23/02/09

Los Demonios - Valérie Boronad

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« Ma mère a perdu son coeur. La douleur l'a fait tomber par la fenêtre. Peut-être qu'il a rebondi comme une boule de chewing-gum. Peut-être qu'il était si usé qu'il s'est brisé en arrivant au sol. Peut-être que quelqu'un l'a attrapé et l'a enfermé dans une cage dorée et que jamais plus il ne pourra voler jusqu'à moi.
Le coeur de ma mère s'appelle Luis. J'ai beau savoir son nom, je ne l'ai pas retrouvé. Mais je n'arrête pas de l'appeler. A force, peut-être finira-t-il par revenir.
Connaître le nom que porte le coeur de quelqu'un ne donne aucun pouvoir sur le coeur de ce quelqu'un. »

 

Dans ce roman à plusieurs voix, on entend surtout une belle chanson d'amour. Celle d'abord d'Ana pour Luis, leur histoire est dramatique, marquée par la guerre sale en Argentine, qui se soldera par la séparation et un destin brisé, la jeune femme ne surmontera jamais cette épreuve, et enfermera même son fils, Tango, dans cet amour impossible. A dix ans, le gamin est malin, brillant et perspicace. Il a compris que sa mère avait le coeur en miettes, et jamais le temps ne pourrait recoller les morceaux épars. Il a bien tenté d'écrire à son père, mais les lettres sont restées sans réponse. Perdu dans son calvaire, entre la guérilla et la junte, Luis Montoya vit un véritable enfer. Son amour pour Ana illumine les missives qu'il griffonne pour son fils, sans espoir de retour.

Tout ceci sonne très triste, et pourtant cela ne l'est pas ! L'écriture est tellement belle, la plume de Valérie Boronad adopte un lyrisme sans emphase, c'est juste, parfois poignant mais surtout tendre de la part du petit garçon qu'on retrouvera avec quelques années de plus, après le décès de sa mère, de retour dans cet hôtel qui a servi de refuge, et qui est aujourd'hui toujours le repère du vieil Augusto. Le garçon porte une valise lourde, faite de secrets et de loupés, et sera emporté lui-même par les mirages de l'amour, qui lui feront peut-être prendre conscience du poids de la passion.

Superbe deuxième roman de Valérie Boronad, déjà coupable d'une invitation troublante dans les limbes de l'imagination créative, cf. Les constellations du hasard (premier roman récompensé par le prix Carrefour Savoirs).
A découvrir.

Belfond, 2009 - 220 pages - 18€

Ce roman sera adapté au théâtre, saison 2009 - 2010 en tournée nationale, et sur une scène parisienne (Vingtième théâtre) du 5 mars au 25 avril 2010.

Site officiel de l'auteur : http://www.valerieboronad.fr/

# The Pirate's Gospel - Alela Diane

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03/08/07

L'autobus - Eugenia Almeida

L_autobusDans une petite ville en Argentine, l'avocat Ponce accompagne sa jeune soeur Victoria à la station d'autobus. Or, le véhicule passe à toute vitesse devant leur nez et ne s'arrête pas. Au café, tout le monde s'étonne et pense que Castro, le chauffeur, est devenu fou.
Qu'importe. On attendra un jour de plus. Victoria rentre chez son frère et Marta, son épouse. Un autre couple préfère passer la nuit à l'hôtel avant de prendre la route le long de la voie ferrée. Car le lendemain, l'autobus passe sans crier gare et Ponce commence à voir rouge.
Sans le dire tout haut, il pense qu'on se moque vertement de lui, qu'autour, les gens ricanent et le montrent du doigt. Cela lui rappelle amèrement son mariage, un sentiment de piège inextricable, une punition au fer rouge.
Dans la petite ville, les langues commencent à se délier. La radio parle d'une chasse à l'homme, d'une jeune fille en fuite, d'un couple à épingler, de l'armée en faction et d'une fusillade au petit jour... L'affaire de l'autobus qui passe sans s'arrêter ne semble finalement plus si anodine.

Pas loin de penser qu'on frise la farce, ce roman de l'argentine Eugenia Almeida n'a en fin que compte que les atours car le fond du roman penche vraisemblablement dans la comédie morbide.
Les personnages sont brossés avec vigueur et bonhommie. Ils ont l'aspect de gens qui ne pensent pas plus loin que le bout de leur nez, pourtant impossible de leur conter des sornettes. Ils sont nombreux à se questionner sur l'autobus, sur le couple en fuite, sur l'armée qui donne ses directives d'un ton sans appel. "Et si..." se disent les uns et les autres, au bout du cinquième jour, une fois la tension passée.
Car derrière les dialogues, les potins, le blabla et l'égo démesuré de l'avocat Ponce, se trouve bel et bien une pression tenace, un rien énigmatique. On peut penser beaucoup de choses, ne pas les écrire, mais les éprouver sans aucun doute !
Un premier roman subtil, entraînant et qui embarque de sitôt...

Traduit de l'espagnol (Argentine) par René Solis - 124 pages - Editions Métailié.

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
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