23/04/16

Nil, de Lynne Matson

Nil

« Nil, c'est cette fille qu'on repère au chalet après une journée entière de délire sur la neige, quand on plane de bonheur. Elle est jolie, super sexy. Cheveux longs, tenue moulante, un sourire d'enfer. Elle a un nom du genre... Mallory. Mais dès qu'on apprend à la connaître, la vérité vient nous déchirer les boyaux. La vérité, c'est qu'elle est cruelle. Sans cœur. Le genre de fille qui couche avec notre meilleur ami quand on a le dos tourné. Et quand le masque tombe, le glamour disparaît. Voilà, c'est ça, l'île de Nil. Une beauté à ne pas en croire ses yeux, jusqu'à ce qu'on voie à travers ce qu'elle est vraiment. »

Nil est un roman captivant, envoûtant, énigmatique et rondement passionnant. 

Tout démarre abruptement. Charley se trouve sur le parking du centre commercial, sous un soleil implacable et une chaleur intenable. La jeune fille fait un malaise et tombe dans les pommes. Au moment de se réveiller, c'est là que tout bascule. Elle se retrouve au beau milieu d'un désert de pierres rouges, seule au monde. Avec la sensation de figurer dans un épisode de la Quatrième Dimension. Où, pourquoi, comment... C'est le flou total et c'est franchement flippant. Une dizaine de jours plus tard, elle croise enfin d'autres jeunes de son âge, tous plongés dans la même galère, mais également mieux organisés et plus renseignés sur les mystères de cette île. C'est ainsi que Charley s'attache à la compagnie de Thad, le beau gosse attentionné, qui craque en douce pour la nouvelle, et de partir tous ensemble à l'aventure et à la découverte de cette étrange contrée, aussi inquiétante que belle et dangereuse. 

L'essentiel est donc planté, à vous maintenant d'en saisir l'essence ! Mais franchement, c'est un roman prenant et redoutablement efficace. L'histoire emprunte plusieurs influences - de Koh Lanta à la série Lost, du Labyrinthe de J. Dashner à Hunger Games 2 de S. Collins - ce n'est pas non plus strictement comparable, c'est juste une question d'ambiance et d'impression. Pour ma part, j'ai été immédiatement happée par l'atmosphère curieuse et impénétrable de Nil. On ne sait pas où on met les pieds, ni où on va, mais on suit la direction imposée et on a le cœur qui bat à cent à l'heure en s'imaginant des tas de possibilités et en craignant aussi les mauvaises surprises. J'ai été bonne cliente pour le coup et j'ai basculé dans l'univers de Nil avec un étonnement manifeste. Tout m'a clairement enthousiasmée : le décor et ses zones d'ombre, les personnages, l'action, le suspense, les secrets et les tendres émois. Tout a du bon, c'est parfaitement calibré, mélangé, dosé et ajusté pour plaire au plus grand nombre. Il me tarde de lire la suite, tant cette première immersion m'a carrément transportée. Je recommande, sans hésiter. ♥♥♥

PKJ, Février 2016 ♦ Traduit par Guillaume François 

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21/04/16

Les Contes de la ruelle, de Nie Jun

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« Les contes de la ruelle » est une lecture magnifique et magique !

C'est l'histoire d'un drôle de duo, formé par la petite Yu'er et son grand-père Doubao. Celui-ci, facteur à la retraite, veuf, est un doux rêveur, qui aime partager sa fantaisie et raconter à sa petite-fille des histoires extraordinaires. Il n'hésite pas à la faire voyager et rêver pour oublier son infirmité (la petite fille ne peut pas marcher) et se sert généreusement dans le folklore de son quartier où vont et viennent des figures pittoresques et même imaginaires ! On trouve donc quatre petites histoires, qui s'emboîtent page après page, au gré de la lecture et de la découverte. L'ambiance est précieuse, féérique, fabuleuse et éclatante de bonheur. C'est comme ça qu'on plonge dans le passé de Pépé Doubao, ce jeune facteur passionné de beaux timbres, qui va tomber amoureux et raconter cette belle aventure avec des larmes aux yeux, mais on les écarquille également en découvrant le paradis des insectes pour écouter les premières notes du récital donné par un chanteur grillon, une fée papillon et un batteur coléoptère, avant de rencontrer le vieux Citrouille, un artiste peintre qui ne supporte plus les histoires rocambolesques de Pépé Doubao, probablement jaloux de son succès... Leur quotidien est ainsi raconté à la manière d'un conte de fée, fabuleusement mis en scène dans des décors de toute beauté et d'une grande sensibilité. C'est peu de dire que j'ai été sous le charme tout du long... Cette lecture m'a transportée dans un univers enchanteur et poétique, où je serais bien restée encore un peu.

Une formidable lecture, qui fait la part belle à l'amitié, l'amour, la complicité et aux rêves. À découvrir d'urgence. ♥

Gallimard Bande Dessinée, Mars 2016 ♦ Traduit du chinois par Qingyuan Zhao et Nicolas Grivel

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05/04/16

Quelqu'un pour qui trembler, de Gilles Legardinier

Quelqu'un pour qui trembler

Après de brillantes études de médecine, Thomas a parcouru le monde pendant vingt ans pour venir en aide aux plus démunis. C'est aussi en Inde qu'il apprend par hasard l'existence de sa fille, Emma. Cette nouvelle le bouleverse et l'incite à tout quitter pour la retrouver. Mais il ne débarque pas dans sa vie pour la chambouler, au contraire il va se montrer prévenant de loin. Pendant des jours et des semaines il va se contenter de l'observer, de connaître sa vie, de rattraper le temps perdu en achetant tous ses vieux jouets en vide-grenier (quelle scène mémorable !) ou de lui apporter ce coup de pouce providentiel pour lui faciliter l'existence (son petit copain cherche un studio cossu et bon marché, Thomas va donc poser des annonces partout en ville pour l'attirer dans ses filets). Car Thomas est rentré en France pour rétablir un lien, même invisible, avec son enfant. Depuis qu'il a connaissance de son existence, il se sent submergé par ses émotions et ses sentiments de père tout neuf. C'est touchant, parfois maladroit. Et ça titille juste ce qu'il faut la délicate question des liens filiaux, ou comment trouver sa place dans une relation qui s'est construite ailleurs, et sans lui ? Comment définir une famille ? Pourquoi notre monde, soudain, vacille en devenant un parent ? En attendant, Thomas a accepté un poste de directeur d'une maison de retraite hors du commun. Ses nouveaux patients sont une brochette de papis et mamies tous plus exubérants les uns que les autres, follement attachants et prompts à satisfaire les lubies du patron pour repousser l'assistante sociale, sauver le gardien d'une usine abandonnée ou jouer les entremetteurs pour consoler les cœurs brisés. C'est une joyeuse fourmilière, qui ne connaît pas les coups durs et qui se serre les coudes en toutes circonstances.

Quelle bouffée d'air frais ! L'histoire est franchement jubilatoire à lire. C'est simple, drôle, bienfaisant. On ne s'ennuie pas une seconde. Si seulement la vie pouvait ressembler à un roman de Gilles Legardinier, le monde serait certainement plus doux, plus tendre, plus réconfortant, l'humanité plus grande et plus belle ! C'est pourquoi je prescris à hautes doses la lecture de ses romans, qui possèdent tous un petit goût de revenez-y. J'apprécie aussi leur caractère simple et bienveillant, qui rend si savoureux et enchanteur leur découverte. Je ne m'en lasse pas. ♥

Fleuve éditions, Octobre 2015 ♦ Texte lu par Fabien Briche pour Audiolib (Février 2016) - durée : 11h 23

Quelqu'un pour qui trembler, de Gilles Legardinier, un livre audio, lu par Fabien Briche

01/04/16

Camarades, de Shaïne Cassim

Camarades EdL

Quelque part en Normandie, Eulalie se languit du retour de sa mère, la fougueuse Clara, qui parcourt l'Europe en quête de nouvelles rencontres et autres sensations fortes. La jeune fille vit chez sa grand-mère, parmi les vergers, jusqu'au jour où la colère l'emporte et lui fait commettre le geste de trop. Gisèle, la parisienne, manque de mourir sous les coups de son père et trouve refuge auprès d'une femme médecin, Pernille, et son compagnon Søren. Au Pays de Galles, Eddie, un garçon rêveur, perché sur un arbre, aspire aussi à une autre vie, à d'autres horizons. Sa rencontre avec le journaliste Galbraith lui donne cette fabuleuse opportunité de quitter son petit coin paumé pour apprendre le métier qui le passionne. Leur chemin croisera aussi celui d'Evgueni, un garçon russe, efflanqué, fuyant, craintif et méfiant. Ses cauchemars ne disent pas sa fuite éperdue depuis le bagne, où il était retenu prisonnier, jusqu'à la ville de Varsovie, se dérobant aux traques intempestives de la police du Tsar. Ce petit monde se croisera dans la maison de Montrouge du vitupérant Garaï... ancien amant de Clara et père méconnu d'Eulalie. Et toutes ces destinées continueront de dessiner leurs contours avec autant d'emphase et de passion, que d'indécision et d'anxiété.

Je me suis naturellement sentie aspirée par cette jeunesse, cette fougue, cette soif d'apprendre et de découvrir autrement. C'était exaltant. J'aurais d'ailleurs voulu que ça ne s'arrête pas et que l'auteur se lance dans une trilogie, pour mieux développer cette belle fresque romanesque, sur fond historique (la guerre de 1870, la Commune, Napoléon III...) et éviter ainsi cette sensation de fin bâclée et d'une lecture riche en possibilités sabordées. Quelle frustration. Malgré tout, le roman s'est révélé enivrant ! J'ai beaucoup,  beaucoup aimé. 

L'École des Loisirs / Février 2016

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Crédit illustration @ Communardes ! de Wilfrid Lupano & Lucy Mazel / Anthony Jean / Xavier Fourquemin

 

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19/03/16

L'Histoire perdue, de Meritxell Marti & Xavier Salomó

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Eva a rendez-vous avec son cousin Théo, qui lui réserve une surprise pour son anniversaire. Elle doit le rejoindre chez lui à quatre heures ! Mais en chemin, notre jeune héroïne va vivre une aventure qui va la détourner de son but, lui faire rencontrer des étonnants personnages, avant de se perdre, seule, dans la forêt. Et louper sa surprise d'anniversaire ?

Quelle histoire ! En vérité, elle va déraper visuellement, alors que l'auteur et l'illustrateur ne s'entendent pas du tout sur la marche à suivre, l'un raconte une épopée en ville, l'autre dessine un paysage de campagne, et ainsi de suite. Toute la première partie de l'histoire se passe en chamailleries entre ces deux-là. C'est très, très drôle ! Et cela donne du piment à la lecture.

Riche en imprévus, l'histoire est d'autant plus captivante à découvrir ! Ses illustrations aussi sont saisissantes, proches de la bande dessinée par son format, semblables à un animé par son visuel. C'est fabuleux. Une lecture aussi belle que fascinante.

La chute de l'histoire est également drôle et cocasse, en plus de nous éblouir par ses couleurs, ses dessins, son graphisme etc. J'en redemande ! Gros coup de cœur 

Seuil Jeunesse / Mars 2016

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12/03/16

Glouton, le croqueur de livres, par Emma Yarlett

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Prenez garde à vos albums et relisez vos histoires préférées, car peut-être un petit Glouton, croqueur de livres, s'y est faufilé pour revisiter l'intrigue à sa sauce ! Le résultat, lui, est hilarant !

Glouton est donc un petit monstre velu, au ventre dodu, qui s'est échappé de sa cage pour assouvir sa passion du grignotage. Parti à l'assaut de la bibliothèque, il se glisse ainsi dans l'histoire du petit chaperon rouge, de Boucle d'Or et de Jack et le haricot magique. Ohlàlà, quelle pagaille il sème au passage. Rien ne va plus, il faut cesser le carnage. ^-^

Cet album est plein de surprises, drôle, astucieux. Son graphisme m'a d'ailleurs fait penser à une autre lecture, Ouvre ce petit livre, de Jesse Klausmeier, qui propose la même idée de croiser des livres dans le livre, ou également L'extraordinaire garçon qui dévorait les livres, d'Oliver Jeffers, pour ses coupes et découpes dans l'album.

L'histoire s'amuse à détourner les contes et met en scène Glouton, un joyeux trublion, amoureux des mots et du papier, qui croque tout sur son passage. On ne peut que sourire en découvrant ses bêtises et on regrette presque quand sa fuite touche son terme. Et encore ? Méfiez-vous, Glouton n'est peut-être pas loin ! ;-)

Gründ / Mars 2016

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07/03/16

Aujourd'hui, Amos par Anne Cortey & Janik Coat

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Attention, pépite ! Les retrouvailles avec Amos sonnent aussi merveilleuses pour les yeux que douces et enchanteresses aux oreilles. Place donc à quelques minutes de douceur, de poésie et de tendresse... ♥

Un voile de brume s'est abattu sur la maison d'Amos, qui écrit dans son carnet : « Le brouillard a réveillé l'ennui. Il faudrait un balai pour le chasser. » Une jolie prose teintée de mélancolie, qui annonce la tendance à venir. 

Car le soleil se lève enfin et incite Amos à sortir faire une petite promenade, au cours de laquelle il cueille des champignons. Il va ensuite convier son ami Hulo, lui aussi parti remplir un panier de cèpes, à savourer une bonne omelette, au coin du feu. 

Ah, qu'est-ce que c'est bon ! Racontée simplement et sans chichis, l'histoire crée tout de suite un sentiment de bien-être, de chaleur, de sympathie et de bonheur, tout ça concentré dans un album de petit format (17 x 16 cm) aux illustrations épurées et merveilleuses.

C'est une lecture magique, qui invite à voir le monde autrement, à dégoter ces petits riens qui peuvent tout bouleverser, à sentir aussi cette vie qui palpite et qui s'éveille autour de nous. Amos, lui, “tricote ses pensées dans son carnet”. Notre ami est un grand poète, qui rêve de vivre en pays de poésie (c'est si joliment dit !). Il aime aussi l'odeur de la terre mouillée. Et se perdre dans ses pensées. 

Aussi, suis-je naturellement tombée sous le charme de cet album, complètement séduite par son ambiance, par ses mots et par ses couleurs, en total amour pour cette incroyable harmonie. Ce livre évoque avec beaucoup de finesse et en toute sobriété les petits détails qui ont leur importance, et les mots, toujours les mots, qui tintent admirablement et peuvent parer de lumière un imaginaire en apparence terre-à-terre. 

Il est important, aussi de souligner que cet album a été “fait avec amour en pays de poésie” (une note glissée en toute discrétion, mais tellement vraie). Il met à l'honneur la contemplation, la poésie, l'envie de partager, l'amitié, les mots écrits dans un carnet, l’instant présent, et un tas de choses encore. Je ne peux que le recommander chaudement !

Grasset Jeunesse / Février 2016

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18/02/16

Louison Mignon contre le Bandit aux feuilles mortes, par Alex Cousseau & Charles Dutertre

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On retrouve notre adorable Louison Mignon, après une première rencontre fort craquante, où la demoiselle cherchait son chiot, alors qu'elle était en vacances chez ses grands-parents à la campagne. Aujourd'hui, elle regarde avec son Papé un film de cowboy et d'indien, un genre qu'il affectionne tant et qui donne des envies de jouer à la fillette.

Mais le temps du farniente est terminé, selon mamie (dit, le Shérif) qui les expédie dans le jardin, pour ramasser les feuilles mortes. L'enfant et le grand-père ne se font pas prier et se lancent très vite dans une aventure directement inspirée de leur film préféré.

Tandis que Louison construit un tipi autour du vieux tracteur, et donne enfin un nom à son chiot (Petit Poney), Papé met son chapeau de cow-boy et dégaine son râteau pour tirer sur le campement indien. La guerre est déclarée. Pan, pan ! Haut les mains ! etc.

On s'y croirait.

Le Shérif a beau rouspéter depuis sa fenêtre, nos illuminés du Far West s'éclatent au jardin et se planquent sous le tipi aux premières gouttes de pluie. Tant pis s'il y a des pommes à éplucher, mieux vaut se faire oublier dans son coin... sous le sourire goguenard du Shérif, ah ah ah ! ;-)

Ce deuxième rendez-vous réunit de nouveau l'humour, la tendresse, la complicité, le goût des bonnes choses et des bonheurs simples. Louison Mignon est une héroïne adorable, à l'imagination débordante, et toujours partante pour s'amuser avec trois fois rien. 

Rien que pour ça, cette série est TOP, racontée par Alex Cousseau (finesse, humour, exaltation) et dessinée par Charles Dutertre (gros traits noirs, charmants et cocasses), bref un duo efficace et qui fait mouche. Pas étonnant qu'ils développent le concept, en publiant deux autres aventures cette année : Louison Mignon et le cochon caché & Louison Mignon fait des confitures avec le shérif (avril 2016). 

Et il me tarde de retrouver ce joli petit monde, fait de douceur et de tendresse, avec ce grain de folie que j'apprécie tant ! 

Rouergue / Septembre 2015

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16/02/16

Le Grand roman de ma Petite vie, par Susie Morgenstern & ill. par Albertine

Le grand roman de ma petite vie

Bonnie est une adolescente de 13 ans, qui vit à Paris dans un petit appartement exclusivement féminin. Sous le même toit, cohabitent donc la grand-mère Omama, la mère surbookée par son boulot et notre héroïne dont la tête grouille de questions existentielles, du genre : se réveiller ou rester au lit, routine ou aventure, sociable ou sauvage, jeans ou jupe, se marier ou rester célibataire, divorce ou famille unie, accepter ou se battre, mon histoire ou la tienne... Enfin bref, après un début assez hésitant, très ancré dans les préoccupations adolescentes, le roman finit par proposer une perspective de lecture tout à fait délirante ! Car notre jeune narratrice est drôle et talentueuse, à cultiver un humour mordant et voir la vie autrement. Son approche est féministe, résolument. Car elle doit aux femmes de sa vie le choix de conduire son destin de manière décomplexée, du moins c'était avant de se trouver empruntée, figée dans un corps dont on ne contrôle plus les odeurs, affublée d'une chevelure improbable, avec le sentiment de paraître perpétuellement dégingandée. Treize ans, ça use. Aussi Bonnie affronte ses propres tempêtes avec un sens de l'autodérision absolument jouissif. Il faut la suivre dans ses aventures, quand par exemple elle décroche sa participation à un concours d'écriture et qu'elle doit se rendre à Deauville, avec Carl, l'autre candidat qualifié, dont elle est secrètement amoureuse, et quand la grève des trains menace leur voyage, ils décident tous deux de louer un tandem et de pédaler jusqu'en Normandie ! Et ça continue de tourbillonner dans tous les sens, entre une vie familiale turbulente, un papa absent qui réapparaît par magie, une meilleure amie qui voit son monde s'écrouler, une grand-mère secrète qui dévoile peu à peu une vieille histoire de famille, une montre Patek Philippe qu'on dote de tous les honneurs, une mamie richissime qui s'ennuie au Bristol, un job décroché en douce pour s'offrir une chambre à soi, et un appartement de plus en plus riquiqui pour accueillir une joyeuse smala ! Le roman est ainsi riche d'une ambiance colorée, pétulante et chaleureuse et peut s'enorgueillir d'offrir un moment de lecture à la fois tendre et désopilant, où viennent s'y faufiler les illustrations facétieuses d'Albertine qui apportent un charme supplémentaire à cette délicieuse surprise de début d'année ! À découvrir.  

La Martinière J. / Janvier 2016

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15/02/16

Jonas Le Requin mécanique, de Bertrand Santini & ill. de Paul Mager

Jonas le requin mécanique

Ancienne vedette d'une série de films à succès (Les Dents de la mort), Jonas, le requin blanc, coule une retraite paisible à MonsterLand, un parc d'animations réunissant les monstres du cinéma. Il tente ainsi de distraire un public désabusé en singeant ses anciennes prouesses, mais notre mangeur d'hommes accuse les années et une mécanique rouillée. Résultat, le spectacle est constamment annulé, à force de pannes répétées. Le directeur est à bout de patience et décide d'envoyer Jonas à la casse.

Seulement, cette discussion n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd et le vieux Krokzilla veut avertir son pote de prendre la poudre d'escampette. Pourquoi ne pas saisir la chance de vivre son rêve en goûtant à la vie sauvage et aux courants de l'océan ? Mais Jonas en frissonne d'effroi. Il refuse de quitter son nid douillet, persuadé de la bonté des humains, auxquels il a dédié sa vie en tentant de les divertir du mieux possible. Ha, ha. Quel utopiste. 

C'est donc contraint et forcé que le cauchemar des stations balnéaires de Californie s'aventure vers le grand large, croisant en chemin un manchot rigolo, pris au piège d'un filet de pêche. Lui, Jonas, est enchanté de se faire un nouveau copain, sans toutefois oser lui avouer qu'il est fait de boulons et d'huile, de peur d'être ridicule. Loopy tombe dans le panneau et pactise avec le diable pour assurer ses arrières. 

Leur équipée folle et incongrue donne lieu à une lecture absolument désopilante ! 😉 On rit, on frémit, on sourit, on soupire, on râle, on beugle et on pousse des cris... de joie et de bonheur. Franchement, ce sont 110 pages de plaisir, pigmentées d'illustrations semblant tout droit tirées d'un film d'animation -quelle coïncidence - et forte d'une histoire délirante, racontée avec verve et humour, pour un festival de sensations.  

Après le succès du Yark, Bertrand Santini propose un autre héros littéraire à la fois touchant et délicieusement naïf (datant de 2014, depuis l'auteur a aussi raconté les aventures du chien Gurty). Jonas est une créature précédée de sa réputation monstrueuse, alors qu'il est finalement tout sucre tout miel au fond de lui, confronté à un apprentissage de la vraie vie, tantôt brutal, tantôt cocasse.

On croise aussi une belle brochette d'énergumènes dans cette épopée, dont le coriace capitaine Grisby ou le très avide Gavin Payet, plus tous les habitants de Wampanig Island qui lancent une pêche au trésor contre le squale. Les humains sont des idiots. Et Jonas, un doux rêveur. Lui avait pour désir profond de rencontrer sa maman et d'être vivant “pour renifler le froid, le chaud, la faim, sentir la flamme brûler, le vent caresser et renifler les odeurs, même les mauvaises” ! 

Quelle tristesse. On pense aussi à Pinocchio en lisant la fin émouvante, quelque peu précipitée, tout en refermant ce petit bouquin et en soupirant fort, fort, fort... de bonheur. Voilà une lecture exquise, merveilleusement drôle et légèrement attendrissante, conduite avec panache et tendresse. On passe un fabuleux moment en compagnie de Jonas, à terrifier les foules et à braver les tempêtes ! Je recommande.

Grasset Jeunesse / Octobre 2014

J'avoue que j'ai beaucoup aimé la représentation du pirate et de son singe...

SOURCE : Paul Mager

 

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