07/10/14

La Mort dans une boule de cristal, d'Alan Bradley

La mort dans une boule de cristal de Alan Bradley

Lors de la traditionnelle kermesse paroissiale, Flavia se faufile sous la tente d'une diseuse de bonne aventure pour y découvrir son avenir. Mais, maladroite et bouleversée par ce qu'elle entend, la jeune fille provoque un incendie involontaire et déguerpit derrière le stand de tir de noix de coco. La pauvre femme est sauvée de son magma de voiles enfumées grâce à l'intervention du médecin. Flavia,  balbutiante de confusion, propose à la vieille gitane de planter sa roulotte sur les terres familiales, sans se douter que ce n'est pas sa première fois. 

Des années auparavant, Fenella et son mari Johnny Faa avaient été accueillis par la mère de Flavia, avant d'être chassés par son père. La réaction de celui-ci s'annonce encore une fois houleuse, mais la cadette des De Luce n'écoute que son courage. Or, le danger rôde et devient plus pressant : Fenella est victime d'une nouvelle agression, sa petite-fille effrontée, Porcelaine, rapplique, toutes griffes dehors, et le corps d'un pendu est retrouvé à la fontaine de Poséidon. Toujours sur les terres de Buckshaw. Flavia de Luce est aux premières loges, poussée par une curiosité insatiable et son goût certain pour les détails macabres (et les progrès de la science !).

Ainsi, sur sa bicyclette Gladys, elle parcourt les routes de Bishop's Lacey, rencontre des témoins, interroge ses voisins, fait tourner la tête de l'inspecteur Hewitt et essuie les mesquineries de ses sœurs, en veillant à ne pas agacer son père, lui-même contrarié par des soucis financiers. En fil rouge, le mystère sur Harriet, sa mère disparue lors d'une expédition au Tibet dix ans plus tôt, reste entier mais saisit aux tripes et au cœur tant la jeune héroïne est avide d'indices et de détails supplémentaires. Cette absence lui pèse, la règle du silence aussi.

Bref, encore un épisode réussi qui complète cette charmante saga de manière classieuse et distinguée. On ne frissonnera pas pour l'ambiance noire et l'intrigue policière au machiavélisme échevelé. Au contraire, c'est british et old-fashioned, similaire à un roman d'Agatha Christie, à savourer donc autour d'une tasse de thé, en toute quiétude. De plus, les notes d'humour et le flegme de l'héroïne sont purement jubilatoires. Je me languis après la parution d'un prochain livre en VF, alors que les éditions du Masque semblent avoir jeté l'éponge depuis 2012. Pourtant il existe 6 livres (bientôt un 7ème tome) en édition anglaise ! Croisons les doigts.

10/18 ♦ coll. Grands Détectives, avril 2014 ♦ traduit par Hélène Hiessler pour les éditions du Masque (A Red Herring Without Mustard)

« Juste sous mon nez, sur la table de nuit, se trouvait une tasse de chocolat chaud.
La vision de l'épaisse peau brune qui s'était formée à la surface du liquide telle de la glace sur une mare gelée me donna un haut-le-cœur. Il y a peu de choses que je déteste catégoriquement, mais la peau du lait se classe haut la main en tête de celles-ci.
Même la pensée de la merveilleuse transformation chimique qui permet à la substance de se former - les protéines du lait baratté, pulvérisés par la chaleur de l'ébullition, se rassemblent ensuite pour former, en refroidissant, une peau gélatineuse - ne suffit pas pour me consoler. Plutôt manger des toiles d'araignées que cette substance infâme. »

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18/10/13

“Nom d'une micropipette ! J'étais libre ! Quel talent !”

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Flavia de Luce, âgée de seulement onze ans (sa maturité m'épate !), nous revient dans une nouvelle enquête criminelle, qui aura le don de faire lambiner le lecteur, puisque celle-ci ne survient qu'à la moitié du roman. Alors oui, c'est usant pour les nerfs de se demander quand le coup va enfin tomber mais toute bonne chose mérite sa peine !
En attendant, nous suivons cette chère Flavia qui sillonne la campagne anglaise avec sa bicyclette Gladys et fomente des plans pour empoisonner ses sœurs aînées. C'est ainsi qu'elle croise au bord de la route le célèbre marionnettiste, Rupert Porson, et son assistante Nialla, en panne de véhicule. Ils sont diligemment pris en charge par le pasteur, qui va les loger chez un couple de fermiers, les Ingleby. En échange, ils acceptent de donner une représentation pour remercier la communauté de Bishop's Lacey de sa chaleureuse hospitalité.
Flavia est dans ses petits souliers, ravie de prêter main forte. Mais voilà, un drame survient... De nouveau, notre jeune enquêtrice, qui affiche un goût prononcé pour les détails macabres et les expériences chimiques, fait preuve d'une intelligence redoutable pour démasquer la vérité. Sa connaissance des lieux et des habitants lui permet de se faufiler partout, d'écouter et d'analyser, oui, oui, à la façon d'une Miss Marple en culottes courtes, bardée d'un humour froid et cinglant.
C'est savoureux en diable, un petit bonbon anglais à déguster. Ce que j'apprécie dans cette série, plus que tout, c'est son ambiance raffinée et sa galerie de personnages tous très attachants. So british dans l'art et la manière - je suis conquise, définitivement.

La mort n'est pas un jeu d'enfant, par Alan Bradley (éditions 10/18, coll. Grands Détectives, octobre 2013 - traduit par Hélène Hiessler)

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20/10/11

Une jeune fille que nul ne louait et que très peu aimaient !

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Voici donc les retrouvailles avec Flavia de Luce, subtile héroïne de seulement onze ans (sa maturité m'épate !), autour d'une nouvelle enquête criminelle, laquelle ne surviendra - fait surprenant - qu'à la moitié du roman ! Alors oui, j'ai trouvé ça un peu long, je me demandais quand l'action allait toquer à la porte ... non pas que l'entrée en matière ressemble à un soufflé ramolli non plus. Il est toujours exquis de suivre les pérégrinations de la petite anglaise, douée en chimie et en observation de la faune locale, explorer la campagne alentour en pédalant sur Gladys, sa bicyclette. Ses soucis avec ses soeurs aînées sont toujours à l'ordre du jour, Flavia jure qu'elle se vengera de leur mesquinerie à l'aide de poisons bien dosés dans du chocolat. Pourquoi pas ? 
Au cours de ses balades en solitaire, la demoiselle a rencontré Rupert Porson et son assistante Nialla confrontés à une panne mécanique. Lui est un célèbre marionnettiste, qui travaille à la BBC et qui se produit à droite et à gauche sur scène. Le bon pasteur, qui passait également par là, propose de leur venir en aide, en échange d'une ou deux représentations pour la communauté de Bishop's Lacey. Et puisque Flavia est aux premières loges, elle n'hésite pas à s'impliquer auprès des artistes pour les aider à s'installer chez les Ingleby. 
Ce couple de fermiers est étrange, vit à l'écart de tous. Ils ont été frappés par un drame familial, cinq ans plus tôt. Leur fils Robin s'est pendu accidentellement dans le pigeonnier. Qui peut survivre à un tel choc ? Pas Grace Ingleby. La femme est complètement allumée, tandis que son époux cultive en cachette du chanvre indien. 
Mais ceci est une autre histoire, l'essentiel est à venir. Qui va passer de vie à trépas ? quand, comment, où ? A mi-parcours de lecture, n'ayant aucun indice, le lecteur est en droit de s'exciter dans son fauteuil. 
Aussi, j'ai refermé mon livre avec un sentiment de contentement, et de frustration. L'intrigue est virevoltante, mais le meurtre est long à venir ! Ceci dit, j'avais déjà souligné que c'était un détail dans le premier tome, Les étranges talents de Flavia de Luce, parce que le charme de l'ouvrage se situe bel et bien dans son atmosphère, très proche d'un roman d'Agatha Christie, et s'attache à l'étonnante personnalité de son héroïne. Flavia fait souvent preuve d'un humour froid et assassin, mis au service d'une intelligence redoutable, avec un goût prononcé pour les détails macabres et les expériences chimiques. La demoiselle a du pif, sa connaissance des lieux et de ses habitants lui permet de se faufiler partout, afin de mieux écouter et analyser. La police est bluffée ! 
Vivement le prochain tome.

La Mort n'est pas un Jeu d'Enfant (Une enquête de Flavia de Luce #2), par Alan Bradley
Msk, 2011 - 373 pages - 17€
traduit de l'anglais par Hélène Hiessler 

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28/05/10

Les étranges talents de Flavia de Luce

Perdu au coeur de la campagne anglaise, Buckshaw, l'imposant manoir appartenant à la famille de Luce, est soudainement le théâtre d'un crime inexplicable. Le corps d'un inconnu a été retrouvé dans le potager, parmi les concombres. Et c'est la jeune Flavia, onze ans, qui est tombée nez à nez sur l'individu, recueillant le dernier souffle du rouquin qui s'est exclamé d'un Vale ! avant de rendre l'âme. N'imaginez point que la demoiselle tourne de l'oeil. Portée par son enthousiasme sur les mystères de l'âme humaine, passionnée de chimie, et plus particulièrement adepte des poisons, Flavia Sabina de Luce n'aime pas être prise pour une oie blanche lorsque l'inspecteur Hewitt la convie vers les cuisines de Buckshaw pour servir à son équipe d'enquêteurs une collation. Voyez-vous... Flavia n'en supportera pas davantage.

Se réfugiant dans son laboratoire pour songer avec amerturme qu'elle seule semble avoir reconnu l'invité de son père, avec lequel une discussion animée s'est échangée quelques heures plus tôt, Flavia se laisse doucement persuadée de la possible culpabilité de celui-ci. Haviland de Luce, veuf et ravagé par son chagrin, s'est depuis isolé dans son bureau, où il passe son temps à consulter ses albums de philatélie. Protégé comme le loup blanc par Dogger, leur homme à tout faire, ancien soldat ayant connu des heures difficiles en tant que prisonnier de guerre, les deux hommes entretiennent une relation de confiance jusqu'à l'absolutisme. L'un protégerait-il l'autre ? Flavia n'en est peut-être pas encore là, dans ses conclusions. D'abord, filant à toute vitesse sur sa bicyclette, rebaptisée Gladys, elle se rend à Bishop's Lacey, le village le plus proche, où elle espère trouver des informations dans les archives de la bibliothèque. 

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Forte en rencontres atypiques et aux personnalités attachantes et joliment excentriques, la quête de Flavia Sabina de Luce pour découvrir la vérité derrière cette affaire de meurtre se conduit sur un rythme raffiné et agréable. D'autres faits étranges sont auparavant survenus à Buckshaw, comme la dépouille d'un oiseau avec un timbre rare planté sur le bec retrouvée sur le pas de la porte, premier signe qui a suscité une vive émotion chez le père de Flavia, ou l'étrange disparition d'une part de tarte, et pas n'importe laquelle, puisqu'il s'agit de la tarte à la crème de Mme Mullett, la cuisinière, que toute la famille de Luce a en sainte horreur. Et au milieu de ce capharnaüm, règne aussi la sourde vengeance de la cadette envers ses deux soeurs aînées, Ophélia et Daphné, contre lesquelles Flavia a juré d'accomplir les supplices les plus fourbes, en réponse à leurs propres mesquineries. Petits meurtres entre soeurs, dans la stricte tradition britannique, ça se savoure !

Ce roman d'Alan Bradley est donc un pur moment de délectation, pas fatalement un grand moment de littérature policière, car l'intrigue, bien cousue, n'est pas non plus un noeud improbable et le coup de théâtre ne nous soulève pas le coeur d'étonnement. L'intérêt de cette lecture a été, pour moi, dans la divine et délicieuse description de la psychologie de Flavia de Luce, donzelle intelligente, futée et brillante, qui sait mettre les pieds dans le plat, se sert de sa malice avec un flegme inébranlable. C'est parfaitement judicieux, un régal sur 350 pages, avec des remarques piquantes, des références littéraires, des hommages à des personnalités féministes trop demeurées dans l'ombre des grands messieurs (par exemple, Marie-Anne Paulze-Lavoisier). Subsistent quelques défauts mineurs, qui ne terniront nullement la très bonne impression laissée par Flavia de Luce, onze ans seulement, et une maturité impressionnante ! L'histoire se passe en 1950. Instinctivement, on pense à Agatha Christie mais aussi à un film de Hitchcock, The trouble with Harry (Mais qui a tué Harry ?), grâce au cynisme et à l'humour de Flavia qui nous font passer un excellent moment. 

La prochaine enquête de Flavia de Luce, The Weed That Strings the Hangman's Bag, sera également traduite en français. 

Les étranges talents de Flavia de Luce ~ Alan Bradley
JC Lattès (2010) - 356 pages - 17€
traduit de l'anglais par Hélène Hiessler

Egalement disponible aux éditions MsK, sous une autre couverture. Les_etranges_talents_de_Flavia_de_Luce_msk

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