29/11/17

La tresse, par Laëtitia Colombani

la tresseC'est parce que j'ai beaucoup vu ce roman sur Instagram que j'ai été piquée de curiosité pour le lire. Comme toujours, j'ai opté pour le format audio, qui s'emboîte parfaitement avec ma façon de vivre ces dernières semaines. 
L'histoire du roman est assez simple : on suit trois femmes, dans trois pays, dont la destinée est inextricablement liée. En Inde, Smita rêve d'envoyer sa fille à l'école pour qu'elle apprenne à lire et écrire, mais se heurte au poids des castes et des traditions. En Sicile, Giulia reprend les affaires de son père, qui tenait un petit atelier de traitement de cheveux, mais les caisses sont vides et l'avenir compromis. Au Canada, une avocate carriériste, Sarah, voit soudain sa vie se mettre entre parenthèses en apprenant qu'elle est atteinte d'un cancer.
Ces trois parcours de vie sont tous plus attachants et passionnants les uns que les autres. J'ai écouté avec intérêt les conditions de vie, les sacrifices, les doutes, les espoirs naître, disparaître, gonfler, s'éclipser par alternance. 
C'est un roman a priori ordinaire, assez court - il s'écoute en moins de 5 heures - mais c'est un roman authentique et engagé. Son impact émotionnel est tout sauf dérisoire. Il y a de la force, de la sensibilité, de l'intelligence dans cette lecture. C'est remarquable. J'ai apprécié chaque point de construction du récit, qui se tisse à la façon d'une tresse, avec application et adresse. J'ai aimé aussi prendre mon temps pour connaître chaque personnage, pour me familiariser avec leur environnement, pour entrer en empathie avec leur parcours et les suivre face aux adversités.
Généralement méfiante à l'égard des buzz littéraires, j'ai trouvé que celui-ci mettait, à juste titre, en valeur un roman touchant, mais pas larmoyant, qui parle des femmes et des combats à mener à travers le monde. On brasse ainsi un patchwork d'émotions, de cultures, de coutumes, de croyances, de rêves et d'ambitions. À sa façon, simple et pudique, le roman réussit un joli tour de passe-passe en nous embarquant du début à la fin dans cette histoire de tresse, véritable trait d'union entre ces trois femmes, liées également par le courage, le désir de liberté et l'abnégation. Très, très bon ! 

Grande justesse dans l'interprétation de Rebecca Marder et Estelle Vincent. L'auteur également lit les interludes avant de répondre à un entretien avec l'équipe Audiolib. Un format toujours judicieux et une prestation réussie.

©2017 Éditions Grasset & Fasquelle (P)2017 Audiolib

Lu par : Laëtitia ColombaniRebecca MarderEstelle Vincent

Durée: env. 5 heures

NB : Figure parmi les dix titres sélectionnés pour le Prix Audiolib 2018 !

 

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27/11/17

Everything, everything, de Nicola Yoon & lu par Nastassja Girard

everything everything

Maddie est atteinte d'une maladie rare - système immunitaire défaillant, syndrome de l'enfant bulle - ce qui la contraint à vivre cloîtrée chez elle, entourée de mille précautions. Âgée de dix-huit ans, la jeune fille n'a connu que les murs blancs de sa chambre et la vie dans les romans. Ses seules amies sont sa mère médecin et son infirmière, Carla. Puis débarque Olly, dans la maison voisine. Avec ses vêtements noirs, ses cheveux fous, son allure de saltimbanque qui gigote partout, il attire l'attention de Maddie qui le fixe derrière sa fenêtre. Lui aussi finit par la remarquer et toque chez elle armé d'un kouglof. Commence peu à peu une étonnante relation, entre pudeur et curiosité, méfiance et compassion, attirance et émotion. 
Pour avoir déjà été lu au printemps dernier, le roman n'offrait plus le même effet de surprise mais a su me toucher envers et contre tout, car l'histoire est clairement adorable, douce et attachante. Dès lors qu'on se familiarise avec l'univers de Maddie, on pénètre son intimité et on partage ses échanges avec son voisin. Toute cette période d'apprivoisement est délicieuse et on suit avec bonheur les petits messages échangés en cachette sur internet, et avec eux, les premiers émois et les papillons qui explosent dans le ventre. On retrouve auprès de Maddie toute la joliesse d'une idylle naissante, sa fraîcheur et sa candeur, et c'est exquis.
Mais tout n'est pas simple non plus, car Maddie souffre d'une maladie grave et prend conscience de mener une existence plate, privée de liberté et couvée par une maman omniprésente. Là, j'étais tiraillée entre le désir de l'adolescente qui rêve de crever sa bulle, tout en veillant à ne pas décevoir sa maman, et justement le dilemme de celle-ci, angoissée de perdre son enfant, quitte à l'étouffer. L'histoire laisse ainsi apparaître des failles dans cette belle relation mère-fille, entre le dévouement de l'une et la tentation de nouvelles expériences de l'autre, le sas de sécurité est prêt à exploser ! 
J'ai donc apprécié différemment cette relecture, en y retrouvant toutes les sensations grisantes de la première fois, mais en savourant autrement la perspective d'une histoire racontée en toute simplicité et avec une touche de magie. Comme souvent, chez Audiolib, c'est la comédienne qui double en français l'actrice du film (Amandla Stenberg) qui est également choisie pour enregistrer le roman. Nastassja Girard, en l'occurrence, propose une interprétation subtile et sensible du récit, ce qui rend l'écoute très agréable. 
Une bonne pioche / découverte / relecture / révélation... au choix !  

(P)2017 Audiolib. Texte lu par Nastassja Girard (durée d'écoute : 5h 37)

©2016 Bayard Éditions. Trad. française : Eric Chevreau 

 

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Songe à la douceur, de Clémentine Beauvais & lu par Rachel Arditi

songe à la douceurQuand Tatiana, quatorze ans, rencontre le meilleur ami du petit copain de sa sœur, elle tombe immédiatement sous le charme. Eugène a dix-sept ans et incarne le dandy romantique par excellence, avec ses lubies, ses exigences, ses rêves et ses idéaux. Tatiana lui adresse une déclaration enflammée, mais Eugène la repousse. Dix ans vont passer quand les jeunes gens se recroisent par hasard. La jeune fille est troublée, alors que son ancien soupirant se surprend à éprouver du regret et une obsession maladive pour elle.
Croisant ainsi passé et présent, le roman tisse sa toile autour d'une histoire d'amour absolu et de rendez-vous manqué. Le début est captivant, car inattendu et drôle malgré lui, puis la narration nous embarque franchement pour un voyage au long cours, explorant les arcanes de l'amour passionnel, les silences et les non-dits au fil du temps, révélant un drame lointain, cherchant à percer son mystère et analyser ses conséquences. C'est inattendu, mais très bon. J'ai juste ressenti un petit essoufflement à mi-chemin, éprouvant envers Eugène, littéralement bouffé par sa passion dévorante, un certain agacement. Tout chez lui est excessif - ses sautes d'humeur, son impatience, ses conclusions hâtives... Pfiou. En face, Tatiana encaisse avec panache et assume avec classe. J'ai largement préféré son caractère et sa façon d'être.
Globalement, c'est une lecture agréablement surprenante et remarquable pour sa prise de risques - adapter un roman de Pouchkine, écrit en vers, il fallait oser ! Ayant opté pour le format audio, je fais l'impasse sur la mise en page élaborée, mais c'est sans regret car j'ai savouré l'interprétation de Rachel Arditi, qui m'avait déjà totalement emballée avec Les Petites Reines. Son jeu est de nouveau extra ! J'ai eu un plaisir fou à l'écouter et à plonger dans son univers exubérant. En gros, je suis fan. ☺

©2016 Éditions Sarbacane (P)2017 Audiolib

Texte lu par Rachel Arditi - Durée d'écoute : 4h 40

 

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08/11/17

La Belle et la Bête : Histoire éternelle, de Jennifer Donnelly

LA BELLE ET LA BETEPrisonnière du château de la Bête, Belle a su rapidement toucher le cœur de ses résidents. Les domestiques sont fous d'elle et, malgré ses dehors bougons, la Bête aussi s'adoucit en sa présence. Pourtant, la jeune fille est préoccupée par la santé de son père, sachant hélas qu'elle n'obtiendra jamais gain de cause pour le voir. Prisonnière elle est, prisonnière elle restera. Désireux de lui plaire, la Bête offre à Belle l'accès exclusif de la bibliothèque du château, espérant que son amour de la lecture chasse son humeur chagrine. Belle est charmée et explore les moindres recoins de ce cocon douillet. C'est ainsi qu'elle tombe sur un livre enchanté, qui la fait basculer dans un décor tout aussi féerique. À Nevermore, elle rencontre une comtesse qui la chouchoute et lui fait la promesse de retrouver son père dans ce monde, si elle accepte de rester. Belle pense vivre un rêve éveillé et succombe à la tentation.

Jennifer Donnelly propose ce charmant interlude pour accompagner l'histoire originale de La Belle et la Bête et ne lésine pas sur les douceurs sucrées pour engourdir le lecteur. Tout est onctueux, romantique et magique. On voit venir toutes les ficelles de l'intrigue, on soupire d'agacement devant la naïveté de l'héroïne et on ne tremble pas d'impatience dans l'attente du dénouement. Mais le rythme est vif et piquant, de quoi proprement emballer un jeune public. Pour ma part, peu sensible à la magie de Disney et n'aspirant aucun goût pour le film de Bill Condon, avec Emma Watson, cette Histoire éternelle n'a pas eu l'effet escompté - pas d'envoûtement, ni de fascination avec étoiles dans les yeux, ça m'a semblé plutôt godiche et sentimental. Mais je ne doute pas que la magie opère pour les incurables romantiques, qui jugeront la lecture adorable et merveilleuse.

Techniquement, la version audio est lue par Manon Azem, la voix française de l'actrice Emma Watson. Tout, ou presque, est impeccable - j'ai juste trouvé la prononciation des termes anglais trop exagérée. Et l'absence de toute bande sonore est assez déconcertante. C'est la première fois que cela arrive chez Audiolib ! 

©2017 Disney Enterprises, Inc.  / Hachette Livre. Traduit par Christophe Rosson

(P)2017 Audiolib. Lu par Manon Azem, la doubleuse officielle d’Emma Watson, notamment dans Harry Potter. 

01/11/17

Sharko, de Franck Thilliez

SharkoLe roman s'ouvre sur une scène classique de terreur : dans un bassin de requins, un type se saigne les bras et donne aux spectateurs un instant de carnage mémorable. Puis, les flics du 36 sont convoqués sur une scène de crime de nouveau sordide : un corps torturé, des sangsues et des cadavres de chats noirs. Sharko et ses collègues sont atterrés.
Or, le lecteur n'est pas dupe car, un chapitre plus tôt, il a été témoin de l'excès de zèle de Lucie Henebelle. Notre inspecteur chevronnée s'est en effet rendue seule chez un suspect, est tombée sur un os et a sorti son arme pour se sortir d'un mauvais pas. Seulement, la voilà coupable d'un meurtre et c'est son compagnon, Franck Sharko, qui accourt pour masquer le crime. Nomdédiou.
Le couple est dans l'impasse mais saisit les rênes de l'enquête pour la mener avec force et subtilité. Toutefois, cela se corse au fur et à mesure des révélations, car leur individu était loin d'être un enfant de chœur et semblait être un maillon d'une effroyable chaîne de barbarie.
Dans leur entourage, Nicolas Bellanger est au taquet. Déterminé à fouiller le passé du tortionnaire, à comprendre son exécution, à aller jusqu'au bout de l'énigme, le policier flirte avec la zone rouge, portant encore les stigmates de l'affaire Pandemia.

Au final, j'ai été aspirée par l'engrenage impitoyable que va déployer F. Thilliez. C'est du lourd, de l'innommable, dans le genre thriller intransigeant. L'intrigue bascule dans des sentiers perdus, on y trouve du sang, des vampyres, des sectes et des trafics. Toujours et encore. C'est un pur cauchemar, une vision de notre société et de l'humanité bien laide et déprimante. Au milieu de tout ça, le couple Sharko tient bon la barre en dépit de la menace rampante. Lucie est plus fébrile que jamais, tandis que Franck se veut un roc solide et intouchable, mais voilà... que du faux-semblant tout ça ! Cela m'a évidemment bien plu, il y a du rythme, de l'émotion et du crapuleux, j'ai aimé plonger dans les méandres de cette histoire effroyable et sordide. 

Par contre, côté technique, j'ai eu comme un souci avec la voix de Michel Raimbault, pourtant fidèle lieutenant de la garde, coutumier d'être le performeur en chef de la série Sharko & Lucie. Or, cette fois, grosse déception - une voix vieillissante pour notre flic roué et aguerri - ¿ qué pasa ? Malgré une interprétation de fine mouche, j'ai trouvé le trait forcé et déplaisant, en plus de donner un coup de vieux aux personnages. On réajuste la mesure, et c'est ok pour moi. ;-)

©2017 Fleuve Éditions / Audiolib lu par Michel Raimbault

Durée : 17 h 11 min

 

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23/10/17

Double piège, de Harlan Coben

double piegeAprès le meurtre de son mari, assassiné en pleine rue, Maya ne fait plus confiance à personne et installe dans sa maison une caméra-espion pour surveiller la nounou de sa fille. Mais en visualisant le film, Maya découvre la silhouette de son époux en train de cajoler la petite Lily. En voulant mettre la nourrice au pied du mur, celle-ci brouille les pistes et disparaît de la circulation. Commence alors pour Maya une longue traque doublée d'une enquête infernale pour comprendre le fin mot de cette sinistre mise en scène. Ce faisant, Maya va fouiller le passé et raviver des plaies ouvertes, comme la mort de sa sœur Caroline ou celle de son beau-frère Andrew, elle va insidieusement empiéter sur les activités de sa belle-famille, les Burkett, et se heurter à un mur de faux-semblants, ou tout simplement craindre pour sa propre vie, à moins d'être victime de délires paranoïaques, bref la frontière est mince.

Au final, j'ai trouvé le roman assez plat et peu élaboré. Action lente, héroïne sur la retenue, creusant après un embrouillamini de mensonges et de vérités. Ouhlàlà. Mon cœur n'a pas battu la chamade à la lecture du nouveau roman de Harlan Coben... On y retrouve les mêmes crimes retors, les trafics honteux, l'utilisation décomplexée des armes, avec cette fois un coup d'œil sur le stress post traumatique des militaires, la manipulation mentale et le déni. Ce qui a néanmoins pêché, dans l'ensemble, c'est le manque de pep's. J'étais surprise d'écouter un Harlan Coben sans le tintamarre habituel - courses à perdre haleine, suspense intenable, révélations fracassantes. Là, seul le dénouement vous secoue sérieusement les puces. Et j'ai d'ailleurs apprécié l'issue de cette intrigue, qui m'a bien baladée de gauche à droite, sans aiguiser fortement ma curiosité. Pour le coup, Harlan Coben est opérationnel, mais sans se fouler.

Concernant le livre audio, Marie-Eve Dufresne est toujours aussi juste et agréable à écouter. Son interprétation ne déborde jamais et suit une ligne de conduite impeccable. Je ne suis jamais déçue par son jeu, ce qui peut parfois donner un coup de pouce à des romans a priori basiques et peu satisfaisants. Un bon lecteur peut clairement atténuer les défauts d'un livre et le rendre enthousiasmant à suivre !

©2016 / 2017 Titre original : "Fool Me Once" / Belfond pour la traduction française par Roxane Azimi 

(P)2017 Audiolib - Texte lu par Marie-Ève Dufresne  (durée : 9 h 55) 

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21/10/17

La fille d'avant, de J.P. Delaney

LA FILLE D AVANTTraumatisée suite à un cambriolage d'une rare violence, Emma cherche une nouvelle location et trouve en la maison du One Folgate Street la réponse à tous ses problèmes. Jane, meurtrie par la perte de son bébé, repart également à zéro et s'installe dans une nouvelle vie, dans la même maison. Quelques années séparent les deux femmes, mais leurs histoires sont racontées en parallèle tant leurs parcours sont similaires. En effet, ce bijou d'architecture, élaboré par Edouard Monkford, est aussi une contrainte de chaque instant. Pour décrocher le Graal, il faut notamment répondre à un niveau d'exigence difficilement supportable et se plier à des règles de vie draconiennes. Malgré tout, Emma, puis Jane, acceptent toutes les concessions et tombent fatalement sous le charme du propriétaire. Edouard Monkford ? Le mâle alpha dans toute sa puissance. Un spécimen arrogant, froid et calculateur. Mais le type aurait plusieurs cadavres dans son placard - son épouse décédée, mais aussi sa jeune et jolie locataire... Emma. Prise d'un doute, Jane choisit de mener son enquête.

J'avoue avoir cédé aux chants des sirènes en me plongeant dans cette lecture - elles ont pour nom Olivia de Lamberterie, Alix Girod de l'Ain et Tatiana de Rosnay - même si j'ai également appris à me méfier des concerts de louanges. Et cela n'a pas loupé, non, je ne ferai pas chorus. D'accord, j'ai trouvé ce roman correct, agréable à suivre, avec du suspense et des rebondissements qui incitent à aller toujours plus loin. Les chapitres sont courts, les voix entremêlées, c'est imparable pour saucissonner le lecteur dans la combine. Par contre, j'ai eu une vague sensation de fourre-tout en avançant dans ce livre. On a de la bonne tension psychologique, une enquête minutieuse, des portraits flous, toujours plus flous, pour mieux brouiller les pistes et fragiliser les repères. Et là, au milieu de ça, je n'ai pas compris cette vague inspiration de Christian Grey - le contrat, l'amant tyrannique, le sex-appeal rabougri (bah oui, Monkford est tout sauf séduisant). Cela m'est apparu grotesque. Et mon enthousiasme en a été douché. Sans quoi, c'est un roman ordinaire, une lecture facile et distrayante, mais un buzz littéraire surestimé

Techniquement, j'ai apprécié la lecture faite par Ingrid Donnadieu et Floriane Muller - le choix d'une interprétation à double voix s'ajuste pertinemment aux deux voix des héroïnes du roman, l'une pour Jane, l'autre pour Emma. C'est tout à fait concordant. Les récits se croisent ou se complètent. Les deux comédiennes se donnent la réplique et brouillent volontairement les pistes. En bref, cette orchestration sied admirablement au livre. Car, malgré mes réserves, le dénouement bancal et l'impression d'une intrigue qui s'essouffle, j'ai maintenu le cap jusqu'au bout pour assouvir ma trop grande curiosité.

©2017 Titre original : "The Girl Before"  / Mazarine et Librairie Arthème Fayard pour la traduction française

(P)2017 Audiolib - Texte lu par Ingrid Donnadieu et Floriane Muller /  Durée : 9 h 21 

 

10/10/17

Ragdoll, de Daniel Cole

Ragdoll

Éprouvé par son enquête contre le Tueur Crématiste, l'inspecteur William Fawkes, alias Wolf, tombe fou à l'énoncé du jugement. Et pour cause... Quatre ans plus tard, le type a une solide réputation de teigne au sein de sa brigade, mais il s'en moque. Car une nouvelle mission l'attend lorsqu'il découvre au pied de son immeuble un magma de corps rapiécés et six victimes à recenser. Un autre tortionnaire dérangé vient jouer avec les nerfs de la police, en diffusant une liste des prochaines têtes à tomber, précisant la date de leur assassinat. En dernière place, se trouve le nom de Wolf. 
Annoncé comme le phénomène du moment en matière de thriller, RAGDOLL aurait ainsi pompé Seven et cloné Jack Bauer pour émoustiller le lecteur, c'est dire l'ambition affichée du roman ! Ma foi, j'ai trouvé le rythme efficace, car soutenu et addictif. Par contre, le contenu se révèle plutôt bancal à force d'avoir été calibré exprès pour répondre aux attentes. Les effets de style, le suspense, les rebondissements, le boum final... tout est déjà lu, déjà vu, et on ne bondit plus de notre siège. C'est bien, c'est tordu, on suit l'intrigue avec attention, et on obtient ce qu'on espère. Il n'y a pas de déception là-dedans, juste une absence de surprise.
Techniquement, la lecture de Damien Ferrette pêche en variation. L'écoute est monotone, l'interprétation souvent caricaturale. C'est supportable, mais cela aurait pu être mieux. Conséquence ou pas, je n'ai pas su m'attacher aux personnages - Wolf incarne l'archétype du flic bourru, sa partenaire Emily Baxter serait son amoureuse éconduite, Edmunds un stagiaire très perspicace, et Andrea, l'ex versatile, journaliste aux dents longues, forcément... On a donc un ensemble ordinaire et convenu, avec le dosage évalué au plus juste de séquences fortes entrecoupées de périodes sinueuses. L'enquête s'organise autour de fulgurances assez grossières, mais le tout fait illusion.
And last but not least, William Fawkes will be back.

 

©2017 Audiolib / Daniel Cole. Éd. originale : Orion Books, an imprint of The Orion. Publishing Group Ltd, an Hachette UK company, Londres. Traduction française : Natalie Beunat pour les Éditions Robert Laffont

Texte lu par Damien Ferrette - Durée : 12 h 24  (P)2017 Audiolib

10/09/17

Te laisser partir, de Clare Mackintosh

TE LAISSER PARTIRJacob, un môme de cinq ans, est fauché un soir de pluie par une voiture, qui prend aussitôt la fuite. La mère est brisée, la presse crie au scandale, la police lance de nombreux appels à témoins, et malgré tous leurs efforts, l'enquête stagne. Pour le capitaine Ray Stevens et sa jeune collègue Kate, la frustration est énorme au moment de se résoudre à classer l'affaire sans suite. Pour Jenna, une artiste locale, l'existence aussi a été impactée par ce drame. Bouleversée et en pleine tourmente émotionnelle, la jeune femme part recommencer sa vie au Pays de Galles, en louant un petit cottage abandonné, proche de la mer. Jenna est secrète, mais a besoin de retrouver calme, paix et sérénité. Dans ce trou paumé, sa retraite semble parfaitement indiquée et bénéfique. 

Ce qui est intéressant dans cette lecture, c'est son calme imperturbable à nous raconter les vies des uns et des autres - entre Jenna, en pleine remise en question personnelle, le capitaine Ray, qui néglige sa famille et ne la comprend plus, et enfin Kate, jeune, libre et sans attache... On sent le drame qui s'infiltre partout, entre les lignes, et qui connote le roman d'une ambiance bien lourde et poignante. 
Au départ, j'ai trouvé que cela fonctionnait très bien et n'ai d'ailleurs pas vu venir le coup de bâton qui clôt la première partie. Stupeur et tremblements. C'était tout moi. Seulement voilà, après ça, j'ai été déçue par le nouveau tournant de l'histoire, par le rapport de force inégal et branlant. J'ai très vite senti l'arnaque, d'où mon agacement à participer à cette mascarade.
L'enquête aussi a pris mauvaise tournure, entre les négligences et les énormités, j'ai trouvé son déroulement incongru. Par contre, on découvre un autre aspect du travail de la police et on se rend compte que rien n'est jamais providentiel, que les inspecteurs sont des types ordinaires, et que la vie ne ressemble pas à une série tv.
OK pour la forme, mais j'ai été peu surprise par ma lecture, finalement peu audacieuse et trop convenue. L'ensemble est bancal, malgré une prestation audio de bonne qualité - Joséphine de Renesse est touchante, Philippe Résimont fait carrément flipper (mais n'est pas à l'aise avec les voix féminines). 
Si ce n'avait été pour son format audio, littéralement happant, j'aurais probablement mis de côté les 450 pages du roman. Un buzz littéraire moyennement justifié, pour ma part. :/

©2014 Clare Mackintosh / Publié pour la première fois au Royaume-Uni, sous le titre "I Let You Go", par Sphere, un département de Little, Brown / Hachette Livre (Marabout) pour la traduction française

(P)2017 Audiolib, Texte lu par Joséphine de Renesse & Philippe Résimont (durée : 11h 35)

08/09/17

Dans l'ombre (Trilogie des ombres T.1), d'Arnaldur Indridason

Dans l'ombre

Un représentant de commerce a été froidement exécuté dans son appartement - fait troublant, la balle provenait d'un revolver de l'armée américaine. Flovent, de la police criminelle islandaise, se voit aussitôt assisté d'un représentant de la police militaire, en la personne de Thorson. Bien qu'étant natif du Canada, ce dernier a des origines islandaises et parle couramment la langue. C'est tout naturellement qu'il est devenu l'interprète auprès des Britanniques, puis des Américains, depuis l'occupation de leurs troupes sur l'île. L'histoire se passe en 1941. La guerre gronde en Europe, tandis qu'un climat de suspicion règne sur cette contrée à la limite du cercle polaire. La victime supposée, un certain Felix Lunden, attire l'attention des enquêteurs du fait de ses origines allemandes et des rapports étroits entretenus par sa famille et les mouvements nationalistes. Flovent et Thorson doivent également cerner la signification d'un autre indice relevé sur la scène du crime, puisque la victime portait sur le front une croix gammée gribouillée avec son sang.

Voilà qui embrouille copieusement enquêteurs et enquête, laquelle se nourrit de nombreux rebondissements et donne à lire un scénario moins prévisible. Certes, la conduite est classique, le rythme tranquille et linéaire, les personnages aussi s'avèrent assez lisses, mais l'ensemble peut surprendre et s'écoute surtout avec grand intérêt. J'avais cru percevoir de la déception chez les fidèles du commissaire Erlendur, d'où mon appréhension avant de m'y lancer, et au final j'ai été personnellement conquise. J'ai beaucoup aimé le contexte historique - les projecteurs sont braqués sur ce caillou volcanique occupé par les troupes des alliés, on y découvre une cohabitation tendue, entre des islandaises en pleine émancipation et des pêcheurs qui font mauvaise figure, les baraquements militaires ne désemplissent pas, et le contre-espionnage ne chôme pas non plus. Les deux enquêteurs vont certainement apporter davantage à cette trilogie, n'esquissant pour l'heure que de vagues zones d'ombre, laissant apparaître quelques failles, l'auteur aura donc beau jeu de s'y faufiler ! Une lecture qui s'annonce pleine de promesses en devenir. Un bon rendez-vous qui n'a pas à rougir de ses choix ni de son apparente simplicité. 

Très bonne lecture de Philippe Résimont. 

©2015 / 2017 Arnaldur Indridason / Publié avec l'accord de Forlagið / Éditions Métailié, Paris, pour la traduction française par Eric Boury

(P)2017 Audiolib, Texte lu par Philippe Résimont (durée : 9h 03)

TOME 2 À PARAÎTRE EN OCTOBRE 2017 CHEZ MÉTAILIÉ - LA FEMME DE L'OMBRE