26/09/12

Pêle-mêle Clarabel #53

C'est l'automne ! Voici donc un panaché de lectures savoureuses, et de saison (tant qu'à faire). Les trois albums s'inscrivent dans des registres différents, le premier est volontairement désopilant, le deuxième nous transporte vers un dépaysement total mais plante sa petite graine dans notre coeur parce qu'on ressent beaucoup de chaleur et de confort pour l'histoire, et enfin le troisième, tout simplement superbe, réveille en nous notre fibre artistique, mais surtout notre sensibilité à la poésie. Vous verrez, vos yeux vont rouler dans tous les sens pour ne pas louper le moindre détail. 

Catégorie Lecture désopilante : 

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Pour ravir les papilles de sa dulcinée Leila-la-laie, Jean-Glier se met en quatre pour lui préparer son menu préféré, à savoir : un caneton farci aux oeufs de grenouilles, des marrons grillés et une glace à l’eau. La belle est exigeante, il ne faudrait pas la décevoir. Alors il lui demande de venir le trouver chez lui, sitôt qu'un filet de fumée s'échappera de sa cheminée. Les mois vont passer, Jean-Glier va chasser et pêcher ses ingrédients, il va les installer chez lui, les engraisser et les bichonner, oui c'est bizarre, on commence à se poser des questions. Notre sanglier instaure une relation de plus en plus proche avec ses ingrédients, lesquels deviennent de grands enfants intelligents. Ils ne sont pas nés de la dernière pluie et vont comprendre les motivations cachées de leur hôte... bouh, quelle horreur ! Panique à bord, les amis. Mais Véronique Komai ne va pas franchir les limites interdites et peaufiner son dénouement. La tendresse est de mise, dans ce texte ponctué d'humour et de jeux de mots qui prêtent à sourire. 

Le menu préféré de Leila-la-laie, par Véronique Komai (Pastel, 2012)

Catégorie Lecture Cocooning : 

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Tout commence quand Suzie Truie et Simon Cochon partis en vadrouille rentrent chez eux et découvrent leur petit nid occupé puis ravagé par Léone Oursonne et Vincent Elan. Bon, pas besoin de se mettre en pétard car tout ce petit monde se connaît et s'apprécie. Pourquoi ne pas vivre tous ensemble et construire une grande maison pour l'hiver ? ! Après avoir passé un coup de fil aux castors, les travaux débutent aussitôt et voient sortir de terre une demeure imposante et pleine de charme. Ça sent le confort douillet, la chaleur du feu de bois, les bonnes odeurs en cuisine, la tisane qu'on avale le soir avant de filer sous la couette... La description de la routine est saisissante de familiarité, et c'est ce qui fait qu'on se sent heureux et à son aise entre les pages de cet album. Les animaux se comportent comme des humains (ils se servent du téléphone, ils conduisent des camions, ils se rendent en ville pour faire des emplettes). Et puis la facture s'élève à une montagne de sandouiches au beurre de cacahuètes ! C'est tellement bon de se plonger dans ce royaume de la simplicité, de l'amitié et de l'entraide. Une lecture pleine de révélations, pour moi ! 

La maison dans les bois, par Inga Moore (Pastel, 2012)

Catégorie Lecture pour épater la galerie : 

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J'avais lu et beaucoup apprécié le premier album de Gwendal Le Bec, Le Roi des Oiseaux, qui a reçu la Pépite de l'album 2011, Prix du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. J'avais aussi déjà vu fleurir sur les blogs des libraires leurs avis élogieux concernant ce nouveau titre et, ma foi, je n'ai pas été déçue non plus. L'auteur nous prend par la main et nous invite à nous pencher sur son livre, et plus particulièrement sur les détails de la faune et la flore d'un bois. Là, le mulot pointe son museau mouillé sous les feuilles craquantes, ici la belette se glisse entre deux pierres froides, ou un faisan se fraie un chemin parmi les fougères, un blaireau laboure l'humus de son museau pointu et le sanglier se roule bruyamment dans une mare de boue (oui, c'est peut-être Jean-Glier attendant sa belle Leila-la-laie !).

Les couleurs de cet album sont superbes, elles soulignent le jour déclinant, les mouvements des animaux et de la forêt, certains cherchent un coin pour se cacher ou dormir, d'autres se réveillent et entament une ronde nocturne. C'est beau, tout simplement. Précis et délicat, assez poétique aussi dans sa façon de raconter son histoire. L'auteur s'emploie également à trouver les mots justes, les mots vrais pour décrire cette nature si belle et énigmatique aux yeux des enfants. C'est ce qu'on pourrait nommer un petit bijou, non ?

Un bois, par Gwendal Le Bec (Albin Michel jeunesse, 2012)
pour vous convaincre, lisez le magnifique billet de Bauchette -) ICI ! 


11/09/12

C'était marrant, au début, de se balader dans le temps et surtout on n'avait rien de mieux à faire au présent...

Un parfum d'autrefois, des illustrations aux petits oignons, un goût d'enfance et d'adolescence, un air de ne pas y toucher, des confidences, des rires et des clins d'oeil partagés, c'est ce que nous réserve cette lecture gracieuse et délicate, une belle lecture, en fait.

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Par la magie d'un roman (Les aventures de Nelly Olson), Edie, Frankie, Paula et Lili vont devenir amies et comparer leur mode de vie. Toutes les quatre ont dix ans, ne vivent pas dans les mêmes quartiers, mais surtout pas à la même époque. L'histoire se passe de 1890 à 1960, l'occasion de faire un petit tour d'horizon sur les différentes moeurs d'un autre temps (danser le twist, manger des gâteaux, passer du temps avec maman, ou pas, échapper aux leçons, guetter les soirées des adultes...). Au fil des saisons, le voile se désépaissit et d'autres vérités apparaissent : en fait nos héroïnes forment les quatre générations d'une même lignée familiale où, de mère en fille, le livre magique s'est transmis.

Cette lecture évoque la transmission, mais surtout l'évolution de la femme dans la société... A sa façon, délicate et sensible, Nine Antico nous fait partager des pans de vie en toute intimité. On ne se contente pas d'admirer les belles façades des demeures, on peut soulever les fenêtres à rabat pour apercevoir les filles dans leur salle de bains ou dans leur chambre, dans le couloir près de la rambarde de l'escalier ou dans la cuisine au coin du feu. C'est une sensation extrêmement douce et conviviale, parce qu'on a encore plus le sentiment de partager les confidences des quatre filles. En cela, c'est une jolie réussite ! Et puis le trait de Nine Antico est l'élégance même. Comment ne pas être admirative ?

Quatre Filles : Journaux croisés 1890 - 1960, par Nine Antico
Albin Michel jeunesse, 2012

De toute façon, ça devenait trop compliqué ; on ne faisait plus que se disputer. C'était marrant, au début, de se balader dans le temps et surtout on n'avait rien de mieux à faire au présent... Mais on s'est lassées, chacune est occupée de son côté.

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10/09/12

"Nous rapportons vos secrets. Vos secrets nous rapportent."

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Au 43, rue du Vieux-Cimetière, vit un jeune garçon de onze ans, Les Perrance, dont les parents se trouvent actuellement en Europe pour démontrer scientifiquement que les fantômes n'existent pas. Le problème, c'est que leur fiston croit tout le contraire. Et il a bien raison : sous la coupole de la maison, se trouve une certaine Adèle I. Vranstock. Propriétaire morte depuis des années, elle continue de hanter ses murs, jusqu'à ce que ses talents de romancière soient un jour reconnus, clame-t-elle.

C'est l'été, Ignace Bronchon, célèbre auteur de livres pour enfants, a loué la vieille demeure pour y écrire le nouveau volume de sa série à succès, mais il ignore qu'il devra cohabiter avec un enfant, un chat et un fantôme ! Forcément, il est très mécontent. Bronchon est un mauvais coucheur, qui doit reprendre de la plume pour des raisons financières, sauf que l'homme est frappé du syndrome de la page blanche. La belle aubaine, pour Adèle !

C'est une histoire qui se lit extrêmement vite, puisqu'elle n'est composée que de lettres et de coupures de journaux. L'ensemble est de plus très aéré et illustré par des dessins simples mais rigolos. Point de vue esthétique, c'est vraiment un chouette ouvrage ! Quant à l'intrigue, très classique, elle se laisse découvrir avec grand plaisir. Bronchon est un faux méchant, au départ son caractère est détestable mais il va évoluer au cours de l'aventure. Les et Adèle forment une jolie paire attachante, surtout quand on connaît les antécédents familiaux du garçon... Enfin bref, on passe un bon moment, l'ambiance est délicieusement rétro, tout en charme et en finesse. Je conseille ! 

43, rue du Vieux-Cimetière (Livre Un : Trépassez votre chemin) par Kate & M. Sarah Klise 
Albin Michel jeunesse, coll. Witty, 2012 - traduit par Mickey Gaboriaud

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06/09/12

Il y a toujours un moment où il faut partir, pense Pomelo.

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C'est décidé, Pomelo part pour une Grande Aventure, une aventure sans but, sans destination, guidée selon son instinct (et un petit caillou). C'est l'Aventure de la Vie, la Vraie. Celle qui fait grandir, qui fait découvrir le monde. Sur son chemin, il y a des rencontres qui font réfléchir, parfois on enrage alors qu'on croyait en sa bonne étoile, parfois on n'ose pas y croire tellement c'est bon, c'est chaud et réconfortant.

La Grande Aventure promet de l'exaltation, avaler des kilomètres en sentant le vent dans les oreilles, ou manger des saucisses pour la première fois, mais elle est aussi source de déconfitures et de découragement. Des moments de papamaman, comme il dit. De la solitude, des doutes, une perte de confiance... Et puis, heureusement ça repart au quart de tour.

La Grande Aventure est une histoire d'Amitié et de Partage. Il y a des Ombres Silencieuses qui vous poussent dans le dos en vous soufflant du courage et de l'espoir. Il y a les étoiles dans le Ciel qui racontent des histoires avec des messages secrets. Il y a finalement une petite étoile de mer qui vous accueille avec le regard qui pétille, qui a des tas d'idées géniales et des jeux rigolos, qui revisite le monde au coin du feu, et qui fait dire que tout ça ressemble à la Grande Aventure. On n'aurait pu en rêver de plus belle ! 

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Une lecture aux effets magiques ! Des retrouvailles incontournables avec Pomelo, une philosophie de vie et un regard sur notre monde qui vous redonne comme un coup de boost pour repartir de plus belle. Forcément, c'est indispensable.

Pomelo et la Grande Aventure, par Ramona Badescu & Benjamin Chaud
Albin Michel jeunesse, 2012

10/07/12

♠ Poliedrum ♠ ♂

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J'ai commencé ma lecture débordante d'enthousiasme, tous les ingrédients pour me plaire étaient sous mes yeux : trois adolescents se retrouvent autour de leur passion commune, la littérature fantastique, dans une librairie où ils ont créé le Club de l'arrière-boutique. Et puis, paf ! leur auteur préféré est assassiné dans le parc, l'un d'eux a été témoin de la scène et les voilà introduits auprès d'une société secrète qui va les lancer dans un jeu de rôles particulièrement diabolique, un jeu où la réalité et le fantasme se tiennent main dans la main.

Jusque là, ma curiosité était intacte. C'est peu à peu que j'ai commencé à perdre le fil de l'histoire, parce qu'il faut bien admettre que c'est plus d'une fois confus et troublant, à tel point que j'ai failli me perdre à plusieurs reprises. Et là, j'étais franchement dépitée.

C'est finalement en bout de course que j'ai retrouvé un sourire de vainqueur. La fin, avouons-le à demi-mot, est parfaitement démoniaque. La démonstration d'une intrigue retorse et pernicieuse. Néanmoins, je m'interroge : vraisemblablement destiné à un lectorat jeune, le livre tient grâce à une narration d'une simplicité confondante, mais à côté l'intrigue s'avère un tantinet tordue à certaines occasions, du coup je ne sais plus trop à qui cette lecture s'adresse dans l'idéal. Trop simpliste pour certains, trop tiré par les cheveux pour d'autres, ce début de série par un auteur à succès, en Espagne, s'annonce bien problématique.

Poliedrum, par Rafael Abalos
Albin Michel jeunesse, coll. Wiz, 2012 - traduit de l'espagnol par Maryvonne Ssossé

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01/06/12

Ce jour-là, ma vie a changé pour toujours.

Je n'ai été amoureuse que de deux garçons. Et qui portaient le même nom de famille. Conrad était le premier, et je l'aimais comme on ne peut aimer que la première fois. Les yeux fermés, parce qu'on refuse de les ouvrir. Avec étourdissement, bêtise et ferveur. Un genre d'amour qui ne se reproduit jamais.
Ensuite, il y a eu Jeremiah. Dans son regard, je voyais le passé, le présent et le futur. Il ne connaissait pas seulement celle que j'avais été, mais celle que j'étais devenue, et il m'aimait toujours.

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Terriblement émouvant, c'est ce qui ressort de cette lecture (en fait, une relecture... et cela a du bon, mes nerfs n'étaient plus électrisés, je savais ce qui m'attendait, j'avais juste besoin / envie de me rassasier de l'air marin de Cousins). Et il faut dire que la série de Jenny Han possède un charme inégalable : c'est beau, c'est doux, c'est touchant. Cela vous berce et cela vous rappelle votre jeunesse, alors qu'on est une toute jeune fille en train de faire ses premiers pas dans le monde des grands. Être adulte, ça ne veut pas simplement dire porter des talons hauts et jurer fidélité ad vitam æternam à son amoureux. C'est surtout une prise de risque de chaque instant, savoir dire oui, saisir la chance au tournant, affirmer ses choix, reconnaître ses erreurs, oser, aimer, chavirer, rompre, y retourner encore et toujours.

La jeune Belly nous réserve donc un dénouement poignant et qui promet d'affoler les battements de votre coeur. Ce dernier tome sera celui des grandes décisions et des nouveaux départs ; je pense qu'il ne manquera pas de vous étonner, de vous décevoir et de vous bouleverser à plus d'un titre. L'ambiance n'est plus à la rigolade, le passé doit être rangé dans des boîtes en carton, comme une maison qu'on referme après les vacances d'été. Pour bien faire, les souvenirs vont et viennent, ils aident à compléter l'histoire et à fignoler les contours des personnages, ils sont aussi les petits cailloux invisibles pour nous guider jusqu'à la fin.

Cette deuxième lecture a su me réconcilier avec le sentiment d'amertume ressenti la toute première fois, alors que j'avais avalé avec gourmandise et incompréhension les tours et détours proposés par l'auteur. Non, je n'étais pas contente. J'étais outrée. Il y avait tromperie sur la marchandise. Et puis le temps a passé, j'ai replongé et j'ai aimé. J'ai retrouvé tout ce qui avait su me séduire et me conquérir dès les premières notes : la nostalgie, la famille, les amours compliquées, les blessures de l'enfance, les rêves de l'adolescence, le calme de la maison de la plage, et l'impression de velours dans le déroulement de l'histoire... en bref, j'étais totalement sous le charme.

Je conserve donc un profond attachement à cette série et aux trois livres qui la composent, car au-delà du ton doucereux qui semble être la marque de fabrique, il y a aussi une réelle tristesse et détresse derrière chaque mot, chaque choix de vie. Et forcément, cela me parle...

L'été devant nous, par Jenny Han
Albin Michel, coll. Wiz, 2012 - traduction par Alice Delarbre 

09/05/12

Madame Pamplemousse #2 : Le café à remonter le temps

Un deuxième tome toujours aussi charmant, et qui nous transporte au-delà des possibles.

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Madeleine va en effet découvrir le café à remonter le temps de monsieur Moutarde, qui est aussi un ami de madame Pamplemousse. Cette dernière a disparu depuis plusieurs semaines, mais c'est avant de la retrouver dans une cabane perchée, dans une forêt préhistorique, en train de récolter les derniers ingrédients pour son tonic secret. Son chat Camembert est également à ses côtés, venant au secours de la fillette alors qu'un tyrannosaure cherche à remplir son estomac. Suivront d'autres bonds dans le temps et d'autres rencontres étonnantes, avec en parade des créatures comme le monstre du Loch Ness ou le Sphynx. C'est plus que dépaysant, presque déroutant, mais Rupert Kingfisher a de la suite dans les idées.

En effet, la ville de Paris est actuellement menacée par une politique de restauration intensive de tous les quartiers populaires ou touristiques, le but est d'effacer l'authentique pour rentabiliser au maximum le lieu et l'espace. Les parisiens eux-mêmes se sentent groggy et ne réagissent quasiment plus. Madame Pamplemousse a ainsi l'intention de réveiller tout ce petit monde et d'affronter la redoutable mademoiselle Fondue, le bras droit du président, dont la beauté froide en impressionne plus d'un, à commencer par Madeleine, menacée d'être envoyée dans un centre de détention pour enfants criminels !

Ce deuxième rendez-vous, une nouvelle fois, captive l'imaginaire. L'histoire est fantaisiste et fabuleuse, de facture classique et démodée, mais aussi originale et inventive. Et puis l'emballage vintage a tout pour plaire, attirer, intriguer, personnellement c'est ce que j'apprécie le plus, avec les illustrations de Sue Hellard. Cette petite série, idéalement destinée à de jeunes lecteurs, peut plaire aux plus grands qui ont l'esprit en vacances, aux conteurs qui se régaleront à raconter à voix haute cette aventure étonnante, et à ceux qui en ressentent l'envie et la curiosité.

Madame Pamplemousse et le Café à remonter le temps, par Rupert Kingfisher 
illustrations de Sue Hellard - traduction par Valérie Le Plouhinec 
Albin Michel jeunesse, coll. Witty, 2012

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24/04/12

Les Polipoil #1

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La famille Polipoil se compose du papa, de la maman et des quatre enfants : Polly, Pliko, Archi et Mitzi. A première vue, on croirait une famille ordinaire, qui aime partager toutes leurs activités ensemble, mais il apparaît finalement que cette famille a un don pour la démesure et l'enthousiasme exacerbé.

Pour occuper une journée qui commence tôt et sur un air d'opéra, la famille Polipoil a l'idée audacieuse d'organiser un pique-nique, où l'on jouerait de la musique et danserait quelques pas de valse, en plus d'avaler des gaufres avec du confit de noisettes, mais comme la famille n'a plus de noisettes en réserve, maman Polipoil se charge de voler en chercher à bord de son avion. Oui, en avion ! Malheureusement l'engin tombe en panne d'essence et échoue dans le désert. Madame Polipoil n'a plus que son courage pour rentrer à la maison, tandis que sa famille s'inquiète et tente de partir à sa recherche en pleine nuit. De cette expérience, la famille Polipoil en tirera la conclusion qu'un pique-nique est un exercice beaucoup trop périlleux, autant préférer un petit goûter sur l'herbe devant la maison, avec des framboises et des beignets. C'est tellement plus simple ! 

C'est le premier titre d'une nouvelle collection pleine de fraîcheur et d'humour, mettant en scène une famille qui transforme l'évènement le plus simple en aventure extraordinaire. J'aime beaucoup les illustrations naïves de Pauline Martin (Les rêveries d'un hamster solitaire, c'était elle déjà, avec Astrid Desbordes !). Le texte aussi cache des petites perles d'humour, comme la petite Polly qui veut jouer de la contrebasse (choix peu judicieux compte tenu de sa taille), maman Polipoil qui veut allumer un feu avec des cailloux comme dans les histoires qu'elle lit aux enfants (les indiens ont sûrement des allumettes, mais ça on ne le dit pas), ou l'expression de bonheur de Pliko se glissant dans son lit (si seulement goûter était aussi simple que cela, se dit-il), et les recherches qui font chou blanc (avec cette remarque désopilante, surtout prise dans son contexte : un imprévu affaiblit aussitôt l'espoir général, cette maison, c'est la leur)... Bref, ce sont autant de situations et d'anecdotes qui font sourire et apprécier grandement cette charmante lecture, qui ne paie probablement pas de mine, et pourtant elle offre un vrai plaisir de lecture ! 

Le goûter des Polipoil, par Astrid Desbordes et Pauline Martin (Albin Michel jeunesse, 2012)

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21/04/12

You can dance, you can jive, having the time of your life...

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L'idée de base du roman est tellement tentante : pouvoir parler à celle qu'on était trois ans plus tôt, la prévenir des erreurs à éviter, des mauvaises rencontres à contourner, des devoirs à travailler, des efforts à fournir, etc. L'avenir n'en serait-il pas meilleur ? C'est ce que cherche à nous raconter ce roman. Devi se trouve au centre commercial au moment où son téléphone valdingue dans une fontaine. L'appareil n'est pas mort, mais une nouvelle option s'offre à elle : être en ligne directe avec l'adolescente qu'elle était, en seconde.

C'est trop beau pour être vrai, Devi a 17 ans et demi, son coeur est brisé par la faute de son petit copain, elle choisit de prévenir son passé de ne pas sortir avec ce garçon. Et c'est là que tout s'emballe, son présent se modifie au fur et à mesure que la Devi de 14 ans opère des changements, ces derniers ont des conséquences plus ou moins lourdes, de quoi exciter notre héroïne, jamais contente, toujours à l'affût, elle-même déstabilisée par une vie de tous les jours qui ne cesse de connaître des soubresauts. Les Devi sont à la fête, car faire la navette entre le passé et le présent a de quoi vous donner le tournis !

Pour le lecteur, c'est une vraie partie de plaisir. C'est surtout la découverte des situations nouvelles qui s'offrent à la Devi du présent qui sont hilarantes, un jour elle est réconciliée avec ses meilleures amies, l'heure d'après elle embrasse un type, quelques temps plus tard c'est une autre histoire, et tout ça avec l'expérience du vécu qu'elle croyait sien jusqu'à présent (c'est très compliqué, je sais !).

L'intrigue est virevoltante, jamais reposante, heureusement elle montre aussi qu'on ne peut pas toujours jouer avec le destin, et qu'en voulant changer le passé on bouleverse certaines cartes en générant des crises d'une autre envergure. La valse des lettres pour les entrées à l'université, par exemple, est un excellent point de repère quant au tourbillon que vit Devi. C'est aussi devenu le leitmotiv de notre héroïne en Terminale, à tel point qu'elle finit par harceler son double plus jeune.

Et la question se pose : jusqu'où peut-on dicter sa vie, s'empêcher de s'en remettre au hasard, accepter les coups du sort, admettre que cela fait partie du jeu aussi... car c'est à partir de ses erreurs qu'on apprend à se construire ! C'est sur cette note que le roman se boucle, d'ailleurs : non, on n'échappe jamais à son destin. Voilà de quoi faire réfléchir et s'interroger sur qui l'on est et ce qu'on le veut dans la vie (à part grandir !).

Parle-moi !, par Sarah Mlynowski
Albin Michel jeunesse, coll. Wiz, 2012 - traduit de l'anglais (USA) par Claudine Richetin 

02/04/12

The girls with their short skirts and bright eyes and big-city dreams. The girls of 1929.

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Letty et Cordelia rêvent de New York, de folie, de paillettes, de nouvelles rencontres, d'évasion et d'espoir. Alors elles quittent tout, elles plaquent Junction, dans l'Ohio, pour la Grande Ville. Mais sur place, l'incertitude les gagne, les deux amies réalisent qu'elles n'ont pas les mêmes attentes, elles se fâchent et se tournent le dos.

Ainsi débute l'aventure new-yorkaise, sur un clash, et dans la solitude. Cordelia va retrouver son père, un bootlegger renommé, s'entendre à merveille avec Astrid, la fiancée de son demi-frère, et tomber amoureuse. Letty va tenter sa chance dans un club de musique, elle a de l'ambition et du talent, sauf qu'il existe déjà des milliers de prétendantes du même profil, des filles souvent plus effrontées qu'elle.

Pour nos trois héroïnes, New York représente vite le lieu de toutes les désillusions, après le temps de l'éblouissement. Même Astrid, dont la place n'est finalement pas si enviable, s'interroge sur son utilité et ses envies. Orpheline de père, elle a a observé sa volage de mère enchaîner les unions d'intérêt sans jamais cesser les liaisons superficielles. A son tour, désire-t-elle épouser un type en qui elle n'a nullement confiance, pour au moins assurer son ascension sociale ?

Grande amatrice de la première série d'Anna Godbersen (Rebelles) et de l'époque des années 20, avec en ce moment Boardwalk Empire ma série tv préférée, j'étais donc quasi certaine d'apprécier ce nouveau rendez-vous. Et je n'ai pas été déçue ! Pourtant, ça sent le début, les premiers pas tremblants, les héroïnes cruches, victimes de leur naïveté, plongées au coeur de la faune, mais fortes d'un avenir qu'elles vont saisir à bras le corps... L'histoire se dessine timidement, mais nous réserve déjà des retournements de situation dignes des grands feuilletons de divertissement. Je suis totalement friande de ce qui se dessine sous mes yeux : c'est facile, léger, habilement troussé, avec de la futilité et de la romance, en plus de mettre en lumière le faste des années 1920. Cette série possède tout le charme pétillant du champagne et du jazz !

Tout ce qui brille, par Anna Godbersen smileyc219
Albin Michel, coll. Wiz, 2012 - traduit par Alice Seelow
illustration de couverture : Sophie Leblanc 

A signaler : la série Vixen de Jillian Larkin s'inscrit en sérieuse concurrente, puisqu'elle sera traduite et publiée aux éditions Bayard en mai 2012.