21/05/19

Alex McCoy, de Rachel Hawkins

Alex McCoyRelecture d'un roman préalablement paru en 2014 sous le titre Rebelle Belle. Mais la couverture piquait tellement les yeux que la suite n'a jamais vu le jour. Cette fois on croise fort les doigts pour que les aventures d'Alexandra continuent.
C'est soir de bal au lycée Grove Academy. Alors qu'elle se tartine de gloss dans les WC, dans l'attente de son sacre, Alex voit soudain le concierge de l'école jaillir, plaie béante au ventre. Le type agonise mais saisit la jeune fille pour l'embrasser - ce n'est pas n'importe quel baiser, bien sûr. L'instant d'après, son prof d'histoire déboule lui aussi. Sauf qu'il est armé d'un cimeterre et veut lui faire la peau. Alex ne frémit pas et lutte à mort sans déranger son brushing.
En fait ce roman est étonnant ! Tellement drôle et étonnant. C'est un savant mélange de peps, de dérision et d'aventure. Hop. J'avais à peine lu quelques pages que j'étais déjà aspirée dans son univers - franchement exaltant. 
L'héroïne incarne la lycéenne superficielle par excellence mais là encore, ce décalage n'est pas anodin. Notre belle du Sud est désormais investie d'une mission délirante (protéger le garçon qu'elle déteste depuis le bac à sable), mission contre laquelle elle ne peut résister et qui va également chambouler son existence.
Ce roman se situe un peu à la croisée des chemins. On lit à la fois un roman d'ado qui ne se prend pas au sérieux et qui réserve aussi une histoire palpitante. C'est 100% distrayant. Je dis banco.
Et surtout : VIVEMENT LA SUITE. Pardi.

Albin Michel Wiz, 2019 pour la présente édition - Traduction de Nathalie Serval

Titre VO : Rebel Belle

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20/05/19

Aru Shah et la lampe du chaos, de Roshani Chokshi

Aru Shah et la lampe du chaosMais qu'est-ce que c'est drôle !
En voulant épater des élèves de son école qui la traitent de menteuse, Aru les entraîne au musée de sa mère face à une lampe magique. À manipuler pourtant avec précaution. Car l'instant d'après, plouf, ses camarades sont pétrifiés et Aru est projetée dans un univers parallèle. 
Elle y fait la rencontre d'une autre fille de son âge et d'un pigeon acariâtre. Celui-ci vient en effet de comprendre que les dieux sont contre lui car ces donzelles de 11 ans sont des Pandava qui doivent sauver le monde de sa destruction en moins de neuf jours !
Sa mission consiste à les chaperonner et surtout à mener à bien leurs objectifs. Or, Aru et Mini sont des quiches. Elles ignorent tout du folklore et de la mythologie indienne. Aru a certes grandi dans un musée, mais sa mère a toujours été secrète sur ses origines. Et là, tout lui tombe sur la tête. Mini aussi est morte de trouille - elle jacasse, elle jacasse - autant dire que leur tandem fonce droit dans le mur.
C'est justement leur maladresse et leur spontanéité qui font de cette lecture une découverte désaltérante. Ici, nul ne se prend au sérieux. Les échanges sont vifs et les taquineries fusent. Les propos sont sans filtre - Aru et Mini disent tout haut ce qu'elles pensent. On s'amuse follement, alors que l'aventure est parfois ardue dans ce vaste espace qu'est la mythologie indienne. Les mythes et légendes pullulent. C'est copieux et néanmoins fascinant. 
En gros, on a de l'humour, de l'extraordinaire, des rebondissements et de l'exotisme. Premier tome d'une série. C'est tout bon. Suite annoncée en 2020.

Albin Michel Jeunesse, coll. Wiz (2019)

Traduit par Marie Cambolieu - Titre VO : Aru Shah and the End of Time

 

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27/03/19

L'Internat de l'Île aux Cigales, de Julie Bonnie

L'Internat de l'Ile aux Cigales

Sur une île près de Cherbourg, une riche mécène ouvre les portes de son manoir à de jeunes élèves surdoués. Cultivant savamment son mystère, celle qu'on surnomme la Cigale, reconnaissable à la broche en or qu'elle ne quitte jamais, accueille chacun des enfants en leur rappelant les règles strictes et le travail acharné de l'école. Nos cinq novices viennent à peine de débarquer qu'ils mesurent déjà les enjeux. Face à leur détresse, un certain Eli les prend sous son aile. Le garçon, plus âgé et volubile, va également leur confier son secret : un dortoir abandonné où il aime se planquer pour écouter de la musique tout son saoul et loin des regards indiscrets.

En vrai, ce lieu servait aussi à cacher des réfugiés durant la guerre, comme la petite Alma, juive de onze ans en 1942. En découvrant son destin tragique, les enfants envisagent de retrouver sa famille mais réalisent qu'ils risquent de trahir la confiance de leur ami. Le piège se referme quand une peste manipulatrice leur met aussi des bâtons dans les roues. Face à ce nouveau dilemme, nos cinq agneaux apeurés vont infliger à leur pote une blessure profonde. La solidité du groupe est remise en question : Agostino, Caleb, Cerise, Marguerite et Nordine mettent sur pause leurs projets et ne se parlent quasiment plus.

Au programme, donc : des rivalités des cours d'école, de la jalousie et du harcèlement, des enfants laissés-pour-compte, des familles absentes, des rêves brisés et des élans d'espoir. L'histoire est assez banale et baigne dans une ambiance feutrée où on aurait pu espérer un grain de folie. Au lieu de ça, la lecture coule sans vague. Phrases courtes, style direct et simple, présent de l'indicatif tout du long. Les fantômes des souvenirs enfouis se font aussi désirer. Bon point pour l'emballage charmant, le reste est un peu lisse et moins convaincant. Conviendrait davantage aux plus jeunes, dès 8-10 ans. 

Albin Michel jeunesse, 2019 - couverture illustrée par Xavier Collette

 

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08/11/18

Les Amours d'un fantôme en temps de guerre, de Nicolas de Crécy

Les Amours d'un fantôme en temps de guerreUn jeune fantôme nous raconte son enfance, après la disparition brutale de ses parents, partis en vacances en Écosse, lui dit-on. Son éducation est confiée à la jeune Lilli, à peine plus âgée que lui, qui vit dans une ferme où son rôle consiste à hanter les habitants sans susciter de gros frissons non plus.
La vie est alors douce et légère. Notre ami s'attache rapidement au chien de la maisonnée, Boulette, une boule de poils espiègle et adorable. Et tombe amoureux de Lilli, même si celle-ci se moque un peu quand il lui ouvre son cœur. Certes, nos deux compères s'ennuient mais ne réalisent pas encore qu'ils vivent ensemble leurs derniers instants de tranquillité.
Car la guerre gronde : des Fantômes Acides sèment la terreur. Ce sont des spectres malfaisants, idéologues et criminels. Notre jeune candide va alors découvrir trop tôt, trop vite des vérités pas jolies et qui vont le faire basculer dans une réalité sans concession : combats acharnés, résistance, espionnage, trahison, vengeance... La lutte est longue, la vigilance toujours en éveil.
Cette lecture offre ainsi une parabole intéressante sur le devoir de mémoire à travers son histoire de fantômes. Oui, des fantômes... qui ne sont pas de simples spectres errant sur une lande déserte, mais bel et bien des personnages intuitifs mis en scène pour évoquer la condition humaine avec une certaine distance. 
Un parti pris peu anodin pour l'auteur qui souhaitait un roman lisible par tous (adultes et adolescents). Et c'est vrai que c'est assez tentant et curieux de découvrir les pensées d'un jeune fantôme, de pénétrer dans son monde à la fois lyrique et inquiétant. On plonge ensuite dans une histoire sombre et poignante, au cœur de splendides illustrations, mais dans une ambiance particulièrement mélancolique. 
Cela fait froid dans le dos. C'est sépulcral et cryptique, ça reste néanmoins un texte intelligent et nécessaire dans notre monde actuel (où les délires dictatoriaux fleurissent à outrance en séduisant dangereusement les foules). En vrai, la lecture est remarquable, même si elle demande du temps, de la patience, de la sagesse... mais c'est à lire, absolument.

Pour les jeunes lecteurs comme pour les adultes (à partir de 13 ans)

Albin Michel (2018) - lauréat de la seconde édition du Prix Vendredi

Deux mentions spéciales ont été attribuées à Nastasia Rugani pour Milly Vodović (Editions MeMo), et Vincent Mondiot pour Nightwork (Editions Actes Sud Junior).

ACTUELLEMENT : Exposition à la Galerie Barbier Mathon du 8 novembre au 5 janvier 
Pour l'occasion, la galerie édite le tirage limité du roman écrit et illustré par Nicolas de Crécy : Les amours d’un fantôme en temps de guerre (Albin Michel, 2018) en grand format avec couverture originale, pages de croquis et un ex-libris inédit en digigraphie numéroté et signé. 

 

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04/04/18

Pêle-Mêle : La dispute de Tito et Pépita - La nuit de l'étoile filante - Mon toi - L'heure des carottes - Crottes de libellule

la dispute de tito et pepita

Tito et Pépita sont voisins mais ne s'aiment pas du tout. Une rivière sépare leur habitation, et heureusement car ce ne sont que regards haineux et insultes cinglantes qui volent d'une berge à l'autre !

Les hostilités redoublent après l'envoi d'un vilain poème... Horrible Pépita, ton sourire est une grimace, tu ressembles à une limace, avec ton corps tout gluant qui se tortille en marchant. Trop, c'est trop. La guerre est déclarée. Pépita, en retour, le traite de gros cafard. À ceci, Tito trouve qu'elle pue du bec. Pépita est infecte, Tito est dégoûtant. Les noms d'oiseaux pleuvent - les poèmes deviennent des boulets de canon. 

Un matin, pourtant, Tito ne reçoit plus de courrier. Les jours passent et Pépita ne donne aucune nouvelle. En fait, celle-ci est malade, couchée dans son lit. Tito compatit et prend soin d'elle nuit après nuit. Au final, il la trouve très jolie dans son sommeil. Et inversement, lui aussi est très mignon quand il dort. La hache de guerre est enterrée. Nos deux voisins deviennent des amis inséparables et s'envoient désormais des petits mots doux.

De la haine à l'amour, il n'y a souvent qu'un pas que nos deux hamsters vont franchir sans sourciller ! Mais avant cette grande révélation, leur duel épistolaire est hilarant. Les jeunes lecteurs se bidonnent et suivent la bagarre, riche en grossièretés fleuries. Très drôle & illustrations charmantes.

La dispute de Tito et Pépita, d'Amalia Low

albin michel jeunesse, 2018

 

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La nuit de l'étoile filante

Cobalt et Vermillon sont également voisins : l'un vit dans une maison bleue, l'autre dans une maison rouge. Une simple barrière les sépare. Cette fois, aucune animosité entre eux... mais une grande timidité !

Car Cobalt et Vermillon s'observent discrètement et n'osent pas s'aborder. Et finalement, par une nuit d'étoile filante, bim ! le déclic... Les deux voisins vont enfin briser la glace et devenir des amis pour la vie !

Une histoire classique et pleine de tendresse, avec des illustrations adorables ! On aime beaucoup.

La nuit de l'étoile filante, de Amy Hest & Jenni Desmond

mango jeunesse, 2018

 

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mon toi

Au-delà de cette magnifique couverture, s'ouvre une histoire de toute beauté et qui fait rêver...

Une histoire d'amitié amoureuse qui se construit comme une maison, distraite et imparfaite, fragile et difficile à raccommoder, mais libre et entière, toujours en voyage, glissant sur les alizés, avec des cacatoès et des colibris pour les guider, où on lâche des bulles et mange des caresses, sans verrou et sans clôture, et en touche finale : « nos rêves au gré du vent esquissent une toiture d'étoiles et de diamants ».

Beaucoup de poésie et de douceur dans cette lecture riche en émotion. Adorable.

Mon toi, de Stéphane Girel

HongFei (2018)

 

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L'heure des carottes

Les illustrations joyeuses et colorées d'Estelle Billon-Spagnol nous racontent une histoire franchement cocasse.

Carlos est un lapin paresseux. Le matin, il préfère traîner dans son lit, bien au chaud sous le couette. Malheureusement pour lui, il a oublié ses carottes au jardin. Il tente de héler quelques copains pour les récupérer à sa place, et puis... et puis..

La suite est très drôle ! Bonus pour la chute qui est à mourir de rire. J'adore l'espièglerie d'Estelle Billon-Spagnol. 

L'heure des carottes, d'Estelle Billon-Spagnol

Frimousse, 2017

 

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crottes de libelluleEt on en parle des crottes de libellule ?!!!

Très, très drôle. Un album qui parle de caca et où les animaux s'échangent leurs derrières... comment dire... on ne peut que sourire et glousser de bonheur !

Les illustrations aussi sont savoureuses. Les plus jeunes y trouveront peut-être des indices pour apprendre la propreté. Après tout, faire caca est un acte banal qui concerne tout le monde. Hihi ! ☺

Crottes de libellule, de Sandrine Beau & Nicolas Gouny

Les P'tits Bérets, 2016

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05/03/18

Élisabeth Princesse à Versailles 1. Le Secret de l'automate - 2. Le Cadeau de la reine, d'Annie Jay

Elisabeth princesse à VersaillesCette charmante série, découverte depuis 2015, connaît un joli succès en librairie, avec ses 10 titres en rayon et ses emballages délicieusement poudrés. Audiolib s'empare à son tour du phénomène en éditant les deux premiers tomes réunis sous le même format, à écouter en moins de 3 heures, grâce à l'interprétation élégante et enjouée de Charline Paul.

Dans le courant des années 1770, l'éducation des princesses, Élisabeth et Clotilde, est confiée à Madame de Mackau, une sous-gouvernante chargée de canaliser le tempérament capricieux et indiscipliné de la cadette. Vexée de passer pour une idiote, Élisabeth accepte de rentrer dans le rang mais refuse de se séparer de sa nouvelle camarade, Angélique. En plus d'avoir tissé une amitié sincère, toutes deux se passionnent pour les énigmes. Elles viennent en effet de trouver un billet caché dans un automate, avec un message codé qu'elles doivent déchiffrer pour poursuivre leur enquête. De Versailles à Choisy, les copines parcourent les jardins, les salons et autres recoins secrets du château, sans jamais sacrifier leurs leçons et autres devoirs d'usage liés au rang de la princesse et sa demoiselle de compagnie. Au fil de leurs aventures, elles vont s'attacher l'aide non moins précieuse du jeune page, Théophile de Villebois, et du fringant apprenti valet, Colin.

En somme, cette lecture déborde de grâce et de fraîcheur. Annie Jay excelle dans le registre des séries historiques, avec une écriture intelligente et soucieuse du détail, elle nous fait voyager dans le temps et entrouve avec discrétion des portes habituellement fermées. On croise ainsi la famille royale dans son quotidien, on découvre les us et coutumes de la Cour de Versailles, avec son étiquette corsetée mais enjolivée exprès pour un auditoire (dès 8 ans) fasciné par le faste et le tralala. Ici, les princesses sont exubérantes et bousculent les traditions, toujours partantes pour vivre des intrigues pleines de mystère et d'audace. C'est adorable et pimpant ! J'ai vraiment passé 3 heures d'écoute agréable, avec juste une pointe de naïveté qui compose savamment le récit. C'est à déguster sans réserve !

©2015 Albin Michel Jeunesse (P)2018 Audiolib

Texte lu par Charline Paul. Durée: 2h 50 env.

La série est illustrée par Ariane Delrieu.

 

11/12/17

13 reasons why ►, de Jay Asher - lu par Florine Orphelin & Gauthier Battoue

« J'espère que vous êtes prêts, parce que je vais vous raconter l'histoire de ma vie. Ou plus exactement, la raison pour laquelle elle s'est arrêtée. Et si vous êtes en train d'écouter ces cassettes, c'est que vous êtes l'une de ces raisons. » 

Thirteen reasons why

Hannah Baker a mis fin à ses jours, mais avant de commettre son suicide, elle a tenu à raconter son histoire en s'enregistrant sur des cassettes qu'elle adresse aux différents maillons d'une même chaîne - ils sont donc treize - treize désignés coupables, lesquels par un mot de trop, un geste déplacé, une parole malheureuse, un jugement, un mensonge ou un colportage, ont entraîné le drame que l'on sait. Clay Jensen figure sur cette liste, sauf qu'il ne comprend pas pourquoi. Élève discret, sans histoire, il était fou amoureux de Hannah mais se sentait trop timide pour lui avouer. Peur du regard des autres ou de la déception ? Aujourd'hui, le garçon n'est plus qu'un paquet de larmes et de regrets. C'est donc armé de son walk-man, le casque vissé aux oreilles, qu'il chemine dans la ville, tout en sombrant dans l'amertume, à l'écoute de la confession de la jeune fille. Confession émouvante, injuste et révoltante... mais qui soulève aussi des questions. Et c'est toute la force du roman qui réussit à nous fasciner en nous entraînant dans les dédales de son histoire - cela se lit comme un roman à suspense. La construction est judicieuse, l'intrigue est alimentée sans cesse pour lancer de nouvelles pistes ou créer du mystère. Et pourtant, le malaise aussi nous ronge et prend de l'ampleur à mesure qu'on découvre la spirale infernale, le point de non-retour, la détresse incurable. On se vautre dans la saveur amère du gâchis, et on ressent un profond malaise. La boucle est bouclée. Hannah Baker a gagné son pari de nous hanter.

J'avais déjà lu le roman à sa sortie, en 2010, pour découvrir aujourd'hui qu'il a inspiré une série netflix. Très bonne appréciation, et blablabla. En optant cette fois pour le format audio, je ne pouvais qu'être au plus près de Clay Jensen, en train d'écouter une voix d'outre-tombe, vaincue et dégoûtée par l'emballement frénétique de l'ostracisme adolescent. C'est franchement moche, très dérangeant. Même l'initiative de Hannah Baker me pose un problème de conscience, ce qui est sans doute voulu par l'auteur. Au final, on ressort de cette expérience audio en ressentant un vrai soulagement. On salue la performance des deux lecteurs - Florine Orphelin et Gauthier Battoue - également les voix françaises dans la série. Et on réfléchit à la vie, si précieuse et si fragile... 

©2007 "Thirteen Reasons Why", première publication. Traduction française : Éditions Albin Michel (P)2017 Audiolib, texte lu par Florine Orphelin & Gauthier Battoue (durée : 6h 25)

13/11/17

Magnetic Island, de Fabrice Colin

MAGNETIC ISLANDSe sentant broyé par une histoire familiale trop lourde pour lui, Cyan noie son désespoir dans l'alcool et est sujet à des crises d'angoisse qui l'ont déjà conduit à l'hôpital. Il faut dire que ça ne manque pas de secrets ni de mystères autour de lui - quatre ans plus tôt, sa sœur jumelle a disparu lors d'une sortie scolaire sur Magnetic Island, pas loin du lieu de tournage du film de leur père. Artus Fisher, célèbre réalisateur, est englué dans cette super production et n'a guère de temps à consacrer à son fils. Son épouse, France, a quitté le foyer pour son avocat et harcèle son ex pour signer les papiers du divorce. L'ambiance à la maison tourne donc en eau de boudin. Rien ne va plus, chacun est replié sur soi, ça gronde à chaque coin de page, et voilà qu'arrive une autre disparition - Divine, l'aînée de la fratrie, n'a plus donné signe de vie depuis cinq jours. La folie obsessionnelle de Cyan reprend de plus belle, son père le pousse à se rendre chez une addictologue, sa mère menace d'alerter la police et le fantôme de Holly refait surface. Ouhlàlà, quelle sombre histoire ! Mais le roman n'en demeure pas moins captivant. J'ai plongé tout de go dans les arcanes de cette intrigue aux nombreux revers familiaux, où les silences pèsent dans la balance et viennent noyer le poisson. On a, de plus, une perception biaisée des enjeux puisque tout est rapporté d'après Cyan, définitivement paumé et carrément désaxé. Le môme est en pleine déroute, il se cherche et cherche aussi la part de vérité parmi les mensonges qui gravitent autour de lui. Certaines révélations auront tout lieu de le désarçonner, par leur violence et leurs conséquences, même si la guérison exige de passer par là. L'atmosphère générale baigne dans le flou, ce qui est parfois déroutant et, malgré tout, enivrant. Car la petite musique du roman est ensorcelante et fait tourner les pages avec avidité pour connaître le dénouement. C'est cependant moins léger que dans Le pays qui te ressemble où l'auteur s'éclatait à dresser le portrait d'une autre famille dysfonctionnelle. Ici, c'est un roman qui vous happe dans sa bulle, où l'on pressent que tout n'est pas rose ni innocent.
Ce titre figurait parmi les 10 sélectionnés pour le Prix Vendredi, premier prix national de littérature ado, qui a finalement récompensé L'Aube sera grandiose d'Anne-Laure Bondoux.

Albin Michel coll. Litt' - 2017

 

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02/05/17

Percy Jackson #1 : Le Voleur de foudre, de Rick Riordan & lu par Benjamin Bollen

Percy JacksonPercy Jackson passe pour un adolescent difficile et turbulent, ses résultats scolaires sont passables, il est souvent obligé de changer d'établissement à cause de son comportement. Plus récemment, lors d'une sortie au musée des Beaux-Arts à New York, au département des antiquités grecques et romaines, Percy échappe de peu à la mort quand son professeur de maths se métamorphose en monstre sous ses yeux. Son meilleur ami Grover refuse de gober son histoire, mais montre une grande fébrilité depuis cet incident. Renvoyé de son école, Percy part en weekend avec sa mère pour se changer les idées... et tombe dans une embuscade avec un semblant de Minotaure à ses trousses ! Le garçon comprend en catastrophe qu'il est lui aussi la progéniture d'un dieu et doit rejoindre en urgence un camp pour sangs-mêlés (enfants mi-humains, mi-divins). Percy n'est pas au bout de ses découvertes, quand il prend connaissance de « sa quête », laquelle consiste à retrouver l'éclair qui a été dérobé à Zeus pour éviter une guerre fratricide. 

Cette série n'a certes plus rien à prouver, mais j'étais curieuse de la relire en format audio. Benjamin Bollen, qui double aussi la voix de Jamie Bell dans Tintin ou celle du personnage de Todd dans Kick-Ass, fait le job en incarnant un adolescent propulsé dans une aventure époustouflante, où les créatures mythologiques donnent la réplique à des adolescents qui ne se laissent pas moucher. Le plaisir d'écoute est indéniable, car c'est raconté avec la même dose d'humour et une énergie bourdonnante. L'histoire trouve ainsi un nouvel élan et permet à la série de se renouveler en touchant un public qui voit dans le livre audio une alternative tout aussi engageante au plaisir de lire (voire, complémentaire) ! La suite en juin chez Audiolib.  

©2005 / 2006 / 2008 / 2013 Rick Riordan / Éditions Albin Michel - Traduit par Mona de Pracontal (P)2017 Audiolib

Texte lu par Benjamin Bollen (durée : 10h 48)

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23/01/17

Sherlock, Lupin & moi : Le Mystère de la dame en noir, par Irene Adler

Sherlock lupin et moiEn vacances avec sa mère à Saint-Malo, la jeune Irene Adler fait la connaissance de deux garçons de son âge, Sherlock Holmes et Arsène Lupin, durant cet été 1870. Tous trois deviennent inséparables et se promènent sur les remparts de la ville ou prennent le large à bord de leur petite barque pour échapper à la vigilance trop étroite de M. Nelson, le majordome des Adler. C'est donc par hasard qu'ils découvrent sur la plage le corps d'un homme échoué, puis qu'ils aperçoivent non loin une silhouette encapuchonnée qui prend la fuite en se sachant observée. Les trois camarades créent aussitôt leur club de détectives amateurs pour résoudre ce mystère, voyant que la police locale s'emmêle les pinceaux pour conduire son enquête. Mais à force de fourrer leur nez dans les affaires malouines, les habitants grondent contre ces jeunes intrus qui perturbent leur tranquillité. 
L'histoire ne manque pas de rebondissements et nous guide dans les dédales de la charmante station balnéaire en dégageant un parfum d'exaltation et de légèreté. L'intrigue combine suspense, action, danger et émotion avec habileté et sans esbroufe inutile. On se délecte aussi de l'ambiance cosy des vacances en bord de mer et du merveilleux cadre du 19ème siècle, avec s
es grandes et belles villas cossues, ses rituels de l'après-midi autour d'une partie de bridge ou d'une tasse de thé. À côté de ça, la jeune Irene, plus intrépide que jamais, s'échappe du carcan maternel pour vivre de palpitantes aventures en compagnie de ses deux amis. Et c'est justement la rencontre surréaliste de ces trois figures littéraires, flanquées d'une douzaine d'années, qui rend ce petit roman si attachant et curieux ! On y trouve déjà un Sherlock arrogant et vif, un Lupin malicieux et enjôleur et notre jolie Irene qui raconte leur étonnante rencontre et la naissance de leur amitié... avant tout le reste. 
Il s'agit en fait de Pierdomenico Baccalario (auteur de Ulysse Moore & La Boutique Vif-Argent) et Alessandro Gatti les réels instigateurs de cette nouvelle série. Le ton, le style, les illustrations de Iacopo Bruno sont d'ailleurs reconnaissables entre mille. L'idée également est attrayante. C'est toujours cocasse de plonger dans une histoire mettant en scène des personnages de fiction qui reprennent vie sous une autre plume et dont on imagine une enfance, des copains, des premiers émois etc. On prend ainsi plaisir à noter les détails et les références car les auteurs n'ont pas fait le job à moitié et ont puisé dans une matière consistante sans dénaturer l'objet de leurs études. Sherlock, Lupin et Irene sont jeunes et insouciants, ils ont pour passion commune les énigmes à découdre, ils grandissent auprès de leur famille dont on perçoit les failles ou les richesses à venir (les leçons de gym avec le scandaleux Théophraste, la voix divine d'Irene, les rapports délicats entre Mycroft et son frère). Pour l'heure, ce premier tome pose les bases et laisse planer le doute en titillant le lecteur pour le forcer à revenir s'il souhaite connaître d'autres vérités et expliquer comment ces trois-là ont vécu le destin que l'on sait. 
Séduite par tant de promesses, j'accepte avec joie cette invitation ! 

Traduit de l'italien par Béatrice Didiot pour les éditions Albin Michel Jeunesse - Janvier 2017