12/04/17

Pêle-mêle : Tout est magie - Bienvenus - Le Chat blanc et le Moine - Ma sœur, je la déteste !

tout est magie

Monsieur Lapin est un célèbre magicien, qui a toutefois bien du mal à trouver l'assistant idéal. Sa chance tourne le jour où il auditionne Houdini Bouquin. Un petit lapin au poil. Efficace, appliqué, sommant les troupes, veillant au grain, vraiment irréprochable. Mais un soir de représentation, une peau de banane oubliée sur scène, tout dérape. Monsieur Lapin perd le contrôle de la situation, Houdini aussi. Et les rôles sont inversés. Houdini va briller sous les feux de la rampe, devenir la nouvelle coqueluche en tant que magicien et faire salle comble en enchaînant une tournée à guichets fermés. Plus Houdini s'épanouit, plus Monsieur Lapin s'étiole en coulisses. La magie lui manque terriblement, il est temps de renverser le sablier. Quelle belle et étonnante histoire, franchement adorable ! Et quel fabuleux tour de passe-passe ! L'histoire et les illustrations offrent un très joli numéro de prestidigitation, assez cocasse et stupéfiant. Elle montre aussi que les lapins et les humains sont capables de choses “incroyablement surprenantes”, de quoi donner des étoiles dans les yeux aux enfants, enchantés à la lecture de cet album, coloré, fantasque, tout simplement magique ! ♥

Tout est magie, de Meg McLaren

Kaléidoscope, 2017 - Trad. Elisabeth Duval


©Tout est magie, de Meg McLaren

 

bienvenus

Trois ours polaires se prélassent sur la banquise, quand soudain la glace cède et les emporte au beau milieu de l'océan, sur leur fragile embarcation. Affrontant les intempéries, ils pensent crier victoire à la vue d'une terre à l'horizon, mais l'accueil réservé par les habitants est froid, inhospitalier. Ils doivent donc repartir, chercher une autre terre d'asile, loin, toujours plus loin. Chassés, ignorés, snobés, conspués, nos ours errent comme des âmes en peine. Désespérés, à bout de force, ils s'imaginent périr en mer, dans l'indifférence générale. Ce magnifique album, au sujet tristement d'actualité, présente aux enfants une vision des mouvements migratoires sous une apparente légèreté et beaucoup de poésie, sans écarter l'injustice et la complexité que peut provoquer cette transhumance. On nous présente aussi des pays planqués derrière leurs barricades, fermés aux autres, rejetant fermement toute nouvelle intrusion. Barroux illustre le thème des réfugiés en toute sobriété en racontant une histoire d'ours polaires, en train de dériver sans but, sans avoir recours à des propos moralisateurs. Chaque lecteur jugera selon son ressenti, sa sensibilité, en tenant compte du chemin parcouru pour nos trois ours aux abois. J'ai beaucoup apprécié la démarche, surtout que l'histoire baigne dans un beau cadre lumineux et pointe du doigt l'absurdité des uns et des autres. À découvrir ! Un album très pertinent.

Bienvenus, par Barroux

Kaléidoscope, 2017

 

le chat blanc et le moine

Un moine et un chat blanc partagent la douceur de vivre ensemble, dans le calme d'une cellule ascétique, chacun vaquant à ses occupations, dans un silence respectueux. L'un s'abîme les yeux à étudier des manuscrits, pesant chaque mot, ne négligeant aucun détail. L'autre scrute le trou dans le mur et attend son heure pour sauter sur la souris qui se cache. Cette cohabitation respire la sérénité, la plénitude et la sagesse. À première vue, l'esthétisme peut sembler austère, les couleurs sont ternes et les illustrations plutôt sobres, mais cette ornementation épurée colle aussi avec l'ambiance du récit, d'où l'impression d'une harmonie parfaite. Cette lecture hyper apaisante fait également écho à un poème (Pangur Bán) inspiré d'après un moine bénédictin du 9e siècle et de sa relation complice avec son animal de compagnie. Il se dégage de cet album une vraie sensation de pureté et de bien-être. 

Le Chat Blanc et le Moine, par Jo Ellen Bogard & ill. par Sydney Smith

Kaléidoscope, 2017 - Trad. Elisabeth Duval

 

ma soeur je la deteste

Place maintenant à un grand classique : la sacro-sainte rivalité au cœur de la fratrie ! Christine Davenier nous raconte l'histoire de ce joli duo de frangines, qui ne se supportent plus. L'une est forcément plus douée, intelligente et préférée des grands, a contrario de l'autre qui se sent dans l'ombre et cherche à tirer la couverture à elle. Que de bisbilles pour presque rien. Quand l'une reçoit un chien en cadeau, l'autre choisit une belle palette de crayons... pour exprimer son talent artistique et susciter l'émerveillement de tous ! Et hop rebelote. La crise de jalousie alterne selon les jours, les humeurs, les circonstances. C'est une ronde sans fin. Et c'est ce qui rend l'album aussi attachant, amusant et authentique. On se retrouve implicitement dans cette guerre d'usure, chère en souvenirs ou autres anecdotes qui sentent le vécu, d'où le fil invisible qui relie le lecteur aux personnages et inspire une charmante connivence. 

Ma sœur, je la déteste ! de Christine Davenier

Kaléidoscope, 2017

 


08/12/14

Halb l'autre moitié, de Sigrid Baffert & Barroux

raconté par Elsa Zylberstein ♦ musique d'Alexis Ciesla

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Baka a la mémoire qui flanche et décide d'offrir pour les dix ans de sa petite-fille Tallinn sa précieuse clarinette. Ainsi, la fillette pourra perpétuer la tradition familiale, en jouant la mélodie transmise de génération en génération. Or, Baka ne sait jouer que la première moitié. Elle a oublié le reste ! Avec le petit chien jaune Frageh (qui n'aura de cesse de grossir), elles décident de partir en voyage, jusqu'au village natal de la grand-mère, pour peut-être trouver la suite de la mélodie. 

Au fil de leurs rencontres, Tallinn et Baka enrichissent leur répertoire musical, entendent des ritournelles et autres chansonnettes venues d'ici et là, communiquées avec amour et passion, bref la musique se parle dans toutes les langues, mais essentiellement avec le cœur. C'est une transmission universelle ! En bout de course, Tallinn comprendra aussi qu'elle seule délivrera sa grand-mère du poids de la frustration en imaginant elle-même la composition manquante.

« C'est une moitié étrange, faite de bric et de notes, de blanches, de noires et de vertes... Une mélodie frottée aux cahots de la route, sucrée comme une tarte d'anniversaire et amère comme une nuit d'attente, une mélodie qui vous berce l'âme comme un voilier, pleine de rires et de cris à la fois, tantôt frêle comme un brin d'herbe, tantôt charpentée comme un chêne millénaire, une mélodie chargée de terre rouge, qui sent le sel et la pluie noire de Ruzice, une mélodie aux yeux d'orage et aux chevilles de vent d'Amia, une mélodie qui marche au pas cadencé avant de s'envoler... »

Et c'est magnifique ! Quelle jolie balade, pleine de tendresse, de partage, de poésie et de symphonie. La relation entre la petite-fille et sa grand-mère est teintée de complicité et de douceur, d'une franche volonté d'aider l'autre pour sortir de l'impasse, sur fond de mémoire volatile et de l'importance d'entretenir cette souvenance. C'est très, très touchant mais jamais triste, car la musique est constamment pimpante, gaie, entraînante. C'est une joyeuse cacophonie, qui fait du bien à nos oreilles.

On déguste aussi par petites bouchées gourmandes le texte au charme lyrique très appréciable... « Une mélodie qui vient de loin d'entre les mères. Une mélodie pour entrer dans la vie, une mélodie qui aide à comprendre le dedans, le dehors, l'avant et l'après, le pourquoi et le comment. Une mélodie qui explique le sens de la vie. Une mélodie qui fait pousser les branches des arbres généalogiques... »

Cela vous parle de l'amour des mots, des sons, du pouvoir de la musique, bref autant de petits fragments à assembler pour former un tout enchanteur. Musique par Alexis Ciesla, lecture par Elsa Zylberstein (parfaite), illustrations de Barroux sont l'apanage de cet album discret, mais ô combien précieux et bouleversant de mille émotions. Très, très beau. J'ai beaucoup aimé ! 

Les éditions  des Braques, avril 2014

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Pour information : 

Halb est un projet à 4 mains : Alexis Ciesla, clarinettiste virtuose, pour la musique et Sigrid Baffert pour l'histoire et les chansons...Une collaboration sans fausse note, complétée par 2 autres mains, celles de Barroux, aux pinceaux et une voix envoûtante, celle d'Elsa Zylberstein.

Elsa Zylberstein prête sa voix douce et profonde à cette histoire intemporelle. Des chansons émaillent ce voyage initiatique sur des airs de trombone, sax, contrebasse, violon, percussions, accordéon, et clarinette bien sûr !

Alexis Ciesla, touche-à-tout virtuose à prédominance clarinettiste, a composé la musique sur le texte et les chansons de la talentueuse Sigrid Baffert. Ensemble, avec le soutien du conservatoire municipal de St Priest (69) ils ont orchestré les multiples vies de ce projet protéiforme et fédérateur. Le livre a également reçu le soutien de la Fondation du Judaïsme Français.

18/02/14

Mon voyage en gâteau, par Alice Brière-Haquet et Barroux

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Lecture gourmande et instructive par excellence, voici ce que nous propose l'auteur via une histoire assez originale : pour faire un gâteau, il faut un peu de farine, des oeufs, du sucre, du beurre, une gousse de vanille, de la levure et une pincée de sel.

Oui mais voilà, tous ses ingrédients ne se trouvent pas par miracle au coin de la rue ou n'ont pas atterri dans les rayons d'un supermarché par magie, il a fallu des poules et un fermier pour ramasser les oeufs, du blé et un meunier pour la farine, une vache dans un pré pour que son lait soit riche en crème et en faire du beurre en secouant très fort, et ainsi de suite...

Cette lecture ouvrira la conscience des enfants quant aux secrets de la nature, des paysages, des hommes et des femmes qui font des métiers difficiles. Après quoi, ils pourront se régaler en avalant des quartiers de gâteau (la lecture ouvre l'appétit !) et auront aussi comblé leur curiosité en ayant appris que tous les ingrédients du gâteau sont issus d'un voyage fabuleux.

Les illustrations de Barroux se fondent à merveille dans le décor, claires et colorées, elles confirment que c'est une lecture qui se destine à tous : pleine de magie, elle donne envie de s'évader et rêver.

Océan jeunesse, juin 2012

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12/09/13

“Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir.” (Henri Matisse)

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C'est l'été. Damienne et sa maman sont au bord de la mer, dans une grande villa qui appartient au couple qui les emploie pour la cuisine, le nettoyage et le baby-sitting. Mais Damienne souhaite une autre vie et l'imagine en grand, aussi raconte-t-elle une toute autre réalité aux jeunes de la plage en commençant par se rebaptiser Isild.

A partir du moment où Damienne a mis un pied dans l'engrenage (du mensonge), les jeux sont faits et les ennuis vont commencer. Pas facile de jongler entre les non-dits, les personnalités multiples et les choses concrètes. Car la jeune fille veut plaire à tous, surtout à Nathan, mais pense qu'il ne s'intéresserait jamais à une adolescente aussi quelconque qu'elle, alors elle préfère saupoudrer son existence de poussière de fée.

On sourit beaucoup face aux enchaînements calamiteux auxquels se confronte notre héroïne, car même si elle raconte des bobards, c'est difficile de lui en vouloir, surtout lorsqu'il est question de rabaisser le claquet de certaines péronnelles un brin prétentieuses. L'histoire ne s'embarrasse d'aucun détail superflu, on va à l'essentiel, sur un rythme joyeux, attelé au principe du bon vieux quiproquo. Cela se lit vite et bien, telle une comédie pétillante et allègre qui plaira aux jeunes lectrices (dès 11-12 ans).

Meilleur jeune espoir féminin, par Marie-Sophie Vermot
éditions Thierry Magnier, mars 2013 - illustration de couverture : Barroux

05/11/12

L'histoire du soir #10 : Ogre, cacatoès et chocolat, par Cécile Roumiguière & Barroux

Manon est une collectionneuse de mots. Elle en choisit un dans le dictionnaire, elle l'apprend, le tourne, le retourne dans sa tête. Puis elle le recopie sur un bout de papier. Elle écrit des mots porte-bonheur pour se protéger, et d'autres mots très longs, des mots pour rêver.

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Manon est une petite fille qui aime collectionner les mots. Elle les recopie sur des bouts de papier et les range dans son sac. C'est son arme secrète. D'ailleurs, ça lui sera précieux lorsqu'elle tombera nez à nez avec l'ogre de la forêt. Ce dernier est énorme, redoutable, grognon et impatient. Il s'ennuie, donc il a faim. Il avalerait bien la petite demoiselle, mais celle-ci rouspète. A sa façon, elle lui dégaine sa science et utilise ses mots si précieux pour lui clouer le bec.
Euh ... un cacatoès ? la mer ? du chocolat ? Mais ce gros monstre est un ignorant ! Comme ce serait méchant de se moquer, aussi Manon préfère le prendre par la main. Un mot en amenant un autre, c'est tout un chemin auréolé de mystère et sujet à la fascination qui se présente à lui. D'ailleurs l'ogre n'a plus envie de tout croquer sans réfléchir. Il est rassasié de nourritures spirituelles !
Toutefois, quand la fillette est coincée dans les rochers, c'est sa force physique qui sera bien utile. 
On peut dire que ces deux-là ont su se trouver. Elle avec son intelligence et son amour des mots, lui avec son charme rustique et son envie d'apprendre, la connivence est parfaite.

C'est une très jolie histoire, qui se récite à voix haute. Vous en apprécierez les tournures et la petite mélodie. Cécile Roumiguière est une poétesse, une magicienne, vous le savez. Son histoire est un vibrant hommage à toute cette poésie qui se balade autour de nous, parce que les mots sont beaux, les mots sont précieux, les mots sont une arme dont il faut se servir dans un but particulier (pour le bien, quoi). Très belle leçon de tolérance, empreinte de délicatesse et de facétie.

Ogre, cacatoès et chocolat, par Cécile Roumiguière et Barroux (Belin jeunesse, 2012)

et puis les mots, tout aussi magiques, poétiques et envoûtants, de Juliette, 

Je pourrais dire ton enfance
Elle est dans l'essence des choses
Je sais le parfum des vacances
Dans les jardins couverts de roses
Une grand-mère aux confitures
Un bon goûter dans la besace
Piquantes ronces, douces mûres
L'enfance est un parfum tenace
Tout ce sucre c'est vous
Tout ce sucre et ce miel
Le doux du roudoudou
L'amande au caramel
Les filles à la vanille
Les garçons au citron
L'été sous la charmille
Et l'hiver aux marrons
Je reprendrais bien volontiers
Des mignardises que tu recèles
Et retrouverais dans mon soulier
Ma mandarine de Noël

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18/09/12

D'un bond d'un seul et sans hésitations On se documente sur la navigation (...)

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Personne ne comprend ni pourquoi ni comment la bibliothèque Jacques-Prévert se retrouve à voguer sur l'océan. A bord, le directeur, la bibliothécaire, un prof de technologie, la 6èmeF au complet, et Saïd l'infernal, qui se trouvait là par hasard. C'est à partir de cette idée farfelue que Florence Thinard a imaginé une histoire dynamique et originale.
La survie va très vite s'organiser à bord de la bibliothèque flottante, les ouvrages dans les rayons vont servir de sources d'inspiration et autres guides pour nos rescapés. Il faut tout réapprendre : gérer la nourriture et la boisson, songer à protéger ses arrières et installer des tours de garde sur le toit.
Histoire improbable, certes, mais d'une naïveté charmante, cette lecture possède plus d'un tour dans son sac. Elle séduit, embarque son lecteur, fait partager la vie en communauté, ouvre l'esprit d'aventure et apprend à dépasser ses limites. Jules Verne et Michel Tournier font également partie du voyage, de quoi éveiller la curiosité.
On y lira aussi, entre les lignes, un joli hommage aux bibliothécaires et à leur dévouement sans bornes. Florence Thinard parvient à nous proposer une balade sympathique et dépaysante, avec un zest de fraîcheur hautement bénéfique. C'est follement surréaliste, mais ça fait toujours plaisir. Et puis ma fille était en 6èmeF, alors oui ça fait sourire encore plus.

Encore heureux qu'il ait fait beau, par Florence Thinard
éd. Thierry Magnier, 2012 - illustration de couverture : Barroux

* titre emprunté à une chanson des Frères Jacques 

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26/04/11

Pêle-mêle Clarabel #30

Lu et aimé Le Paris de Léon par Barroux.

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Léon est chauffeur de taxi depuis toujours. Il connaît Paris sur le bout des doigts, il pourrait même conduire les yeux fermés. Et jamais, jamais un seul pépin. Sa voiture jaune est son alliée la plus fidèle et il lui rend bien son amour. Il a vu aussi défiler toutes sortes de clients, a répondu à toutes les attentes, a entendu toutes sortes de confessions. Vraiment, Léon a le sentiment du devoir accompli avec fierté et bonheur. Aujourd'hui il a choisi de prendre sa retraite pour, à son tour, découvrir le monde sur les flots.

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Les couleurs de l'album sont superbes (et toujours ce jaune du taxi qui tape à l'oeil). Chaque petit détail compte, les rues de Paris défilent, collent malicieusement à la clientèle (la momie et la pyramide du Louvre), même le texte y va de sa facétie en comptant fleurette à madame la poésie. Tout ça pour dire que c'est chaleureux, coloré et éclatant. (Actes Sud junior, 2011)

Découvert Qui veut aller à Hollywood ? de Nurit Zarchi, illustré par Batia Kolton.

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Malika Murdoch rêve d'être une star à Hollywood. C'est d'ailleurs très important pour elle de porter les mêmes initiales pour son prénom et son nom, voire même d'en avoir trois comme son chien, Marilyn Monroe Murdoch. En fait, c'est elle la véritable star de l'histoire mais Malika l'ignore. Elle sera même la dernière au courant lorsque sa petite chienne gagnera la finale d'une émission télé et s'embarquera à bord d'une limousine rose pour Hollywood ! Elle recevra des petites cartes postales, non signées, que seule Malika parviendra à décoder (la faute aux yeux trop maquillés de sa mère et de la mauvaise vue sans lunettes de son père). Elle est donc convaincue que c'est sa petite chienne qui lui adresse des messages subliminaux et qu'elle fera des merveilles, prochainement, à la télévision. C'est bien simple, elle sera même la seule à l'avoir vue faire son show en direct (alors qu'ils sont nombreux à s'être lassés du tohu-bohu !). Du rêve à la réalité, cela ne tient qu'à un fil...  

C'est un petit texte cocasse et accessible aux plus jeunes lecteurs (collection Benjamin chez actes sud junior !). Il se moque gentiment des dérives de la course à la célébrité et de ce fantasme débridé d'être une star. Pour ma part j'ai surtout apprécié les illustrations de Batia Kolton, véritable découverte, dont le charme rétro et la fraîcheur me ravissent totalement !

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Et pour célébrer la belle saison dont se pare ce joli mois d'avril, voici Le chapeau de Philibert d'Agnès de Lestrade & illustré par David Merveille.

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Philibert est un homme fantaisiste. Il va bouleverser la tranquillité de son quartier en faisant apparaître, sous le bitume et les pots d'échappement des voitures, du gazon, des fleurs, des cerises, des rivières et des oiseaux, bref un jardin magnifique pour qui souhaite bousculer le train-train et l'ordinaire de la vie. Le chapeau de Philibert est, sans aucun doute, un hymne à la folie douce !

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(Rouergue, 2011)

09/04/10

Banal certes, mais il vient de Chine, et un timbre chinois a une valeur négociable dans une cour de récréation.

Chaque quinzaine, Fengfeng lui envoie tous les petits mots qu'il lui a écrits. Ce sont des miettes de sa vie qui, mises bout à bout, font une lettre. Ce soir, il la termine :

Grand-mère, aujourd'hui, on  a souhaité l'anniversaire de maman avec un énorme gâteau à la crème, et avant, on avait dîné au restaurant de papa. Et aussi, maman est allée se faire friser les cheveux, et ça lui va très bien. Tu vois qu'on s'amuse tous les trois ! Fais bien attention à ta santé ! Fengfeng

Et plus tard, dans le carnet jaune, il note, en tout petit :

Maman s'est fait faire des boucles si raides que je trouve ça affreux, et toi, grand-mère, tu détesterais aussi, j'en suis sûr ! Papa avait imaginé lui offrir une machine à faire des nouilles ! Il est pas fichu de lui faire plaisir ! Tout ça me rend triste.

Miettes_de_lettres_de_Anne_ThiollierArrivé depuis trois ans en France avec ses parents, Fengfeng a le mal du pays en pensant à sa grand-mère. Il lui écrit des lettres où il édulcore son quotidien, faisant passer sa nouvelle vie merveilleuse et idyllique, mais en cachette, il tient un carnet secret où il raconte la réalité : solitude, dépaysement, incompréhension, clivage culturel et générationnel. Fengfeng est un garçon obéissant, un très bon élève qui a su rattraper son niveau et égaler les meilleurs, c'est un exemple et pourtant il se sent mal dans sa peau. A l'école, il n'a pas d'amis. Il reçoit même des menaces et des insultes le traitant de chinetoque. Il n'en parle pas à ses parents, lesquels ont aussi leurs propres secrets. Sa mère travaille comme une malade sur sa machine à coudre et son père rentre tard du restaurant où il est employé et passe ses soirées à l'extérieur sans plus d'explications. La vie à Paris n'est vraiment pas rose ! Fengfeng ne veut pas faire de peine à sa grand-mère, la faisant mijoter dans sa douce illusion d'une vie en carton pâte. En vrai, Fengfeng n'a jamais quitté son quartier du XIII°, il ne connaît pas la Tour Eiffel, son quotidien est toujours englué dans un sectarisme figé et rien, absolument rien, ne laisse présager d'un lendemain meilleur.

Anne Thiollier a écrit un roman qui raconte comment on se sent dans la peau d'un jeune immigré, totalement déphasé par le choc culturel. La personnalité de Fengfeng est très attachante. Au départ, le garçon est calme, obéissant, il pose des questions mais il n'ose pas encore contester l'autorité parentale. Un peu grâce à ses rencontres, et à son amitié avec un camarade de classe, Fengfeng va comprendre le monde qui l'entoure, comprendre qu'il peut s'affirmer et faire face à la réalité sans voir son univers s'effronder, c'est un garçon intelligent et jalousé car il réussit là où d'autres échouent. Il comprendra aussi que certains connaissent un sort affligeant à cause de l'esclavagisme ou de la clandestinité, et que sa propre culture chinoise peut également briser certaines familles (pour des histoires de clans ou de mariage). Le roman se termine sur une note d'espérance et de foi en la vie qui fait plaisir à lire.

La dernière phrase : Et le bouillon pour les pâtes commence à embaumer la pièce.

Miettes de lettres ~ Anne Thiollier
Seuil jeunesse, coll. chapitre (2010) - 172 pages - 8,50€
illustration : Barroux

A partir de 11 ans.

 

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