09/11/09

Une femme sans peur ~ Lee Jackson

10-18, coll. Grands Détectives, 2009 - 380 pages - 8,20€
traduit de l'anglais par Eric Moreau

une_femme_sans_peurSarah Tanner vient s'établir dans un quartier populaire de Londres, à Leather Lane, où elle ouvre son propre café sans faire état de son passé. Une femme célibataire, jolie, en bonne santé, voilà de quoi nourrir les conjonctures de la clique des mégères ! (Et c'est vrai que notre héroïne a bien roulé sa bosse, comme on va le découvrir petit à petit.) Ceci, on l'apprend après les retrouvailles par hasard avec George Phelps, une ancienne connaissance de Sarah, qui hélas est saigné à blanc quelques minutes après, dans une rue près du Dining & Coffee Rooms. Sarah n'est pas sûre d'elle, mais elle pense avoir vu le coupable. Un roussin à la carrure d'une brute épaisse, en clair il ne fait pas bon traîner dans les parages. Sarah se rend donc chez son ancienne protectrice, une tenancière qui répond au nom de Son Altesse, et qui a encore un certain courroux envers Sarah. L'entretien se passe mal, et les ennuis ne font que commencer pour Sarah.
La jeune femme se lance toute seule dans une enquête pour rendre justice à la disparition tragique de son ancien camarade. Ses pas l'entraînent dans les bas-fonds de Londres, dans des bouges répugnants, des maisons closes et des salles de jeux interdites, lesquelles sont fréquentées par le beau monde et la pègre, les ordures et les artistes maudits, des pauvres types désargentés, une noblesse parvenue et la gentry. Sarah Tanner est à l'aise partout, elle se drape dans les plus jolies toilettes ou préfère l'anonymat, elle change de patronyme comme de chemise, mais plus d'une fois elle flirte avec le diable et les dangers ne sont jamais très loin !
Heureusement, elle peut compter sur l'appui de son serveur, le vieux Ralph Grundy, et un ancien soupirant, Arthur DeSalle. Ensemble, ils vont découvrir un fabuleux traquenard dans lequel la cupidité et la duplicité font sacrément bon ménage.
C'est un excellent livre que j'ai pris plaisir à lire d'une traite, une plongée à donner des frissons dans un Londres victorien loin des fastes et du glamour, mais plutôt dans les ruelles sombres et nauséabondes. La crapule n'a pas de nom, et le crime n'a aucune limite. J'ai carrément dévoré les dernières pages tant j'étais abasourdie par ce que je découvrais.
Sarah Tanner est une nouvelle héroïne qui m'est apparue sympathique et attachante, je compte bien lire la suite de ses aventures dans L'Ange de Leather Lane (qui vient de paraître en septembre 09).

 

> le blog de l'auteur : http://catsmeatshop.blogspot.com/

Lee Jackson est un passionné du Londres victorien, décor de ses romans policiers historiques. Après Les secrets de Londres, sélectionné en 2003 pour l'Ellis Peters Historical Dagger Award, il a publié 5 romans dont Le Cadavre du métropolitain, premier tome d'une trilogie conduite par l'inspecteur Webb. Membre de la Crime Writers Association, il anime également un site consacré à l’histoire sociale et culturelle de l'Angleterre victorienne : www.victorianlondon.org

 

 

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25/09/09

L'âme détournée ~ R.N. Morris

10/18 Grands Détectives, 2009 - 410 pages - 8,90€
traduit de l'anglais par Bernard Cucchi

lame_detourneeJe sors de cette lecture complètement emballée et conquise par cette première rencontre avec Porphiri Pétrovitch, juge d'instruction à St-Petersbourg. Nous sommes en 1866, soit un an et demi après l'affaire Raskolnikov durant laquelle Pétrovitch a joué un rôle crucial pour mener l'enquête du double meurtre de Crime et Châtiment (de Dostoïevski).
Faut-il être fou ou audacieux pour mettre en scène un personnage tiré d'une oeuvre majeure et le faire évoluer dans une série dont l'ambition n'est nullement de s'inscrire chez les classiques, mais juste de divertir ?
Et si, tout simplement, il s'agissait là de talent, car le résultat est vraiment très, très bon.
Question ambiance, nous sommes servis. La Russie, donc, au milieu du 19° siècle. Nous sommes en plein hiver, il fait extrêmement froid, les rues sont couvertes de neige, les gens meurent de faim, ou dépensent leurs kopecks à boire de la vodka, les pauvres filles se prostituent, le crime crapuleux s'invite donc à la partie.
L'histoire s'ouvre sur la découverte de deux corps, la scène est particulièrement glauque et donne des frissons. Un nain a eu le crâne fracassé par un coup de hache et près de lui le corps d'un homme se balance au bout d'une corde. Ces deux-là se détestaient, il n'y a point d'indices qui impliquent le meurtre, bref la police conclue hâtivement au suicide succédant au remords.
Pétrovitch peste dans sa barbe, selon lui cette affaire est plus vicieuse et porte la signature d'un esprit retors et redoutable d'intelligence. Mais ses supérieurs lui mettent des bâtons dans les roues, le dossier est bouclé, jusqu'à ce qu'un nouvel élément relance l'enquête.
Nous allons encore en souper des bouges infâmes, des personnalités tordues et complexes, des ambitions étouffées, des mensonges et des trahisons, des secrets et de l'âme humaine souillée, bafouée et même déposée chez un prêteur sur gages !
C'est laid, grisâtre, oppressant et morose... mais c'est absolument captivant.
Je me suis surprise à tourner les pages de ce livre, prise au piège de ma propre fascination pour ce décor slave peuplé de personnages attachants, non dénués d'humour pour certains, même si cela reste très en retrait de la ligne principale. Quant à l'intrigue policière, elle m'est apparue parfaitement acceptable, entraînante d'un bout à l'autre pour un final plus ou moins imprévisible (j'avais flairé le coupable !).
Dernière info, l'auteur est anglais et a déjà écrit une nouvelle aventure de Porphiri Pétrovitch, A vengeful longing.

 

 

et un petit extrait pour se mettre dans le bain :

Le samovar gargouillait et sifflait en vibrant. Porphiri Pétrovitch et Anna Alexandrovna s'en détournèrent, comme dans un accès de pudeur. Elle lui désigna un sofa russe, or et marron. Quand il s'assit, une rafale de vent fit trembler les carreaux.
Le salon était tendu de brocatelle bleu pâle agrémentée de dorures sur les moulures rococo. L'air, humide, embaumait des vapeurs de thé. Les panneaux de rideaux de soi du même bleu que les brocatelles tombaient devant les trois grandes baies. La lumière qui filtrait du dehors déposait un reflet crémeux sur la robe sombre d'Anna Alexandrovna. Dans la cheminée de marbre, de courtes flammes, vives, affleuraient timidement sur une montagne de charbons rougeoyants.
- C'est un tel choc ! dit Anna Alexandrovna en regardant par la fenêtre, comme si elle commentait la violence soudaine des éléments. Comment est-ce arrivé ?
- Malheureusement, il semble bien qu'ils aient été assassinés, tous les deux.
- Non !
Elle le regarda, espérant trouver sur son visage une autre réponse.
- On a découvert leurs deux corps dans le parc Pétrovski.
- Le parc Pétrovski ?
Aucun doute : elle avait été troublée lorsqu'il avait mentionné le parc. Mais, déjà, elle surveillait ses réactions. Elle s'écarta un peu de Porphiri en se penchant en arrière. Il l'observait, guettant un signe, elle ne livra cependant plus rien.

 

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03/08/09

L'amour en kilt ~ Alexander McCall Smith

10-18 / Format 13-20 / 2009 -  446 pages - 14€
Traduit de l'anglais par Elisabeth Kern

amour_en_kiltC'est l'heure des retrouvailles entre le lecteur et les locataires du 44 Scotland Street, avec du changement à bord. Bruce a vendu son appartement, Pat s'est trouvée une nouvelle adresse qu'elle partage avec d'autres filles, Domenica a pris le large pour le détroit de Malacca, Angus est inconsolable, Bertie le jeune prodige de six ans a besoin d'air et mise toutes ses chances sur son rôle dans La Mélodie du bonheur, Big Lou est folle amoureuse et aveugle, tandis que Matthew se désespère du départ de Pat et trouve sa galerie d'art bien vide sans elle. La gentille Pat, toujours, a le béguin pour un dénommé Wolf, qui n'est autre que le petit copain de celle avec qui elle partage son nouvel appartement !
Le titre fait moyennement honneur au contenu, car l'histoire traite d'amour, certes, les sentiments vont et viennent, ainsi va la vie. Ce n'est pourtant pas le propos principal de cette série, qui s'en tient à décrire une chronique sympathique d'un quartier très convivial et de ses habitants.
Et on s'attache, on aime suivre leurs péripéties, être informé de ce qu'ils font et ce qu'ils deviennent. C'est un peu comme des amis, ou des proches. Pat, Bertie et son insupportable mère Irene (enceinte !), Angus, Domenica, Matthew, Big Lou ne sont plus des inconnus. Alexander McCall Smith y met naturellement beaucoup de sincérité et donne à son roman un sentiment de confort absolu. J'ai coutume de répéter que c'est loin d'être un coup de coeur, et pourtant j'y retourne chaque année. Chaque été, en fait. C'est devenu un rendez-vous sûr, sans grosse surprise, juste la certitude d'avoir 400 pages de dépaysement et de bien-être.

se rappeler les précédents épisodes : 44 Scotland street (2007) et Edimbourg express (2008) ; les deux titres sont disponibles en format poche.

clin d'oeil : Edimbourg n'était pas le genre de ville où les gens déclarent leur flamme, à la manière de quelque californien éperdu d'amour.

 

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02/07/09

La main de gloire ~ Jean Luc Bizien

la_main_de_gloireAyant beaucoup apprécié le volume précédent, La chambre mortuaire, je n'ai pas hésité à lire la suite des aventures de Sarah Englewood, jeune anglaise entrée au service de Simon Bloomberg, un aliéniste qui exerce son métier chez lui, dans sa maison-pyramide de la rue Mazarine, une sorte de cour des miracles, où il accueille ses patients avec lesquels il choisit de discuter pour mieux les guider vers la guérison. Cette méthode, pour l'époque, est absolument révolutionnaire et décriée par ses pairs !

Bref, de récents événements ont bouleversé la vie de Bloomberg (je maintiens le secret pour ceux qui n'ont pas lu le premier tome, car il s'agit d'éléments importants). L'homme est désormais apathique, et seul le dévouement de Sarah lui permet de ne pas sombrer dans une grave dépression. Tandis qu'à Paris l'exposition universelle bat son plein, les services de la Sûreté découvrent en pleine rue une main momifiée puis des cadavres en chaîne. Raoul Mesnard et Léonce Desnoyers sont sur les dents, il faut comprendre vite cet imbroglio macabre et prendre de court la presse. Pour cela, ils sollicitent le jugement éclairé de l'aliéniste Bloomberg, en dépit de sa léthargie consternante. Qui sait ? Un dossier peut en chasser un autre...

Ce deuxième livre confirme les qualités de cette série qui est riche, passionnante, avec des personnages complexes mais au charisme avéré. Il est nécessaire d'avoir lu le précédent roman pour bien comprendre celui-ci, lequel rassemble deux, trois points légèrement frustrants. Tout d'abord, dès les premiers chapitres, la part de documentation sur l'Expo de Paris est énorme, très importante, au risque de paraître trop didactique. L'intrigue policière est, par conséquence, plus en retrait et ne se déploie qu'à mi-parcours. Petite déception aussi de peu retrouver l'ambiance de la cour des miracles, si prenante et fascinante dans le livre précédent. A contrario, on croise des figures peu communes, comme Buffalo Bill, ou le magicien chinois Chung Ling Soo. Ce sont des détails infimes, car je le répète, cette série de JL Bizien est une formidable découverte !   

10/18 Grands Détectives, 2009 - 250 pages - 7,90€

Merci l'auteur ! Et vivement le prochain. ;o)

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08/03/09

La dernière enquête du chevalier Dupin - Fabrice Bourland

512338EWG_L__SS500_En seulement 116 pages, cet ouvrage est décrit par l'auteur comme un jeu littéraire et un jeu de l'esprit. C'est dans cette optique que je l'envisage, pas autrement ! Peut-on s'imaginer que la mort mystérieuse de Gérard de Nerval allait trouver sa réponse dans ces quelques feuillets ? Avant d'y répondre, j'aimerais que vous repreniez la lecture des Portes du sommeil du même Fabrice Bourland, où l'on découvre ses détectives de l'étrange, Singleton en tête, de passage à Paris pour une autre affaire criminelle, et qui ambitionnait de résoudre le mystère Nerval. Le poète français a été retrouvé pendu à un soupirail, rue de la Vieille-Lanterne, quatre-vingt ans plus tôt. Ses proches amis sont contre l'hypothèse d'un suicide, l'affaire serait plus confidentielle et dépasserait les limites de l'entendement. 
Bon joueur, Bourland a choisi de griffonner un ouvrage à part pour l'énigme Nerval. Très bon choix de créer une mise en scène fidèle et époustouflante ! Pour faire simple, et sans trop dévoiler, on y trouve un bon ami narrateur, Randolph, et un fin limier qui ne compte plus ses exploits, le chevalier Dupin. A Paris, au milieu du 19ème siècle, nos deux compères vont enquêter sur la disparition du poète Nerval. La théorie rapportée est extravagante, mais l'histoire en elle-même est bien troussée, décrivant fidèlement une ville en pleine évolution, avec des personnages qui ne manquent ni de panache ni d'intelligence. On se laisse gagner par l'entrain, totalement transporté par ce voyage dans le temps. Et jusqu'à la dernière page, les révélations ne manquent pas et soulèvent un gentil sourire sur les lèvres du lecteur.
Agréable divertissement, et un joli hommage à la littérature en général (on y trouve, en plus des références, des clins d'oeil culottés mais pertinents). J'ai beaucoup aimé, bien évidemment.

10-18, 2009 - 116 pages - 6,60€

Du même auteur :


02/03/09

La chambre mortuaire - Jean Luc Bizien

51PL8DsiRoL__SS500_Paris, 1888. La réputation de Simon Bloomberg est quelque peu traînée dans la boue car ses méthodes d'aliéniste dérangent. Ses confrères colportent les rumeurs les plus folles sur le propriétaire de l'hôtel particulier de la rue Mazarine. Sarah Englewood, jeune sujette britannique échouée en France, vient d'obtenir une place de gouvernante dans ce lieu austère, décoré de bibelots étranges et de trésors archéologiques. On trouve aussi des chimpanzés dans une cage, des couloirs à n'en plus finir, une architecture pyramidale et des employés fantomatiques, tantôt revêches ou teigneux, mais compatissants. Pourquoi ? Un vrai mystère plane sur cette maison, les gouvernantes défilent et le docteur Bloomberg est évasif sur sa femme Elzbiéta, une égyptologue qui brille par son absence.

Un soir, en lisant le journal, Sarah découvre l'affaire de la rue Dauphine - un homme s'est jeté du toit de son immeuble et s'est écrasé sur la voie publique, offrant un spectacle répugnant. Mais elle ignore que le cadavre, amené à la morgue, a mystérieusement disparu en pleine nuit. Cette anomalie fait perdre toute raison scientifique aux enquêteurs, Léonce Desnoyers et Raoul Mesnard, qui ne sont pas au bout de leurs surprises !

Ce roman tient toutes les promesses. En adoptant un ton feuilletonesque, Jean-Luc Bizien a redonné vie à un Paris très 19ème siècle, très coloré et très étrange par instants. Ambiance :

« Paris est un océan de goudron ce soir.
Au coeur des ténèbres, la Seine s'étire paresseusement, reptile ventru à la formidable musculature. En cette morne soirée, Paris ne vit plus, Paris s'est éteint. Quelques épaves, l'esprit engourdi par l'absinthe ou la drogue, hantent encore ses ruelles. Les plus chanceux atteindront leur domicile sans heurts. Les autres tomberont sous les coups des crocheteurs, ou seront happés par les roues d'un fiacre jaillissant de nulle part. Des chiens trop maigres les regardent passer. Leurs yeux chassieux s'interrogent un instant : faudra-t-il disputer le territoire, défendre les déchets trouvés sur les pavés luisants ? Mais déjà les danseurs de l'aube s'éloignent. Leurs pieds lourds battent le pavé. L'écho va s'amenuisant. Le calme et le silence retombent.
L'ombre est de nouveau maîtresse.
»

Le couple Simon Bloomberg et Sarah Englewood offre également un joli cliché, l'homme paraît un peu rustre, on ne sait pas bien où est passée son épouse, et les nuits du docteur sont hantées par des cauchemars qui réveillent toute la maisonnée. Sarah est une jeune femme de toute beauté, curieuse et vive d'esprit. Elle s'émeut avec raison des faits bouleversants qu'elle découvre auprès de Bloomberg mais elle apprend vite, et elle n'est pas cette jouvencelle aux abois qui tomberait dans les pommes à force de côtoyer la cour des miracles de la rue Mazarine !

Un premier tome captivant, le suivant est annoncé pour début juillet.

10-18, 2009 - 430 pages - 8,60€

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A l’occasion de la sortie du livre de Jean-Luc Bizien “La chambre mortuaire” les éditions 10/18 ainsi que les sites Zonelivre et Plume libre vous offrent la possibilité de remporter l’un des 10 livres mis en jeu. Pour remporter l’un des dix livres mis en jeu, il vous suffit de répondre aux questions { Infos ici }  avant le 05/03/2009 à 23:59:59 . Une question subsidiaire départagera les gagnants. 

06/02/09

Miracle à Speedy Motors - Alexander McCall Smith

« Raconter une histoire, comme tout ou presque dans cette vie, était toujours plus facile avec une tasse de thé entre les mains. »

61DjQUPgkUL__SS500_Je quitte le climat islandais, glacial et giflant, pour une destination plus exotique, plus chaude. En route pour le Botswana ! Il est temps de faire connaissance avec la célébrissime Precious Ramotswe, détective privée de son état. Autant dire que j'ai adoré ! C'est une femme pétillante, attachante, une femme intelligente, aimante. Elle est attentive, reçoit toutes les lettres de doléances de ses semblables, qu'elle lit scrupuleusement. Elle ne rechigne jamais à venir en aide, comme cette femme, Mma Sebina, qui recherche sa famille qu'elle ne connaît pas. Elle pense avoir été adoptée, mais sa mère est morte et a soufflé à l'infirmière qu'elle n'avait pas eu le temps d'annoncer une nouvelle très importante à sa fille. C'est comme chercher une aiguille dans une meule de foin ! Allez, une tasse de thé rouge et la journée peut commencer. Celle-ci s'annonce radieuse si Mma Makutsi, son assistante, pousse la porte de l'agence avec un sac de beignets. Mais c'est plus délicat si nous ne sommes pas un vendredi, car cela sous-entend que Mma Makutsi, avec ses grosses lunettes, a des soucis - probablement liés à ses récentes fiançailles. Qui sait ? Mma Makutsi n'est pas une femme commode, il faut du tact et de la patience pour la cerner. Le temps aidant, peut-être notre dame va s'adoucir et se mettre à parler... Mma Ramotswe refuse de s'inquiéter. Il faut dire aussi qu'elle a d'autres ennuis, comme de recevoir des lettres d'insultes dans son courrier pour l'agence. Elle s'en ouvre à son cher Mr J.L.B. Matekoni, qui pense très franchement que la plaisanterie a assez duré et que Mma Ramotswe doit cesser son activité de détective. C'est devenu trop dangereux.

Il faut savourer cette série, elle est reposante, dépaysante aussi. On y trouve, en plus de la douceur, du charme, du doigté, du flegme, de la sagesse. Des personnages hauts en couleurs. Des situations parfois burlesques. Des descriptions sur le décor botswanais, à couper le souffle. Des détails sur la culture africaine. Des réflexions sur les femmes, les vraies héroïnes, celles qui pourraient aider le continent, en pleine évolution, à se relever. Question enquête, il ne faut pas s'attendre à de l'action ni à du rebondissement en pagaille. C'est plutôt calme sur ce plan-là. Après, il faut savoir ce qu'on attend, ce qu'on cherche et ce qu'on espère. Je ne crois pas me tromper en affirmant que la série Mma Ramotswe est un vrai panier de fruits (ça donne la banane, la pêche etc.). C'est simple comme bonjour, et ça vous fait chaud au coeur. Vous allez en boire des litres de thé rouge à suivre ces aventures pleines de sourire ! C'est une série doudou !!! Foncez.

10-18, Coll. Grands Détectives, 2009 - 253 pages - 7,40€
Traduit de l'anglais par Elisabeth Kern

La série Mma Ramotswe comprend :

  • Mma Ramotswe Détective
  • Les larmes de la girage
  • Vague à l'âme au Botswana
  • La vie comme elle va
  • Les mots perdus du Kalahari
  • En charmante compagnie
  • 1 Cobra, 2 Souliers et beaucoup d'ennuis
  • Le bon mari de Zebra Drive
  • Miracle à Speedy Motors

Tous les titres sont disponibles chez 10-18.   

24/09/08

Le miroir des ombres - Brigitte Aubert

Nous sommes en 1891, Louis Denfert est reporter au Petit Eclaireur. Envoyé par son chef à Dijon, il doit enquêter sur l'affaire criminelle qui fait scandale : le corps d'une gouvernante anglaise, Mathilda Courray, 32 ans, vient d'être découvert, découpé en petits morceaux, dans le train de nuit Paris-Marseille. A peine arrivé sur les lieux, Louis est victime d'une agression et doit la vie sauve à un certain Emile Germain, ancien baroudeur revenu d'Asie. Dans la bataille, notre journaliste a perdu son carnet de notes. Plutôt étrange ! Un calepin contre un portefeuille ? Denfert n'a pas fini d'en voir de toutes les couleurs, il s'embarque pour Leeds pour mieux cerner la personnalité de la femme décédée, et dans le même temps il apprend la disparition d'un inventeur franco-anglais survenu un an auparavant, dans le même train. Ce type aurait eu des accointances avec Mathilda Courray, en plus d'avoir appartenu à une loge maçonnique.

D'autres révélations inattendues vont poindre au cours de ces 370 pages rythmnées, rafraîchissantes et exécutées avec virtuosité. L'enquête est entraînante, digne d'un roman-feuilleton (très à la mode, au 19ème siècle !). L'impression d'une fidèle reproduction est flagrante, tant dans le décor que dans les personnages. Et déceler le vrai du faux devient un véritable challenge, Jack the Ripper ou Mr Hyde, et puis cet homme qui rôde dans l'ombre, dont le sourire animal fiche la frousse... Beaucoup de verve dans la plume, cette nouvelle série dépeint un siècle élégant et inquiétant, fait intervenir la scène littéraire et artistique de l'époque (Schwob, Rostand, Conan Doyle, Degas) et introduit même le cinéma ! C'est enlevé, vif, éclatant. Une liqueur tonifiante, un peu lourde aussi, tant l'auteur a vrai de vrai bûché son sujet (trop de cumul des détails, par exemple, cela casse le rythme et donne le sentiment d'un catalogue !).

Page de présentation de l'éditeur, avec 1er chapitre à télécharger

10-18, septembre 2008 - coll. Grands Détectives - 370 pages / 8,60€

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07/08/08

La nouvelle amie - Emily Perkins

Naître, vivre et mourir. Telle pourrait être la devise de ce bled paumé où grandissent Julia, Rachel et Chicky, trois lycéennes de dix-sept ans. L'inactivité est la principale maîtresse, les jeunes traînent, font les quatre cent coups, boivent, fument de la drogue, couchent ensemble. Cette jeunesse désoeuvrée, livrée à elle-même, n'a guère d'autres choix : la rivière est polluée, la piscine fermée par suite d'un drame survenu trois ans auparavant, et la bibliothèque en rupture de stock.
Heureusement l'arrivée de Miranda, universitaire tout droit débarquée de la grande ville, va donner de l'animation en proposant un atelier de découverte de soi durant tout l'été.
Julia se sent étrangement attirée par cette jeune femme, intriguée et fascinée par ce qu'elle représente : une bouffée d'air frais. Assez belle, très maquillée, sapée de tenues originales, Miranda détonne. Or, très vite, il apparaît qu'elle va se transformer (un peu malgré elle) en assistante sociale chargée d'écouter, d'aider et de soutenir cette communauté sclérosée. D'un autre côté, sa présence dérange car elle révèle et fait exploser ce que cette bourgade a toujours mis sous soupape de sécurité.
Julia ne le sait pas encore, mais ses camarades le perçoivent déjà, car cet été va être un grand tournant dans leur vie.   

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L'auteur ne triche pas à décrire ce qu'est l'ambiance de ce bled paumé, habité par des ringards, pas tous des mauvais bougres, mais la jeunesse est particulièrement désespérante, ruant droit dans le mur pour reproduire le schéma parental. Au début, c'est plombant et grinçant. Cette "version pétasses des trois soeurs de Tchekov" est assez saoulante et excessive... avant de se révéler attachante puis touchante.
Car finalement on ne fait pas que "suivre" le trio des trois meilleures amies, mais aussi leur famille. Ce microcosme nous offre une carte postale flippante de leur vie - ce n'est pas morose mais statique. Des générations entières s'encroûtent dans ce bled paumé, se complaisent dans leurs cancans et n'hésitent pas à se jeter sur la nouveauté, en l'occurence Miranda qui déboule avec ses grandes idées, prête à remodeler leur train-train, alors qu'on ne sait rien d'elle ; et ce n'est pas plus mal : la jeune femme ne s'en vante pas, mais elle fuit le spectre d'une liaison douloureuse.

Âmes désespérées et perdues, douleurs de l'adolescence, ce sont en gros les ficelles du roman. Après un décollage difficile, l'histoire parvient à s'ouvrir et nous capturer. C'est une chronique d'un été, décrite dans un milieu qui n'est ni tendre ni doucereux, et pourtant ce n'est pas non plus dévastateur. Le moral reste au beau fixe, tant on s'intéresse à chaque personnage et on souhaite en savoir toujours plus sur chacun. Un peu passé inaperçu au moment de sa sortie en 2003, ce roman s'offre une deuxième chance, en format poche, qu'il serait dommage de louper !

10/18, juillet 2008 - 300 pages (Plon, mars 2003)

traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff

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06/08/08

Edimbourg Express - Alexander McCall Smith

J'avais bien aimé le tome 1, sans sauter au plafond.
En lisant le deuxième tome je me rends compte, finalement, que je m'étais beaucoup attachée à cette communauté du 44 Scotland Street.
Cette fois-ci, ce n'est pas Bruce Anderson qui nous agace, mais Irene Pollock. La maman de Bertie, cinq ans trois-quart, est une femme abusive, qui nourrit des ambitions démesurées pour son fils. Ce dernier ne rêve que d'une chose : être un enfant comme les autres, pouvoir jouer au rugby, arrêter de porter du rose et sa salopette framboise, qu'il aimerait troquer contre un jean par exemple.
Ses entretiens avec le Dr Fairbairn l'ennuient, et le garçon a l'intime conviction d'être le lien de transition entre cet homme et sa mère, qui seraient secrètement amoureux l'un de l'autre.
Heureusement, Stuart, le père, se charge de s'impliquer dans l'éducation de son fils et devient un contre-poids fort appréciable (la virée à Glasgow, pour récupérer le véhicule oublié depuis des mois, est mémorable !).

Qu'en est-il de Bruce, alors ? Notre ancien expert immobilier se lance dans une nouvelle carrière et décide d'ouvrir une "vinothèque" grâce au fonds d'investissement d'un copain d'école. L'arrivée d'une fiancée va faire tanguer la barque et la suite de l'entreprise s'annonce particulièrement "poilante" !

Sa colocataire, Pat, va renconter un séduisant barman, Peter, grâce à Domenica. Mais le gros problème est de savoir si oui ou non ce jeune homme est gay. Autre révélation le concernant : c'est un nudiste, et Pat est cordialement invitée à se joindre à un pique-nique dans les jardins de Moray Place pour son "initiation". Osera-t-elle se jeter à l'eau ? Ce serait pour elle l'occasion de "grandir", de s'afficher et s'affirmer. De cerner ce qu'elle désire, dans la vie. Elle vient déjà d'annoncer à son père qu'elle abandonnait St Andrews pour l'université d'Edimbourg.
Un bon début, qui soulage ce papa anxieux...

A la galerie Something Special, Matthew cherche toujours un sens à sa vie. Il s'aperçoit que son père, Gordon, ne s'embarrasse pas d'en profiter et lui présente sa nouvelle fiancée, Janis, qui n'est pas au goût du fiston.
Et la vie continue à Scotland Street, avec son lot de bonnes nouvelles et de rebondissements surprenants (Bruce, encore et toujours !).

A noter qu'un troisième livre est déjà publié en Angleterre, qui donne la parole à ce cher Bertie. Cette suite est évidemment attendue avec une gentille expectative. Ce n'est peut-être pas ma lecture préférée, mais j'éprouve une grande amitié pour tous les personnages (principaux et secondaires) de cette chronique sans prétention, et qui dépayse du climat californien (la série d'Armistead Maupin) pour la contrée écossaise ! Et puis un certain retournement de situation, en fin de ce tome 2, ne peut qu'inciter à découvrir cette suite !
A déguster, donc.... avec plaisir.

IMGP5943

Editions 10/18, 2008 pour la traduction française - 430 pages - 14€

traduit de l'anglais par Elisabeth Kern

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