08/02/18

Sauveur & Fils saison 1, de Marie-Aude Murail

sauveur et fils saison 1

“À quoi je sers?” se demande souvent Sauveur Saint-Yves, psychologue installé à Orléans. Originaire des Antilles, l'homme vit avec son fils de huit ans, Lazare, et reçoit à longueur de journée les doléances d'âmes désœuvrées - une mère désemparée par son fils qui fait pipi au lit, une autre qui ne comprend pas pourquoi sa fille se taillade les bras, une qui perd la tête et oublie son grand garçon de seize ans, une famille au complet qui se déchire et ne peut plus se voir en peinture... Des crises en cascade, des cris, des larmes, des silences, des soupirs. À l'abri dans son couloir, le môme Lazare n'en perd pas une miette et s'effraie d'entendre autant de détresse. Lui aussi en a gros sur le cœur - sa maman décédée trop tôt et dont on ne parle jamais assez. Et tous ces courriers qui s'empilent devant la porte, des menaces de mort qui font dresser les cheveux sur la tête... Chacun s'enferme dans ses non-dits et le temps s'écoule mollement. Le gamin découvre l'hostilité suscitée par la couleur de la peau, être ou ne pas raciste, rien que d'y penser c'est déjà un signe ? Louise, la maman de Paul, s'interroge beaucoup sur le meilleur ami de son fils et perd tous ses moyens face à Sauveur, 1,90 m pour 80 kg de muscles.

C'est tout ça que raconte Marie-Aude Murail, en mieux, en humour et en tendresse. Car c'est un roman qu'on croque avec gourmandise et dont on savoure chaque bouchée en mâchant religieusement. Tout est brodé avec délicatesse - les personnages, les dialogues, les errances et les éclats. Jusqu'à l'escapade finale sur les terres de l'enfance, avec ses couleurs, ses chants et sa tribu turbulente. J'ai infiniment aimé ce petit pan de vie aux côtés d'un papa au physique de colosse, qui continue d'apprendre son rôle et le sens du monde, tout en assurant auprès d'un fils curieux, intelligent et sensible. Autour d'eux, gravitent des petits électrons libres qu'on attache ou détache au gré de nos envies. Parfois, les sujets sont lourds et les enclumes tombent lâchement dans les estomacs... Mais l'ambiance générale se veut positive et penche volontiers vers la résilience et l'espoir. Cela remue de douces sensations, n'hésitez pas ! En plus, il y a quatre saisons du même acabit. C'est du bonheur en tranches...  à partager sans retenue. Moi j'y retourne de suite. ♥☺

L'école des loisirs, 2016

Photographie de couverture ♥ que j'adore ♥ : Megan Van der Elst

 

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01/02/18

Pêle-Mêle Clarabel : Sens dessus dessous - L'autobus - Allez, au Nid !

sens dessus dessousDans cet album aux couleurs pimpantes et aux illustrations acidulées, la lecture nous embarque vers une drôle d'épopée qui fait à la fois sourire, réfléchir... donc apprendre en s'amusant !

Les contraires, on connaît. Je dis gauche, tu dis droite. Dedans, dehors. Jour et nuit. Jusque-là, ce n'est pas compliqué. Mais qu'advient-il du minuscule sans le poids immense ? ou le petit sans le grand ?

Eh oui, ça se corse. Et plus on avance dans la réflexion, plus on note que le sens dépend réellement d'où l'on se place ou d'après ce qu'on peut voir. Réflexion, réflexion. 

Les petites cellules grises vont se dérouiller en parcourant ce joli album qui donne une réelle ampleur à la discussion et à la démonstration. C'est assez philosophique - n'est haut que ce l'on regarde du bas, ou lent si l'on est rapide. Qui est près, qui est loin ? qui est devant, derrière ? le plus fort n'est finalement que le plus faible de quelqu'un ?

Voyez, voyez... Cela peut porter très loin, et c'est réjouissant ! J'ai beaucoup aimé cet album - pour son esthétisme rafraîchissant d'abord - pour sa perspective d'ouverture et ainsi encourager le jeune lecteur à élargir son champ de vision sur le monde.

C'est charmant ! Épatant, dans le sens noble. Clap-clap-clap des deux mains.

Sens dessus dessous ! Mon livre des contraires, de Susan Hood & Jay Fleck

De la Martinière Jeunesse, 2018

Trad. Sébastien Cordin

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L'Autobus

Grande journée pour Clara ! Pour la première fois, la fillette va prendre l’autobus seule, comme une grande. Excitée par cette aventure, elle fait de grands signes à sa maman en lui assurant que tout va bien se passer. Avec son petit panier et sa veste rouge, elle peut s'installer sagement sur un siège et contempler le paysage à travers la fenêtre, ou imaginer la vie des autres voyageurs, partager ses galettes avec un petit loup de passage, compter les arrêts avant le sien, démasquer un voleur et tirer la langue en le poussant vers la sortie...

Quelle joyeuse virée à travers la forêt, les champs ou même un tunnel ! Avec son format à l'italienne, l'album souligne au mieux la longueur de l'autobus, son allée principale, ses rangées de fauteuils, ses déplacements incessants des passagers, dans tous les sens. De plus, chaque double page réserve des indices cachés, des détails à retrouver (il y a quelque chose qui cloche après la traversée du tunnel et la plongée dans le noir complet, à toi de le découvrir !).

En bref, c'est un album ravissant... évidemment inspiré du conte classique de Perrault, car la fillette part rejoindre sa grand-mère mais on avait largement compris la référence avant le dénouement. La lecture grouille de détails cocasses et amusants, pour une lecture pétillante et qui donne le sourire !

L' Autobus, de Marianne Dubuc

La Martinière Jeunesse, 2018 

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Allez au nid

 

Autre rendez-vous incontournable - le coucher du soir et son rituel immuable ! La toilette, les bisous, les histoires, les câlins, les doudous... Ici, tout est prodigieusement mis en scène pour préparer à merveille l'enfant et le rassurer pour la nuit (la séparation, la solitude, l'obscurité...). Bref, on le sait, ce moment est à appréhender avec douceur, tendresse et sérénité. Jo Witek et Christine Roussey - magiciennes en chef - ont ajusté leurs pinceaux et servi une lecture délicieuse, tout en charme et en poésie. Elles glissent “des mots flocons tout ronds, tout tendres, si rassurants” parmi de fabuleuses pirouettes colorées. Elles déclinent les étapes du coucher, alternent la fantaisie et le miel, elles chuchotent à l'oreille et annoncent “l'heure bleue du coucher”, avant de promettre - juré, craché - “demain, quand le soleil s'éveillera, le monde entier de nouveau chantera”.

Tout simplement PARFAIT ! ♥

Allez, au Nid ! de Jo Witek & Christine Roussey

De la Martinière Jeunesse, 2018

 

 

30/01/18

Quatre sœurs, Tome 4 : Geneviève, de Cati Baur & d'après Malika Ferdjoukh

Genevieve Quatre soeursDernier tome de la série Quatre sœurs, et croyez-moi, le rendez-vous était attendu avec un certain pincement au cœur ! J'ai tout lu trop vite, tout aimé et j'ai profondément soupiré. 
Neuf ans. 584 pages.
Forcément, comme Cati Baur, l'instant est solennel. Et on se sent un peu perdues. Orphelines d'une famille. Avec un vide si grand au moment de tourner la dernière page.
À ce propos, je vous mets au défi de ne pas avoir envie de tout relire et de replonger depuis le début dans cet univers tant aimé des Quatre Sœurs. On en reparle ?
Moi, c'est fait. ☺

Dans cet émoustillant, et néanmoins émouvant, épisode, on focalise notre attention sur la benjamine de seize ans, Geneviève, qui aime l'ordre, la boxe et ses sœurs. L'été venant, toute la tribu Verdelaine a la bougeotte - Bettina part faire du camping avec ses meilleures amies, Enid et Hortense vont rendre visite à leurs cousins vivant à Paris, Geneviève vend des glaces à la plage et Charlie fait le vide dans sa tête en retapant sauvagement la Vill'Hervé. Toutes les cinq nous font partager leurs folles aventures estivales, parfois saupoudrées de mystère, de sensualité et de danger. La jolie Geneviève tombe sous le charme du ténébreux Vigo, Bettina se découvre une passion pour la campagne, les jeunes parisiennes font l'expérience du bruit, du monde, de l'inconstance et de la précarité. Une nuit cauchemardesque plus tard, tout ce petit monde rentre au bercail... dans une Vill'Hervé qui déborde d'âmes esseulées et de petites mains utiles. Ne manque plus que la tante Lutèce pour compléter le tableau ! Mais chut...

On sent venir le dernier tour de piste, trop tôt, trop vite. Mais il est temps pour les sœurs Verdelaine de faire leurs adieux à leurs parents, chacun tire sa révérence, se fait la bise, merci pour les souvenirs et au revoir. Je vous recommande également la lecture en page finale des remerciements de Cati Baur qui expriment avec tendresse cette inexplicable relation qui se noue entre une lecture et un public. 
Tout est parfait. ♥

RUE DE SÈVRES, 2018

 

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22/01/18

Star Trip, par Éric Senabre

Star_trip

Au cœur de cet été 1968, May Peeples soupire d'ennui dans la ferme familiale, au fin fond de l'Idaho. Et comme ses parents ont disparu du jour au lendemain, sans prévenir, elle doit s'occuper de son petit frère de sept ans, Sam, qui souffre d'un léger handicap après sa chute accidentel du toit de la grange. Depuis, le garçon est scotché devant la télévision et voue une totale admiration pour la série Star Trip et son héros le capitaine Burke.  Cherchant à tout prix à le distraire, May a l'idée de lui fabriquer une réplique du vaisseau spatial et se rend au centre commercial où elle croise, en dédicace, l'acteur Benjamin Spike. La jeune fille lui propose spontanément de rendre une visite-surprise à son plus grand fan... mais se voit sèchement rembarrer par le malotru.
De retour chez elle, May ne cesse de rager et maudire son sort. Le lendemain matin, tadam, le capitaine Burke affiche une mine contrite sur le pas de sa porte et demande à rencontrer le jeune Samuel. Surprise, mais pas dupe, la demoiselle accède à sa demande. Elle cherche néanmoins à comprendre ce brusque revirement de situation et fait appel à son petit copain, Will Finnegan, pour la soutenir dans toutes ses épreuves. Car May Peeples n'a pas fini d'être bousculée dans son quotidien... entre le harcèlement du révérend Brown à participer aux activités de son groupe de chant, la perspective d'un pique-nique champêtre, les visites flippantes du shérif Cassidy et la télévision qui tombe en panne. C'est plié ! La jeune fille pousse tout le monde dans la camionnette brinquebalante du père de Will, prend en remorque le vaisseau spatial et direction l'Utah pour son lancement dans les étoiles... 

Je ne vous cache pas que j'ai passé un vrai bon moment à tourner les pages du roman. Tout est follement extravagant et finement mis en scène. Que de plaisir à partager cette aventure conduite avec humour et dérision. On y croise une belle brochette de personnages farfelus - un sorcier indien, un couple de vieux garagistes intraitables, un propriétaire de motel façon Norman Bates - le tout dans un décor d'Amérique profonde délicieusement rétro, mais où May Peeples se sent à l'étroit. J'ai beaucoup aimé son franc-parler, son caractère indépendant, son ambition dévorante et sa complicité avec Will, si charmant et dévoué...  C'est un super road-trip à emprunter le cœur battant et le sourire aux lèvres. On ressort de là avec une sensation de bonne humeur contagieuse et distillée avec efficacité dans cette lecture fabuleusement décalée. ☺

Encore un titre de la sélection du Prix Vendredi 2017, dont Magnetic Island de Fabrice Colin & Power club : L'apprentissage d'Alain Gagnol faisaient également partie. Promis, je lis prochainement le titre lauréat !

Didier Jeunesse, 2017 

Lauréat du Prix des Ados du Festival Livres et Musiques de Deauville et  dans la sélection du Prix Vendredi 2017.

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16/01/18

Le garçon qui nageait avec les piranhas, de David Almond

Le garçon qui nageait avec les piranhasPARUTION CHEZ FOLIO JUNIOR D'UN ROMAN FORMIDABLE !

C'est l'histoire d'un jeune garçon, Stanley Potts, qui vit heureux chez son oncle et sa tante. Suite à la fermeture du chantier naval, Oncle Ernie perd son boulot mais entreprend de transformer leur maison en une conserverie de sardines, maquereaux et pilchards. La manufacture prend toute la place, le travail est colossal, heureusement le succès est au rendez-vous.
Oncle Ernie est néanmoins obsédé par le rendement et en oublie de célébrer l'anniversaire de son neveu ! Pour se consoler, Stanley se rend à la fête foraine installée en ville et découvre le stand de la pêche miraculeuse avec ses misérables petits poissons rouges. Touché par leur détresse, le garçon négocie avec le forain pour lui acheter son stock, en échange il accepte quelques corvées pour payer la note.
Malheureusement, au cours de la nuit, Oncle Ernie est frappé d'un nouveau coup de folie. Le réveil est cauchemardesque pour Stanley, qui quitte aussitôt la maison pour rejoindre la caravane Dostoïevski et poursuivre la tournée en leur compagnie. 

S'ensuit le début d'une chouette aventure qui va entraîner notre jeune héros à la découverte du monde et de ses possibilités. Stanley Potts est un grand sensible, avec un cœur d'or, si bien qu'il attendrit quiconque le croise sur son chemin. Même Nitasha, la fille du forain, grincheuse et renfrognée depuis le départ de sa mère, va retrouver le sourire à son contact ! Appelé à accomplir de grands exploits, Stanley Potts va notamment rencontrer la légende vivante, Pancho Pirelli, l'homme qui nage avec les piranhas. Le destin de l'enfant va de nouveau être bouleversé, sous nos yeux ébahis et rêveurs.

J'ai tout bonnement adoré ce petit roman. Il est à la fois étonnant, gai, joyeux, fou et adorable. L'histoire aussi est lumineuse, drôle et attachante, surtout grâce à son personnage central, Stanley Potts, un garçon remarquable pour sa simplicité, sa générosité et son courage. La lecture peut sembler naïve mais elle est surtout éblouissante et nous émerveille de page en page en nous tirant des sourires ! À découvrir. ♥

Couverture illustrée par Oliver Jeffers, qui invite à elle seule de plonger dans un univers fabuleux et savourer une lecture hors du commun. Promesse tenue. 

Collection Folio Junior - N°1807
Traduit (anglais) par
 Diane Ménard
Parution 2018

 

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15/01/18

Calpurnia et Travis, de Jacqueline Kelly

Calpurnia et TravisTrois ans après une première rencontre enthousiasmante #1, nous retrouvons notre jeune naturaliste, Calpurnia Tate, dans sa petite ville de Fentress, en pleine campagne texane. Nous sommes en 1900, Calpurnia a bientôt treize ans et connaît déjà la frustration de grandir dans un monde où le masculin l'emporte hélas sur le féminin. Seule fille parmi six frères, Calpurnia est obligée à des leçons de piano, de tricot, de couture et à une bienséance exemplaire. Ses parents envisagent pour elle un beau mariage, alors que la jeune fille brûle d'envie de faire des études. Elle possède déjà une excellente disposition en biologie, grâce à son grand-père qui a toujours encouragé sa curiosité et son sens de l'observation. Depuis toujours, Calpurnia aime les sciences et la nature, explore le monde qui l'entoure, mène ses propres expériences et n'envisage pas l'avenir autrement. Elle s'entend beaucoup avec son jeune frère Travis, qui veut sauver toutes les créatures en détresse mais qu'il faut souvent héberger, nourrir ou soigner en cachette... défilent ainsi Armand le tatou, Bandit le raton-laveur et Scruffy le chien coyote. L'arrivée en ville d'un vétérinaire va être pour eux une formidable aubaine. En effet, suite au terrible ouragan qui a balayé Galveston, leur cousine Aggie est hébergée chez les Tate et a fait tout le voyage avec sa grosse valise et sa précieuse Underwood, dans un silence mutique, assise à côté du Docteur Pritzker. Sans le savoir, le quotidien de Calpurnia va être chamboulé par ces rencontres et par des découvertes et des révélations proches du “choc émotionnel”, comme elle dit.

Déjà trois ans que j'avais lu le roman de Jacqueline Kelly et éprouvé une vraie fascination pour son héroïne, d'où ma joie de la retrouver avec la sensation de l'avoir quittée la veille ! J'ai franchement adoré partager 360 nouvelles pages de la vie de Calpurnia ! C'est divin. La demoiselle nous raconte son monde, avec ses anecdotes bucoliques et son analyse empirique, aussi bien concernant sa famille, son éducation et ses espoirs. Tout est frais, charmant et suranné. L'approche historique est pertinente. Le XXe siècle vient de s'ouvrir, les premiers gisements de pétrole sont annoncés, la révolution industrielle est en route. Le monde de Calpurnia pourrait ainsi grandement changer, car pour l'heure on soulève encore le poids de l'injustice liée à son sexe (pour preuve, la pièce d'or reçue à son anniversaire). On vit et on ressent pleinement les joies et les peines de notre héroïne aux désirs tristement bafoués et à l'insatisfaction grossissante. Heureusement, la demoiselle a l'esprit vif et facétieux, elle ne se laisse pas abattre facilement. La lecture de cette chronique familiale est donc tout à fait exquise - j'ignore encore si l'auteur va poursuivre sa série, ce que je souhaite grandement, car je me demande jusqu'où Calpurnia sera en mesure de suivre son ambition - faire des études, placer son épargne, enrichir ses collections et bouquiner tous les ouvrages possibles. À très vite, j'espère ! ☺

Traduit de l'anglais (USA) par Dominique Kugler.
Illustration de couverture de Beth White

L'école des loisirs, 2017

Existe aussi une série pour les plus jeunes : Calpurnia, apprentie vétérinaire. Une lecture agréable, mais nettement moins riche que les deux romans.

 

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Witch Hunter #2 : L'Assassin du roi, de Virginia Boecker

WITCH HUNTER L’ASSASSIN DU ROIFaisant suite aux événements de Witch Hunter, l'histoire revient sur le sort d'Elizabeth, qui attend son procès en tant qu'ancienne chasseuse de sorciers. La confusion est totale, aussi la jeune fille propose de sceller son destin en acceptant d'éliminer elle-même le grand inquisiteur, Blackwell. Ses amis protestent et trouvent la condamnation arbitraire, mais décident de l'accompagner jusqu'au bout. Le temps va hélas jouer contre eux, puisque l'ennemi devient plus pressant et les attaques sauvages se multiplient. Elizabeth, John, Fifer et Schuyler prennent les devants et font halte à Rochester Hall, la demeure du père de Chime, la belle et douce ensorceleuse, quand la tension au sein du groupe devient insoutenable. John n'est plus lui-même et sous l'emprise du stigmate récupéré inopportunément. Elizabeth se sent coupable, sauf que ses tentatives pour le raisonner tombent à plat. Leur relation à peine éclose est déjà en train de s'éteindre.

J'ai lu avec autant de passion et d'engouement ce deuxième tome qui clôt admirablement la série Witch Hunter. Oui, c'était génial ! J'ai adoré les personnages, l'action, les émotions et le monde incarné. L'intensité dramatique est très présente, même poignante. On sent que le climat est moins à la rigolade, chacun adopte une posture plus solennelle, et certains rôles sont même inversés. Elizabeth, d'habitude si forte et décidée, s'efface derrière un John métamorphosé. Si, si... Notre charmant guérisseur se la joue volontiers arrogant et hargneux. Absolument méconnaissable. Et pourtant, ça le fait. Les brèves incartades romantiques sont ainsi plus pimentées, sans toutefois négliger l'objectif final. L'action va crescendo et ne nous met pas à l'abri des rebondissements et des surprises. J'ai été plus d'une fois stupéfaite, imaginant que l'auteur braverait davantage d'interdits et s'aventurerait éventuellement plus loin... Là j'abuse, ou la fantasy YA aurait franchi une limite inespérée. En bref, la série se dévore. C'est très bon, du début à la fin. Aucun temps mort et des émotions à foison. Je dis bingo ! ☺

PKJ, 2017 - Traduit par Sidonie Mézaize

Titre VO : The King Slayer

 

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Grisha, de Leigh Bardugo

GrishaMaudit depuis des millénaires, le royaume de Ravka est plongé dans les ténèbres et encerclé par une épaisse nappe de brume maléfique. L'élite magique des Grishas est dépassée par la situation, jusqu'au jour où le régiment d'Alina Starkov, une jeune cartographe, subit une violente attaque des volcras, ces créatures qui hantent le Shadow Fold. Voyant son ami Malyen Oretsev en mauvaise posture, la jeune fille sent une force invisible se libérer de son corps. Démasquée comme étant une invocatrice de lumière, un cas unique, Alina est expédiée aussitôt dans les beaux palais d'Os Alta pour suivre une formation et devenir le bien le plus précieux du Darkling, le conseiller du roi. Encore sous le choc, Alina est également étourdie par la précipitation des événements. Elle, l'orpheline rejetée et miséreuse, est propulsée sur le devant de la scène, choyée, courtisée et convoitée. Ses premiers pas sont vacillants, son apprentissage est difficile et douloureux, Alina doute et n'est pas convaincue d'avoir sa place chez les Grishas. Seul le Darkling lui voue une confiance aveugle et lui consacre une attention exclusive... qui n'est pas sans faire tourner la tête de la jeune fille.

Et j'avoue que c'est hyper prenant ! On se glisse avec une facilité déconcertante dans la peau d'Alina Starkov, ce qui permet de s'acclimater à l'ambiance, au décor, aux personnages, aux enjeux avec la même incrédulité, la même innocence et la même fascination. Ma progression de lecture a été remarquable - j'avais envie de tout dévorer et également de prendre du temps. Je me sentais bien, transportée dans un monde imaginaire fait de magie, de séduction et de duplicité. Sans trop vouloir en dévoiler, j'ai nourri pratiquement les mêmes sentiments que l'héroïne dans son appréhension et son besoin d'appartenance. C'est finement joué, et on gobe tout sans sourciller. Pourtant, les indices sont glissés subrepticement pour tenir la garde en éveil... mais la tentation est trop belle. Ceci étant dit, l'aventure peut continuer - courant mai 2018, les éditions Milan reprennent la série que Castlemore avait lâchement abandonné en 2013 - et nous pousse à explorer plus loin, en lisant SIX OF CROWS par exemple. ☺

Une excellente entrée en matière. Une formidable fantasy épique, riche en entraînante. Je recommande.

Milan, 2017. Traduction de Nenad Savic.

 

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11/01/18

Passenger, d'Alexandra Bracken

PassengerC'est le grand soir pour Etta Spencer qui s'apprête à jouer du violon sur la scène du Metropolitan Museum, mais son heure de gloire va tourner court alors que la jeune fille assiste à une scène de chaos - bousculades en coulisse, coups de feu, son amie Alice qui s'effondre, une inconnue qui l'entraîne vers un bruit assourdissant, plongée dans les ténèbres... Etta se réveille alors au beau milieu de l'Atlantique, à bord d'un navire corsaire, en 1776. Face à elle, Nicholas Carter a été mandaté pour la conduire à New York afin d'y rencontrer Cyrus Boisdefer. Le Grand Maître des voyageurs dans le temps. C'est donc dans le feu de l'action que Etta apprend le poids de son héritage, le secret des passages, la mission qui l'incombe - mettre la main sur l'astrolabe, que sa mère aurait dérobé dans le passé. Elle a moins de dix jours pour tout gober et foncer à l'aveuglette vers son nouveau destin. Sur ce, on applaudit des deux mains la formidable capacité de notre héroïne à rebondir tout de go et l'énergie déployée à sillonner les époques sans tourner de l'œil au moindre contretemps. Pourtant, l'aventure ne manque pas de danger ni d'obstacles. Pour sauver sa mère, Etta doit en effet digérer les non-dits de son enfance, revoir toute son éducation et décrypter les indices glissés subrepticement. En dépit des apparences, Rose n'a rien laissé au hasard dans la préparation de sa fille... si ce n'est la présence de Nicholas, petit-fils illégitime de Boisdefer, dont le rôle consiste à coller aux basques de miss Spencer pour lui chiper l'astrolabe sous son nez.

Entre jeux de dupe et de séduction, cette intrigue réserve un éventail d'émotions fortes et délicieuses. J'avoue que cela m'a bien plu ! Si tout n'est pas parfait, à première vue, l'essentiel sauve la mise et nous embarque pour 480 pages de pimpante distraction. Forcément, j'ai beaucoup aimé les voyages dans le temps, l'Amérique du 18e siècle, Londres sous le Blitz, la jungle cambodgienne ou le jardin du Luxembourg sous la troisième république... C'est à chaque fois une promesse d'évasion et la découverte d'un univers riche et excitant. On met ensuite le cap vers une chasse au trésor complexe, avec des familles ou des clans qui s'entredéchirent et se trahissent pour gagner du terrain et décrocher le gros lot. Au milieu, le couple ne manque pas d'attrait, Etta est charmante, Nicholas attendrissant. On babille de joie à suivre leur idylle naissante. En somme, c'est parfois décousu et bancal, mais j'ai tout de même bien accroché et suis très heureuse de n'avoir pas à patienter de longs mois pour lire la suite (prochaine parution début février 2018). Non seulement tout est frais dans ma mémoire, et je n'ai aucune frustration à attendre. Cette lecture a été, pour moi, une agréable surprise que j'ai dévorée avec enthousiasme et ravissement.

Milan, 2017 - Trad. Leslie Damant-Jeandel

 

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09/01/18

Amours & autres enchantements, de Sarah Addison Allen

Amours et autres enchantementsBienvenue à Bascom, en Caroline du Nord, où l'étrange famille Waverley alimente depuis des générations les légendes les plus fantasques. Claire, réputée pour sa cuisine, est également reconnue pour accorder plantes et herbes de son jardin à ses plats afin de leur attribuer des vertus magiques. Après dix années d'absence, sa sœur Sydney est de retour en ville, avec pour tout bagage ses secrets et sa fillette de cinq ans. Les deux frangines sont encore trop frileuses pour évoquer le passé et expliquer leur long silence - en attendant, elles partagent le même toit et s'acclimatent à la situation. Evanelle Franklin, une vieille parente, se réjouit pourtant de ces retrouvailles. Celle-ci ne cesse d'adresser divers objets aux uns et aux autres. Elle agit par pulsion, c'est son don, remettre sans tarder babiole ou gadget, dont l'utilité surviendra également de façon impromptue. Les Waverley composent donc dans le paysage de Bascom une étrange et fascinante extravagance... à laquelle Tyler, leur nouveau voisin, n'est pas insensible. Sitôt ses yeux posés sur Claire, son cœur a fait boum et sa raison lui dicte de ne pas renoncer à elle, si farouche et fuyante !

Magie, sortilège, fascination, séduction... Cette lecture est un pur enchantement. Avec ses bonnes ondes positives, elle vient contaminer tout lecteur en quête de guimauve. Évidemment j'ai été conquise par son ambiance, ses personnages, son histoire. L'invitation était trop belle, trop tentante. On s'éparpille de bonheur dans ce décor sudiste d'une petite ville proprette, où il fait bon vivre, parmi une communauté de gens ordinaires, toujours prompts à cancaner. La famille Waverley cristallise pourtant toute l'attention, dans leur grande bâtisse de style Queen Anne, entourée d'un jardin féerique, au cœur duquel trône un pommier pas comme les autres (les Waverley déconseillent fortement de manger ses pommes et préfèrent les enterrer). Biscuits à la gelée de lilas, cookies à la lavande, fleurs de citrouille farcies, soupe aux fruits de roses sauvages, beurre au miel d'hysope anisée, bonbons à l'angélique, vin de chèvrefeuille... C'est une farandole de goûts et d'odeurs, une débauche de créativité, et le plaisir est franchement étourdissant. Ajoutez une histoire simple, mais qui traite de famille, de seconde chance, de rêve et d'espoir, impossible de ne pas succomber au menu. Du charme, de la magie, du folklore et des légendes... Le roman se lit comme un conte merveilleux et dépaysant. J'ai été ensorcelée ! ♥☺

Pocket, 2013 - Traduction: Delphine Rivet [Garden Spells]