12/11/08

Autre-Monde : l'Alliance des Trois - Maxime Chattam

 

Amis lecteurs, voici un brillant roman qui saura vous capturer dans sa toile pour ne plus vous relâcher avant d'avoir ingurgité les quelques 400 pages et des poussières. C'est signé d'un auteur réputé - Maxime Chattam. Je le connaissais de nom mais j'avais toujours tourné autour sans m'y intéresser. Cette première rencontre est une découverte, pour moi. Et j'en suis particulièrement ravie ! 

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5115SDk9SmL__SS500_L'histoire débute à New York, un peu avant les fêtes de fin d'année. Matt et ses deux camarades, Tobias et Newton, traversent la ville sans but précis. Par dépit, ils se rendent chez le vieux Balthazar, le patron d'une boutique d'objets bizarres. Ce type n'aime pas les enfants, il les accueille en beuglant de déguerpir. Mais Matt s'aperçoit que l'homme est entortillé avec le corps d'un serpent. Non, ceci n'est pas un piège, c'est beaucoup plus effrayant. L'adolescent se sauve et confie à ses amis son étrange sensation d'avoir été témoin d'un truc qu'il n'aurait pas dû voir.
Bref, chacun rentre au bercail. Noël arrive, en même temps qu'une tempête jugée colossale selon les chaînes d'informations. D'un seul coup, un froid polaire tombe sur la ville, des bourrasques de vent et des coupures de courant s'enchaînent. Matt préfère se coucher, malgré l'angoisse qui monte. Et au cours de la nuit, il est réveillé en sursaut. C'est trop calme dehors, le ciel est zébré par des éclairs de lumière. C'est plus qu'une simple foudre, cela ressemble à une main de fer qui s'introduit dans tous les appartements new-yorkais. 
Dans quel but ?
C'est bientôt au tour de l'immeuble de Matt et ses parents. Il faut agir au plus vite, mais le garçon de 14 ans n'aurait jamais pu imaginer ce qui l'attendait.

L'Autre-Monde est une trilogie qui raconte le bouleversement de notre société égoïste et inconsciente qui verrait ainsi la disparition des adultes pour la sauvegarde des enfants et adolescents afin de rebâtir un monde meilleur. La planète détraquée s'est vengée et a choisi de faire un tri en confiant son destin entre des mains jugées plus innocentes.

Ecologique, ce roman ?
En quelque sorte.
Car il nous fait signe, il nous interpelle. Il lance un message : L’Homme est-il toujours au sommet de la chaîne alimentaire ? L'Enfant est-il appelé à sauver le monde ? Et quel avenir pour la planète ?

L'intrigue est très habilement construite, autour de son jeune héros - Matt - et de ses futurs compagnons d'infortune. Qui sont-ils ? Ce sont les Pans, des enfants rescapés qui se sont regroupés pour unir leurs forces et affronter les Gloutons et les Cyniks. Ces derniers sont des créatures mutantes et des rares adultes rendus sauvages par le dérèglement du monde.
Tout est proprement chamboulé.
Je vous laisse découvrir l'ampleur des dégâts et je charge l'adrénaline (que j'ai bien sûr ressentie !) pour le reste.

Lorsque j'ai commencé cette lecture, c'était en toute ignorance de son histoire. Je me suis donc laissée embarquer et je ne regrette pas l'effet de surprise !
C'est un roman captivant et curieux, axé sur le fantastique, et qui recrée une ambiance mélangeant Sa Majesté des Mouches, Tolkien et les Goonies (film vu tout récemment, d'ailleurs).
Au début l'atmosphère est assez angoissante, telle une lente traversée de l'enfer vers l'inconnu frileux. On accompagne les acteurs principaux en faisant communion avec leurs émotions. Tout y est : la curiosité, le doute, la peur, la panique, le courage, le dégoût et la volonté.
Lorsqu'on arrive enfin dans l'île aux enfants, chez les Pans, on sent aussi un changement dans l'histoire. Cela devient mieux ! J'aimais déjà l'entrée en matière, mais mon enthousiasme est encore monté d'un cran. 
On y découvre alors des manoirs hantés, des dons attribués aux enfants dont l'organisme a été altéré, des créatures qui ont triplé de volume, et des chauve-souris qui attaquent en bande soudée, comme si elles étaient à la recherche de quelqu'un en particulier.
De son côté, Matt n'est pas en peine : il souffre de cauchemars, se sent la cible d'une menace noire, malsaine et imminente. Il fait alliance avec deux camarades, car il a surpris des conversations dénonçant un complot au sein des Pans. L'adolescent va chercher à démasquer le traître, en même temps qu'il s'habitue à cet Autre-Monde.

C'est très chargé comme synopsis, mais c'est admirablement bien étalé. Les pièces du puzzle trouvent peu à peu leur place, mais le résultat ne nous laisse pas pour autant repu et soulagé car il faut rebondir et s'armer de patience pour partir vers d'autres aventures !

Ce roman mettant en scène des enfants et adolescents peut être lu par un public jeunesse, mais pas seulement ! (Mon cheval de bataille contre les préjugés sur la littérature dite de jeunesse est prêt à ruer dans les brancards !)
C'est un roman qui brasse moults genres : l'aventure épique, le parcours initiatique, la quête philosophique. Et j'en passe.
Je reprendrai simplement les propos de l'auteur, qui dit que ce livre est un grimoire. « Prenez garde si vous décidez de tourner la page, il vous faudra une baguette magique : votre âme de rêveur. Celle que bien des gens perdent en devenant adultes. »
La possèdez-vous encore ? Telle est la question. Je ne doute pas de votre réponse.
Bonne lecture !

Albin Michel, novembre 2008 - 483 pages - 20€

Et une bande-annonce pour se mettre dans l'ambiance : 

 

 

L'avis de Madame Charlotte

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03/09/08

Dans la tête de Shéhérazade - Stéphanie Janicot

Shéhérazade Halshani a trente ans, elle est l'animatrice d'un talk-show à succès et prépare une nouvelle émission qui porte sur l'adolescence et les rêves de devenir écrivain. Cela la ramène quinze ans en arrière, lors de son entrée en seconde, au lycée Louis-le-Grand qu'elle intègre pour un programme de section internationale arabe. Elève gauche et manquant de confiance en elle, elle est aussitôt éblouie par Aubin et Sophie. Lui est blond, superbe, timide et attiré par les garçons ; elle est le rejeton de parents qui ne se supportent plus, petite, forte et pas très jolie.

La jeune fille d'origine marocaine, qui a grandi dans le cinquième arrondissement, avec son père patron de bistrot, va aussitôt être fascinée par ces deux camarades riches d'une culture littéraire qu'elle n'a pas. Shéhérazade se sent profondément en marge des gens qu'elle fréquente, au lycée ou dans sa famille (elle se rend tous les dimanches dans la famille de son père manger du couscous). Elle ne se sent appartenir à aucun "clan", mais fait tout pour que ses nouveaux amis l'acceptent.

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On découvre assez vite que ce roman repose sur un drame qui est survenu dans leurs vies, durant cette année où ils étaient jeunes, conquérants et idiots. D'un côté, l'histoire parle de l'adolescence, de cette époque ingrate où on se sent tout le temps insatisfait. D'un autre, on aborde aussi la complexité de la génération des fils d'émigrés, ces enfants nés en France, totalement intégrés, mais pourtant en quête perpétuelle d'origines et de souches auxquelles s'accrocher.

Stéphanie Janicot est une vraie raconteuse d'histoires, elle possède ce talent de dresser un tableau et de le remplir avec des histoires de famille, d'amitiés et d'amours qui s'embriquent comme un jeu de Légo. Cela se finit toujours bien, malgré les coups de canif, et on sort toujours de ses romans avec un sentiment d'avoir passé un bon moment ; c'est gentil, simple et efficace.

Attention, il ne faut pas être allergique aux bons sentiments, mais cela ne signifie pas pour autant que le contenu est trop lisse, trop facile. Le seul reproche : quelques clichés, trop entendus. Mais ce n'est qu'un grain de sable !

Dans la tête de Shéhérazade

Albin Michel, août 2008 - 312 pages - 19,50€

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01/08/08

Spellman & Associés - Lisa Lutz

C'est une lecture toute guillerette, d'une famille particulièrement déjantée que nous propose Lisa Lutz. C'est sympa à lire, assez divertissant, pas forcément drôle (comme le stipule Lauren Weisberger, en couverture) mais ce n'est pas désagréable. Tout à fait rafraîchissant par cet été caniculaire... 

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Izzy Spellman, célibataire de vingt-huit ans, détective privée comme toute sa famille (à l'exception du fils aîné), vient de tomber amoureuse de Daniel, un charmant dentiste. Sur un coup de tête, elle lui ment sur son métier mais se trouve coincée lorsque son chéri souhaite rencontrer sa famille, laquelle n'est pas banale du tout. Les parents, Albert et Olivia, oscillent entre le laxisme et la réprimande pour modèles d'éducation, David, le fils, a choisi de faire des études et travaille dans un cabinet d'avocats, Rae, la petite dernière, est passée maître dans l'art du chantage, et l'oncle Ray, qu'on croyait condamné par son cancer et qui a miraculeusement survécu, ne jure plus que par l'alcool et les week-ends en tapis pour se venger de la vie. Entre Rae et lui, la guerre est pompeusement déclarée.

Bref, la rencontre ne se passe pas bien du tout, on s'en doute, et Izzy décide de rendre sa licence de détective. C'est décidé, elle quitte la boite familiale. Mais pour solde de tout compte, elle doit se charger d'un dernier dossier, l'affaire Snow, qui remonte à une dizaine d'années plus tôt et qui renvoie à la disparition d'un jeune garçon. 

Cette comédie policière réunit toutes les clefs de la réussite : des personnages extravagants, des aventures farfelues, des règlements de compte, en famille, pour pimenter un peu l'intrigue, sans oublier la petite touche sentimentale, avec les déboires d'Izzy, la narratrice de l'histoire. C'est de la littérature légère, sans équivoque, vite lue (et vite oubliée), mais idéale le temps d'un été !

Editions Albin Michel, 2007 / Livre de Poche, 2008 - 440 pages

traduit de l'anglais (USA) par Françoise du Sorbier

Un deuxième livre vient de paraître : Les Spellman se déchaînent (Albin Michel, juin 2008)

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19/06/08

Indésirable - Valerie Martin

Toby, étudiant américain âgé de vingt-et-un ans, fait rencontrer à sa mère (Chloé) sa nouvelle petite amie, Salomé, une réfugiée croate qui a grandi en Louisiane. Entre les deux femmes, le torchon brûle. D'instinct, Chloé ressent une vive inquiétude au contact de cette nouvelle prétendante, qui lui paraît trop mystérieuse, trop sûre d'elle et effrontée. Elle cherche à briser les prémices d'une liaison amoureuse, mais son fils la surprend en annonçant qu'il souhaite vivre avec Salomé. Cette dernière n'ignore pas combien Chloé ne la porte pas dans son coeur, semble-t-elle prendre un malin plaisir à la situation ?

Son entrée dans la famille Dale lance un pavé dans la mare. Chloé et son époux Brendan vivent dans une maison spacieuse, au coeur d'un paysage boisé et coupé du reste du monde. Seule l'intrusion d'un braconnier dans les environs perturbe notre couple bourgeois, installé dans son confort, allergique aux changements. Cet étranger qui tire des coups de feu répétés et l'arrivée de Salomé font prendre conscience de l'absence de tolérance dans la personnalité de Chloé. Le regard de son mari, aussi, indique la direction à prendre : c'est une mère trop excentrique, figée sur ses principes et qui couve trop son garçon. En tant que femme, Chloé a aussi pris le pli dangereux de se conforter dans sa popote, abritée dans son atelier (elle est illustratrice de livres pour enfants), avec ses chaussons au coin du poêle à bois. Cette fois-ci, c'est à travers les yeux de Salomé, pour sa première visite chez les Dale, qu'en tant que lecteur on éprouve cette mesquinerie.

Salomé est une personne imprévisible, difficile à cerner. L'auteur a choisi de nous la livrer à travers les points de vue des autres (son fiancé, sa future belle-mère et le mari de celle-ci). On apprend au fur et à mesure qu'elle porte un poids très lourd depuis son départ précipité de la Croatie, ravagée par la guerre, et la mort de sa mère. Salomé n'avait que neuf ans au moment des faits, bien vite on s'aperçoit que son passé semble bien chargé en non-dits. Le roman est coupé en deux parties, et j'avoue que la dernière offre une histoire totalement différente. On commence cette lecture comme une comédie bourgeoise, dans une banlieue aisée de New York, et on la termine à mille lieux de là, au coeur des ténèbres.

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Ce roman intitulé Indésirable porte une volonté de chatouiller le lecteur, d'épingler un système hypocrite (ce que cache la famille modèle américaine) et constitue un plaidoyer contre la guerre (Valérie Martin a écrit son dernier roman en temps de guerre, la guerre en Irak, à laquelle elle est fortement opposée. Elle a canalisé sa colère et sa déception envers le gouvernement américain dans un livre dérangeant et ambitieux. source : parutions.com) Plus que l'histoire, c'est par la force des personnages que le roman nous dérange. Chloé et Salomé, nos deux figures féminines, ont chacune un tempérament violent, déconcertant, l'une par sa protection étouffante et l'autre parce qu'elle catapulte des terreurs enfouies. Chloé est obsédée par le braconnier qui chasse sur ses terres, ce n'est qu'un prétexte qui révèle sa peur farouche pour l'étranger qui envahit son domaine (et l'inconnu a les traits de Salomé, forcément). Et ce n'est pas tout à fait un hasard d'apprendre que Brendan, historien et universitaire, bûche actuellement sur l'écriture d'un ouvrage pompeux qui traite des croisades et de Frederic 1er.

En quatrième de couverture, les critiques y figurant font état de l'ambition de ce roman, "une oeuvre maîtresse provocante" dit The Times. Je me range à l'avis général qui trouve Indésirable décalé et politique ; c'est du poil à gratter pour intellos, on ne rigole pas, on constate, on frémit, on songe énormément... J'ai apprécié le début, avant de froncer des sourcils de plus en plus. L'orientation prise en cours de route par le livre est assez déboussolante.

Albin Michel, (mars ) 2008 pour la traduction française - 324 pages - 20 €

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise du Sorbier - titre vo : Trespass.

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29/05/08

La passion Brando - Diane de Margerie

Quatrième de couverture

Quelle est la vraie nature d'Agnès, cette gouvernante qui écrit à son employeur après avoir été licenciée ? Se sent-elle frustrée par son obsession pour Marlon Brando, dont il écrit la biographie ? Et pourquoi Julie, sa belle-fille, dont Agnès avait la garde, a-t-elle disparu ? Autant de questions auxquelles elle croit pouvoir répondre dans cette lettre haletante, à la fois réquisitoire et enquête concernant le passé.

La_passion_Brando

Ce roman raconte, d'après le monologue d'une gouvernante renvoyée, les affres de la passion et de la jalousie. Agnès écrit à son ancien employeur une lettre coup-de-poing pour se venger. Condamnée par l'épouse d'avoir été trop proche des enfants qu'elle chérissait, elle prétend connaître mieux que la famille ce qui est arrivé à Julie, leur fille, qui a disparu. Non contente de détailler en long, en large et en travers sa complicité avec Julie et son frère jumeau, Agnès met aussi le doigt sur le dysfonctionnement du couple trop pris dans ses activités, la mère étant une reporter réputée et le père complètement absorbé dans sa biographie de Marlon Brando. Brando, l'Acteur mythique... Une carapace sans faille, une armure blindée et un mystère personnifié. Une déchéance, aussi. Agnès persifle et se moque de son employeur. Selon elle, il est imprégné de cet halo incandescent, il se brûle les ailes et passe à côté de sa vie. Dans ce livre, finalement, Brando n'est qu'un bouc émissaire, il renvoie à cette passion aveuglante derrière laquelle le biographe s'est calfeutré. "Vous vous abreuvez à l'image de votre Idole comme à une source, mais l'image reste entière, brumeuse comme un mythe, un mythe qui se nourrit de vous au lieu de vous nourrir. Vous ne saurez jamais qui est Marlon Brando faute de vraiment le devenir. Vous êtes condamné à n'être que vous-même." La narratrice reste, cependant, une énigme quant à sa réelle motivation en endossant ce rôle de Diane vengeresse. Est-ce la frustration, la jalousie ou la rancoeur et l'amertume qui l'animent ? Un roman chaotique, au charme subtil, qui clame une sentence affligeante : cet homme s'est planté sur toute la ligne. A voir.

Albin Michel, 2008 - 172 pages - 14,50€

 

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14/04/08

The Mist (Brume) - Stephen King

the_mistAprès une longue période de canicule insupportable, un violent orage et une tempête s'abattent sur la côté du Maine, où résident le narrateur, David Drayton, son épouse et leur fils de cinq ans. L'accalmie aidant, une soudaine nappe de brume s'installe au large du lac. Elle apparaît dense, blanche, stagnante et persistante. David a un méchant pressentiment et insiste auprès de sa femme pour l'accompagner faire des courses. Mais elle refuse. Dans le magasin du centre-ville, c'est la cohue et chacun semble se jeter sur la dernière boîte de conserve existante. La queue en caisse est interminable, le courant coupé et le groupe électrogène crachote ses derniers ronronnements poussifs. Puis, c'est la pagaille. Un garçon vient les prévenir que la nappe de brume enveloppe toute la ville, elle absorbe tout, telle une redoutable ogresse. Indrédule, la foule s'éparpille, se bouscule, crée un désordre indescriptible, et force est de reconnaître que le gamin n'a pas tort. Cette brume est anormale, assez menaçante et David préfère rester à l'abri dans le magasin. Car très vite, tous ceux cherchant à sortir du magasin sont aussitôt happés par l'inconnu et disparaissent. L'horreur reste encore à venir !

C'est le premier Stephen King que je lis et je n'en suis pas mécontente. Ce n'est pas un livre bien épais (200 pages) mais c'est suffisant pour faire hérisser tous les poils sur les bras. Ce qu'il se passe derrière et/ou dans cette brume est apocalyptique, l'ambiance déjà s'y prête avant d'en savoir plus. Le doute fait craindre, bien avant d'en obtenir quelques explications. Et même alors, on demeure sur ses gardes, absolument abasourdie et estomaquée par ce que la suite peut nous réserver. Certes, le narrateur va s'en sortir car c'est lui qui nous raconte cette histoire hallucinante. Qu'en est-il du reste ? Ce n'est pas forcément l'appel du fantastique et de la terreur qui me plaît forcément, bien que cela participe à l'addiction, mais j'ai été bluffée par l'atmosphère qui règne dans ce magasin où la quasi totalité de l'action se déroule. On sent des êtres paniqués, vulnérables, effrayés devant l'innommable. Et c'est davantage dans leur réaction que peut venir le danger, l'inattendu et le retournement de situation. C'est absolument bien maîtrisé, dirigé d'une main de maître. Oui, assurément Stephen King est un génie du noir, du suspens latent ... et de l'horreur, bien évidemment.

La nouvelle Brume est parue sous le titre original The Mist dans le recueil : Skeleton Crew (Brume en français) et a été adaptée à l'écran par Frank Darabont (La ligne verte, Les Evadés). Sortie française : février 2008.

The Mist (Brume), par Stephen King.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Serge Quadrappani.

Editions Albin Michel, 1987, 2008 pour la présente édition. 14€

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28/03/08

Rebelles - Anna Godbersen

Voici le roman qu'on nous présente comme le nouveau phénomène littéraire qui connaît un gros succès à New York (normal, l'auteur est l'ancienne éditrice de la revue américaine Esquire, aujourd'hui critique littéraire pour le New York Times Book reviews) ; le roman arrive avec l'étiquette « insolent et glamour » en bandeau rose (glamour, je veux bien ! mais insolent ? ...), en plus d'être chargé d'une quatrième de couverture peu amène. Bref, ça sent à plein nez le merchandising facile et la bluette façon Harlequin. Détrompez-vous !

Nous sommes à New York, à l'automne 1899. Le roman s'ouvre sur les funérailles d'Elizabeth Holland, une beauté de vingt ans, promise à un riche parti et fauchée en pleine gloire. Toute la bonne société est réunie pour pleurer cette perte tragique, et déjà se dessine le décor d'un théâtre où se joue une comédie romantique, acerbe et faussement dramatique.

Pour comprendre ce qui se trame derrière cette belle mascarade, il faut remonter à quelques jours plus tôt. Elizabeth est informée par sa mère que la famille est sans le sou et qu'il est donc bienvenu pour l'aînée des Holland d'accepter avec emphase la demande en mariage du fils Schoonmaker. Ce dernier, prénommé Henry, fait la une de toutes les gazettes à scandales : c'est un coureur, un briseur de coeurs. Or, il est également sommé de se plier à cette union de raison pour servir l'ambition politique de son père. Henry sort d'une liaison tapageuse avec Penelope Hayes, la meilleure amie d'Elizabeth, et tombe sous le charme de la cadette des Holland, Diana, le jour de ses fiançailles. De même, Elizabeth vit une impossible histoire d'amour avec Will, le cocher de sa famille.

Tout ceci annonce un cafouillage monstrueux, bien évidemment propice à créer des situations romanesques bouillonnantes et palpitantes de rebondissements. La palette des personnages, bien portraiturée, sert également à placer l'histoire et son lot d'intrigues, il n'est pas excessif de citer que mensonges, secrets, vengeances et scandales sont de la partie. La peinture de cette société new-yorkaise, engoncée dans ses carcans, rend également l'histoire plus passionnante. On pense vaguement à Edith Wharton, citée en épigraphe, mais la comparaison n'ira pas plus loin. Le style d'Anna Godbersen est simple, agréable et facile à ingurgiter. Cela se lit d'une traite, pas la peine de chercher midi à quatorze heures ! Et c'est très distrayant, raconté de sorte qu'on s'y laisse totalement absorber.

rebellesCertes, l'auteur s'adonne à quelques clichés faciles, notamment dans la description des personnages (l'héroïne a un visage en forme de coeur, le teint d'albâtre), la moue s'affiche instantanément sur le visage du lecteur qui chipote. Il y a d'autres défauts mineurs (un début sur une pente glissante, une fin prévisible) mais ce serait se refuser un agréable moment de détente que résister davantage à la découverte de ce livre. Car en fait, l'aventure ne s'arrête pas là : Rebelles (titre vo : The Luxe) s'inscrit dans une saga romantique, la suite est prévue courant juin 2008 (titre annoncé : Rumors) et personnellement j'ai bien hâte de savoir la suite ! N'hésitez plus.

Rebelles - Anna Godbersen

Albin Michel - 453 pages - 17 €

Traduit de l'anglais (américain) par Alice Seelow

www.rebelles-lelivre.fr

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13/03/08

100 romans de première urgence pour (presque) tout soigner - Stéphanie Janicot

100_romans_de_premiere_urgenceVous souffrez de cette maladie de grand lecteur qui pense farouchement qu'on peut guérir tous les maux par les mots, alors soyez sûrs que ce guide de survie (littéraire) écrit par Stéphanie Janicot est fait pour vous ! D'avance, je vous préviens d'un grand risque de dépendance et de la fâcheuse manie de (re)copier les références suggérées dans ce livre, au péril de vos piles à lire déjà brinquebalantes dans vos chambres, bureaux ou bibliothèques personnelles. Voilà, c'est dit. Sachez qu'au-delà de cette limite, je ne répondrai plus des graves tourments qui vont vous frapper !

Stéphanie Janicot a ainsi recencé 100 ouvrages pour répondre à tous vos tracas, car selon elle, la lecture possède une vertu pharmacologique indéniable. (Je suis tout à fait d'accord avec elle !) Ainsi, vous trouverez des remèdes pour soigner des problèmes liés à l'enfance, des soucis de couple, des peines de coeur, des dépendances intolérables, des ennuis d'ego et même le simple fait de ne pas aimer lire, oui l'auteur a une solution à toutes vos questions.

En partant de ce principe assez basique et gentillet, elle s'embarque dans une aventure livresque passionnante. J'ai été totalement entraînée du début à la fin, et même dans des cas de figure qui ne me touchent pas, j'ai été envoûtée d'office par le charisme de Stéphanie Janicot qui vous parle de chaque roman avec une limpidité et une fraîcheur qui rendent jaloux et font friser l'oeil ! Tout fait envie. Malheur !

Il y a cependant un léger souci, imprimé noir sur blanc, un erratum à signaler d'urgence. Le personnage fétiche de Jane Austen (p. 80) ne se prénomme pas Marc, mais Fitzwilliam Darcy ! (à ne pas confondre avec le Journal de Bridget Jones, d'Helen Fielding !)

Bref, nous avons tous nos propres suggestions de lecture pour guérir et surmonter un obstacle, l'auteur propose alors de vous livrer au même exercice, de noter votre Symptôme et son Remède littéraire, puis de l'envoyer par mail à lireguerit@albin-michel.fr . Peut-être, alors, un deuxième livre verra le jour... (chouette !)

NB : Je signale, au passage, que les 100 romans référencés sont à la fois des Classiques et des romans récents, francophones et étrangers, la plupart disponibles en poche.

Albin Michel - 227 pages. 15 € non remboursés par la Sécu.

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