12/06/13

“Je m'ennuie au milieu de ces cotes toujours à la même place. Ça finit par me taper sur le système.”

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Ce récit m'est apparu comme la logorrhée inépuisable d'une bibliothécaire aigrie par son travail. Un matin, au moment de prendre son poste, elle tombe sur un lecteur qui a passé la nuit dans la bibliothèque. Elle est surprise et rouspète, puis se met à lui parler, parler, parler. C'est long ! D'autant plus, qu'à aucun moment, son interlocuteur ne va intervenir, aussi se demande-t-on si cet individu existe vraiment !

Aussitôt la femme embraie sur son métier, son fonctionnement, expliquant ainsi la fameuse classification décimale de Dewey (cf. le titre du livre). Puis elle s'échappe dans de nombreuses digressions, ses réflexions deviennent acerbes, elle ne supporte pas ses collègues, elle vilipende la direction, trouve qu'ils ont mauvais goût, elle est frustrée d'être au sous-sol, rayon géographie, elle aurait préféré l'histoire.

Et puis, elle se sent transparente, inexistante, elle fait partie des murs, même les rares lecteurs qui descendent jusqu'à elle ne lui prêtent aucune attention, elle soupire, elle grince des dents, parfois elle se venge, elle fait aussi une fixation sur un certain Martin. Sauf que tout ceci ne la console pas de sa détresse. En gros, elle ne trouve aucun épanouissement dans son travail, elle le sait, et nous aussi. A peine les premières pages lues, on le ressent tout de suite.

Ce petit livre m'a donc semblé déconcertant, très amer et un peu lassant. Son flot de paroles, qui apparaît comme un gros bloc interminable et sans chapitre, a été pour moi un enfermement, c'est étouffant, tour à tour usant et agaçant. Je me suis sentie totalement étrangère au désarroi de la bibliothécaire, sa hargne contre le monde extérieur a fini par me gonfler, je n'ai jamais trouvé ça piquant, ou acide, ou drôle. Tant pis.

La cote 400, par Sophie Divry
10/18 (2013)  ou aux éditions Les Allusifs, 2010

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11/06/13

“Notre mariage était à l'image de notre couple et de notre ferme, à la fois exquis et désordonné, sublime et tumultueux.”

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“Si nous voulons être heureux, nous ne devons pas l'oublier.” Ce sont surtout les valeurs véhiculées dans le livre qui m'ont plu. Après, c'est un témoignage d'une ancienne citadine qui découvre la vie à la ferme et se lance dans l'aventure avec son futur époux. Ici, pas d'ambiance croquignolette façon L'amour est dans le pré, Kristin rencontre Mark autour d'une éviscération de porc, puis tombe amoureuse de lui en avalant un foie de cerf. Sûr que, pour le glamour, on repassera.

Et pourtant, quelque chose m'a plu dans ce livre. Son côté rustique et rudimentaire, peut-être. Les petites anecdotes y sont un peu drôles, surtout surprenantes et parfois dégoûtantes (la violente attaque contre la vache Delia, il faut avoir le cœur bien accroché, et puis on zigouille les bêtes sans état d'âme, ça fait partie du cycle de la vie, chose que j'ai souvent du mal à cadrer...). C'est donc tout un parcours de vie qu'on découvre, Kristin était une jeune femme dynamique, qui aimait voyager, sortir, se rendre au pub, aller au restaurant ou au cinéma, avec Mark c'est une autre vie qu'il lui propose, et elle dit banco.

J'ai donc aimé l'authenticité de son témoignage, jamais elle ne triche, son métier est difficile mais gratifiant, son mari est entier mais généreux et entrepreneur, sa famille pense qu'elle va tout plaquer, mais elle est admirative et toujours la soutiendra. C'est ainsi, un ensemble de détails, de longues descriptions (fastidieuses) sur une aventure humaine, exigeante et hasardeuse, un portrait de femme forte, amoureuse et imparfaite (qui ne vacillerait pas, un matin, le dos fourbu, les mains bardées de cloques, les cheveux en pétard, le portefeuille vide ?). C'est un livre qui se lit avec curiosité, qui comporte des passages longuets et glauques, mais il dégage une très belle philosophie qui fait du bien, surtout ces temps-ci.

Une vie pleine, par Kristin Kimball
10-18 (2012) - traduit par Joëlle Touati

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05/04/13

Son existence semblait se résumer à un brillant ratage. Côté amours : néant. Côté amis : des morts, des fauchés, des paumés.

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A Paris, en 1998, Milo Jassy travaille en tant que bouquiniste sur les quais de la Seine. Il a pour voisine la pétulante Stella Kronenbourg, qui vend des souvenirs de pacotille aux touristes de passage. Lors d'une courte absence, il reçoit un paquet d'une cliente en colère, car les trois ouvrages sont abîmés. Là, il découvre un article de journal annonçant la mort d'un ancien ami et collègue, Roland Fresnel, assassiné dans sa boutique.

Il se rend aussitôt auprès de la sœur de la victime, Nelly, qui a été également son ancienne maîtresse. Les retrouvailles ont un goût amer, de larmes douloureusement séchées. Milo est meurtri, mal à l'aise. Il cherche à comprendre le crime, saisit des bouts de piste, se lance sur la trace d'une rouquine, rencontre au passage une photographe, délicieuse, élégante et énigmatique. Assez vite, il comprend que pour connaître la vérité, il doit procéder à une analyse de son propre parcours sentimental.

Et la fille au baladeur ! Silhouette fuyante, inquiétante, qui rôde et lime ses ongles, en attendant l'heure de sa vengeance... C'est quelque part saugrenu, un peu flippant, mais surtout sans queue ni tête. Hélas. J'étais toute disposée à me familiariser avec cette histoire, cette ambiance, mais j'ai trouvé le ton lourd, maladroit, avec des personnages si peu charismatiques (à l'exception de cette chère Stella !). Milo, au centre, est un type dépressif, désabusé, pas très brillant, nullement charmant. L'intrigue criminelle est pratiquement accessoire, nous avons beaucoup de ronds-de-jambe et un certain maniérisme dans la façon de délayer le suspense. A force, c'est un peu usant et j'ai été soulagée de tourner la dernière page, sans tomber des nues quant au dénouement de l'affaire.

Sang dessus dessous, par Claude Izner
Collection Grands Détectives chez 10/18 (2013)

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18/07/12

"... on devient dingue à force de penser à toutes les vies qu'on aurait pu mener."

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Ce roman se veut une introspection sans prétention de la vie d'une femme de quarante ans, mariée depuis vingt ans et mère d'un garçon de neuf ans, le tout sur une année entière, avec un humour grinçant et une lucidité avérée. Melanie a quitté le Maine pour s'installer en Californie, et souvent elle a le mal du pays en téléphonant à sa soeur qui la cajole en lui parlant de la pluie et du beau temps.

Mois après mois, Melanie s'interroge sur son existence rangée, avec tous les défauts qu'elle comporte. Loin d'être une femme au foyer accomplie, elle déteste cuisiner, se revendique maman poule, limite étouffante, tandis que son mari, complètement ravagé par l'acquisition d'un énorme camping-car, tend à laisser couler, veillant au loin, supportant les tendres excentricités de sa femme, peut-être au bord de la crise de la quarantaine.

C'est une lecture sans prétention, fluide, légère, un peu superficielle aussi, on y aborde des sujets aussi délicats que la perte du chien ou le blues d'un mariage quelque peu fané par le temps, mais cela traite aussi de thèmes aussi artificiels que l'achat d'un matelas, des ronflements du mari, des cheveux qui frisent, d'une séance chez le coiffeur qui s'éternise... Au final, heureusement, l'auteur rappelle que si tout n'est pas parfait ni conforme à ses rêves de jeune fille, sa vie d'aujourd'hui n'est finalement pas si mal, "les ventres sont remplis de bonne nourriture et de bon vin, les vêtements sentent le feu de bois et les cheveux l'océan, les changements sont devant nous".

La vie en pente douce, par Melanie Gideon
chez 10-18 (2012), traduit de l'anglais par Séverine Quelet
couverture : Amélie Rigot
du même auteur : La vie romantique d'Alice B.

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24/03/12

Un nuage de lait dans votre thé !

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Sarah Trent vient de décrocher un poste de demoiselle de compagnie auprès d'une jeune héritière, Lucilla Hildred, actuellement hébergée chez sa grand-tante dans sa maison de campagne, notamment dans le but de lui changer les idées. Car Lucilla a perdu ses parents, a été retirée de son école et broie du noir parce qu'elle est victime de son imagination. Serait-elle vraiment folle, pense Sarah, qui trouve l'adolescente joyeuse et impertinente, ou tenterait-on réellement de la tuer pour s'emparer de son héritage ?
Des fantômes par ci, des accidents douteux par là... la question ne se pose plus et la tension monte d'un cran. Heureusement son meilleur ami Bertrand vient lui prêter secours, de même qu'un certain John Brown, une vague connaissance de la famille Hildred, qui se prétend entomologiste ou quelque chose comme ça. Son cas pose problème aux yeux de Sarah : serait-il beau parleur ou noble sauveur ? Que cache cet homme séduisant, qui lui fait un peu tourner la tête, alors que Sarah s'est jurée de ne jamais tomber amoureuse de personne ?
Entre secrets de famille et soucis d'héritage, l'intrigue nous offre du déjà-vu parfaitement bien troussé. L'héroïne, Sarah Trent, est une jeune femme moderne et dynamique, elle porte les cheveux courts et a la peau bronzée, elle aime la vitesse et les voitures de course, elle est aussi très indépendante. Sa façon de débusquer les mystères de la Maison Rouge est teintée de prudence, d'instinct féminin et de flegme britannique. On se laisse aisément porter par le rythme de l'intrigue, se surprenant même à ressentir des pics de frisson alors que le climat devient plus tendu, surtout la nuit, dans la petite chambre bleue.
Chaque roman de Patricia Wentworth procure la sensation de renouer avec une vieille camarade, qu'on retrouve avec grand plaisir, et qui ne changera décidément jamais ! La lecture se veut classique, délicieusement surannée, un peu guindée... mais finalement indémodable ! On ne s'en lasse pas.

Cache-cache avec le diable, par Patricia Wentworth
2012, Coll. Grands Détectives chez 10/18  - traduction de Delphine Rivet


23/03/12

Comment la disparition d'une momie permet de résoudre l'assassinat d'un politicien...

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Encore un très bon tome des détectives de l'étrange, Andrew Singleton et James Trelawney, de sympathiques trublions, qui rechignent à couler des jours heureux dans leur appartement cossu de Montague Street. A la place, ils aiment débusquer des affaires qui sortent des sentiers battus, et ça leur va plutôt bien.
L'histoire se passe à Londres, alors que le couronnement de George VI se prépare. Une momie disparaît, puis réapparaît en tant que suspect numéro un dans une enquête criminelle, comment est-ce possible ? Singleton alerte aussitôt l'inspecteur Harold Staiton, déjà connu par les initiés.
Et là j'interromps les présentations, car franchement cette lecture invite à la découverte. Il faut peut-être un petit temps d'adaptation, au démarrage, avant de réaliser qu'il ne s'agit pas d'un roman policier comme un autre. Les personnages sont de grands amateurs d'histoires tordues et de théories alambiquées, ils ont l'esprit vif et ouvert à des idées peu répandues. C'est clairement leur marotte, ce qui les stimule et les excite.
A ses heures perdues, Singleton tente aussi de percer le secret qui entoure l'Ordre hermétique de l'Aube dorée, une confrérie à laquelle bon nombre d'écrivains auraient souscrit, mais sans en avouer le but précis. Forcément, ça le titille et il prend un plaisir fou à feuilleter les pages de ses livres, entre deux folles échappées avec son camarade Trelawnay. D'ailleurs, la fin du roman nous montrera une avancée considérable... et sidérante.
Il ne faut pas fermer son esprit à ce qui sort de l'ordinaire et flirte avec le fantastique ou l'étrange pour savourer ces aventures, sinon ce serait peine perdue. Toutefois, on sent la jubilation qu'a l'auteur, Fabrice Bourland, à rédiger ses histoires et à entraîner ses personnages dans des aventures singulières. Sincèrement, c'est communicatif, en plus d'être d'une pure élégance, rythmé, intelligent et entraînant.
Chaque nouveau livre est un rendez-vous, pour moi, incontournable !

Le Serpent de Feu, par Fabrice Bourland
2012, coll. Grands détectives chez 10-18  

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19/08/11

lectures de vacances #4

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Afin d'éviter tout nouveau scandale (l'affaire Dreyfus a laissé plus qu'un parfum d'amertume dans les airs), le président Fallières convoque son conseiller, Raoul Thibaut de Mézières, et lui donne pour mission d'enquêter discrètement sur la mort de Pierre Curie, survenue accidentellement alors qu'il traversait la chaussée. Des détails troublants n'ont pas été étudiés plus longuement, et aujourd'hui sa veuve, Marie, voit sa carrière sous le feu des projecteurs, ce qui dérange une certaine classe politique. Les rumeurs les plus folles courent à son sujet, le président n'attend rien d'autre de Raoul qu'il étouffe tout ceci dans l'oeuf. La découverte d'une relation amoureuse entre Marie Curie et son assistant commence à mettre le feu aux poudres, notre conseiller culturel et scientifique, pourtant totalement dévoué à la cause de la veuve éplorée, ne sait bientôt plus à quel saint se vouer. J'ai immédiatement savouré l'ambiance et l'intrigue au contexte passionnant, même si les considérations politiques et scientifiques empiètent aussi le terrain romanesque. La lecture reste une fantastique plongée dans la IIIème république et la Belle Epoque. Bien vite, les détails fictifs se mêlent habilement aux faits historiques, malgré une narration parfois lourde et confuse, victime d'une volonté de trop bien faire. Malgré tout, je vais jeter un oeil sur les deux autres romans de la même série, curieuse que je suis de savoir si Raoul va conclure avec la belle Florence...

La mort de Pierre Curie - Jacques Neirynck
2007, coll. Grands détectives chez 10-18 

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Direction le Palais de la Berbie à Albi où deux toiles de Toulouse-Lautrec ont été dérobées, au nez et à la barbe du concierge et du gardien, lequel n'a d'ailleurs pas repris son service depuis le larcin. Le conservateur voit son petit monde s'écrouler, lui qui s'excitait comme un môme d'accueillir prochainement une exposition Monet... Séraphin Cantarel, conservateur en chef, arrive de Paris pour apporter son coup de pouce, soutenir son collègue et seconder la police. Son assistant Théo Trélissac le rejoint sans se faire prier, et c'est de façon tout aussi nonchalante et agréable que se déroule l'enquête. Le cadre est chaleureux, plutôt dépaysant, c'est reposant et vraiment délectable. On se promène dans ce livre comme un coq en pâte, d'autant plus que les personnages arrosent copieusement leurs ripailles d'un succulent gaillac qui fait baver d'envie. Nous n'avons pas une intrigue policière de grande envergure, ce qui n'est pas bien grave, l'élégance faisant preuve de séduction, j'étais donc tout à fait à mon aise. Ceci dit, la couche de confiture a été généreusement étalée, ce qui a pu noyer les détails romanesques au profit d'une envie de partager la vie et les détails sur Toulouse-Lautrec, et là encore, le dosage est délicat et peut déconcerter. Enfin bref, ce fut une jolie approche, jolie balade, jolie lecture... pas inoubliable, mais idéale pour un rendez-vous d'été.

Toulouse-Lautrec en rit encore - Jean Pierre Alaux
2010, coll. Grands détectives chez 10-18 

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Bretagne, 1886. La famille Rosmadec prend ses quartiers d'été à la Josselière, la demeure bourgeoise où règne Madame Mère "avec une présence très Régence". Le corps d'une pauvre fille est retrouvé étranglé, dans le bateau de Gildas, l'ami d'enfance de Clémence. Celui-ci étant également l'amant de la victime, il est aussitôt accusé du crime. Notre chère héroïne ne l'entend pas de cette oreille et compte bien découvrir le véritable coupable. Nous sommes à Pont-Aven, la station est prisée par les peintres, dont Paul Gauguin, et Clémence, également férue de peinture, apprécie énormément cette compagnie. Ceci plante un peu le décor, car il faut reconnaître à cette lecture un air de chronique familiale en goguette. C'est très chic et bohème, l'ambiance est à la fête, on s'amuse, on reçoit, on boit, on pique-nique au bord de la mer, on se baigne en toute insouciance, on joue du verbe élégant et on étale sa culture... C'est tout à fait charmant, pas désagréable pour un sou, à recommander pendant les vacances d'été justement !

Eté meurtrier à Pont-Aven - Yves Josso
2007, coll. Grands détectives chez 10-18 

18/08/11

lectures de vacances #3

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Quel duo de choc et de charme ! Ingrid Diesel est américaine, amoureuse de Paris, elle exerce le métier de masseuse dans son petit appartement du Passage du désir et se transforme certains soirs en Gabriella Tiger, la Flamboyante, pour un numéro de strip-tease étourdissant de volupté. Lola Jost est une ancienne commissaire de police, qui apprécie le calme de sa retraite en compagnie d'un puzzle interminable ou autour d'une bonne table avec sa petite famille d'adoption.
Cela se passe comme ça, chez Dominique Sylvain. Un cocon rassurant et confortable, des personnalités adorables, excentriques sans friser le ridicule, une touche atypique, un amour des mots et de la langue française qui fait plaisir à lire... bref, j'ai savouré !
L'intrigue policière concerne la mort mystérieuse d'Alice, le sosie de Britney Spears. Papy Dynamite, le papa inconsolable, veut qu'on lui explique la cause du décès et supplie sa masseuse préférée de mener sa petite enquête.
Lola et elle vont alors se lancer vers une quête de la vérité qui va directement les envoyer dans des eaux troubles, elles l'ignoraient totalement alors qu'elles sympathisaient, bouche en coeur, avec l'ex de la morte, Diego le bel hidalgo. Mais, petit à petit, force a été de constater que le show-biz, la politique et la came sont les nerfs de la guerre, et que nos détectives vont vivre une partie de cache-cache dont elles se seraient bien passées !
Et moi, de tomber amoureuse du style de l'auteur, de ses personnages, Lola Jost et Ingrid Diesel en tête, mais aussi de toute la palette des électrons libres, j'ai aimé follement ce petit coin de Paris, l'ambiance du bouquin... je suis définitivement sous le charme de ce roman qui rompt avec les codes du genre et j'en veux encore !  

La fille du samouraï - Dominique Sylvain
Points, coll. Policier, 2010 

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Encore une lecture qui nous entraîne sur un terrain glissant et fait ressentir un profond malaise... Quelques années plus tôt, Billy a été la victime d'un pédophile récidiviste. La police n'a jamais retrouvé son corps. Suite à quoi, sa mère a plongé dans une sévère dépression, entraînant toute la famille dans sa chute.
Steven, son neveu, ne cesse depuis de fouiller la lande pour le retrouver. Il décide même d'écrire au tueur qui croupit en prison. Arnold Avery se prend aussitôt d'un intérêt sadique pour cette correspondance et lance le gamin sur un jeu de pistes sacrément pervers !
À lire tout ça, on peut craindre le pire, sauf que l'histoire n'est jamais foncièrement glauque. L'auteur a bien mené sa barque, elle décortique férocement l'esprit ravagé du tueur d'enfants, exhibe ses fantasmes et son excitation grandissante vis-à-vis de la curiosité morbide de Steven. Au début, le type ignore qu'il s'agit d'un gamin et va quasi entrer en transe dès qu'il en aura conscience !  
Et le lecteur de suivre ce pauvre gosse dans sa vie de tous les jours, une vie pas facile, pas tendre, avec une famille marquée à vif, avec les copains de l'école qui n'y comprennent rien et avec ce sentiment de n'exister pour personne. C'est triste, franchement flippant, ça vous tient au corps comme un plat saturé en sauce, le rythme sur la fin laisse pantois, et on s'achemine vers la porte de sortie avec un certain soulagement.  
Il y a tout dans ce livre, du bon, du brut, du truand. Pfiou.

Sous les bruyères - Belinda Bauer
coll. 10-18, 2011 - traduction de Carine Chichereau

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Hiver 1945. Paris a froid, Paris a faim, Paris a hâte d'enterrer les années noires. Outre-Rhin, résonne encore l'écho des canons en colère. Dans le pays fraîchement libéré, il est temps de dépoussiérer, classer, ranger, punir et sortir des lois pour loger toute une population désemparée. Et des découvertes saugrenues pointent leur museau.
Parmi les décombres d'un bâtiment bombardé, le corps d'un homme est retrouvé, avec une main peinte en noir, et dans la bouche un bout de caoutchouc où est inscrit A PARM. Le jeune inspecteur Maurice Clavault est chargé de découvrir l'identité du zigue, mais les pistes sont maigres. Dans le même temps, il fait la rencontre de la délicieuse Ginette, vendeuse aux Galeries, et entreprend un début de badinage au gré de ses contraintes professionnelles.
J'ai été très agréablement surprise par ce roman, qui nous renvoie à l'époque de l'après-guerre particulièrement austère et grisâtre. L'auteur réussit à dépeindre la confusion dans laquelle baigne le pays, alors que la politique peine à redresser le tableau, la justice souvent bafouée, expédiée à la va-vite ou au-delà du bon sens. L'auteur a fait un remarquable travail de recherche et inclut des détails insoupçonnés (la politique du relogement), sans fondamentalement négliger la part de l'enquête.
On trouve aussi l'histoire d'un immigré lituanien, dont le portrait viendra compléter le reste du tableau. En attendant, patience, observation, attention et enrichissement... Maurice Clavault est en piste ! 

L'ingratitude des fils - Pierre d'Ovidio
2011, coll. Grands détectives chez 10-18 

25/01/11

A ne lire qu'après ma mort

IMG_2276Voici le truculent portrait d'une mamie de 82 ans qu'on a collée en maison de retraite et qui ne décolère pas. Sa petite-fille lui a offert un cahier et un stylo pour tuer le temps, mais ce n'est pas trop le genre de Cora de s'épancher. Contre toute attente, elle s'adonne avec plaisir à cet exercice et elle nous raconte TOUT sur son quotidien aux Palisades. Avec son caractère bougon, Cora n'est pas commode et ne s'entend avec personne, elle traite les autres pensionnaires de pimbêches, elle fume en cachette, mange des bonbons en dépit de son régime, avale ses pilules plus que de raison. Heureusement, il y a Vitus, un européen aux manières raffinées, pour lequel elle s'entiche follement. Avec lui, elle se sent revivre. Cela lui donne une pêche d'enfer, elle devient presque raisonnable, elle maigrit, et elle se met à fouiller dans son passé pour comprendre ce qui a pu la rendre aigrie à ce point. Bon, la vie aux Palisades est également un peu chamboulée par une série de vols. Cora, notamment, a perdu son cristal fétiche - autant dire que celui qui a fait ça le paiera cher ! Malgré ses airs revêches, Cora Sledge est bougrement attachante, drôle et impitoyable. Parfois touchante, aussi, surtout quand elle repense à ses années en arrière et qu'elle met enfin le doigt là où ça fait mal.

Quelque chose était bouché en moi. Le rencontrer, c'était un peu comme percer avec un clou la croûte qui se forme sur l'embout d'un tube de colle et s'apercevoir qu'il reste du produit encore bon à l'intérieur. Le monde s'en trouvait ravivé. J'avais de nouveau envie de vivre.

Bons baisers de Cora Sledge - Leslie Larson
10-18 Grand format (2011) - 379 pages - 18€
traduit de l'anglais (USA) par Michèle Valencia

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06/01/11

Des filles de la côte Est

IMG_1916Bouh, la claque ! Enfin, celle qui fait mal et donne envie de pleurer. Parce que j'ai été ultra déçue par ce deuxième livre de Courtney Eldridge. J'avais aimé son roman, Record à battre (Phébus, 2005), c'était un bon coup de pied aux fesses au cours d'un été ronronnant, et je pensais que les retrouvailles seraient dans le même genre. Pas du tout ! D'abord, c'est un recueil de nouvelles - comptez sept titres pour 230 pages. Et qu'est-ce que c'est long ! Ohlala. Je n'ai rien contre l'exercice de la nouvelle, alors le problème ne se pose pas. Et Courtney Eldridge, oui j'aime bien. C'est frais, ça parle beaucoup, c'est parfois drôle et sarcastique, c'est fort aussi, car on sent la détresse derrière le grotesque (Becky, la cliente en fauteuil roulant, harcèle au téléphone Rachel, la vendeuse du bloomingdale's. Et pourquoi ? On se le demande !) (ou cette copine qui a la phobie des requins, jusqu'à les imaginer dans une piscine, et qui se prive de tremper le moindre orteil dans l'eau, pff, mais où va-t-on ?!). Non franchement je me suis ennuyée, l'auteur est la reine de la digression, sauf que cette fois l'effet est loupé. On perd vite le fil, on bâille, on soupire, on regarde les aiguilles tourner, on attend, on re-soupire, qu'est-ce que ça peut être bavard. Ahlala. Je ne cache pas mon ennui, malgré un soupçon d'intérêt pour le premier texte, qui évoque en long, en large et en travers le challenge des 5 premiers mots d'un texte. Ceux qui marquent et lancent l'histoire. Ceux qui font tout. Hélas ça duuure... Et finalement mon esprit s'évade. Bref, je suis déçue, vraiment déçue. J'espère que son prochain livre répondra davantage à mes attentes.

Des filles de la côte Est - Courtney Eldridge
Editions 10-18 (2010) - 234 pages - 7,40€
traduit de l'anglais (USA) par Evelyne Gauthier

Présentation de l'éditeur : Elles ont toutes un petit grain, ces filles de la côte Est ! A commencer par Courtney Eldridge elle-même, qui nous conte par le menu, dans la première nouvelle, tous les projets de récits déjantés qui ont fini au panier, étouffés dans l'oeuf par ses angoisses d'écrivain. On la devine ailleurs : dans cette vendeuse en papeterie prise en otage par une cliente névrosée... Et les proches - réels ou imaginaires - de l'auteur ne sont pas en reste : il y a sa meilleure amie et sa phobie des requins de piscine, il y a cette mère alcoolique qui peine à communiquer avec sa fille lesbienne... Courtney Eldridge est une sacrée conteuse, de celles qui savent, définitivement, capter l'air du temps.

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