25/02/17

Captifs, de Kevin Brooks

captifsLecteurs claustrophobes, passez votre chemin ! Ce roman, hautement perturbant, a le sombre dessein de vous entraîner dans une lente, lente descente en enfer.
Coincés dans un bunker souterrain, six individus croupissent dans un confort spartiate et à la merci d'un tortionnaire invisible. Les uns après les autres, ils ont été piégés, drogués, kidnappés pour être finalement conduits, via un ascenseur, dans cet espace criblé de caméras. Leur vie ne leur appartient plus. Linus, un adolescent de seize ans, livre dans son carnet leur calvaire. Les jours passent, les questions se bousculent, la folie guette, le désespoir monte en flèche. Autour d'eux, ce sont six chambres séparées, une salle de bains, une cuisine, une table avec des chaises pour tenir leurs conciliabules et une bible pour tuer le temps. Ils n'ont rien en commun, Jenny est une fillette de neuf ans, Anja une trentenaire un peu folle, Fred un toxico en manque, William Bird est rustre et violent, Russell Lansing un vieil homme malade. Ils sont terrés comme des rats, confrontés à eux-mêmes. Viennent les doutes, les tentations, les psychoses délirantes, les désillusions et les prises de conscience tardives. Sont-ils fichus ? Qui leur inflige ce supplice ? Pourquoi ? Ce sont autant d'interrogations qu'on se pose, tout en tournant les pages du bouquin. Le mieux à dire, c'est que la lecture est flippante et démoralisante. La violence ronge les parois de leur prison, la détresse suinte par les quelques failles du système, on se sent voyeur impuissant et témoin halluciné de cette exécution programmée. C'est l'histoire d'une lente agonie, d'une révolte, d'une condamnation sans explication, sans règle, sans torture. C'est l'histoire d'une tension psychologique implacable. Où le poids des mots est immense, l'attente insupportable et écrasante. J'étais complètement abrutie, à la fin. 

10x18 - Février 2017

Traduit par Marie Hermet pour Super 8 Éditions [The Bunker Diary]

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24/02/17

Une sale affaire, de Marco Vichi

une sale affaireCette deuxième enquête du commissaire Bordelli va s'annoncer particulièrement houleuse et douloureuse. La verte campagne florentine est en effet souillée par la découverte de cadavres de fillettes de huit ans. Face aux mères effrondées, Bordelli promet d'arrêter ce dangereux maniaque mais se heurte à une enquête sans piste sans indice. La police piétine, la colère monte, la frustration gagne du terrain. Notre commissaire ronge son frein et ne cache pas son impuissance auprès de son amie Rosa, une ancienne prostituée qui a le cœur sur la main mais qui veille sur lui comme une mama possessive et jalouse. Lorsque Bordelli croise le chemin d'une jeune femme en mission secrète, les sens de notre enquêteur sont également tourneboulés. De nouvelles révélations entrent en collision, l'affaire des meurtres d'enfants prend un tour inattendu et notre histoire s'enrichit d'un contexte lourd, poignant et éternellement traumatisant. Nous sommes en 1964 et les souvenirs de la guerre sont encore vivaces. Bordelli lui-même ne trouve plus le sommeil à force de ressasser son passé. Cela donne à la lecture un goût saumâtre et une tonalité pleine d'amertume. C'est assez saisissant, mais heureusement la brochette des personnages est pittoresque et attachante - outre le commissaire, son amie Rosa, on compte aussi le jeune policier Piras, venu de Sardaigne pour apprendre le métier et se familiariser aux coutumes locales avec le même dévouement, sans oublier le médecin légiste Diotivede, seul capable de déjeuner sur son lieu de travail, ainsi que Toto, le cuisinier de la trattoria qui propose toujours des recettes “à son goût” ! Cet univers récurrent fait oublier la sensation de désarroi imposée par l'intrigue criminelle. Certes, l'enquête suit son cours sur un rythme nonchalant, elle avance à petits pas et ne verse jamais dans un tumulte inopiné. La lecture laisse cependant dans son sillage une note d'ironie douce-amère et un humour grinçant (Bordelli est un flic usé, au volant de sa Coccinelle, il parcourt la ville de Florence en quête d'un grand peut-être). C'est tout à la fois dépaysant, subtil et bouleversant. J'avais découvert, l'été dernier, Le commissaire Bordelli et j'avais été particulièrement séduite par cette approche. Toutefois ce deuxième épisode est plus dur, plus lent, plus dramatique. La série amorce un virage délicat. À voir si les prochains tomes seront traduits en VF (la série originale compte six titres). 

10 X 18 - Domaine Policier - Janvier 2017

Traduit de l'italien par Nathalie Bauer [Una brutta faccenda]

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05/10/16

L'Inconnu du pont Notre-Dame, de Jean-François Parot

L'inconnu du pont Notre-Dame

1786. Alors que le royaume s'agite autour du procès de l'affaire du collier, Nicolas Le Floch est envoyé en tant qu'émissaire à Rome pour rencontrer le pape Pie VI, puis rentre à Paris pour être aussitôt convoqué auprès de son ancien chef, Le Noir, désormais directeur de la Bibliothèque du roi. Celui-ci s'inquiète de la récente disparition de son conservateur au cabinet des médailles, le dénommé Halluin, pourtant un employé discret et zélé, mais autour duquel flotte aussi un vent de mystère. En fouillant son logement, Le Floch remarque, au vu des artifices trouvés dans son armoire, que les mœurs de l'homme seraient pour le moins particulières, mais qu'il détenait chez lui des contrefaçons de médailles tirées de la collection royale. Une enquête s'impose !
Paris, à la même heure, est en plein tohu-bohu autour du quartier du pont Notre-Dame. Les maisons sont rasées, le cimetière des Innocents déplacé. C'est une vraie pétaudière et la population s'agace. Forcément, au milieu du chantier, surgit le corps défiguré d'un homme. Et des conclusions s'imposent - serait-ce donc là l'insaisissable Halluin ? 
Notre commissaire aux affaires extraordinaires au Châtelet est bien en peine. Une autre affaire vient également le chatouiller sur le plan personnel. Lors d'une réception donnée par l'a
mbassadeur anglais, de passage à Paris, Nicolas rencontre son vieil ennemi, Lord Aschbury, ainsi que Lord Charwel et sa charmante épouse, la délicieuse Antoinette, qui n'est autre que son ancienne maîtresse et la mère de son fils Louis de Ranreuil. Cette dernière, espionne à la solde du roi Louis XVI, est infiltrée chez l'ennemi et doit demeurer aussi lisse et inexpressive que du marbre. Seulement Sartine s'en mêle et mande le jeune Ranreuil de servir de garde rapprochée à la lady, durant son séjour parisien. Bonjour la petite réunion familiale au sommet ! ^-^
Mais la politique reprend ses droits, et la menace gronde. La vie du roi est effectivement en danger, alors qu'il parcourt la campagne normande et se délecte de la liesse populaire, un complot digne d'un roman de Dumas voit le jour. Notre vaillant Nicolas va alors se jeter à corps perdu pour déjouer les plans machiavéliques des espions anglais. 

C'est un tome foncièrement palpitant, qui renoue avec les grands classiques aux intrigues enflammées, avec des figures aussi aimables et sympathiques que notre commissaire, son subordonné et ami, l'inspecteur Bourdeau, sans oublier le vieux Noblecourt, dont la santé est de plus en plus fragile, Catherine, la cuisinière alsacienne et la belle Aimée d'Arranet, qui boude dans son coin. C'est tout un univers familier qu'on retrouve avec grand plaisir. La lecture est également élégante, habile et instructive à brasser de judicieuses références historiques à une trame romanesque riche et enlevée. L'auteur lève le voile sur les origines de Le Floch, dresse aussi un portrait bienveillant de Louis XVI, un roi économe et précautionneux, qui détestait les jeux d'argent, et plante un Paris au bord de l'implosion avec les fumets de la révolution à l'horizon. D'ailleurs, on se régale toujours autant autour de la table de JF Parot ! Les descriptions abondent, les plats redoublent d'exotisme ou encensent le terroir, c'est goûteux et ça vous met l'eau à la bouche... Bref. Cette série est incontestablement savoureuse au sens propre et au sens large du terme. À découvrir sans attendre. 

10x18 Grands Détectives / Octobre 2016

Texte lu par François d'Aubigny (durée : 10h 51) pour Audiolib - Février 2016

L'Inconnu du pont Notre-Dame

04/10/16

La Blonde aux yeux noirs, de Benjamin Black

La Blonde aux yeux noirsLe mythe Marlowe reprend vie sous la plume de Benjamin Black (alias John Banville, Booker Prize 2005 pour La Mer) qui goupille une enquête inédite dans laquelle ce cher Philip M. déploie son talent et sa gouaille pour conquérir son public orphelin. Le pari était osé, mais le défi pleinement assumé. Et j'ai personnellement apprécié ce revival du roman noir hardboiled.
Tout commence un mardi, “un de ces après-midi d'été où on se demande si la terre n'a pas cessé de tourner”. Notre détective désabusé reçoit la visite d'une blonde fatale qui l'engage pour retrouver, en toute discrétion, un certain Nico Peterson, son amant officiellement disparu dans un accident de voiture deux mois plus tôt. Or, elle est certaine de l'avoir croisé bien vivant en train de marcher dans la rue et entend refiler la patate chaude à Marlowe. Celui-ci accepte parce que la cliente est belle et distinguée - Clare Cavendish appartient à une riche famille de Californie, l'argent n'étant pas une finalité pour notre ami, celui-ci est davantage captivé par les “atouts” de la blonde aux yeux noirs. 
Car Marlowe ronchonne dans sa barbe. L'affaire paraît déjà fumeuse et ne va pas manquer de le plonger dans des arcanes improbables mêlant club privé, mauvaises combines à deux balles, trafics de drogue, usurpation d'identité, mensonges et autres félonies. Cela sent la duperie à plein nez, et Marlowe va mordre la poussière.
Cette enquête éreintante applique cependant toutes les lignes du cahier des charges - la clope, la gnôle et les torgnoles - dans une ambiance clairement saturée d'amertume et de macchabées. Mais les répliques sont mordantes à souhait, l'humour est dégainé à tire-larigot et la stylistique ciselée à la mode des années 50. Un bouquin qui nous sort un “oh pétard” en guise de protestation, moi je dis banco.

Traduit par Michèle Albaret-Maatsch (The Black-Eyed Blonde) pour les éditions Robert Laffont

Repris chez 10/18 - Février 2016

28/09/16

Highland Fling, de Nancy Mitford

highland flingQue d'ironie dans cette comédie anglaise, qui nous fait croiser un tas de personnalités sottes et caricaturales à un point ! ... C'est délectable, j'avoue.
Albert Gates est un jeune artiste incompris, après deux années d'exil à Paris, il rentre à Londres auprès de ses amis Walter et Sally Monteath. Ces deux-là vivent d'amour et d'eau fraîche. Lui est poète, elle est pimpante, mais leur rente commune ne suffit pas à subvenir aux besoins de leur train de vie dispendieux. Aussi, lorsque sa tante Madge l'informe être dans l'incapacité de recevoir ses hôtes pour leur traditionnelle partie de chasse à la campagne, dans leur château écossais, Sally se fait une joie de la remplacer au pied levé. Leur amie Jane Dacre, une jeune célibataire un peu fleur bleue, fille d’aristocrates, se joint à la compagnie. Et la farce peut commencer. Albert et Jane vont rapidement scandaliser ces vieux Lords et leurs épouses aux manières compassées par leurs propos indécents ou leur absence de convenances (cf. le pique-nique gloutonné dans le dos des convives avant de prétendre l'avoir égaré en conduisant, les critiques sur les militaires et leurs excentricités à conter fleurette). Tant de désordre offusque notre assemblée conformiste et c'est tout l'art de Nancy Mitford de tailler des dialogues piquants et savoureux qui rendent les échanges fabuleusement cocasses !
Paru en Angleterre en 1931, Highland Fling est en fait le premier roman de l'auteur. Et celui-ci révèle déjà son penchant pour épingler ses contemporains en usant d'un humour mordant qui pique sournoisement cette bonne soirée bourgeoise de l'entre-deux-guerres, à la fois celle soucieuse des traditions, mais aussi celle frivole et inconséquente. On découvre là une représentation tendre, drôle et cruelle du faste et des frasques de ses pairs oisifs et capricieux dans un roman certes perfectible, et néanmoins délicieux. 

Traduit de l’anglais par Charlotte Motley pour Christian Bourgois Editeur

Repris chez 10/18 - Août 2016

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26/09/16

Liaisons secrètes, de Patricia Wentworth

LIAISONS SECRÈTESQuel bonheur de retrouver ma bonne vieille copine Patricia Wentworth ! Je suis, à tous les coups, assurée de passer un bon moment de lecture : simple, dépaysant, vintage, captivant. J'adore.
Cette édition ne déroge pas à la règle et nous raconte l'histoire de Shirley Dale, une jeune femme sans le sou mais pleine de ressources. Installée à Londres, dans une petite chambre qu'elle loue à Mrs Camber, elle occupe également l'emploi de dame de compagnie chez Mrs. Huddleston, laquelle passe son temps à radoter, à se plaindre, à piquer du nez dans son fauteuil couvert de chintz, calée près du feu. Pourtant, un malheur va frapper cette rombière à qui l'on vient de voler une broche en diamants et une parure d'émeraudes. Tous les soupçons se portent sur Shirley, obligée de fuir sans demander son reste. Et la voilà qui débarque en pleine campagne, où ses ennuis ne sont pas finis pour autant !
Quelle incroyable rouerie que ce scénario ingénieux et aux rebondissements multiples. J'ai été franchement épatée par ce roman à suspense qui déploie ses ailes avec grâce et sans friser le ridicule. Tout est finement troussé, chaque pièce glissée sur l'échiquier dans un but précis. Patricia Wentworth a anticipé chaque sursaut et a piégé son lecteur dans cette course-poursuite effrénée. L'héroïne est à la fois attachante et écervelée, coincée dans une situation embarrassante, à propos de laquelle le lecteur n'est pas dupe, complice du crime en puissance.
Ce n'est pas non plus le défilé de la fanfare pour conduire au coup de théâtre final, toutefois cette lecture sait nous régaler de bonnes petites séquences d'une intensité dramatique palpitante ! J'ai été enchantée, complètement emportée dès les premières pages, plongée dans une autre époque, à croiser des personnages hauts en couleur (Jasper Wrenn ou Miss Maltby). Et reconnaissons que certaines péripéties sont stupéfiantes et inattendues. Bref. Du très bon dans le genre cozy mystery.

Traduit par Pascale Haas pour les Editions 10/18  (Juillet 2016)

Titre original : Hole and Corner 

01/09/16

Le Commissaire Bordelli, de Marco Vichi

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Encore une découverte italienne avec ce roman de Marco Vichi dont la jolie couverture colorée annonce une rencontre attrayante et pleine de charme ! L'histoire nous plonge en plein été 1963 dans la ville de Florence. Le commissaire Bordelli se rend dans une somptueuse villa où une vieille dame est morte, étouffée par une violente crise d'asthme. Le policier émet cependant quelques réserves et obtient de l'autopsie la preuve d'un meurtre commis dans les règles de l'art. Il ne faudrait cependant pas s'attendre à une enquête fracassante, car notre commissaire est du genre débonnaire et mélancolique, souvent plongé dans ses souvenirs, préférant s'imprégner du crime avant d'en découdre les ficelles. Reposante, décalée avec son époque, la lecture possède cette désuétude délicate et attachante, piochant sans faillir dans les combines du cozy mystery pour nous envelopper dans sa bulle. L'intrigue s'applique à rassembler les indices et les suspects, puis à décortiquer les motivations et les mobiles de tous. Il y a très peu d'action, mais on ne s'ennuie pas car on se laisse porter par le mouvement nonchalant et l'ambiance chaleureuse et dépaysante. Les personnages aussi nous réservent leur part de mystères et de douces excentricités - entre Diotivede, le médecin légiste ; Dante, l'inventeur fou et génial ; Botta, le cambrioleur converti en cuisinier ; Rodrigo, le cousin effrayé par l'amour et Rosa, la prostituée au grand cœur. Bordelli lui-même n'est pas loin d'être le produit hybride du couple Maigret / Adamsberg ! Solitaire et désabusé, gourmand et bon vivant, notre homme file au volant de sa Coccinelle en ne laissant rien paraître de ses tourments personnels. La suite de ses aventures promet donc un rayonnement de bonheur littéraire à picorer pour son bon plaisir. 

Traduit de l'italien par Nathalie Bauer (Il commissario Bordelli) pour les éditions Philippe Rey

Repris en poche chez 10x18 / Mars 2016

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31/08/16

La Méthode du crocodile & La Collectionneuse de boules à neige, de Maurizio De Giovanni

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Cette série policière à la sauce napolitaine figure parmi mes découvertes de l'été ! J'ai ainsi enchaîné avec beaucoup d'enthousiasme les deux premiers tomes, le troisième - disponible chez Fleuve Éditions - est en cours de lecture.

Giuseppe Lojacono est un homme fini. Inspecteur de police suspecté de magouilles mafieuses, l'homme a perdu son poste, son rang social et sa famille. Sa femme n'a pas supporté l'humiliation publique et a demandé le divorce, le privant aussi de son droit de garde en lui refusant tout contact avec sa fille. Lojacono a pourtant clamé son innocence, mais a été broyé par une machine infernale. Il vit depuis dans une petite ville napolitaine, coincé dans un bureau des plaintes, et passe son temps à jouer sur l'ordinateur. Un soir de garde, seul au commissariat, il reçoit un coup de fil signalant le meurtre d'un adolescent, abattu devant chez lui. Malgré l'interdiction, il se rend aussitôt sur les lieux et a le temps de noter deux, trois indices importants, dont des mouchoirs en papier trempés de larmes. Laura Piras, le substitut du procureur, est impressionnée par l'individu et réclame sa présence pour diriger l'enquête. 

Celle-ci révèlera une histoire poignante et dégoulinante de désespoir. Sans connaître son identité, on suit le tueur traquant ses victimes, patientant des heures durant et versant inévitablement des larmes de crocodile, d'où son pseudonyme. La lecture dévoile ainsi une personnalité troublante et attachante d'un criminel en quête de vengeance qu'il aura élaborée de longue haleine. L'atmosphère qui règne dans ce livre est donc pesante, mais son format court et son découpage bien ficelé rendent la lecture captivante. Impossible à lâcher.

Dans La Collectionneuse de boules à neige, l'inspecteur Lojacono obtient une promotion inespérée en intégrant la nouvelle équipe du commissariat Pizzofalcone, pourtant entaché par un scandale de corruption. Il rejoint ainsi une brochette d'outsiders, tous recrutés par le commissaire Gigi Palma, qui mise sur ces flics fêlés et meurtris pour réhabiliter le bureau menacé de fermeture. Entre rapidement en scène une affaire de meurtre, l'épouse d'un notable a été découverte assassinée dans son salon, le crâne fracassé par une boule à neige. Pour l'occasion, Lojacono retrouve la belle Laura Piras, qui en pince secrètement pour lui, mais n'oublie pas non plus ses rendez-vous quotidiens à la trattoria de Letizia, elle aussi entichée de notre policier au charme ténébreux. C'est en compagnie du jeune Marco Aragona qu'il va mener son enquête, passant au crible la vie du couple.  

L'intrigue criminelle est du genre ordinaire, mais laisse longtemps planer le doute quant à son dénouement. Il reste à la lecture une mise en place pertinente de ses nouveaux personnages, outre l'inspecteur Lojacono, le casting s'enrichit de personnalités insolites, calfeutrées dans ses secrets et ses non-dits, qui ouvrent ainsi le champ des possibles en promettant de nombreuses ramifications à la série. C'est frais, c'est moderne, ça ne piétine pas des heures et ça se renouvelle sans cesse. La dimension humaine est également très présente, ce qui assure du drame, de la sensibilité, de la vie, de l'humour, mais aussi de l'évasion et simplement de la distraction. Une série convaincante !  

Traduit de l'italien par Jean-Luc Defromont pour Fleuve Editions

Repris chez 10x18 en juin 2014 & avril 2016

La Méthode du crocodile  La collectionneuse de boules à neige  Et l’obscurité fut

01/08/16

Tabou, de Casey Hill

TABOU

Brillante experte médico-légale, formée à Quantico, Reilly Steel a tout plaqué pour s'installer à Dublin avec son père, devenu une pauvre loque vautrée dans l'alcool. Un drame familial aurait brisé cet homme et fragilisé sa fille, qui se refuse pourtant de confier son secret auprès de ses nouveaux collègues de boulot.
Mais l'heure n'est plus aux épanchements personnels lorsqu'une série de meurtres sordides s'enchaînent dans les rues de la ville et viennent bouleverser les inspecteurs de police peu coutumiers du fait.
Reilly déploie une appréhension des scènes de crime avec une sensibilité toute particulière, qui prête d'abord à sourire avant de forcer l'admiration, car oui c'est une pointure dans son milieu. Reilly comprend vite et bien ce qui anime leur tueur en série, elle met le doigt dans l'engrenage et débusque une piste sérieuse pour épingler leur suspect. 

J'ai pris grand plaisir à me lancer dans cette lecture, limpide et agréable à parcourir, proposant quelques scènes choc dans les descriptions des meurtres, attelant efficacement les drames, les mystères et les révélations. Cela se lit tout seul.
Il n'y a pas de rouerie particulière, pas d'intrigue tarabiscotée (les références freudiennes sont accessibles et accessoires). Le dénouement également est facile, expédié abruptement et sans surprise, mais on ne lui en tient pas rigueur car l'ensemble n'en demeure pas moins correct. ;-)
Je suis davantage frustrée de découvrir que la suite n'est pas traduite, alors que tout est mis en place pour une lecture au long cours. La perspective de retrouver les personnages est donc à proscrire, alors que tout n'était pas encore écrit à leur sujet. Franchement dommage.  

10x18 Domaine Policier (mars 2015)

Traduit par Anath Riveline pour les éditions Les Escales

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28/07/16

Le Temps du loup, de Thomas Kanger

LE TEMPS DU LOUP

Elina Wiik est une brillante enquêtrice, promue commissaire à la brigade des homicides, où elle compte déjà un palmarès fort conséquent pour sa jeune carrière (deux grosses affaires médiatiques résolues de main de maître). Toutefois, sa réputation lui vaut aussi jalousie et coups bas au boulot, où on la traite de diva qui snoberait les affaires courantes.
Aussi, lorsque son ancien chef, cloué sur son lit d'hôpital, lui demande de jeter un œil sur une affaire vieille de vingt-cinq ans, et à trois semaines de sa prescription, elle relève le défi avec une vigueur caractéristique, se fâche avec sa hiérarchie en s'entêtant sur le sujet mais remue ciel et terre pour ressusciter les cadavres enfouis. 
Ce Cold Case concerne le meurtre d'une jeune femme, Ylva Malmberg, alors qu'elle vivait avec son bébé dans un chalet montagnard. Son corps a été découvert plusieurs mois après son assassinat, sans la moindre trace de l'enfant qui a disparu de la circulation. Obtenant un soutien inestimé de Stockholm, Elina pense avoir les coudées franches pour avancer dans son enquête.
Et celle-ci va étonnament prendre de l'ampleur, en guidant la jeune femme vers des pistes concrètes, pertinentes, jusque-là inexploitées ou ignorées des enquêteurs. Quelle aubaine. Elina Wiik fonce tête baissée et nous entraîne dans ses investigations aussi passionnantes que constructives et méthodiques. L'intrigue est surprenante, le style alerte et la construction limpide. On se régale.
L'histoire aussi nous intéresse au parcours d'une jeune paumée, Kari Solbakken, qui part avec son voisin sur les routes de Suède jusqu'aux îles Lofoten en Norvège où celle-ci aurait grandi chez ses parents adoptifs. Elle ne sait rien de son passé, rien de ses origines. Visiblement, elle en souffre (même son corps est affaibli, à force d'encaisser ses excès en tout genre). L'heure est venue de connaître toute la vérité et de rallumer une petite lueur d'espoir.
Manifestement les deux intrigues sont liées mais tout consiste à deviner comment, pourquoi, quand vont-elles entrer en collision. Les ficelles se tissent avec souplesse et entretiennent le suspense à juste dose.

Ce roman, déterré de ma pantagruélique bibliothèque, où il se prélassait depuis 2010, s'est avéré une très bonne pioche ! La lecture est entraînante, le cadre nordique aux petits oignons, les personnages nous sont familiers, proches de nous, et bien entendu l'histoire nous interpelle, par son approche authentique et poignante, elle colle au plus près des grands standards du roman policier. Basique, mais efficace. Dommage que cette série n'ait pas été davantage plébiscitée. Après Le Temps du loup, Les Disparus de Monte Angelo est le deuxième livre de la série “Elina Wiik” à être publié en France.

10x18 Domaine policier (mars 2010) 

Traduit du suédois par Terje Sinding (Söndagsmannen) pour les éditions Presses de la Cité

 

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