Julie Cross
Seuil jeunesse, 2011. Traduit de l'anglais (USA) par Julie Perrin. 


14/10/11

Blood and earth, hear my appeal : through skin and flesh, readily heal.

IMG_5592

Ce roman est une vraie réussite, pas tout à fait perceptible dans les premiers chapitres, mais lorsque le lecteur se sent à l'aise et a tout saisi de l'ambiance gothique, il ne peut que suivre l'héroïne, Silla, une adolescente complètement paumée depuis la mort brutale de ses parents, et attendre le sombre dénouement avec angoisse. 
Direction la petite ville de Yaleylah, dans le Missouri. Les parents Kennicot ont été retrouvés dans un bain de sang, tout le monde accuse le père, prof de latin, d'avoir pété un câble, mais la jeune fille n'y croit pas une seconde et pense que la menace est venue de l'extérieur. C'est comme ça qu'elle trouve le livre des sortilèges de son père, comme ça qu'elle comprend qu'un monde nouveau s'offre à elle, un monde teinté de magie et de sang, comme ça qu'elle ouvre sa boîte de Pandore. C'est fatal, à partir du moment où Silla se rend dans le cimetière, sur la tombe de ses parents, en feuilletant l'ouvrage, elle entre dans la ronde et ne pourra plus en sortir !  
L'histoire surprend sur plusieurs plans, d'abord parce que l'auteur n'épargne pas ses personnages, souvent confrontés à des situations violentes et douloureuses, avec force détails et descriptions dégoûtantes. C'est l'un ou l'autre - captivant ou rédhibitoire. Et puis, il y a la magie du sang, dans le genre poisseux et dégoulinant, avec ses rituels, ses masques, ses sacrifices... Il ne faut pas songer ouvrir ce livre si on tourne de l'oeil à la moindre goutte de sang, ce n'est même pas la peine ! 
Et pourtant j'ai aimé ça !!! L'histoire est ce qu'elle est : ténébreuse, inquiétante, bizarre, effrayante, romantique et tragique. Le cocktail est très curieux, mais produit une effet magique ! (Je me répète, je sais.) C'est une lecture qui imprègne le lecteur, littéralement, et c'est à cheval entre la fascination et l'appréhension qu'on avale les 490 pages du roman. Un bon gros livre, oui, avec ses scènes sinistres et son décor improbable, mais qui offre aussi de jolis moments de poésie et de théâtre (l'influence de Shakespeare est grande !). 
Une lecture un brin originale, et à l'atmosphère particulièrement envoûtante.

Blood Magic : Le sang ne ment jamais, par Tessa Gratton smileyc002
La Martinière J. 2011 - 490 pages - 14,90€
traduit de l'anglais (USA) par Anne-Judith Descombey 

Posté par clarabel76 à 17:30:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

11/10/11

“Please, ground, just open up and let me fall into an endless crevasse till I hit the center of the earth and combust. Please.”

IMG_5105

Nastasya a 459 ans et une vie de débauche derrière elle. Sur un coup de tête, elle choisit de prendre un nouveau départ et se réfugie dans une ferme bio ambiance familiale pour suivre un programme de choc (manger sainement, s'astreindre à un rythme de vie abêtissant, vivre en communauté). C'est plus qu'un retour aux sources, c'est une redécouverte des vraies valeurs, une façon de comprendre ses erreurs, de faire le tri dans ses souvenirs, de se débarrasser des poids morts, de faire la paix avec soi-même. 
La miss a vécu mille vies, mais n'a pas su percer le secret de ses origines, jusqu'à ce qu'on comprenne qu'elle a tout enfoui exprès pour étouffer la souffrance, mais sa vie à River's Edge fragilise les remparts derrière lesquels elle se planquait, et quand le passé commence à ressurgir, tel un coup de fouet vivifiant mais aussi cinglant, la fille est prise de panique. 
Nastasya est une héroïne rebelle et farouche, qui refuse de s'épancher et qui s'accroche à ses secrets, de peur de paraître trop vulnérable. C'est tout le propos du roman, d'ailleurs, qui s'intéresse sincèrement aux personnages, à l'apprentissage difficile et douloureux par lequel il faut passer pour s'accorder une seconde chance et oublier les anciennes vies, souvent marquées d'actes horribles et impardonnables. C'est donc une quête de soi-même avec ses hauts et ses bas, et principalement le parcours d'une héroïne tendance psychopathe mais drôle à sa façon, avec la révélation progressive de son histoire, de son attirance pour le dieu Viking de River's Edge et son attachement à cette famille d'allumés, aux allures de hippies, qui enseignent les mystères cachés des plantes médicinales, des cristaux, des huiles essentielles, mais aussi des sortilèges, de l'art magique, des étoiles, des runes etc. 
Une lecture singulière, entraînante et très habile pour nous attirer dans ses filets ! 

Immortels, tome 1 par Cate Tiernan
Hachette jeunesse, coll. Black Moon, 2011 - 353 pages - 17€
traduit de l'anglais (USA) par Blandine Longre 

Voyons voir. Mon existence d'avant - fringues de haute couture, fêtes géniales, amis super, drôles, excitants, voyages à gogo, toujours plus d'amusement. Ou bien ma vie présente - chemises de flanelle, grosses bottes et jeans, boulot de subalterne dans un drugstore proche de la faillite, réveils à l'aube... Aucune raison que ma vie me paraisse meilleure. C'était pourtant le cas.

Le tome 2 est déjà disponible !

IMG_5585

On renoue avec le parcours en dents de scie de Nastasya, toujours aux prises avec ses démons. A force de se sentir la cible des forces obscures, elle va inévitablement agir en grande trouillarde qui se respecte et prendre une décision lourde de conséquences. 
Le ton est ici plus sombre, du fait de la déprime profonde de l'héroïne, et semi-tragique aussi, car les derniers chapitres donnent des bouffées d'angoisse et d'agacement. Le récit est également ponctué de scènes rigolotes liées à l'humour sarcastique de Nastasya (son imbroglio sentimental y est pour beaucoup !). 
La série a trouvé son rythme de croisière et nous prépare sur le chemin d'un troisième tome qui assurera le rôle de dégoter toutes les issues possibles pour calmer les angoisses de notre demoiselle immortelle. Et j'aime toujours son caractère insupportable, même si la miss en question ne sait pas faire la distinction entre le bien et le mal dans sa vie !

Immortels, tome 2 : La Traque.
Hachette jeunesse, coll. Black Moon, 2011. Avec une excellente traduction de Blandine Longre ! 

** Un mètre quatre-vingts de désastre viking - lumineux, comme il se devait. **

06/10/11

“A hunter in love with his prey.”

IMG_5521

Attention, lecture purement addictive ! Une fois entre les mains, le roman laisse ses pages filer à une vitesse inquiétante. C'est dire le potentiel d'accoutumance qu'il renferme (du moins, en ce qui me concerne, l'effet a été immédiat !). 
L'histoire de Jacinda, une draki, descendante des dragons, pourrait se résumer très classiquement. La jeune fille, qui croyait étouffer au sein de son clan, va tout quitter pour suivre sa mère et sa soeur jumelle dans une ville en plein milieu du désert afin d'y mener une existence nouvelle et plus ordinaire. En l'éloignant des autres drakis, sa mère cherche à tuer celui qui est en Jacinda, une décision que celle-ci subit avec impuissance et douleur. 
Contrairement à Tamra, qui ne s'est jamais manifestée et qui était malheureuse comme les pierres dans les montagnes, Jacinda parvient difficilement à s'adapter à la vie du lycée et aux camaraderies forcées. Seule la rencontre avec Will - le beau Will Rutledge - fait ressurgir chez la jeune fille des émotions fortes, des sensations éteintes. Au contact du garçon, le draki de Jacinda se réveille et lutte contre sa mort programmée. 
Très attirée physiquement, Jacinda se contraint de ne pas succomber à la tentation car Will ... est un chasseur. Elle l'avait rencontré lors d'une traque, au cours de laquelle il lui avait sauvé la peau inexplicablement. Mais il ignore que c'est son secret, et celui jalousement gardé de son clan, et veut pousser plus loin sa relation avec Jacinda. 
Ce premier tome s'attache sommairement à présenter l'univers surnaturel, puisqu'il est principalement dédié à décrire l'histoire d'amour belle mais contrariée des deux protagonistes. En digne midinette qui se respecte, j'ai totalement succombé à cette bluette. Cela peut paraître facile et banal comme intrigue, mais qui bouderait l'effet "papillons dans le ventre" ?! Pas moi. Toutes les scènes entre Will et Jacinda sont émoustillantes, ces deux-là dégagent un flot de sensualité, j'avais le sourire banane rien qu'à les lire. J'ai un coeur de guimauve, que voulez-vous ?! 
Ceci dit, l'histoire est également prenante, avec des événements démentiels qui surviennent à la fin de ce 1er tome, j'avoue que j'ai vraiment hâte de découvrir la suite (la parution française est annoncée pour le printemps 2012, reste la VO déjà disponible).

Lueur de Feu, par Sophie Jordan 
Gallimard jeunesse, 2011 - smileyc002traduit de l'anglais (USA) par Alice Marchand 

Posté par clarabel76 à 14:30:00 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

28/09/11

"Commence à te souvenir."

IMG_5441

Voilà un très bon roman sur la manipulation mentale, les faux-semblants, les limites à franchir et le premier véritable amour. Un roman passionnant, glaçant et stupéfiant.
Nous sommes à Candor, une ville créée de toutes pièces par Campbell Banks suite à un drame familial. Son but est de proposer un monde parfait, et illusoire, où les soucis et problèmes n'ont pas droit de cité. Pour y parvenir, l'homme bidouille des messages subliminaux diffusés dans une musique d'ambiance qui passe en boucle afin de modeler la jeunesse de ces familles richissimes, souvent poussés à bout et voulant le meilleur pour leur progéniture. 
Seul le fils de Banks, Oscar, n'est pas dupe de ce manège. En apparence, ce fiston est parfait et ne déçoit pas son père. En douce, Oscar gère un marché secondaire en proposant des messages à contre-emploi pour ceux qui veulent s'échapper de Candor, en échange de fortes sommes d'argent bien entendu. Il a aussi une petite amie parfaite, Mandi, mais cette existence lisse et insipide connaît soudain un grand bouleversement avec l'arrivée de Nia. 
Elle vient d'emménager à Candor avec sa famille, et c'est la jeune fille rebelle par excellence. Elle porte du noir, aime l'art et se promène en skate. Elle dit haut et fort ce qu'elle pense, se moque des autres et ne supporte pas l'atmosphère mielleuse de Candor. Lors de leur première rencontre, Oscar est dicté par un désir de désobéissance incontrôlable et bombe de peinture orange un poteau de la ville. Il ne sait pas encore qu'il vient de mettre le pied dans un engrenage infernal. Il a juste conscience que la personnalité de Nia le fascine et qu'il refuse qu'elle change, alors lui glisse-t-il ses propres musiques avec ses contre-messages, sa manière à lui de la garder telle quelle le plus longtemps possible. Car Nia ignore, comme tous les gamins de cette ville, qu'elle est manipulée par des messages. Oscar n'ose pas encore le lui révéler, mais une épine dans le pied va lui arracher les pires grimaces. Sherman Golub, un cas difficile, a payé Oscar pour échapper de cet enfer mais l'opération a été un échec. Il est devenu un électron libre imprévisible. Chaque geste, chaque parole peuvent condamner Oscar d'un instant à l'autre.
Le temps est compté.  
La deuxième partie du roman est plus riche et angoissante. La tension psychologique du roman est exacerbée, les évènements se précipitent et les issues sont incertaines. La fausse ambiance de calme et d'apaisement de Candor coule le long des pages et des chapitres, l'exercice d'intoxication est cruellement efficace et pendant un bon bout de temps on a l'impression de ne plus savoir ce qu'il faut penser ou accepter. La rébellion est insidieuse, Oscar Banks n'a plus aucun secret pour nous et ça devient difficile de s'attacher à lui ou de lui faire confiance. Et c'est parce qu'il tombe dans le piège de l'amour qu'il devient, véritablement et enfin, lui-même, qu'il ôte son masque et se rend vulnérable, là, oui je suis de tout coeur à ses côtés, désireuse de voir réussir ses projets de fils désabusé et d'amoureux désespéré. 
En somme, après 380 pages de tours et détours sournois, haletants et carrément flippants, je pense que cette lecture demande du temps pour qu'elle fasse son bout de chemin, mais elle vaut le coup d'oeil en tout cas !

Candor, par Pam Bachorz
Editions Thierry Magnier, 2011 - 380 pages - 17€
traduit de l'anglais (USA) par Valérie Dayre 

Posté par clarabel76 à 11:15:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


14/09/11

Terrible Angels

IMG_5390

Non mais quel roman ! Il est violent, sombre, révoltant, injuste, douloureux. Vous y absorbez le désespoir du narrateur, Dam, bientôt seize ans, vous vous dites que ce n'est pas possible d'avoir une telle famille, aveugle, intransigeante. Le pauvre gamin, il n'est pas aidé ! Alors que cela devrait être le contraire, Dam est en effet décrit comme un garçon timide et effacé, peureux et sensible, trop sensible, au goût de certains. Forcément. Ce n'est pas un caïd, il se fait souvent taper dessus par les crétins de passage, il se sent plus bas que terre, il n'a strictement aucune confiance en lui. 
Et puis, il rencontre Samy et sa bande. Des êtres marginaux, libres d'être ce qu'ils ont envie d'afficher. Ils portent un look gothique, ils manifestent un intérêt profond et sincère les uns envers les autres, ils ne jugent pas, ils écoutent, encouragent et apportent tout ce qui manque à Dam. Très vite, il s'identifie à eux, ne lâche plus Samy, tombe amoureux, mais en même temps il doit supporter les sarcasmes de sa famille et les nombreuses interdictions de son père, qui ne décolère pas. Son fils n'est pas une "lopette sataniste" ! 
Les mots sont durs, mais c'est le désespoir du garçon qui fait vraiment mal. Dam est à fleur de peau. Il encaisse sans réagir. Ou il se taille la peau, pour faire évacuer tout ce sang qu'il juge de trop dans son corps. Car c'est à l'intérieur que l'essentiel se passe, la boule de rage qui grossit et grossit encore, la sensation d'impureté et le besoin de s'infliger des marques.
Arrive alors son anniversaire, et tout va basculer. 
Le faire... ou mourir. Un titre énigmatique, mais quel choc.
Pendant 95 pages, je n'ai fait que couler, couler dans le récit. C'est très fort, et ça interpelle. Il est difficile de prendre le moindre recul. Mais le texte possède cette justesse de savoir décrire et partager ce qu'est le désarroi adolescent. Tout est vrai, et tant pis si ça fait mal. Plus je lisais, et plus je me disais qu'il fallait que je m'en sorte pour lire un truc plus léger. Pour décompresser. Et puis, il y a les cinq dernières pages. Les cinq dernières minutes, en somme. Là, je ne vous cache pas ma surprise. (J'avais même un peu de mal à comprendre ce qu'il se passait.) 
Heureusement que cela se termine ainsi. Cela m'a permis de me sentir en paix, et même pour Dam... ce n'était plus possible autrement. En bref, c'est un roman étonnant, bluffant et à recommander pour tout ce qu'il provoque et donne envie de ressentir ou partager. Les mots sont vrais, le vague à l'âme est extrêmement bien traduit, c'est un livre qui fait résonner en nous de vives émotions, c'est franchement réussi.

Le faire ou mourir, par Claire-Lise Marguier (Rouergue, 2011)

Posté par clarabel76 à 11:45:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , ,

08/09/11

Les Chemins de Poussière #1

Tu es mon sang, Saba.Tu es mon esprit. Tu es mon souffle, tu es mes os... tu es partout en moi. Tu y es depuis le premier jour où je t'ai vue.

IMG_5325

SABA est un roman fort, bouleversant et captivant, avec une héroïne décidée, qui n'écoute que son coeur et se moque du reste, et qui a assisté impuissante à l'enlèvement de son frère et à l'assassinat de son père. Dès lors, elle s'est jurée de tout quitter pour le retrouver. Qu'importe le prix à payer. 

En première ligne des sacrifices, il y a la petite soeur, encombrante et ennuyeuse, qui n'écoute jamais ce qu'on lui demande de faire, et qui voudrait tout le temps prouver ce dont elle est capable. Et il y a les rencontres, opportunes ou malheureuses, qui détournent du droit chemin, et qui plongent l'histoire dans le sombre, la violence et le sang. 

L'histoire se passe au coeur d'un paysage aride, hanté par des cavaliers noirs, où règne un monarque fou dangereux. Au sein du chaos, survient sans prévenir une histoire d'amour, et quel amour ! Un amour brut et sans chichis, où la confiance doit se gagner en douceur, et c'est tout simplement miraculeux. 

Il est difficile, enfin, de ne pas s'attacher aux personnages, ils sont généreux et vrais, apportent à Saba un semblant d'équilibre et lui offrent ainsi une nouvelle famille à laquelle s'accrocher. Bon, il lui faudra du temps pour accepter cette main tendue, la jeune fille est une sauvageonne qui n'a jamais appris à lire et écrire. Je le précise, car c'est sa voix qui nous guide dans le roman, une langue brute qui se moque des belles tournures, mais c'est ce qui "tient" le livre aussi. C'est un style qui peut déconcerter, mais très vite le ton nous emporte et il devient difficile de poser son roman. Cela colle aux doigts et on en redemande. 

Moira Young, SABA.

smileyc002

Mon avis, plus détaillé ICI.
Saba, Ange de la Mort - Moira Young  
Gallimard jeunesse, 2011 - 348 pages. 16€
Traduit par Laetitia Devaux.
 

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , ,

30/08/11

Waterloo Necropolis

IMG_5212

Waterloo Necropolis est un roman qui parvient subtilement à nous piéger entre ses chapitres. On y suit l'histoire de Grace, et de sa soeur, Lily, qui est simple d'esprit. Toutes deux sont orphelines et vendent du cresson dans la rue pour joindre les deux bouts. Elles logent dans une pension de famille délabrée jusqu'au jour où les autorités décident d'expulser tous les locataires sans se soucier du devenir de ces pauvres hères. C'est alors que Grace choisit de faire appel à Mrs Unwin, rencontrée sur un quai de gare, dans des circonstances qu'elle aimerait oublier. Six mois plus tôt, en effet, la jeune fille de seize ans a accouché en secret d'un enfant mort-né et s'est rendue à Waterloo Necropolis pour y glisser son "paquet" dans un cercueil anonyme. La pratique était courante à l'époque, pour ceux qui n'avaient pas les moyens. 

Bref, Mrs Unwin est l'épouse d'un riche entrepreneur qui travaille dans les pompes funèbres. Elle est séduite par la beauté délicate de Grace et lui propose de l'employer comme pleureuse, tandis que Lily se voit promettre de suivre une formation de domestique auprès de leur fille Charlotte. Tant de générosité fait plaisir à voir, sauf que les intentions de la famille Unwin sont loin d'être honnêtes. La construction du roman laisse supposer un scénario habile et efficace, là deux hommes se frottent les mains en découvrant l'annonce dans le Times d'une recherche active d'une héritière, là une dame se promène avec son bébé dans le parc, là encore une odeur d'huile de macassar donne des frissons dans le dos... Impossible d'être dupe quant au dénouement de l'intrigue, mais ce serait dommage de se priver de la suite du film, Mary Hooper fait preuve d'une grande ingéniosité aussi et nous charme, à sa façon, avec son récit. 

Comme c'était déjà le cas avec La Messagère de l'au-delà, le roman dénonce une réalité sordide en nous plongeant dans les quartiers pauvres du Londres victorien. Le commerce autour de la mort est également passé à la loupe, d'autant plus qu'au cours de l'hiver 1861 le prince consort décède subitement et plonge le pays dans un grand deuil. Très franchement, ce livre est très appréciable, il est intelligent, réaliste et romanesque. J'ai beaucoup aimé (même si la fin semble trop belle pour être réelle).

Waterloo Necropolis - Mary Hooper
(Les Grandes Personnes), 2011 - 300 pages - 17,50€
Traduit de l'anglais par Fanny Ladd et Patricia Duez
illustration de couverture : Pierre Mornet 

> A été lu et apprécié par Sophie

Posté par clarabel76 à 12:15:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , ,

29/08/11

"Tell freedom I said hello."

IMG_5169

Quel beau roman (oui, déjà par la couverture...) ! Je viens de refermer la dernière page et je suis encore sous le charme ! Je voulais prolonger la lecture, ne pas quitter Rhine et poursuivre sa quête à ses côtés. Que c'est noble, fort et brillant, bien que le fond soit dur et féroce aussi. Qu'est-ce que j'aime ce contraste ! C'est également une intrigue essentiellement basée sur de l'action lente et de l'introspection, cela confère un rythme nonchalant qui n'est pas pour me déplaire non plus.

Nous découvrons ainsi un monde ravagé où les jeunes gens sont condamnés à mourir très tôt (25 ans pour les garçons, 20 ans pour les filles). Dans ce climat de "Too young to die", au lieu de rendre la vie plus éclatante et plus belle, de la saisir à bras le corps parce qu'elle devient plus précieuse car éphémère, c'est tout le contraire qui se produit puisqu'il faut se terrer pour échapper aux kidnappings. Être du sexe féminin n'a d'autres valeurs que d'être une chose - sexuelle, pour la plupart des cas. 

Rhine, l'héroïne de seize ans, vit avec son frère jumeau à Manhattan. Depuis la mort tragique de leurs parents, c'est un combat quotidien pour se nourrir et survivre en évitant d'attirer l'attention. Mais la jeune fille tombera dans le piège : droguée, elle sera enlevée pour devenir une épouse d'un jeune gouverneur en Floride. Elle n'est pas seule, deux autres filles l'accompagnent - Cecily et Jenna. C'est un joli harem niché dans un manoir qui croule sous l'opulence, avec des jardins, des couleurs, des senteurs exceptionnels... mais ce décor en carton pâte masque une autre réalité. 

Dès l'instant où Rhine se réveille dans ce paradis factice, elle n'a qu'un seul désir : s'échapper. Elle met au point son plan d'évasion en simulant le bien-être et la félicité mais se fait rattraper par ses bons sentiments et sa compassion. C'est ainsi qu'elle se lie d'amitié avec ses soeurs épouses et s'attache à Linden, son époux affable. C'est un jeune homme rêveur, coincé dans une douce utopie, il est également totalement étranger au monde occulte mis en place par son père, le chercheur Vaughan (merveilleusement illustré par un serpent à sonnettes dans les cauchemars de Rhine, ça fait froid dans le dos mais c'est tout à fait ça !).

Finalement, j'ai trouvé un charme vénéneux à ce roman, parce qu'il est troublant mais envoûtant. Les relations transpirent le parfum de l'interdit, les sentiments amoureux ne sont pas sains (des jeunes filles s'amourachent de leur ravisseur), la frontière est mince entre l'acceptation et la répulsion. Entre l'admiration et l'horreur. Il est aisé de s'identifier à l'héroïne, de comprendre son tiraillement, sa résistance passive, sa frustration et son besoin de liberté. Facile de l'accompagner au cours des 350 pages en attendant le moment décisif - à quand le grand plongeon ?! Terrifiant, mais gratifiant. Dernière chose, j'ai apprécié qu'enfin un auteur tente de bousculer son jeune lecteur en abordant des sujets sensibles (polygamie, expérience génétique, comportement abusif et exploitation sans vergogne du corps féminin...). J'espère que les efforts ne seront pas vains, et que cela prouvera quelque part qu'il faut travailler dans ce sens. Pour l'heure, j'applaudis le tour de force !

Ephémère (Le Dernier Jardin#1) - Lauren DeStefano  smileyc002
Castelmore, 2011 - 350 pages - 12,90€
traduit de l'anglais (USA) par Tristan Lathière 

28/07/11

A Resurrection of Magic

IMG_4777

Sadima vit dans un monde où la magie a été proscrite, laissant les pauvres villageois à la portée de charlatans, comme cela a été le cas pour sa famille (le jour de sa naissance, une usurpatrice a laissé sa mère mourante et s'est emparée de tous les biens de valeur). Les vestiges de la magie vivent encore à travers les vieilles légendes, et Sadima n'ose pas avouer qu'elle-même possède la capacité de communiquer avec les animaux, de peur d'être rejetée. C'est alors qu'entre en scène Franklin, l'envoyé de Somiss, un noble obsédé par son désir de reconquête de la magie. Sadima n'hésite pas à tout quitter pour suivre Franklin, se sentant enfin comprise et pleine de reconnaissance, elle finit par tomber amoureuse de lui, ce qui la rend complètement aveugle des agissements secrets de Franklin et son maître. Du moins, lorsqu'elle les découvrira enfin, elle sera face à une décision déchirante. 

A côté de ça, nous faisons aussi connaissance avec Haph (c'est un récit à deux voix). Ce garçon est le fils d'un riche commerçant, et comme c'est la coutume, il a été envoyé dans une académie de magie avec neuf autres fils de bonne famille (à l'exception de Gerrard, son complice). Hélas, il se passe des choses bizarres au cours de leur apprentissage car très vite les garçons réalisent qu'ils sont testés jusqu'au boutisme. Affamés et privés de libre arbitre, ils comprennent que seul l'un d'eux sortira vivant de cet enfer. 

Encore une fois, je me suis trouvée en présence d'un ouvrage de bonne qualité, mais envers lequel je ne me sens guère inspirée car j'ai rarement ressenti peu d'empathie pour son histoire et les personnages. L'atmosphère est vraiment sombre, ce qui n'est pas un problème pour moi, au contraire. Pourtant, je n'ai pas trouvé que c'était exploité judicieusement. L'intrigue traîne la patte, mis à part le début et les derniers chapitres, il ne se passe pas grand-chose dans ce livre. Chacun jugera selon sa sensibilité, mais les personnages ne m'ont pas paru charismatiques. A aucun moment je n'ai souhaité en savoir plus sur leurs sinistres aventures, tout juste me suis-je contentée de tourner les pages dans l'espoir d'un rebondissement quelconque. C'est dommage, il y avait matière à proposer de belles choses, mais pour ma part je n'ai pas été séduite.

Le Prix de la Magie, tome 1 : L'épreuve & tome 2 : Le choix - Kathleen Duey
traduit de l'anglais (USA) par Nenad Savic et Nolwenn Guilloud
Castelmore, 2011 - 14,90€ 

Posté par clarabel76 à 10:45:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,