02/05/13

"C’est exactement le goût du blues, dit-il. De ce blues-là même. C’est fort, votre invention, vous savez !"

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Colin est riche et vit dans un appartement cossu, son meilleur ami Chick vient de trouver l'élue de son cœur, Alise, qui est la nièce de son cuisinier. A son tour, Colin voudrait tomber amoureux. Vivre une grande et belle histoire d'amour. Il rencontrera Chloé, douce, belle, charmante et délicate. Ils se marient, mais la maladie frappe la jeune femme et c'est le début de la déchéance.

Colin va s'appauvrir, son chez-lui va devenir tout riquiqui et il doit se résoudre à vendre ses biens, comme le pianocktail (géniale invention !), pour pouvoir acheter des fleurs à son épouse. Or, Colin ne veut pas travailler, ça l'ennuie et aucun labeur n'est digne de lui. (Il faut voir les déboires de Chick, avec les machines infernales ! Celui-ci est dans l'obligation de bosser, notamment pour assouvir sa passion dévorante pour Jean-Sol Partre, dont il collectionne toutes les œuvres en dépensant des fortunes.)

Je n'ai pas réussi à entrer tout de suite dans l'histoire, qui m'apparaissait plus qu'étrange et vraiment superficielle, mais j'avais juste besoin de m'habituer. L'écriture de Vian est poétique et musicale, il m'a donc presque semblé naturel d'écouter ce roman plutôt que de le lire ! C'est Arthur H qui habite les mots de Vian, le temps de 7 petites heures. Sa voix grave et aux accents de blues se fait une place au soleil dans cet univers onirique, aux images ensoleillées, spirituelles et surréalistes.

C'est aussi une histoire qui jongle sur plusieurs émotions, entre l'histoire d'amour juvénile, fraîche et pleine de vivacité, les inventions de mots, le langage fleuri, les personnages excentriques, des doux-dingues qui vont au bout de leurs idées, sans oublier le ton sarcastique, l'humour grinçant, la volonté de s'affranchir, l'anti-conformisme, les répliques pour se moquer, pour dénoncer (contre la médecine, contre le travail, contre Sartre...). L'histoire est un mélange de folie, de sophistication, d'ironie et de modernité. Je pense que cette mélodie m'accompagnera encore pendant un bon moment...

L'écume des jours, par Boris Vian
Audiolib, 2009 - Texte intégral lu par Arthur H, suivi d'un entretien exclusif

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01/05/13

"Tant qu'on peut boire, profitons-en pendant qu'on est vivants."

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Paris, fin 1959. Michel Marini a douze ans. Il aime la lecture, le rock et le baby-foot. Souvent, il se rend au Balto, un bistro de l'avenue Denfert-Rochereau, où il est intrigué par les activités secrètes d'un club, derrière une porte verte, dans l'arrière-salle. Le jour où il obtiendra enfin son sésame, Michel va plonger dans une autre galaxie : celle d'exilés des pays de l'Europe centrale ou de l'Est, des réfugiés politiques, des énergumènes qui refont le monde autour d'une bouteille d'alcool ou d'une partie d'échecs.

C'est ainsi qu'on s'aventure dans ce roman foisonnant, entre les anecdotes de ces hommes brisés, mélancoliques et meurtris, aux parcours malmenés suite à la guerre et à la révolution, à leurs nombreuses tentatives pour survivre, aimer, oublier... Sans se rendre compte, on se passionne vite pour ces bouts de vie saccagés (la folle histoire d'amour de Leonid, par exemple, ou les frasques de l'acteur Tibor Balazs, tellement beau et orgueilleux qu'il ne supportait plus de vivre chichement). Viendra aussi le mystère autour de Sacha, cet homme discret, que tous les membres du club conspuent, haïssent haut et fort, sans jamais en expliquer les raisons.

Michel, lui, est un garçon heureux, curieux et sensible. Chez lui aussi, ça va barder entre ses parents, depuis le coup d'état de l'aîné de la famille, Franck, qui va partir en Algérie, où la guerre d'indépendance n'atteint pas le quotidien des Parisiens, qui subissent de très loin les ondes de choc. Michel va donc consoler Cécile, la petite copine délaissée de son frère, et l'aider à maintenir la tête hors de l'eau lorsque ce dernier disparaîtra sans donner la moindre nouvelle.

Cette lecture est, sans conteste, un long moment de plaisir. C'est une promenade d'un autre temps, dans un contexte chaleureux et florissant, mais toujours marqué par les blessures du passé, de la guerre, de ses trahisons, de la perte des valeurs et des utopies aussi. J'ai dégusté chaque instant de ce livre, je m'y sentais à l'aise, je n'avais plus envie d'en sortir, et pourtant la lecture est très longue, plus de 21 heures d'écoute, mais sérieusement je n'ai pas vu le temps passer ! Je réinscris ce livre parmi mes rares moments de lecture où j'ai adoré perdre la notion du temps pour me retrouver au cœur d'histoires palpitantes, bouleversantes, avec un pincement de cœur au moment de devoir les abandonner.

Le Club des incorrigibles optimistes, par Jean-Michel Guenassia
Audiolib, 2013 / Albin Michel, 2009
Texte intégral lu par Stéphane Ronchewski (suivi d'un entretien inédit avec l'auteur)

“Il y a dans la lecture quelque chose qui relève de l'irrationnel. Avant d'avoir lu, on devine tout de suite si on va aimer ou pas. On hume, on flaire le livre, on se demande si ça vaut la peine de passer du temps en sa compagnie. C'est l'alchimie invisible des signes tracés sur une feuille qui s'impriment dans notre cerveau. Un livre, c'est un être vivant.”

24/04/13

☠ L'Hypnotiseur, de Lars Kepler ☠

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Après le massacre d'une famille, dont seul le fils est sorti grièvement blessé, la police fait appel aux services du psychiatre Eric Maria Bark qui avait pourtant juré de ne plus jamais pratiqué l'hypnose. Mais c'est une question de vie ou de mort, car la sœur aînée est portée disparue. L'enquête ne peut plus attendre. En rencontrant son patient, Bark n'ignore pas qu'il vient de remettre les pieds en enfer, et effectivement, peu de temps après, les événements vont se précipiter, la tragédie enfler et le passé lui revenir en pleine face.

J'ai mis un temps fou pour entrer dans l'histoire, jusqu'au chapitre 11 (soit la piste 15) car je n'arrivais pas à me situer, à m'attacher aux personnages, à comprendre leurs gesticulations, à saisir ce qu'il se passait, j'avais aussi l'impression qu'on ressassait toujours la même chose, que ça n'avançait pas. Finalement, j'ai réussi à me faire une place, non sans difficulté, car l'histoire m'inspirait souvent du dégoût (à plusieurs reprises, je l'ai trouvée vulgaire, glauque et passablement déprimante).

Je sors donc un peu mitigée de cette découverte, à cause des longueurs, à cause des fausses pistes, à cause de la violence gratuite, à cause de la maladresse qui fait cohabiter les deux affaires avec une logique parfaitement alambiquée, à cause du flashback qui dure des plombes, à cause du malaise ressenti également. Enfin bref je suis plus que mitigée, dépitée, perplexe. Je pense, néanmoins, que je donnerai une deuxième chance à l'auteur, Lars Kepler, histoire de retrouver le sympathique inspecteur Joona Linna. Mais pitié, que le traitement des enquêtes soit moins sordide !

L'écoute aura été longue, un peu plus de 17 heures, pour une interprétation glaçante, troublante, bien en phase avec ce qu'on nous raconte. De quoi se ronger les sangs.

L'hypnotiseur, par Lars Kepler
Audiolib, 2011 / Actes Sud noir, 2010 - traduit par Hege Roel-Rousson et Pascale Rosier
Texte intégral lu par Thierry Janssen

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22/04/13

►►► Etranges Rivages ◄◄◄

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Erlendur est de retour sur les terres de son enfance, précisément dans la ferme où il a grandi avec ses parents et son petit frère, avant le drame qui a coûté la vie de celui-ci. Toute la famille a été brisée, Erlendur, lui, est devenu cet homme solitaire et taciturne, hanté par le fantôme de son cadet. Apparemment, c'est suite à l'affaire d'Hypothermie (que je n'ai pas lu) qu'il aurait plié bagages pour effectuer son pèlerinage et guérir de son passé.

Donc, sur place il cherche, interroge et fouille. Il rencontre des hommes et des femmes âgés, mais bavards. Ainsi lui revient l'histoire de la disparition des soldats anglais, il y a une soixantaine d'années, lors d'une tempête de neige dans les fjords. Ce même soir, une jeune femme aussi aurait emprunté le même chemin, surprise par la météo et emportée sans laisser la moindre trace. Ses sœurs ont toutefois longtemps nourri une suspicion envers son époux, mais bon ...

Erlendur va prendre à cœur de démêler les nœuds de cette histoire, sensible à la détresse d'un homme, car lui-même se retrouve un peu dans cette histoire de fantôme et de revenant, de responsabilité et de culpabilité. Enfin, on lève le voile sur le mystère de son enfance, sur la tragédie qui a marqué toute sa vie. Petit à petit, on avance et on porte notre commissaire vers le monde des vivants, après avoir enterré ses morts, pour de bon. Ce retour aux sources est vivifiant, poignant, incroyablement doux et beau, c'est - je crois - l'un des meilleurs livres de la série !

A l'écoute, Jean-Marc Delhausse reprend du service et nous plonge dans des abymes noirs et profonds, ou ce qui s'apparentent le plus à de la mélancolie, de la tristesse et de la langueur. Mais jamais notre moral n'est plombé, au contraire l'histoire tire vers le haut et touche notre corde sensible. Durée d'écoute : 9h50 !

Etranges rivages, par Arnaldur Indridason
Audiolib / Métailié, 2013 - traduit par Eric Boury
Texte intégral lu par Jean-Marc Delhausse

18/04/13

“A Japanese can live on a teaspoonful of rice a day. We were the best breed of worker they had ever hired in their lives.”

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Au début du XXe siècle, des célibataires américains ont choisi, sur catalogue, leurs épouses d'origine japonaise, après avoir échangé quelques lettres et photographies. Ces demoiselles, de tous âges et de tous horizons, ont ainsi tout quitté dans l'espoir d'une vie meilleure, mais la réalité s'est finalement révélée différente. Car toutes ces jeunes filles, avec des rêves débordant des poches, n'ont malheureusement pas trouvé l'amour à leur arrivée. La plupart ont en fait été considérées comme du bétail, de la main d'œuvre docile et bon marché. Et les époux n'étaient pas des banquiers ou de riches négociants en soierie, mais de simples fermiers, logés dans des tentes ou des cabanes.

Amère désillusion pour toutes ces Japonaises, piégées dans un mariage sans âme, sans vie, sans tendresse ! Mais lorsque certaines d'entre elles ont appris à faire contre mauvaise fortune bon cœur, ou su établir une véritable harmonie familiale, elles ont ensuite été frappées par les horreurs de la guerre, l'attaque de Pearl Harbor et les mesures gouvernementales visant à parquer tous les immigrés d'origine japonaise dans des camps, perdus dans les montagnes. Partagées entre la honte, l'incompréhension, l'impuissance et l'amertume, nos héroïnes ont assumé leur nouveau destin sans broncher.

Le récit de Julie Otsuka est foncièrement intéressant, intelligent, poignant et instructif. Par contre, ce que je trouve dommage, même si cela fait partie du choix de l'auteur, c'est d'avoir délibérément parlé à la première personne du pluriel, montrant ainsi qu'il s'agit d'un témoignage collectif, toutes unies dans la même galère. Le problème, c'est que l'ensemble m'est apparu impersonnel, avec une distance établie, sans possibilité de s'attacher à une histoire ou un personnage en particulier. Ce ne sont finalement que des visages anonymes, on a beau ressentir ce que ces jeunes femmes ont pu éprouver dans cette expérience de vie, mais il en découle aussi un sentiment de vide. C'est assez déconcertant.

A la narration, nous avons Irène Jacob, dont le charme et la subtilité confèrent à l'écoute une mélodie gracieuse, aux accents doux et puissants selon les besoins. C'est particulièrement agréable ! Lecture courte, seulement 3h47 ! Dans le même registre, je vous conseille Le fil à recoudre les âmes de Jean-Jacques Greif.

Certaines n'avaient jamais vu la mer, par Julie Otsuka
Audiolib, 2013 / Phébus, 2012 - Traduit par Carine Chichereau
Texte intégral lu par Irène Jacob

PRIX FEMINA ETRANGER 2012

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"Oui, je pense que tout ce qui vient du passé n'est pas dépassé."

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J'avais suivi de loin l'engouement des lecteurs et des libraires pour ce roman, dont j'ignorais absolument tout de l'histoire. J'avais supposé qu'il s'agissait d'une lecture tendre et délicate, aux doux pouvoirs apaisants. Eh bien, j'avais raison, un peu, mais j'avais tort aussi. En fait, cette histoire est beaucoup plus bouleversante que je ne l'aurais cru !

Nous découvrons une femme de 47 ans, Jocelyne, surnommée Jo, mercière à Arras, mariée à Jocelyn (!) depuis une vingtaine d'années et mère de deux enfants (sa troisième fille est morte à la naissance). C'est une femme heureuse et comblée, même si les épreuves, elle connaît aussi. Comme beaucoup de monde, elle avait rêvé d'une autre vie, mais les aléas du destin ont fait que ... Ce n'est pas de l'amertume qui accompagne ses mots, aujourd'hui. Après un rapide tour d'horizon, Jocelyne s'estime chanceuse.

Et puis, elle gagne au Loto une somme faramineuse. Elle conserve le chèque dans sa poche, n'en parle à personne. Parce que, "la convoitise brûle tout". Alors, Jo continue de mener son petit train de vie, avec ses copines, les jumelles coiffeuses, toujours fofolles, mais extrêmement perspicaces. Elle ne dit rien à son mari non plus, elle attend, elle part en weekend, elle est plus amoureuse que jamais, enfin détendue, après des années de hauts et de bas. Dans son coin, elle dresse des listes, de ses envies, de ses besoins, de ses rêves. Elle tient aussi un blog de tricot, qui connaît un succès fulgurant. Non, vraiment, Jocelyne a tout pour être heureuse. Alors, ces 18 millions et des pépettes pèsent de plus en plus dans la poche...

L'histoire, finalement, va nous surprendre, nous mettre k-o, nous choquer et nous bouleverser. Nous sommes plus près que jamais de Jocelyne, nous ressentons sa détresse, ses peurs, sa rancune, son désarroi. Sa belle histoire devient tragique. Elle qui se pâmait à la lecture de Belle du Seigneur prend conscience du gouffre qui l'attend lorsqu'on a longtemps cru à l'amour absolu. Qu'est-ce que c'est poignant ! D'un seul coup, ce roman qui m'apparaissait léger, attendrissant et drôle s'est revêtu d'un voile d'amertume, d'où l'on sort plus déboussolé que jamais. Enfin, c'est bon aussi ! C'est un roman généreux et honnête, qui nous porte à apprécier les petits plaisirs simples de la vie ordinaire. Sans mièvrerie, sans cynisme. Et quelle prouesse de la part de l'auteur, d'avoir su se glisser dans la peau d'une femme, avec les mots justes, les émotions à fleur de peau. C'est ce qui touche aussi.

Odile Cohen, également la voix d'Amy dans Les apparences, parfait à apporter à la musique des mots du roman un ton juste, tendre et profond. Encore un beau moment de lecture que nous offre Audiolib ! (Comptez seulement 3h30 de lecture, avec en bonus un entretien avec l'auteur.)

La liste de mes envies, par Grégoire Delacourt
Audiolib / JC Lattès, 2012 - Texte intégral lu par Odile Cohen

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16/04/13

Même les singes tombent.

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C'est le deuxième roman de JC Grangé que je découvre, et je m'avoue plutôt chanceuse car j'ai une nouvelle fois apprécié plonger dans l'univers de cet auteur. L'histoire se concentre sur l'enquête acharnée, limite obsessionnelle, de l'inspecteur Olivier Passan, sur les traces d'un tueur en série surnommé l'Accoucheur (car toutes ses victimes sont des femmes enceintes). L'homme est tellement pris dans sa traque qu'il en perd pied, le principal suspect a réussi à l'accuser de harcèlement, ses collègues le prennent pour un fou, et même sa vie de famille a été brisée.

En plein divorce, Olivier observe son épouse avec une certaine lassitude. Naoko est japonaise, elle possède une beauté froide et impénétrable qu'il admire toujours en secret, mais les années ont eu raison de leurs sentiments. Passan est un passionné de culture japonaise, sa femme constituait presque pour lui un joyau à sa collection. Mais Naoko n'a pas non plus livré tous ses secrets, elle entend désormais reprendre sa liberté et assurer à ses enfants un équilibre de vie que leur père n'était plus à même d'offrir.

Enfin, c'est plus compliqué. Car Passan aime ses petits avec férocité. Aussi, quand il découvre que son maniaque aurait probablement pénétré dans l'enceinte de sa maison, il voit rouge. Il ne veut pas alerter Naoko et cherche à gérer seul la situation, seulement la belle Japonaise devient d'humeur suspicieuse et alimente sa rancune avec une énergie décuplée par la colère et le sentiment de trahison.

Toute la première partie du roman se montre particulièrement glauque, avec des détails de scènes sanguinolentes, et un suspense qui ne cesse d'aller crescendo. Cela donne une certaine idée de la lecture qui nous attend, même si les rebondissements ne vont cesser d'intervenir en cours de route. La lecture de Benoit Marchand se veut solennelle, poignante et implacable. Sur un ton âpre, parfois braillard, le comédien ne nous épargne pas et nous fait basculer dans un univers de démence et de noirceur. Le dénouement de cette histoire est, d'ailleurs, assez bluffant. Le final est grandiose !

Kaïken, par Jean-Christophe Grangé
Audiolib / Albin Michel, 2012
Texte intégral lu par Benoit Marchand (durée d'écoute : 14 heures)

11/04/13

"A New York, on ne fait jamais attention aux autres."

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Ethan Muller est à la tête d'une galerie d'art à Manhattan, où il tente d'asseoir sa réputation, autrement qu'en étant le fils héritier d'un magnat de l'immobilier. Son destin bascule dès lors qu'il découvre, dans un appartement délabré situé dans le Queens, une collection de tableaux exceptionnels, qui deviendra la plus grande œuvre d'art de la saison. Victor Cracke, l'artiste en question, a en fait dessiné sur une multitude de feuilles en papier un décor torturé, constitué sous forme de puzzle, où se mêlent également des portraits d'enfants. Et c'est là que tout bascule, car Ethan va recevoir le coup de fil d'un flic à la retraite, désormais un vieil homme maladif, obsédé par des crimes non résolus perpétrés par un pédophile, et dont les victimes sont représentées dans l'œuvre de Cracke ! Ce dernier a mystérieusement disparu. Il devient donc urgent de le retrouver pour l'interroger. Avec l'aide de Samantha McGrath, la fille de l'enquêteur, qui est elle-même procureur, Ethan se lance sur une piste aux allures folles et désespérées. A ceci, s'ajoutent des interludes dont on ne capte pas la portée sur le moment, si ce n'est qu'il s'agit bien de l'histoire familiale des Muller.

Bref, je dois avouer que je suis sortie de ma lecture quelque peu déconfite. En gros, j'ai été déçue. J'en attendais clairement davantage, mais le résultat m'a souvent semblé bavard, assez vide et moyennement pertinent. Le narrateur, de plus, est un type abject, ou disons qu'il m'insupportait assez vite, donc ça n'a pas facilité la poursuite des opérations. Le tort de l'éditeur aura été, probablement, de ranger ce livre en tant que thriller, je trouve que c'est surestimé car l'ensemble relève plutôt du roman noir et poisseux. Le milieu de l'art est judicieusement exploité, même s'il ne m'a pas semblé follement glamour non plus. Cela reste un roman qui se lit, avec une intrigue sordide, accablé toutefois par du blabla insipide. Il y a du bon et du moins bon, en somme.

Les visages, par Jesse Kellerman
Audiolib, 2010 /  Points, 2011 - traduit par Julie Sibony pour les éditions Sonatine
Texte intégral lu par Hervé Bernard Omnès (durée : 14 h 06)

08/04/13

"Trouvez l'amour, Marcus. L'amour donne du sens à la vie."

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Cet épais roman de 630 pages représente en version audio pas moins de 21 heures d'écoute ! Ooooh, encore un exploit ! Mais heureusement, l'histoire est prenante, habilement construite, basée sur le judicieux principe de gober tous les propos du narrateur, qui nous force à emprunter une multitude d'impasses, avant de rebrousser chemin et d'arriver vers une issue, pour le moins, triste et amère. Globalement j'avoue que ce roman a su me prendre dans ses filets, même si l'histoire n'est peut-être pas exceptionnelle, elle est vraiment bien ficelée.

Cela commence sur l'arrestation de Harry Quebert, un écrivain qui doit sa renommée à la publication d'un roman à succès. Le corps d'une adolescente de quinze ans a été retrouvé dans son jardin, il s'agit de la jeune Nola Kellergan, disparue depuis une trentaine d'années, avec laquelle il aurait entretenu une liaison. Quel scandale ! Aussitôt, Marcus Goldman débarque dans la petite ville d'Aurora, dans le New Hampshire, et jure de prouver l'innocence de son maître et ami.

Mais quelle enquête ! que de révélations ! que de secrets enfouis ! Les tentatives d'intimidation vont également sortir leur museau, la population d'Aurora va se terrer sur elle-même, suspicieuse et songeuse. Tout le monde devient potentiellement coupable, peu à peu les langues se délient, et on replonge dans le passé, revivant les faits, les souvenirs, les supputations... C'est particulièrement retors et diabolique. Même les victimes deviennent des bourreaux, on a vite le tournis, à force d'être baladé entre le vrai et le faux.

A côté de cette sombre affaire, on découvre également les dessous de l'édition, le vedettariat, la panne d'écriture, la construction d'un livre selon 31 règles. Tout ça est foncièrement passionnant, cela participe au mouvement. Par contre, c'est assez long aussi, avec une pelletée de clichés (comme celui concernant la mère de Marcus) et une succession de rebondissements qui risque fort de lasser le lecteur. C'est le pari du schéma à rallonges, un projet ambitieux et plutôt réussi, avouons-le. J'ai ainsi plongé avec le plaisir de me perdre dans cette histoire-fleuve, bardée de retentissements, et je n'ai pas vu le temps passer. Et puis cela reste une lecture de pur divertissement, donc je ne regrette rien. La version Audiolib est encore une fois de qualité impeccable.

La vérité sur l'Affaire Harry Quebert, par Joël Dicker
éditions de Fallois, 2012 / Audiolib, 2013
Texte intégral lu par Thibault de Montalembert (durée : 21 h 15)

29/03/13

Qu'était devenue ma cité médiévale, son charme pittoresque, ses allées sombres et tortueuses ?

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Cela faisait trop longtemps que je repoussais le moment de lire Rose, je ne m'explique pas pourquoi, car tout de suite, dès les premières notes au son de la voix de Nathalie Hons (également la voix d'Aibileen dans La couleur des sentiments), j'ai été captivée par cette histoire.

Nous sommes au cœur de Paris, sous le Second Empire. Un certain baron a décidé de moderniser les petites rues de la capitale, en rasant des quartiers entiers, ce qui forcément suscite la grogne des habitants. Dans la rue Childebert, nous découvrons Rose Bazelet, une veuve d'une soixantaine d'années, qui est farouchement attachée à sa maison et à ses souvenirs. La plupart de ses voisins vont se résoudre à partir, seule Rose va résister et se cacher dans la cave, avec la complicité d'un chiffonnier. Dans l'attente de la destruction de sa demeure, Rose écrit son journal et nous raconte l'histoire de sa maison, inévitablement attachée à celle de sa vie.

Rose écrit à son époux, Armand, un homme bon et amoureux, frappé trop tôt par la maladie. Elle revoit leur rencontre et leur félicité conjugale, la naissance de leurs enfants, puis la déchéance et la mort. Elle raconte aussi comment elle a pu survivre à son deuil, notamment grâce à sa passion dévorante pour la lecture et son amitié avec Alexandrine Walker, une jeune fleuriste.

J'ai, très sincèrement, aimé cette histoire pleine d'élégance et nimbée d'un charme délicatement suranné. J'ai eu le sentiment d'être littéralement transportée à cette époque, de partager cette petite vie pimpante de la rue Childebert. La plume de Rose est douce, pudique et sensible. C'est un bonheur d'écouter une telle histoire. Seul le secret, qu'elle nous dévoile sur la fin, me laisse quelque peu perplexe. Cette anecdote m'est apparue sordide au cœur de cette lecture qui était pour moi simple, mais sophistiquée. Un léger bémol qui n'enlève strictement en rien tout le bien que j'ai pensé de ce très beau roman !

Rose, par Tatiana de Rosnay
éditions Héloïse d'Ormesson / Audiolib, 2011 - traduit par Raymond Clarinard
Texte intégral lu par Nathalie Hons (durée d'écoute : 4 h 55)

"... en tant que lecteur, il faut faire confiance à l'auteur, au poète. Ils savent comment s'y prendre pour nous extirper de notre vie ordinaire et nous envoyer tanguer dans un autre monde dont nous n'avions même pas soupçonné l'existence."