05/03/18

Élisabeth Princesse à Versailles 1. Le Secret de l'automate - 2. Le Cadeau de la reine, d'Annie Jay

Elisabeth princesse à VersaillesCette charmante série, découverte depuis 2015, connaît un joli succès en librairie, avec ses 10 titres en rayon et ses emballages délicieusement poudrés. Audiolib s'empare à son tour du phénomène en éditant les deux premiers tomes réunis sous le même format, à écouter en moins de 3 heures, grâce à l'interprétation élégante et enjouée de Charline Paul.

Dans le courant des années 1770, l'éducation des princesses, Élisabeth et Clotilde, est confiée à Madame de Mackau, une sous-gouvernante chargée de canaliser le tempérament capricieux et indiscipliné de la cadette. Vexée de passer pour une idiote, Élisabeth accepte de rentrer dans le rang mais refuse de se séparer de sa nouvelle camarade, Angélique. En plus d'avoir tissé une amitié sincère, toutes deux se passionnent pour les énigmes. Elles viennent en effet de trouver un billet caché dans un automate, avec un message codé qu'elles doivent déchiffrer pour poursuivre leur enquête. De Versailles à Choisy, les copines parcourent les jardins, les salons et autres recoins secrets du château, sans jamais sacrifier leurs leçons et autres devoirs d'usage liés au rang de la princesse et sa demoiselle de compagnie. Au fil de leurs aventures, elles vont s'attacher l'aide non moins précieuse du jeune page, Théophile de Villebois, et du fringant apprenti valet, Colin.

En somme, cette lecture déborde de grâce et de fraîcheur. Annie Jay excelle dans le registre des séries historiques, avec une écriture intelligente et soucieuse du détail, elle nous fait voyager dans le temps et entrouve avec discrétion des portes habituellement fermées. On croise ainsi la famille royale dans son quotidien, on découvre les us et coutumes de la Cour de Versailles, avec son étiquette corsetée mais enjolivée exprès pour un auditoire (dès 8 ans) fasciné par le faste et le tralala. Ici, les princesses sont exubérantes et bousculent les traditions, toujours partantes pour vivre des intrigues pleines de mystère et d'audace. C'est adorable et pimpant ! J'ai vraiment passé 3 heures d'écoute agréable, avec juste une pointe de naïveté qui compose savamment le récit. C'est à déguster sans réserve !

©2015 Albin Michel Jeunesse (P)2018 Audiolib

Texte lu par Charline Paul. Durée: 2h 50 env.

La série est illustrée par Ariane Delrieu.

 


26/02/18

On la trouvait plutôt jolie, de Michel Bussi

On la trouvait plutot jolie

Dans son petit HLM à Port-de-Bouc, près de Marseille, Leyli Maal élève seule ses trois gosses - Bamby, Alpha et Tidiane - et tient à une cohésion familiale envers et contre tout. Comme l'obligation de prendre ensemble le repas du soir, à heure fixe. Mais les aléas du quotidien rendent parfois les promesses difficiles à tenir, car l'une part en quête de ses origines, l'autre se lance dans le business et le petit dernier de dix ans défend son rituel de la lecture avant le coucher. La belle Leyli mène plusieurs combats de front et rêve du jour où elle pourra enfin poser les armes (trouver un grand appartement, un job sous CDI, de la confiance, de l'amour, du bonheur). C'est auprès de son voisin, Guy, qui affiche sans honte son aversion pour “l'exotisme”, ou Ruben, son nouveau patron déjanté, qu'elle confie son histoire, depuis son enfance à Segou, un petit village près de Bamako, sa brusque cécité, son choix de l'exil et sa rencontre avec une association chargée de venir en aide aux migrants...

Se dresse ainsi un long parcours chaotique, interrompu à plusieurs reprises par l'avancée d'une enquête policière (un type est assassiné dans une chambre d'hôtel, puis un deuxième et ainsi de suite). L'histoire frise parfois la profession de foi, avec une Leyli qui évoque son itinéraire douloureux et son espoir en une vie meilleure. On passe facilement en revue toutes les vicissitudes du système, les flux migratoires, les dérapages politiques, les dénonciations voilées et la misère humaine comme bouc émissaire. J'entends tout ça, mais je ne suis pas emballée, c'est trop lisse et bien-pensant, ancré dans un registre trop d'actualité. L'histoire de Leyli est touchante, les personnages aussi sont attachants, mais disons que la sauce ne prend pas. La lecture est loin d'être aussi captivante que les autres romans de Michel Bussi déjà lus. J'ai été moins tenue en haleine, et même si je n'ai pas vu venir le fameux “twist”, je n'ai pas non plus été abasourdie !

Un rendez-vous de routine, pas mal en attendant mieux la prochaine fois. ☺

 

©2017 Michel Bussi / Presses de la Cité (P)2017 Audiolib

Texte lu par Marie Bouvier. Durée : env. 14 h.

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22/02/18

Couleurs de l'incendie, de Pierre Lemaitre

couleurs de l'incendieAvoir lu ou non Au revoir là-haut n'est finalement pas si crucial pour la bonne compréhension de ce roman - contrairement à ce que j'avais imaginé. On retrouve, certes, la famille Péricourt mais l'histoire s'attache à Madeleine, fille de Marcel. Le roman commence en février 1927, par des obsèques affreusement pompeuses, lesquelles sont perturbées par la chute tragique du jeune Paul, depuis le deuxième étage de la maison. Comment, pourquoi ? La foule horrifiée voit l'enfant conduit en urgence à l'hôpital, où sa mère apprend qu'il est miraculé mais paraplégique. L'annonce est brutale, le choc traumatisant. Leur quotidien est alors mis sens dessus dessous - Madeleine se décarcasse pour le confort de son fils, elle recrute une aide-ménagère polonaise (l'exubérante Vladi) et confie ses affaires courantes à l'avocat de la famille, Gustave Joubert. Sa confiance aveugle sera néanmoins trompée. Sans rien voir venir, Madeleine va être dupée et roulée dans la farine par ses plus proches confidents.

Et quelle prouesse ! Pour moi, ce roman s'inscrit dans la lignée des grands romans populaires, façon Balzac, Dumas et Zola. On découvre en effet un récit captivant et flamboyant, une sinistre comédie humaine ancrée dans son époque (on jurerait que Lemaitre a voyagé dans le temps pour s'imprégner des lieux, de l'ambiance, des codes romanesques en vigueur). Clairement, c'est une réussite sur ce plan. Après, l'histoire nous happe, nous attire dans ses filets et on se laisse porter par le fil narratif. On assiste ainsi au naufrage, on découvre la mascarade, on encaisse les revers de fortune et les illusions perdues, tout ça sans broncher. On ressent une profonde empathie pour Madeleine, on la juge trop sentimentale puis on applaudit son courage et sa force. En digne Péricourt, elle ne va pas rendre les armes mais va puiser dans l'humiliation infligée pour faire sa propre justice. Sa vengeance se tisse alors dans les règles de l'art, mitonnée aux petits oignons, ourdie en douce et élaborée avec patience. Ah, il y a de l'Edmond Dantès chez cette Madeleine ! Vraiment, on se régale. Moi qui avais conservé un souvenir flou et en demi-teinte du précédent Au revoir là-haut, j'ai été agréablement surprise par Couleurs de l'incendie qui a su me tenir en haleine pendant près de 14 heures ! 

La lecture faite par l'auteur lui-même est, de plus, tout à fait remarquable. J'avais déjà noté combien il excellait dans cet exercice, cf. Au revoir là-haut, et ai donc apprécié qu'il renouvelle l'exploit avec cet opus. L'auteur vit littéralement son récit, il module les intonations, connaît ses personnages, joue avec le lecteur. C'est une vraie pièce de théâtre qui se déroule dans nos oreilles, et on reste auditeur fasciné de bout en bout. Ce n'est pas donné à tout le monde de réussir pareille prouesse (certains sont de piètres lecteurs, en gros il ne suffit pas d'avoir écrit le livre pour s'improviser lecteur et transmettre au mieux ses émotions). Pierre Lemaitre figure parmi les exceptions - j'ai beaucoup aimé l'écouter ! L'effet immersif est, de plus, indéniable. 

Excellente pioche, donc. Une lecture pleinement enthousiasmante sous tous les formats. À conseiller. ☺


Avec la participation de Zygmunt Miloszewski pour les mots lus en polonais.

©2018 Éditions Albin Michel (P)2017 Audiolib

 

Sélection du #ClubAudible Février 2018

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19/02/18

Origine, de Dan Brown & lu par François d'Aubigny

origine dan brownInvité à participer à la grande conférence donnée par Edmond Kirsch, son ancien élève devenu un éminent futurologue, le professeur Robert Langdon débarque au musée Guggenheim de Bilbao, où règne une véritable effervescence, chacun débattant avec excitation sur les révélations promises. Ce soir-là, pourtant, la cérémonie tourne en eau de boudin. Kirsch est assassiné sur scène. Langdon est aux premières loges. C'est la panique générale. Comme toujours, notre ami Robert prend la situation en charge et s'isole avec Ambra Vidal, la directrice du musée, proche amie d'Edmond et récemment fiancée au prince héritier. Tous deux vont alors partir en croisade et mener le projet d'Edmond Kirsch jusqu'au bout, même si cette initiative n'est pas au goût de tous, entre l'église, le palais royal, les adeptes du complot et un ancien amiral recruté pour la sale besogne... Bref, Robert et Ambra sont lancés sur une piste parsemée d'embûches et suivent à l'aveugle les conseils avisés de Winston, une intelligence artificielle créée par Kirsch et dédiée à le suppléer.

Quand je pense à Dan Brown, j'imagine toujours une histoire pleine de péripéties et de rebondissements extraordinaires, une lecture vouée à la distraction et puis basta. Avec “Origine”, étonnamment, le rythme est plus mou et l'intrigue diluée. Il faut dire aussi que l'action se concentre sur 24 heures et se déroule intra-muros, d'où cette sensation de calme plat. Même les révélations finales, qu'on se languissait de découvrir, ont un effet de gaz éventé. Tout est vu, revu et convenu. On a pourtant les mêmes schémas narratifs, les sempiternels spectres complotistes, le super Robert en charmante compagnie, l'Église déterminée à préserver ses mystères, sans oublier les concepts arbitraires et les idées exubérantes sur l'humanité... Tout paraît si familier, sans doute trop, car la lecture m'a semblé ordinaire.

Aucune déception quant au format audio et ce, grâce au lecteur. Non mais quelle classe, ce François d'Aubigny ! Dès les premières notes, j'ai eu un instant de flottement car j'ai aussitôt pensé à Nicolas Le Floch (série de Jean-François Parot) dont il est aussi le lecteur récurrent. J'aime beaucoup sa voix grave, aux intonations nobles, avec beaucoup de caractère et de prestance. Cela me donne envie de replonger dans un JF Parot ! ☺

©2017 Éditions Jean-Claude Lattès. Traduction française par Dominique Defert et Carole Delporte.

(P)2017 Audiolib. Texte lu par François d'Aubigny. Durée : 15h env.

 

16/02/18

Quand sort la recluse, de Fred Vargas

Quand sort la recluseExilé sur les terres volcaniques islandaises, Adamsberg est pourtant rappelé en catastrophe à Paris où ses lumières sont attendues pour une énième affaire insoluble - une femme écrasée par un 4x4 et un amant qui clame son innocence malgré les invectives du mari. Jean-Baptiste soupire de dépit, mais a conscience que le mal-être au sein de son équipe est plus insidieux et va se confirmer autour d'une autre affaire, celle de la recluse, une araignée vengeresse qui assassinerait à tour de bras sans inquiéter police ou justice. Danglard proteste et entre en sécession. Le 36 retient son souffle. Fidèle à lui-même, Adamsberg trace sa route... Direction Nîmes où une petite bonne femme devient sa complice pour le guider dans cet embrouillamini de drames surgis du passé, sur fond de femmes emmurées vivantes et de passion arachnéenne. Tout un programme. 

J'ai retrouvé dans ce roman les dispositifs habituels de Fred Vargas, à savoir sa petite musique, ses personnages qu'elle affectionne tant, ses lubies, sa poésie, sa maîtrise du sujet et son air de ne-pas-y-toucher. D'où le sentiment d'être en territoire conquis et familier. Et j'aime ça. Qu'importe si j'ai flairé la manœuvre et deviné le dénouement avant l'heure... Cela se lit et s'écoute avec grand plaisir ! Thierry Janssen est une valeur sûre. Il endosse le rôle d'un Adamsberg plus capricieux et décidé que jamais, lancé sur ses sentiers perdus sans cavalerie autour. Le temps passe et notre Jean-Baptiste s'assagit auprès des femmes, est attentif aux siens mais reste pataud à déployer tout ça. 

C'était un rendez-vous incontournable, peu surprenant, mais inévitable. Je ne m'en lasse pas. Et rien que pour la rencontre entre le mutique Évangéliste et la Déesse Rétancourt, cela valait clairement le détour. ☺

©2017 Fred Vargas et Flammarion / Audiolib (P)2017 Audiolib

Texte lu par Thierry Janssen ; durée : env. 12 h

Figure parmi les dix titres sélectionnés pour le Prix Audiolib 2018 !

 

 

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05/02/18

Miss Peregrine #3: La Bibliothèque des âmes, de Ransom Riggs

Miss Peregrine la bibliotheque des amesAinsi se termine la série de Ransom Riggs, Miss Peregrine et les enfants particuliers...

Après l'épisode Hollow City, dans lequel Jacob et Emma tombaient de haut en pensant sauver leur Ombrune et découvraient en fin de compte une énorme supercherie, l'aventure reprend dans le Londres d'aujourd'hui, le long de la Tamise. Les enfants font la connaissance de Sharon, un énigmatique batelier qui accepte contre rémunération de leur faire traverser le fleuve. Nos jeunes amis vont pénétrer, non sans risque, dans l'Arpent du Diable, un lieu mal famé et hanté par des Estres. Ils y font une autre rencontre décisive, Myron Bentham, un ancien ami du grand-père de Jacob, qui va tout leur dévoiler de l'origine des particuliers et des dérives engendrées.

Pour avoir ressenti un soupçon d'ennui à la lecture du deuxième tome, j'avais quelques craintes avant de me lancer dans ce dernier volume, plus gros, plus conséquent. Mais la lecture a été une évasion riche en sensations. Une franche réussite. J'ai repris goût avec l'univers cryptique et singulier qui avait tant su me séduire au tout début. Cette fois, le suspense se déploie et l'action ne manque pas. On se passionne pour le sort des enfants particuliers kidnappés, pour les ignobles ruses et autres combines pour pomper leurs âmes, pour le mystère Bentham et pour Miss Peregrine, dont les secrets de famille viennent bouleverser le cours de l'histoire. Accrochés à Jacob et Emma, nous sommes entraînés au cœur du danger et assistons aux premières loges à des scènes de combats mémorables. 

Au final, la lecture se vit avec panache et émotion ! C'est fascinant et en même temps remarquable. Esthétiquement, les romans sont de toute beauté. Le format audio propose en compensation une interprétation dynamique et vibrante de Benjamin Jungers. Certes, il se joue de nous avec des intonations de voix exagérées mais donne surtout l'illusion d'une lecture qui file comme le vent. Légère, aérienne, merveilleuse et bizarre. La série se clôt avec brio, me laissant aussi un très bon souvenir.

©2015/2016 Ransom Riggs / Bayard Éditions, pour la traduction française

(P)2017 Audiolib. Lu par : Benjamin Jungers (durée  11h 40 env.)

02/02/18

L'Épreuve #3: Le remède mortel, de James Dashner & lu par Adrien Larmande

Suite et fin de la série de James Dashner, après Le Labyrinthe & La terre brûlée.

le remede mortel l'epreuve

Ce dernier tome, mené tambour battant, nous montre un Thomas en perte de repères - il ne fait plus confiance à Wicked, se sent trahi par Teresa, a été séparé de ses camarades et sent la mémoire lui revenir... à son grand dam, car ses résurgences lui donnent des sueurs froides. En conséquence de quoi, Thomas refuse de participer davantage à la mascarade mise en scène depuis le tout début par l'Organisation (il a triomphé du labyrinthe, survécu à la terre brûlée), or son statut d'immunisé fait également de lui une proie aux yeux des habitants de la ville ravagée par la braise (ce mal qui vous ronge à vous rendre fou). Jusqu'au bout, Wicked s'est joué de ses cobayes en enchaînant les épreuves et les tests. Cette fois, c'en est trop. Thomas ne veut plus s'y soustraire et entre en rébellion contre des forces invisibles.

En quelques 8 heures de lecture, le roman de James Dashner a pour lui de communiquer une sensation de transe et de nous embarquer séance tenante dans un monde en sursis, où chacun se démène comme un beau diable. L'action prédomine, en une succession de péripéties limite abrutissantes et foutraques. Sûr que ça piétine, ça traîne, ça use et ça embrouille pas mal. Mais cela m'a bien plu ! Au-delà des détails confus, il y a surtout un vrai potentiel addictif et une volonté de porter une histoire qui tienne debout. C'est donc tout naturellement que j'ai suivi les tours et détours pris par Thomas pour sauver ses amis, quitte à emprunter des voies impénétrables, ahem. Bon point pour le sprint final - sans pester sur les non-réponses déguisées sous des propos sibyllins. Après tout, l'auteur a depuis fait paraître une série prequel qui se déroule “avant le labyrinthe” et qui semble avoir comblé quelques lacunes. 

Audiolib a de nouveau fait un choix stratégique en confiant la lecture à Adrien Larmande, qui double également l'acteur Dylan O'Brien au cinéma. Le jeune public se trouve ainsi en territoire familier et peut prolonger le plaisir du film de Wes Ball à travers une version audio qui procure les mêmes sensations fortes.  Une série tout à fait correcte & qui conforte sa position de divertissement simple et efficace ! 

©2011 / 2014 James Dashner / Éditions Pocket Jeunesse.  Traduction française de Guillaume Fournier.

(P)2017 Audiolib. Texte lu par Adrien Larmande. Durée : 8h 20

 

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26/01/18

La Femme de l'ombre (Trilogie des ombres 2), par Arnaldur Indridason

La femme de l'ombreAlors qu'elle est sans nouvelles de son compagnon, une jeune femme quitte à regret le Danemark en guerre en montant à bord de l'Esja pour rentrer en Islande. Elle croise par hasard son ancien amant et apprend avec horreur que son fiancé est entre les mains des allemands. Au cours de ce voyage mouvementé, elle découvre aussi qu'un homme a fait une chute mortelle... peu après avoir prétendu être en mesure d'apporter des informations utiles sur la résistance et l'origine de l'arrestation du fiancé. Dès leur arrivée au pays, le frère du disparu va s'entêter à démasquer ce qui semble, à ses yeux, un crime crapuleux.

À Reykjavik, le tandem Flovent & Thorson fait face à plusieurs casse-tête - identifier la dépouille d'un jeune garçon battu à mort et jeté non loin d'un bar fréquenté par les soldats des troupes alliées, mais aussi rechercher une cliente mystérieusement disparue... Le souci majeur pour les enquêteurs revient surtout à marcher sur les plates-bandes des militaires, car l'entreprise va s'avérer délicate et houleuse. Ceci met toutefois en exergue la douloureuse cohabitation vécue comme une intrusion pour les locaux, même si certains en tirent profit pour s'enrichir ou s'évader en attendant des jours meilleurs.

Au final, on a une lecture structurée et hyper conformiste - c'est bien, mais peu surprenant. J'ai surtout eu le sentiment de me retrouver dans le prolongement du premier (Dans l'ombre). La conduite des intrigues criminelles est correcte, l'ambiance est toujours aussi dépouillée, le contexte de la guerre évoqué de loin en loin, les relations politiques sont tendues, et on tourne toujours autour du thème de la disparition (rappel à Erlendur). Par contre, calme plat sur les personnages. Il n'y a strictement aucune évolution, aucune épaisseur.  Rien, du vent. Je m'attendais à ce qu'ils tombent le masque, qu'ils sortent des clous, qu'ils entrouvent une petite porte... Que nenni. On stagne.

Suite aux promesses vendues, je trouve qu'on bute sur la marche avec ce deuxième tome. La série apparaît un peu fade, même si elle n'est pas déplaisante à lire. Je regrette aussi que Philippe Résimont donne à certains personnages des voix ridicules et caricaturales (Thorson, en premier). Et comme d'habitude, les personnages féminins sont loupés. Je prends néanmoins rendez-vous avec le prochain et dernier tome (Passage des ombres) à paraître dans le courant de l'année. 

 

© Éditions Métailié, Paris. Traduit par Eric Boury.  (P)2017 Audiolib.

Lu par Philippe Résimont. Durée : 9 h env.

 

Le Tome 1 est repris en poche chez Points : parution 8 février 2018

24/01/18

Le jour d'avant, de Sorj Chalandon

le jour d'avantUn matin de décembre 1974, deux jours après Noël, 42 mineurs trouvent la mort dans la fosse 3bis de Liévin. Toute une région est sous le choc, d'autant plus révoltée que la catastrophe aurait pu être évitée. La famille Flavent aussi est frappée de plein fouet par le drame - le fils aîné, Joseph, un jeune mineur, a été grièvement blessé avant de décéder sur son lit d'hôpital dans l'indifférence générale. Le père est brisé et met fin à ses jours. La ferme et les terres sont bradées. Le fils cadet, Michel, quitte le bassin minier pour y revenir quarante ans plus tard, avec en poche une lettre testamentaire : « venge-nous de la mine ».

Premier constat après lecture : voilà un roman bouleversant, qui ne dit pas tout et qui nous prend au dépourvu. Son histoire de famille traumatisée nous happe dès les premières pages. De suite, on plonge dans une enquête et une soif de vengeance aux côtés d'un  homme marqué par son passé. L'ambiance mortifère, le décor grisâtre, le caractère taiseux de Michel Flavent, tout est ancré dans une réalité sinistre et une volonté farouche de ne jamais se complaire des solutions faciles. L'écriture est sèche, exempte de toute affection. Le roman remue de vieux souvenirs et évoque les “gueules noires” en tant que héros sacrifiés. C'est assez lourd et néanmoins intense.

Mais la lecture est encore plus riche, plus poignante, une nouvelle lame de fond surgit, soudaine et violente... Un véritable coup de massue. J'avoue être restée sur le carreau au tournant, complètement sonnée. Dès lors, c'est une histoire encore plus complexe et déchirante qui se dévoile... mais d'où l'on extirpe toujours les mêmes spectres, les vieilles angoisses et les plaies béantes. C'est Sorj Chalandon lui-même qui m'avait donné envie de lire son roman, lors d'une interview entendue à la radio. Et j'avais biché son évocation (famille, non-dits, culpabilité et remords) sans me douter du chemin qu'il allait emprunter. C'est un vrai tour de force. Une écoute captivante - texte lu par Stéphane Boucher, avec une grande sobriété - et un contexte “Germinal” beaucoup moins oppressant et pourtant nécessaire à la portée de l'intrigue. Une lecture comme une onde de choc qui n'en finit plus de se propager. 

Très bon roman !

 

©2017 Éditions Grasset & Fasquelle (P)2017 Audiolib

Lu par Stéphane Boucher. Durée : env. 8h

Figure parmi les dix titres sélectionnés pour le Prix Audiolib 2018 !

 

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05/01/18

Miss Peregrine et les enfants particuliers #2: Hollow City, de Ransom Riggs

Miss Peregrine Hollow City** SPOILERS INSIDE ** Fait suite au tome 1 de la série Miss Peregrine. Et donc...

Après la violente attaque contre l'île de Cairnholm, où vivaient Miss Peregrine et les enfants particuliers dans leur boucle temporelle, l'Ombrune est piégée sous la forme d'un oiseau. Si Jacob et ses camarades souhaitent la libérer, ils n'ont pas d'autre choix que de se rendre à Londres pour y retrouver une certaine Miss Wren. Égarés dans un monde en pleine déroute, les enfants doivent se protéger des bombardements, déjouer les pièges de leurs ennemis et accorder leur confiance aux rencontres de passage (des chiens savants, une ménagerie fantastique, des gitans, des fillettes planquées dans des ruines). Un périple insolite et fastidieux, mais d'une lenteur parfois exaspérante.

Cette lecture m'inspire finalement des sentiments partagés - elle est à la fois étrange et captivante, et néanmoins décevante en raison des longueurs inutiles dans le récit. J'aime par-dessous tout son univers et son originalité, mais j'avais la sensation d'en avoir fait le tour car l'auteur ne nous embarque pas plus loin et lance ses personnages dans une quête lente et banale, sans puiser davantage dans le contexte. Livre audio oblige, toute la richesse esthétique de l'ouvrage est rendue inexistante - un bon point perdu. Cette mise à nu nous met aussi face à une intrigue simple et délayée. Bref. C'est frustrant, car il ne se passe pas grand-chose pendant les 3/4 du roman. Et quand je pensais les carottes cuites, soudain le dénouement ravive la flamme et prend une tournure surprenante et réussie ! Bien fait pour moi. ☺ La prochaine parution du troisième épisode - courant janvier 2018, chez Audiolib - est donc une véritable aubaine pour retrouver Jacob, Emma, Bronwyn, Horace et même Enoch dans la fin de leurs aventures extraordinaires.

©2014 Ransom Riggs / Traduction française : Sidonie Van den Dries pour Bayard Éditions

(P)2017 Audiolib. Texte lu par Benjamin Jungers. Durée : 10h 20

 

 

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