10/05/09

L'homme barbelé ~ Béatrice Fontanel

homme_barbeleFerdinand était un mari et un père. Ferdinand a connu deux guerres, il est sorti en héros de la première et a été résistant durant la seconde. Ferdinand a été dénoncé, arrêté et déporté. Ferdinand est mort à Mauthausen. La famille de Ferdinand a poussé un soupir de soulagement.
Car cet homme avait du Mr Hyde en lui, c'était un tyran domestique, un monstre familier. Il hurlait, il jetait le rôti par la fenêtre, il empochait le salaire des enfants, il ne souriait jamais, il ne parlait pas, il était cet inconnu qu'on retrouve après la mort, soudain auréolé de louanges et de marques d'affection qui laissent ses proches dans l'indifférence.
La narratrice, bien des années après, décide d'écrire un livre qui ressemblerait à un documentaire mais de façon romancée sur cet homme aux deux visages. Elle rencontre les enfants de Ferdinand. Ils ont maintenant plus de quatre-vingt ans mais ils n'ont rien oublié et font revivre ce passé, en traversant les rues, les quartiers, en roulant toujours plus à l'est, sur les pas de Ferdinand.
« Ferdinand, monstre familier, marchait en nous, de son pas rude, infatigable. »
Au bout de 100 pages de lecture, hélas, j'avais le sentiment d'avoir déjà tout lu. Les 200 pages suivantes m'ont paru une répétition de faits et d'anecdotes pour aboutir à une conclusion déjà entendue. Ferdinand et ses deux facettes, la terreur domestique et le camarade jovial, un héros de guerre. Et à côté, il y a la famille qui n'est même pas surprise, mais soulagée. Les enfants ne semblent plus étonnés, la mécaniques des catastrophes, dit-on.
La construction du roman semble avoir dérapé accidentellement : au début, on comprend que le livre traite d'un drame familial, puis finalement il ne parle plus que de guerre. A ce sujet, il est très bien documenté, il retrace bien l'horreur des camps et la guerre des tranchées, la campagne de Syrie, etc. En tant que lectrice, toutefois, je n'ai pas été emballée plus que ça.
De plus, je n'ai pas le sentiment d'avoir trouvé la réponse à ma question : pourquoi Ferdinand maltraite-t-il sa famille ? Je suis donc déçue, j'avais lu des critiques tellement positives au sujet de ce premier roman de Béatrice Fontanel, que j'apprécie pour sa série des Bogueugueu (ça n'a strictement rien à voir, je sais !), le résultat n'a vraisemblablement pas été à la hauteur de l'attente. Tant pis.

« C'était ça, son truc : nourrir les étrangers. Pas sa famille qui voyait s'envoler les rôtis par les fenêtres. Crever pour l'inconnu, incognito. Pas pour les siens. C'est la conclusion à laquelle ils sont arrivés. La privation et le don, il en connaissait un rayon, le grand maître d'oeuvre en méchanceté, qui dessinait si bien le tracé des voies ferrées, dans leur harmonie de rouille et de tristesse. »

Grasset, 2009 - 290 pages - 17,90€   

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11/11/06

Le sang des valentines - Christian De Metter & Catel Muller

sang_des_valentines"Le sang des valentines" est un album très sombre et qui traite de la guerre 14-18 et des poilus. L'histoire rend merveilleusement hommage à leur sacrifice, à leur calvaire et au déchirement des êtres, entre les hommes prisonniers dans les tranchées ou par les ennemis, et les familles qui demeurent sans nouvelles des leurs. Il existait donc des Valentines, des bonnes âmes dévouées qui correspondaient avec ces hommes se sentant bien souvent seuls, abandonnés et pour qui ces quelques lignes représentaient un petit rayon de soleil dans leur gadoue environnante. Pour Augustin, les lettres de son épouse Geneviève ont su le ramener vivant au sortir des quatre années de tuerie. Il est pressé de rentrer, de la retrouver, un peu inquiet de n'avoir plus de nouvelles depuis quelques mois. L'histoire s'échelonne donc par actes de flashbacks pour expliquer l'histoire d'amour, les amitiés, la trahison, la solitude et les rencontres. La fin est absolument époustouflante - y aurait-il une suite ? C'est en tous les cas un album aux couleurs aussi sombres que son propos, aux traits flous, fous et coléreux, en pleine phase avec le propre de l'histoire. Une réalité complète, épurée et une forte sensibilité !

Casterman

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