24/03/12

Un nuage de lait dans votre thé !

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Sarah Trent vient de décrocher un poste de demoiselle de compagnie auprès d'une jeune héritière, Lucilla Hildred, actuellement hébergée chez sa grand-tante dans sa maison de campagne, notamment dans le but de lui changer les idées. Car Lucilla a perdu ses parents, a été retirée de son école et broie du noir parce qu'elle est victime de son imagination. Serait-elle vraiment folle, pense Sarah, qui trouve l'adolescente joyeuse et impertinente, ou tenterait-on réellement de la tuer pour s'emparer de son héritage ?
Des fantômes par ci, des accidents douteux par là... la question ne se pose plus et la tension monte d'un cran. Heureusement son meilleur ami Bertrand vient lui prêter secours, de même qu'un certain John Brown, une vague connaissance de la famille Hildred, qui se prétend entomologiste ou quelque chose comme ça. Son cas pose problème aux yeux de Sarah : serait-il beau parleur ou noble sauveur ? Que cache cet homme séduisant, qui lui fait un peu tourner la tête, alors que Sarah s'est jurée de ne jamais tomber amoureuse de personne ?
Entre secrets de famille et soucis d'héritage, l'intrigue nous offre du déjà-vu parfaitement bien troussé. L'héroïne, Sarah Trent, est une jeune femme moderne et dynamique, elle porte les cheveux courts et a la peau bronzée, elle aime la vitesse et les voitures de course, elle est aussi très indépendante. Sa façon de débusquer les mystères de la Maison Rouge est teintée de prudence, d'instinct féminin et de flegme britannique. On se laisse aisément porter par le rythme de l'intrigue, se surprenant même à ressentir des pics de frisson alors que le climat devient plus tendu, surtout la nuit, dans la petite chambre bleue.
Chaque roman de Patricia Wentworth procure la sensation de renouer avec une vieille camarade, qu'on retrouve avec grand plaisir, et qui ne changera décidément jamais ! La lecture se veut classique, délicieusement surannée, un peu guindée... mais finalement indémodable ! On ne s'en lasse pas.

Cache-cache avec le diable, par Patricia Wentworth
2012, Coll. Grands Détectives chez 10/18  - traduction de Delphine Rivet


23/03/12

Comment la disparition d'une momie permet de résoudre l'assassinat d'un politicien...

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Encore un très bon tome des détectives de l'étrange, Andrew Singleton et James Trelawney, de sympathiques trublions, qui rechignent à couler des jours heureux dans leur appartement cossu de Montague Street. A la place, ils aiment débusquer des affaires qui sortent des sentiers battus, et ça leur va plutôt bien.
L'histoire se passe à Londres, alors que le couronnement de George VI se prépare. Une momie disparaît, puis réapparaît en tant que suspect numéro un dans une enquête criminelle, comment est-ce possible ? Singleton alerte aussitôt l'inspecteur Harold Staiton, déjà connu par les initiés.
Et là j'interromps les présentations, car franchement cette lecture invite à la découverte. Il faut peut-être un petit temps d'adaptation, au démarrage, avant de réaliser qu'il ne s'agit pas d'un roman policier comme un autre. Les personnages sont de grands amateurs d'histoires tordues et de théories alambiquées, ils ont l'esprit vif et ouvert à des idées peu répandues. C'est clairement leur marotte, ce qui les stimule et les excite.
A ses heures perdues, Singleton tente aussi de percer le secret qui entoure l'Ordre hermétique de l'Aube dorée, une confrérie à laquelle bon nombre d'écrivains auraient souscrit, mais sans en avouer le but précis. Forcément, ça le titille et il prend un plaisir fou à feuilleter les pages de ses livres, entre deux folles échappées avec son camarade Trelawnay. D'ailleurs, la fin du roman nous montrera une avancée considérable... et sidérante.
Il ne faut pas fermer son esprit à ce qui sort de l'ordinaire et flirte avec le fantastique ou l'étrange pour savourer ces aventures, sinon ce serait peine perdue. Toutefois, on sent la jubilation qu'a l'auteur, Fabrice Bourland, à rédiger ses histoires et à entraîner ses personnages dans des aventures singulières. Sincèrement, c'est communicatif, en plus d'être d'une pure élégance, rythmé, intelligent et entraînant.
Chaque nouveau livre est un rendez-vous, pour moi, incontournable !

Le Serpent de Feu, par Fabrice Bourland
2012, coll. Grands détectives chez 10-18  

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19/08/11

lectures de vacances #4

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Afin d'éviter tout nouveau scandale (l'affaire Dreyfus a laissé plus qu'un parfum d'amertume dans les airs), le président Fallières convoque son conseiller, Raoul Thibaut de Mézières, et lui donne pour mission d'enquêter discrètement sur la mort de Pierre Curie, survenue accidentellement alors qu'il traversait la chaussée. Des détails troublants n'ont pas été étudiés plus longuement, et aujourd'hui sa veuve, Marie, voit sa carrière sous le feu des projecteurs, ce qui dérange une certaine classe politique. Les rumeurs les plus folles courent à son sujet, le président n'attend rien d'autre de Raoul qu'il étouffe tout ceci dans l'oeuf. La découverte d'une relation amoureuse entre Marie Curie et son assistant commence à mettre le feu aux poudres, notre conseiller culturel et scientifique, pourtant totalement dévoué à la cause de la veuve éplorée, ne sait bientôt plus à quel saint se vouer. J'ai immédiatement savouré l'ambiance et l'intrigue au contexte passionnant, même si les considérations politiques et scientifiques empiètent aussi le terrain romanesque. La lecture reste une fantastique plongée dans la IIIème république et la Belle Epoque. Bien vite, les détails fictifs se mêlent habilement aux faits historiques, malgré une narration parfois lourde et confuse, victime d'une volonté de trop bien faire. Malgré tout, je vais jeter un oeil sur les deux autres romans de la même série, curieuse que je suis de savoir si Raoul va conclure avec la belle Florence...

La mort de Pierre Curie - Jacques Neirynck
2007, coll. Grands détectives chez 10-18 

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Direction le Palais de la Berbie à Albi où deux toiles de Toulouse-Lautrec ont été dérobées, au nez et à la barbe du concierge et du gardien, lequel n'a d'ailleurs pas repris son service depuis le larcin. Le conservateur voit son petit monde s'écrouler, lui qui s'excitait comme un môme d'accueillir prochainement une exposition Monet... Séraphin Cantarel, conservateur en chef, arrive de Paris pour apporter son coup de pouce, soutenir son collègue et seconder la police. Son assistant Théo Trélissac le rejoint sans se faire prier, et c'est de façon tout aussi nonchalante et agréable que se déroule l'enquête. Le cadre est chaleureux, plutôt dépaysant, c'est reposant et vraiment délectable. On se promène dans ce livre comme un coq en pâte, d'autant plus que les personnages arrosent copieusement leurs ripailles d'un succulent gaillac qui fait baver d'envie. Nous n'avons pas une intrigue policière de grande envergure, ce qui n'est pas bien grave, l'élégance faisant preuve de séduction, j'étais donc tout à fait à mon aise. Ceci dit, la couche de confiture a été généreusement étalée, ce qui a pu noyer les détails romanesques au profit d'une envie de partager la vie et les détails sur Toulouse-Lautrec, et là encore, le dosage est délicat et peut déconcerter. Enfin bref, ce fut une jolie approche, jolie balade, jolie lecture... pas inoubliable, mais idéale pour un rendez-vous d'été.

Toulouse-Lautrec en rit encore - Jean Pierre Alaux
2010, coll. Grands détectives chez 10-18 

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Bretagne, 1886. La famille Rosmadec prend ses quartiers d'été à la Josselière, la demeure bourgeoise où règne Madame Mère "avec une présence très Régence". Le corps d'une pauvre fille est retrouvé étranglé, dans le bateau de Gildas, l'ami d'enfance de Clémence. Celui-ci étant également l'amant de la victime, il est aussitôt accusé du crime. Notre chère héroïne ne l'entend pas de cette oreille et compte bien découvrir le véritable coupable. Nous sommes à Pont-Aven, la station est prisée par les peintres, dont Paul Gauguin, et Clémence, également férue de peinture, apprécie énormément cette compagnie. Ceci plante un peu le décor, car il faut reconnaître à cette lecture un air de chronique familiale en goguette. C'est très chic et bohème, l'ambiance est à la fête, on s'amuse, on reçoit, on boit, on pique-nique au bord de la mer, on se baigne en toute insouciance, on joue du verbe élégant et on étale sa culture... C'est tout à fait charmant, pas désagréable pour un sou, à recommander pendant les vacances d'été justement !

Eté meurtrier à Pont-Aven - Yves Josso
2007, coll. Grands détectives chez 10-18 

18/08/11

lectures de vacances #3

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Quel duo de choc et de charme ! Ingrid Diesel est américaine, amoureuse de Paris, elle exerce le métier de masseuse dans son petit appartement du Passage du désir et se transforme certains soirs en Gabriella Tiger, la Flamboyante, pour un numéro de strip-tease étourdissant de volupté. Lola Jost est une ancienne commissaire de police, qui apprécie le calme de sa retraite en compagnie d'un puzzle interminable ou autour d'une bonne table avec sa petite famille d'adoption.
Cela se passe comme ça, chez Dominique Sylvain. Un cocon rassurant et confortable, des personnalités adorables, excentriques sans friser le ridicule, une touche atypique, un amour des mots et de la langue française qui fait plaisir à lire... bref, j'ai savouré !
L'intrigue policière concerne la mort mystérieuse d'Alice, le sosie de Britney Spears. Papy Dynamite, le papa inconsolable, veut qu'on lui explique la cause du décès et supplie sa masseuse préférée de mener sa petite enquête.
Lola et elle vont alors se lancer vers une quête de la vérité qui va directement les envoyer dans des eaux troubles, elles l'ignoraient totalement alors qu'elles sympathisaient, bouche en coeur, avec l'ex de la morte, Diego le bel hidalgo. Mais, petit à petit, force a été de constater que le show-biz, la politique et la came sont les nerfs de la guerre, et que nos détectives vont vivre une partie de cache-cache dont elles se seraient bien passées !
Et moi, de tomber amoureuse du style de l'auteur, de ses personnages, Lola Jost et Ingrid Diesel en tête, mais aussi de toute la palette des électrons libres, j'ai aimé follement ce petit coin de Paris, l'ambiance du bouquin... je suis définitivement sous le charme de ce roman qui rompt avec les codes du genre et j'en veux encore !  

La fille du samouraï - Dominique Sylvain
Points, coll. Policier, 2010 

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Encore une lecture qui nous entraîne sur un terrain glissant et fait ressentir un profond malaise... Quelques années plus tôt, Billy a été la victime d'un pédophile récidiviste. La police n'a jamais retrouvé son corps. Suite à quoi, sa mère a plongé dans une sévère dépression, entraînant toute la famille dans sa chute.
Steven, son neveu, ne cesse depuis de fouiller la lande pour le retrouver. Il décide même d'écrire au tueur qui croupit en prison. Arnold Avery se prend aussitôt d'un intérêt sadique pour cette correspondance et lance le gamin sur un jeu de pistes sacrément pervers !
À lire tout ça, on peut craindre le pire, sauf que l'histoire n'est jamais foncièrement glauque. L'auteur a bien mené sa barque, elle décortique férocement l'esprit ravagé du tueur d'enfants, exhibe ses fantasmes et son excitation grandissante vis-à-vis de la curiosité morbide de Steven. Au début, le type ignore qu'il s'agit d'un gamin et va quasi entrer en transe dès qu'il en aura conscience !  
Et le lecteur de suivre ce pauvre gosse dans sa vie de tous les jours, une vie pas facile, pas tendre, avec une famille marquée à vif, avec les copains de l'école qui n'y comprennent rien et avec ce sentiment de n'exister pour personne. C'est triste, franchement flippant, ça vous tient au corps comme un plat saturé en sauce, le rythme sur la fin laisse pantois, et on s'achemine vers la porte de sortie avec un certain soulagement.  
Il y a tout dans ce livre, du bon, du brut, du truand. Pfiou.

Sous les bruyères - Belinda Bauer
coll. 10-18, 2011 - traduction de Carine Chichereau

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Hiver 1945. Paris a froid, Paris a faim, Paris a hâte d'enterrer les années noires. Outre-Rhin, résonne encore l'écho des canons en colère. Dans le pays fraîchement libéré, il est temps de dépoussiérer, classer, ranger, punir et sortir des lois pour loger toute une population désemparée. Et des découvertes saugrenues pointent leur museau.
Parmi les décombres d'un bâtiment bombardé, le corps d'un homme est retrouvé, avec une main peinte en noir, et dans la bouche un bout de caoutchouc où est inscrit A PARM. Le jeune inspecteur Maurice Clavault est chargé de découvrir l'identité du zigue, mais les pistes sont maigres. Dans le même temps, il fait la rencontre de la délicieuse Ginette, vendeuse aux Galeries, et entreprend un début de badinage au gré de ses contraintes professionnelles.
J'ai été très agréablement surprise par ce roman, qui nous renvoie à l'époque de l'après-guerre particulièrement austère et grisâtre. L'auteur réussit à dépeindre la confusion dans laquelle baigne le pays, alors que la politique peine à redresser le tableau, la justice souvent bafouée, expédiée à la va-vite ou au-delà du bon sens. L'auteur a fait un remarquable travail de recherche et inclut des détails insoupçonnés (la politique du relogement), sans fondamentalement négliger la part de l'enquête.
On trouve aussi l'histoire d'un immigré lituanien, dont le portrait viendra compléter le reste du tableau. En attendant, patience, observation, attention et enrichissement... Maurice Clavault est en piste ! 

L'ingratitude des fils - Pierre d'Ovidio
2011, coll. Grands détectives chez 10-18 

25/01/11

A ne lire qu'après ma mort

IMG_2276Voici le truculent portrait d'une mamie de 82 ans qu'on a collée en maison de retraite et qui ne décolère pas. Sa petite-fille lui a offert un cahier et un stylo pour tuer le temps, mais ce n'est pas trop le genre de Cora de s'épancher. Contre toute attente, elle s'adonne avec plaisir à cet exercice et elle nous raconte TOUT sur son quotidien aux Palisades. Avec son caractère bougon, Cora n'est pas commode et ne s'entend avec personne, elle traite les autres pensionnaires de pimbêches, elle fume en cachette, mange des bonbons en dépit de son régime, avale ses pilules plus que de raison. Heureusement, il y a Vitus, un européen aux manières raffinées, pour lequel elle s'entiche follement. Avec lui, elle se sent revivre. Cela lui donne une pêche d'enfer, elle devient presque raisonnable, elle maigrit, et elle se met à fouiller dans son passé pour comprendre ce qui a pu la rendre aigrie à ce point. Bon, la vie aux Palisades est également un peu chamboulée par une série de vols. Cora, notamment, a perdu son cristal fétiche - autant dire que celui qui a fait ça le paiera cher ! Malgré ses airs revêches, Cora Sledge est bougrement attachante, drôle et impitoyable. Parfois touchante, aussi, surtout quand elle repense à ses années en arrière et qu'elle met enfin le doigt là où ça fait mal.

Quelque chose était bouché en moi. Le rencontrer, c'était un peu comme percer avec un clou la croûte qui se forme sur l'embout d'un tube de colle et s'apercevoir qu'il reste du produit encore bon à l'intérieur. Le monde s'en trouvait ravivé. J'avais de nouveau envie de vivre.

Bons baisers de Cora Sledge - Leslie Larson
10-18 Grand format (2011) - 379 pages - 18€
traduit de l'anglais (USA) par Michèle Valencia

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06/01/11

Des filles de la côte Est

IMG_1916Bouh, la claque ! Enfin, celle qui fait mal et donne envie de pleurer. Parce que j'ai été ultra déçue par ce deuxième livre de Courtney Eldridge. J'avais aimé son roman, Record à battre (Phébus, 2005), c'était un bon coup de pied aux fesses au cours d'un été ronronnant, et je pensais que les retrouvailles seraient dans le même genre. Pas du tout ! D'abord, c'est un recueil de nouvelles - comptez sept titres pour 230 pages. Et qu'est-ce que c'est long ! Ohlala. Je n'ai rien contre l'exercice de la nouvelle, alors le problème ne se pose pas. Et Courtney Eldridge, oui j'aime bien. C'est frais, ça parle beaucoup, c'est parfois drôle et sarcastique, c'est fort aussi, car on sent la détresse derrière le grotesque (Becky, la cliente en fauteuil roulant, harcèle au téléphone Rachel, la vendeuse du bloomingdale's. Et pourquoi ? On se le demande !) (ou cette copine qui a la phobie des requins, jusqu'à les imaginer dans une piscine, et qui se prive de tremper le moindre orteil dans l'eau, pff, mais où va-t-on ?!). Non franchement je me suis ennuyée, l'auteur est la reine de la digression, sauf que cette fois l'effet est loupé. On perd vite le fil, on bâille, on soupire, on regarde les aiguilles tourner, on attend, on re-soupire, qu'est-ce que ça peut être bavard. Ahlala. Je ne cache pas mon ennui, malgré un soupçon d'intérêt pour le premier texte, qui évoque en long, en large et en travers le challenge des 5 premiers mots d'un texte. Ceux qui marquent et lancent l'histoire. Ceux qui font tout. Hélas ça duuure... Et finalement mon esprit s'évade. Bref, je suis déçue, vraiment déçue. J'espère que son prochain livre répondra davantage à mes attentes.

Des filles de la côte Est - Courtney Eldridge
Editions 10-18 (2010) - 234 pages - 7,40€
traduit de l'anglais (USA) par Evelyne Gauthier

Présentation de l'éditeur : Elles ont toutes un petit grain, ces filles de la côte Est ! A commencer par Courtney Eldridge elle-même, qui nous conte par le menu, dans la première nouvelle, tous les projets de récits déjantés qui ont fini au panier, étouffés dans l'oeuf par ses angoisses d'écrivain. On la devine ailleurs : dans cette vendeuse en papeterie prise en otage par une cliente névrosée... Et les proches - réels ou imaginaires - de l'auteur ne sont pas en reste : il y a sa meilleure amie et sa phobie des requins de piscine, il y a cette mère alcoolique qui peine à communiquer avec sa fille lesbienne... Courtney Eldridge est une sacrée conteuse, de celles qui savent, définitivement, capter l'air du temps.

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14/12/10

Demain sera un beau jour. Je te remercie du fond du coeur, Emily...

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C'est le traditionnel rendez-vous de Noël, Anne Perry nous propose pour 2010 l'histoire d'Emily Radley, la belle-soeur de Thomas Pitt, expédiée en rase campagne au chevet d'une tante mourante, et ce à la veille des fêtes qu'elle envisageait de passer en famille. Contrainte et forcée, essentiellement par charité d'âme, Emily débarque donc dans le Connemara, dans un petit village paisible, où chacun semble sur la retenue, pour une raison qu'Emily peine à comprendre. Un soir de tempête, un navire fait naufrage et un jeune homme est retrouvé sur la plage. C'est la petite goutte qui fait déborder le vase. Simple observatrice, Emily constate que l'arrivée de Daniel, totalement amnésique, bouleverse les habitants. Quelques années auparavant, le même incident était déjà survenu. Le retour du naufragé semble réveiller les vieux démons, et en discutant avec sa tante, Emily comprend les rééls motifs de sa venue en Irlande.

Dans l'ensemble, l'action est classique et l'enquête purement factuelle. On sait que cette collection s'inscrit davantage dans un rituel, néanmoins j'ai toujours plaisir à y souscrire. Cette fois, le cadre irlandais est magnifique, de prime abord hostile et sauvage, les secrets ont fait leur nid chez les habitants de ce village traumatisé par un drame du passé. Et Emily va plutôt bien tirer son épingle du jeu, se rapprochant de sa tante qu'elle ne connaissait pas du tout, renouant ainsi avec ses propres histoires familiales, et découvrant aussi qu'elle manquait de confiance en elle et en son couple. Cette escapade irlandaise aura permis à tout un chacun de faire la paix avec ses fantômes. Ce n'est, certes, pas révolutionnaire mais ça se lit avec plaisir. Et puis la couverture est de toute beauté.

La révélation de Noël - Anne Perry
Editions 10-18, coll. Grands Détectives (2010) - 184 pages - 10€
traduit de l'anglais par Pascale Haas

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17/11/10

La douce tranquillité des samedis

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Je n'avais pas encore lu la série avec Isabel Dalhousie alors que j'apprécie beaucoup Alexander McCall Smith (Mma Ramotswe, Les chroniques d'Edimbourg) et le hasard faisant souvent bien les choses ... C'est donc avec La douce tranquillité des samedis que je me suis lancée.

Isabel est une femme d'une quarantaine d'années, fort aisée, qui dirige la très sérieuse Revue d'éthique appliquée. Elle a un enfant, Charlie, et un compagnon, Jamie, de quinze ans son cadet. Il faut vraiment que je me mette à jour concernant cette relation, car ici on découvre une femme amoureuse et sur la réserve, elle ne souhaite pas étouffer son jeune amant, et tremble à l'idée de le perdre. C'est donc une Isabel jalouse et peu sûre d'elle en amour que je rencontre, sauf que ce serait trop réducteur de la qualifier ainsi, aussi j'ai pesté in petto d'avoir loupé les précédents épisodes (mais je me suis promise de ne pas en rester là afin de mieux évaluer les personnalités et connaître les petites histoires de chacun).

En attendant, ce que j'aperçois me plaît beaucoup ! McCall Smith, une fois encore, réussit à nous bercer dans un cocon chaleureux et pratiquement familier. On s'y sent bien, à Edimbourg, dans les quartiers chics, les parcs municipaux, la boutique de Cat ou dans les couloirs du Queen's Hall. C'est confortable, je m'étais d'abord leurrée en m'imaginant à une autre époque que celle proposée par l'auteur (l'époque contemporaine, tout bonnement !), tant Edimbourg donne l'illusion d'appartenir à un autre temps.

Ce n'est bien évidemment pas l'intrigue policière qui retiendra mon attention, l'histoire d'un homme, un médecin, qui répugne d'avoir été mis au pilori suite à un scandale pharmaceutique. L'épouse de cet homme demande l'assistance d'Isabel, mais il est davantage intéressant de la suivre dans sa vie de tous les jours, d'apprendre à connaître Eddie, qui travaille chez Cat (laquelle part en vacances au Sri-Lanka et demande à Isabel de la remplacer), ou de discuter avec Grace, la gouvernante, sans oublier Jamie, pour qui son petit coeur de femme amoureuse bat fort, beaucoup trop fort. Et à raison ! (Jamie est charmant !) Bref, je compte bien rattraper mon retard, et découvrir un peu mieux cette série sympathique, pas révolutionnaire, mais qui possède le gros avantage de nous absorber dans son univers douillet.

La douce tranquillité des samedis - Alexander McCall Smith
10-18 coll. Grands détectives (2010) - 285 pages - 7,90€
Traduit de l'anglais par Martine Skopan

A découvrir (dans l'ordre) :

  • Le Club des philosophes amateurs

  • Amis, amants, chocolat

  • Une question d'attitude

  • Le bon usage des compliments

  • La douce tranquillité des samedis

  • L'importance d'être reconnaissant

04/09/10

Prends garde à toi !

Prends garde à toi

Très souvent, les intrigues de Patricia Wentworth ne sont pas ébouriffantes et on devine très vite la fin à des kilomètres à la ronde. Or, cette fois, même si le doute était semé, j'ai aussi été plus d'une fois étonnée par les retournements de situation. La dame ne déroge pas à ses principes : jamais de sang, pas de poursuite infernale, aucune scène qui pousse le sensationnalisme sur le devant, les enquêteurs boivent le thé devant un bon feu de cheminée et dissertent, entourés de livres et d'un perroquet bavard. Non, franchement, nous sommes loin des nouvelles modes du genre policier. L'enquête ici se base sur un climat de suspicion, voilà la grande force de l'histoire (en plus de ce que je considère comme l'élégance du style, les personnages charmants et agaçants, le ton guindé et raffiné, le petit côté rétro, mais pas vieillot).

Nous avons en tête Rosalind Denny, veuve depuis dix-huit mois, dont le mari Gilbert a mis fin à ses jours lors d'une sortie en mer. Il était sous-secrétaire au Forein Office, jouissait d'une carrière florissante, avait le tapis rouge à ses pieds, hélas il semblerait qu'un prochain scandale pouvait l'éclabousser et qu'il ne l'aurait pas supporté. Or, Rosalind réfute ces accusations. Selon elle, il aurait été tué ou poussé au crime. Son cousin, le colonel Garrett (déjà croisé dans L'appel du danger), assisté du sémillant BCH Smith, commence à entrevoir l'aube d'un complot. D'autres politiciens ont été récemment acculés à la retraite professionnelle, seulement l'un d'eux, Bernard Mannister, a choisi la méthode tapageuse, en forçant le ton et en brassant l'air de ses bras. De plus, son nouveau secrétaire particulier, Jeremy Ware, travaillait également pour Gilbert.

Et ainsi tourne la roue. Car Jeremy réalise avec stupeur qu'il serait lui aussi visé par ce complot, qu'on chercherait à le tenir responsable de contre-espionnage, et sans l'intervention d'une demoiselle, qui lui apparaît la nuit, tel un fantôme, avant de disparaître dans les couloirs souterrains de la maison de Mannister, Jeremy serait dans de beaux draps. Mais sa cote de crédibilité a cruellement chuté, il se sent seul, raison de plus pour démasquer le coupable et faire éclater la vérité, découvrir l'identité de la jeune fille somnabule, reconquérir la confiance de Rosalind, laquelle est tombée dans les pièges du spiritisme... Bref, l'intrigue nous réserve son lot de surprises, toutes très agréables, le climat d'après-guerre rend l'ensemble captivant, mais jamais pesant. Cela confirme mon sentiment, lire ou relire Patricia Wentworth n'est jamais décevant !

10-18, collection Grands Détectives (2008) - 282 pages
traduit de l'an
glais par Anne-Marie Carrière 

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06/04/10

Cette nuit-là, nous écoutâmes jusqu'au petit matin le Pr Rufus Aloysius Winwood deviser des mystères sublimes et redoutables ...

... de la nature en sirotant des verres de brandy additionnés de quelques gouttes d'eau de Dantzig.

diable_du_crystal_palaceCette série de Fabrice Bourland s'inscrit sous le patronage de Conan Doyle, ou je ne m'y connais pas. On y retrouve notre duo d'enquêteurs curieux et insatiables - Andrew Singleton et James Trelawney - de retour d'une énième résolution d'affaire qui prend généralement une tournure extraordinaire et fantastique. Des vacances s'imposent mais une jeune femme à la beauté éthérée s'introduit dans leur salon, le regard éploré et la mine aux abois, c'en est trop pour le petit coeur de Singleton qui s'empare du dossier de la disparition de son fiancé avec un zèle étourdissant. Frederic Beckford, entomologiste au British Museum, n'a donc plus donné signe de vie depuis une semaine. Sa fiancée a remarqué quelques signes d'agitation après la lecture d'un entrefilet dans le journal : un fait divers relatant un accident peu banal d'un taxi avec un tigre. Le chauffeur assure avoir renversé l'animal mais ne peut en apporter la preuve puisque le corps a aussitôt disparu. L'anecdote est encore plus troublante lorsque les détectives rencontrent le témoin qui décrit une créature ressemblant à un énorme chat aux dents longues. Singleton et Trelawney vont alors s'appuyer sur l'assistance et la science du Pr Winwood, un zoologiste réputé, qui leur fait découvrir le monde merveilleux des dossiers secrets de la zoologie.

Fidèle à sa réputation galopante, cette série nous entraîne donc vers une nouvelle aventure pour les amoureux de l'étrange et du fantastique. J'ai cru me perdre et friser l'ennui car le sujet abordé est original mais pas forcément ma tasse de thé, mais je suis une férue de cette série à la touche si délicieusement british, même si elle est écrite par un auteur français, qui se revendique un admirateur d'Edgar Poe, Jean Ray, Stevenson et Hoffmann. L'aura de Sherlock Holmes est également très présente ; Conan Doyle est d'ailleurs repris et cité dans le livre, à travers son Monde perdu ("C'était le diable en personne, tel que nous nous le figurions dans notre enfance.").

Donc, je me suis passionnée pour cette enquête, contre toute attente. J'apprécie l'humour et la vivacité du récit, la nature des personnages (on peut savourer la description morphologique de l'un d'eux "tout en rotondité"), Singleton et Trelawnay sont, pour leur part, assez stéréotypés et calqués sur d'autres référents (Sherlock et Watson) bien que leur personnalité fait aussi montre d'une extravagance appréciable et détachée. La finesse et la richesse de l'intrigue rendent définitivement la lecture délectable. C'est bien documenté, raconté sur un ton rythmé et passionnant, l'enquête connaît certains rebondissements plutôt étonnants. J'apprécie infiniment l'ambiance et mes retrouvailles avec Singleton et Trelawnay ont toujours le goût de trop peu. Vivement le prochain ! L'époque historique (nous sommes en 1936) se prête à d'autres trouvailles enthousiasmantes.

Le diable du Crystal Palace ~ Fabrice Bourland
Grands détectives - 10/18  (2010) - 275 pages - 7,00€

dans la même série : Le fantôme de Baker Street & Les portes du sommeil