30/12/08

Miss Charity - Marie Aude Murail

Ce roman est un refuge, 560 pages durant lesquelles une demoiselle prénommée Charity voit jour, grandit, se passionne pour les animaux et la botanique, grandit et s'isole dans son monde, où la peinture et les histoires sont ses principales sources d'intérêt. Nous sommes dans l'Angleterre victorienne, riche et prospère, crispée et hypocrite sur ses arrières. Charity Tiddler n'a pas d'autre choix que parfaire son éducation pour briller dans les hautes sphères de la société, elle fera cependant montre d'un tempérament exceptionnel (pour l'époque) en refusant de se plier aux règles établies et de se fondre dans le moule.

Ce roman est un bel hommage à la littérature, en s'inspirant de Beatrix Potter, Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, de même en citant Shakespeare que Charity apprend par coeur pour réciter à tue-tête, dès son plus jeune âge. C'est un roman épais, près de 600 pages, qui pourtant se lit avec plaisir et grande facilité, les illustrations de Philippe Dumas apportent un raffinement précieux, en pleine osmose avec l'aura de l'histoire. Cette peinture de l'époque est savoureuse, le portrait de Charity est attachant, très beau. Il soulève l'excentricité d'une demoiselle qui s'émancipe avant l'heure, et qui va accomplir de belles choses dans le domaine qui la touche, malgré la désapprobation générale, de même en s'affichant avec un garnement passionné de théâtre, qu'on considérait alors comme un voyou !

Marie-Aude Murail réussit à partager avec son lecteur son amour pour la lecture et sa reconnaissance pour cette littérature d'antan qui continue d'influencer les oeuvres romanesques de nos jours ! Ce serait merveilleux d'en trouver davantage.

9782211089258

(en savoir plus)

Ce roman est un refuge, dans lequel les 560 pages ne sont pas de trop pour nous couver, nous dorlotter, nous emporter. On ne se lasse pas une minute, on plonge, on adore et on décolle pour une autre dimension, on vit à l'heure victorienne dans cette Angleterre riche et prospère, un peu crispée et hypocrite sur ses arrières. C'est aussi l'histoire d'une jeune demoiselle, sensible et cultivée, intelligente et originale. Miss Charity Tiddler, née en 1870, est l'unique rejeton d'un couple guindé, qui appartient à la bonne société. C'est une enfant solitaire, elle aime trouver refuge au troisième étage de la demeure familiale, dans sa nursery où elle cache sa petite ménagerie. Car Charity s'entoure de petits animaux (des souris, des grenouilles, des lapins, des canards etc.) et passe son temps à les observer pour les dessiner, les peindre à l'aquarelle.

Son goût des sciences naturelles, ses longues promenades dans la campagne du Kent, ses discussions en aparté avec ses compagnons animaux et ses lectures de Shakespeare qu'elle apprend par coeur ne font pas d'elle une jeune lady appliquée. Et c'est justement parce que Charity Tiddler ne convient pas à l'image moulée et à l'archétype attendu qu'on s'attache à elle, en reconnaissant implicitement un parcours à la Beatrix Potter... Mais c'est de manière générale un hymne à la littérature, à travers Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, pour ne pas en nommer davantage, que cet épais ouvrage nous convie. C'est un véritable enchantement. Un remarquable travail de finesse, d'humour, de délicatesse. Et les illustrations de Philippe Dumas sont un atout inestimable dans cet ensemble raffiné.

J'ai tout bonnement adoré, c'est simple, je ne voulais plus en sortir. J'ai aimé les mille petits détails qui fourmillent à chaque page, la belle description de l'éducation anglaise, la volonté encore balbutiante de l'émancipation de Charity, son tempérament teinté de discrétion et de modestie, ses bonnes manières, sa gentillesse, son amitié pour sa gouvernante française et pour sa bonne, une écossaise à la chevelure rousse, Tabitha, qui raconte des histoires folles parce qu'elle-même est ravagée. Et Charity, à l'aube des manifestations d'indépendance pour la femme, apparaît davantage excentrique et incomprise. C'est une originale, certes, mais surtout elle est différente, rêveuse et douée. Elle chante faux, joue mal du piano, fuit la broderie mais elle se révèle dans le dessin et l'aquarelle. Elle comprend très vite une chose, 

« Autant les fleurs et les champignons trouvaient facilement leur nom et leur définition au clair soleil de ma raison, autant les choses humaines se déposaient au fond de moi, toutes grises et indécises. »

Miss Charity ne se mêle pas aux sorties mondaines, noue des relations profondes avec des personnages jugés inconvenables, comme Kenneth Ashley, un ami d'enfance de ses cousins, un fils de fermier qui s'est lancé dans le théâtre. Quelle belle rencontre, d'ailleurs. Ce jeune homme est remarquable, effronté et coquin pour l'apparat, mais sa fantaisie est attirante ; et on ressent presque des petits papillons dans le ventre lorsqu'il fait son entrée et taquine la timide Charity.

En bref, j'ai plus qu'aimé. Je me suis noyée avec bonheur dans ce roman-pavé de près de 600 pages. Impossible de l'abandonner. C'est en outre regrettable de tourner la dernière page et de lâcher la main de Miss Charity. Marie-Aude Murail a su brillamment nous enchaîner... encore, des lectures de la sorte !

Ecole des Loisirs, coll. Medium Grand Format - 2008 - 562 pages - 24,80€
Illustrations de Philippe Dumas

--) les avis de Marie , Alice et Emjy

 


23/12/08

La vie est un arc-en-ciel - Cecelia Ahern

51sWn5PtvrL__SS500_Je n'avais pas été prévenue que ce roman allait me ravir tout simplement, me rendre gaga avec un sourire niais, ou alors c'est le miracle de noël. Je ne sais pas, mais le résultat est là : j'ai dévoré cette histoire où l'on parle d'amour et d'ironie du sort, où l'on suit la correspondance de deux amis d'enfance. Car tout est raconté à partir de lettres, de messages, de mails. Et cela commence tôt, sur les bancs d'école. Rosie et Alex ont 7 ans, ils se filent en douce leurs petits mots, au nez et à la barbe de leur maîtresse. Ils se sont jurés de ne jamais se séparer, mais le garçon doit suivre sa famille et quitter Dublin pour Boston. Et les années passent, les promesses défilent, les rendez-vous manqués aussi... Les aléas de la vie mettent en péril leur amitié, Rosie et Alex restent soudés. Ils n'ont pas conscience que cet attachement entre eux a dépassé le stade amical, ou oui ils s'en doutent, chacun de leur côté, mais jamais au bon moment. Tout le temps, ils se loupent, ils hésitent aussi. Leurs proches ont depuis longtemps deviné qu'ils étaient faits l'un pour l'autre, et pourtant leur histoire ne cesse de s'écrire d'après un scénario tordu. Ah, la vie ! Elle ne fait pas toujours des cadeaux. Rosie et Alex l'ont bien compris.

C'est délicieux, adorable, craquant, drôle, crispant et tout et tout. Je n'avais pas l'intention de lire ce roman, mais j'ai mis la main dessus en faisant un peu d'ordre dans mes piles monstrueuses de livres à lire. J'ai commencé à le feuilleter, juste par curiosité, et boing j'ai été accrochée aussitôt. Rosie Dunne, principalement, est une jeune femme extraordinaire, pleine d'esprit, sarcastique, orgueilleuse, butée et attachante. Son parcours est dessiné sous le signe de l'indépendance, des coups bas, de la sensibilité et d'une force exemplaire. C'est une héroïne exceptionnelle ! Le roman, ensuite, est très vite prenant car il est écrit avec vivacité, composé de messages qui s'échangent à la vitesse de l'éclair. C'est entraînant, un subtil assortiment de badinage, de cynisme, de larmes, de colère et j'en passe. J'ai juste, en tout petit reproche, trouvé que ça s'étirait un peu trop en longueur sur la fin, cependant j'ai beaucoup beaucoup aimé !

Albin Michel, 2005 / J'ai Lu, 2007
412 pages - 6,70€
traduit de l'anglais (Irlande) par Nicole Hibert

16/12/08

Êtes-vous passés à côté de...

La pelouse de camomille, de Mary Wesley ?

51qQohQdBqL__SS400_Comme chaque été, les cinq neveux de Richard et d'Helena se retrouvent en Cornouailles. C'est le temps des jeux, de l'insouciance, le goût de toutes les audaces, au bord de la falaise ou sur la pelouse de camomille, sans autre souci que les tourments de l'amour qui vous rongent une jeunesse.
La petite Sophy donnerait sa vie pour Oliver qui, lui, est fou de Calypso, si belle et si lointaine. Elle a toujours juré d'épouser un homme riche sans amour, elle jettera son dévolu sur Hector, politicien ayant le double de son âge. Car pour mieux pimenter cette belle saga familiale, il faut d'office préciser que l'action se passe durant l'été 1939. La guerre va être déclarée et amène un couple de réfugiés juifs, Max et Monika, chez le pasteur du coin. C'est un éminent pianiste, un brin cavaleur et beau parleur. Il va faire chavirer le coeur d'Helena, pourtant mariée mais ennuyée par sa vie recluse auprès de Richard, son second mari unijambiste. Elle partira à Londres, sans crainte des bombardements, vivre une passion tumultueuse auprès de son musicien juif.

C'est bien ce qui est également très surprenant dans ce roman où la trame ne chôme pas, sans cesse rebondissante et étonnante. Ce n'est pas parce que c'est la guerre que nos personnages vont s'endormir sur leurs lauriers, bien au contraire ! "Nous avons tous vécu intensément. Nous avons fait des choses que nous n'aurions jamais faites autrement. Ce fut une période très heureuse. (...) Tout était exacerbé, surtout l'amour."
Effectivement les passions sont ravageuses !

Ce roman n'est pas une bluette sentimentale. Il fourmille plutôt de vivacité, d'esprit, de dialogues mordants, de personnages flamboyants et uniques en leur genre. Mais ils sont à contre-courant de l'image idyllique des êtres parfaits, car ils sont tous fragiles, odieux, égoïstes et héroïques à leurs heures. Et ce, en dépit des circonstances ! Qu'importe les liens du mariage, l'âge, l'enfant à naître, les bombardements ou la guerre, tout simplement...

L'anglaise Mary Wesley nous offre ainsi une lecture passionnante. En plus de 400 pages, jamais la cadence ne s'essouffle. On ne stagne pas durant l'été 1939, le scénario évolue, voyage dans le temps et nous conduit même sans nous y attendre cinquante ans plus tard ! Je pense aussi que le succès de ce livre repose sur le style fringant et truffé de badinage que nous propose l'auteur. J'ai passé des heures de lecture absolument délicieuses ! Je vous conseille vivement de vous y plonger également !

Ce livre a été publié en français chez Flammarion en 1991, puis en format poche "J'ai Lu". Bravo aux éditions Héloïse d'Ormesson de remettre Mary Wesley au goût du jour ! (D'autres publications sont à prévoir.)

Editions H. d'Ormesson, juin 2008 - 430 pages - 22€
traduit de l'anglais par Samuel Sfez

04/12/08

Le livre du temps III. Le Cercle d'or - Guillaume Prévost

51yc42_JkTL__SS500_Premièrement, amis lecteurs, j'ai failli épuiser toutes mes réserves de patience car je n'en pouvais plus d'attendre ce troisième tome du Livre du Temps, une trilogie passionnante commencée en février 2006. Le hic, donc, c'était que ce 3ème volume était annoncé en janvier 2008, puis repoussé à l'automne... j'ai cru défaillir de frustration. C'est mal de faire subir autant d'émotions pour le lecteur ! Ce dernier est une petite chose fragile et délicate. Ses nerfs sont souvent mis à rude épreuve, il faut veiller à soigner un lecteur. Je le répète : c'est fragile !

Bref, je suis bien embêtée maintenant car je ne peux pas vous parler du tome 3 car ce serait déflorer la série pour ceux qui ne la connaissent pas encore ! Hé hé hé. C'est cruel, je sais. Mais faites-moi confiance, c'est excellent ! Au début, j'ai cru que j'avais un peu oublié des détails (à ce propos, cher Guillaume Prévost, cela aurait été bien accueilli de proposer un résumé en prologue, histoire de rafraîchir nos mémoires qui sont pas mal encombrées avec des centaines d'autres lectures ! (Note pour moi-même).

Cependant, j'ai très vite retrouvé mes marques et mes habitudes et mon plaisir et mon sourire. J'avais comme l'impression d'avoir quitté Sam Faulkner la veille, j'ai tout de suite replongé à ses côtés dans ses voyages dans le temps. Je vois d'ici les lecteurs froncer les sourcils, là je sais que j'ai affaire à des lecteurs qui ne suivent pas ! Ce n'est pas bien. J'ai dernièrement évoqué le tome 1 : La pierre sculptée car ce livre est disponible en format poche (folio junior).

Reprenons, donc : Samuel Faulkner, un adolescent tout ce qu'il y a de plus ordinaire, vit chez ses grand-parents depuis la mort de sa mère, survenue trois ans auparavant. Son père Allan, désigné “le prototype de l'original”, est libraire, spécialisé dans les ouvrages anciens mais n'a plus donné signe de vie depuis plusieurs jours. Le garçon est inquiet et se rend à la librairie, où il va découvrir une statuette avec des jetons autour. De là, il va plonger dans la quatrième dimension (!). En fait, non. Il va débarquer sur l'île d'Iona chez une communauté de moines, mais en l'an 800 !

Pourquoi, comment ? C'est un peu ce que va expliquer le premier livre. Une fois les choses en place, l'histoire va être encore plus palpitante. Déjà, je trouvais que c'était une formidable épopée, le fait de se balader dans le temps, à des époques différentes, de l'Egypte ancienne au Moyen-Âge, en passant par Bruges au XVe siècle et la Transylvanie de Vlad Tepes. Les rencontres sont étonnantes, sans cesse dirigées vers un but précis : retrouver Allan Faulkner.

Une fois ce dernier localisé, il incombe à Sam de le ramener dans son époque et de comprendre pourquoi son père a agi de la sorte. Il faut innocenter les accusations contre lui, celle de vol notamment. Mais dans le même temps, Samuel a une vie d'adolescent qui rencontre des difficultés avec son entourage, il a un secret à préserver (celui de la pierre sculptée), des relations houleuses avec sa tante et son nouveau petit ami (un type sans-gêne qui n'inspire aucune sympathie) et il faut composer avec ses activités scolaires (ses compétitions de judo) et ses rapports difficiles avec ses camarades (il refuse tout contact avec Alicia, son ex-meilleure amie).

La lecture mêle l'avnture, l'action, les voyages, l'intelligence, la patience, l'angoisse, le suspense et l'amour. C'est un ensemble harmonieux et entraînant. On pourrait craindre une quelconque redondance à force de suivre Samuel,  qui cherche son père et voyage par le biais de la pierre sculptée, un procédé également capricieux et imparfait. Or, cela devient vite une addiction, les pages se tournent à vitesse folle, l'impatience scotchée sur le bout de l'index. On brûle de connaître la suite, de savoir la prochaine destination de Sam.

D'énigmes en rencontres extraordinaires (l'archéologue Chamberlain ou le premier empereur de Chine, pour ne citer qu'eux) Samuel Faulkner a double mission dans ce tome 3, aider son père, comprendre sa motivation folle ET déjouer le plan machiavélique de l'individu surnommé le Tatoué (il fait son apparition dans le tome 2). Cet inconnu a longtemps l'avantage sur Sam, en tant qu'ennemi invisible, et redouble de forces maléfiques pour le manipuler. Mais tout va changer lorsque l'adolescent découvre qui il est réellement ! Du moins, c'est ce qu'on aimerait conclure... le Tatoué reste un adversaire doublé d'une personnalité cupide, fourbe et démoniaque.

Ainsi s'achève une saga passionnante, riche en rebondissements et pleine d'élégance et de détails historiques qui apportent un intérêt pédagogique à cette lecture. Je suis conquise depuis le premier livre, j'en sors ravie en vous souhaitant le même enthousiasme !   

PS : à noter une superbe jaquette de couverture qui s’ouvre comme un poster. Un plus pour l’ambiance.

Gallimard jeunesse, 374 pages - 18,50€

  

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22/11/08

Êtes-vous passés à côté de...

Tobie Lolness, de Timothée de Fombelle ?

51lw4KdFwvL__SS500_Tobie Lolness, un millimètre et demi, appartient au peuple du grand chêne. Le père de Tobie, savant génial et sage, a refusé de livrer le secret d'une invention pour transformer la sève de l'arbre en énergie motrice. Furieux, le Grand Conseil a condamné les Lolness à l'exil dans les basses branches, territoire sauvage. Tobie y rencontre Elisha.

Il faut savoir que lire ce roman est un appel vers un ailleurs envoûtant et enchanteur. Pas seulement destiné à la jeunesse, ce livre est une invitation à la poésie, la philosophie et le respect pour l'environnement. L'arbre dans lequel vit le jeune Tobie détient un coeur qu'il faut sauver et préserver de la vilennie du terrible Jo Mitch. L'idée qu'une communauté s'affaiblit à force de subir la peur et l'humiliation fait émerger une étrange dualité entre l'amour et la trahison. Car dans ce roman on s'aperçoit bien vite qu'il est tout aussi facile de dénoncer et de s'en mordre les doigts, de combattre et de tromper les apparences.

Il y a cette volonté d'indétermination distillée par l'auteur et qui permet ce constat de rebondissements pour casser la routine et l'attente. Jusqu'à la dernière page, le souffle est tenu en haleine. Tobie Lolness est un garçon remarquable, qui ne manque jamais de ressources, malgré la somme d'épreuves offertes. Les personnages qu'il croise ont ces contours flous qui les rendent insaisissables. C'est une prodigieuse réussite, un joli monde sans magie, sans esprit surnaturel. C'est de la poésie, vibrante et touchante, accessible pour tous les lecteurs !

Prix Tam-Tam Je bouquine 2006 (Salon de Montreuil).

--) La série s'est faite connaître en avril 2006 avec un premier volume intitulé La vie suspendue ; la suite est parue l'année suivante avec Les yeux d'Elisha. Retrouvez-les en un seul volume, et avec une nouvelle couverture !   

 

Gallimard jeunesse, Octobre 2008 - 660 pages. 22€
Illustrations de François Place.

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12/11/08

Autre-Monde : l'Alliance des Trois - Maxime Chattam

 

Amis lecteurs, voici un brillant roman qui saura vous capturer dans sa toile pour ne plus vous relâcher avant d'avoir ingurgité les quelques 400 pages et des poussières. C'est signé d'un auteur réputé - Maxime Chattam. Je le connaissais de nom mais j'avais toujours tourné autour sans m'y intéresser. Cette première rencontre est une découverte, pour moi. Et j'en suis particulièrement ravie ! 

**********

5115SDk9SmL__SS500_L'histoire débute à New York, un peu avant les fêtes de fin d'année. Matt et ses deux camarades, Tobias et Newton, traversent la ville sans but précis. Par dépit, ils se rendent chez le vieux Balthazar, le patron d'une boutique d'objets bizarres. Ce type n'aime pas les enfants, il les accueille en beuglant de déguerpir. Mais Matt s'aperçoit que l'homme est entortillé avec le corps d'un serpent. Non, ceci n'est pas un piège, c'est beaucoup plus effrayant. L'adolescent se sauve et confie à ses amis son étrange sensation d'avoir été témoin d'un truc qu'il n'aurait pas dû voir.
Bref, chacun rentre au bercail. Noël arrive, en même temps qu'une tempête jugée colossale selon les chaînes d'informations. D'un seul coup, un froid polaire tombe sur la ville, des bourrasques de vent et des coupures de courant s'enchaînent. Matt préfère se coucher, malgré l'angoisse qui monte. Et au cours de la nuit, il est réveillé en sursaut. C'est trop calme dehors, le ciel est zébré par des éclairs de lumière. C'est plus qu'une simple foudre, cela ressemble à une main de fer qui s'introduit dans tous les appartements new-yorkais. 
Dans quel but ?
C'est bientôt au tour de l'immeuble de Matt et ses parents. Il faut agir au plus vite, mais le garçon de 14 ans n'aurait jamais pu imaginer ce qui l'attendait.

L'Autre-Monde est une trilogie qui raconte le bouleversement de notre société égoïste et inconsciente qui verrait ainsi la disparition des adultes pour la sauvegarde des enfants et adolescents afin de rebâtir un monde meilleur. La planète détraquée s'est vengée et a choisi de faire un tri en confiant son destin entre des mains jugées plus innocentes.

Ecologique, ce roman ?
En quelque sorte.
Car il nous fait signe, il nous interpelle. Il lance un message : L’Homme est-il toujours au sommet de la chaîne alimentaire ? L'Enfant est-il appelé à sauver le monde ? Et quel avenir pour la planète ?

L'intrigue est très habilement construite, autour de son jeune héros - Matt - et de ses futurs compagnons d'infortune. Qui sont-ils ? Ce sont les Pans, des enfants rescapés qui se sont regroupés pour unir leurs forces et affronter les Gloutons et les Cyniks. Ces derniers sont des créatures mutantes et des rares adultes rendus sauvages par le dérèglement du monde.
Tout est proprement chamboulé.
Je vous laisse découvrir l'ampleur des dégâts et je charge l'adrénaline (que j'ai bien sûr ressentie !) pour le reste.

Lorsque j'ai commencé cette lecture, c'était en toute ignorance de son histoire. Je me suis donc laissée embarquer et je ne regrette pas l'effet de surprise !
C'est un roman captivant et curieux, axé sur le fantastique, et qui recrée une ambiance mélangeant Sa Majesté des Mouches, Tolkien et les Goonies (film vu tout récemment, d'ailleurs).
Au début l'atmosphère est assez angoissante, telle une lente traversée de l'enfer vers l'inconnu frileux. On accompagne les acteurs principaux en faisant communion avec leurs émotions. Tout y est : la curiosité, le doute, la peur, la panique, le courage, le dégoût et la volonté.
Lorsqu'on arrive enfin dans l'île aux enfants, chez les Pans, on sent aussi un changement dans l'histoire. Cela devient mieux ! J'aimais déjà l'entrée en matière, mais mon enthousiasme est encore monté d'un cran. 
On y découvre alors des manoirs hantés, des dons attribués aux enfants dont l'organisme a été altéré, des créatures qui ont triplé de volume, et des chauve-souris qui attaquent en bande soudée, comme si elles étaient à la recherche de quelqu'un en particulier.
De son côté, Matt n'est pas en peine : il souffre de cauchemars, se sent la cible d'une menace noire, malsaine et imminente. Il fait alliance avec deux camarades, car il a surpris des conversations dénonçant un complot au sein des Pans. L'adolescent va chercher à démasquer le traître, en même temps qu'il s'habitue à cet Autre-Monde.

C'est très chargé comme synopsis, mais c'est admirablement bien étalé. Les pièces du puzzle trouvent peu à peu leur place, mais le résultat ne nous laisse pas pour autant repu et soulagé car il faut rebondir et s'armer de patience pour partir vers d'autres aventures !

Ce roman mettant en scène des enfants et adolescents peut être lu par un public jeunesse, mais pas seulement ! (Mon cheval de bataille contre les préjugés sur la littérature dite de jeunesse est prêt à ruer dans les brancards !)
C'est un roman qui brasse moults genres : l'aventure épique, le parcours initiatique, la quête philosophique. Et j'en passe.
Je reprendrai simplement les propos de l'auteur, qui dit que ce livre est un grimoire. « Prenez garde si vous décidez de tourner la page, il vous faudra une baguette magique : votre âme de rêveur. Celle que bien des gens perdent en devenant adultes. »
La possèdez-vous encore ? Telle est la question. Je ne doute pas de votre réponse.
Bonne lecture !

Albin Michel, novembre 2008 - 483 pages - 20€

Et une bande-annonce pour se mettre dans l'ambiance : 

 

 

L'avis de Madame Charlotte

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13/10/08

Quand elle sera reine - Rachel Hausfater

Mira n'est pas une petite fille comme les autres, son tempérament est vif, son air busqué, le port hautain. Elle porte les cheveux longs, avec des mèches rousses, en une crinière folle. C'est une enfant sauvage, l'aînée du père, qui vit aujourd'hui avec l'autre mère. Elle grandit auprès de deux autres enfants mais Mira se sent seule et incomprise, jusqu'au jour où elle rencontre Mme Katish, l'institutrice de l'école. Elle va lui apprendre les mots et lui ouvrir les portes de la lecture. Son goût des rêves et des histoires qui la transportent vers un ailleurs plus beau prend enfin forme. Puis, tout s'arrête avec la perte de l'autre mère. C'est brutal, inopiné. Mira est séparée de sa vie d'avant et doit grandir en un claquement de doigts.

Elle était habituée à la vie difficile et rudimentaire, mais ce qui l'attend sera encore plus austère. Une petite éclaircie s'offre à elle par la découverte de l'amour. De pleines pages de désir et de sensualité irradient tout le livre, c'est fou ! Mais les nuages gris et menaçants reviennent vite à la charge : c'est la guerre et Mira doit fuir. Trop différente, trop brune aux mèches rousses, et des yeux trop noirs, bref son passé la rattrape, on lui fait payer l'histoire de sa vraie mère qui n'était pas du même pays, qui est venue un jour puis est repartie avec ses charmes de sorcière. Bref, on s'acharne sur elle au nom de tous les embrigadements bêtes et méchants.

Ce roman est un mélange d'amour fou, de passion et de révolte, c'est violent, fascinant et ça ne brode pas dans la dentelle. Ce texte demande du temps, de la patience, de l'écoute pour être apprivoisé. Le reste, ensuite, accomplira son travail de séduction. C'est fatal. Tout est terriblement beau, même si le fond est dur et impitoyable pour Mira. Son histoire nous émeut, nous bouleverse et nous renverse. C'est un portrait étincelant, une fille forte et fragile à la fois, aux prises avec le doux, le rire, les mots et les idées. Entre prose et poésie, se dessine une personnalité farouche, entière et furieusement vivante.

A découvrir sans attendre !

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Ed. Thierry Magnier, février 2008 - 165 pages - 8,50€
Dès 15 ans.

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24/07/08

Toi et moi à jamais - Ann Brashares

Alice et sa soeur Riley passent l'été dans la maison familiale de Fire Island, près de New York. Sportive, vive et garçon manqué, Riley est maître sauveteur. Très différente, Alice est féminine, douce et brillante, elle prépare sa rentrée en fac de droit. Paul, l'ami d'enfance, revient après trois ans d'absence. Attirés l'un par l'autre, Paul et Alice vont avoir une liaison, dans le secret, mais Riley va les surprendre un soir. 

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Ann Brashares, auteur de la série Quatre filles et un jean, signe un bon gros mélo sentimental, cousu de fil blanc, voilà pour les défauts, mais alors qu'est-ce que j'ai aimé ! J'ai complètement mordu à l'hameçon, j'ai aimé cette histoire d'amitié et d'amour, j'étais toute vibrante d'émotions pour ce que vivaient les personnages, j'étais à leurs côtés, j'avais mon petit mouchoir dans la main, j'étais nouée par les révélations, et puis dégoûtée par certains choix, je ne comprenais pas qu'on puisse garder pour soi autant de souffrance, mazette j'étais à fond dedans, d'ailleurs, j'ai lu ce roman en une soirée parce que j'étais totalement mordue !

"L'amour peut-il durer toute une vie ? Peut-il passer indemne de l'enfance à l'âge adulte en survivant aux tourments et aux écueils de l'adolescence ? Est-il toujours le même à l'arrivée, simplement exprimé de façon différente ? Ou ces deux formes d'amour sont-elles radicalement étrangères et incompatibles ?"

Toi et moi à jamais - Ann Brashares

Gallimard, (juin) 2008 pour la traduction française - 335 pages - 13€

traduit de l'américain par Vanessa Rubio / titre vo : The last summer (of you and me)

Le site : http://toietmoiajamais.fr/

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24/06/08

15 Ans Welcome to England - Sue Limb

Fans de Jess Jordan, votre héroïne n'a pas subitement rajeuni en un coup de stylo à plume. Ce livre est en fait un prequel (un épisode dont l'action est antérieure à la trilogie existante mais écrit après). Ici, Jess n'est pas (encore) amoureuse de son meilleur ami Fred et doit accueillir son correspondant français, Edouard. Pensant qu'il colle à son image idyllique du latin lover, yeux noirs et lèvres boudeuses, elle lui adresse une photo retouchée et reçoit en retour un cliché très engageant ! Le jour de la rencontre, cependant, Jess tombe des nues et fait face à un bonhomme haut comme trois pommes, hyper coincé et qui ne parle pas un mot d'anglais. Les quinze jours à venir vont être une torture absolue...

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Que d'humour dans ce livre ! Cela commence avec la découverte du correspondant, Edouard ne décroche pas un mot et s'installe dans la voiture en laissant flotter une odeur nauséabonde. Pour ne pas le vexer, Jess et sa mère utilisent un code et le surnomment "la reine". Quel ennui... ce garçon aurait-il un problème d'hygiène ? Mais en vrai, c'est Jess qui a marché dans une crotte et ne le découvre qu'une fois arrivée à la maison, et ce sans la présence d'Edouard qui doit désormais penser que sa correspondante n'est pas très "clean" non plus ! Notre trio sympathique continue de s'installer dans les situations embarrassantes, lorsque le français se rend dans la salle de bains et se bat avec la chasse d'eau...

Un fossé se creuse sous les pieds de Jess. Elle apprend d'une tierce personne que son cher Edouard est tombé fou amoureux d'elle en voyant sa photo ! Chose abominable et inconcevable, la jeune fille décide alors de supplier Fred de "faire comme si" et annonce à tous qu'ils sortent ensemble. Et puis, très vite, ce mensonge l'encombre car Jess juge absolument craquant le correspondant de sa camarade Jodie et voudrait bien avoir son premier "french kiss" avec lui ! Pour détendre les relations franco-anglaises, la bande organise un week-end camping.

J'aime beaucoup les livres de Sue Limb et ce, même en accusant 30 ans ! C'est frais, pétillant, plein d'esprit. Jess Jordan est une héroïne unique, une vraie copine qui nous fait partager les joies (et déconvenues) des échanges linguistiques. Je pensais qu'avec ce prequel cela allait être totalement décalé, je m'étais habituée aux amourettes entre Jess et Fred. Finalement je suis agréablement surprise, j'ai beaucoup rigolé. Et puis je trouve que Fred est un garçon qui gagne à être connu, je ne vous dis que ça !!!

A noter, ce livre peut se lire indépendamment des autres.

Gallimard jeunesse, (juin) 2008 pour la traduction française - coll. Scripto - 293 pages - 11,50€

traduit de l'anglais par Laetitia Devaux - titre vo : Girl, 15 Flirting for England.

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16/06/08

Demain matin si tout va bien - Cécile Krug

Trente-cinq ans, jamais mariée, sans enfant et toujours célibataire, Garance plane sur son petit nuage depuis sa rencontre avec Edgar. Cela fait six mois qu'ils roucoulent sous le toit de son appartement douillet, c'est l'idylle parfaite. Enfin, c'est ce qu'elle répète à tous ses amis. En vérité, Garance pédale dans la semoule. Depuis son licenciement, elle passe ses journées à ne rien faire, elle a perdu confiance en elle et, du coup, elle s'imagine que son chéri la trompe. Pourquoi pas avec Aglaé, la pseudo meilleure amie un peu peste ? Trop belle pour être honnête. Et comble de l'horreur, c'est avec elle qu'Edgar s'envole à l'autre bout du monde pour une mission de deux mois ! C'est le drame. Garance se noie dans un bourbier sans fond, elle joue le tout pour le tout en harcelant son amoureux et refait des efforts pour sculpter sa silhouette. Elle veut reconquérir Edgar, elle ne voit que lui car c'est l'homme de sa vie.

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Je classe ce livre parmi les lectures thérapeutiques : il sera oublié à coup sûr dans six mois, mais en attendant le bienfait acquis sur l'instant est du petit lait ! J'ai bu les 290 pages avec bonheur, me suis surprise à rigoler comme une bossue sur plusieurs passages (au point d'expliquer à l'homme du foyer les raisons de mes éclats de rire). L'héroïne du roman, Garance, est une péronnelle insupportable, une plaie ambulante, comme elle se décrit. Elle est totalement immature, irresponsable, maladroite mais attachante. Ses crises de jalousie, et ce qui s'ensuit, frisent le ridicule et peuvent rapidement gaver le lecteur. Et pourtant, on ne décroche pas une seconde, ne saute aucune ligne car le tout est enrôbé d'un style très enlevé, avec des expressions délirantes et audacieuses. Cécile Krug a la plume agréable, c'est même carrément hilarant. Un livre recommandé pour recharger les batteries !

Anne Carrière, avril 2005 / J'ai Lu, mai 2006.

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