31/08/17

Mentir n'est pas trahir, d'Angela Huth

Mentir n'est pas trahirEntre banalité et pudeur des sentiments, la vie sentimentale de Gladwyn Purser n'offre aucune surprise. Marié depuis seize ans à Blithe, il mène une existence ordinaire, dans leur coquette maison de banlieue.
Un jour, tout bascule lorsqu'il rencontre Lara sur une route de campagne, alors qu'il rendait visite à sa mère. La jeune femme vient de se fouler la cheville en tombant de bicyclette. Gladwyn choisit alors de la conduire à l'hôpital et lui tient compagnie dans la salle d'attente. De fil en aiguille, une discussion se noue... mais Gladwyn omet de préciser qu'il est marié.
Ce premier acte manqué signera le début d'une longue succession de non-dits qu'il ne s'explique pas. En vrai, Gladwyn aime profondément sa femme et ne conçoit pas de la tromper, seulement l'attirance pour la délicate Lara est non négligeable. Notre homme va s'arracher les cheveux devant ce cas de conscience, puis céder à ses pulsions.
Il se lance maladroitement dans les affres d'une liaison clandestine, avec son lot de mensonges et de duperies. Ses rendez-vous en douce et autres combines sont involontairement cocasses, car ma foi, j'ai profondément détesté la couardise de notre bonhomme ! Est-on goujat lorsqu’on aime sincèrement deux femmes à la fois ? s'interroge l'éditeur. Je réponds, oui.
De son côté, Blithe inspire aussi de la  pitié et un certain agacement - personnage trop lisse, trop accommodant. Comment ne pas souhaiter la secouer et attendre une réaction de sa part ? Et patatras, le dénouement survient sans crier gare... facile, trop facile. Malgré la boule au ventre, l'empathie, etc. j'ai ressenti une pointe d'amertume à la lecture de cette solution trop arrangeante. 
Angela Huth est un écrivain que j'affectionne particulièrement, pour son style compassé, sa description d'un quotidien sous cloche, ses personnages mielleux - sauf exception pour un trublion dérangé, pouah ! Elle explore avec beaucoup de tact les frustrations et les déceptions de la vie conjugale, les vicissitudes de l'amour et des sentiments. Bref. Ses romans sont souvent de la même trempe, mais renferment beaucoup de charme et ce supplément d'âme à l'anglaise qui vaut ma totale adhérence.
Celui-ci n'est sans doute pas mon préféré, mais je lui concède une tendresse spécifique pour son aspect immuable à servir la même histoire sans déroger aux modes et autres influences éditoriales. Voilà.

Folio (n° 6190) / 2016 - Trad. par Anouk Neuhoff

[Deception Is So Easy]

 

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22/05/15

Rebecca, de Daphné du Maurier

Rebecca

Je n'avais jamais lu Rebecca, bien que j'avais déjà vu l'adaptation cinématographique réalisée par A. Hitchcock. Il me tardait de découvrir cette œuvre précédée par son excellente réputation, tout en craignant aussi d'être déçue. Et le début a bien failli me perdre...

Une jeune femme revient sur sa rencontre avec Max de Winter, alors qu'elle était demoiselle de compagnie, en vacances à Monte Carlo. Elle tombe immédiatement sous le charme de cet homme sombre et taciturne, meurtri par son récent veuvage, aussi n'en revient-elle pas lorsqu'il lui demande de l'épouser et l'emmène à Manderley, son prestigieux manoir familial. Là, tout bascule : la jeune femme se sent oppressée par le fantôme de la première épouse et le personnel lui bat froid. Son mari se montre de plus en plus distant et mystérieux. Fin du rêve, retour abrupt sur la planète réalité.

L'histoire est irréprochable, passionnante de bout en bout, elle distille un suspense psychologique étonnant, qui tient en haleine. On se surprend d'ailleurs à sursauter au moindre grincement de porte ou frottement sur le parquet ! C'est prodigieux. Par contre, le caractère ingénu, pour ne pas dire nunuche, de la narratrice, ainsi que sa relation avec Max, qui se complaît à l'infantiliser, m'ont mise au supplice durant toute la première partie du livre. Je n'en attendais pas moins d'un roman datant des années 30, mais tout de même...

Heureusement il y a Manderley, et la redoutable Mrs Danvers, pour parer le récit de son charme opaque et fascinant ! À la lumière de nouvelles révélations, la narratrice va cesser de se prendre les pieds dans le tapis et briser sa coquille. À ce petit jeu, la lectrice pour Audiolib, Virginie Méry (également la voix française de Jane Bingum dans Drop Dead Diva) est très forte pour passer de l'héroïne candide et timorée à une femme moins effacée, prête à affronter les soubresauts de son avenir sentimental. Défilent ainsi 16 heures de lecture décalée, mais délicieusement vintage !

Audiolib ♦ avril 2015 ♦ texte lu par Virginie Méry (durée : 15h 54) 

Nouvelle traduction d'Anouk Neuhoff pour Albin Michel

Rebcca  {sic}

07/05/15

La Dernière fugitive, de Tracy Chevalier

La dernière fugitive CD 

Honor Bright et sa sœur Grace quittent l'Angleterre pour rejoindre la nouvelle communauté de Quakers à Faithwell en Ohio. Las, après un long voyage éprouvant, Honor perd tragiquement sa sœur, emportée par la fièvre jaune. Elle poursuit donc seule son chemin, est recueillie chez Belle Mills, une modiste qui va mettre à profit les talents de brodeuse et de couturière de la jeune fille, et rencontre son frère Donovan, un redoutable chasseur d'esclaves.

Et de plonger ainsi dans une aventure basée au cœur de l'Amérique profonde de 1850, où l'on se croirait dans un western, avec ses bourgades à peine sorties de terre, ses cowboys chevauchant la poussière, ses fermiers trimant comme des dingues, ses préceptes moraux et dogmatiques, qui n'empêcheront pourtant pas notre héroïne d'affirmer une volonté farouche dès qu'il sera question de défendre ses idées. (Le “Chemin de fer clandestin”, emprunté par les esclaves en fuite, et la passivité de ses Amis la pousseront ainsi à braver les interdits.)

Cette lecture romanesque et passionnante est racontée en toute simplicité par Benjamin Jungers & Sarah Stern (qui lit les parties épistolaires), sans chichi, ni sentimentalisme exacerbé, en mêlant avec intelligence et dans un style élégant la fiction à un chapitre de l'histoire des États-Unis. Je me suis sentie naturellement transportée et suis tombée sous le charme, encore une fois, de la plume de T. Chevalier. Le texte audio a été abrégé en collaboration avec l'auteur (durée d'écoute : 8 h 30) pour un récit plus captivant et pleinement enthousiasmant.

Gallimard, coll. Écoutez Lire ♦ Février 2015 ♦ Traduit par Anouk Neuhoff [The Last Runaway]

Texte abrégé en collaboration avec l'auteur ♦ Lu par Benjamin Jungers & Sarah Stern ♦ Durée d'écoute :  8 h 30

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09/11/06

Froidure - Kate Moses

froidureBiographie romancée de Sylvia Plath, l'histoire de ce roman se passe en décembre 1962, quand Sylvia emménage seule avec ses deux jeunes enfants au 23 Fitzroy Road (ancien domicile du poète Yeats) à Londres. Sylvia est seule, abandonnée par son mari, Ted Hughes, parti rejoindre sa maîtresse, Assia Wevill.

Ce livre retraduit cette époque sinistre, entrecoupée des réminiscences d'une vie plus heureuse. Sylvia s'échine à écrire et mener à bien son projet d'un nouveau recueil de poèmes, à paraître sous le nom de « Ariel ». Kate Moses fait état du désarroi de son personnage avec un réalisme glaçant.

Car « Froidure » prodigue un sentiment de rigueur et d'austérité, un désespoir qui colle à la peau et préfigure la tragédie annoncée. Cette lecture déclenche de vives émotions, dont la rage, la révolte et la pitié. Franchement pas gai au final, mais intéressant pour qui a apprécié l'auteur de La cloche de détresse.

Folio, traduit par Anouk Neuhoff

Posté par clarabel76 à 11:18:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
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