06/01/11

Des filles de la côte Est

IMG_1916Bouh, la claque ! Enfin, celle qui fait mal et donne envie de pleurer. Parce que j'ai été ultra déçue par ce deuxième livre de Courtney Eldridge. J'avais aimé son roman, Record à battre (Phébus, 2005), c'était un bon coup de pied aux fesses au cours d'un été ronronnant, et je pensais que les retrouvailles seraient dans le même genre. Pas du tout ! D'abord, c'est un recueil de nouvelles - comptez sept titres pour 230 pages. Et qu'est-ce que c'est long ! Ohlala. Je n'ai rien contre l'exercice de la nouvelle, alors le problème ne se pose pas. Et Courtney Eldridge, oui j'aime bien. C'est frais, ça parle beaucoup, c'est parfois drôle et sarcastique, c'est fort aussi, car on sent la détresse derrière le grotesque (Becky, la cliente en fauteuil roulant, harcèle au téléphone Rachel, la vendeuse du bloomingdale's. Et pourquoi ? On se le demande !) (ou cette copine qui a la phobie des requins, jusqu'à les imaginer dans une piscine, et qui se prive de tremper le moindre orteil dans l'eau, pff, mais où va-t-on ?!). Non franchement je me suis ennuyée, l'auteur est la reine de la digression, sauf que cette fois l'effet est loupé. On perd vite le fil, on bâille, on soupire, on regarde les aiguilles tourner, on attend, on re-soupire, qu'est-ce que ça peut être bavard. Ahlala. Je ne cache pas mon ennui, malgré un soupçon d'intérêt pour le premier texte, qui évoque en long, en large et en travers le challenge des 5 premiers mots d'un texte. Ceux qui marquent et lancent l'histoire. Ceux qui font tout. Hélas ça duuure... Et finalement mon esprit s'évade. Bref, je suis déçue, vraiment déçue. J'espère que son prochain livre répondra davantage à mes attentes.

Des filles de la côte Est - Courtney Eldridge
Editions 10-18 (2010) - 234 pages - 7,40€
traduit de l'anglais (USA) par Evelyne Gauthier

Présentation de l'éditeur : Elles ont toutes un petit grain, ces filles de la côte Est ! A commencer par Courtney Eldridge elle-même, qui nous conte par le menu, dans la première nouvelle, tous les projets de récits déjantés qui ont fini au panier, étouffés dans l'oeuf par ses angoisses d'écrivain. On la devine ailleurs : dans cette vendeuse en papeterie prise en otage par une cliente névrosée... Et les proches - réels ou imaginaires - de l'auteur ne sont pas en reste : il y a sa meilleure amie et sa phobie des requins de piscine, il y a cette mère alcoolique qui peine à communiquer avec sa fille lesbienne... Courtney Eldridge est une sacrée conteuse, de celles qui savent, définitivement, capter l'air du temps.

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14/12/10

Demain sera un beau jour. Je te remercie du fond du coeur, Emily...

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C'est le traditionnel rendez-vous de Noël, Anne Perry nous propose pour 2010 l'histoire d'Emily Radley, la belle-soeur de Thomas Pitt, expédiée en rase campagne au chevet d'une tante mourante, et ce à la veille des fêtes qu'elle envisageait de passer en famille. Contrainte et forcée, essentiellement par charité d'âme, Emily débarque donc dans le Connemara, dans un petit village paisible, où chacun semble sur la retenue, pour une raison qu'Emily peine à comprendre. Un soir de tempête, un navire fait naufrage et un jeune homme est retrouvé sur la plage. C'est la petite goutte qui fait déborder le vase. Simple observatrice, Emily constate que l'arrivée de Daniel, totalement amnésique, bouleverse les habitants. Quelques années auparavant, le même incident était déjà survenu. Le retour du naufragé semble réveiller les vieux démons, et en discutant avec sa tante, Emily comprend les rééls motifs de sa venue en Irlande.

Dans l'ensemble, l'action est classique et l'enquête purement factuelle. On sait que cette collection s'inscrit davantage dans un rituel, néanmoins j'ai toujours plaisir à y souscrire. Cette fois, le cadre irlandais est magnifique, de prime abord hostile et sauvage, les secrets ont fait leur nid chez les habitants de ce village traumatisé par un drame du passé. Et Emily va plutôt bien tirer son épingle du jeu, se rapprochant de sa tante qu'elle ne connaissait pas du tout, renouant ainsi avec ses propres histoires familiales, et découvrant aussi qu'elle manquait de confiance en elle et en son couple. Cette escapade irlandaise aura permis à tout un chacun de faire la paix avec ses fantômes. Ce n'est, certes, pas révolutionnaire mais ça se lit avec plaisir. Et puis la couverture est de toute beauté.

La révélation de Noël - Anne Perry
Editions 10-18, coll. Grands Détectives (2010) - 184 pages - 10€
traduit de l'anglais par Pascale Haas

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17/11/10

La douce tranquillité des samedis

mccall_smith

Je n'avais pas encore lu la série avec Isabel Dalhousie alors que j'apprécie beaucoup Alexander McCall Smith (Mma Ramotswe, Les chroniques d'Edimbourg) et le hasard faisant souvent bien les choses ... C'est donc avec La douce tranquillité des samedis que je me suis lancée.

Isabel est une femme d'une quarantaine d'années, fort aisée, qui dirige la très sérieuse Revue d'éthique appliquée. Elle a un enfant, Charlie, et un compagnon, Jamie, de quinze ans son cadet. Il faut vraiment que je me mette à jour concernant cette relation, car ici on découvre une femme amoureuse et sur la réserve, elle ne souhaite pas étouffer son jeune amant, et tremble à l'idée de le perdre. C'est donc une Isabel jalouse et peu sûre d'elle en amour que je rencontre, sauf que ce serait trop réducteur de la qualifier ainsi, aussi j'ai pesté in petto d'avoir loupé les précédents épisodes (mais je me suis promise de ne pas en rester là afin de mieux évaluer les personnalités et connaître les petites histoires de chacun).

En attendant, ce que j'aperçois me plaît beaucoup ! McCall Smith, une fois encore, réussit à nous bercer dans un cocon chaleureux et pratiquement familier. On s'y sent bien, à Edimbourg, dans les quartiers chics, les parcs municipaux, la boutique de Cat ou dans les couloirs du Queen's Hall. C'est confortable, je m'étais d'abord leurrée en m'imaginant à une autre époque que celle proposée par l'auteur (l'époque contemporaine, tout bonnement !), tant Edimbourg donne l'illusion d'appartenir à un autre temps.

Ce n'est bien évidemment pas l'intrigue policière qui retiendra mon attention, l'histoire d'un homme, un médecin, qui répugne d'avoir été mis au pilori suite à un scandale pharmaceutique. L'épouse de cet homme demande l'assistance d'Isabel, mais il est davantage intéressant de la suivre dans sa vie de tous les jours, d'apprendre à connaître Eddie, qui travaille chez Cat (laquelle part en vacances au Sri-Lanka et demande à Isabel de la remplacer), ou de discuter avec Grace, la gouvernante, sans oublier Jamie, pour qui son petit coeur de femme amoureuse bat fort, beaucoup trop fort. Et à raison ! (Jamie est charmant !) Bref, je compte bien rattraper mon retard, et découvrir un peu mieux cette série sympathique, pas révolutionnaire, mais qui possède le gros avantage de nous absorber dans son univers douillet.

La douce tranquillité des samedis - Alexander McCall Smith
10-18 coll. Grands détectives (2010) - 285 pages - 7,90€
Traduit de l'anglais par Martine Skopan

A découvrir (dans l'ordre) :

  • Le Club des philosophes amateurs

  • Amis, amants, chocolat

  • Une question d'attitude

  • Le bon usage des compliments

  • La douce tranquillité des samedis

  • L'importance d'être reconnaissant

04/09/10

Prends garde à toi !

Prends garde à toi

Très souvent, les intrigues de Patricia Wentworth ne sont pas ébouriffantes et on devine très vite la fin à des kilomètres à la ronde. Or, cette fois, même si le doute était semé, j'ai aussi été plus d'une fois étonnée par les retournements de situation. La dame ne déroge pas à ses principes : jamais de sang, pas de poursuite infernale, aucune scène qui pousse le sensationnalisme sur le devant, les enquêteurs boivent le thé devant un bon feu de cheminée et dissertent, entourés de livres et d'un perroquet bavard. Non, franchement, nous sommes loin des nouvelles modes du genre policier. L'enquête ici se base sur un climat de suspicion, voilà la grande force de l'histoire (en plus de ce que je considère comme l'élégance du style, les personnages charmants et agaçants, le ton guindé et raffiné, le petit côté rétro, mais pas vieillot).

Nous avons en tête Rosalind Denny, veuve depuis dix-huit mois, dont le mari Gilbert a mis fin à ses jours lors d'une sortie en mer. Il était sous-secrétaire au Forein Office, jouissait d'une carrière florissante, avait le tapis rouge à ses pieds, hélas il semblerait qu'un prochain scandale pouvait l'éclabousser et qu'il ne l'aurait pas supporté. Or, Rosalind réfute ces accusations. Selon elle, il aurait été tué ou poussé au crime. Son cousin, le colonel Garrett (déjà croisé dans L'appel du danger), assisté du sémillant BCH Smith, commence à entrevoir l'aube d'un complot. D'autres politiciens ont été récemment acculés à la retraite professionnelle, seulement l'un d'eux, Bernard Mannister, a choisi la méthode tapageuse, en forçant le ton et en brassant l'air de ses bras. De plus, son nouveau secrétaire particulier, Jeremy Ware, travaillait également pour Gilbert.

Et ainsi tourne la roue. Car Jeremy réalise avec stupeur qu'il serait lui aussi visé par ce complot, qu'on chercherait à le tenir responsable de contre-espionnage, et sans l'intervention d'une demoiselle, qui lui apparaît la nuit, tel un fantôme, avant de disparaître dans les couloirs souterrains de la maison de Mannister, Jeremy serait dans de beaux draps. Mais sa cote de crédibilité a cruellement chuté, il se sent seul, raison de plus pour démasquer le coupable et faire éclater la vérité, découvrir l'identité de la jeune fille somnabule, reconquérir la confiance de Rosalind, laquelle est tombée dans les pièges du spiritisme... Bref, l'intrigue nous réserve son lot de surprises, toutes très agréables, le climat d'après-guerre rend l'ensemble captivant, mais jamais pesant. Cela confirme mon sentiment, lire ou relire Patricia Wentworth n'est jamais décevant !

10-18, collection Grands Détectives (2008) - 282 pages
traduit de l'an
glais par Anne-Marie Carrière 

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06/04/10

Cette nuit-là, nous écoutâmes jusqu'au petit matin le Pr Rufus Aloysius Winwood deviser des mystères sublimes et redoutables ...

... de la nature en sirotant des verres de brandy additionnés de quelques gouttes d'eau de Dantzig.

diable_du_crystal_palaceCette série de Fabrice Bourland s'inscrit sous le patronage de Conan Doyle, ou je ne m'y connais pas. On y retrouve notre duo d'enquêteurs curieux et insatiables - Andrew Singleton et James Trelawney - de retour d'une énième résolution d'affaire qui prend généralement une tournure extraordinaire et fantastique. Des vacances s'imposent mais une jeune femme à la beauté éthérée s'introduit dans leur salon, le regard éploré et la mine aux abois, c'en est trop pour le petit coeur de Singleton qui s'empare du dossier de la disparition de son fiancé avec un zèle étourdissant. Frederic Beckford, entomologiste au British Museum, n'a donc plus donné signe de vie depuis une semaine. Sa fiancée a remarqué quelques signes d'agitation après la lecture d'un entrefilet dans le journal : un fait divers relatant un accident peu banal d'un taxi avec un tigre. Le chauffeur assure avoir renversé l'animal mais ne peut en apporter la preuve puisque le corps a aussitôt disparu. L'anecdote est encore plus troublante lorsque les détectives rencontrent le témoin qui décrit une créature ressemblant à un énorme chat aux dents longues. Singleton et Trelawney vont alors s'appuyer sur l'assistance et la science du Pr Winwood, un zoologiste réputé, qui leur fait découvrir le monde merveilleux des dossiers secrets de la zoologie.

Fidèle à sa réputation galopante, cette série nous entraîne donc vers une nouvelle aventure pour les amoureux de l'étrange et du fantastique. J'ai cru me perdre et friser l'ennui car le sujet abordé est original mais pas forcément ma tasse de thé, mais je suis une férue de cette série à la touche si délicieusement british, même si elle est écrite par un auteur français, qui se revendique un admirateur d'Edgar Poe, Jean Ray, Stevenson et Hoffmann. L'aura de Sherlock Holmes est également très présente ; Conan Doyle est d'ailleurs repris et cité dans le livre, à travers son Monde perdu ("C'était le diable en personne, tel que nous nous le figurions dans notre enfance.").

Donc, je me suis passionnée pour cette enquête, contre toute attente. J'apprécie l'humour et la vivacité du récit, la nature des personnages (on peut savourer la description morphologique de l'un d'eux "tout en rotondité"), Singleton et Trelawnay sont, pour leur part, assez stéréotypés et calqués sur d'autres référents (Sherlock et Watson) bien que leur personnalité fait aussi montre d'une extravagance appréciable et détachée. La finesse et la richesse de l'intrigue rendent définitivement la lecture délectable. C'est bien documenté, raconté sur un ton rythmé et passionnant, l'enquête connaît certains rebondissements plutôt étonnants. J'apprécie infiniment l'ambiance et mes retrouvailles avec Singleton et Trelawnay ont toujours le goût de trop peu. Vivement le prochain ! L'époque historique (nous sommes en 1936) se prête à d'autres trouvailles enthousiasmantes.

Le diable du Crystal Palace ~ Fabrice Bourland
Grands détectives - 10/18  (2010) - 275 pages - 7,00€

dans la même série : Le fantôme de Baker Street & Les portes du sommeil

 

 


30/01/10

Oscar, Gyles et moi

Je suis en train de lire Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles (Grands détectives, 10/18). Je me régale !  C'est après avoir terminé ma lecture du roman de Martha Grimes avec Henry James que j'ai eu cette envie. Il n'y a pas photo, je suis sensible aux ambiances et cette série me gâte !

Dans la maison, tout était de la meilleure qualité et tout, ou du moins presque tout, était d'une seule couleur : blanc. Dans le salon, les rideaux étaient blancs, les murs étaient blancs. Pareillement, tout était blanc dans la salle à manger, à l'exception d'un lustre couleur cerise. Il pendait au milieu de la pièce, juste au-dessus d'une statuette en terre cuite posée sur une nappe rouge en forme de losange, elle-même placée au milieu d'une table blanche. La composition était parfaite.

Cette description reflète le bon goût de l'appartement raffiné des Wilde, à Tite Street. C'est riche d'une précision qui ne paraît jamais ronflante ou pédante, comme partout dans le texte. Cela sent le travail appliqué et consciencieux, c'est bon comme un pain chaud, et même confondant, on croirait un Oscar Wilde plus vrai que nature, plus authentique que jamais. Il mange, boit, joue de son charme, fait montre d'intelligence et d'esprit, devient suspicieux, mystérieux et peut-être jaloux. C'est une personnalité fascinante, que Brandreth a merveilleusement cernée, sans tomber dans la complaisance ou la caricature.

Elle me prit par la main et, comme un camarade de jeu, me conduisit à travers la maison à la recherche d'Oscar. Nous le trouvâmes dans son fumoir de style mauresque, où rien n'était blanc sinon la mince volute de fumée qui s'élevait de sa cigarette. Il était étendu sur un divan, les yeux mi-clos. Il devait nous avoir entendus dès mon arrivée mais il n'avait pas bougé. Tandis que nous entrions dans la pièce, il leva sa cigarette d'un geste langoureux et, en l'observant, il la fit rouler entre son pouce et son index.
- Fumer une cigarette est l'exemple parfait d'un plaisir parfait, ne trouvez-vous pas ? C'est exquis tout en vous laissant sur votre faim.

Troublant, n'est-ce pas ?

Et puis c'est gourmand. Bavard. Absolument étourdissant.

Cet après-midi-là chez Simpson's, comme nous buvions et mangions, et buvions encore, nous demandant si nous nous autorisions à prendre un dessert et un feuilleté et du stilton (avec les vins assortis), il parla de maintes choses : de chaussures, de bateaux ou encore de cire à cacheter. S'il ne fut pas question de meurtre, sans doute évoqua-t-il la cuisson du chou (l'unique échec culinaire de Simpson's) et l'actualité des têtes couronnées (Oscar se passionnait pour la nouvelle de l'accession au trône d'Alexandre, l' "enfant-roi" de Serbie). Ce qui était remarquable avec la conversation d'Oscar, quelles que fussent les circonstances, c'était sa diversité et son imprédictibilité. Lors de ce repas se succédèrent à toute vitesse l'amour et la littérature, le rêve de William Morris d'une confédération d'Etats socialistes, l'opéra de Chabrier Le Roi malgré lui, son goût pour les marguerites, son horreur de Bayswater (et de la couleur magenta) et les treize étages du Tacoma Building à Chicago, le premier "gratte-ciel" du monde.

Cette lecture est pour moi une bonne surprise, car au-delà du classique attendu, c'est un roman policier qui se cache sous ce délire littéraire. Quel plaisir !

oscar_wilde_meurtre_chandellesL'histoire est racontée par Robert Sherard, arrière petit-fils du poète Wordsworth, et grand ami de l'écrivain. Il nous révèle un Oscar Wilde sous un autre jour, un Wilde fasciné par une oeuvre littéraire qui vient de paraître et qui fait grand bruit en 1889. Il s'agit d' Une étude en rouge d'Arthur Conan Doyle, le début d'une série à succès, on connaît l'histoire. D'après Sherard, Wilde se serait piqué d'imiter Sherlock Holmes pour prouver qu'il possédait en premier lieu le sens de l'observation et de la déduction, le célèbre apanage du détective. Holmes n'était qu'imitation et spéculation, voyez-vous.

Le roman s'ouvre alors qu'Oscar découvre le corps du jeune Billy Wood torturé et baignant dans son sang au centre d'un cercle de chandelles. Lorsqu'il décide de partager cette macabre découverte avec ses compagnons, Oscar tombe sur la chambre du 23, Crowley Street parfaitement vierge de tout crime.

L'histoire peut commencer.

 

Bon week-end à tous !

 

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles ~ Gyles Brandreth
10/18 Grands détectives (2008 Poche grand format) - 385 pages.
traduit de l'anglais (USA) par Jean-Baptiste Dupin

27/01/10

Mr. Zero ~ Patricia Wentworth

10/18 Grands Détectives, 2009 - 280 pages - 7,90€
traduit de l'anglais par Eric Moreau

Mr_Zero_de_Patricia_WentworthPrenez une ravissante idiote, Sylvia Colesborough, qui joue de l'argent en dépit de l'interdiction de son époux. Elle perd la somme de £500, s'en mord les doigts et s'acoquine avec un dénommé Mr. Zero qui est un odieux maître-chanteur. Forcée de dérober des documents importants, qui concernent la sécurité intérieure, notre tête de linotte n'a vraiment pas une once de jugeotte pour dire stop et avouer la vérité à son mari. A la place, elle court pleurnicher dans les bras de sa cousine, Gay Hardwicke, moins fortunée mais plus sensée qu'elle. Ceci dit, ce n'est pas bien compliqué de se révéler plus perspicace. Quelle idiote, cette Sylvia Colesborough ! Naïve, charmante, délicieuse et délicate, mais cruche et bête à manger du foin. Elle en devient une caricature exaspérante ! C'est une honte pour la gente féminine. Gay Hardwicke aussi est agacée par sa cousine, elle refuse de tremper un doigt dans ses affaires mais les événements vont se précipiter, et son ami, Algy Somers, va malgré lui devenir le suspect idéal.
C'est un fantastique jeu de quiproquos que nous offre ce roman, et c'est ce qui le rend attachant et captivant, car j'avais très vite deviné le coupable. L'intérêt a donc été ailleurs, mais ce fut tout aussi appréciable. J'ai purement savouré ce roman de Patricia Wentworth, c'est un bon cru de 1938, il n'est pas du tout poussiéreux, il est au contraire chic et raffiné. C'est dans cette catégorie de lecture qu'on peut trouver des phrases ampoulées qu'on détesterait ailleurs, mais qui ici prennent une élégance folle et séduisante.

Sylvia émit un profond soupir, se tamponna les yeux à l'aide d'un mouchoir mauve et ouvrit son sac de suède orné d'une initiale en diamants.
J'adore ! Il y a une foule de petits détails pour décrire cette bonne société anglaise, les dialogues sont divins, les personnages attachants, les toilettes vaporeuses. Les inspecteurs fournissent un travail minutieux qui consiste à beaucoup discuter, à cuisiner les témoins en buvant du thé, ce ne sont pas des hommes de terrain, l'enquête n'est pas franchement décoiffante mais ça fait aussi partie du charme de ce type de roman policier. C'est une lecture parfaitement délectable, qui permet de se poser, de savourer et de revoir ses classiques. C'est bon de renouer avec ses premières amours !!!

 

25/01/10

Le temps de la vengeance - R.N. Morris

10/18 Grands Détectives, 2010 - 440 pages - 8,90€
traduit de l'anglais par Bernard Cucchi

temps_de_la_vengeanceCe deuxième titre de la série des Mystères de Saint-Pétersbourg confirme tout le bien que j'avais pensé du premier, L'âme détournée. Nous retrouvons le magistrat Porphiri Pétrovich, assisté pour la première fois de Pavel Pavlovich Virginsky, un personnage déjà croisé dans le précédent volume dans des circonstances plus ou moins houleuses. Tandis que la ville étouffe sous une chaleur insoutenable, le canal empeste et les mouches envahissent les bureaux, le magistrat est appelé sur une horrible affaire de double homicide. Une mère et son fils ont été empoisonnés avec des chocolats, la scène est particulièrement dégoûtante et la douleur infligée aux victimes ne nous est d'ailleurs pas épargnée. Le mari est logiquement suspecté, il s'agit d'un docteur Martin Meyer, un éminent expert en toxicologie. Inutile de s'emballer car l'affaire n'est pas encore pesée, le fait qu'un colonel ait été assassiné dans son appartemment puis un alcoolique tombe raide dans la rue vient relancer cette étrange affaire, qui baigne dans les scènes de carnage et qui révèle les pires vicissitudes de l'âme humaine.
Nous étions déjà vaccinés avec L'âme détournée, mais nous renouvellons l'expérience avec ce Temps de la vengeance. C'est sombre et poisseux, particulièrement peu amène pour décrire l'humanité dans ce qu'il y a de plus sordide et abject. Et pourtant l'histoire n'est jamais totalement glauque ou répugnante, en dépit de la description très poussée des crimes et des morts violentes. L'ambiance de cette série policière est tout simplement captivante, servie par des personnages  aux particularités bien définies - Porphiri est un détective débonnaire, qui prend le temps de réfléchir au lieu d'agir, son nouvel assistant Virginsky s'enflamme avec ses grandes théories révolutionnaires, vite calmées par son supérieur, lequel rappelle le devoir de réserve et de service au tsar. Le duo fonctionne plutôt bien, révélant certaines facettes d'humour et de légèreté chez Porphiri, ce qui n'est pas pour déplaire au lecteur, car cela soulage la tension ressentie tout au long de la lecture. La plongée dans cette Russie du 19° siècle est âpre, le contraste entre les classes est vivement traité, les prémices de la révolution commencent donc à apparaître, mais ceci ne relègue jamais au second plan la trame principale, qui est bien évidemment l'intrigue policière, car tout est bien ficelé, inquiétant et seulement mis à jour dans les dernières pages !
En bref, cela reste une folie vengeresse parfaitement bluffante et brillante à découvrir.

 

08/01/10

Vérité et feuilles de thé ~ Alexander McCall Smith

mon dernier achat cd : zee avi, une demoiselle de vingt-trois ans, un talent énorme ... so sweet !

Côté lecture, voici pour répondre à votre besoin de dépaysement et d'exotisme, de réconfort ou de refuge littéraire, Mma Ramotswe et son sourire viennent à la rescousse ! 

... la petite fourgonnette blanche qui, depuis quelques mois, produisait par intermittence un bruit étrange, recommençait soudain, encore plus fort qu'auparavant. Certes, Mma Ramotswe venait de tourner dans Zebra Drive, et prendre un virage exigeait toujours un effort particulier du véhicule, ce qui avait à voir avec les suspensions et ce que Mr. J.L.B. Matekoni appelait élégamment la "répartition de la charge". Réfléchissant un jour à cette expression, Mma Ramotswe lui avait demandé avec, peut-être, un peu trop de brusquerie : "Et cette charge, je suppose, Mr. J.L.B. Matekoni, c'est moi ?"
Il avait détourné les yeux afin de masquer son embarras.
- On peut le dire comme cela, Mma Ramotswe. Mais il faut savoir que nous représentons tous une charge pour les véhicules. Même ces mannequins très maigres sont une charge...
Il s'était arrêté là. Ce n'était pas ainsi qu'il parviendrait à se rattraper et Mma Ramotswe l'observait, attendant visiblement une suite.
Lorsqu'il était devenu clair qu'il n'avait rien à ajouter, la détective avait repris :
- Oui, Mr. J.L.B. Matekoni, il y a des femmes comme ça. Et hélas, on en voit même de plus en plus. Il y en a beaucoup désormais.
Elle avait marqué un temps d'arrêt, avant de poursuivre :
- Mais peut-être vont-elles commencer à disparaître. Elles vont maigrir encore et encore, devenir de plus en plus à la mode, et puis... pfffut... le vent les emportera.
Cette remarque avait réduit la tension et tous deux s'étaient mis à rire.
- ça leur apprendra ! s'était exclamé le garagiste. Elles seront emportées par le vent, alors que les autres dames seront toujours là, elles, parce que le vent ne sera pas assez puissant pour soulever...
Là encore, il s'était arrêté. Comme la fois précédente, Mma Ramotswe le dévisageait, guettant la suite.

Dans ce nouvel épisode, point de précipitation, beaucoup de contemplation et de réfléxion sur la vie qui coule tranquille. Au Botswana, on bichonne son postérieur, ses pieds, ses femmes et on se régale en buvant des litres de thé rouge. Hé hé. C'est ma conclusion hâtive, n'y faites pas attention ! Sans quoi, au passage, n'hésitez pas à tester la recette très relevée de Mma Makutsi et de son poulet piri-piri, en veillant à ne pas vous arroser le gosier de grandes rasades d'eau fraîche, non, non, souffrez en silence pour les beaux yeux de votre fiancé, il vous en remerciera la main sur le coeur. De là à conclure qu'il vous envisage comme la femme de son existence PARCE QUE vous savez cuisiner le poulet piri-piri, SA recette préférée, hmm... vous n'y allez pas de main morte ! Ceci étant, c'est une pécadille face à l'énorme confrontation qui s'annonce. Notre redoutable Mma Makutsi - redoutable par sa force de caractère, croyez-moi - va avoir d'autres chats à fouetter en apprenant que la nouvelle employée de son fiancé est Violet Sephotho ! Le cauchemar de Mma Makutsi. Une menteuse. Une tricheuse. Une oppportuniste. Certes, elle est ravissante et elle se sert de son sex-appeal pour obtenir tout ce qu'elle veut. Son nouvel objectif ne se nommerait-il pas Mr. Phuti Radiphuti ? Aïe.

Mma Ramotswe va devoir supporter de longues heures de complainte, de rage, de frustration... alors qu'elle-même doit se sermonner pour dire adieu à sa vieille fourgonnette blanche, son fidèle destrier, ni plus ni moins. Son cher et tendre Mr. J.L.B. Matekoni, excellent garagiste de son état, lui a déjà laissé entendre qu'il faut savoir se débarrasser des vieilles choses inutiles et dangereuses, mais Mma Ramotswe ne peut s'y résoudre. C'est une vieille histoire d'amitié, de partage, d'affection. C'est comme "une vache qui attend son heure sous un arbre". Mma Ramotswe, pour soulager la fourgonnette, choisit donc de faire le chemin à pied. Cela rappelle la discussion qui ouvre le roman, entre la détective et son assistante, mais marcher sous un soleil de plomb, sur des sentiers poussiéreux, avec la constitution qu'on lui connaît (il est écrit qu'elle est "traditionnellement" charpentée...), bref ceci nous donne une superbe et vilaine ampoule au pied ! Ouille.

Pas de grosse enquête, comme d'habitude. Beaucoup de personnages secondaires, d'anecdotes qui viennent se greffer à des petits bouts sans grande consistance. On connaît la recette, c'est simple, efficace, plaisant et reposant. Cette fois, un certain Leungo Molofololo réclame l'assistance de Mma Ramotswe pour démasquer le traître au sein de son équipe de football. Il est le président de la meilleure équipe du pays, mais depuis plusieurs mois leurs résultats sont déplorables, Mr. Molofololo est persuadé qu'on cherche à saboter son travail. Mma Ramotswe devra gagner la confiance des joueurs pour les cuisiner aux petits oignons et mettre à jour la supercherie. (La résolution, ma foi, est fidèle à l'image de la série !!!)

En refermant la dernière page, j'ai le sourire jusqu'aux oreilles. C'était bien, sans grande surprise, mais vraiment bien...

verite_et_feuilles_de_the

10-18 Grands Détectives, 2010 - 256 pages - 7,40€
traduit de l'anglais par Elisabeth Kern

Oui, encore ... c'est un très bon disque ! :)

09/11/09

Une femme sans peur ~ Lee Jackson

10-18, coll. Grands Détectives, 2009 - 380 pages - 8,20€
traduit de l'anglais par Eric Moreau

une_femme_sans_peurSarah Tanner vient s'établir dans un quartier populaire de Londres, à Leather Lane, où elle ouvre son propre café sans faire état de son passé. Une femme célibataire, jolie, en bonne santé, voilà de quoi nourrir les conjonctures de la clique des mégères ! (Et c'est vrai que notre héroïne a bien roulé sa bosse, comme on va le découvrir petit à petit.) Ceci, on l'apprend après les retrouvailles par hasard avec George Phelps, une ancienne connaissance de Sarah, qui hélas est saigné à blanc quelques minutes après, dans une rue près du Dining & Coffee Rooms. Sarah n'est pas sûre d'elle, mais elle pense avoir vu le coupable. Un roussin à la carrure d'une brute épaisse, en clair il ne fait pas bon traîner dans les parages. Sarah se rend donc chez son ancienne protectrice, une tenancière qui répond au nom de Son Altesse, et qui a encore un certain courroux envers Sarah. L'entretien se passe mal, et les ennuis ne font que commencer pour Sarah.
La jeune femme se lance toute seule dans une enquête pour rendre justice à la disparition tragique de son ancien camarade. Ses pas l'entraînent dans les bas-fonds de Londres, dans des bouges répugnants, des maisons closes et des salles de jeux interdites, lesquelles sont fréquentées par le beau monde et la pègre, les ordures et les artistes maudits, des pauvres types désargentés, une noblesse parvenue et la gentry. Sarah Tanner est à l'aise partout, elle se drape dans les plus jolies toilettes ou préfère l'anonymat, elle change de patronyme comme de chemise, mais plus d'une fois elle flirte avec le diable et les dangers ne sont jamais très loin !
Heureusement, elle peut compter sur l'appui de son serveur, le vieux Ralph Grundy, et un ancien soupirant, Arthur DeSalle. Ensemble, ils vont découvrir un fabuleux traquenard dans lequel la cupidité et la duplicité font sacrément bon ménage.
C'est un excellent livre que j'ai pris plaisir à lire d'une traite, une plongée à donner des frissons dans un Londres victorien loin des fastes et du glamour, mais plutôt dans les ruelles sombres et nauséabondes. La crapule n'a pas de nom, et le crime n'a aucune limite. J'ai carrément dévoré les dernières pages tant j'étais abasourdie par ce que je découvrais.
Sarah Tanner est une nouvelle héroïne qui m'est apparue sympathique et attachante, je compte bien lire la suite de ses aventures dans L'Ange de Leather Lane (qui vient de paraître en septembre 09).

 

> le blog de l'auteur : http://catsmeatshop.blogspot.com/

Lee Jackson est un passionné du Londres victorien, décor de ses romans policiers historiques. Après Les secrets de Londres, sélectionné en 2003 pour l'Ellis Peters Historical Dagger Award, il a publié 5 romans dont Le Cadavre du métropolitain, premier tome d'une trilogie conduite par l'inspecteur Webb. Membre de la Crime Writers Association, il anime également un site consacré à l’histoire sociale et culturelle de l'Angleterre victorienne : www.victorianlondon.org

 

 

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