01/09/09

Le Club des Incorrigibles Optimistes ~ Jean-Michel Guenassia

Albin Michel, 2009 - 756 pages - 23,90€

Au bout du restaurant, en face de moi, derrière les banquettes, la porte au rideau vert. Jacky en sortait avec des tasses et des verres vides. Je me suis renfoncé dans le coin. Il est passé sans me voir. Un homme mal rasé avec un imperméable élimé et taché a disparu derrière la tenture. Que faisait-il dans cette tenue en cette saison ? Il n'avait pas plu depuis des semaines. Mû par la curiosité, j'ai écarté le rideau. Une main malhabile avait inscrit sur la porte : Club des Incorrigibles Optimistes. Le coeur battant, j'ai avancé avec précaution. J'ai eu la plus grande surprise de ma vie. J'ai pénétré dans un club d'échecs. Une dizaine d'hommes jouaient, absorbés. Une demi-douzaine suivaient les parties, assis ou debout. D'autres bavardaient à voix basse. Des néons éclairaient la pièce ouvrant par deux fenêtres sur le boulevard Raspail. Elle servait aussi de débarras au père Marcusot qui y rangeait des guéridons, des chaises pliantes, des parasols, des banquettes trouées et des caisses de verres. Deux hommes profitaient des fauteuils pour lire des journaux étrangers. Personne n'a remarqué mon entrée.

La surprise, ce n'était pas le club d'échecs. C'était de voir Jean-Paul Sartre et Joseph Kessel jouer ensemble dans l'arrière-salle enfumée de ce bistrot populaire. Je les connaissais par la télé. C'étaient des gens célèbres. J'étais fasciné. Ils rigolaient comme des collégiens. Je me suis souvent demandé ce qui pouvait faire autant rire Sartre et Kessel. Je ne l'ai jamais su. Imré, un des piliers du Club, affirmait que Sartre jouait comme une patate. Ça les faisait marrer. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, sur le pas de la porte, à les regarder. Aucun d'eux n'a fait attention à moi.

*-*-*-*-*-*

 

Le_club_des_incorrigibles_optimistesEst-ce de la folie ou de l'inconscience ? 756 pages, rendez-vous compte ! C'est énorme.

Mais est-ce que cela vaut le coup ? Oui, heureusement. J'ai été surprise moi-même d'être embarquée dans cette histoire, après un simple coup d'oeil à la quatrième de couverture, j'imaginais davantage un roman politique ou s'y approchant. Que nenni. C'est beaucoup plus touffu.

Paris 1959, Michel Marini vient de fêter ses douze ans en famille. L'ambiance est explosive, chez les Marini on ne rigole pas avec les mathématiques, le communisme, la lecture, la guerre et les ambitions. Tout est prétexte à d'innombrables clivages. Heureusement qu'il existe le rock'n roll et le baby-foot pour s'échapper de cette atmosphère étouffante. A l'époque, une seule adresse importait : le Balto, sur la place Denfert-Rochereau. C'est aussi dans l'arrière-salle du bistrot que le garçon découvrira les écrivains célèbres que sont Sartre et Kessel, en plus d'une brochette de réfugiés politiques venus de l'Est.

Le reste ne se raconte pas, tant le roman invite à la découverte, page après page, les portraits défilent, les personnalités émergent, les aventures fourmillent. Oui, c'est une étonnante surprise. Je fais généralement peu de cas des romans acclamés partout, dans la presse etc., mais pour ce livre j'ai eu plaisir de me laisser convaincre par l'enthousiasme des libraires. Banco ! Cette lecture s'est avérée étonnament plaisante et enlevée, avec de belles réflexions sur l'univers de la littérature et du lecteur, pour ne citer que les sujets qui interpellent.
Ce jugement personnel, globalement positif, doit cependant être modéré car j'ai trouvé que c'était aussi très long. Que voulez-vous, ce sont 750 pages d'une logorrhée séduisante, mais qui finissent par peser dans la balance. Que cela ne pénalise pas l'envie ou la curiosité qui vous taraudent, car la lecture ne se montre jamais indigeste, la preuve Gérard Collard s'est senti "désappointé que ce gros livre se lise si vite et ne vous laisse orphelin de tous ces héros".  (son commentaire plus qu'exalté est ICI)

(le libraire nous dit aussi) -> Une époque aux dés pipés, basée sur des mensonges, des illusions, des espoirs bientôt déçus, mais avec des êtres vivants, ou poésie rime avec bagarre. L’humour omniprésent , les blessures vives et douloureuses, la générosité naturelle.

Ah oui, ça fait du bien. C'est un bon roman. Un très bon roman. Il ne faut pas avoir peur de s'y noyer, on remonte toujours à la surface, avec le sourire aux lèvres. C'est vous dire ! ...

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22/07/09

Je n'irai pas chez le psy pour ce con ! ~ Isabelle Alexis

je_nirai_pas_chez_le_psyDeux femmes se rendent, le même jour, dans un studio de télévision. L'une doit passer un entretien d'embauche, l'autre est invitée à une émission littéraire à propos de son livre. Une histoire d'amour et de rupture, intitulée Je n'irai pas chez le psy pour ce con ! Mais au moment de passer à l'antenne, il y a une épouvantable confusion et c'est Juliette, à peine trente ans, chômeuse et consciente du quiproquo, qui se voit discuter du bout de gras sur sa relation avec un député au comportement goujat. La cata ! Loren Abysse, l'auteur spolié, rue dans les brancards mais c'est trop tard. En prime, elle récolte des excuses et une nouvelle admiratrice très pot-de-colle.
C'est clair, Juliette ne quitte plus Loren. Elle est fascinée par l'écrivain, par son sens de créativité et d'imagination. Ensemble, elles passent une nuit de folie à danser, boire et se bécoter.
Le lendemain, c'est la douche froide. Juliette rentre chez son petit ami, se dispute avec et lui défonce le crâne. Ni une ni deux, elle supplie Loren de l'aider à masquer son crime, car elle plaide non-coupable mais perd les pédales.
Au rayon chick-lit haut de gamme, je demande une aventure cocasse doublée d'une comédie policière et j'obtiens un roman déjanté, dans lequel on suit deux femmes qui n'ont pas leur langue dans la poche et qui tentent par tous les moyens de se dépatouiller avec un corps, la police, un maître chanteur et leur conscience.
Il n'y a franchement rien de crédible dans l'histoire, c'est truffé d'aberrations et d'inepties, les héroïnes sont deux têtes à claques insupportables, mais finalement c'est ce qui rend cette lecture divertissante et proche du lecteur !
J'ai bien aimé, par exemple, lorsque les nanas font référence à des feuilletons américains (Les Experts ou FBI Portés disparus) pour situer leur cas, c'est dire l'influence de la télé et le manque de discernement des demoiselles.   
Un niveau de tolérance maximale est donc demandé pour celui ou celle qui se penchera sur ce livre, spécialement voué à la détente. C'est drôle, oui, ça ne mange pas de pain, non. Mais j'avoue qu'il n'aurait pas fallu dépasser les 300 pages, sous peine d'indigestion.

Albin Michel, 2009 - 278 pages - 18,50€

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23/06/09

L'oeil du cyclone ~ Stéphanie Janicot

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Nouvelle Orléans, août 2005. L'ouragan Katrina s'abat sur la ville. Des milliers de réfugiés se terrent vers le gymnase, parmi eux Victoria, ses deux filles et sa belle-soeur. Comment cette ressortissante française, fille d'un haut diplomate, a atterri dans cette galère ? Très vite, on découvre qu'elle vient de tout perdre, son misérable mobil-home, emporté par les eaux, et sa belle-mère alcoolique, noyée sous leurs yeux en sauvant la vie de la plus jeune des filles... Alors que l'apocalypse s'invite sur terre, la vie de Victoria défile. La jeune femme est groggy et assommée par la somme de catastrophes vécue en quelques heures. Et pourtant une autre nouvelle lui tombe sur la tête : la prison des femmes est évacuée, une certaine Remedios s'apprête à sortir. C'est l'heure des règlements de compte, en famille. L'instant s'annonce tragique. D'ailleurs, quelques temps après leur arrivée dans le Super Dôme, la fille aînée - Luz - disparaît.

C'est un roman proprement captivant, fluide et divertissant. Un livre qui parle beaucoup des femmes et des liens familiaux. Une histoire autour d'une femme que rien ne prédestinait à être veuve et mère avant vingt ans, le sort lié entre les mains d'une vieille folle alcoolique obèse, et voyante sur les bords. Un tel destin force l'admiration et l'interrogation, en plus du respect. Il ne faut pas en apprendre plus, juste tourner les pages pour découvrir, bout par bout, le parcours incroyable de cette française prisonnière de l'ouragan Katrina. Et suivre la fuite en avant d'une adolescente vulnérable et influençable. Elle aussi en marche vers son Destin. La rencontre espérée va néanmoins aboutir à une conclusion loupée, car précipitée. Léger bémol qui n'entache pas mon impression générale, car je conserve de ma lecture un goût de passion, de puissance, de rage et de désespoir. Derrière ces visages de femmes, il y a des larmes et des secrets, une force commune pour arracher sa part de bonheur à la fatalité. Et pour cela, j'ai aimé. Comme souvent. J'ai apprécié ces retrouvailles avec Stéphanie Janicot.

Albin Michel, 2009 - 280 pages - 18,50€

Un merci tout particulier à l'auteur... comme ça.

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12/05/09

Le cartable à musique ~ Claudie Pernusch

cartable_a_musique

Pierre est marié et père d'un garçon de neuf ans, il est écrivain pour la jeunesse, avec une série qui cartonne à la télévision et des traductions à l'étranger. Pierre vit un bonheur tranquille, auprès d'une épouse qui « vit le bonheur comme une évidence, le malheur comme une vulgarité ».  Un jour, il répond à une petite annonce d'un professeur de piano qui donne des leçons à domicile. Pierre se rend chez cette Sarah Deplane et découvre une jolie brune bouclée, la silhouette gracieuse, le sourire chaleureux, le tailleur strict, l'attitude très professorale. La séance se passe mal, Pierre est piqué au vif, il sort de sa première leçon ulcéré et s'engage à ne plus revenir.
Mais Pierre y retournera, car il ressent insidieusement une attirance vers Sarah, vers l'aura austère et stricte qui l'entoure. A force de penser à elle et d'en faire l'objet de son obsession, il se rend compte qu'il est tombé fou amoureux d'elle, à tel point que la chaleur de son propre foyer l'insupporte et qu'il serait prêt à tout renoncer pour bâtir une nouvelle vie consacrée à sa folle passion.
Et puis les choses se compliquent, lentement la comédie vaudevillesque tourne au vinaigre. L'humour alerte de Pierre devient acide, son comportement est celui du mauvais perdant, du lâche qui veut tout et tout de suite, et fléchit trop facilement face aux sursauts de son caprice. La petite note de la fin vient d'ailleurs jeter ses derniers grains de sel dans cette histoire tendre et amère.

C'est un roman très agréable à parcourir, il traite avec gravité de l'infidélité, de la passion, du désir d'absolu, des concessions. Mais surtout de la liberté, la liberté d'aimer, comme de l'amour libéré du jeu social. (mot de l'éditeur)
J'ai beaucoup apprécié les envolées lyriques et emphatiques du narrateur, dans toute la première partie du roman, alors qu'il plonge les deux mains jointes dans ce merveilleux désastre, comme il l'appelle. L'histoire suit une logique guère surprenante, et pourtant la tournure des événements nous arrache un léger hoquet de stupéfaction. Quel monstre, ce Pierre ! Il a eu le culot de me tirer des sourires et des grimaces de dégoût, je l'aime bien comme personnage mais je n'en ferai pas mon casse-croûte. Non merci. Il nous offre une vision du couple, de la paternité, de la famille à rebrousse-poil des images sirupeuses. C'est parfaitement cynique, délicieusement ironique.
Un très bon roman à découvrir !

Albin Michel, 2009 - 160 pages - 14€

illustration : Catherine Meurisse

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03/05/09

Un été à la mer ~ Giuseppe Culicchia

« leisure-time ? qu'est-ce que ça veut dire ? »

unetealamer

C'est l'histoire d'un couple en voyage de noces en Sicile, à Marsala. Luca, quarante ans, y a passé toute son enfance et son adolescence, il y retourne pour la première fois, sur l'insistance de sa jeune épouse, Benedetta, trente ans. C'est l'été, au bord de la mer, il fait très chaud. Et de quoi parle notre couple ? De tout : l'amour dure-t-il toujours, la canicule jamais vue depuis cent cinquante ans, la coupe du monde de foot en Allemagne, l'envie d'avoir un bébé à tout prix, les cheveux qui tombent sur la nuque, les pâtes aux oursins, la lumière verte et la lumière rouge du test tous les matins.

C'est loin d'être un roman de plage, où l'on papote bouche en coeur de l'avenir du couple et de l'amour qu'on rêve éternel. Promis, juré, ce n'est pas ça du tout ! C'est cynique, absurde, amer et nostalgique. Luca retrouve son premier amour, Katja. Elle a une fille de dix-sept ans, qui se promène les seins nus sur la plage. Benedetta pique sa petite crise de jalousie, Luca préfère se cacher derrière son journal ou sa paire de lunettes noires, il se plonge dans sa revue de presse quotidienne, il répond aux coups de fil de sa mère, il refuse de parler du passé. C'est beaucoup pour un seul homme !

Benedetta, de son côté, est obsédée par son envie de tomber enceinte, elle est superficielle, immature et matérialiste. Son bébé, elle le fait presque pour copier sa copine Tarita, qu'elle déteste ! Luca est un paranoïco-hypocondriaque (un mal de tête se transforme en tumeur au cerveau !), il n'a pas l'air dans son assiette, ce retour aux sources lui plombe le moral, et il croise les doigts pour que l'Italie ne gagne pas la Coupe ! Voilà le tableau.

Ce roman, je voulais l'aimer, je voulais même l'aimer très fort, et finalement j'ai d'abord été déçue. Au lieu d'abandonner trop vite, j'ai attendu une semaine avant de m'y replonger. Bien m'en a pris car la deuxième tentative fut la bonne. J'ai réappris à l'apprécier et à sourire aux propos absurdes que s'échange le couple, au bord de la névrose, reconnaissons-le. Car sous la douceur de vivre italienne, le soleil et la mer en décor, il y a un volcan qui s'éveille, des crispations en gestation, des silences, des rancoeurs, des actes manqués, des obsessions, et de la bêtise (beaucoup de bêtise). Ce troisième roman de Giuseppe Culicchia est l'anti-roman de plage par excellence !
A découvrir avec des yeux hallucinés.

Albin Michel, 2009 - 222 pages - 15€
traduit de l'italien par Françoise Brun

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11/03/09

Et qu'on m'emporte - Carole Zalberg

31_N_nEp21L__SS500_Emma, coincée sur son lit de malade, sent que la vie est en train de la quitter. A bout de souffle, et de forces, elle s'adresse à sa fille disparue et lui raconte son parcours, ses choix, sa vie de femme, d'épouse et de mère. Mariée très jeune, mère dans la foulée, Emma a longtemps eu le sentiment de traîner un boulet, alors qu'elle était ivre d'une chose : de liberté. Ivre d'amour, également. D'aventures en aventures, Emma va rencontrer un homme qui lui donnera le coup de pouce pour tout quitter et tout recommencer. Sans un mot, sans une explication, elle va prendre la fuite. Son amour en bandoulière. Abandonner ses enfants. Ni remords, ni regrets.

Emma incarne la femme féminine, sensuelle, animale par excellence. C'est un portrait qui fait sortir les griffes, qui inspire l'admiration ou l'incompréhension, car en tant que mère, elle est à blâmer. Egoïste et amoureuse, tout le temps dans la démesure, incapable de sacrifice, à fond dans ses goûts et ses choix, n'hésitant jamais une seconde, Emma a toujours foncé. Traumatisée par une mère qui n'était pas exemplaire, et l'image du couple usé que renvoyaient ses parents, Emma s'est jurée d'en finir, d'en sortir, de ne jamais abdiquer. Ne jamais plier.

Sa liberté, précieuse et choyée, lui sera longuement reprochée par sa propre fille, la disparue. Il aura fallu que celle-ci soit également à l'article de la mort pour qu'Emma retrouve son amour in extremis, pour que le miracle se produise. Non, elle n'a jamais été maternelle, ce n'est pas un secret. Mais qui sommes-nous pour juger ? Aujourd'hui Emma est en train de mourir, elle ne s'apitoie pas sur son sort, elle lance un regard par-dessus son épaule et elle ne regrette rien. Elle reste toutefois fixée sur le petit caillou rose, symbole de sa relation conflictuelle avec sa fille. Mais impossible de le retrouver. Comme si, de toute façon, il était impossible de renouer avec le passé, de réparer les erreurs. Elles ont été bues et jugées, en somme.

C'est en cela un roman profond, sensible, parfois délicat, qui ne verse jamais dans le pathos. Carole Zalberg reprend le miroir d'une histoire déjà racontée dans La mère horizontale, que je n'ai cependant pas lue. Il doit être très intéressant d'avoir ce jeu des miroirs, de prendre un bout d'histoires et de le revoir sous un autre jour. Le récit d'Emma a su me toucher en même temps qu'il est venu me troubler, la femme en moi est bouleversée par ce portrait d'une féminité pleinement endossée, d'un choix de vie qui ne se discute pas, « le sacrifice, le renoncement au nom de l'amour, au nom de la responsabilité à l'égard de ses enfants, merci bien ». Le titre dit déjà beaucoup, « Et qu'on m'emporte », envie d'aller voir ailleurs, de rêver grand. Pourquoi pas ? N'être femme, après tout.

Albin Michel, 2009 - 130 pages - 12€

Léthée en parle...

J'avais lu :  Chez eux, un autre roman de Carole Zalberg (Phébus, 2004)

http://www.carolezalberg.com/

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25/02/09

Rumeurs - Anna Godbersen

(version courte)

41Ge4kZBwnL__SS500_Deux mois ont passé depuis la mort accidentelle d'Elizabeth Holland, créant un choc et une vive émotion parmi ses proches et ses amis. Seules sa soeur cadette et son ancienne meilleure amie sont au courant de la supercherie - Lizzie s'est enfuie en Californie, rejoindre l'homme qu'elle aime. Penelope et Diana ne font pas que partager le même secret, elles sont toutes deux amoureuses de Henry Schoonmaker, le fiancé éploré. Hélas, celui-ci a choisi de retirer ses billes depuis la tragédie, se jugeant inconsolable. Les deux femmes sont à couteaux tirés, prêtes à tout pour reconquérir son coeur, quitte à dire toute la vérité.
Mais les rumeurs à New York vont bon train, les cancans deviennent une monnaie d'échange, il suffit d'un besoin d'argent ou d'une ambition dévorante pour basculer dans l'irréversible. Le retour de la disparue s'annonce prématuré et pourrait chambouler les jeux de l'amour et du hasard !
Même si cette lecture collectionne les clichés et le mauvais goût, elle n'en reste pas moins délectable et passionnante ! Personnellement j'aime beaucoup ! Cela se lit d'une traite, je trouve que l'intrigue, certes cousue de fil blanc, reste surprenante et très accrocheuse. Je suis impatiente de lire la suite !

Une suite est déjà parue aux USA : Envy.
Le quatrième et dernier volume paraît à l'automne : Splendor.

Mon avis sur : Rebelles

Albin Michel, 2009 - 460 pages - 17€
traduit de l'anglais (USA) par Alice Seelow

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Rumeurs - Anna Godbersen

Le voilà !

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... le roman qui annonce le retour des rebelles, cf. le premier roman d'Anna Godbersen, arborant encore une fois une couverture époustouflante... moi je rêve d'une robe pareille !!! ^__^

Plus sérieusement, reprenons les choses où nous les avions laissées.

L'histoire se passe donc dans la haute société de New York, nous sommes en 1899. L'annonce du décès accidentel de la très belle Lizzie Holland a créé émoi et choc chez ces jeunes gens de bonne famille. Deux mois ont passé et son fiancé Henry Schoonmaker affiche un deuil de circonstance - on murmure cependant que le jeune homme était épris d'une autre et avait plié à la demande de son père qui souhaitait s'allier à un grand nom new-yorkais pour sa carrière politique. Inversement, la famille Holland était en quête désespérée d'un bon parti pour compenser sa fortune envolée.

Le mariage n'a pas eu lieu, ce qui réjouit deux jeunes femmes en coulisses. On croise d'abord Penelope Hayes, délicieuse garce, ancienne meilleure amie de Lizzie et conquête parmi d'autres dans le tableau de chasse de Henry Schoonmaker. Puis on aperçoit Diana Holland, la soeur cadette de Lizzie. Effrontée, ravissante et complice, elle a senti son coeur battre la chamade lorsque le prétendant de sa soeur lui a déclaré n'aimer qu'elle et personne d'autre.

Mais les cartes ont été chamboulées, toutes les données inversées et nos trois pions sont mis échec et mat. Un détail a son importance, qui pourtant doit rester secret et confidentiel. Car Lizzie n'est pas morte. Elle a fui en Californie pour retrouver son grand amour, Will Keller, l'ancien cocher de la famille Holland. Une mésalliance, parfaitement inacceptable. Et nos deux ladies, Diana et Penelope, sont dans le secret des dieux. Elles pourraient jouer leur va-tout en révélant la précieuse information, afin de récupérer un Henry Schoonmaker qui se dérobe.

L'ancien coureur de jupons s'est effectivement racheté une conduite : mine mélancolique, regard éteint, ferme décision de renoncer à ses amours passées... Son coeur s'est fermé et il a annoncé clairement à Diana puis à Penelope qu'il fallait tirer un trait sur les jolies choses dites et promises. Mais nos deux tigresses ne l'acceptent pas. Car derrière les charmants minois, les coeurs se brisent ! Attention à la casse, méfiance avec les esprits jaloux et ambitieux !

L'intrigue dans ce deuxième opus s'annonce encore plus excitante. Un mélange de passion, de mensonges, de manipulations et j'en passe. Beaucoup de sentiments refoulés, aussi. Chacun doit se méfier du jugement des autres, lequel est impitoyable dans cette société, qui ne pardonne pas le moindre faux pas et qui n'oublie pas. On découvre une société portée sur les cancans, qui se monnaient d'ailleurs. Et que ne ferait pas une jeune écervelée contre quelques dollars pour sauver sa famille de la ruine ? Ajoutez que les rumeurs enflent et que les spéculations vont bon train, concernant la mystérieuse disparition d'Elizabeth. Diana ne supporte plus la pression et commet un acte de trop, en lançant un télégramme de détresse à sa soeur.

C'était à parier que Lizzie serait de retour à New York, sa petite vie plan-plan en Californie avait fini par la rendre nunuche et inintéressante (à mon goût). Cela va pimenter davantage les jeux de l'amour et du hasard !

>> Je n'ai aucune honte à aimer cette série ! Elle est pourtant truffée de balourdises, de clichés, de poncifs, écrite de façon gnan-gnan, du genre :  « Dans la Cinquième Avenue, l'air était plus tiède qu'il ne l'avait imaginé, et les flocons étaient si fins et si doux qu'ils fondaient comme un brouillard sur son visage. » et je fais l'impasse sur les visages en forme de coeur, les teints d'albâtre et les tenues détaillées de la tête au pied. Cela pourrait être de mauvais goût et écoeurant à la longue. Que nenni. Je trouve l'histoire facile, prenante et bien ficelée. Le roman se lit à une vitesse incroyable, parce qu'on n'en démord pas une minute. Je me doute qu'au bout tout finira bien, mais en attendant je suis scotchée et je me demande ce que chaque page tournée peut nous réserver.

Une suite est déjà parue aux USA : Envy.
Le quatrième et dernier volume paraît à l'automne : Splendor.

Vivement !

Albin Michel, 2009 - 460 pages - 17€
traduit de l'anglais (USA) par Alice Seelow

 

 

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27/01/09

Magic Retouches - Françoise Dorner

Son père est couturier à Magic Retouches, il est veuf et reçoit souvent les visites de clientes qui se trémoussent devant lui ou dans la cabine d'essayage. La petite Justine, douze ans, n'est pas dupe et préfère c51vty3mtbkL__SS500_ourir à la boulangerie pour se changer les idées. Son père et elle ne se parlent pas, ils ne se comprennent pas. Ils mangent en silence, devant la télévision. Les informations font écho d'un tueur en série qui s'en prend à des adolescentes de l'âge de Justine, c'est révoltant mais que fait la police !? Justine sent monter en elle son âme de justicière, son prénom résonne comme la justice, dit sa grand-mère, Margot, quatre-vingt ans et un tempérament d'acier. C'est elle qui bichonne la petite fille, c'est elle qui lui donne la photographie de Geronimo et c'est elle aussi qui lui parle de l'histoire familiale, avec le soldat inconnu qui est leur valeureux aïeul, et le grand-père, décédé trop tôt, mais de façon héroïque. Les histoires de famille arrangées à la sauce de Margot pèsent un peu lourd dans la balance, le déséquilibre est flagrant, et Justine s'est saisie du flambeau en se lançant sur la piste du tueur à l'écharpe blanche, avec ses fléchettes en bois et son prénom en bandoulière.

Je pensais que ce roman allait être léger, il ne l'est pas vraiment. C'est raconté d'après la jeune adolescente de douze ans, qui souffre d'affection et se sent bientôt une vieille personne avec ses idées. Sa mère lui manque, son père compte sur le temps pour qu'elle grandisse toute seule, vite et bien. Et l'appartement ressemble à un mausolée où il fait tout gris, où chacun s'enferme dans son silence et sa solitude. Le tableau n'est pas fabuleux. De plus, Justine a un gros complexe dans ses relations avec les autres, elle déteste la promiscuité, elle manque très sérieusement de tendresse et on sent qu'elle est dégoûtée par les liaisons de son père avec ses clientes. Heureusement il y a la grand-mère Margot, quatre-vingt ans au compteur, en plus d'être une fieffée menteuse. Mais pourquoi raconte-t-elle toutes ces histoires ? Et surtout, n'empoisonnent-elles pas la tête de la petite Justine ? On ne s'improvise pas Miss Marple croisée avec Geronimo en un clinquement de doigts... Soulagement au final, l'histoire réussit l'exploit de nous toucher avec le sourire et d'éloigner tout spectre de désolation. Bon point, donc.

Albin Michel, 2009 - 150 pages - 14€

Françoise Dorner est également l'auteur de La fille du rang derrière et La douceur assassine

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15/01/09

Une femme sans qualités - Virginie Mouzat

Sous forme d'une lettre qu'elle adresse à l'homme qui la convoite, la narratrice se met à nu. C'est une très belle femme, qui attire le regard. Toutefois, son corps à l'intérieur est vide, creux, en béton. A dix-sept ans, elle apprend qu'elle est stérile. Cette nouvelle ne fait que conforter une prescience confuse, celle de pouvoir rompre avec « la race des femmes, avec les enceintes et les autres, et à travers elles avec la maternité, avec cet immense esseulement de l'enfance, avec les larmes et la défaite ». Un médecin lui prescrit des médicaments, pour tricher, pour donner une apparence féminine. Faire comme si. Car au fond d'elle, elle sait que rien n'est juste. Qu'elle ment. Elle est différente des autres femmes, elle se pose en retrait. Elle se retranche dans sa bulle de détresse.

A l'homme qu'elle vient de rencontrer en Chine, elle choisit donc d'écrire cette longue lettre où elle parle d'elle en expliquant son incapacité d'aimer, d'éprouver du désir, de jouir. Elle est impuissante.

En près de 200 pages, elle nous livre une facette inattendue, celle d'une femme en colère ou d'une femme amoureuse. Elle tient à distance, mais elle attend aussi cet homme mystérieux, qui s'éloigne d'elle et qui la rappelle toujours. C'est une histoire qui se construit, qui n'est pas évidente. C'est comparable à cette maison que la jeune femme a su dénicher sur Ibiza, c'est une fermette farouche, pas très belle, en marge du marché, mais que la propriétaire refuse de céder. Il faut alors du temps pour l'approcher, l'amadouer, la sentir.

En fait, j'ai beaucoup aimé ce premier roman. Je l'ai trouvé captivant, dérangeant aussi, mais pas choquant. Chaque propos glissé par cette narratrice, parfois de façon crue et brutale, ne ressemble qu'à un cri de douleur, d'agacement et de ras-le-bol. C'est violent, tantôt lyrique, tendre, doux et amer. Envoûtant, sûrement.

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Pour preuve de mon enthousiasme, je glisse une pelletée de bouts du roman... cela vous parlera mieux ! 

« Je suis infiniment seule, ça ne se voit pas. Enfin, je préfère croire que ça ne se voit pas. Et je suis plutôt douée pour ça. J'ai commencé très tôt à être seule, bien avant de découvrir que le monde se partageait en deux. J'avais découvert qu'il fallait un passeport pour être admise par le monde. Certaines préfèrent qu'on dise d'elles, c'est une salope, d'autres, elle est gentille. Pour la première catégorie, il faut des nerfs d'acier. Je ne les ai pas. Quoique. J'ai donc opté pour la gentillesse, un trait de caractère poreux, une qualité passe-muraille qui permet de distribuer des coups sans que ça se voie et qui ménage mon état nerveux. Le risque ? S'entendre dire qu'on est ennuyeuse. Mais si je n'étais pas ennuyeuse. Je ne le suis pas et ne veux pas l'être, je m'en vais avant. Je ne donne pas de mes nouvelles. Je n'appelle pas pour en demander. Je peux faire semblant de rire et de parler, de m'intésser, mais en vérité rien ne m'intéresse. »

« Lorsqu'on tombe amoureux de moi, on tombe sur du vide. On ne le sait pas tout de suite, et toi moins que les autres.  »

« Des phrases venues de très loin, de l'enfance, de ce temps où s'édifient les mythes que la vie rend amers, m'assaillaient de toute part. Surgissait un rêve de reconnaissance mutuelle que je savais être un leurre violent. Je m'imaginais des serments intenables, j'imaginais les mots que tu ne disais pas parce que tu étais prudent, parce que tu étais dans la vie, la vraie, et que tu savais que les mots engagent ceux qui les croient. Tu ne voulais pas me faire croire. Tu ne voulais pas cette responsabilité. Et je t'en ai voulu de ne pas me plonger tout de suite dans le vertige des promesses. »

« Les hommes plaquent sur moi la panoplie de la femme fatale. Je laisse faire. J'énerve. C'est comme ça et peut-être davantage lorsqu'on s'aperçoit que je suis encore plus perdue que narcissique. J'énerve aussi parce que je fais de mon silence une réserve de mystère que peu de gens comprennent. Je suis affligée d'une immense incapacité à me mêler, et la paresse sociale préfère trouver là la manifestation de mon arrogance. »

« Rien n'est naturel dans mon monde et j'en revendique l'immense liberté. Pour moi, la fille à part, le mot filiation est banni et il n'y a rien à redire à ce phénomène. En moi, ça ne ressemble à rien. C'est un contrat, une enveloppe physique fabriquée à coups de chimie, qui s'est avérée très efficace, puisque, m'affirme-t-on, je suis incroyablement féminine. Rien qui se voie. Un peu de drame greffé sous la peau, c'est tout. Et tenter de vivre, prétendre vivre et s'étourdir de parades pour que les autres n'y voient que du feu. C'est donc, pour le restant de ma vie l'attitude : rendre invisible ce qui me constitue. »

« Même morte aux désirs, je continue de proposer mes leurres. Sans m'en rendre compte, j'ai posé ainsi les bornes de mon enfer, puisque résister seule à ce que tout le monde veut pour moi, c'est résister au monde entier. Ce monde entier dit en me voyant, elle est sexy. Je ne sais pas bien ce que ça signifie. Mais les hommes et les femmes autour de moi me réduisent à des seins, du cul, du sexe, du plaisir. On raconte qu'on se casse le nez sur moi, que ma douceur est en béton. »

Albin Michel, 2009 - 178 pages - 14,50€ 

 

 

Posté par clarabel76 à 16:00:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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