11/07/17

Quelques heures à tuer, de Heidi Pitlor

Quelques heures à tuerAprès dix-neuf ans de vie commune, Hannah et Lovell sont lassés de leur routine et se disputent pour des broutilles. Il a donc suffi d'une énième altercation pour pousser Hannah vers la sortie, laissant sa famille dans le flou et l'incertitude. Les heures passent, puis les jours, Hannah ne donne aucune nouvelle. Lovell tente de sauver la face pour préserver ses enfants, mais la police s'immisce dans leur histoire et vient titiller ce mari trop irréprochable pour être honnête. De son côté, Lovell fait son examen de conscience et ressasse sa dernière discussion avec Hannah, décryptant chaque mot, chaque geste, chaque détail anodin pouvant éclairer la situation confuse. Quelle parole de trop aurait incité Hannah à agir de la sorte ? Lovell a failli avoir un geste malheureux, serait-ce là aussi un début d'explication ? Et pourquoi n'adresse-t-elle aucun signe à ses enfants inquiets ? Hannah n'en a-t-elle finalement plus rien à secouer de son quotidien, de sa famille, ne regrette-t-elle pas son ancien fiancé, sa vie d'avant, où tout baignait dans le luxe et la richesse ? Lovell est accablé par le doute et l'angoisse. Même le journal local soulève cette disparition préoccupante et vient dresser le portrait de Lovell, en tant qu'homme au self-control impeccable mais déroutant. Toute la famille est prise dans la tourmente et retient son souffle dans l'attente d'un dénouement latent.

Vu comme ça, on croirait un réchauffé du roman de Gillian Flynn, Les apparences (Gone Girl). On retrouve en effet l'archétype du couple éreinté, la querelle en guise d'élément déclencheur, l'épouse envolée, le mari suspect, puis dans l'intervalle, on découvre le parcours de la “disparue” et le déroulement des événements de cette journée. On jongle ainsi entre deux visions d'une intrigue tortueuse, où les masques vont tomber pour mettre à nu des émotions complexes et perturbantes, qui nous entraînent loin, bien loin de ce qu'on espérait glaner. Globalement, c'est assez triste. L'état des lieux quant aux “misères de la vie conjugale” est effroyable. Plus on avance dans la lecture, et plus s'éloigne le spectre de G. Flynn. On a ici un roman plein de nœuds et d'anecdotes inconfortables, un projecteur sur les faux-semblants qui minent toute perspective d'avenir réjouissant, un étalage de frustrations, un cumul de non-dits et une lente agonie du couple... Brr, on a franchement envie de s'ébrouer au moment de refermer le live. C'est plein, plein d'amertume là-dedans.

ACTES SUD / COLL. ACTES NOIRS - 2017

TRAD. Alain Defossé [The Daylight Marriage]

Posté par clarabel76 à 15:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


03/07/17

Bonheur fantôme, d'Anne Percin

Bonheur fantome

Pierre n'a pas trente ans et a tout quitté. Paris, son job, son amour. Il s'est enterré dans la Sarthe, a acheté une petite maison et s'est improvisé brocanteur. Il a créé autour de lui « un rempart fait de ruines, avec fortifications littéraires, fondations enfantines, tour de guet philosophique, meurtrières ironiques ». Il écrit également une biographie sur Rosa Bonheur, une peintre française excentrique et scandaleuse. En vrai, Pierre fuit un passé lancinant - un frère disparu, un amant perdu... même si cette idylle n'est pas complètement terminée, elle vient occuper tout l'espace et devient obsédante, telle une rengaine évoquant la rencontre, l'euphorie, l'insouciance, puis la déconfiture et la rupture. « Aimer, c'est sentir vivre en soi quelqu'un qui n'est pas soi. Et si je n'étais parti que pour savoir cela ? (...) La certitude que j'ai d'aimer est le seul bien qui me semble immortel. »

Par son caractère “enfermé dans le dix-neuvième siècle”, Pierre est un personnage fascinant. Il parle des objets anciens, partage son goût du passé, l'odeur des vieux livres, les photographies, les mélodies oubliées (Fantôme de bonheur de Mouloudji). À côté, la figure de R. n'est pas en reste et hante les pages du livre en apparaissant par petites doses, mais quelle présence ! On en oublie la morosité de la Sarthe, les petites campagnes tristes à pleurer, la vie recluse de Pierre, son ascétisme. Aux oubliettes, ses cauchemars, ses trouilles... Ce roman finalement nous parle d'une grande et belle histoire d'amour et laisse filer entre ses pages une déclaration sublime et bouleversante.

Babel, 2017

A noter aussi que la vie littéraire du narrateur de Bonheur fantôme a commencé en 2006 avec le roman Point de côté (éditions Thierry Magnier). 

Posté par clarabel76 à 17:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

17/10/16

Le Dompteur de lions, de Camilla Läckberg

LE DOMPTEUR DE LIONS

S'agissant déjà du 9ème tome de la série, ce roman de Camilla Läckberg ne crée plus la surprise et se contente de renouer des retrouvailles en bonne et due forme avec un ensemble déjà calibré (le couple Hedström, le commissariat de Tanumshede, les multiples conjectures familiales, sans oublier la ville de Fjällbacka). On se sent en territoire familier et ça a du bon aussi.  

Patrik et ses collègues enquêtent donc sur la disparition d'une adolescente, dont on vient de retrouver le corps fauché par une voiture, en notant les nombreux sévices subis, dont les yeux brûlés à l'acide. Cette découverte est pétrifiante et mine le moral des troupes. Les camarades de la jeune victime, qui fréquentent toutes le même centre équestre, sont effondrées. De plus, une psychose gagne les parents dès que leur progéniture disparaît du radar à la moindre seconde. Serial killer ou pas, la police veille au grain.
De son côté, Erica travaille sur son nouveau bouquin traitant d'une affaire survenue trente ans plus tôt, où une fillette aurait été martyrisée au sein de son foyer, battue par son père, avec la complicité de sa mère. Emprisonnée, celle-ci a toujours refusé de s'exprimer sur les circonstances du drame, mais fait une entorse pour Erica, qui a obtenu l'autorisation de la rencontrer pour recueillir ses premières confidences timides. Drôle de personnage, se dit l'écrivain qui s'interroge sur son crime et son absence d'émotions, et qui l'interpelle aussi dans son rôle de mère. Elle-même se débat avec son quotidien, ses mômes intenables, son boulot, son mari, sa sœur, sa belle-mère... Un tourbillon incessant, au centre duquel on perd vite pied. Et pourtant... Erica a besoin de creuser pour approfondir son sujet, et quoi de mieux pour s'aérer l'esprit que de fouiner dans les dossiers de son cher époux ! ? ^-^
Eh oui. On en revient toujours au même problème : Erica la mêle-tout. Même Camilla Läckberg se moque de son vice, tout en l'excusant, et la compare de façon éhontée aux fières tricoteuses des romans anglais ! Ah, ah. On devine sans peine. Et c'est comme ça qu'on recoupe tous les petits morceaux du puzzle. La façon dont l'auteur bricole ses intrigues n'est plus surprenante, mais c'est difficile de lui en vouloir. Ses lecteurs sont au rendez-vous et s'en satisfont. J'avoue faire partie du lot, même si les mignardises domestiques ont tendance à m'exaspérer (oh, Anna... encore et toujours, la 8ème plaie d'Egypte à elle seule). Mais j'aime l'ambiance générale, à la suédoise, qui est agréable et pleine de charme. Cela a aussi un côté rassurant. Le fond de l'histoire n'est pourtant guère lénifiant, puisqu'il questionne le lecteur sur l'instinct maternel et son droit à ne pas en être. La trame romanesque est profonde, poignante et sombre, au-delà de la façade affichée de déculpabiliser les mamans débordées ou qui ont le sentiment de négliger leurs enfants. Un roman davantage féminin que féministe.

Par contre, côté technique, Jean-Christophe Lebert, l'interprète pour Audiolib, est fâché après les adolescentes. Sa manière de singer leurs voix et de gérer leurs crises ne les rend franchement pas sympathiques. L'écoute en souffre un peu, sans en pâtir complètement, l'interprétation des voix féminines demeurant un problème récurrent chez ce comédien. ^-^

 Texte lu par Jean-Christophe Lebert pour Audiolib (durée :  13h 12) Août 2016

Traduit par Lena Grumbach pour les éditions Actes Sud

le dompteur de lions

 

30/08/16

Traqué, de Simon Lewis

IMG_6783

Jake et Will, deux étudiants anglais, ont choisi de s'octroyer une année sabbatique à travers le Sud-Est asiatique. L'un a échoué à ses examens, l'autre veut panser une peine de cœur. À mi-chemin entre la Chine et le Laos, ils décident de partir à l'aventure en suivant un dénommé Howard, du genre hippie hirsute, qui leur promet un site inconnu du grand public situé en pleine jungle. Baignades et rencontres avec des indigènes font aussi partie du programme. Alors que Jake est surexcité par leur expédition, Will boude dans son coin, plus méfiant et craintif que jamais. Son angoisse monte d'un cran lorsqu'il découvre qu'ils débarquent en plein carrefour stratégique où le trafic de teck, de jade, de drogues ou de réfugiés a régulièrement cours. Sous l'emprise d'un euphorisant, Jake plane totalement, prend son pied en plongeant cul nu dans l'eau et séduit une beauté locale. Will, par contre, rechigne à lâcher prise. Le retour à l'hôtel va hélas s'avérer particulièrement épique. De rencontres importunes en réactions fébriles et maladroites, la situation va dégénérer et placer nos globe-trotters en mauvaise posture. Après quoi, les coups fourrés vont s'enchaîner. La lecture bascule alors dans une surenchère de catastrophes et de violence avec un scénario gavé jusqu'à la surdose. Le rythme est vif, l'action intrépide, mais les personnages sont affligeants de sottise et agissent constamment de manière irréfléchie. C'est usant. Le roman promettait du dépaysement, des émotions fortes... à la fin, il devenait urgent de mettre un terme à cette folie ambiante ! 

Traduit par Julie Blanc pour les éditions Actes Sud / Coll. Actes Noirs, Mai 2015 (Border Run)

Posté par clarabel76 à 18:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

10/02/16

Le Charme discret de l'intestin, de Giulia Enders

LE CHARME DISCRET DE L'INTESTIN

Giulia Enders, jeune doctorante en médecine et passionnée de gastroentérologie, rend ici compte de la stupéfiante mécanique de notre système digestif de manière simple, claire et précise. Selon elle, des problèmes tels que le surpoids, la dépression, le diabète, les allergies s'expliqueraient par notre façon de considérer, voire parfois maltraiter, notre intestin, reconnu comme étant notre “deuxième cerveau”. Blablabla. Je ne vais pas entrer dans les détails, car Giulia Enders est plus douée pour étayer ses théories en une démonstration roborative, et néanmoins facétieuse, qui vulgarise la science et le médical. Même un élève de lycée, accro de SVT, se sent comme un poisson dans l'eau avec cette lecture ! Quid des autres, plus réfractaires au sujet ? Ils seront également surpris par la lisibilité du propos et auront le sentiment de tout capter, sans trop se creuser les méninges. Les allergies alimentaires, le lactose et le fructose, les nausées, les salmonelles, le cholestérol, les toilettes turques, les antibiotiques et les probiotiques, l'hystérie hygiéniste... bref, ils n'auront plus de secrets pour vous. ;-) La lecture peut ainsi se résumer à une histoire de rot, de prout et de caca, du manger bien et intelligent, des habitudes à adopter, à apprendre, à modifier, pour concrètement se dire « je défèque ce que je suis, je suis ce que j'avale, j'avale en bonne intelligence et fais du bien à mon corps, mon corps me le rend bien ». Ha, ha. C'est à picorer par petites bouchées, pour éviter la surchauffe et pour soulager toute tendance hypocondriaque. Un livre qui serait presque d'utilité publique. ;-)

Jessica Monceau, la lectrice, fournit une interprétation éclairante, agréable à l'écoute et qui participe également beaucoup à l'appréciation enthousiaste de cette découverte. Il n'est, certes, pas aussi évident de choisir un ouvrage documentaire en livre audio, contrairement à une œuvre de fiction, il faut ici se concentrer davantage, sans compter que les illustrations du bouquin, faites par Jill Enders, la sœur de l'auteur, manquent cruellement pour compléter les descriptions. Cela reste, cependant, une expérience instructive et enrichissante.

Audiolib / Janvier 2016 ♦ Texte lu par Jessica Monceau (durée : 8h 22)

Téléchargez l'extrait (mp3, 2 Mo)

Traduit de l'allemand (Darm mit Charme) par Isabelle Liber pour Actes Sud

Posté par clarabel76 à 08:45:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


04/02/16

Sidney Chambers et l'ombre de la mort (Les Mystères de Grantchester), de James Runcie

Sidney Chambers et l'ombre de la mort

Les amateurs des séries policières du dimanche soir, sur France 3, connaissent probablement déjà Sidney Chambers et ils ont bon goût car Grantchester est une série de qualité, inspirée des livres de James Runcie. Sidney Chambers est donc chanoine à Grantchester, près de Cambridge, c'est aussi un jeune homme charmant et célibataire, disponible pour ses ouailles et prêtant volontiers une oreille compatissante dès lors qu'on le sollicite pour s'épancher. C'est ainsi qu'il reçoit la confidence d'une femme éplorée par la mort de son amant, qui vient de se suicider, or celle-ci refuse de croire cette théorie et implore le pasteur de mener une enquête discrète. Après quoi, notre Sidney va prendre goût aux intrigues policières et s'investir, souvent à la demande de son ami, Geordie Keating, inspecteur à Scotland Yard, dans des histoires louches, impliquant des vols, des empoisonnements et même des meurtres ! Soudain la vie cléricale vous paraît tellement plus excitante... si grisante qu'elle éloigne notre homme d'église de ses fonctions premières, au grand dam de son assistant, Leonard Finch. Le livre se compose donc de six petites histoires, qui s'enchaînent sur 350 pages, tout en entretenant un lien invisible entre elles. On y retrouve ainsi la même brochette de personnages pittoresques, comme Mrs Maguire, la gouvernante revêche, ou la pétillante Amanda Kendall, une amie de longue date, désormais sa tendre complice, avec ambiguité amoureuse perceptible, sans oublier le chien Dickens, nouvelle coqueluche du village. Le contexte des années 50 participe aussi au charme et à l'élégance de la lecture, et si l'esprit général est assez poudré, cela n'occulte pas des thèmes subversifs, comme la violence sexuelle et l'homophobie, qui viennent quelque peu noircir le tableau bucolique. Grantchester reste néanmoins une série d'ambiance et de caractère bon chic bon genre, où l'action lente et la réflexion métaphysique prennent le pas aux pérégrinations de notre chanoine préféré, amateur de jazz, de backgammon, de whisky et de bière brune. C'est sans esbroufe et très classique, mais plaisant à lire pour qui recherche une forme de détente dépaysante (et apprécie la formule du “cozy mystery so british”). ;-)

Actes Sud / coll. Actes Noirs ♦ Janvier 2016 ♦

Traduit par Patrice Repusseau (Sidney Chambers and the Shadow of Death, 2013)

Grantchester

💂👸💂👸💂👸💂👸💂👸

bannerfans_16489672 (63)  Challenge ABC Policier Thriller

15/12/15

Une part de ciel, de Claudie Gallay

Une Part de Ciel Babel

Pour tout avouer, j'ai choisi d'écouter le livre audio (texte lu par Pauline Huruguen pour les éditions Thélème) mais j'ai d'abord grimacé en entendant la voix de la comédienne qui ne m'inspirait qu'un profond ennui. (En plus de constater qu'il y a une totale absence de réalisation sonore, avec un enregistrement trop bas pour ma station d'accueil, poussée à plein volume, la lecture est quasi inaudible en faisant le brushing du matin.) Cette déconvenue réglée, j'ai fini par m'habituer et j'ai réussi à trouver un certain confort dans cette histoire assez banale, mais qui dégage charme et quiétude, tout en collant pile poil à l'atmosphère de saison. 

Aux premiers jours de décembre, Carole regagne la vallée de la Maurienne où son père Curtil lui a fixé rendez-vous. Celui-ci étant en retard, Carole s'installe dans un gîte et décide de l'attendre. Une routine s'établit rapidement, elle traduit un bouquin sur Christo, prend ses repas chez Francky, papote avec son frère Philippe, donne un coup de main à sa sœur Gaby, qui survit dans un bungalow truffé de courants d'air, évoque Balzac avec la jolie Môme, flirte avec Jean de la scierie, ressasse le bon vieux temps avec Sam, récure les gamelles du chenil de la Baronne... Les jours passent, sans plus donner de nouvelles de Curtil. Le temps est gris, froid, hivernal. Ce retour aux sources évoque aussi pour Carole son enfance, la maison qui a pris feu et leur mère forcée de sauver ses enfants, pardon, de choisir lequel de ses enfants sortir en premier. Un geste qui a longtemps hanté Carole, qui ne cesse de se sentir coupable d'avoir été élue au détriment de sa sœur, aujourd'hui malade, affaiblie, traînant une vie de misère.

Malgré un style remarquable, la narration est lente, longue et s'enfonce dans la monotonie et la langueur. Sans oublier que le cadre dans lequel est plantée l'histoire est d'une tristesse à pleurer. C'est déconcertant de se dire que, même si j'ai dévoré ce bouquin, apprécié l'idée et le contexte, il n'a pas réussi à m'enchanter pleinement. 

Actes Sud, Août 2013 ♦ Babel, Octobre 2014 ♦ éditions Thélème, Janvier 2014

Une Part de Ciel Theleme

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

30/09/15

À toi, de Claudia Piñeiro

À toi

Découvrant l'infidélité de son époux, Inès décide de l'espionner pour démasquer la coupable. Elle le suit un soir en voiture se rendre à son rendez-vous clandestin et surprend une dispute. Ernesto bouscule son amante, qui bascule tête la première contre une souche d'arbre. L'ennemie est morte. Inès est choquée et rentre chez elle en catimini. Que dire, que faire ? Au diable la bienséance, elle choisit de préserver les apparences et de couvrir son mari. Celui-ci n'est pas dupe et entre dans son jeu...

Dingue comme ce petit bouquin peut s'avérer scotchant sur toute la ligne ! 170 pages d'une comédie noire et grinçante qui me faisait penser à une autre lecture - La Vérité et autres mensonges de Sascha Arango. L'histoire n'est qu'une vaste supercherie, où chacun endosse un double rôle, les révélations survenant chapitre après chapitre, tous plus stupéfiants les uns que les autres. J'ai été immédiatement embringuée dans cette machination infernale. C'est sournois, immoral et machiavélique. Mais c'est aussi cette accumulation de bassesses qui rend cette lecture si captivante ! 

« Parfois, vous perdez la boussole, vous êtes capable des idées les plus folles. Et de les mettre à exécution. » Entre détresse et folie douce, l'héroïne oscille dangereusement, mais sans perdre son objectif - sauver l'image de son couple. Un roman cruel, satirique et mordant. ☺

Actes Sud / avril 2015 ♦ Traduit de l'espagnol (Argentine) par Romain Magras (Tuya)

Posté par clarabel76 à 10:45:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

14/01/15

Cyanure, de Camilla Läckberg

IMG_2858

Une lecture coupe-faim pour tous les amateurs des enquêtes d'Erica Falck et Patrik Hedström, sauf que notre couple phare n'apparaît pas entre ces pages et laisse la vedette à Martin Molin, le jeune policier au cœur d'artichaut.

À l'approche des fêtes de Noël, Martin part en weekend avec sa petite amie Lisette, sur l'île de Valö, où se réunit toute sa famille. Mais le séjour tourne au vinaigre lorsque le grand-père Ruben, après un exercice de remontage de bretelles pour toute la tablée, s'écroule la tête dans son assiette. L'homme a été empoisonné ! Martin agit aussitôt en conséquence et rassemble les témoins dans la bibliothèque. Plus besoin de sauver les apparences, ils sont tous à couteaux tirés. L'ambiance est glaciale, voire explosive. De plus, à cause de la tempête, ils se retrouvent bloqués sur l'île jusqu'à nouvel ordre.

Cette lecture ressemble tellement à un roman d'Agatha Christie, l'illusion est parfaite qu'on s'y croirait ! L'enquête se déroule en vase clos, autour d'une assemblée familiale aux aguets, notre détective débutant a privilégié la posture du gars attentif, qui observe et interroge les suspects, puis ressasse ses réflexions en buvant du café et en dégustant des brioches à la cannelle, au coin du feu. C'est une atmosphère très cosy, qui pourrait en déconcerter plus d'un, mais qui a su me charmer malgré les nombreuses maladresses de l'intrigue.

Le dénouement déçoit naturellement, par sa résolution précipitée et son clin d'œil impromptu à Sherlock Holmes. Un tour de passe-passe que je trouve facile et frustrant. Mais cela a tout de même été gratifiant de retrouver l'île de Valö, cf. La faiseuse d'anges, et plus généralement le cadre nordique et familier de Camilla Läckberg.

Actes Sud, coll. Actes Noirs, novembre 2011 ♦ traduit du suédois par Lena Grumbach  

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,

02/10/14

Silo, de Hugh Howey

Silo

Dans un futur indéterminé, des survivants vivent depuis plusieurs générations dans un immense silo creusé dans la terre, à l'abri d'une atmosphère devenue toxique. Seul un immense écran relayant les images filmées par des caméras les relie au monde extérieur. Lorsque cette société bannit l'un des siens, il est envoyé dehors, vers une mort certaine, et pourtant, tous sans exception vont, avant de mourir, nettoyer les capteurs des caméras. Pourquoi ?

Tout débute par le désistement du shérif Holston, qui ne se remet pas de la perte de sa femme. Lui aussi veut connaître le monde extérieur, s'échapper du silo. Son départ incitera le maire Jahns à débaucher un autre prétendant au poste, son adjoint pense aussitôt à la jeune mécanicienne, Juliette, qui fait des merveilles dans les tréfonds de leur refuge. Ils décident de la rencontrer en personne et profiteront de leur descente pour faire campagne pour la prochaine élection. Puis, tout dérape. Tout se précipite. Juliette se retrouve au niveau supérieur, à un sort peu enviable. Sa présence dérange. Et les forces dirigeantes ne vont pas tarder à resserrer les boulons pour éviter tout risque d'insurrection...

Je n'avais lu que des avis très enthousiastes au sujet de ce roman, aussi ai-je entamé ma lecture en toute confiance. Mais alors, quelle déception ! Tout n'est qu'action lente. La mise en place est longue, l'ambiance déprimante à souhait, même les personnages sont résignés à leur triste sort, rompus et anéantis... J'ai failli me noyer parmi ces détails assommants, et pourtant l'histoire a su cultiver un fond de mystère qui a toujours su me repêcher lors de mes moments de doute. Si elle avait pu s'alléger de quelques passages longuets, je pense que le rendu aurait été plus percutant. Pour l'heure, je me sens d'humeur morose. Je ne lirai pas la suite non plus.

Actes Sud, octobre 2013 ♦ traduit par Yoann Gentric et Laure Manceau

  • Le silo, vu par l'auteur