28/10/16

Les contraires font leur cirque, de Lee Singh & Tom Frost

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Gros coup de cœur pour cet album graphique très rigolo !

D'abord, je craque complètement pour ses illustrations dont le charme vintage n'est plus à démontrer. La suite de la lecture n'a fait que confirmer tout le bien que j'espérais et a donc nourri mes plus folles attentes. Youpitralala. Danse de la joie dans le salon. Bref. C'est donc sur la fabuleuse thématique du cirque, qui plaît toujours aux enfants, que les deux artistes Lee Singh & Tom Frost s'appuient pour évoquer la notion des contraires auprès de leur jeune public. Et c'est prodigieusement pensé, en plus d'être drôle. Car l'album ne se contente pas de recenser des situations basiques (haut/bas ; mouillé/sec ; peu/beaucoup ; froid/chaud...), il imagine aussi des situations cocasses et riches en nuances qui ne manqueront pas d'épater la galerie. C'est un véritable spectacle qui est mis en scène - une représentation inventive, ingénieuse, gourmande et acrobatique, où l'on s'éparpille de bonheur. ^-^

Petits et grands lecteurs apprécieront donc cette exploration et cette découverte des flaps sous lesquels se planquent tous les secrets du grand chapiteau. Les numéros rivalisent tous d'élégance et de facétie. On en prend plein les yeux et on a un sourire extatique sur les lèvres ! Superbe. ☺ 

Seuil Jeunesse - Avril 2016

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26/10/16

Bonne Continuation, d'Olivier Tallec

Bonne Continuation

Olivier, il faut qu'on cause ! Cette tendance crapuleuse à épingler les travers de nos petites vies est tout bonnement... jouissive ! Sur ce, je dénonce : un ton mordant, parfois méchant et ironique, flirtant aussi avec un humour noir et morbide, hmmm, ça sent l'insubordination à plein nez. Et ça me plaît. Lire Olivier Tallec dans un univers aussi décalé et cinglant, oui ça a du bon.
Après avoir signé ses premiers méfaits en nous souhaitant une Bonne journée, l'auteur récidive dans cet exercice du dessin humoristique particulièrement féroce avec une nouvelle série de tableaux qui brassent des thèmes, des symboles et des époques sans fil conducteur mais où la dérision domine le monde. Les cadeaux de Noël, la garde alternée, la mode, le paraître, les rencontres amoureuses, l'incompréhension au sein du couple, la cigarette, la sexualité, les licornes, le safari, les penchants SM, les cornes, le plug anal, les très flippantes moaï (ces célèbres statues de l'île de Pâques), les vaches normandes, les mille-pattes, les ours polaires, les chauve-souris, les oies, mais aussi l'écologie, le réchauffement climatique, le foie gras, la frénésie médiatique, et j'en passe ! Tout est sujet à moquerie, surtout quand c'est aussi bien appréhendé, d'un simple tacle subtil et hardi. 
Il y a du Voutch dans l'art de tailler des portraits aussi incisifs, selon une base de dessin au pastel, mais la tendresse particulière au papa de Grand Loup et Rita & Machin, qui assume ici un rôle à contre-emploi de son registre habituel, rend le contraste réjouissant. Il sort plus d'une fois de sa zone de confort, avec notamment des scènes bien gore, bien sanglantes, qui figurent aussi parmi les meilleures séquences de lecture (honte, moi ? jamais !). De toute façon, j'aime cette facette irrévérencieuse du personnage, son caractère fripon qui se dévoile. Cette nouvelle lecture caustique confirme ainsi l'étendue du talent d'Olivier T. Applaudissements dans la salle. 

Rue de Sèvres / Octobre 2016

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24/10/16

Cinq petits cochons, par Agatha Christie

Cinq petits cochons

Seize ans plus tôt, Caroline Crale a été condamnée pour avoir empoisonné son mari, le peintre Amyas Crale, sous prétexte que celui-ci allait la quitter pour sa jeune maîtresse, l'affriolante Elsa Greer, qui lui servait aussi de modèle pour son dernier tableau. 
Venant tout juste de se fiancer, leur fille, Carla Lemarchant, convoque le passé et demande à Hercule Poirot de reprendre l'enquête pour l'éclaircir. Celui-ci s'y plie avec bonne grâce et rencontre les acteurs du drame, soit Meredith Blake, l'expert en plantes, son frère Philip, l'amoureux refoulé, la nouvelle lady Dittisham, par qui le scandale est arrivé, mais aussi Cecilia Williams, la gouvernante acariâtre, et Angela Warren, la demi-sœur de Caroline qui n'était qu'une adolescente revêche et dissipée à l'époque. 
L'un après l'autre, ces témoins livrent leur version de l'histoire en accablant Caroline, dont les crises de jalousie acerbes et très violentes faisaient grand bruit dans la maison. Le couple était au bord de la rupture, le mari volage affichait sa nouvelle conquête sous le nez de l'épouse bafouée, qui n'a pas supporté pareille humiliation. Chacun y va de son commentaire ou de son jugement relatif, pendant ce temps Hercule écoute patiemment. 
Les intrigues d'Agatha Christie sont comme des petites mailles tricotées en point très serré. Qu'on ne s'y trompe pas. Ce ne sont pas les mêmes propos qui sont ressassés à l'envi ni les mêmes conflits qui sont rapportés dans le vide, l'histoire n'est jamais statique et tout est dans le détail, car rien n'est jamais anodin dans les histoires de la duchesse ! Non seulement la lecture déploie une prodigieuse mise en scène dans l'art de ménager le suspense, instaurant au passage une ambiance très théâtrale à l'ensemble, mais elle aborde aussi des thèmes d'avant-garde, dont le libertinage et la sensualité, qui n'étaient pas légion dans les romans de 1942 ! ^-^
Ce roman ne vieillit pas et est, de plus, excellemment servi par l'interprétation de haute volée de Samuel Labarthe, alias le commissaire Laurence dans Les Petits Meurtres d’Agatha Christie sur France 2. À noter aussi qu'il existe une adaptation par ITV (saison 9, épisode 1) avec David Suchet, Rachael Stirling, Aidan Gillen, Julie Cox... L'un des meilleurs épisodes de la série Hercule Poirot ! 

Texte lu par Samuel Labarthe pour Audiolib (durée : 7h) - Septembre 2016

Traduction révisée par Jean-Michel Alamagny pour les Editions du  Masque

21/10/16

Chaque soir à 11 heures, de Malika Ferdjoukh

Réédition du roman de Malika Ferdjoukh, cinq ans après sa parution, avec une nouvelle couverture aux teintes crépusculaires qui rappelle implicitement la très belle adaptation en BD par Camille Benyamina & Eddy Simon.

Chaque soir à 11 heuresLire un roman de Malika Ferdjoukh, c'est l'assurance d'une élégance de style, de personnages excentriques et attachants, d'un univers qui vous coupe de votre réalité et vous fait basculer dans une bulle réconfortante. C'est un rendez-vous doux, chaleureux et lénifiant. Alors, n'hésitez pas à vous glisser sous la couette en buvant, comme l'héroïne, du café au lait pour savourer comme il faut cette lecture. 
Willa est heureuse de sa vie, entre un père adolescent dans l'âme et une mère débordée qui papillonne dans l'univers des Miss, la demoiselle a trouvé un juste équilibre. Sa meilleure amie Fran, qui vit dans un palace, est une nana attachante, fantasque et épuisante à vouloir toujours tirer la couverture à elle, à multiplier les frasques pour obtenir qu'on l'aime exclusivement, etc. Mais impossible de lui en vouloir. Willa est aussi folle amoureuse de son frère, Iago, qui n'a d'yeux que pour elle alors qu'il pourrait conquérir la planète entière. Pourtant, leur belle idylle est en perte de vitesse, Willa ignore pourquoi, son galant se montre distant et invente des prétextes pour la tenir à l'écart. Le petit cœur mou de notre héroïne ne peut en supporter davantage. Un après-midi de déprime, elle accepte l'invitation d'un spécimen rare, rencontré lors de l'anniversaire de Fran. Edern Fils-Alberne lui propose très honorablement de former un duo avec sa jeune frangine Marni, également passionnée de musique, hélas privée de son art depuis la mort de leur mère. Charmée par les lieux, Willa succombe et accepte de “chabadabada” avec Marni et sa collection de matous. Lassée d'être devenue une quantité négligeable aux yeux des Hilbert, Willa se fond dans le cocon douillet de ses nouveaux amis mais ignore encore que la grande demeure familiale, Fausse-Malice, renferme de lourds et poignants secrets. En attendant, la vie autour d'elle continue de tourbillonner sans fin, de l'interpeller, de l'inquiéter, de lui donner des bleus à l'âme. Willa souvent se sent épiée, puis manque de peu d'être envoyée ad patres. 
Quelle angoisse, quelle ambiance. Quelle réussite aussi. Je trouve toujours savoureux de plonger dans une histoire au scénario solide et qui baigne aussi dans un contexte soucieux des détails et des apparences. Cela conforte mon sentiment de bulle hors du temps, quand on plonge son nez dans le bouquin, on ressent un étourdissement dès qu'on relève la tête une seconde. On se comprend, j'espère. Car les romans de Malika Ferdjoukh produisent sur moi cet effet infaillible. Et j'adore ça. De toute façon, je me sens en territoire familier dans ses livres. Leur ambiance old school et fantaisiste renvoie aussi à des univers très marqués, comme les films hollywoodiens de l'âge d'or (années 40-50), ou des romans fantastiques un peu désuets (The Ghost and Mrs. Muir ♥) qui correspondent totalement à mes goûts. À partir de là, je nage dans le bonheur ! ☺
Une pure lecture d'ambiance, énigmatique et foisonnante, au charme éthéré, à la plume enchanteresse, aux références glissées en douce et au suspense parfaitement troussé. Un rendez-vous sous la lune et sur les toits de Paris... tellement excitant ! 

Flammarion Jeunesse / Octobre 2016 pour la présente édition

image de couverture : Studio Flammarion jeunesse

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20/10/16

Un coupable presque parfait, de Robin Stevens

Un coupable presque parfait

Repéré depuis des mois, ce roman détenait la promesse d'une lecture au charme pétillant et au contenu croustillant, puisqu'il est question d'une enquête criminelle au cœur d'un pensionnat anglais dans les années 30 ! Miam, miam. J'étais impatiente de passer à table ! ^-^
Deux amies, Daisy Wells et Hazel Wong, ont créé leur club de détectives mais n'ont jamais pu démontrer l'étendue de leurs compétences. Il faut dire qu'à Deepdean l'ambiance est plutôt paisible. Les pensionnaires vivent sous la coupe d'un règlement très strict et occupent leur temps entre les leçons, les études, les repas et le coucher selon une discipline rigoureuse. Aussi, les filles doivent ruser pour échapper à toute surveillance, soit pour comploter en douce des farces ou pour convoquer des assemblées spéciales et discuter de leurs enquêtes. 
Pour la première fois, les détectives Wells & Wong ont un vrai crime à résoudre. Hazel vient en effet de découvrir, sur le parquet du gymnase, le corps démantibulé de son professeur de biologie, Miss Bell, avant de mystérieusement disparaître. La jeune fille est choquée, mais perplexe, tandis que son amie Daisy est survoltée et prend aussitôt la direction des opérations : dresser la liste des suspects, pousser des interrogatoires à la ronde et démasquer le coupable.
Seulement, il y a un monde entre dévorer des romans policiers et se confronter à la réalité, nos demoiselles vont l'apprendre à leurs dépens et commettre quelques petites erreurs (manque d'impartialité dans leurs jugements). Résultat, nos enquêtrices se fâchent car elles ne partagent plus les mêmes opinions ni les mêmes vues sur leur travail. Cela s'embrouille gentiment pour mieux nous balader dans l'enceinte de cette école austère et à l'ambiance inquiétante.
Au passage, l'auteur revient sur la première rencontre entre Daisy et Hazel, que tout sépare, puisque l'une est fille de Lord et l'autre débarque de Chine, même leurs caractères sont diamétralement opposés, car si toutes deux sont intelligentes et réfléchies, Daisy est impulsive et Hazel plus discrète, mais les deux s'accordent pour équilibrer leur tandem. 
La lecture remplit ainsi son contrat à nous fournir une aventure pleine d'esprit et de suspense, dans un contexte délicieusement guindé mais où on ressent aussi le poids des traditions et de la discipline intransigeante. Un deuxième tome est déjà annoncé en fin de roman, et espérons que la série rencontrera du succès pour ne pas succomber à la malédiction des suites jamais traduites après le deuxième tome (cf. Les incorrigibles enfants de la famille Ashton de Maryrose Wood, Avant minuit de Christopher Edge ou Les affreusement sombres histoires de Sinistreville de Christopher William Hill entre autres). 

Traduit par Faustina Fiore pour les éditions Flammarion Jeunesse / Août 2016

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19/10/16

Cité 19 : Ville noire, de Stéphane Michaka

Cité Ville noire

À la bonne heure ! Une lecture qui promet des voyages dans le temps avant de vous réserver la surprise du chef... youplaboum, ce bouquin est fait pour vous, amateurs de romans étonnants et captivants ! Pour ma part, j'ai été grandement et agréablement surprise, totalement embarquée dans cette aventure et je ne regrette vraiment pas cette incursion dans un univers pour le moins original.
Voyez donc. 
Suite à la tragique disparition de son père, Faustine n'est pas convaincue par l'enquête en cours et se heurte à l'inspecteur peu commode, qui ne lui inspire aucune confiance. Contrainte de fuir, la jeune fille disparaît sans avoir le temps d'avertir ses amis Vikram et Morgane. En fait, Faustine vient de basculer dans une autre dimension - celle d'un Paris sous le Second Empire. Les travaux du Baron Haussmann créent des secousses dans la capitale, de même qu'un tueur barbare essaime ses victimes dans les quartiers populaires en faisant les choux gras de la presse. 
Faustine, qui a grandi dans un musée en cultivant une fascination pour le XIXe siècle, tire rapidement profit de la situation et ne se laisse nullement désarçonnée par ce bond dans le temps. Au contraire, elle s'y sent à son aise et ne manque pas de ressources pour trouver un logement, puis un job de journaliste. Faustine se voit confier la mission de débusquer le tueur en série, de damer le pion au commissaire Gontran et de pondre des articles tous plus sensationnels les uns que les autres, mais ce petit jeu de détective l'entraîne aussi à prendre des risques inconsidérés (rencontres louches dans des quartiers mal famés ou intronisation burlesque dans la haute société aux mœurs excentriques). Pour bien faire, Faustine est chapeautée par le sémillant Victor Echouart dans ce dédale poisseux et inquiétant.
Mais clairement la plongée historique est fabuleuse ! On ressent pleinement les sensations d'un Paris hors du temps dans sa reproduction fidèle et authentique. On se pourlèche des détails et de l'intrigue, ressassant au passage une autre série chère à mon cœur (Blanche de Hervé Jubert). Un franc succès. 
Et puis voilà que tout bascule à mi-parcours... sans crier gare, sans signe avant-coureur et sans ménagement. En gros, c'est extra. Le chamboule-tout inconcevable, mais qui nous remet aussi sur  les rails car il faut tout recommencer à zéro. Une perspective ô combien excitante !
Bref. Ce bouquin propose de l'action, du suspense et des rebondissements inattendus qui rendent la lecture tout bonnement passionnante. J'ai tourné les pages avec insatiabilité
 et impatience, étourdie par le flot de révélations, la ronde des personnages et les nombreuses répercussions qui en découlent. Heureusement que la suite (Zone blanche) est déjà disponible ! ^-^

Pour obtenir un aperçu virevoltant de cette série, n'hésitez pas à écouter le feuilleton radio commandé par France Culture en un clic ICI

PKJ. / Octobre 2015 @Couverture : Laurent Besson

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14/10/16

La Sorcière de la cité, de Karine Bride

«Leïla, sorcière berbère, nourrie exclusivement au couscous, en passe de se transformer en paquet de semoule, spécialisée dans le désenvoûtement et le retour d'affection, cherche prince charmant pour lui dire qu'elle est belle, lui faire un bon café et lui laver ses jeans. Chômeur accepté, mais travailleur à mi-temps non exclu - les autres si pas trop cultivés, car je suis allergique aux désherbants. »

La sorcière de la citéOh qu'il était bien, ce petit roman ! Avec sa jolie couverture illustrée par Joëlle Jolivet, il se propose de nous embarquer dans une folle aventure où la sorcellerie côtoie la clairvoyance, la bonne fortune et les petites combines. C'est tout mignon, simple et craquant. Voyez donc.
Vivant dans un quartier défavorisé, au cœur d'une cité qui la désespère, mais envers laquelle elle reste très attachée, Leïla bénéficie d'une réputation de bonne copine, prompte à résoudre les petits bobos de ses voisins, contre un bol de couscous ou une pizza gratuite en guise de rémunération. Sa bonté la perdra, lui serine sa mère qui fait fortune à Paris-Barbès auprès d'une clientèle aisée.
Cette dernière cherche également à la caser pour assurer une descendance, car être sorcière-cartomancienne, c'est un don qui se transmet de mère en fille. Leïla rêve d'amour, mais refuse que sa propre mère s'immisce dans sa vie privée. Elle vient d'ailleurs de passer une petite annonce dans le journal et a déjà reçu pas moins de quarante-sept réponses, dont celle d'un châtelain esseulé, sensible à son humour et prompt à lui ouvrir son cœur.
Dans le même temps, la vie dans la cité est en plein émoi : le jeune Mourad, huit ans, a disparu. Sa mère est effondrée, son grand frère a mis Leïla au défi d'activer son folklore de sorcière pour retrouver l'enfant au plus vite. Notre héroïne affûte aussitôt ses armes. Du bon sens, du bon sens et encore du bon sens. “Les gens en sont tellement dépourvus que c'en devient magique, le bon sens.”
Qu'elle est drôle, cette Leïla ! Elle tourne souvent en dérision sa vie faite de petites misères et son désert affectif, non sans une pointe de mélancolie. “Les sorcières n'ont pas droit aux sentiments. Et moi, j'ai appris à me retenir d'éprouver quoi que ce soit en toute circonstance.” Toujours sur la défense, donc. Aussi, notre Leïla n'ose pas s'émouvoir de l'intervention providentielle d'un bon samaritain au volant de sa Saab qui va conduire la jolie sorcière et le frère rasta aux trousses du fugueur. La course s'annonce mouvementée, rocambolesque et déjantée. Yes. ^-^
J'ai beaucoup, beaucoup aimé. Les jeunes lecteurs ont tout intérêt à se retrouver dans cette histoire d'une sorcière de vingt ans qui cherche l'amour et qui rêve également de changer le monde. Pour ma part, ce roman a été un franc coup de cœur. Il est court, trop court, mais riche d'une histoire merveilleuse, tendre et farfelue. On s'amuse énormément, on craque pour les personnages, on monte à bord d'une aventure magique. C'est simple et ça virevolte à chaque coin de page, c'est débordant d'optimisme et ça procure un bien fou. Une lecture parfaite ! ♥
 

Seuil Jeunesse, Septembre 2016

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06/10/16

Sacha Yolka,Tome 1 : Le labyrinthe d'Ormonde, de Régine Joséphine

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L'histoire de la série de Régine Joséphine est à elle seule une aventure exceptionnelle : préalablement éditée chez Gecko en 2008, elle n'avait pu produire son point final en raison de la cessation d'activité de la maison, laissant des lecteurs éplorés de ne pas connaître la suite de leur saga préférée. En 2015, c'est au tour des éditions Balivernes de relancer ce beau projet en compactant les deux premiers épisodes en un gros bouquin de 390 pages - dont la couverture illustrée par Pascal Casolari file un peu la trouille - et avec la promesse de publier le dénouement inédit courant 2016 ! Youpi. 
Car cette lecture est à couper le souffle. Absolument stupéfiante, dès les premières pages lues. Prompte à nous embarquer dans un univers fabuleusement génial. N'ayons pas peur des qualificatifs ni des adverbes. ^-^

Sacha Yolka est une lycéenne farouche et bohème, qui vit seule avec sa grand-mère dans une roulotte. Son look négligé et sa morgue sont loin de la rendre populaire, mais la jeune fille s'en moque royalement. Depuis quelques temps, pourtant, un détail la chiffonne : la vieille Meïré n'a plus donné signe de vie. Coutumière des agissements excentriques de son aïeule, Sacha entend mettre sa disparition sur le compte d'une nouvelle lubie passagère mais ressasse avec amertume les secrets de celle-ci durant un trajet en bus. Et soudain, l'accident. La chute dans le fleuve. Sacha vole au secours du chauffeur et s'extirpe in extremis du véhicule. Tout ça par la faute d'une bulle de lumière et du visage d'un garçon surgis de nulle part.
Après quoi, sa vie soudain bascule dans un univers teinté de magie et de musique qu'on appelle l'Elurzen. Elle y fait la rencontre de Lexter le S'Ombre et de Gabriel le Luzien, l'un est terne et envieux, l'autre a une voix d'ange et un physique de chevalier servant. Ces deux-là se détestent et ne s'en cachent pas. Lexter jalouse la fameuse Luze qui donne à Gabriel ses pouvoirs et son statut de privilégié, alors que lui croupit dans des cavernes et subit la loi du plus fort. Mais le Luzien se montre particulièrement dédaigneux et refuse d'accorder sa confiance à Lexter, qu'il soupçonne être un voleur de luze. 
Au milieu, Sacha n'est pas en reste, puisqu'elle se découvre un destin de “Veilleur”, hérité de sa grand-mère, qui a failli à sa mission et entraîné le déséquilibre des quatre piliers du labyrinthe d'Ormonde. Depuis, le chaos est en marche et les peuples sont en danger.

Pfiou, cette lecture est une véritable tornade ! Action, rebondissements et suspense se bousculent à toute pompe, ne nous laissant aucun instant de répit, pour une sensation franchement exaltante. J'ai tout de suite accroché et j'ai adoré me plonger dans ce monde inconnu, mais fourmillant de détails et riche d'un imaginaire peaufiné. La découverte va de pair avec une aventure fantastique auprès de jeunes compagnons de route pour le moins impétueux. Que ce soit Sacha, Lexter ou Gabriel, tous trois possèdent un tempérament colérique et fougueux, qui déborde fréquemment du cadre et les amène à faire des choix souvent contestables. Rien n'est lisse, rien n'est acquis. Et les retournements de situation ne manquent pas. De plus, c'est extrêmement drôle, d'un humour fin et sarcastique, qui colle au mieux à nos intrigants. Les répliques font mouche, les filles affirment leur caractère et ne s'en laissent pas conter. Les rapports entre les deux sexes révèlent une véritable équité, on se chamaille, on se tape dessus, on s'entraide, on a des papillons dans le ventre, et pourtant l'aventure prédomine, sans perte de temps inutile. J'ai beaucoup apprécié cette avalanche d'émotions et les péripéties en nombre qui font de cette lecture un rapt saisissant et pleinement consenti ! Comme promis, le tome qui clôt la série, soit « Les héritiers d’Ormonde », va bien paraître début 2017. Et j'en suis fort aise. ☺ 

Balivernes éditions, novembre 2015 - illus. de couverture : Pascal Casolari

 

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26/09/16

Le Ciel nous appartient, de Katherine Rundell

Bénéficiant d'une reprise en format poche, ce roman est une petite pépite littéraire à découvrir sans hésiter !

Le ciel nous appartient

Sophie a survécu au naufrage d'un paquebot, après avoir été découverte dans un étui à violoncelle flottant au beau milieu de la Manche. Charles Maxim, un doux rêveur, a pris l'enfant sous son aile, lui promettant une existence harmonieuse et libre de toute contrainte. Ce ne sera pas du goût des services sociaux, qui vont établir que la demoiselle, à l'âge de 12 ans, ne peut plus partager le même toit qu'un célibataire du sexe opposé.

Charles et Sophie plient bagage pour la France où ils espèrent retrouver la trace de la mère de la jeune fille. Depuis toujours, elle est convaincue que celle-ci existe et l'attend quelque part. Charles n'a jamais prétendu le contraire, sans totalement l'encourager dans ses fantasmes. Après tout, « you should never ignore a possible » ! La suite de l'aventure est tout aussi stupéfiante, fantasque et exubérante.

Car cette lecture fait du pied à votre âme d'enfant, elle lui redonne du souffle et un formidable élan qui vous fait gravir des sommets (ceux des toits de Paris !). L'ambiance est magique, pleine de tendresse, de poésie, de fougue et d'espoir. Sophie et Charles sont deux personnages enchanteurs, elle amoureuse des livres et maladroite, lui “parlant anglais aux personnes, français aux chats et latin aux oiseaux”. Quel beau duo !

Leur cavale, menée sous le signe de l'espoir, ponctuée de jolies rencontres (Matteo et sa bande de danseurs du ciel), offre un plaisir rare d'évasion et de fraîcheur. À déguster avec un sourire béat aux lèvres. 

Traduit par Emmanuelle Ghez - Illus. de couverture : Antigone Konstantinidou

Folio Junior N°1767  - Septembre 2016

20/09/16

En attendant Bojangles, d'Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles

Quelle lecture épatante !

Largement plébiscité par les libraires et les lecteurs, récompensé par de nombreux prix, ce roman n'usurpe pas l'excellente appréciation qui le précède et se révèle cet incroyable petit bijou de littérature qui donne du baume au cœur et des larmes aux yeux. Oui c'est tellement beau, à lire ou à écouter. Car n'hésitez pas à vous plonger dans la version audio (Gallimard, coll. Ecoutez Lire) qui s'accompagne d'une réalisation sonore impeccable, en incluant des extraits de la chanson de Nina Simone, Mr. Bojangles, auquel le titre fait référence. L'ensemble fait bon ménage. L'histoire est lue par le comédien Louis Arene de la Comédie Française, qui sert avec délice cette histoire d'amour fou en alternant l'innocence de l'enfant et la dévotion du mari au service d'une femme complètement toquée, mais qui n'en conserve pas moins toute sa superbe ! 

C'est donc l'histoire d'une rencontre entre un homme à l'imagination débordante et une femme fantasque qui vont allier leur grain de folie, se marier, fonder une famille et vivre de soirées pétillantes, à boire, à danser, à discuter avec la crème intellectuelle. L'homme et la femme forment un couple magique, intouchable. Leur fils souvent les observe avec émerveillement et tendresse. Lui aussi revendique sa part d'élucubrations loufoques que sa maîtresse réprimande, mais l'enfant est couvert par les excentricités de sa mère, qui préfère l'enlever du carcan de la société pour l'emmener dans ses délires, ses rêves et ses voyages. La réalité, hélas, rattrapera notre trio audacieux et s'invitera à la fête de manière brusque, intolérable et poignante. Clap de fin sur la valse étourdissante, retour au concret avec toujours la petite musique en toile de fond. Qui a dit que l'aventure était terminée ? Car Bojangles est éternel, et cette histoire nous le prouve. C'est triste et drôle, tragique et étincelant, dans un style inventif et poétique, qui saura vous éblouir, vous toucher et vous emporter au-delà de toute raison. Une lecture fantaisiste, mais si vraie, si sensible et sensuelle... ♥

Texte lu par Louis Arene pour les éditions Gallimard, coll. Ecoutez Lire (durée 4h 30) - Septembre 2016

Titre disponible aux éditions Finitude, qui ont eu du flair en dénichant cette pépite ☺

« Depuis notre pétaradante rencontre, elle faisait toujours mine d'ignorer la réalité d'une façon charmante. Du moins, je faisais mine de croire qu'elle le faisait exprès, car c'était chez elle si naturel. [...]
Son comportement extravagant avait rempli toute ma vie, il était venu se nicher dans chaque recoin, il occupait tout le cadran de l'horloge, y dévorant chaque instant. Cette folie, je l'avais accueillie les bras ouverts, puis je les avais refermés pour la serrer fort et m'en imprégner, mais je craignais qu'une telle folie douce ne soit pas éternelle. Pour elle, le réel n'existait pas. J'avais rencontré une Don Quichotte en jupe et en bottes, qui, chaque matin, les yeux à peine ouverts et encore gonflés, sautait sur son canasson, frénétiquement lui tapait les flancs, pour partir au galop à l'assaut de ses lointains moulins quotidiens. Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel. »

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  • GRAND PRIX RTL-LIRE 2016
  • PRIX DE L'ACADÉMIE DE BRETAGNE 2016
  • PRIX EMMANUEL-ROBLÈS 2016
  • PRIX ROMAN FRANCE TÉLÉVISIONS 2016
  • ROMAN DES ÉTUDIANTS FRANCE CULTURE - TÉLÉRAMA 2016

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