17/11/14

Joyland, de Stephen King

Joyland

Après trois mois d'expérience à Joyland, un parc d'attractions dans la tradition des années 70, Devlyn Jones, étudiant désabusé par un échec sentimental, décide de prolonger son séjour en ne retournant pas à l'université. L'étourdissement saisonnier n'est plus, le jeune homme s'immerge pourtant dans les coulisses de l'univers forain avec enchantement. Il a tissé des liens d'amitié avec ses collègues, appris le « parlure », incarné le chien Howie avec brio... Après les flonflons de la fête, il est temps de dorloter la vieille dame.

Mais Devlyn est encore tout engourdi par la trahison de sa petite copine, malgré l'aide de ses nouveaux amis, Erin et Tom, il n'arrive pas à remonter la pente. Il se consacre donc à son boulot et veut percer le secret de la maison hantée (un crime a été commis des années plus tôt, le fantôme de la victime erre comme une âme en peine, selon la légende). Bref, il n'en faut pas plus pour s'attendre à une histoire passionnante et chargée d'intensité dramatique.

Et puis, non. C'est une lecture plus ancrée dans l'émotion et la mélancolie que nous propose S. King. Un roman où le héros se débat avec ses propres fantômes, où ses rencontres vont révéler le bon samaritain qui sommeille en lui, et où la déception amoureuse va chambouler son destin... Suspense et terreur, promis par l'éditeur, ne font pas partie du lot. Ou à moindre mesure. Ai-je été déçue pour autant ? Point du tout.

J'ai été happée par cette atmosphère d'une douce nostalgie, touchée par ce héros meurtri et désenchanté. J'ai également beaucoup apprécié cette plongée au cœur de la fête foraine, à travers un tableau idyllique et parfois figé dans ses clichés.  C'est un très bon roman, assez surprenant (peu avant la fin, il nous sort de son chapeau magique les quelques minutes de sensations fortes promises !). Mais la lecture est toutefois plus nuancée, car il s'agit avant d'un récit tout en finesse et en introspection. Une jolie histoire, assez émouvante.

Aurélien Ringelheim, nouveau venu dans l'écurie Audiolib, livre une interprétation brillante, en se glissant de façon troublante dans la peau du narrateur. C'est très bon ! Anecdote rigolote : il est connu pour interpréter Sacha dans la série Pokémon !

Audiolib, novembre 2014 ♦ texte intégral lu par Aurélien Ringelheim (durée : 9h 56) ♦ traduit par Nadine Gassie et Océane Bies pour les éditions Albin Michel


15/11/14

Bridget Jones, Folle de lui par Helen Fielding

Bridget Jones, Folle de lui

Foin du tapage protestataire contre le retour de Bridget Jones ! J'ai, pour ma part, savouré ces retrouvailles, sans tirer la langue de la savoir ... eh oui ... veuve de 51 ans. Le temps a passé, Darcy n'est plus (tragique accident de voiture) et Bridget doit se reconstruire, surmonter sa douleur et élever seule ses deux jeunes enfants, Billy et Mabel.

Et le ton de se vouloir drôle, léger, nostalgique, poignant, sincère, farfelu... c'est du Bridget Jones, après tout ! Délurée jusqu'au bout des ongles (elle OSE Twitter et les rencontres sur internet, se fourvoie mais nous fait rire constamment). Possède sans conteste un solide sens de la dérision (les cheveux en pétard, le maquillage baveux, la robe trop apprêtée pour un rendez-vous professionnel, une bourde phénoménale dans l'écriture d'un scénario, son secourisme pathétique dans les arbres...).

Bref, le temps passe mais Bridget ne change pas. C'est toujours aussi désopilant, pétri de sarcasmes, avec toutefois la conscience aiguë du temps qui passe, du corps qui se transforme en bouée, de la solitude, du désœuvrement, du sentiment d'être bonne pour le recyclage... Cinquante ans, c'est un tournant dans la vie d'une femme. Et personnellement j'ai trouvé que Helen Fielding avait su traiter le sujet avec sincérité, tout en distillant un grain de folie appréciable.

Bridget Jones m'a fait rire, mais rire. Certes, elle collectionne les expériences saugrenues, décide par exemple de s'offrir une séance de Botox, mais ressort avec une allergie qui lui crispe les lèvres et se met à baver (« un comble quand on sait que le but était de paraître plus jeune - comme si j'étais une vieille qui a eu une attaque dans une maison de retraite. Suis obligée de me tamponner sans arrêt avec un mouchoir »). Elle rencontre aussi un minot qui la fait craquer, alors que le précepte l'interdit. Argh, Bridget est une éternelle midinette !

Promesse tenue d'une lecture alerte et sans complexe, avec une héroïne pétillante et audacieuse, qu'on a bonheur de retrouver comme s'il s'agissait d'une bonne copine. Le livre a été lu par Odile Cohen qui figure parmi les interprètes féminines que je préfère en format audio : elle alterne avec brio le sens du ridicule et la corde sensible pour ce marathon de 12 heures qui ne nous semble jamais trop long ! J'ai adoré. Et pour les plus nostalgiques, le nouveau Darcy tient haut la dragée ! 

Audiolib, novembre 2014 ♦ texte intégral lu par Odile Cohen (12h 05) ♦ traduit par Françoise du Sorbier pour les éditions Albin Michel

  • l'avis de Cuné, pour la VO, qui dit vraiment tout, tout, TOUT ce que je pense du livre, de Bridget et du reste... 

04/11/14

Hunger Games III - La Révolte, de Suzanne Collins

Un dernier tome époustouflant !

Hunger Games III - La Révolte

** Spoilers ! **

Après avoir été sauvée in extremis de l'arène, à l'issue des Jeux d'Expiation, Katniss se réveille dans un District 13 ressuscité de ses cendres : les rebelles s'acharnent en effet depuis des années à bâtir une résistance dans des galeries souterraines et envisagent désormais d'instrumentaliser l'héroïne des Jeux pour combattre le régime du Président Snow. Or, Katniss n'a pas choisi cette nouvelle position et se préoccupe davantage du sort de Peeta, disparu entre les griffes du Capitole.

Notre rescapée n'aura pourtant pas le temps de tergiverser, tout de suite elle est mise en scène : c'est le Geai Moqueur, l'incarnation du soulèvement. Elle seule peut mobiliser les foules, toucher le peuple, inciter à prendre les armes, se rebeller contre le pouvoir en place. Katniss agit comme une marionnette, jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus et saisisse toute l'ampleur du kidnapping de Peeta.

Et là, notre héroïne est à ramasser à la petite cuillère. (Oui, elle est lente à la détente. Ce n'est pas nouveau, je l'avais déjà remarqué auparavant. Katniss est centrée sur sa petite personne et sur des considérations, parfois, puériles et assommantes. Gale ou Peeta ? Peeta ou Gale ?) Et pourtant, non cette série n'est pas fleur bleue. Replaçons le contexte : oppression, contestation, révolte. Et qu'obtient-on au bout ? Perte et fracas, car on ne gagne jamais rien sans douleur.

Suzanne Collins ne verse pas dans la facilité et livre un dénouement bouleversant, sans demi-mesure. Toutes nos illusions s'effondrent les unes après les autres, on sort de là le moral dans les chaussettes, mais c'est absolument sans regret. Et c'est sur un ton dur et âpre que la sentence tombe : Hunger Games se range parmi les lectures / séries qui cognent dur et fort, qui s'inscrivent dans la durée, qui font réfléchir et s'analysent dans les moindres détails. Chaque nouvelle lecture apporte sa petite lumière, son éclairage supplémentaire. Et ça me plaît, terriblement... 

Très bonne interprétation de Kelly Marot, la voix française qui double Jennifer Lawrence dans les films au cinéma.

Audiolib, octobre 2014 ♦ texte intégral lu par Kelly Marot (durée d'écoute : 12h 16) ♦ traduit par Guillaume Fournier pour les éditions Pocket jeunesse

« J'ai eu cette idée de livre en regardant notre livre familial sur les plantes. Un ouvrage dans lequel consigner tout ce qu'on ne peut pas confier aveuglément à la mémoire. (...) Lady en train de lécher la joue de Prim. Le rire de mon père. Le père de Peeta avec ses cookies. La couleur des yeux de Finnick. Ce que Cinna parvenait à sortir d'un simple rouleau de soie. Boggs reprogrammant l'holo pour moi. Rue dressée sur ses orteils, les bras légèrement écartés, comme un oiseau sur le point de s'envoler. Et ainsi de suite. On colle les pages à l'eau salée et on se promet de mener une belle vie afin que leurs morts ne soient pas inutiles. »

heart red

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24/10/14

Juste avant le crépuscule, de Stephen King

Juste avant le crépuscule de Stephen King

Ces 13 nouvelles, dites terrifiantes, proposent une plongée déconcertante vers des univers hétérogènes, mais ayant en commun la volonté de troubler le lecteur. Juste avant le crépuscule, c'est « l'heure où les ombres se fondent dans les ténèbres, où la lumière vous fuit, où l'angoisse vous étreint ». Parfait descriptif, mais peu concrétisé via une mise en application peu convaincante. 

Non, vraiment, je n'ai pas été emballée par le menu de ce recueil. Certes, on peut croiser des fantômes, un psychopathe, un chat démoniaque, un sourd-muet trop discret pour être honnête, mais aussi sombrer dans des rêves hallucinatoires ou assister à une fin d'après-midi apocalyptique... bref, autant de rencontres toutes plus perturbantes les unes que les autres.

Mais le format de la nouvelle a été fatal : trop, trop frustrant. Et puis les histoires sont de qualité inégale. Je me sentais à peine à mon aise dans un univers qu'il me recrachait déjà pour d'autres horizons. Dur. Sur cette déconfiture, je ne m'avoue pas vaincue non plus. Michel Raimbault n'a jamais démérité et a livré une interprétation impeccable, tour à tour troublante et ensorcelante. Certaines pistes sont à déguster, juste avant de se glisser sous la couette, vos nuits seront plus blanches que jamais ! 

Audiolib, avril 2010 ♦ texte intégral lu par Michel Raimbault (18h 35) ♦ traduit par William Olivier Desmond pour les éditions Albin Michel  ♦ disponible en format poche

Pour un avis plus détaillé du contenu et des nouvelles, c'est ici

14/10/14

La théorie Gaïa, de Maxime Chattam

La Théorie Gaïa

Un couple de scientifiques, Peter et Emma DeVonck, accepte sans réfléchir une mission secrète qui va les conduire, l'un à l'observatoire du pic du Midi et l'autre à Fatu Hiva, en Polynésie française, dans le but de vérifier si les équipes de chercheurs sur place ne profiteraient pas de financements occultes pour se livrer à des expériences interdites. Or, la réalité sur le terrain est beaucoup plus effarante.

À l'instar des personnages totalement incrédules, on avance à l'aveugle, dans ce cauchemar sans nom. L'histoire, racontée par alternance, donne également le tournis en proposant deux ambiances différentes, l'une glaciale et l'autre tropicale. Mais toutes deux ont en commun d'être mystérieuses et angoissantes à souhait. L'auteur n'a pas fini de nous surprendre et nous réserve encore un tas de surprises et de sensations fortes. Car Chattam est redoutable, dans ce livre il fait peu de cas de l'action (lente et quasi inexistante), au profit de la suggestion. Un principe que j'ai trouvé diaboliquement efficace ! Du moins, les émotions sont palpables et le suspense entier. Chaque fin de chapitre est terriblement frustrante, puisqu'il faut généralement attendre le tour prochain pour connaître la suite (surtout pour l'histoire d'Emma... nettement plus effrayante, j'enrageais après chaque chute !).

En bref, c'est du bon, du brut, du suggestif, pour un thriller qui donne à réfléchir sur nos actes et les conséquences sur la planète (réchauffement climatique). La tension constante du récit est parfaitement rendue par l’interprétation sobre et intense de Laurent Jacquet. Excellent audiolib qui fait passer les 14 heures d'écoute comme une lettre à la poste. 

Audiolib, juin 2008 ♦ texte intégral lu par Laurent Jacquet (durée d'écoute : 14h environ) ♦ suivi d'un entretien de 45 minutes avec l'auteur 

Ce livre s'inscrit dans le Cycle de l'homme et de la vérité, en troisième position après Les arcanes du chaos et Prédateurs. Nul besoin de les lire dans l'ordre établi.



10/10/14

La Forêt des Mânes, de Jean-Christophe Grangé

La Forêt des mânes

En pleine détresse amoureuse, Jeanne Korowa, magistrate, célibataire, sans enfant, détourne les écoutes de son ex lors de ses séances chez son psy. Elle veut comprendre les raisons de leur rupture, mais découvre des échanges troublants entre le médecin et l'un de ses patients, un père d'origine espagnole, dont le fils, particulièrement instable, pourrait être le suspect principal dans la série de meurtres cannibales survenus dernièrement à Paris. Jeanne hésite à en parler à son ami François, chargé de l'enquête, et puis les événements se précipitent... La suite bascule dans l'horreur, et Jeanne plaque tout pour devenir une Lara Croft en puissance.

Côté positif, la lecture est rapide, prenante, bien ficelée... avec une héroïne frondeuse, qui tient les rênes et entraîne le lecteur à ses trousses. Mais l'ensemble manque parfois de cohérence et de véracité (oui, c'est souvent tiré par les cheveux !), accompagné d'une surenchère de violence, jusque dans les détails et la description des massacres. Un peu lourd à digérer. Le dénouement aussi m'a déçue, car je n'ai pas du tout été surprise. Toutefois, j'ai accroché de bout en bout, sans vouloir zapper la moindre piste. Ce n'est sans doute pas le meilleur J-C. Grangé, mais l'auteur parvient à nous lier à son univers sombre et angoissant. Rien que pour ça, je suis cliente !

Audiolib, novembre 2009 ♦ texte intégral lu par Laurence Haziza (durée : 16h 54) ♦ en format papier : Albin Michel ou Livre de Poche

Laurence Haziza se révèle une excellente interprète et donne à sa lecture un rythme tendu qui souligne la présence obsédante du mal. J'ai beaucoup apprécié écouter sa voix et sa manière de nous lire l'histoire ! 

09/10/14

Fakirs, d'Antonin Varenne

Fakirs

Une relecture, en version audio ! (top)

Un fakir se donne la mort sur scène, en pleine représentation. Pour John, son compatriote et seul ami, la nouvelle résonne comme une onde de choc. Il se rend immédiatement à Paris et rencontre le lieutenant Guérin et son adjoint Lambert, deux répudiés de la bridage du 36, mis au placard au département des suicidés.

Alan était un type désabusé et camé, mais sa disparition a le goût amer d'une mise à mort. Fait troublant, à peine un pied dans la capitale française, John est pris en chasse par deux types, qui lui réclament une dette laissée par Alan. Ce passage à tabac sonne pour lui le démarrage d'une enquête, en compagnie d'un ancien taulard qui vit reclus dans une cabane dans les bois, avec son chien.

Forcément, notre affaire se révèle plus pernicieuse, glauque et désolante. C'est noir de chez noir. Sans une once d'espoir à l'horizon. Les personnages sont des ombres errantes, des êtres désabusés, voués à finir brisés. Les derniers chapitres sont d'ailleurs éloquents, mais quel fichu bon roman ! Il vous colle une claque, vous cloue sur place.

De toute manière, c'est tout un ensemble qui se dévoile, pas seulement l'intrigue en elle-même (pourtant sans pitié), c'est aussi la forme : l'écriture incisive, le rythme narratif, l'atmosphère étouffante, le ton juste, sans concession. Et Jean-Michel Vovk, le lecteur pour Audiolib, adopte un accent grave, qui colle admirablement au caractère du récit. Un succès fort mérité pour ce roman réussi, récompensé par le prix Michel Lebrun en 2009.

Audiolib, septembre 2014 ♦ texte intégral lu par Jean-Michel Vovk  (durée : 8h 27)  suivi d'un entretien avec l'auteur

25/09/14

Hunger Games II - L'Embrasement, de Suzanne Collins

La suite, toujours aussi choquante et bouleversante ! 

Hunger Games II

Katniss a survécu aux Jeux mais doit affronter la colère du Capitole. La riposte, forcément, sera brutale, violente et sans pitié. En cause, la rescapée du District 12 a allumé la flamme de l'espoir. Celui d'un monde nouveau, libéré de ses chaînes. Katniss a cependant mis le feu aux poudres, sans intention de nuire au pouvoir en place. C'est trop tard pour s'en défendre. Désormais non seulement sa vie ne tient plus qu'à un fil, mais ses proches aussi sont menacés - le président Snow lui en a fait la promesse.

J'avais oublié à quel point ce livre était prenant et capable de vous mettre la tête à l'envers. Il est en effet très difficile de résister à la tension dramatique et l'impact émotionnel qui règnent tout du long. La mise en place est assez lente, alourdie par les interrogations de l'héroïne (Katniss ne brille pas par son discernement, hélas !!), ses atermoiements amoureux tellement puérils et secondaires, au vu de la colère en marche. Les peuples se rebiffent, le mécontentement gronde mais elle ne capte rien. C'est sa façon d'être, se barricader derrière une façade d'indifférence, afin de se préserver pour ne pas souffrir etc. Katniss ignore encore qu'elle est devenue un Symbole pour toute une nation... Bref, les enjeux politiques prennent ici une forme plus conséquente, même s'ils sont élaborés de manière plus pernicieuse et intestine.

C'est terriblement excitant, un peu rageant, mais palpitant. Dès l'annonce des prochains Jeux d'expiation (aux règles tordues), l'histoire s'emballe et les émotions sont fortes, ça vous noue l'estomac, vous colle une boule dans la gorge, vous prend aux tripes... dès lors, on retient son souffle jusqu'au point final. Re-dou-ta-ble. Carrément. L'immersion est totale, encore une fois j'étais à fond dans l'histoire. J'ai tout vécu, sans retenue. J'en suis sortie k-o. C'est fort, puissant et bouleversant. Mais tellement bon.

Bravo à Kelly Marot, la voix française de Jennifer Lawrence dans les films, de savoir entretenir le mythe et de participer à sa façon au phénomène de cette saga. L'une des meilleures sur le marché, n'hésitez pas !!

Audiolib, septembre 2014 ♦ texte intégral lu par Kelly Marot (durée d'écoute : 12h 02) ♦ traduit par Guillaume Fournier pour les éditions Pocket jeunesse

Le 3ème volet sort en Audiolib à la mi-Octobre !  

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23/09/14

La Faiseuse d'anges, de Camilla Läckberg

La Faiseuse d'anges

Que s'est-il passé le samedi de Pâques 1974, sur l'île de Valö ? Toute une famille a disparu, abandonnant une fillette d'un an, Ebba. Aujourd'hui, celle-ci est de retour sur l'île, avec son mari. Pas dans le but de fouiller le passé, mais pour fuir les souvenirs d'un drame récent : la perte de leur fils. À Valö, ils espéraient être en paix mais reçoivent en comité d'accueil une salve de violence inexpliquée : début d'incendie, coups de feu, tentatives d'intimidation et messages de mort. Patrik Hedström mène son enquête.

Erica, son épouse, est sur les charbons ardents. Son prochain sujet de livre porte justement sur la disparition de Valö ! Quelle coïncidence. Sans prévenir son mari, elle emberlificote Gösta, qui a connu l'affaire trente ans plus tôt, pour lui extorquer le maximum d'infos. Et étrangement, celui-ci, d'habitude nonchalant, manifeste un zèle hors norme et entend se dépouiller pour tirer au clair tout ce mystère. Ce drôle de duo va avancer à tâtons, mais avec efficacité.

D'autres arcanes se dressent dans l'ombre (les témoins du passé réunis pour briser l'omerta, les silences pesants d'Anna ou de Martin, l'inconnue Dagmar, tristement célèbre pour être la fille de « la Faiseuse d'anges »...), autant d'indices qui viendront se télescoper dans les dernières pages du livre. Un schéma déjà éprouvé, et pourtant bougrement redoutable !! J'ai cru mourir de frustration à un tournant de l'action, pfiou... c'est rude pour les nerfs.

Qu'on se rassure, on vibre, on tremble, on étouffe, on compatit mais on est pris dans l'engrenage. C'est un livre très réussi, qui combine le suspense, l'émotion, le lourd héritage du passé et un éclairage politique (terrifiant) qui devrait faire réfléchir « sur la direction que prend notre société ». Camilla Läckberg procède avec délicatesse, mais beaucoup de sensibilité féminine, ce qui rend ses livres toujours plus attachants à mes yeux.

Audiolib, août 2014 ♦ texte intégral lu par Jean-Christophe Lebert (durée d'écoute : 15h 03) ♦  traduit par Lena Grumbach pour les éditions Actes Sud

Lecture plaisante de Jean-Christophe Lebert, qui a repris du service et enchaîne les tomes depuis La sirène. C'est propre, sans fausse note, peut-être un peu grinçant dans son interprétation des voix féminines, mais c'est un détail sur lequel je suis très pointilleuse, donc je chipote souvent car je suis rarement satisfaite ! Mais j'apprécie le lecteur et sa voix, donc l'écoute est toujours très agréable, 15 heures et des brouettes en sa compagnie ne sont pas subies, mais pleinement entraînantes et vécues à ses côtés.

22/09/14

L'Homme aux cercles bleus, de Fred Vargas

« Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? » 

L'homme aux cercles bleus

Un Fred Vargas tout jeunot (1996), qui nous introduit un Jean-Baptiste Adamsberg fraîchement promu au commissariat du 5ème arrondissement... here I go ! Et de le découvrir faire ses premiers pas auprès d'une équipe pantoise face à ses méthodes de travail peu orthodoxes : l'homme se perd régulièrement dans de longues réflexions intérieures, les bras croisés sur son buste, se livre à du gribouillage sur un bout de papier posé sur les genoux, ou se balade la nuit, souvent près d'un cours d'eau... il dort peu, et rarement seul. Adamsberg n'est pas un romantique, mais son âme est torturée par les souvenirs d'une petite chérie, silhouette fugace, croisée, aimée puis échappée sans crier gare. L'homme est nostalgique et a le cœur ravi.

Pas étonnant que son intérêt de flic s'arrête sur des affaires sordides, comme ces cercles bleus qui pullulent dans Paris. Il prévient Danglard, ça s'annonce mal. Un matin, ça va saigner... En attendant, il rencontre une océanographe de renom, Mathilde Forestier, qui se vante d'avoir croisé l'homme aux cercles bleus et d'être capable de le reconnaître. Adamsberg, forcément, est interpellé et pénètre dans l'appartement cossu de la scientifique, où se côtoient d'autres figures insolites : un bel homme aveugle et une vieille dame solitaire, accro aux petites annonces. Ce refuge de bras cassés est aussi l'antre des soirées arrosées, à soliloquer sur le monde et sur l'enquête du commissaire. Franchement, on sourit, on jubile, on gobe tout et on en redemande.

Ah mais c'est redoutable, sous couvert de tendres excentricités, on ne soupçonne pas l'incroyable ingéniosité de l'intrigue. Et c'est écrit avec rondeur, en jouant sur les mots, en se moquant des personnages avec affection, en distillant de l'humour aussi. Bref, c'est décalé, un brin philosophe, finaud et clairvoyant. On se régale ! Mais à quand une nouveauté, madame !??

Audiolib, août 2014 ♦ texte intégral lu par Jacques Frantz (durée d'écoute : 6h 23) ♦ disponible aussi aux éditions Viviane Hamy ou en poche J'ai Lu



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