11/12/17

13 reasons why ►, de Jay Asher - lu par Florine Orphelin & Gauthier Battoue

« J'espère que vous êtes prêts, parce que je vais vous raconter l'histoire de ma vie. Ou plus exactement, la raison pour laquelle elle s'est arrêtée. Et si vous êtes en train d'écouter ces cassettes, c'est que vous êtes l'une de ces raisons. » 

Thirteen reasons why

Hannah Baker a mis fin à ses jours, mais avant de commettre son suicide, elle a tenu à raconter son histoire en s'enregistrant sur des cassettes qu'elle adresse aux différents maillons d'une même chaîne - ils sont donc treize - treize désignés coupables, lesquels par un mot de trop, un geste déplacé, une parole malheureuse, un jugement, un mensonge ou un colportage, ont entraîné le drame que l'on sait. Clay Jensen figure sur cette liste, sauf qu'il ne comprend pas pourquoi. Élève discret, sans histoire, il était fou amoureux de Hannah mais se sentait trop timide pour lui avouer. Peur du regard des autres ou de la déception ? Aujourd'hui, le garçon n'est plus qu'un paquet de larmes et de regrets. C'est donc armé de son walk-man, le casque vissé aux oreilles, qu'il chemine dans la ville, tout en sombrant dans l'amertume, à l'écoute de la confession de la jeune fille. Confession émouvante, injuste et révoltante... mais qui soulève aussi des questions. Et c'est toute la force du roman qui réussit à nous fasciner en nous entraînant dans les dédales de son histoire - cela se lit comme un roman à suspense. La construction est judicieuse, l'intrigue est alimentée sans cesse pour lancer de nouvelles pistes ou créer du mystère. Et pourtant, le malaise aussi nous ronge et prend de l'ampleur à mesure qu'on découvre la spirale infernale, le point de non-retour, la détresse incurable. On se vautre dans la saveur amère du gâchis, et on ressent un profond malaise. La boucle est bouclée. Hannah Baker a gagné son pari de nous hanter.

J'avais déjà lu le roman à sa sortie, en 2010, pour découvrir aujourd'hui qu'il a inspiré une série netflix. Très bonne appréciation, et blablabla. En optant cette fois pour le format audio, je ne pouvais qu'être au plus près de Clay Jensen, en train d'écouter une voix d'outre-tombe, vaincue et dégoûtée par l'emballement frénétique de l'ostracisme adolescent. C'est franchement moche, très dérangeant. Même l'initiative de Hannah Baker me pose un problème de conscience, ce qui est sans doute voulu par l'auteur. Au final, on ressort de cette expérience audio en ressentant un vrai soulagement. On salue la performance des deux lecteurs - Florine Orphelin et Gauthier Battoue - également les voix françaises dans la série. Et on réfléchit à la vie, si précieuse et si fragile... 

©2007 "Thirteen Reasons Why", première publication. Traduction française : Éditions Albin Michel (P)2017 Audiolib, texte lu par Florine Orphelin & Gauthier Battoue (durée : 6h 25)


La Quête d'Ewilan #3 : L'Île du destin, par Pierre Bottero

Ewilan l'île du destin 3Troisième tome de la série - désormais l'univers est planté, les enjeux sont déterminés, le rythme s'intensifie et les personnages embrassent leur destinée sans frémir.
Ewilan a compris qu'elle ne pourra jamais mener sa mission sans l'aide de son frère et doit donc retourner dans l'autre monde pour l'enrôler bon gré mal gré. Ce nouveau pas de côté a du bon, puisqu'il va notamment permettre à la jeune fille d'éclairer les circonstances de son adoption et relancer l'enquête de la police avec une arrestation impromptue ! Salim et Bjorn se mettent dans de beaux draps, et le lecteur savoure ce moment. ☺
À Gwendalavir, l'aventure se poursuit également. Entre les Ts'liches, les Sentinelles ou les Frontaliers, les conflits grondent mais les affrontements s'émoussent. Finalement, l'histoire tire sa révérence en traçant des points de suspension ; une partie du problème a sans doute trouvé sa solution, mais la lutte contre le mal est loin d'être terminée. 
Clap clap clap de joie. Je suis évidemment séduite par la perspective de me lancer dans un nouveau cycle de lecture. Près de quinze ans après sa publication, la série conforte son souffle, sa force, sa richesse. J'envie les jeunes lecteurs de découvrir cet univers fantastique et captivant - avec son héroïne courageuse et attachante. L'histoire est pleine de tours et détours cachés, aux inspirations nombreuses et à l'imagination florissante.
Pour moi, je n'envisage plus de la suivre autrement qu'en livre audio. Kelly Marot, qui est aussi la voix française de Katniss dans Hunger Games, est une interprète talentueuse et agréable à écouter. Elle joue habilement avec les émotions, l'humour et le suspense. C'est tout bon ! Je suis définitivement conquise.

©2003 / 2006 Rageot Éditeur, Paris (P)2017 Audiolib, texte lu par Kelly Marot (durée : 6h 32)

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29/11/17

La tresse, par Laëtitia Colombani

la tresseC'est parce que j'ai beaucoup vu ce roman sur Instagram que j'ai été piquée de curiosité pour le lire. Comme toujours, j'ai opté pour le format audio, qui s'emboîte parfaitement avec ma façon de vivre ces dernières semaines. 
L'histoire du roman est assez simple : on suit trois femmes, dans trois pays, dont la destinée est inextricablement liée. En Inde, Smita rêve d'envoyer sa fille à l'école pour qu'elle apprenne à lire et écrire, mais se heurte au poids des castes et des traditions. En Sicile, Giulia reprend les affaires de son père, qui tenait un petit atelier de traitement de cheveux, mais les caisses sont vides et l'avenir compromis. Au Canada, une avocate carriériste, Sarah, voit soudain sa vie se mettre entre parenthèses en apprenant qu'elle est atteinte d'un cancer.
Ces trois parcours de vie sont tous plus attachants et passionnants les uns que les autres. J'ai écouté avec intérêt les conditions de vie, les sacrifices, les doutes, les espoirs naître, disparaître, gonfler, s'éclipser par alternance. 
C'est un roman a priori ordinaire, assez court - il s'écoute en moins de 5 heures - mais c'est un roman authentique et engagé. Son impact émotionnel est tout sauf dérisoire. Il y a de la force, de la sensibilité, de l'intelligence dans cette lecture. C'est remarquable. J'ai apprécié chaque point de construction du récit, qui se tisse à la façon d'une tresse, avec application et adresse. J'ai aimé aussi prendre mon temps pour connaître chaque personnage, pour me familiariser avec leur environnement, pour entrer en empathie avec leur parcours et les suivre face aux adversités.
Généralement méfiante à l'égard des buzz littéraires, j'ai trouvé que celui-ci mettait, à juste titre, en valeur un roman touchant, mais pas larmoyant, qui parle des femmes et des combats à mener à travers le monde. On brasse ainsi un patchwork d'émotions, de cultures, de coutumes, de croyances, de rêves et d'ambitions. À sa façon, simple et pudique, le roman réussit un joli tour de passe-passe en nous embarquant du début à la fin dans cette histoire de tresse, véritable trait d'union entre ces trois femmes, liées également par le courage, le désir de liberté et l'abnégation. Très, très bon ! 

Grande justesse dans l'interprétation de Rebecca Marder et Estelle Vincent. L'auteur également lit les interludes avant de répondre à un entretien avec l'équipe Audiolib. Un format toujours judicieux et une prestation réussie.

©2017 Éditions Grasset & Fasquelle (P)2017 Audiolib

Lu par : Laëtitia ColombaniRebecca MarderEstelle Vincent

Durée: env. 5 heures

 

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27/11/17

Everything, everything, de Nicola Yoon & lu par Nastassja Girard

everything everything

Maddie est atteinte d'une maladie rare - système immunitaire défaillant, syndrome de l'enfant bulle - ce qui la contraint à vivre cloîtrée chez elle, entourée de mille précautions. Âgée de dix-huit ans, la jeune fille n'a connu que les murs blancs de sa chambre et la vie dans les romans. Ses seules amies sont sa mère médecin et son infirmière, Carla. Puis débarque Olly, dans la maison voisine. Avec ses vêtements noirs, ses cheveux fous, son allure de saltimbanque qui gigote partout, il attire l'attention de Maddie qui le fixe derrière sa fenêtre. Lui aussi finit par la remarquer et toque chez elle armé d'un kouglof. Commence peu à peu une étonnante relation, entre pudeur et curiosité, méfiance et compassion, attirance et émotion. 
Pour avoir déjà été lu au printemps dernier, le roman n'offrait plus le même effet de surprise mais a su me toucher envers et contre tout, car l'histoire est clairement adorable, douce et attachante. Dès lors qu'on se familiarise avec l'univers de Maddie, on pénètre son intimité et on partage ses échanges avec son voisin. Toute cette période d'apprivoisement est délicieuse et on suit avec bonheur les petits messages échangés en cachette sur internet, et avec eux, les premiers émois et les papillons qui explosent dans le ventre. On retrouve auprès de Maddie toute la joliesse d'une idylle naissante, sa fraîcheur et sa candeur, et c'est exquis.
Mais tout n'est pas simple non plus, car Maddie souffre d'une maladie grave et prend conscience de mener une existence plate, privée de liberté et couvée par une maman omniprésente. Là, j'étais tiraillée entre le désir de l'adolescente qui rêve de crever sa bulle, tout en veillant à ne pas décevoir sa maman, et justement le dilemme de celle-ci, angoissée de perdre son enfant, quitte à l'étouffer. L'histoire laisse ainsi apparaître des failles dans cette belle relation mère-fille, entre le dévouement de l'une et la tentation de nouvelles expériences de l'autre, le sas de sécurité est prêt à exploser ! 
J'ai donc apprécié différemment cette relecture, en y retrouvant toutes les sensations grisantes de la première fois, mais en savourant autrement la perspective d'une histoire racontée en toute simplicité et avec une touche de magie. Comme souvent, chez Audiolib, c'est la comédienne qui double en français l'actrice du film (Amandla Stenberg) qui est également choisie pour enregistrer le roman. Nastassja Girard, en l'occurrence, propose une interprétation subtile et sensible du récit, ce qui rend l'écoute très agréable. 
Une bonne pioche / découverte / relecture / révélation... au choix !  

(P)2017 Audiolib. Texte lu par Nastassja Girard (durée d'écoute : 5h 37)

©2016 Bayard Éditions. Trad. française : Eric Chevreau 

 

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Songe à la douceur, de Clémentine Beauvais & lu par Rachel Arditi

songe à la douceurQuand Tatiana, quatorze ans, rencontre le meilleur ami du petit copain de sa sœur, elle tombe immédiatement sous le charme. Eugène a dix-sept ans et incarne le dandy romantique par excellence, avec ses lubies, ses exigences, ses rêves et ses idéaux. Tatiana lui adresse une déclaration enflammée, mais Eugène la repousse. Dix ans vont passer quand les jeunes gens se recroisent par hasard. La jeune fille est troublée, alors que son ancien soupirant se surprend à éprouver du regret et une obsession maladive pour elle.
Croisant ainsi passé et présent, le roman tisse sa toile autour d'une histoire d'amour absolu et de rendez-vous manqué. Le début est captivant, car inattendu et drôle malgré lui, puis la narration nous embarque franchement pour un voyage au long cours, explorant les arcanes de l'amour passionnel, les silences et les non-dits au fil du temps, révélant un drame lointain, cherchant à percer son mystère et analyser ses conséquences. C'est inattendu, mais très bon. J'ai juste ressenti un petit essoufflement à mi-chemin, éprouvant envers Eugène, littéralement bouffé par sa passion dévorante, un certain agacement. Tout chez lui est excessif - ses sautes d'humeur, son impatience, ses conclusions hâtives... Pfiou. En face, Tatiana encaisse avec panache et assume avec classe. J'ai largement préféré son caractère et sa façon d'être.
Globalement, c'est une lecture agréablement surprenante et remarquable pour sa prise de risques - adapter un roman de Pouchkine, écrit en vers, il fallait oser ! Ayant opté pour le format audio, je fais l'impasse sur la mise en page élaborée, mais c'est sans regret car j'ai savouré l'interprétation de Rachel Arditi, qui m'avait déjà totalement emballée avec Les Petites Reines. Son jeu est de nouveau extra ! J'ai eu un plaisir fou à l'écouter et à plonger dans son univers exubérant. En gros, je suis fan. ☺

©2016 Éditions Sarbacane (P)2016 Audiolib

Texte lu par Rachel Arditi - Durée d'écoute : 4h 40

 

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08/11/17

La Belle et la Bête : Histoire éternelle, de Jennifer Donnelly

LA BELLE ET LA BETEPrisonnière du château de la Bête, Belle a su rapidement toucher le cœur de ses résidents. Les domestiques sont fous d'elle et, malgré ses dehors bougons, la Bête aussi s'adoucit en sa présence. Pourtant, la jeune fille est préoccupée par la santé de son père, sachant hélas qu'elle n'obtiendra jamais gain de cause pour le voir. Prisonnière elle est, prisonnière elle restera. Désireux de lui plaire, la Bête offre à Belle l'accès exclusif de la bibliothèque du château, espérant que son amour de la lecture chasse son humeur chagrine. Belle est charmée et explore les moindres recoins de ce cocon douillet. C'est ainsi qu'elle tombe sur un livre enchanté, qui la fait basculer dans un décor tout aussi féerique. À Nevermore, elle rencontre une comtesse qui la chouchoute et lui fait la promesse de retrouver son père dans ce monde, si elle accepte de rester. Belle pense vivre un rêve éveillé et succombe à la tentation.

Jennifer Donnelly propose ce charmant interlude pour accompagner l'histoire originale de La Belle et la Bête et ne lésine pas sur les douceurs sucrées pour engourdir le lecteur. Tout est onctueux, romantique et magique. On voit venir toutes les ficelles de l'intrigue, on soupire d'agacement devant la naïveté de l'héroïne et on ne tremble pas d'impatience dans l'attente du dénouement. Mais le rythme est vif et piquant, de quoi proprement emballer un jeune public. Pour ma part, peu sensible à la magie de Disney et n'aspirant aucun goût pour le film de Bill Condon, avec Emma Watson, cette Histoire éternelle n'a pas eu l'effet escompté - pas d'envoûtement, ni de fascination avec étoiles dans les yeux, ça m'a semblé plutôt godiche et sentimental. Mais je ne doute pas que la magie opère pour les incurables romantiques, qui jugeront la lecture adorable et merveilleuse.

Techniquement, la version audio est lue par Manon Azem, la voix française de l'actrice Emma Watson. Tout, ou presque, est impeccable - j'ai juste trouvé la prononciation des termes anglais trop exagérée. Et l'absence de toute bande sonore est assez déconcertante. C'est la première fois que cela arrive chez Audiolib ! 

©2017 Disney Enterprises, Inc.  / Hachette Livre. Traduit par Christophe Rosson

(P)2017 Audiolib. Lu par Manon Azem, la doubleuse officielle d’Emma Watson, notamment dans Harry Potter. 

01/11/17

Sharko, de Franck Thilliez

SharkoLe roman s'ouvre sur une scène classique de terreur : dans un bassin de requins, un type se saigne les bras et donne aux spectateurs un instant de carnage mémorable. Puis, les flics du 36 sont convoqués sur une scène de crime de nouveau sordide : un corps torturé, des sangsues et des cadavres de chats noirs. Sharko et ses collègues sont atterrés.
Or, le lecteur n'est pas dupe car, un chapitre plus tôt, il a été témoin de l'excès de zèle de Lucie Henebelle. Notre inspecteur chevronnée s'est en effet rendue seule chez un suspect, est tombée sur un os et a sorti son arme pour se sortir d'un mauvais pas. Seulement, la voilà coupable d'un meurtre et c'est son compagnon, Franck Sharko, qui accourt pour masquer le crime. Nomdédiou.
Le couple est dans l'impasse mais saisit les rênes de l'enquête pour la mener avec force et subtilité. Toutefois, cela se corse au fur et à mesure des révélations, car leur individu était loin d'être un enfant de chœur et semblait être un maillon d'une effroyable chaîne de barbarie.
Dans leur entourage, Nicolas Bellanger est au taquet. Déterminé à fouiller le passé du tortionnaire, à comprendre son exécution, à aller jusqu'au bout de l'énigme, le policier flirte avec la zone rouge, portant encore les stigmates de l'affaire Pandemia.

Au final, j'ai été aspirée par l'engrenage impitoyable que va déployer F. Thilliez. C'est du lourd, de l'innommable, dans le genre thriller intransigeant. L'intrigue bascule dans des sentiers perdus, on y trouve du sang, des vampyres, des sectes et des trafics. Toujours et encore. C'est un pur cauchemar, une vision de notre société et de l'humanité bien laide et déprimante. Au milieu de tout ça, le couple Sharko tient bon la barre en dépit de la menace rampante. Lucie est plus fébrile que jamais, tandis que Franck se veut un roc solide et intouchable, mais voilà... que du faux-semblant tout ça ! Cela m'a évidemment bien plu, il y a du rythme, de l'émotion et du crapuleux, j'ai aimé plonger dans les méandres de cette histoire effroyable et sordide. 

Par contre, côté technique, j'ai eu comme un souci avec la voix de Michel Raimbault, pourtant fidèle lieutenant de la garde, coutumier d'être le performeur en chef de la série Sharko & Lucie. Or, cette fois, grosse déception - une voix vieillissante pour notre flic roué et aguerri - ¿ qué pasa ? Malgré une interprétation de fine mouche, j'ai trouvé le trait forcé et déplaisant, en plus de donner un coup de vieux aux personnages. On réajuste la mesure, et c'est ok pour moi. ;-)

©2017 Fleuve Éditions / Audiolib lu par Michel Raimbault

Durée : 17 h 11 min

 

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23/10/17

Double piège, de Harlan Coben

double piegeAprès le meurtre de son mari, assassiné en pleine rue, Maya ne fait plus confiance à personne et installe dans sa maison une caméra-espion pour surveiller la nounou de sa fille. Mais en visualisant le film, Maya découvre la silhouette de son époux en train de cajoler la petite Lily. En voulant mettre la nourrice au pied du mur, celle-ci brouille les pistes et disparaît de la circulation. Commence alors pour Maya une longue traque doublée d'une enquête infernale pour comprendre le fin mot de cette sinistre mise en scène. Ce faisant, Maya va fouiller le passé et raviver des plaies ouvertes, comme la mort de sa sœur Caroline ou celle de son beau-frère Andrew, elle va insidieusement empiéter sur les activités de sa belle-famille, les Burkett, et se heurter à un mur de faux-semblants, ou tout simplement craindre pour sa propre vie, à moins d'être victime de délires paranoïaques, bref la frontière est mince.

Au final, j'ai trouvé le roman assez plat et peu élaboré. Action lente, héroïne sur la retenue, creusant après un embrouillamini de mensonges et de vérités. Ouhlàlà. Mon cœur n'a pas battu la chamade à la lecture du nouveau roman de Harlan Coben... On y retrouve les mêmes crimes retors, les trafics honteux, l'utilisation décomplexée des armes, avec cette fois un coup d'œil sur le stress post traumatique des militaires, la manipulation mentale et le déni. Ce qui a néanmoins pêché, dans l'ensemble, c'est le manque de pep's. J'étais surprise d'écouter un Harlan Coben sans le tintamarre habituel - courses à perdre haleine, suspense intenable, révélations fracassantes. Là, seul le dénouement vous secoue sérieusement les puces. Et j'ai d'ailleurs apprécié l'issue de cette intrigue, qui m'a bien baladée de gauche à droite, sans aiguiser fortement ma curiosité. Pour le coup, Harlan Coben est opérationnel, mais sans se fouler.

Concernant le livre audio, Marie-Eve Dufresne est toujours aussi juste et agréable à écouter. Son interprétation ne déborde jamais et suit une ligne de conduite impeccable. Je ne suis jamais déçue par son jeu, ce qui peut parfois donner un coup de pouce à des romans a priori basiques et peu satisfaisants. Un bon lecteur peut clairement atténuer les défauts d'un livre et le rendre enthousiasmant à suivre !

©2016 / 2017 Titre original : "Fool Me Once" / Belfond pour la traduction française par Roxane Azimi 

(P)2017 Audiolib - Texte lu par Marie-Ève Dufresne  (durée : 9 h 55) 

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21/10/17

La fille d'avant, de J.P. Delaney

LA FILLE D AVANTTraumatisée suite à un cambriolage d'une rare violence, Emma cherche une nouvelle location et trouve en la maison du One Folgate Street la réponse à tous ses problèmes. Jane, meurtrie par la perte de son bébé, repart également à zéro et s'installe dans une nouvelle vie, dans la même maison. Quelques années séparent les deux femmes, mais leurs histoires sont racontées en parallèle tant leurs parcours sont similaires. En effet, ce bijou d'architecture, élaboré par Edouard Monkford, est aussi une contrainte de chaque instant. Pour décrocher le Graal, il faut notamment répondre à un niveau d'exigence difficilement supportable et se plier à des règles de vie draconiennes. Malgré tout, Emma, puis Jane, acceptent toutes les concessions et tombent fatalement sous le charme du propriétaire. Edouard Monkford ? Le mâle alpha dans toute sa puissance. Un spécimen arrogant, froid et calculateur. Mais le type aurait plusieurs cadavres dans son placard - son épouse décédée, mais aussi sa jeune et jolie locataire... Emma. Prise d'un doute, Jane choisit de mener son enquête.

J'avoue avoir cédé aux chants des sirènes en me plongeant dans cette lecture - elles ont pour nom Olivia de Lamberterie, Alix Girod de l'Ain et Tatiana de Rosnay - même si j'ai également appris à me méfier des concerts de louanges. Et cela n'a pas loupé, non, je ne ferai pas chorus. D'accord, j'ai trouvé ce roman correct, agréable à suivre, avec du suspense et des rebondissements qui incitent à aller toujours plus loin. Les chapitres sont courts, les voix entremêlées, c'est imparable pour saucissonner le lecteur dans la combine. Par contre, j'ai eu une vague sensation de fourre-tout en avançant dans ce livre. On a de la bonne tension psychologique, une enquête minutieuse, des portraits flous, toujours plus flous, pour mieux brouiller les pistes et fragiliser les repères. Et là, au milieu de ça, je n'ai pas compris cette vague inspiration de Christian Grey - le contrat, l'amant tyrannique, le sex-appeal rabougri (bah oui, Monkford est tout sauf séduisant). Cela m'est apparu grotesque. Et mon enthousiasme en a été douché. Sans quoi, c'est un roman ordinaire, une lecture facile et distrayante, mais un buzz littéraire surestimé

Techniquement, j'ai apprécié la lecture faite par Ingrid Donnadieu et Floriane Muller - le choix d'une interprétation à double voix s'ajuste pertinemment aux deux voix des héroïnes du roman, l'une pour Jane, l'autre pour Emma. C'est tout à fait concordant. Les récits se croisent ou se complètent. Les deux comédiennes se donnent la réplique et brouillent volontairement les pistes. En bref, cette orchestration sied admirablement au livre. Car, malgré mes réserves, le dénouement bancal et l'impression d'une intrigue qui s'essouffle, j'ai maintenu le cap jusqu'au bout pour assouvir ma trop grande curiosité.

©2017 Titre original : "The Girl Before"  / Mazarine et Librairie Arthème Fayard pour la traduction française

(P)2017 Audiolib - Texte lu par Ingrid Donnadieu et Floriane Muller /  Durée : 9 h 21 

 

10/10/17

Ragdoll, de Daniel Cole

Ragdoll

Éprouvé par son enquête contre le Tueur Crématiste, l'inspecteur William Fawkes, alias Wolf, tombe fou à l'énoncé du jugement. Et pour cause... Quatre ans plus tard, le type a une solide réputation de teigne au sein de sa brigade, mais il s'en moque. Car une nouvelle mission l'attend lorsqu'il découvre au pied de son immeuble un magma de corps rapiécés et six victimes à recenser. Un autre tortionnaire dérangé vient jouer avec les nerfs de la police, en diffusant une liste des prochaines têtes à tomber, précisant la date de leur assassinat. En dernière place, se trouve le nom de Wolf. 
Annoncé comme le phénomène du moment en matière de thriller, RAGDOLL aurait ainsi pompé Seven et cloné Jack Bauer pour émoustiller le lecteur, c'est dire l'ambition affichée du roman ! Ma foi, j'ai trouvé le rythme efficace, car soutenu et addictif. Par contre, le contenu se révèle plutôt bancal à force d'avoir été calibré exprès pour répondre aux attentes. Les effets de style, le suspense, les rebondissements, le boum final... tout est déjà lu, déjà vu, et on ne bondit plus de notre siège. C'est bien, c'est tordu, on suit l'intrigue avec attention, et on obtient ce qu'on espère. Il n'y a pas de déception là-dedans, juste une absence de surprise.
Techniquement, la lecture de Damien Ferrette pêche en variation. L'écoute est monotone, l'interprétation souvent caricaturale. C'est supportable, mais cela aurait pu être mieux. Conséquence ou pas, je n'ai pas su m'attacher aux personnages - Wolf incarne l'archétype du flic bourru, sa partenaire Emily Baxter serait son amoureuse éconduite, Edmunds un stagiaire très perspicace, et Andrea, l'ex versatile, journaliste aux dents longues, forcément... On a donc un ensemble ordinaire et convenu, avec le dosage évalué au plus juste de séquences fortes entrecoupées de périodes sinueuses. L'enquête s'organise autour de fulgurances assez grossières, mais le tout fait illusion.
And last but not least, William Fawkes will be back.

 

©2017 Audiolib / Daniel Cole. Éd. originale : Orion Books, an imprint of The Orion. Publishing Group Ltd, an Hachette UK company, Londres. Traduction française : Natalie Beunat pour les Éditions Robert Laffont

Texte lu par Damien Ferrette - Durée : 12 h 24  (P)2017 Audiolib